L'évolution du prix du blé dans quelques villes d'Europe occidentale du XVe au XVIIIe siècle - article ; n°3 ; vol.42, pg 529-548

De
Annales. Économies, Sociétés, Civilisations - Année 1987 - Volume 42 - Numéro 3 - Pages 529-548
Wheat Price Changes in Certain Western European Towns from the 15th to the 18th Centuries.
This article aims at describing the main characteristics of wheat price changes in towns for which there exist extended price records: Amsterdam, Utrecht, Koln, Anvers, Bruges, Paris, Grenoble, Toulouse, Aix-en-Provence, Beziers, Milan, Sienna and Valencia (Spain). As concerns the overall price trend—whose general outlines are already well known—one finds that the steady rise in the sixteenth century was approxi-mately twice as great as that in the eighteenth. Cyclical variations slowly dropped from about 30% in the fifteenth century to 20% in the eighteenth. It is of interest that particularily serious cyclical crises affected almost all of the cities under consideration: a total of 10 in the sixteenth century, but only 7 in the seventeenth and 3 in the eighteenth. We found that there was a slight tendency toward unification of price movement in French towns starting in 1670, though absolute differences remained very marked. This comparative study of prices allowed us to isolate global factors which clearly affected all prices, as well as specifie factors which had only local effects.
20 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : jeudi 1 janvier 1987
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Marie-Jeanne Tits-Dieuaide
L'évolution du prix du blé dans quelques villes d'Europe
occidentale du XVe au XVIIIe siècle
In: Annales. Économies, Sociétés, Civilisations. 42e année, N. 3, 1987. pp. 529-548.
Abstract
Wheat Price Changes in Certain Western European Towns from the 15th to the 18th Centuries.
This article aims at describing the main characteristics of wheat price changes in towns for which there exist extended price
records: Amsterdam, Utrecht, Koln, Anvers, Bruges, Paris, Grenoble, Toulouse, Aix-en-Provence, Beziers, Milan, Sienna and
Valencia (Spain). As concerns the overall price trend—whose general outlines are already well known—one finds that the steady
rise in the sixteenth century was approxi-mately twice as great as that in the eighteenth. Cyclical variations slowly dropped from
about 30% in the fifteenth century to 20% in the eighteenth. It is of interest that particularily serious cyclical crises affected almost
all of the cities under consideration: a total of 10 in the sixteenth century, but only 7 in the seventeenth and 3 in the eighteenth.
We found that there was a slight tendency toward unification of price movement in French towns starting in 1670, though
absolute differences remained very marked. This comparative study of prices allowed us to isolate global factors which clearly
affected all prices, as well as specifie factors which had only local effects.
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Tits-Dieuaide Marie-Jeanne. L'évolution du prix du blé dans quelques villes d'Europe occidentale du XVe au XVIIIe siècle. In:
Annales. Économies, Sociétés, Civilisations. 42e année, N. 3, 1987. pp. 529-548.
doi : 10.3406/ahess.1987.283402
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/ahess_0395-2649_1987_num_42_3_283402MARIE-JEANNE TITS-DIEUAIDE
VOLUTION DU PRIX DU BL DANS QUELQUES VILLES
EUROPE OCCIDENTALE DU XVe AU XVIIIe SI CLE
Les pages qui suivent ont pour but de décrire les caractéristiques essentielles
de évolution des prix du blé dans quelques villes Europe occidentale de la fin
du Moyen Age la fin du xvine siècle1
Du nord au sud les villes considérées sont Utrecht pour la période 1495-
1596 et ensuite Amsterdam de 1597 1788 Anvers de 1392 1600 Cologne
de 1531 1786 Bruges de 1348 1795 Paris de 1431 1788 Grenoble de
1501 1780 Toulouse de 1486 1790 Aix-en-Provence de 1570 1789
Béziers de 1587 1758 Milan de 1605 1800 Sienne de 1546 1765 Valence
del413àl6502
une manière générale ces villes ont été choisies parce que on dispose
pour elles des séries de prix les plus longues et les moins lacunaires Ceci vrai
