L'influence des schèmes sensori-moteurs et de l'orientation spatiale du modèle sur la rétention des correspondances numériques et spatiales antagonistes - article ; n°3 ; vol.89, pg 345-365

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L'année psychologique - Année 1989 - Volume 89 - Numéro 3 - Pages 345-365
Résumé
Piaget et Inhelder ont montré qu'il existe une relation entre le développement des activités mnémoniques et celui des conduites pré-opératoires et opératoire. Cependant certains jeunes sujets montrent des réussites précoces aux épreuves de mémoire, des facteurs non opératoires doivent alors être mis en cause. Le but de ce travail, réalisé avec le dispositif des correspondances numériques et spatiales antagonistes, est d'étudier les effets sur la mémoire différée d'une semaine de certains facteurs suivants : la copie du modèle et sa reproduction du mémoire après une minute (susceptibles l'un et l'autre d'améliorer la rétention) et l'orientation spatiale du modèle dont la variation engendre 2 modèles équivalents sous l'angle de la conservation de la longueur : celui utilisé par Piaget et Inhelder (I) et le modèle en miroir (II).
Les résultats obtenus avec 218 enfants de 5 al ans indiquent que tous ces facteurs ainsi que l'âge modifient l'efficacité du rappel du modèle I. Le modèle II, moins fréquemment reproduit correctement, donne lieu à des dessins en miroir ; ces effets pourraient être liés à une stratégie de dessin encouragée par les schèmes graphiques.
Pour vérifier ce point, 44 enfants iraniens de 7 ans ont été examinés ; chez ces sujets l'orientation de l'écriture est de droite à gauche et celle des chiffres de gauche à droite. Les résultats montrent que les jeunes iraniens adaptent mieux leurs stratégies aux particularités spatiales des modèles. La différence significative entre la fréquence de dessins corrects des deux modèles disparaît.
Cette étude suggère que des schèmes sensori-moteurs de l'ordre des schèmes graphiques peuvent rendre compte de la mémoire et de certaines de ses distorsions à l'âge où les schèmes opératoires ne sont pas encore en place.
Mots clés : mémoire chez l'enfant, théorie piagétienne, dessins d'enfants.
Summary : The influence of sensorimotor schemas and spatial orientation of the model upon the retention of numerical and spatial antagonistie correspondences.
Piaget and Inhelder have shown a relation between the development of mnemonic activities and that of pre-operational and operational behaviour. But, as some young children have precocious success in memory tests, non-operational factors must be involved. The aim of this work, carried out by using the device of numerical and spatial antagonistie correspondences, was to study the effects on memory — after a delay of one week — of the two following factors :
— The copy of the model and its reproduction, from memory, after one minute (both liable to improve the retention).
— The spatial orientation of the model by presenting two equivalent forms from the point of view of length conservation : the form used by Piaget and Inhelder (model I) and its mirror image (model II).
The results obtained with 218 children, 5 to 7 years old, show that these two factors and the age of the children modify the accuracy of recall of model I. Model II is reproduced correctly less frequently, and gives rise to mirror image drawings. These effects may be linked to a drawing strategy encouragea by graphie schemas. To verify this point, 44 Iranian children, 7 years old, were tested. In their culture, the direction of writing is from right to left and that of numbers is from left to right. The results show that these subjects tend to adapt their drawing strategy better to the spatial particularities of the models : there is no significant difference in the number of correct drawings belween the two models.
These results suggest that graphie schemas can account for some distortions of memory at an age when operative schemas are not yet in place.
Key words : children's memory, Piagetian theory, children's drawings.
21 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : dimanche 1 janvier 1989
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Paritchehr Behkiche-Touba
L'influence des schèmes sensori-moteurs et de l'orientation
spatiale du modèle sur la rétention des correspondances
numériques et spatiales antagonistes
In: L'année psychologique. 1989 vol. 89, n°3. pp. 345-365.
