L'exploration perceptive tactile d'un ensemble d'objets chez l'enfant et chez l'adulte - article ; n°2 ; vol.73, pg 419-441

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L'année psychologique - Année 1973 - Volume 73 - Numéro 2 - Pages 419-441
Résumé
Les caractéristiques de l'exploration tactile d'un ensemble d'objets dispersés sur un plan horizontal ont été étudiées chez des enfants de 4 à 9 ans et chez des adultes et ont été comparées à celles de Vexploration visuo-manuelle de ce même ensemble. Dans la condition T- V, les sujets commencent par la tâche tactile (sans guidage visuel du geste) et exécutent ensuite la même tâche en utilisant leur vue ; dans la condition V-T, la procédure est inversée.
Les résultats montrent que dans la condition T-V, les dimensions de la zone explorée tactilement augmentent avec l'âge et que jusque vers 7 ans, les régions les plus proches du corps sont explorées plus souvent que les autres. Même chez les adultes, le parcours des mains est mal organisé et on observe rarement un plan réel permettant un balayage efficace et économique de l'espace. Dans la condition V-T, l'exploration tactile est améliorée sur l'ensemble des aspects analysés.
Ces résultats sont discutés en fonction des connaissances actuelles concernant les déterminants des stratégies de l'exploration perceptive tactile.
Summary
The characteristics of tactile exploration of a set of objects dispersed in the horizontal plane was studied for children between 4 and 9 yrs and for adults, and were compared to the characteristics of visuo-manual exploration of the same set. In the condition TV the subjects first executed the purely tactile task (no visual guidance), and then did the same task with visual guidance. In the condition VT the procedure is reversed.
The results show that in the condition TV, the size of the area explored increases with age, and that up to about 7 yrs the areas nearest the body are explored more often than the others. Even adults show a disorganized movement of the hands : one rarely finds a strategy which allows efficient and economic sweeping of the plane. In the VT condition, tactile exploration is improved for all aspects analysed.
The results are discussed in relation to present work on the determinants of tactile exploration.
23 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : lundi 1 janvier 1973
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Yvette Hatwell
G. Oziek
V. Jeanneret
L'exploration perceptive tactile d'un ensemble d'objets chez
l'enfant et chez l'adulte
In: L'année psychologique. 1973 vol. 73, n°2. pp. 419-441.
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Hatwell Yvette, Oziek G., Jeanneret V. L'exploration perceptive tactile d'un ensemble d'objets chez l'enfant et chez l'adulte. In:
L'année psychologique. 1973 vol. 73, n°2. pp. 419-441.
doi : 10.3406/psy.1973.27996
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1973_num_73_2_27996Résumé
Résumé
Les caractéristiques de l'exploration tactile d'un ensemble d'objets dispersés sur un plan horizontal ont
été étudiées chez des enfants de 4 à 9 ans et chez des adultes et ont été comparées à celles de
Vexploration visuo-manuelle de ce même ensemble. Dans la condition T- V, les sujets commencent par
la tâche tactile (sans guidage visuel du geste) et exécutent ensuite la même tâche en utilisant leur vue ;
dans la condition V-T, la procédure est inversée.
Les résultats montrent que dans la condition T-V, les dimensions de la zone explorée tactilement
augmentent avec l'âge et que jusque vers 7 ans, les régions les plus proches du corps sont explorées
plus souvent que les autres. Même chez les adultes, le parcours des mains est mal organisé et on
observe rarement un plan réel permettant un balayage efficace et économique de l'espace. Dans la
condition V-T, l'exploration tactile est améliorée sur l'ensemble des aspects analysés.
Ces résultats sont discutés en fonction des connaissances actuelles concernant les déterminants des
stratégies de l'exploration perceptive tactile.
Abstract
Summary
The characteristics of tactile exploration of a set of objects dispersed in the horizontal plane was studied
for children between 4 and 9 yrs and for adults, and were compared to the characteristics of visuo-
manual exploration of the same set. In the condition TV the subjects first executed the purely tactile task
(no visual guidance), and then did the same task with visual guidance. In the condition VT the
procedure is reversed.
The results show that in the condition TV, the size of the area explored increases with age, and that up
to about 7 yrs the areas nearest the body are explored more often than the others. Even adults show a
disorganized movement of the hands : one rarely finds a strategy which allows efficient and economic
sweeping of the plane. In the VT condition, tactile exploration is improved for all aspects analysed.