dire est pas tout fait le cas des listes de prix relatives Anvers et Valence
qui arrêtent respectivement en 1600 et en 1650 et que on ne peut donc com
parer que partiellement la plupart des autres séries qui elles étirent
la fin du xvine siècle Il néanmoins paru il fallait retenir les prix Anvers
cause de importance de cette ville au xvie siècle autre part Valence est la
seule ville Espagne pour laquelle existe une série de prix pas très longue
certes mais peu près sans lacunes3
Presque tous les prix utilisés concernent le froment car est pour cette
céréale que les données sont les plus nombreuses et les plus complètes
règle font exception les prix Anvers Amsterdam et de Milan au
xviie siècle dans ces trois cas il fallu se rapporter aux prix du seigle seuls
disponibles
Les listes de prix étudiées dans ce travail ne sont évidemment comparables
Annales ESC mai-juin 1987 pp 529-548
529 LES MARCH
entre elles que un certain point Il est bien certain en effet elles ne
sont pas toutes fondées sur des sources égale qualité tous nos prix annuels
ont pas été comme ceux de Cologne depuis 1531 calculés partir de
moyennes mensuelles résultant elles-mêmes de moyennes hebdomadaires
autre part compte tenu des données de base dont ils disposaient compte
tenu aussi des buts ils poursuivaient les auteurs de nos listes ont calculé
tantôt des moyennes par année civile tantôt des moyennes par année de récolte
Il conviendra de ne pas perdre ce fait de vue
Pour conclure ces préliminaires il reste dire pourquoi nous avons choisi
analyser les prix nominaux plutôt que les prix convertis en poids de métal fin
La réaction des prix aux mutations monétaires est toujours incertaine et sans
doute varié dans le temps et dans espace suivant les circonstances aussi la
transposition des prix nominaux en poids de métal fin apparaît-elle comme
assez arbitraire En définitive nous faisons nôtre la remarque de Braudel et
de Spooner suivant laquelle currency was not everything and nominal
prices alone have the right to be called real prices
Le mouvement de longue durée
Le long des prix au xve siècle est connu que pour quelques-
unes des villes citées plus haut En effet on dispose une part des prix de
Valence partir de 1413 autre part on est surtout renseigné sur les prix de
entre-Seine-et-Rhin il existe des séries complètes pour les villes fla
mandes et braban onnes que les prix parisiens sont connus partir de 1431 et
que la série des prix de Cologne commence en 1444 encore agit-il dans ce
dernier cas une liste fondée sur des données relativement éparses extraites
des comptes de la ville et qui donc pas les mêmes qualités que les mercu
riales qui elles ne commencent en 153l)5
Si nous commen ons par entre-Seine-et-Rhin nous observons que
Anvers et Bruges un même mouvement assez fortement ascendant entraîne
les prix depuis les années 1400 voire même depuis 1390 en 1438 Ils cul
minent alors tout comme Paris du reste avant entamer une baisse longue
nettement marquée qui se prolonge en 1463-1464 Cette phase descen
dante se manifeste aussi bien Bruges et Anvers Paris et Cologne Il est
probable on la retrouverait ailleurs et notamment en Angleterre est-il
pas remarquer que est précisément de 1463 que datent des mesures tendant
protéger les producteurs anglais contre les arrivages de blé étranger Consta
tant en effet les bas prix du blé ce moment les autorités anglaises ont interdit
toute importation tant que le cours des céréales indigènes ne serait pas remonté
de meilleurs prix dont elles fixaient elles-mêmes le niveau6
Mais poursuivons dès 1465 les prix aussi bien Bruges et Anvers
Paris et Cologne sont emportés par une hausse ensemble qui ne achève
que vers 1491 avant de écrouler dans un mouvement qui mène
extrême fin du siècle Ainsi le xve siècle entre Seine et Rhin semble partagé
en trois phases plus ou moins trentenaires de hausse de baisse puis nouveau
de hausse des prix du blé tandis une brève période effondrement des
cours termine le siècle et précède la grande hausse du xv siècle
530 TITS-DIEUAIDE LE PRIX DU BL DANS LES VILLES XV XVIII- SI CLE M.-J
Face au trend somme toute mouvementé des prix entre Seine et Rhin
celui des prix du froment Valence offre en contraste une allure tout fait