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Behkiche-Touba Paritchehr. L'influence des schèmes sensori-moteurs et de l'orientation spatiale du modèle sur la rétention des
correspondances numériques et spatiales antagonistes. In: L'année psychologique. 1989 vol. 89, n°3. pp. 345-365.
doi : 10.3406/psy.1989.29350
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1989_num_89_3_29350Résumé
Résumé
Piaget et Inhelder ont montré qu'il existe une relation entre le développement des activités
mnémoniques et celui des conduites pré-opératoires et opératoire. Cependant certains jeunes sujets
montrent des réussites précoces aux épreuves de mémoire, des facteurs non opératoires doivent alors
être mis en cause. Le but de ce travail, réalisé avec le dispositif des correspondances numériques et
spatiales antagonistes, est d'étudier les effets sur la mémoire différée d'une semaine de certains
facteurs suivants : la copie du modèle et sa reproduction du mémoire après une minute (susceptibles
l'un et l'autre d'améliorer la rétention) et l'orientation spatiale du modèle dont la variation engendre 2
modèles équivalents sous l'angle de la conservation de la longueur : celui utilisé par Piaget et Inhelder
(I) et le modèle en miroir (II).
Les résultats obtenus avec 218 enfants de 5 al ans indiquent que tous ces facteurs ainsi que l'âge
modifient l'efficacité du rappel du modèle I. Le modèle II, moins fréquemment reproduit correctement,
donne lieu à des dessins en miroir ; ces effets pourraient être liés à une stratégie de dessin encouragée
par les schèmes graphiques.
Pour vérifier ce point, 44 enfants iraniens de 7 ans ont été examinés ; chez ces sujets l'orientation de
l'écriture est de droite à gauche et celle des chiffres de gauche à droite. Les résultats montrent que les
jeunes iraniens adaptent mieux leurs stratégies aux particularités spatiales des modèles. La différence
significative entre la fréquence de dessins corrects des deux modèles disparaît.
Cette étude suggère que des schèmes sensori-moteurs de l'ordre des schèmes graphiques peuvent
rendre compte de la mémoire et de certaines de ses distorsions à l'âge où les schèmes opératoires ne
sont pas encore en place.
Mots clés : mémoire chez l'enfant, théorie piagétienne, dessins d'enfants.
Abstract
Summary : The influence of sensorimotor schemas and spatial orientation of the model upon the
retention of numerical and spatial antagonistie correspondences.
Piaget and Inhelder have shown a relation between the development of mnemonic activities and that of
pre-operational and operational behaviour. But, as some young children have precocious success in
memory tests, non-operational factors must be involved. The aim of this work, carried out by using the
device of numerical and spatial antagonistie correspondences, was to study the effects on memory —
after a delay of one week — of the two following factors :
— The copy of the model and its reproduction, from memory, after one minute (both liable to improve
the retention).
— The spatial orientation of the model by presenting two equivalent forms from the point of view of
length conservation : the form used by Piaget and Inhelder (model I) and its mirror image (model II).
The results obtained with 218 children, 5 to 7 years old, show that these two factors and the age of the
children modify the accuracy of recall of model I. Model II is reproduced correctly less frequently, and
gives rise to mirror image drawings. These effects may be linked to a drawing strategy encouragea by
graphie schemas. To verify this point, 44 Iranian children, 7 years old, were tested. In their culture, the
direction of writing is from right to left and that of numbers is from left to right. The results show that
these subjects tend to adapt their drawing strategy better to the spatial particularities of the models :
there is no significant difference in the number of correct drawings belween the two models.
These results suggest that graphie schemas can account for some distortions of memory at an age
when operative schemas are not yet in place.
Key words : children's memory, Piagetian theory, children's drawings.L'Année Psychologique, 1989, 89, 345-365
Laboratoire de Psychologie expérimentale et comparée
Université de Nice1
L'INFLUENCE DES SCHEMES SENSORI-MOTEURS
ET DE L'ORIENTATION SPATIALE DU MODÈLE
SUR LA RÉTENTION DES CORRESPONDANCES
NUMÉRIQUES ET SPATIALES ANTAGONISTES2
Paritchehr Behkiche-Touba3
SUMMARY : The influence of sensorimotor schémas and spatial orien
tation of the model upon the retention of numerical and antagon
istic correspondences.
Piaget and Inhelder have shown a relation between the development of
mnemonic activities and that of pre-operational and operational behaviour.
