L'intégration des informations dans le jugement social : niveau de réussite, niveau de difficulté et de capacité jugée - article ; n°1 ; vol.86, pg 83-102

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L'année psychologique - Année 1986 - Volume 86 - Numéro 1 - Pages 83-102
Résumé
La recherche a pour but de mettre en évidence comment le sujet naïf, lorsqu'il doit estimer la capacité d'une personne, intègre les informations dont il dispose sur sa performance dans un examen et la difficulté de l'examen. Les variables manipulées sont le niveau de réussite (3 niveaux), le niveau de difficulté (3 niveaux) et le sexe de la personne à juger ; les sujets sont de sexe féminin. La première expérience se fait avec des groupes indépendants, chaque sujet ne passant que dans une seule condition ; les résultats montrent que l'estimation de la capacité augmente toujours avec le niveau de réussite, mais seulement de façon ponctuelle avec le niveau de difficulté. La seconde expérience se fait avec des groupes appariés : la moitié des sujets ont à estimer la capacité de 9 hommes et les autres, de 9 femmes, chaque personne étant caractérisée par un niveau de réussite et un niveau de difficulté donnés ; les résultats montrent que cette fois, la capacité jugée augmente aussi avec le niveau de difficulté de l'examen. Le modèle selon lequel les sujets combinent les informations n'est ni un modèle additif — il y a interaction entre difficulté et réussite —, ni un modèle multiplicatif simple.
Mots clefs : intégration des informations, jugement social, sexe.
Summary : Information integration in social judgment. Level of performance, level of task difficulty and assessment of competence.
How does a naive subject integrale information about a person's performance in an exam and the difficulty of this exam, when he has to judge the person's competence ? In the first experiment, independant groups of subjects were used in each condition of a complete factorial design : 3 levels of Success X 3 levels of Difficulty X 2 Sex of the person to be judged ; Success is varied through the score obtained in an exam; Difficulty, through the score obtained in generai by people ; Sex, through a Christian name ; the subjects were female students of several universities. An analysis of variance shows a main effect of Success and Difficulty, an interaction between Success and Difficulty and a triple interaction. Partial analyses show that judgement of competence increases with Success, but it increases with Difficulty only at the low level of success for the two sexes and at the middle level of success for the man. In a second experiment, with the same factors, procedure and female students, each subject had to judge 9 persons, each representing a combination of one level of Success and one level of Difficulty ; these persons are masculine for half the subjects and feminine for the other ones. There was a main effect of each factor and an interaction between Success and Difficulty ; partial analyses of variance show that judgment increases with Difficulty at each level of Success for the two sexes ; but the effect of Difficulty is stronger at the low level of Success. The results are discussed in terms of differential usefulness of informations and models of information integration.
Key words : information integration, social judgment, sex.
20 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mercredi 1 janvier 1986
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G. de Montmollin
Catherine Diez
Sylvie Ledoux
Vincent Rogard
L'intégration des informations dans le jugement social : niveau
de réussite, niveau de difficulté et de capacité jugée
In: L'année psychologique. 1986 vol. 86, n°1. pp. 83-102.
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de Montmollin G., Diez Catherine, Ledoux Sylvie, Rogard Vincent. L'intégration des informations dans le jugement social :
niveau de réussite, niveau de difficulté et de capacité jugée. In: L'année psychologique. 1986 vol. 86, n°1. pp. 83-102.
doi : 10.3406/psy.1986.29124
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1986_num_86_1_29124Résumé
Résumé
La recherche a pour but de mettre en évidence comment le sujet naïf, lorsqu'il doit estimer la capacité
d'une personne, intègre les informations dont il dispose sur sa performance dans un examen et la
difficulté de l'examen. Les variables manipulées sont le niveau de réussite (3 niveaux), le niveau de (3 niveaux) et le sexe de la personne à juger ; les sujets sont de sexe féminin. La première
expérience se fait avec des groupes indépendants, chaque sujet ne passant que dans une seule
condition ; les résultats montrent que l'estimation de la capacité augmente toujours avec le niveau de
réussite, mais seulement de façon ponctuelle avec le niveau de difficulté. La seconde expérience se fait
avec des groupes appariés : la moitié des sujets ont à estimer la capacité de 9 hommes et les autres,
de 9 femmes, chaque personne étant caractérisée par un niveau de réussite et un niveau de difficulté
donnés ; les résultats montrent que cette fois, la capacité jugée augmente aussi avec le niveau de
difficulté de l'examen. Le modèle selon lequel les sujets combinent les informations n'est ni un modèle
additif — il y a interaction entre difficulté et réussite —, ni un modèle multiplicatif simple.
