L'intervention des facteurs pragmatiques dans la compréhension des phrases relatives chez l'adulte - article ; n°2 ; vol.83, pg 423-442

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L'année psychologique - Année 1983 - Volume 83 - Numéro 2 - Pages 423-442
Résumé
On étudie l'effet de la renversabilité sur les stratégies de traitement des phrases relatives. La tâche consiste à restituer les relations sujet-objet de chaque proposition. 72 adultes, répartis dans deux groupes selon qu'ils traitent d'abord la proposition principale ou la proposition relative, entendent quatre phrases des huit types définis par le croisement des facteurs Enchâssement X Ordre canonique X Renversabilité.
Les résultats montrent que les facteurs pragmatiques déterminent les stratégies de traitement. Les phrases renversables mobilisent une stratégie syntaxique consistant à isoler et traiter les suites NVN dans l'ordre de leur apparition. Les effets syntaxiques disparaissent sur les phrases non renversables. Elles induisent des stratégies pragmatiques qui économisent au sujet un traitement syntaxique.
Mots clefs : Compréhension de phrases, renversabilité, stratégie d'ordre.
Summary : Effects of pragmatic factors in the comprehension of relative sentences by adults.
The effect of reversibility on the processing strategies of relative sentences was studied. The task consisted in the restitution of the subject-object relationships in each clause. 72 adults were divided into two groups according to which of the clauses they process first, main clause or relative clause. All heard four instances of eight types defined by factorial design Embedding X Order of words X Reversibility.
The results show that pragmatic factors determine processing strategies. Reversible sentences mobilise a syntactic strategy which consists in isolating and processing NVN sequences in their temporal occurrence. Syntactic effects are non existant in non-reversible sentences. These sentences induce pragmatic strategies which economise syntactic process.
Key-words : Sentence comprehension, reversibility, word-order strategy.
20 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : samedi 1 janvier 1983
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G. Amy
L'intervention des facteurs pragmatiques dans la compréhension
des phrases relatives chez l'adulte
In: L'année psychologique. 1983 vol. 83, n°2. pp. 423-442.
Résumé
On étudie l'effet de la renversabilité sur les stratégies de traitement des phrases relatives. La tâche consiste à restituer les
relations sujet-objet de chaque proposition. 72 adultes, répartis dans deux groupes selon qu'ils traitent d'abord la proposition
principale ou la proposition relative, entendent quatre phrases des huit types définis par le croisement des facteurs
Enchâssement X Ordre canonique X Renversabilité.
Les résultats montrent que les facteurs pragmatiques déterminent les stratégies de traitement. Les phrases renversables
mobilisent une stratégie syntaxique consistant à isoler et traiter les suites NVN dans l'ordre de leur apparition. Les effets
syntaxiques disparaissent sur les phrases non renversables. Elles induisent des stratégies pragmatiques qui économisent au
sujet un traitement syntaxique.
Mots clefs : Compréhension de phrases, renversabilité, stratégie d'ordre.
Abstract
Summary : Effects of pragmatic factors in the comprehension of relative sentences by adults.
The effect of reversibility on the processing strategies of relative sentences was studied. The task consisted in the restitution of
the subject-object relationships in each clause. 72 adults were divided into two groups according to which of the clauses they
process first, main clause or relative clause. All heard four instances of eight types defined by factorial design Embedding X
Order of words X Reversibility.
The results show that pragmatic factors determine processing strategies. Reversible sentences mobilise a syntactic strategy
which consists in isolating and processing NVN sequences in their temporal occurrence. Syntactic effects are non existant in non-
reversible sentences. These sentences induce pragmatic strategies which economise syntactic process.
Key-words : Sentence comprehension, reversibility, word-order strategy.