But, as some young children have precocious success in memory tests,
non-operational factors must be involved. The aim of this work, carried out
by using the device of numerical and spatial antagonistic correspondences,
was to study the effects on memory — after a delay of one week — of the two
following factors :
— The copy of the model and its reproduction, from memory, after one
minute (both liable to improve the retention).
— The spatial orientation of the model by presenting two equivalent
forms from the point of view of length conservation : the form used by Piaget
and Inhelder (model I) and its mirror image (model II).
The results obtained with 218 children, 5 to 7 years old, show that these
two factors and the age of the children modify the accuracy of recall of
model I. Model II is reproduced correctly less frequently, and gives rise to
mirror image drawings. These effects may be linked to a drawing strategy
encouraged by graphic schémas. To verify this point, 44 Iranian children,
7 years old, were tested. In their culture, the direction of writing is from
right to left and that of numbers is from left to right. The results show that
these subjects tend to adapt their drawing strategy better to the spatial
1. 98, boulevard Edouard-Herriot, 06007 Nice Cedex.
2. Ce travail résume les principaux résultats d'une thèse de troisième
cycle qui a été dirigée par le Pr C. Florès.
3. Maître assistante à l'Université de Téhéran (Iran). 346 Paritchehr Behkiche-Touba
particularities of the models : there is no significant difference in the
number of correct drawings between the two models.
These results suggest that graphic schémas can account for some
distortions of memory at an age when operative schémas are not yet in
place.
Key words : children's memory, Piagetian theory, children's drawings.
INTRODUCTION
Dans leur ouvrage Mémoire et intelligence (1968) Piaget et
Inhelder apportent de multiples données qui témoignent du
parallélisme entre le développement des activités mnémoniques
et celui des conduites préopératoires et opératoires durant l'en
fance. Ce parallélisme peut être interprété en termes de dépen
dance de la mémoire par rapport à l'intelligence. De nombreux
faits, et particulièrement ceux qui montrent une amélioration de
l'évocation au cours de plusieurs mois en l'absence de révision
nouvelle de la tâche, sont susceptibles de justifier cette inter
prétation.
Cependant de nombreuses questions restent en suspens. Pour
poser celle qui nous occupe ici, il convient de distinguer clairement
deux relations inhérentes à l'hypothèse de la subordination de la
mémoire aux schemes de l'intelligence. Selon la première (I) tout
acte de mémoire — comme toute action quelle que soit sa nature —
implique la participation d'un scheme, c'est-à-dire d'un système
d'organisation des processus d'intégration et d'actualisation
mnémonique. La seconde (II) est la relation de dépendance liant
le développement de la mémoire aux niveaux du développement
de ces systèmes et en vertu de laquelle aux progrès qualitatifs
observés lors du passage d'un niveau au suivant doivent corre
spondre des progrès qualitatifs de même nature que l'acte mné
monique.
Ces deux relations ne sont pas identiques. Alors que la pre
mière, la plus générale, semble aujourd'hui quasi unanimement
partagée — avec une conceptualisation différente, la psychologie
cognitiviste de tendance américaine avance le même postulat — , la
détermination introduite par la deuxième n'a aucun caractère
automatique, même dans l'œuvre de Piaget et Inhelder. Parmi
les faits qui, permettant de la relativiser, soulèvent la question
de sa signification précise, il faut en souligner un : dans les propres Rétention des correspondances 347
résultats de Piaget et Inhelder il arrive que des sujets pré
opératoires, c'est-à-dire dont le niveau de raisonnement ne permet
pas d'abstraire les relations opératoires susceptibles de s'appliquer
au modèle qu'ils doivent retenir, donnent précocement une évo
cation ou une reconstruction entièrement correctes. Certes, ces
cas ne sont jamais très fréquents. Néanmoins on les constate dans
plusieurs expériences : configuration sériale simple, correspon
dances numériques antagonistes, correspondances sériales doubles,
doubles classifications, niveaux horizontaux. Pour expliquer
certaines de ces réussites précoces, Piaget et Inhelder admettent
à divers endroits que des facilitations de la mémoire peuvent
résulter de facteurs non opératoires au sens strict — par exemple,
l'image anticipatrice dans le cas du dessin de mémoire d'une
configuration sériale (op. cit., p. 46) — et cela notamment lorsque
l'enfant ne s'est pas borné à regarder le modèle pour s'en souvenir
mais qu'il a procédé à sa copie graphique. Sont alors invoqués
comme processus non opératoires possibles « des facteurs simple
ment perceptifs » (« pour copier le modèle il faut le regarder
davantage et plus attentivement »), des facteurs moteurs ou
sensori-moteurs propre à l'action de copier et susceptibles de per
mettre la rétention de certaines associations utiles (op. cit.,
p. 173). Mais, à l'exception peut-être de l'image anticipatrice
de la sériation, ces facteurs sont considérés peu importants, guère
déterminants (la réussite de la copie n'entraîne pas nécessairement
la fidélité du dessin de mémoire) et surtout très secondaires par
rapport aux facteurs opératoires auxquels de toute manière
ils restent subordonnés.