Mots clefs : intégration des informations, jugement social, sexe.
Abstract
Summary : Information integration in social judgment. Level of performance, level of task difficulty and
assessment of competence.
How does a naive subject integrale information about a person's performance in an exam and the
difficulty of this exam, when he has to judge the person's competence ? In the first experiment,
independant groups of subjects were used in each condition of a complete factorial design : 3 levels of
Success X 3 levels of Difficulty X 2 Sex of the person to be judged ; Success is varied through the score
obtained in an exam; Difficulty, through the score obtained in generai by people ; Sex, through a
Christian name ; the subjects were female students of several universities. An analysis of variance
shows a main effect of Success and Difficulty, an interaction between Success and Difficulty and a triple
interaction. Partial analyses show that judgement of competence increases with Success, but it
increases with Difficulty only at the low level of success for the two sexes and at the middle level of
success for the man. In a second experiment, with the same factors, procedure and female students,
each subject had to judge 9 persons, each representing a combination of one level of Success and one
level of Difficulty ; these persons are masculine for half the subjects and feminine for the other ones.
There was a main effect of each factor and an interaction between Success and Difficulty ; partial
analyses of variance show that judgment increases with Difficulty at each level of Success for the two
sexes ; but the effect of Difficulty is stronger at the low level of Success. The results are discussed in
terms of differential usefulness of informations and models of information integration.
Key words : information integration, social judgment, sex.L'Année Psychologique, 1986, 56, 83-102
Laboratoire de Psychologie sociale
Université René-Descartes1
L'INTÉGRATION DES INFORMATIONS
DANS LE JUGEMENT SOCIAL :
NIVEAU DE RÉUSSITE, NIVEAU DE DIFFICULTÉ
ET CAPACITÉ JUGÉE2
par Germaine de Montmollin,
Catherine Diez, Sylvie Ledoux,
et Vincent Rogard
SUMMARY : Information integration in social judgment. Level of
performance, level of task difficulty and assessment of competence.
How does a naïve subject integrate information about a person's
performance in an exam and the difficulty of this exam, when he has to
judge the person's competence ? In the first experiment, independent
groups of subjects were used in each condition of a complete factorial
design : 3 levels of Success X 3 levels of Difficulty X 2 Sex of the person
to be judged ; Success is varied through the score obtained in an exam;
Difficulty, through the score obtained in general by people ; Sex, through a
Christian name ; the subjects were female students of several universities.
An analysis of variance shows a main effect of Success and Difficulty,
an interaction between Success and Difficulty and a triple interaction.
Partial analyses show that judgement of competence increases with Success,
but it increases with Difficulty only at the low level of success for the two
sexes and at the middle level of success for the man. In a second experiment,
with the same factors, procedure and female students, each subject had to
judge 9 persons, each representing a combination of one level of Success
and one level of Difficulty ; these persons are masculine for half the subjects
and feminine for the other ones. There was a main effect of each factor
and an interaction between Success and Difficulty ; partial analyses
of variance show that judgment increases with at each level of
1. 28, rue Serpente, 75006 Paris.
2. Cette étude a été réalisée grâce à un crédit de recherche de tranche C,
(1981). 84 G. de Monimollin et al.
Success for the two sexes ; but the effect of Difficulty is stronger at the low
level of Success. The results are discussed in terms of differential usefulness
of informations and models of information integration.
Key words : information integration, social judgment, sex.