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Amy G. L'intervention des facteurs pragmatiques dans la compréhension des phrases relatives chez l'adulte. In: L'année
psychologique. 1983 vol. 83, n°2. pp. 423-442.
doi : 10.3406/psy.1983.28475
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1983_num_83_2_28475L'Année Psychologique, 1983, 83, 423-142
Laboratoire de Psychologie expérimentale,
associé au CNRS, Université de Provence1
L'INTERVENTION DES FACTEURS PRAGMATIQUES
DANS LA COMPRÉHENSION
DES PHRASES RELATIVES CHEZ L'ADULTE
par Gérard Amy
SUMMARY : Effects of pragmatic factors in the comprehension of
relative sentences by adults.
The effect of reversibility on the processing strategies of relative sen
tences was studied. The task consisted in the restitution of the subject-object
relationships in each clause. 72 adults were divided into two groups according
to which of the clauses they process first, main clause or relative clause.
All heard four instances of eight types defined by factorial design Embedd
ing X Order of words X Reversibility.
The results show that pragmatic factors determine processing strategies.
Reversible sentences mobilise a syntactic strategy which consists in isolating
and processing NVN sequences in their temporal occurrence. Syntactic effects
are non existant in non-reversible sentences. These sentences induce prag
matic strategies which economise syntactic process.
Key-words : Sentence comprehension, reversibility, word-order strategy.
1. PROBLÉMATIQUE
1.1. Dans cette recherche, ce que nous appelons facteurs
pragmatiques se limite aux connaissances extralinguistiques du
1. 29, avenue Robert-Schuman, 13621 Aix-en-Provence, Cedex. 424 Gérard Amy
locuteur liées à la notion de renversabilité2. Selon Bronckart
(1979), la renversabilité est une caractéristique de l'événement
évoqué dans la phrase. Une phrase non renversable évoque un
événement dont l'inversion de l'action est considérée comme
impossible (1) ou improbable (2). Cette inversion est possible ou
probable dans le cas d'une phrase renversable (3) :
(1) le singe a pelé la banane,
(2) le surveillant a puni l'élève,
(3) Pierre écoute Jacques.
L'introduction de phrases renversables ou non renversables
dans les paradigmes expérimentaux permet de mesurer l'impor
tance relative des facteurs syntaxiques et pragmatiques dans la
compréhension. De telles expériences (Slobin, 1966 ; Herriot,
1969) ont contribué à l'invalidation de la Théorie dérivationnelle
de la Complexité. La compréhension d'une phrase ne peut se
réduire à la remontée de ses transformations. La difficulté de
compréhension des phrases n'est plus liée au nombre de trans
formations (Gough, 1965), mais à la disparition de certains
indices de surface (Fodor et Garrett, 1967). Dès lors, la com
préhension est conçue comme un processus de traitement des
informations présentes à la surface de l'énoncé pour accéder à une
signification. L'accent se porte sur ce que Noizet (1981) appelle
« le travail du locuteur » ; à savoir, en compréhension, extraire
la signification d'un signal acoustique ou graphique. Les stra
tégies de traitement réalisent ce travail. Ces stratégies, traitant
les indices choisis par le sujet dans l'énoncé, proposent une
interprétation sémantique de la phrase. Quand l'interprétation
se situe au niveau de l'insertion des éléments linguistiques
dans l'énoncé — niveau des structures casuelles d'après
Bronckart (1979) — les stratégies mises en œuvre consistent à
établir les relations fonctionnelles entre les éléments de la phrase.
Bever (1970) les nomme stratégies d'étiquetage fonctionnel,
Bronckart, Sinclair, Papandropoulou (1976) préfèrent les appeler
stratégies d'attribution des rôles.
1.2. Le résultat des travaux de compréhension de phrases
faisant intervenir les facteurs pragmatiques par le biais de la
2. En anglais reversibility quelquefois traduit en français par réversibilité,
phrase réversible ou non réversible. Le terme renversable permet une distinc
tion claire avec la notion de réversibilité opératoire. La compréhension des phrases relatives 425
renversabilité montre clairement deux phénomènes. Les phrases
passives (Slobin, 1966 ; Turner et Rommetveit, 1967 ; Herriot,
1969 ; Bever, 1970 ; Sinclair et Ferreiro, 1970) ou les triplets
composés par 2 noms et 1 verbe (Sinclair et Bronckart, 1972)
sont, à tout âge, plus faciles à comprendre dans la modalité
non-renversable que dans la modalité renversable. En outre,
les stratégies de traitement mises en œuvre sont, dans les deux
cas, différentes. L'étiquetage fonctionnel des phrases ou triplets
renversables se réalise sur la base d'informations syntaxiques
telles que l'ordre et la position des mots ou les marques morphos
yntaxiques. Sur les phrases ou triplets non renversables, les
effets syntaxiques disparaissent. L'attribution des rôles s'opère
grâce à des stratégies pragmatiques sur la base d'une connaissance
extralinguistique des objets, des actions et des situations évoqués
dans l'énoncé (Bronckart et al., 1976).
