L'orientation auditive latérale - article ; n°1 ; vol.23, pg 186-213

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L'année psychologique - Année 1922 - Volume 23 - Numéro 1 - Pages 186-213
28 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : dimanche 1 janvier 1922
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Henri Piéron
L'orientation auditive latérale
In: L'année psychologique. 1922 vol. 23. pp. 186-213.
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Piéron Henri. L'orientation auditive latérale. In: L'année psychologique. 1922 vol. 23. pp. 186-213.
doi : 10.3406/psy.1922.29797
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1922_num_23_1_29797II
L'ORIENTATION AUDITIVE LATERALE
{Revue critique et étude sur la théorie du mécanisme)
Par Henri Piéron
INTRODUCTION
La détermination du point de l'espace où se trouve située une
source sonore est un processus complexe et qui peut être réalisé par
des voies différentes, Deux données fondamentales sont impliquées,
l'une concernant la direction d'où vient le son ou le bruit, l'autre
concernant la distance.
Nous laisserons de côté le dernier problème, relatif aux processus
qui permettent d'apprécier la distance d'origine d'un bruit ou d'un
son, processus perceptifs qui ne semblent pas impliquer une donnée
sensorielle élémentaire spécifique (comme l'accommodation et la
convergence pour les distances faibles dans le domaine de la vision
en peuvent fournir un exemple).
Nous nous occuperons seulement de l'orientation auditive, qui
permet de localiser par rapport à soi la direction d'où émane une
excitation auditive, ou de s'orienter soi-même par rapport à une
source sonore.
Cette orientation elle-même peut présenter un caractère dyna
mique ou statique. Lorsqu'il est loisible de déplacer la tête dans
diverses directions, et de chercher la position de réception optima
des excitations (soit avec une seule oreille, soit avec les deux), on a
affaire à un procédé très général qui n'a rien de particulier quand il
s'agit de l'audition. L'exploration tactile ou oculaire procède de
même, avec cette différence seulement que l'excitant auditif est
généralement perçu en toutes positions, et que la recherche porte
sur un maximum.
Pour les mammifères ayant un pavillon mobile de l'oreille, l'explo
ration auditive se peut faire sans mouvements de tête, elle est très
comparable à l'exploration olfactive de certains mollusques porteurs
d'un siphon mobile, mais l'exploration olfactive des mammifères se
fait par déplacements de la tête, comme l'exploration auditive de
l'homme. <
En dehors de cette orientation dynamique, on constate chez
l'homme une orientation auditive statique, la tête restant immobile,
permettant surtout de déterminer si l'origine du son est à droite ou
à gauche, et dans quelle direction se trouve le plan d'origine.
C'est le mécanisme de ce processus d'orientation auditive latérale PIËRON. L ORIENTATION AUDITIVE LATEHAI.E 1 87 H.
qui a longtemps paru problématique ; il est à peu près complètement
élucidé aujourd'hui1, en partie grâce aux travaux que la guerre a
suscités au sujet des essais de repérage par le son de batteries d'art
illerie, d'avions, de sous-marins, etc. 2 ; or il nous met en présence
d'une série de mécanismes différents, aboutissant, suivant les ci
rconstances, à un même résultat, plus ou moins précis, et qui soulèvent
d'importantes questions au point de vue psychophysiologique.
Il nous a donc paru utile de mettre au point la question du méca
nisme sensoriel binauriculaire 3 de l'orientation auditive latérale, à
l'état statique, en rappelant les recherches anciennes, dans un bref
historique, et en étudiant successivement-, d'après les travaux ré
cents, les trois processus dont l'intervention a pu être démontrée,
celui des différences d'intensité dans la réception par les deux oreilles, des de phase des sons continus, et celui de différences
de moment d'accès de bruits brefs, les deux derniers pouvant être
unifiés comme nous le verrons.
I. — HISTORIQUE
Pendant longtemps l'orientation auditive, même sous la forme de
latéralisation du son, a été considérée comme un processus assuré
indépendamment par chaque oreille, les deux organes auditifs de
vant, chacun, se suffire. Les théories firent appel à un rôle récepteur
dés canaux semi-circulaires (Preyer, Münsterberg, Lussana, etc.) —
dont on sait qu'ils constituent un appareil indépendant de l'audi
tion, — à un effet de l'incidence des ondes sonores dans le pavillon
de l'oreille et à une différenciation de régions réceptrices sur la memb
rane du tympan (A. Weber), à une intervention de la papille du
«accule différenciant d'après la région la plus fortement excitée la
direction d'incidence (Pierre Bonnier), etc., sans parler des cons
tructions de Bard invoquant, en dehors des vibrations du tympan, des
poussées ou attractions massives dépendant de la direction de pro
pagation des ondes.