Sans remettre en cause la conception piagétienne de la mé
moire, il est possible de juger que le rôle des schemes sensori-
moteurs pour la mémorisation et la reproduction graphique des
modèles statiques a été considérablement réduit dans une oeuvre
centrée, il est vrai, sur l'influence des schemes notionnels qui
concernent directement les opérations réversibles. Pourtant dans
la théorie de Piaget les schemes sensori-moteurs ont le statut
d'organisations operatives (et non opératoires) dont le fonc
tionnement, sous forme de conduites imitatives par exemple,
engendre par intériorisation l'image mentale, c'est-à-dire l'in
strument figuratif propre au souvenir. Ces schemes devaient donc
être importants pour rendre compte de la mémoire de l'enfant
qui ne possède pas encore ces instruments d'analyse conceptuelle
que sont les schemes notionnels. 348 Paritchehr Behkiche-Touba
Le dispositif d'allumettes utilisé par Piaget et Inhelder (1968,
chap. IV) pour l'étude du souvenir des correspondances numér
iques et spatiales antagonistes peut être l'objet de deux caté
gories d'activités cognitives que Piaget, Inhelder et Szeminska
(1948) avaient mis en évidence dans leurs travaux sur la conser
vation de la longueur : a) une activité de mise en relation numér
ique, impliquée dans le développement de la notion de nombre
et qui, dans le cas particulier, aboutit à un constat d'égalité entre
les éléments constitutifs de la droite et du zigzag (fig. 1 et 2) et
b) une activité de mise en relation spatiale susceptible de conclure
à un jugement de non-conservation de la longueur lorsqu'elle se
limite à n'établir qu'une simple relation d'ordre telle que la droite
va plus loin que le zigzag. Plusieurs classes de dessins de mémoire
décrits dans Mémoire et intelligence peuvent être expliquées
par le conflit engendré lors de l'utilisation conjointe de ces deux
raisonnements. Cependant, même dans cette situation expéri
mentale difficile pour les jeunes enfants, certains d'entre eux
arrivent à reproduire correctement de mémoire ce dispositif :
14 sujets de 5 ans et 6 ans signalés dans l'ouvrage mentionné
correspondent à ce cas.
En l'absence de scheme de niveau opératoire assurant le gui
dage, l'intégration et l'actualisation mnémoniques, et en admet
tant toujours le postulat selon lequel tout acte de mémoire
suppose la participation d'un scheme, on est amené à attribuer
ces réussites précoces aux schemes perceptifs et sensori-
moteurs responsables de l'exploration perceptive et des actions
graphiques.
Dans cette perspective nous avons repris l'étude de la mémoire
de ce dispositif en faisant varier, lors des séances de mémorisation,
le degré d'acquisition — ou en termes piagétiens le niveau d'a
ccommodation des schemes — et en employant à cette fin le
modèle I et II représentés dans la figure 1.