calme au travers de fluctuations cycliques assez peu marquées le mouvement
long des prix de Valence suit une ligne peu près horizontale avec une ten
dance peine perceptible la baisse entre 1435 et 1470
Au xvie siècle en est fini du contraste que nous venons observer est
une période de hausse longue clairement attestée dans toutes les villes dont
nous connaissons les prix Il est frappant cependant que le mouvement de
hausse ne se déclenche pas partout en même temps Toulouse la montée des
cours paraît débuter dès 1491 tandis il faut attendre la deuxième décennie
du xvie siècle Grenoble et Cologne Valence Paris et Bruges est
dans les toutes dernières années du xve siècle que amorce le mouvement
Quoi il en soit de ces décalages un fait se confirme la grande hausse du
xvie siècle commencé avant arrivée des métaux précieux Amérique celle-
ci fait que soutenir et prolonger un mouvement origine indépendant
Un autre fait impose la confrontation des diverses courbes montre que la
hausse des prix du blé pas eu partout la même intensité est ce expri
ment mieux encore les taux annuels de croissance rassemblés dans le tableau
TABLEAU Les taux annuels de croissance des prix du blé au xvie siècle7
Utrecht 1598 222 1539
Cologne 296 1591 1536 1504 Anvers 1590 275
Bruges 1500 216 1574
Paris 1498 1594 300
Grenoble 1512 227
Toulouse 236 1491 1594
Aix-en-Provence 1592 335 1575
Valence 1496 1596 149
Les taux annuels de croissance varient assez nettement un endroit
autre Sont-ils un indice de la vitalité des villes Dans ce cas Paris arrive en
tête suivi de près par Cologne et par Anvers Le taux de 335 pour Aix-en-
Provence ne doit pas être pris au pied de la lettre car il ne concerne que la
courte période 1575-1592 que serait-il il portait sur tout le xv siècle Il est
autre part curieux de constater que est Valence dans le pays même où
arrivaient les métaux précieux américains que le taux de croissance été le
plus bas il semble en avoir été de même en Andalousie en Vieille et en Nou
velle Castille en juger par les morceaux de courbes de prix que on peut cons
truire avec les données très fragmentaires dont on dispose pour ces régions
Lorsque achève la longue hausse du xv siècle commence pour les prix du
blé une période aux contours beaucoup moins tranchés du début du
xviie siècle aux premières décennies du siècle suivant les prix du blé
dans nos diverses villes cessent être emportés par un seul et même mouve
ment long terme
Tout abord alors au xve siècle les tendances soit la hausse soit la
baisse se manifestaient simultanément Paris Bruges Anvers et Cologne
531 LES MARCH
il plus au xvne siècle de mouvement ensemble pour tout entre-Seine-
et-Rhin Il reste cependant que les cours Amsterdam et de Cologne connais
sent peu près les mêmes tendances de fond partir de 1590 la hausse affai
blit se muer en une stagnation qui dure en 1650 puis les prix
baissent entre 1650 et 1690 avant de se stabiliser un niveau qui reste le même
jusque vers 1730 De leur côté les prix de Bruges et ceux de Paris marchent
peu près du même pas mais leur allure diffère nettement de celle des prix
Amsterdam et de ceux de Cologne après un véritable effondrement entre
1588-1590 et 1602-1604 les cours parisiens et brugeois élèvent lentement
jusque vers 1650 après quoi ils sont animés une baisse longue presque imper
ceptible traversée de soubresauts et qui dure jusque vers 1720 fig l)
En ce qui concerne les autres villes sur lesquelles nous sommes renseignés
on observe une certaine ressemblance entre le trend des prix Grenoble et
Toulouse De part et autre les années 1590-1600 sont marquées par une
baisse des cours particulièrement nette Grenoble Ensuite vient une période de
stagnation qui dure jusque vers 1634 Après une hausse entre 1634 et 1654
amorce une longue période de stagnation qui étire en 1703 Tou
louse et se prolonge en 1718 Grenoble
Béziers et Aix-en-Provence le schéma est un peu différent Certes il
également une baisse des cours partir de 1592 mais au lieu de arrêter en
1600-1602 comme Grenoble et Toulouse elle se poursuit dans nos deux
villes en 1625 Suit alors une légère hausse de 1625 1655 elle-même
suivie par une nouvelle baisse de 1655 1689 Puis survient une brusque montée