Ces recherches appellent deux remarques qui ont motivé
notre propre travail. D'une part, elles concernent exclusivement
des phrases simples (actives, passives, passives-négatives) ne
comportant jamais plus d'une proposition. Cependant, sur des
phrases relatives, Kail (1975) a retrouvé les mêmes résultats.
Elle propose à des enfants une tâche de reproduction différée.
Les relatives non renversables ont tendance à être mieux repro
duites que les relatives renversables, les effets syntaxiques dis
paraissent sur les phrases non renversables. D'autre part, les
sujets de toutes ces expériences (sauf Herriot, 1969, et en partie
Slobin, 1966) sont des enfants. Les stratégies pragmatiques
peuvent ainsi apparaître comme une procédure de traitement
spécifique à l'enfant. Bronckart et al. (1976, p. 228) parlent de
stratégie « nouvelle », « différente de celle de l'adulte ». Du point
de vue génétique, les stratégies pragmatiques précèdent les
stratégies syntaxiques ; elles peuvent, dès lors, être conçues
comme un palier provisoire : « Avant que les enfants ne maîtrisent
grammaticalement la structure passive, ils se centrent sur le
caractère renversable ou non de la situation, c'est-à-dire sur les
caractéristiques pragmatiques » (ibid., p. 229). Dans cette
optique, les stratégies seraient condamnées à dispar
aître dès que l'enfant est capable de traiter les informations syn
taxiques. Les résultats de Herriot (1969) concernant la compréh
ension par l'adulte de phrases actives ou passives, conformes ou
non à des attentes pragmatiques, nous incitent à penser que
les stratégies pragmatiques n'ont pas disparu chez l'adulte. 426 Gérard Amy
1.3. Cette expérience répond à deux objectifs. Le premier
objectif est de dégager la part respective des facteurs syntaxiques
responsables de la difficulté de compréhension des relatives
simples. Les quatre types de relatives utilisées dans l'expérience
peuvent être décrits par le croisement de deux facteurs à
deux modalités : enchâssement par emboîtement ou à droite
(facteur E), respect ou inversion de l'ordre canonique SVO à
l'intérieur de la proposition relative (facteur 0). Leur dénomin
ation, selon la fonction grammaticale portée par les SN coréfé-
rentiels (respectivement dans la proposition principale et dans
la proposition relative) est la suivante :
SS (E101) : la dame qui suit le chien salue la fillette ;
SO (El 02) : la que la fillette salue suit le chien ;
OS (E201) : la dame salue la qui suit le ;
00 (E202) : la la fillette que le chien suit.
Conformément aux travaux antérieurs portant sur le trait
ement de ces types de phrases (Amy et Vion, 1976), on s'attend
à ce que les adultes suivent sur les phrases renversables la
stratégie des NVN adjacents définie ainsi par Sheldon (1977,
p. 312) : « Dans l'analyse d'une phrase non composée3, partant
de la gauche, on groupe ensemble comme constituants de la
même construction deux SN adjacents (c'est-à-dire non séparés
par d'autres SN) et un verbe adjacent, non initial, qui n'a pas
encore été assigné à une proposition. On interprète le premier SN
comme sujet du verbe et le second SN comme objet du verbe. »
Cette stratégie, conforme au principe opératoire de Slobin (1973,
p. 199) consistant à « éviter l'interruption ou le réarrangement
des unités linguistiques », sera mise en évidence par l'effet syst
ématique de certains facteurs syntaxiques.