The results are discussed in relation to present work on the determinants of tactile exploration.Année psychol.
1973, 73, 419-441
Ecole de Psychologie et Sciences de V Education
de l 'Université de Genève
L'EXPLORATION PERCEPTIVE TACTILE
D'UN ENSEMBLE D'OBJETS
CHEZ L'ENFANT ET CHEZ L'ADULTE*
par Yvette Hatwell, Christian Osiek et Véronique Jeanneret1
SUMMARY
The characteristics of tactile exploration of a set of objects dispersed
in the horizontal plane was studied for children between 4 and 9 yrs and for
adults, and were compared to the characteristics of visuo-manual exploration
of the same set. In the condition TV the subjects first executed the purely
tactile task (no visual guidance), and then did the same task with visual
guidance. In the condition VT the procedure is reversed.
The results show that in the condition TV, the size of the area explored
increases with age, and that up to about 7 yrs the areas nearest the body are
explored more often than the others. Even adults show a disorganized move
ment of the hands : one rarely finds a strategy which allows efficient and
economic sweeping of the plane. In the VT condition, tactile exploration
is improved for all aspects analysed.
The results are discussed in relation to present work on the determinants
of tactile exploration.
Au cours des deux dernières décades, les psychologues
soviétiques ont donné une impulsion aux recherches sur l'explo
ration perceptive tactile (Zaporozhets, 1965 ; Vekker, 1961 ;
Lomov, 1966). Partant d'une conception générale selon laquelle
toute construction perceptive constitue une sorte de « copie
* Publié avec le concours du Fonds national suisse de la Recherche
scientifique.
1. Avec la collaboration d'Arianne Soutter et de Daniele Othenin-
Girard, que nous remercions très vivement. 420 MÉMOIRES ORIGINAUX
motrice » de l'objet, l'acte d'imitation de cet objet, saisi à travers
les mouvements d'exploration des récepteurs, devient un pôle
important de la recherche. La perception tactile apparaît alors
comme le prototype d'une perception « active » grâce au rôle qu'y
joue la manipulation dans la prise de connaissance de l'objet.
Les « actions perceptives » d'exploration subissent des chan
gements qualitatifs et quantitatifs au cours du développement
et, selon les auteurs soviétiques, ces changements sont de même
type dans le domaine tactile et le domaine visuel. Certains ont
même soutenu que l'image visuelle se construit à partir des
mouvements d'exploration de la main sur l'objet, mais ce point
a donné lieu à beaucoup de controverses (Ananiev, 1961 ; Zapo-
rozhets, 1965 ; Pick, 1964 ; Venger, 1971).
Qu'il s'agisse des psychologues soviétiques ou des chercheurs
occidentaux qui à leur suite ou à la suite des Gibson (1962,
1966 et 1969) se sont intéressés ces dernières années à ces pro
blèmes, c'est à la perception des formes que la majorité des
travaux a été consacrée (par exemple, Pick et Pick, 1964 ;
Goodnow, 1969 ; etc.). Quelques recherches concernent également
la perception des grandeurs (Abravanel, 1968) et des courbures
(Davidson, 1972).
Les données recueillies précisent les observations faites déjà
en 1947 par Piaget et Inhelder. Ainsi, vers 2-3 ans, l'enfant utilise
la paume des mains plutôt que les doigts et il y a chez lui une
prédominance des « actions pratiques » sur l'objet (presser,
rouler, cogner...) au détriment d'une exploration des contours
définissant la forme. L'exploration digitale des contours apparaît
vers 4 ans, mais elle est encore à cet âge partielle et incomplète.
C'est vers 5-6 ans que l'exploration des contours devient systé
matique, avec insistance sur les points d'inflexion, retour au
point de départ, etc.
On sait que Piaget interprète ces changements dans l'activité
perceptive (visuelle aussi bien que tactile) comme le résultat du
développement cognitif de l'enfant et en particulier de l'appa
rition des premières opérations réversibles. Zaporozhets et
Vekker y voient plutôt le fruit d'un lent processus de correction
après confrontation des premières images inexactes (issues d'une
exploration partielle) avec l'objet lui-même, la non-congruence
de l'image et de l'objet réel conduisant à de nouvelles explora
tions plus complètes.
C'est ce caractère systématique et organisé de l'exploration Y. HATWELL, C. OSIEK ET V. JEANNERET 421
tactile, apparaissant entre 5 et 7 ans selon les différents auteurs,
qui a retenu notre attention.