INTRODUCTION
Le sujet naïf, pour juger de la capacité d'une personne,
tient-il compte à la fois du niveau de réussite atteint par la
personne et du niveau de difficulté de l'épreuve qu'elle a passée ?
Bien que concernant directement l'intégration des informations
dans le jugement, cette question s'inscrit également dans le
contexte des processus d'attribution causale. Dans son ouvrage
de 1958, Heider pose que le sujet naïf a un modèle d'explication
causale des événements, dans lequel entrent les « forces » de
l'environnement et les « forces » personnelles ; modèle qui prend
la forme suivante : Conduite = / (Forces de l'environnement
+ Forces personnelles). Une telle « équation » implique d'une
part qu'il s'agit de forces suffisantes (Kelley, 1972) : la présence
d'un seul type de force suffit, en l'absence de l'autre, pour pro
duire l'événement observé ; d'autre part, que les forces du milieu
et de la personne peuvent se sommer si elles sont toutes deux de
même sens, ou se compenser si elles sont de sens opposé. Si l'on
applique ce modèle au cas des performances observées, le sujet
est supposé entendre par forces du milieu, ce qui relève de la
tâche (elle est difficile ou facile) et par forces personnelles, ce
qui relève de la capacité de la personne dans le domaine de la
tâche. La réussite observée peut alors s'expliquer aux yeux du
sujet naïf soit par la seule facilité de la tâche, soit par la seule
capacité de la personne, soit par les deux ; une personne réussit
d'autant mieux qu'elle est capable et que la tâche est facile
(sommation positive) et d'autant moins bien qu'elle est peu
capable et que la tâche est difficile (sommation négative) ; une
personne de faible capacité peut réussir dans une tâche facile et
une personne de forte capacité, dans une tâche difficile (com
pensation). Ainsi : Performance = / (Facilité de la tâche + Capac
ité de la personne). Une des implications de ce modèle est que
le sujet, lorsqu'il est amené à juger de la capacité de la personne
sur la base d'une performance observée, doit tenir compte et du
niveau de réussite (la observée) et de la difficulté Intégration des informations et jugement social 85
1' « équation » devient alors : Capacité = / (Perfode la tâche ;
rmance — Facilité de la tâche), ce qui signifie qu'à un niveau
donné de performance, la capacité sera jugée plus faible si la
tâche est facile et plus grande, si la tâche est difficile. Le terme
de capacité demande à être précisé si l'on veut éviter que le
raisonnement qui vient d'être fait n'apparaisse quelque peu
tautologique. La performance indique la réussite de la personne
dans une épreuve donnée et spécifique. Par capacité, on entend la
capacité de la personne à réussir dans toutes les épreuves du
même type et du même domaine. La performance est locale, la
capacité est générale ; ce qui est demandé au sujet est une infe
rence sur une propriété générale et stable de la personne, à
partir d'un exemple de réussite dans une tâche particulière dont
on connaît la difficulté.
En réalité, les « équations » de Heider ne sont pas des équa
tions mathématiques, mais des résumés commodes de liaisons
entre concepts. Anderson (1974) critique le « verbalisme » des
modèles de l'attribution et leur préfère une approche en termes
d' « algèbre cognitive », qui consiste à trouver le modèle d'inté
gration des informations selon lequel opère le sujet pour formuler
son jugement. Mais cette approche suppose, non seulement l'iden
tification des classes d'information comme dans les modèles
verbaux, mais encore une quantification de ces informations et
leur variation systématique dans les plans expérimentaux, pour
voir comment le jugement varie en fonction des
disponibles. La plupart des modèles d'intégration des informat
ions « utilisés » par le sujet tombent, selon Anderson, dans deux
grandes classes : les modèles additifs qui se traduisent dans les
résultats par un parallélisme des différentes courbes et donc,
une non-interaction entre facteurs ; les modèles multiplicatifs
qui se traduisent par des courbes en faisceau convergent ou diver
gent et une interaction entre facteurs. Anderson fait une revue
critique des recherches sur l'attribution causale et montre que,
faute d'avoir fait varier quantitativement et systématiquement
les informations fournies au sujet, ces recherches ne peuvent
permettre de mettre en évidence le modèle d'intégration qu'il
« utilise » ; mais, dit-il, il suffirait de compléter les plans expér
imentaux pour y parvenir. Ainsi, à propos de l'étude de Weiner
et Kukla (1970), il relève que pour faire estimer, par le sujet, la
part que la capacité ou l'effort a prise dans la performance d'une
personne, on lui donne une information, la — qui 86 G. de Montmollin et al.