En effet, si le sujet a tendance à traiter les suites NVN dans
l'ordre de leur apparition dans la phrase, il sera gêné par l'inte
rruption de la proposition principale : les relatives OS et 00,
enchâssées à droite, devraient être mieux traitées que les rela
tives SS et SO, enchâssées par emboîtement. Cet effet est testé
par le facteur E. Le sujet sera aussi gêné par l'inversion de l'ordre
canonique dans la proposition relative : les relatives OS et SS,
respectant l'ordre canonique SVO, devraient être mieux traitées
3. C'est-à-dire excluant un SN complexe, composé par coordination
comme dans le garçon et la fille se promènent. La compréhension des phrases relatives 427
que les relatives 00 et SO. Get effet est testé par le facteur O.
Enfin, utilisant cette stratégie, le sujet sera gêné par un ordre
de traitement qui l'oblige à traiter en premier lieu une propos
ition qui, dans la phrase, apparaît en seconde position. Pour
étudier cette source de difficulté, les sujets sont répartis dans
deux groupes correspondant à deux modalités de traitement
(facteur Q). Dans un groupe, les sujets traitent les phrases en
considérant d'abord la proposition principale puis la proposition
relative. On impose à l'autre groupe de sujets de traiter en premier
lieu la proposition relative. Cet effet de compatibilité entre ordre
de traitement des propositions imposé expérimentalement et
ordre d'apparition de ces propositions dans la phrase, est testé
par l'interaction des facteurs Q et E. Quand on impose au sujet
de traiter d'abord la proposition principale, les relatives enchâss
ées à droite devraient être mieux traitées que les relatives
enchâssées par emboîtement. Mais quand l'ordre de traitement
inverse est imposé (d'abord la proposition relative puis la propos
ition principale) on s'attend à ce que les relatives enchâssées
par emboîtement, où la première suite de NVN adjacents
concerne la proposition relative, soient mieux traitées que les
relatives enchâssées à droite.
Le second objectif que l'on se fixe est d'étudier, grâce à la
distinction entre phrase renversable et phrase non renversable,
l'importance relative des facteurs pragmatiques et syntaxiques
dans la compréhension des phrases. Les stratégies de traitement
étant acquises, l'adulte dispose d'un « faisceau de stratégies »
(Amy et Noizet, 1978) où cohabitent stratégies pragmatiques et
stratégies de nature syntaxique. La question se pose alors de
savoir si les stratégies pragmatiques sont seulement des « straté
gies d'appoint » permettant « d'accroître l'efficacité des stratégies
syntaxiques » (Noizet, 1977, p. 7) ou si elles peuvent s'y substituer.
De nombreuses recherches, montrant que les facteurs syn
taxiques n'affectent pas la complexité de compréhension des
phrases non renversables, incitent à penser que, contrairement à
ce qu'affirme Noizet (1981), les déterminants syntaxiques ne
sont pas premiers. Gomme le dit Bever (1970, p. 302), « il semble
raisonnable de suggérer que les indices sémantiques sont domi
nants ». Il présente l'absence d'information sémantique spécifique
comme une condition à l'application de la stratégie d'étiquetage
fonctionnel fondé sur l'ordre des éléments lexicaux. Nous
pensons que dans le traitement des phrases, les déterminants 428 Gérard Amy
pragmatiques sont premiers et par conséquent les stratégies court-circuitent et se substituent aux
syntaxiques.
Nous faisons l'hypothèse que, à structure égale, les phrases
relatives non reversables seront plus faciles à traiter que les renversables. La présence d'indices pragmatiques dans
les phrases non renversables permettent au sujet d1 économiser la
stratégie syntaxique des NVN adjacents. Le sujet traite ces
phrases au moyen de stratégies pragmatiques à partir des info
rmations extralinguistiques associées au sens des mots et qu'il
retire de son expérience sur les situations, les objets, les actions
évoquées dans ces phrases.