En fait, il est certain que, avec une seule oreille on a, même res
tant immobile (car, dès que le mouvement intervient, les processus
sont tout différents), une certaine notion de la direction des sons
complexes, mais fort obtuse, sensiblement nulle même pour les
purs, et très facilement mise -en défaut, analogue en somme à l'ap-
1. Dans l'histoire de cette grande question de psychophysiologie des
sensations, on voit converger les recherches de physiciens comme Lord
Rayleigh, S. T. Thompson, Stewart, Perrin, Pérot, etc., des physiologistes
comme Von Kries, Schäfer, Aggazzotti, etc., des psychologues comme Ferrée,
Myers, Me Dougall, Angell, etc.
2. Parmi les travaux français sur 1' « Ecoute », il faut tout particulièr
ement signaler ceux qui ont été poursuivis par le Service technique de radio
télégraphie militaire que dirigeait le général Ferrie (MM. Abraham, Arcay,
Baillaud, Bedeau, Jouaust, Labrouste, Pérot et Thovert).
3. Nous employons cette expression, par analogie avec le terme « bino
culaire » ; on utilise quelquefois les mots « binaural » ou « diotique ». NOTES ET BEVUES 188
prédation monoculaire de petites distances K Mais, de même que le
relief est une fonction principalement binoculaire, l'orientation au
ditive est apparue comme une fonction essentiellement binauriculaire
(car il n'y a pas de relief sonore élémentaire, de stéréacousie per
mettant l'appréciation directe de la distance, comme le voulait Pierre
Bonnier, discutant un travail de Raugé de 1896, où était affirmée la
nécessité de la fonction binauriculaire pour la détermination de la
direction d'origine d'un son).
L'orientation auditive latérale étant envisagée comme une fonc
tion binauriculaire (notion que Venturi aurait le premier exprimée,
en 1802) 2, il était naturel de penser que le rapport des intensités iné
gales des sons ou bruits reçus par les deux oreilles — rapport dé
pendant de la position dans l'espace par à l'individu écou
tant de la source sonore — devait fonder la perception. (Tarchanoff,
1878 ; A. Steinhauser, 1879 ; Urbantschitsch, 1881 ; Kessel, 1882;
Bloch • Stenger ; Starch ; Matsumoto, etc.).
Lord Rayleigh envisagea de très bonne heure (1876) cette hypot
hèse, mais pour la repousser, du moins sous une forme exclusive,
parce que les différences d'intensité, calculées suivant la longueur
d'onde des sons localisés, se montraient trop faibles pour être per
çues : la tête est un trop petit obstacle pour produire une ombre
distincte dès que l'onde est d'une assez grande longueur ; les diff
érences d'intensités aux deux oreilles, très faibles déjà à 256 v. d.r
deviennent négligeables à 128 v. d. 3. Or on localise aussi bien des
sons de 96 v. d. que des sons plus élevés. Ce ne serait donc plus l'i
ntensité qui interviendrait, mais la « phase ». L'organe auditif recon
naîtrait une différence de phase dans l'ébranlement simultané par
des ondes périodiques de ses deux appareils. En effet, on comprend
que pour des longueurs d'onde de 1 m,20 par exemple (son de 280 v.d.),
la distance entre les deux tympans étant, en suivant la circonférence
de la tête, d'environ 0m,30, un son venant d'une source située en
face de l'oreille gauche atteindra au même moment les deux oreilles
à une phase de l'onde décalée d'un quart de sa longueur totale.
Lorsque deux sons ont une fréquence voisine mais non accordée
tout à fait à l'unisson, il se produit des battements, dus à une va
riation périodique d'intensité : Dans l'oreille, les deux sons, quand
leurs phases coïncident, ajoutent leurs effets, d'où renforcement, qui
diminue au fur et à mesure du désaccord progressif des phases, pour
1. Le timbre des sons joue un rôle important dans la localisation monau-
riculaire, chez les sourds d'une oreille, par exemple (Angell, Angell et Fite),
par suite "de différences dans les résonances des partielles au niveau des
oreilles, d'après Mach, hypothèse critiquée par Bourdon.
2. Luciani a, dans son Traité de Physiologie, exposé longuement la con
ception encore un peu vague, du professeur de physique de Modène, à l'aube
du xixe siècle.