ne varie pas — et le degré de difficulté de la tâche, sous la
forme du pourcentage de personnes qui ont réussi, lequel présente
deux niveaux. Les résultats montrent bien que le jugement prend
en compte le niveau de difficulté, mais on ne sait pas avec préci
sion comment le jugement varie en fonction du niveau de diff
iculté. Anderson ajoute : « L'intérêt majeur de cette recherche
est qu'elle peut être étendue à des tâches d'intégration d'indices
multiples... Une extension, d'un grand intérêt théorique, consis
terait à faire varier le niveau de performance de la personne
stimulus... Ceci permettrait d'analyser comment sont combinés
l'indice de performance et l'indice de difficulté. Il y a deux possi
bilités théoriques. Elles considèrent toutes deux que la perfo
rmance représente une échelle de valeurs, mais diffèrent quant
au rôle de l'indice de difficulté. Dans la première interprétation,
la performance est pondérée directement par la difficulté de la
tâche. On a affaire à un modèle multiplicatif : Jugement = Diffi
culté x Performance. Dans la seconde interprétation, la diff
iculté de la tâche correspond à un point de référence sur la
dimension à juger. La performance est alors mesurée comme la
distance au point de référence. Par commodité, on peut exprimer
la difficulté de la tâche par son complément, la facilité de la
tâche. Le modèle est alors un modèle soustractif : Jugement
= Performance — Facilité. Ces deux modèles peuvent être
testés en faisant varier la difficulté et la performance dans un
plan à deux variables indépendantes. Le modèle de pondération
implique un pattern bilinéaire des résultats tandis que le modèle
avec point de référence implique un parallélisme... » (Anderson,
1974, p. 37-38).
Le travail présenté ici s'inscrit dans la ligne de ce que suggère
Anderson. Le but est de voir, lorsque l'on fait varier le niveau de
performance et le niveau de réussite, si : 1) les sujets, dans
l'estimation de la capacité, tiennent à la fois compte du niveau
de réussite et du niveau de difficulté de la tâche ; 2) l'une des
informations est plus importante que l'autre dans la détermi
nation du jugement ; 3) on tient compte de la même façon des
deux informations lorsqu'il s'agit d'un homme ou d'une femme ;
4) le modèle d'intégration des informations est plutôt le modèle
soustractif (les courbes seront parallèles et on n'observera pas
d'interaction entre les deux types d'information) ou le modèle
multiplicatif (courbe en faisceau convergent ou divergent ; inter
action entre types d'information). Intégration des informations et jugement social 87
EXPÉRIENCE I
MÉTHODE
La recherche comporte un plan factoriel complet, à 18 conditions
avec groupes indépendants. Les variables indépendantes sont : le niveau
de réussite de la personne à l'examen (3 niveaux) ; le niveau de difficulté
de l'examen (3 niveaux) ; le sexe de la personne à juger. Les sujets
doivent estimer la capacité de la personne de 0 à 100.