2. L'EXPÉRIENCE
2.1. Les phrases
Le croisement des facteurs Renversabilité x Enchâssement x Ordre
canonique fait apparaître les quatre types de relatives sous une forme
renversable ou non renversable. On a veillé à ce que les 32 phrases
utilisées évoquent 32 événements différents. Pour cela, les éléments
lexicaux, tous différents (notamment les verbes), ne sont jamais iden
tiques d'une phrase à l'autre (cf. liste des phrases en annexe).
Les 16 phrases relatives renversables, construites à partir de deux
phrases renversables telles que (3), comportent trois SN animés pouvant
être permutés. Pour qu'aucune contrainte pragmatique ne lie ces SN,
ils ont été choisis équivalents dans une même classe de termes ; par
exemple véhicules à deux roues (4), animaux vivant dans le même
milieu (5) :
(4) La moto que la mobylette renverse cogne le vélo ;
(5) L'éléphant voit le zèbre qui regarde la girafe.
La construction des 16 phrases relatives non renversables pose un
problème. Il est en effet impossible de jouer de l'opposition binaire
(+ animé / — animé) sur trois SN. Ainsi à partir de deux phrases non
renversables telles que (6) et (7), on construit (8) qui est en partie renver
sable puisque Pierre et Jacques peuvent être considérés indifféremment
comme sujet ou objet de enchante et ennuie :
(6) La neige ennuie Jacques ;
(7) La enchante Pierre ;
(8) La neige qui Pierre ennuie Jacques. La compréhension des phrases relatives 429
Chaque fois qu'une phrase relative comporte deux SN animés, son
caractère non renversable n'est plus assuré. Pour de tels cas, nous avons
alors introduit des contraintes pragmatiques. La permutation des
SN animés (ou des verbes) dans les phrases (9), (10) ou (11) est peu
plausible pour des raisons qui tiennent à notre connaissance de l'univers.
(9) Le pharmacien prépare la potion que le médecin prescrit ;
(10) Le gardien gronde le gosse qui saccage les fleurs ;
(11) La nourrice qui chante une berceuse lave le bébé.
Les 32 phrases sont présentées en alternant les phrases renversables
et non renversables. Un plan de mélange, équilibrant sur quatre blocs
le rang et le voisinage des quatre types de relatives, définit un ordre
pour 16 phrases. Après une pause de deux minutes les sujets entendent,
selon le même ordre, les 16 autres phrases.
2.2. La tache
Le sujet doit restituer les relations Sujet-Objet des deux propositions
de chaque phrase relative. On indique aux sujets qu'il s'agit de
comprendre des phrases comportant deux verbes. Une question du type
« qui fait quoi » est posée sur chaque verbe au moyen d'un carnet de
réponse mentionnant un verbe par page. On demande aux sujets d'écrire,
sans erreurs et le plus vite possible, de part et d'autre du verbe ment
ionné* le sujet et l'objet qui lui correspond.
Les phrases prononcées recto-tono par un collaborateur technique
du Laboratoire de Phonétique de l'Université de Provence habitué à
maîtriser les facteurs intonatifs, ont été enregistrées préalablement sur
bande magnétique. Un montage permettant un rythme de présentation
et un temps de réponse identiques pour tous les sujets a été réalisé.
Chaque phrase est suivie par deux signaux sonores (bruit blanc très
bref) obligeant les sujets à tourner une page du carnet. Trois secondes
séparent la fin de la phrase du premier signal sonore.
Sur la base d'expériences préliminaires, les sujets disposent de
quatre secondes pour écrire leur réponse. Six phrases d'entraînement
permettent aux sujets de se familiariser avec la tâche et le rythme de
présentation.