des cours pendant deux ans après quoi les prix stagnent en 1703 environ
fig l)
Venons-en aux prix italiens Ici contrairement ce que on constaté dans
la plupart des villes au nord des Alpes il pas eu de baisse des cours après
la hausse soutenue du xvie siècle Celle-ci fait place Sienne une stagna
tion qui amorce dès 1598 et se poursuit en 1630 Milan aussi est
partir de 1605 au plus tard la tendance la stagnation qui domine et ce jus
en 1629 Ensuite tant Milan Sienne les prix effondrent pendant
une bonne dizaine années en 1640 Milan et en 1642 Sienne
Là arrête le parallélisme des cours dans nos deux villes Milan les prix sta
gnent nouveau de 1640 1700 puis baissent jusque vers 1730 tandis un
mouvement plus complexe se fait jour Sienne est abord une hausse de
1642 1650 suivie une longue baisse de 1650 1690 ce moment les prix se
relèvent abruptement et stagnent alors jusque vers 1723
Du côté espagnol la montée des prix du xvie siècle va affaiblissant au
tournant des xv et xvne siècles dès 1596 Valence et en Andalousie vers
1600-1610 en Vieille et en Nouvelle Castille est alors la stagnation qui ins
talle en 1650 au moins date laquelle interrompent malheureusement
les données dont nous disposons
Comme on vient de le voir le trend des prix du blé varie une ville autre
sans doute peut-on dire une région autre au xvi siècle Au total et
mis part le net effondrement des cours constaté Paris et Bruges au tour
nant des xvie et xvne siècles ainsi Sienne et Milan entre 1629-1630 et
1640-1642 les tendances de fond la hausse ou la baisse sont peu accusées
Une sorte de mollesse générale caractérise le mouvement long des prix au
532 M.-J TITS-DIEUAIDE LE PRIX DU BL DANS LES VILLES XV-XVIlle SI CLE
xvne siècle si bien que on est tenté de voir une vaste stagnation qui englobe
tout le siècle et se prolonge même dans la plupart des cas en plein
xvnie siècle
Car la hausse des prix au xvine siècle laquelle nous en venons présent
pas commencé partout au même moment sauf Toulouse et Aix-en-Pro-
vence où les prix prennent leur essor dès 1703 aussi Béziers où la hausse
commence dès 1705 il faut attendre la deuxième voire la troisième décennie du
siècle pour voir se déclencher ascension longue des prix
Dans ensemble la hausse est nettement moins forte que celle du
xvie siècle comme le montrent les taux annuels de croissance du tableau qui
sont comparer ceux du tableau
TABLEAU Les taux annuels de croissance des prix du blé au XVIIIe siècle
Amsterdam 1734 1771 130
Cologne 1732 1775 114
Bruges 1721 1790 065
Paris 1717 1773 080
Grenoble 1718-1775 092
Toulouse 1703 1785 093
Aix-en-Provence 1703 1784 088
Béziers 1705 1753 060
Milan 1723 1760 079
1723 1803 054
Sienne 1723 1760 1.00
II faut rappeler ici que hormis Valence où le taux annuel de croissance
atteignait que 149 au xvie siècle ce taux dépassait dans toutes les
autres villes or au xviue siècle le taux annuel de croissance dépassé
Amsterdam et Cologne tandis il était égal ou inférieur partout
ailleurs
Certes parce que nos séries de prix arrêtent le plus souvent avant la fin du
xvnie siècle ces taux annuels de croissance ne portent que sur une partie de la
hausse longue du xvn siècle mais ils concernent tout de même une période
suffisamment longue pour être représentatifs Que les taux annuels de crois
sance du xvnie siècle soient ainsi nettement inférieurs ceux du xvie siècle
explique sans doute assez facilement alors au xvie siècle se faisait sentir
effet de argent américain ce facteur intervenait évidemment plus au
xvine siècle
Quand pris fin la hausse du xvine siècle La plupart de nos séries arrê
tent trop tôt pour on puisse le dire une manière assurée Toutefois la série
milanaise se prolonge au xixe siècle elle montre que après une brève
pause vers 1760 les prix ont continué monter jusque vers 18038 Toulouse
les chiffres publiés par Freche permettent de dire que la hausse est
poursuivie jusque vers 18209
533 MARCH LES
II Les fluctuations cycliques
amplitude globale des fluctuations cycliques
Comme on peut attendre toutes nos courbes présentent des fluctuations
courtes amplitudes très inégales Cependant ce qui frappe la simple lecture