Les variables indépendantes sont introduites dans le récit écrit qui
est donné à chaque sujet et qui se présente ainsi : « Denise M... a passé
un examen pratique de connaissance automobile. Au cours de cet
examen, on montre une série de dessins représentant les diverses parties
d'un moteur d'auto ; sur chaque dessin, il manque une pièce. A droite
du dessin, on propose le nom d'une pièce qui pourrait être celle qui
manque et il faut dire si cette réponse est juste ou fausse. Il y a 25 dessins
en tout. Les gens qui passent cet examen font en général 21 bonnes
réponses sur 25. Denise M... fait 23 bonnes réponses sur 25. Quelle est,
selon vous, la capacité personnelle de Denise M... en matière de connais
sance automobile ? Donnez un chiffre entre 0 et 100, sachant que 0
représente une absence totale de capacité et 100 le maximum de capacité
possible. » Le récit qui vient d'être donné correspond à la condition
Acteur féminin - Très bon niveau de réussite - Tâche facile. La variable
Sexe de l'acteur est introduite par un prénom (soit Denise M..., soit
Pierre M...). Les niveaux de difficulté sont indiqués sous la forme de la
note obtenue par « les gens... en général » : soit 21 bonnes réponses sur 25
(examen facile Dl), soit 13 réponses sur 25 (difficulté moyenne D2),
soit 4 bonnes réponses sur 25 (examen difficile D3) ; ces niveaux et les
notes qui leur correspondent ont été choisis, sur la base d'une pré
expérience, comme étant bien discriminables, croissants et à intervalles
subjectivement à peu près égaux. Les niveaux de réussite sont indiqués
sous la forme de la note obtenue par la personne : soit 23 bonnes réponses
sur 25 (R3), soit 18 bonnes réponses sur 25 (R2), soit 13
sur 25 (Ri) ; ces niveaux et les notes qui leur correspondent ont été
choisis sur la base d'une seconde pré-expérience comme représentant
des niveaux de réussite respectivement très bon, bon et moyen, suff
isamment discriminés et à intervalles subjectivement à peu près égaux.
L'estimation de la Capacité se fait au moyen d'un chiffre que le sujet
choisit entre 0 et 100. On pose ensuite la question post-expérimentale
suivante : « Sur quoi vous êtes-vous fondée pour formuler votre réponse? »
Les réponses sont orales.
Sujets. — La passation est individuelle. Les sujets sont des étu
diantes de 1er cycle (lre ou 2e année) de Lettres et Sciences humaines, G. de Montmollin et al. 88
de deux universités parisiennes. Elles sont françaises et âgées de 18
à 22 ans. 574 sujets ont été interrogés : 288 sur la Femme, 286 sur
l'Homme.
RÉSULTATS
La réponse à la question post-expérimentale sépare les
sujets en deux classes : 1) ceux qui disent avoir utilisé les deux
informations ; ils sont 180 dans les conditions Denise M...
(soit 62,5 %) et 180 dans les conditions Pierre M... (62,8 %) ;
2) ceux qui disent avoir utilisé une seule information (le niveau
Capacité
IV»
Homme
—— •— Femme
— — R3
DI Û2 D3
Fig. 1. — Effet du niveau de difficulté D, du niveau de réussite R et du
sexe de la personne à juger sur l'estimation de la capacité ; 92, 72 et 52 sont
les nombres obtenus pour la capacité en appliquant une règle de trois à la
note de réussite.
Effect of level of difficulty D, success level Ft and sex of the person being
judged on estimations of capacity. Intégration des informations et jugement social 89
de réussite) ; ils sont 97 (33,6 %) et 100 (34,9 %) dans les condi
tions où le sexe de la personne à juger est respectivement féminin
et masculin. 17 sujets disent n'avoir utilisé aucune des deux
informations. L'analyse qui suit ne concerne que les sujets qui
disent avoir utilisé les deux informations : ils sont 20 par condi
tion. On calcule la moyenne des estimations dans chaque
tion expérimentale (cf. fig. 1). Une analyse de variance a été
réalisée, ainsi que des analyses de variance partielles pour chaque
niveau ou modalité des variables3.
1. Effets simples
L'analyse globale fait apparaître un effet du Sexe qui est
trop limité pour être considéré comme significatif (F^^ = 3,8).
Dans 5 conditions sur les 9 que représente le croisement des
variables D et R, la femme est jugée plus capable que l'homme,
mais la différence n'est significative que dans la seule condition
Dl — R2 (t = 2, 64 ; p < .02) ; dans 2 conditions, la femme
est jugée moins capable (ns) et dans 2 autres, il y a égalité. Les
analyses partielles pour RI, R2 et R3 montrent qu'il n'y a aucun
effet du sexe.