Dans la perception tactile manuelle, on sait que la face interne
des dernières phalanges de l'index, du majeur et du pouce ont
une fonction quelque peu analogue à la fovéa de l'œil, en raison
de la grande densité des récepteurs tactiles qui y sont concentrés.
Par contre, les capacités de discrimination sont nettement moins
bonnes sur la paume, l'annulaire et l'auriculaire. Lorsqu'on
place la main d'un individu sur un objet, les différentes régions
de la surface de l'objet qui entrent en contact avec sa peau ne
sont donc pas perçues avec une égale netteté. Comme dans la
vision, la « zone périphérique » produit des impressions floues
dont la fonction est de déclencher une « réaction d'orientation »
et un mouvement des récepteurs les plus sensibles vers ces régions.
L'exploration tactile des formes, à condition que les objets
considérés soient d'une taille relativement petite, paraît ainsi
régie par des mécanismes analogues à ceux de l'exploration
visuelle, ce qui explique le parallélisme de leur évolution. (Il
s'agit ici de la « stratégie » seulement, et non du résultat ou
performance : les performances tactiles sont presque toujours
inférieures aux visuelles.) Dans l'un et l'autre cas, le
jeu des voisinages sur l'objet conduit à un déplacement de proche
en proche des récepteurs les plus fins sur des points apparais
sant primitivement en champ périphérique.
Mais analogie ne signifie pas identité et ce qui distingue en
particulier la perception tactile de la perception visuelle, c'est
l'échelle de grandeur de leur champ périphérique respectif.
Les dimensions très limitées de cette zone dans la modalité tac
tile ne constituent peut-être qu'un faible handicap quand les
objets à percevoir sont eux-mêmes de petite dimension. Mais
qu'en est-il dans d'autres situations ?
Le but de ce travail est précisément d'étudier l'évolution de
l'exploration tactile lorsque les dimensions du champ périphé
rique deviennent insuffisantes pour que celui-ci conserve sa
valeur d'appel. Ceci se produit lorsque la tâche du sujet consiste
non à explorer la forme d'un objet continu, mais la disposition
spatiale d'un ensemble discret d'objets ou « points » répartis dans
un plan, et assez espacés les uns des autres pour qu'une cen-
tration du récepteur sur l'un d'eux ne soit accompagnée d'aucune
perception périphérique signalant la présence voisine d'un autre
point. La recherche des points dans le plan ne peut plus alors 422 MÉMOIRES ORIGINAUX
être régie par le jeu des voisinages dans le champ perceptif et
va se faire soit purement au hasard, ce qui entraînera omissions,
répétitions, etc., soit selon un plan assurant efficacité et économie
de l'exploration.
Rappelons brièvement ce qu'on sait de l'exploration visuelle
d'un ensemble discret d'objets, pour pouvoir comparer ces
résultats avec ceux que nous obtiendrons en situation tactile.
La technique la plus fréquemment utilisée est celle de l'énumé-
ration ; elle consiste à présenter une planche contenant plusieurs
dessins d'objets familiers disposés soit au hasard, soit selon une
configuration déterminée, et à demander au sujet d'énumérer
les objets représentés. On étudie la stratégie d'exploration de la
planche à partir de l'ordre dans lequel les objets sont cités.
Gottschalk (1964), reprenant les expériences anciennes de
Teegarden (1933), présente à des enfants de 3 à 6 ans une planche
contenant 20 dessins disposés en 4 lignes et 5 colonnes. Les
résultats montrent une tendance croissante avec l'âge à utiliser
l'ordre de la lecture (gauche-droite et haut-bas) ainsi qu'une
amélioration de l'exploration (mesurée par un score fondé sur la
proximité des paires énumérées) chez les plus âgés. Elkind et
Weiss (1967) trouvent des résultats analogues avec une planche
où les 24 dessins sont répartis au hasard sans former une confi
guration structurée et montrent aussi l'existence d'une interac
tion entre le style de l'exploration et la configuration du st
imulus. Ainsi lorsque les dessins sont disposés de manière à
former les contours d'un triangle, la tendance à explorer de
gauche à droite et de haut en bas (« type lecture ») augmente
d'abord entre 5 et 6 ans, puis diminue au profit d'une exploration
suivant le pattern triangulaire du stimulus.