des courbes est que les fluctuations sont plus marquées et plus intenses sur
certaines courbes que sur autres Ainsi la courbe des prix parisiens une
allure beaucoup plus mouvementée que celle de Cologne les pics et les creux
inscrivent plus profondément autre part il arrive quelquefois que les
variations atténuent pendant certaines périodes voyez les prix Grenoble
entre 1724 et 1770 ou encore Cologne entre 1590 et 1610 Aussi convient-il
étudier le phénomène global des variations cycliques dans espace et dans le
temps
outil statistique le plus approprié pour cela est le coefficient de variation
qui mesure en pourcentage les fluctuations moyennes de chaque courbe par rap
port un niveau de prix que on peut considérer comme normal est-à-dire
en occurrence par rapport la moyenne mobile il agit une moyenne
mobile de onze ans rattachée année centrale Pour chaque ville il semblé
utile de calculer un coefficient de variation pour chacun des siècles considérés
de manière pouvoir chiffrer intensité des variations non seulement dans
espace mais aussi dans le temps Le résultat de ces calculs est consigné dans le
tableau
Ce tableau confirme en accentuant la remarque faite propos de obser
vation empirique des courbes dans espace comme dans le temps intensité
des fluctuations cycliques est beaucoup modifiée Ainsi au xve siècle les
variations Anvers Bruges et Paris étaient plus du triple de ce elles
étaient Valence allons pas en déduire que on peut opposer ici villes du
nord et villes du sud on peut voir que les prix du blé en Andalousie en Vieille et
en Nouvelle Castille étaient très agités mais cause des lacunes que présentent
ces séries il pas été possible en calculer les moyennes mobiles et partant
TABLEAU Coefficients de variation des prix du blé
Villes XVe siècle XVIe siècle XVIIe siècle XVIIIe siècle
Utrecht 2155 1539-1600
Amsterdam 2421(1602-1700 2274(1701-1778
Anvers Cologne 3553 1401-1500 3814 1833 1501-1595 1536-1600 1871 1601-1700 1567 1701-1781
Bruges 3010(1401-1500 2386(1501-1600 2101(1601-1700 2433(1701-1790
Grenoble Milan Béziers Paris Valence Toulouse Sienne Aix-en-Provence 3678 1216 1436-1500 1425-1500 3249 2874 2750 2839 3144 1959 1551-1600 1501-1600 1506-1600 1575-1600 3008 2079 2805 2278 2536 1548 1646 1429 1601-1700 1601-1645 1610-1700 2082 2348 2767 1646 1984 1528 1993 1701-1775 1701-1795 1701-1785 1701-1760 1701-1784 1701-1753 1701-1783
534 M.-J TITS-DIEUAIDE LE PRIX DU BL DANS LES VILLES XV-XVIII6 SI CLE
les coefficients de variation Du reste au siècle suivant dans des villes méridio
nales comme Aix-en-Provence Toulouse et Sienne les fluctuations sont bien
plus marquées Utrecht ou Cologne
Dans ensemble il faut bien avouer il est difficile expliquer les diffé
rences dans espace de intensité des variations cycliques sans doute des fac
teurs locaux il est malaisé de cerner ont-ils ici un rôle prépondérant Pour
instant il guère que le cas de Cologne que on puisse éventuellement
comprendre Les prix de cette ville en effet ont eu du xvie au xvine siècle un
coefficient de variation uniformément bas Or les autorités municipales
menaient une politique approvisionnement très active ne serait-ce pas
cause de cette que les fluctuations cycliques étaient là particulièrement
atténuées10
Si on considère présent évolution des fluctuations dans le temps on
observe tout abord elles ont eu tendance affaiblir entre le xve siècle et
le xv siècle du moins dans des villes où comme Bruges Anvers et Paris
les prix avaient un coefficient de variation très élevé au xve siècle Malgré les
apparences les prix Anvers ne font pas exception cette règle Certes leur
coefficient de variation est plus élevé pour ensemble du xv siècle 3814
que pour le xve siècle 3553 On remarque toutefois il atteint que
3144 pour la période 1501-1574 est-à-dire avant les années 1580 années
pendant lesquelles Anvers est trouvée dans une situation tout fait singulière
du fait du siège de la ville par Alexandre Farnese et de sa capitulation en 1585
qui entraîné la fermeture de Escaut Ces années-là les prix ont atteint des
niveaux extraordinaires 184 écart au-dessus de la moyenne
mobile ce qui explique sans doute que le coefficient de corrélation monte
3814 pour la période 1501 1595