L'analyse globale montre que la Difficulté a un effet signifi
catif (F2.342 = 30, 34 ; p < .001). Les moyennes marginales
pour l'homme (Dl, m = 61 ; D2, m = 66, 7 ; D3, m = 73,7)
comme pour la femme (Dl, m = 65 ; D2, m = 69,4 ;
D3, m = 73,5) augmentent de Dl à D3. Cependant les analyses
partielles montrent que l'effet de D n'est significatif qu'au seul
niveau RI de réussite (F2.1U = 52,05 ; p < .001).
Enfin, la Réussite a un effet significatif (F2.342 = 203,5 ;
p < .001). Les moyennes marginales pour l'homme (RI,
m = 53,9 ; R2, m = 67,1 ; R3, m = 80,6) comme pour la
femme (RI, m = 54,9 ; R2, m = 70,1 ; R3, m = 83) augment
ent de RI à R3. Mais cette fois, les analyses partielles montrent
que l'effet de R est significatif à tous les niveaux de D (pour Dl,
F2-iu = 117>7' P< °01 ! Pour D2> F2-iu = 96'67> P < -001 ;
pour D3, F2.114 = 23,81, p < .001). Les courbes de la figure 1
sont nettement étagées de RI à R3 ; même en D3, où les juge-
3. Ces analyses (var 3) ont été faites par V. Duquesne et J. M. Bernard,
de Tuer de Mathématiques, grâce à l'obligeance de H. Rouanet. 90 G. de Monlmollin et al.
ments sont proches, il y a une différence significative entre RI
et R3 (Homme : 66,6 et 82, * = 4,28, .001 ; Femme : 66,2 et 85,
t = 5,28, .001) et entre R2 et R3 (Homme : 72,6 et 82,
i = 2,61, .02 ; Femme : 69,5 et 85, t = 4,34, .001).
2. Interactions
L'analyse de variance globale fait apparaître une interaction
significative des facteurs Réussite et Difficulté (F4.342 = 10,83,
p < .001). Les comparaisons de moyennes montrent que pour
la femme, le jugement de capacité n'augmente de façon signi
ficative avec la difficulté qu'au seul niveau de réussite RI (D1-D2 :
i = 4,48, .001 ; D2-D3 : t — 2,84, .01 ; D1-D3 : t = 7,01, .001) ;
que pour l'homme, le jugement de capacité augmente de façon
significative avec la difficulté au niveau de RI (D1-D2 :
* = 2,28, .05 ; D2-D3 : t = 4,65, .001 ; D1-D3, t = 7,69, .001)
et au niveau R2 (D1-D2 : t = 1,9, .10 ; i = 1,68, ns ;
D1-D3 : t = 2,28, .01). Les analyses de variance pour RI,
R2 et R3 montrent qu'il n'y a pas d'interaction Sexe-Difficulté,
sauf pour le niveau R2 (F2.114 = 4,09, .05). Ce qui expliquerait
l'interaction triple entre Sexe, Difficulté et Réussite qui est signi
ficative (F4.342 = 2,80, .05).
3. Les résultats permettent de répondre aux questions que
nous avons posées :
Utilisation des informations. — Les sujets, dans l'est
imation de la capacité, tiennent toujours compte du niveau de
réussite : plus la réussite de la personne est élevée, plus la capac
ité qui lui est attribuée est grande. Mais ils ne tiennent pas
toujours compte du niveau de difficulté de l'examen : ils jugent
la capacité plus élevée à mesure que la difficulté augmente au
niveau moyen de réussite (RI), qu'il s'agisse de l'homme ou de la
femme ; quand la performance est bonne (R2), ils tiennent
compte de la difficulté quand il s'agit d'un homme, mais non
quand il s'agit d'une femme ; enfin, quand la performance est
très bonne (R3), ils ne tiennent pas compte de la difficulté, quel
que soit le sexe de la personne à juger.
Utilisation des informations selon le sexe de la per
sonne À juger. — Les sujets tiennent compte des informations

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