Comme pour la perception des formes, ces recherches font
apparaître une exploration visuelle organisée et systématique
vers 5-6 ans. Transposée dans le domaine tactile, avec l'important
changement que représente dans ce cas la suppression des per
ceptions périphériques faisant fonction d'appel pour de nouvelles
centrations, une telle situation va-t-elle donner lieu encore à une
exploration de même type que celle qui est connue dans le domaine
visuel ? Telle est la première question à laquelle ce travail tente
de répondre.
La deuxième question posée concerne les effets de la repré
sentation de l'ensemble à explorer sur le parcours effectif des
mains. On peut supposer que, privé des données visuelles sur les- Y. HATWELL, C. OSIEK ET V. JEANNERET 423
quelles il se fonde habituellement, l'enfant aborde la tâche tactile
avec certaines « hypothèses » ou représentations, lesquelles vont
engendrer un certain type d'activité. Vekker (1966) insiste sur le
fait que si les mouvements d'exploration participent à la cons
truction de l'image représentative de l'objet, ils sont eux-mêmes
partiellement déterminés par l'image actuelle de cet objet, car
elle seule peut assurer la programmation du geste. En faisant
précéder immédiatement la tâche tactile d'une tâche semblable,
mais exécutée sous le contrôle de la vue, nous verrons si nous
avons ainsi induit chez le sujet un type de représentation qui
modifiera (qualitativement et quantitativement) l'organisation
de son exploration tactile ultérieure.
DESCRIPTION DE L'EXPÉRIENCE
Le principe général consiste à demander au sujet d'explorer
un ensemble discret de « points » constitués par des objets dis
posés sur une planche selon une certaine configuration spatiale.
Comme on s'intéresse uniquement au parcours des mains dans
l'espace-plan qui contient les points, on a cherché une situation
dans laquelle la discrimination des objets eux-mêmes est suff
isamment simple pour ne pas trop ralentir la progression du geste.
MATERIEL
Deux planches rectangulaires de 40 x 25 cm présentées dans le
plan horizontal. (Ces dimensions ont été calculées de manière que toutes
les régions de la planche soient aisément accessibles aux enfants les
plus jeunes.) Sur la première planche, 12 cubes identiques de 25 mm
de côté sont fixés dans une disposition « au hasard » (flg. 1) que nous
O12 O'
O"
o
Os
o2 q
Fig. 1. — Disposition des cubes sur la planche I 424 MÉMOIRES ORIGINAUX
appellerons, pour reprendre la terminologie d'Elkind, « non structurée ».
Sur la deuxième planche, les 12 cubes sont fixés sur 3 lignes et 4 colonnes
(disposition « structurée »). Dans chaque planche, 2 cubes peuvent
pivoter sur eux-mêmes tandis que les 10 autres ne sont pas mobiles.
La tâche du sujet consiste à détecter tous les cubes mobiles et pour y
parvenir, il doit les manipuler un par un.
PROCÉDURE
1) Situation tactile T : l'enfant introduit ses mains sous un cache qui
l'empêche de voir le matériel et supprime donc le guidage visuel du
geste. Sur une petite planche circulaire de démonstration, il explore
les 3 cubes qui y sont fixés et constate que l'un d'eux pivote sur lui-
même. On présente alors la planche I (non structurée) en expliquant que
« cette fois, il y aura beaucoup plus de cubes, et certains tournent,
d'autres ne tournent pas ». La tâche de l'enfant consiste à « trouver
tous les cubes qui tournent, en faisant bien attention de ne pas en
oublier ». L'expérimentateur note le parcours des mains de l'enfant en
relevant le numéro des cubes manipulés. On présente ensuite la planche II
dans les mêmes conditions.
2) Situation visuo-manuelle V : elle est identique à la situation tac
tile, sauf que le cache est supprimé et que l'enfant voit donc la planche.
Gomme dans la situation T, il doit cependant manipuler les cubes pour
trouver ceux qui sont mobiles, car ceux-ci ne se distinguent pas visue
llement des autres. L'expérimentateur note le parcours des mains sur la
planche, parcours effectué ici avec guidage visuel du geste.
Tous les sujets effectuent la tâche d'abord dans une situation, puis
dans l'autre.
En passant d'une situation à l'autre, on ne prévient pas le sujet qu'il
s'agit des mêmes planches. Dans tous les cas, le temps d'exploration
est libre et le sujet s'arrête lorsqu'il estime avoir trouvé tous les cubes
mobiles.