Quoique le xvi siècle ait le renom avoir été une époque de crise on
constate que les fluctuations cycliques des prix du blé sont dans ensemble net
tement plus faibles au siècle précédent sauf cependant Cologne où le
coefficient de variation se relève légèrement par rapport au xvie siècle tout en
restant moins élevé que dans la plupart des autres villes Cette baisse générale
des coefficients de variation est intéressante et même quelque peu
surprenante ne attendrait-on pas plutôt ce que les variations de prix
amplifient en plein petit âge glaciaire en ce xvne siècle qui été âge
maximal des glaciers alpins celui des mauvais hivers et plus généralement
du refroidissement du climat atténuation des prix du blé en une telle
époque semble indiquer que ces prix ne dépendaient pas en ordre principal des
conditions météorologiques
Venons-en au xvnie siècle En cette période essor généralisé où des
routes désormais plus nombreuses et meilleures facilitaient les transports du
grain en particulier une région autre on se serait attendu ce que les
variations cycliques des prix du blé aient encore perdu de leur intensité et que
cela se traduise par des coefficients de variation partout plus bas Or tel est
pas le cas Sur nos dix villes-témoins cinq seulement accusent un coefficient de
variation plus bas au xvne siècle ce sont Amsterdam Cologne Toulouse
Milan et Sienne Ailleurs Bruges Paris Grenoble Aix-en-Provence Béziers)
il au contraire une certaine élévation du coefficient de variation et donc
intensification des fluctuations cycliques des cours du blé Nous ne tenterons
535 LES MARCH
pas expliquer ce double phénomène notons seulement il suggère inter
vention de puissants facteurs locaux Paris par exemple ne serait-ce pas
accumulation des hommes la ville est passée de 500 000 habitants en 1715
600 000 en 1789 qui aurait rendu approvisionnement difficile et mal
adapté et aurait fait vibrer les prix au xvine siècle plus fortement au xvne
Remarquons en tout cas que le coefficient de variation des prix du blé Paris
au xvine siècle est alors sensiblement plus élevé que partout ailleurs12
Malgré le relèvement ici et là du coefficient de variation au xvine siècle il
faut bien observer cependant il est dans ensemble nettement moins élevé
au xvie siècle et surtout au xve siècle en quelques siècles les variations
cycliques ont perdu de leur véhémence ce qui veut dire au fil des ans le pro
blème du pain quotidien est devenu relativement moins aigu Encore ce pro continuait-il se poser une manière très inégale suivant la ville où on
habitait au xvine siècle la vie de tous les jours était sans doute moins difficile
Aix-en-Provence avec un coefficient de variation de 1646 Paris où
ce coefficient atteignait encore 2767
Les changements du coefficient de variation dans espace et dans le temps
demanderaient évidemment être expliqués On peut se demander il ne faut
pas voir pour une part au moins effet de politiques annonaires différentes
une ville autre et plus ou moins efficaces suivant les lieux Reprenons ici
exemple de Cologne dans cette ville la municipalité avait organisé un grenier
abondance qui était pourvu régulièrement en grain dès une crise
annon ait la ville pouvait faire appel De toute évidence ce grenier abon
dance pas permis Cologne échapper totalement aux crises mais tout
porte croire que celles-ci en sont trouvées très nettement atténuées autres
villes au coefficient de variation particulièrement bas comme Aix-en-Provence
ou comme Valence avaient-elles pas de grenier abondance comparable
celui de Cologne Ce serait voir Plus généralement les villes ont-elles pas
fait des progrès dans les méthodes approvisionnement au cours des siècles
cela pourrait expliquer la baisse générale de la variabilité des prix du grain dans
le temps Nous posons ici la question sans pouvoir répondre car les monogra
phies sur la politique annonaire de nos diverses villes font par trop défaut
Les crises
priori on peut supposer que les courbes de deux villes proches une de
autre montrent un certain parallélisme que hausses et baisses succèdent
peu près de la même manière parce que les deux villes en question participaient
en fait un marché céréalier Il en est ainsi de Bruges et Anvers