4. La flexion verbale a été contrôlée. Ecrite avec des caractères différents
du radical, elle ne respecte pas l'accord avec le sujet mais seulement la pro
nonciation. Ainsi pour la phrase les abeilles piquent le garçon qui abîme la
ruche, le carnet mentionne PIQUe et ABI Me. Neuf verbes pouvant fournir
une indication grammaticale à partir des seuls indices phonétiques (il suit/ils
suivent) sont tous employés dans des phrases portant des SN singuliers. 430 Gérard Amy
2.3. Les sujets
L'expérience est collective ; 72 étudiants de première année de
psychologie, locuteurs français natifs, y ont participé. Ils sont répartis
aléatoirement en deux groupes (facteur Q). La moitié des sujets di
sposent d'un carnet de réponse dans lequel la première question posée
sur chaque phrase concerne le verbe de la proposition principale, la
seconde question portant sur le de la relative. Pour
l'autre moitié des sujets l'ordre des questions est inverse.
2.4. Plan d'analyse
L'examen des carnets de réponse permet d'observer la façon dont
les sujets ont compris chaque proposition. Nous avons relevé, par sujet,
le nombre de phrases correctement interprétées. Une phrase est corre
ctement interprétée quand les SN restitués de part et d'autre du verbe
de chaque proposition sont strictement identiques à ceux de la phrase
originale et y remplissent les mêmes fonctions grammaticales. Par
exemple, la phrase (5) est correcte quand le sujet restitue à la fois les
relations S-0 de la proposition principale (l'éléphant voit le zèbre) et
de la proposition relative (le zèbre regarde la girafe). Pour chaque sujet,
le nombre de phrases correctement interprétées dans chacun des huit
types de phrases varie de 0 à 4. L'analyse de la variance selon le plan
S36 < Q2 y * R2 * O2 * E2 a porté sur cette variable dépendante. Les
facteurs du plan se définissent ainsi :
S = sujets ;
Q = ordre de traitement imposé (Qx : question sur le verbe de la
proposition principale puis question sur le verbe de la proposition rela
tive ; Qz : question sur le verbe de la proposition relative puis question
sur le verbe de la proposition principale) ;
R = renversabilité (Rx : phrases renversables ; R2 : phrases non
renversables) ;
O = ordre canonique SVO à l'intérieur de la proposition relative
(Ot : ordre respecté pour les relatives en qui ; O2 : ordre OSV
pour les relatives en que) ;
E = interruption de la proposition principale (Et : proposition
principale interrompue pour les relatives enchâssées par emboîtement ;
Ea : proposition principale non interrompue pour les relatives enchâssées
à droite). compréhension des phrases relalives 431 La
3. RÉSULTATS
3.1. Renversabilité
et sources de difficultés syntaxiques
Les résultats sont consignés dans le tableau I. L'analyse de
variance nous permet de préciser la part respective des sources
de difficultés syntaxiques dans la compréhension des phrases
selon qu'elles sont, ou non, renversables.
On remarque sur le tableau I que, dans toutes les conditions,
les phrases non renversables (R2) sont mieux comprises que les
phrases renversables (Rj). L'effet de ce facteur, très important,
domine toutes les autres sources de variation (2,55 vs 1,58 ;
F(l,70) = 113,87 ; p < .001). En outre, le fait que les inter
actions de R avec les facteurs syntaxiques soient significatives
confirme nos hypothèses. Les facteurs syntaxiques ne jouent
pas le même rôle dans le traitement des phrases selon qu'elles
évoquent des événements renversables ou non renversables.
Tableau I — Nombre moyen de phrases
correctement interprétées [0 — 4] par structure
selon Vordre de traitement imposé
O,
relative SS relative SO relative OS relative OO
Ri R2 Ri R2 Ri R2 Ri R2
1,28 2,75 1,39 2,72 2,75 2,97 1,97 2,89 Pi
2,22 2,14 1,56 2,56 0,81 1,50 1,36 2,17
m 1,42 2,65 1,10 2,47 2,13 2,56 1,67 2,53
L'interruption de la proposition principale entraîne sur
l'ensemble des phrases une chute du nombre de phrases correct
ement interprétées (facteur E : 1,91 vs 2,22 ; F(l,70) = 27,92 ;
p <.001). Mais cette difficulté syntaxique ne se manifeste que
sur les phrases renversables. Le tableau II illustre l'interaction ER
(F(l,70) =27,00; p <.001). Quand les phrases sont renver-

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