Ces deux modèles sont équivalents du point de vue opératoire :
le même raisonnement concluant à l'égalité des longueurs de la
droite et du zigzag leur est applicable ; soumis à 40 enfants de 7 ans
et autant de 8 ans placés en situation d'examen opératoire, ils
provoquèrent les mêmes arguments de non-conservation et se
montrèrent du même degré de difficulté. En prenant en considé
ration cette équivalence et en s'appuyant sur l'hypothèse qui
établit un lien étroit entre le développement de la mémoire et celui
des schemes notionnels, il est à prévoir que les deux modèles Rétention des correspondances 349
seront de même niveau de difficulté et donneront les mêmes
résultats sous l'angle des activités mnémoniques.
Mais d'autre part, les deux modèles diffèrent par leur orien
tation spatiale globale, chacun étant le « miroir » de l'autre. Cette
divergence figurale concerne la position relative du segment en
zigzag par rapport au segment droit. Dans le cadre d'habitudes
graphiques orientées culturellement dans les directions gauche-
droite et haut-bas, les difficultés à résoudre et les décisions à
prendre sur le plan de la réalisation graphique ne sont pas iden
tiques pour les deux modèles. Ainsi le dépassement de la droite par
rapport au zigzag dans le modèle II est susceptible de perturber la
réalisation graphique en diminuant l'utilité de la référence à
l'extrémité gauche de la droite pour le démarrage du tracé du
zigzag. A même contenu notionnel la reproduction du modèle II
apparaît alors plus problématique que celle du modèle I, mais
pour des raisons qui, affectant le schématisme perceptif et sensori-
moteur, mettent du même coup en évidence leur rôle dans l'acte
de mémoire.
Les expériences qui suivent ont pour objet de vérifier le
bien-fondé de ce raisonnement.
EXPÉRIENCE I
MATÉRIEL :
Le matériel utilisé pour la mémorisation comprend les modèles I
et II construits avec des allumettes de 4,5 cm de longueur, collées sur
une planche de bristol de 21/30 cm ; l'intervalle entre la droite et le
zigzag est de 2 cm (fig. 1).
Le matériel utilisé pour l'épreuve de reconnaissance comprend quatre
figures de même longueur que les modèles, également formés avec des
allumettes collées sur bristol et parmi lesquels le sujet doit choisir
Modèle I Modèle II
Fig. 1. — Modèles utilisés pour la mémorisation
Models used for memorization Par itchehr Behkiche-Touba 350
celui qui lui a été présenté lors de la première séance (flg. 2). La figure a
est une réplique du modèle I (incorrecte pour les sujets qui ont mémorisé
le modèle II). La figure b reproduit le modèle II (incorrecte pour ceux
qui ont mémorisé le modèle I). Les figures c et d sont incorrectes pour
tous les sujets.
c d.
Fig. 2. — Modèles utilisés pour la reconnaissance
Models used for recognition
SUJETS
218 enfants normalement scolarisés dans les écoles de Nice parti
cipent à cette expérience, 72 âgés de 5 ans, 74 âgés de 6 ans et 72 âgés
de 7 ans. Il y avait autant de garçons que de filles. 111 enfants sont
examinés avec le modèle I et 107 avec le modèle II.
CONDITIONS EXPÉRIMENTALES :
Les sujets ont été examinés individuellement en deux séances sépa
rées d'une semaine :
Première séance : les sujets reçoivent la consigne de mémorisation du
modèle présenté, I ou II, dans l'une des conditions suivantes :
— Condition P (N = 71) — Présentation du modèle pendant trente
secondes.
—PC (N = 72) — du modèle pendant
trente secondes suivie d'une copie en temps libre avec le toujours
présent.
— Condition PCM (N = 75) — Présentation du modèle pendant
trente secondes, copie en temps libre, et après un délai d'une minute
environ, un dessin de mémoire. Rétention des correspondances 351
Les sujets répartissent ainsi :
Condition P 5 ans modèle I, N = 12 ; modèle II, N = 11 ;
6 — I, N = 12 ;II, N = 12 ;
•j modèle I, N = 12 ; modèle II, N = 12 ;
Condition PC 5 — I, N = 11 ;II, N = 12 ;
6 — modèle I, N = 13 ; modèle II, N = 12 ;
7 — I, N = 12 ;II, N = 12.
Condition PCM 5 — modèle I, N = 14 ; modèle II, N = 12 ;
6 — I, N - 13 ;II, N = 12 ;
7 — modèle I, N = 12 ; modèle II, N = 12.