SUJETS
100 enfants (53 garçons et 47 filles) de 4, 5, 6, 7 et 9 ans des écoles
enfantines et primaires de Genève (20 sujets par classe d'âge) et 20 adultes
étudiants en psychologie.
PLAN EXPÉRIMENTAL
La moitié des sujets de chaque groupe d'âge commence par la
situation tactile T puis passe à la situation visuo-manuelle V (condi
tion T-V), l'autre moitié procède en sens inverse (condition V-T).
L'ordre de présentation des planches I et II n'ayant pas été contre
balancé, l'analyse portera uniquement sur la planche I qui a toujours été
présentée en premier. Les résultats de la planche II ne seront rapportés
qu'à titre indicatif. Y. HATWELL, C. OSIEK ET V. JEANNERET 425
RÉSULTATS
DIMENSIONS DE LA ZONE EXPLOREE
On a relevé pour chaque sujet le nombre total de points,
c'est-à-dire de cubes, qui ont été explorés au moins une fois,
quelle que soit la main utilisée pour le faire.
a) Exploration en situation tactile T
Le tableau I donne l'évolution de l'exploration tactile T pour
les groupes T-V et V-T.
TABLEAU I
Exploration en situation tactile
Extension de la zone explorée
(nombre moyen de points touchés)
4 ans 5 ans 6 ans 7 ans 9 ans Adultes
T-V 7,3 8,1 7,3 9,8 10,0 11,3
10,2 V-T 9,3 10,0 10,5 11,2 10,9
On constate en T-V, comme on pouvait s'y attendre, une
augmentation avec l'âge du nombre de points touchés (F = 10,62,
significatif à .01 ) et ce n'est que chez les adultes que l'on peut consi
dérer que la planche a été explorée dans sa totalité. Par rapport
à l'espace potentiel de l'action, l'exploration se déroule donc dans
un espace effectif d'autant plus réduit que l'enfant est plus jeune.
Ce résultat rappelle certaines observations sur le caractère partiel
de l'exploration oculaire des jeunes enfants (Zaporozhets, 1965),
mais il faut en plus tenir compte ici des aspects morphologiques
liés à la croissance avec l'âge des bras et des mains, qui peut év
idemment agir sur l'amplitude du geste.
L'ordre de passation des épreuves a aussi un effet : la zone
explorée tactilement est plus étendue dans la condition V-T que
dans la condition T-V (F = 23,91, significatif à .01). Ce phéno
mène est surtout apparent entre 4 et 6 ans (interaction
âge x significative à .05). 426 MEMOIRES ORIGINAUX
b) Exploration en situation visuo-manuelle V
Lorsque le parcours des mains se fait avec guidage visuel,
la planche est pratiquement explorée en entier dès 4 ans
(11,7 points touchés en moyenne à 4 ans en V-T, et 11,2 en T-V).
l'activité d'exploration
Par analogie avec les études sur les mouvements oculaires, on
appellera « saccade » tout déplacement de la main d'un point à un
autre. Le nombre moyen de saccades nous donne une indication
sur le degré d'activité des mains à l'intérieur de la zone effective
d'exploration.
a) Exploration en situation tactile T
1. L'activité globale (main droite et main gauche réunies). —
La figure 2 décrit l'évolution du nombre des saccades avec l'âge.
Si le nombre de saccades est voisin du nombre de points explorés,
cela signifie qu'il y a eu peu ou pas de répétitions (de retours)
sur un même point. Dans ce cas, le rapport
nombre de saccades de points explorés
est voisin de 1. Si le nombre de saccades est plus élevé que le
nombre de points définissant la zone effective d'exploration,
c'est que le sujet est passé plusieurs fois sur les mêmes points et
alors le rapport E est plus grand que 1. Le tableau II indique
l'évolution du rapport E et, dans le contexte de cette expérience,
il décrit en quelque sorte « l'économie » du geste.
TABLEAU II
nombre de saccades
Valeurs du rapport E = de points explorés
en situation T et en situation V
4 ans 5 ans 6 ans 7 ans 9 ans Adultes
T-V 1 ,75 2 ,09 2 ,57 2,23 2,23 1,88
Situation
T V-T 1 ,35 1 ,79 1 ,66 1,67 1,43 1,33
i A 1 1 ,44 X ,43 1,26 1,1 ï uiiuuuu/i
V
V-T 1 1 1 ,16 ,32 ,22 1,51 1,04 1,32

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