comme on peut le voir sur la figure Il arrive que des courbes de prix se rap
portant des villes moins proches Utrecht et Amsterdam une part et
Cologne autre part suivent une évolution assez semblable ainsi que atteste
la même figure Plus même entre les années 1430 et 1560 il beaucoup de
ressemblances entre évolution des prix de deux villes aussi éloignées que Paris
et Bruges Et comme dans le même temps on observe bon nombre de similitudes
entre la courbe de Bruges et celle de Cologne on peut dire que au total il
avait une certaine unité de marché entre Seine et Rhin jusque vers le milieu du
xvie siècle13
536 M.-J TITS-DIEUAIDE LE PRIX DU BL DANS LES VILLES XV XVIII SI CLE
Tout autre est la situation si on compare les prix de Grenoble de Tou
louse Aix-en-Provence et de Béziers quelques exceptions près sur les
quelles nous allons revenir les fluctuations cycliques suivent un cours différent
dans chaque ville Visiblement chacune elles faisait partie de marchés céréa
liers différents et cela au xvine siècle De même rien de plus dissem
blable que les fluctuations cycliques en Vieille et en Nouvelle Castille en Anda
lousie et Valence on affaire ici aussi des marchés céréaliers différents On
peut enfin en dire autant des marchés de Sienne et de Milan
Malgré les divergences que nous venons de souligner il est toutefois remar
quable que certaines fluctuations très marquées certains pics se retrouvent
sur la plupart des courbes Un exemple particulièrement saisissant est celui de
1709 année du grand hiver cette année-là Amsterdam Sienne toutes les
villes sur lesquelles nous sommes renseignés ont connu une assez formidable
hausse de prix dont la moindre Milan atteint 35 écart par rapport la
moyenne mobile et dont la plus intense Bruges monte 126 écart par
rapport cette même moyenne
Le cas de année 1709 est pas unique et il paru intéressant de rechercher
systématiquement les hausses qui se sont manifestées dans toutes ou au moins
dans plusieurs la fois de nos villes-témoins On en trouvera la récapitulation
dans le tableau examiner on peut distinguer une part les années de
crise généralisée autre part celles pour lesquelles la crise frappé une partie
seulement de espace géographique couvert par nos villes
Tentons de dégager abord les années pour lesquelles il lieu de croire
malgré certaines lacunes dans la documentation il eu crise généralisée
Telles nous paraissent abord être les années 1521-1522 1531-1532 et 1545-
1546 ceci près cependant que faute de données pour Sienne et pour Milan
nous ne savons rien de la situation en Italie Viennent ensuite les années diffi
ciles de 1555-1557 puis celles de 1562-1563 où Grenoble pourtant paraît avoir
été épargnée En 1572-1574 nouvelle vague de hauts prix partout la ville la
moins touchée étant Valence En 1586-1587 et en 1596-1598 il que
Valence qui avec des prix assez bas échappe la crise
Nous voici maintenant au xvi siècle Après un répit une trentaine
années une crise relativement sévère installe partout en 1630-1631 sauf
toutefois Cologne où les cours se situent tout juste au niveau de la moyenne
mobile ceci rien étonnant si on se souvient que les fluctuations de prix
dans cette ville sont généralement moins vives ailleurs Si on laisse de côté
Valence pour laquelle les données manquent après 1650 il semble une crise
générale sévisse nouveau en 1651-1653 Une trentaine années plus tard en
1683-1685 une nouvelle forte montée des prix envahit Europe du Nord-Ouest
délaissant toutefois semble-t-il avec Grenoble et Milan les régions proches
des Alpes Puis en 1692-1695 toutes nos villes sont nouveau touchées par la
cherté des grains peine quelques années plus tard en 1698-1699 voici que se
déclare une nouvelle flambée de hauts prix partout sauf Sienne
Ainsi se clôt le xviie siècle Survient alors 1709 cette année-là est la der
nière fois que les hauts prix touchent ensemble des villes étudiées
Venons-en maintenant aux crises dont le champ action été sensiblement
moins étendu sans pour cela elles aient été moins intenses Il faut abord
citer les années 1565-1566 pendant lesquelles les prix sont élevés partout au
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