Deuxième séance : une semaine plus tard les sujets sont soumis à une
épreuve de rappel, c'est-à-dire un dessin de mémoire du modèle mémorisé,
et une épreuve de reconnaissance. L'ordre de ces épreuves a été contre
balancé. Durant ces deux séances la conduite de chaque sujet est
soigneusement observée afin de déceler la ou les stratégie (s) qu'il utilise
pour faire le dessin de copie et de rappel.
HYPOTHÈSES :
On peut s'attendre à ce que :
— Les performances obtenues dans la condition P, dans laquelle une
activité d'exploration perceptive est seule permise, soient inférieures aux
performances de la condition PC qui ajoute une activité de copie du
modèle, et que ces derniers résultats seront eux-mêmes inférieurs à ceux
de la condition PCM qui introduit en plus une activité de rappel après
seulement une minute.
— L'efficacité du rappel et de la reconnaissance augmente avec l'âge,
la reconnaissance étant plus élevée que le rappel.
— Si l'on admet l'hypothèse de Piaget et Inhelder, les résultats du
rappel et de la reconnaissance doivent être comparables pour les
modèles I et II car ces modèles sont équivalents du point de vue de
l'examen opératoire. Par contre, la prise en considération des difficultés
à résoudre sur le plan de la réalisation grapho-motrice suggère que le
rappel du modèle I pourrait être supérieur à celui du modèle II.
RÉSULTATS
A / Critères de classement : l'examen des 440 dessins obtenus a
montré qu'ils étaient d'une grande variété. Cependant 3 critères
de classement furent dégagés : 1) Les nombres respectifs de traits
de la droite et du zigzag (la droite en 4 traits ou bien en un seul
trait continu, le zigzag en 4 traits) ; 2) La correspondance spatiale 352 Paritchehr Behkiche-Touba
relative entre les extrémités gauches ou droites de ces 2 éléments ;
3) Leur disposition spatiale relative, la droite au-dessus du zigzag
ou vice versa.
L'application de ces critères a permis d'effectuer 2 analyses
successives caractérisées par des degrés différents de tolérance
quant à la précision de ces 3 aspects du dessin (Behkiche-Touba,
1980). Ces degrés de tolérance déterminent alors l'importance
des effectifs de dessins jugés « corrects ». Mais les 2 analyses
donnèrent des résultats de même sens aboutissant à des conclu
sions identiques. Les données suivantes appartiennent à l'analyse
qui porte sur les effectifs les plus élevés de dessins corrects. Sont ici
considérés comme corrects les dessins qui réunissent les carac
téristiques suivantes :
— Pour les deux modèles, la droite dessinée en 4 traits ou
bien en un seul trait continu est placée au-dessus du zigzag. Le
zigzag est dessiné en 4 traits.
— Pour le modèle I : le décalage entre les extrémités de la
droite et du zigzag est nettement plus grand à droite qu'à gauche
de la figure dessinée (respectivement 20 % à contre 5 % à
gauche en moyenne).
— Pour le modèle II, le décalage entre les extrémités de la
droite et du zigzag est nettement plus grand à gauche qu'à droite
(respectivement 20 % à gauche contre 5 % à droite en moyenne).
Erreurs privilégiées : les dessins en miroir. Parmi les repro
ductions incorrectes, les en miroir (la production du
modèle I au lieu du modèle II et vice versa) sont assez fréquents
(N = 75) mais concernent essentiellement le modèle II (N = 71).
Ces erreurs sont analysées avec les mêmes critères que les dessins
corrects.
B / Analyses des dessins corrects : le tableau I contient pour
chaque modèle les pourcentages de dessins de mémoire corrects
produits en rappel différé d'une semaine.
— L'influence des modèles : la comparaison entre le pour
centage total des dessins corrects du modèle I (27,93) et celui du
modèle II (10, 28) montre que ce dernier est plus difficile à repro
duire de mémoire que le premier (chi carré = 9,80 ; dl = 1 ;
P < .005).
— L'influence des conditions : pour le modèle I, la comparaison
des conditions montre que les pourcentages de celles-ci s'ordonnent

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