3. Pour un rapport de 2 entre la circonférence de la tête et la longueur
d'onde, les différences extrêmes d'intensité atteignent 53 0/0 (la circonfé
rence de la tête étant double de la longueur d'onde) ; pour un rapport de
0,5, ces différences ne sont déjà plus que de 10 0/0. D'une façon générale,
quand le rapport R est petit, la différence maxima vaudrait les trois quarts
de la puissance quatrième du rapport (Lord Rayleigh, 1896). II. PIKIION. L OÏUE.NTATION AUDITIVE LATERALE 189
passer à un affaiblissement quand la phase positive de l'un vient à
coïncider avec la phase négative de l'autre ; autant il y a d'accords
et de désaccords de phase à la seconde, autant il y a de battements
(ce nombre étant celui des vibrations à la seconde dont la fréquence
de l'un des sons dépasse celle de l'autre).
Or que se passe- 1- il, si au lieu de laisser les sons légèrement désac
cordés parvenir également aux deux oreilles, on en transmet un à
l'une des oreilles et l'autre à l'autre ? C'est ce que rechercha le pre
mier Silvanus T. Thompson (1878).
Avec deux téléphones, chacun en communication avec un diapa
son battant respectivement à 246 et 256 v. d., il constata l'existence
de battements perçus, preuve de la perception des différences de
phase, et, en même temps, d'un déplacement apparent du son unique
entendu, qui semble se mouvoir d'une oreille à l'autre.
Lord Rayleigh reprit ces expériences pour démontrer le rôle des
différences de phase en 1907, employant des sons de diapasons en
tretenus électriquement, conduits aux oreilles par des tubes de
caoutchouc ; les diapasons, légèrement désaccordés, ont environ
128 v. d. Durant chaque battement, les différences de phases a
ssument toutes les valeurs possibles ; or dans les périodes de concor
dance et d'opposition des phases, le son a un plein effet, localisé d'un
côté ou! de l'autre, mais sans que les battements soient perçus, tandis
qu'un autre observateur percevant les deux sons avec la même
oreille constate la coïncidence de latéralisation droite ou gauche
avec le maximum ou avec le minimum sonore des battements. La
latéralité est moins marquée avec emploi de téléphones comme le
faisait S. T. Thompson que dans la transmission aérienne ; elle est
d'autant plus nette que les sons employés sont plus purs, et aussi
qu'ils sont plus bas. A 520 v. d., les impressions sont moins précises,
et à 768 disparaissent, trouve Lord Rayleigh.
Un peu plus tard, lord Rayleigh, au lieu d'employer la méthode
des variations continues de phases au cours des battements, réalise
des désaccords de phases constants comme ceux qui peuvent inter
venir dans le processus normal de localisation, en utilisant deux
récepteurs téléphoniques, en rapport chacun avec un circuit indé
pendant dans lequel sont engendrées des forces électro motrices égales,
par un aimant tournant agissant sur deux anneaux ; les plans de
ceux-ci peuvent coïncider ou être décalés d'un certaine valeur an
gulaire, qui correspond à une différence de phase du son engendré
dans les deux téléphones (son de même hauteur et de même intensité).
Lorsque les sons des deux téléphones sont en accord, ou en opposi
tion (différence d'une demi-phase), la localisation du son entendu
est médiane ; lorsqu'il y a un désaccord de phase inférieur à une
demi-période, le son est localisé du côté où la se trouve en
avance.
Cet important travail du grand physicien anglais avait en réalité
un caractère décisif, qui ne fut pas toujours pleinement compris ;
on s'attacha surtout au problème des battements et à leur percep
tion binauriculaire. Mais, en tout cas il y eut là le point de départ
de très nombreuses recherches nouvelles, qui se poursuivirent surtout
au cours des cinq années suivantes, de 1907 à 1912. 190 NOTES ET REVUES
Tout d'abord, More et Fry confirmèrent les recherches de Lord
Rayleigh en réalisant par un procédé fort simple une différence
de phase au niveau des deux oreilles, avec une transmission
aérienne : ils employèrent un dispositif de tubes à rallonges, per
mettant de faire parcourir au son d'un diapason de 320 ou de 512 v. d.,
une longueur inégale avant d'aboutir à chacune des deux oreilles ;
en augmentant le parcours d'une fraction donnée de la longueur
d'onde (de 1 à 7 huitièmes), ils constatèrent que la localisation du
son, médiane pour l'égalité des tubes, se faisait du côté du tube le
plus court.
More, examinant systématiquement l'influence de la hauteur,
trouve un accord parfait entre la latéralité du son perçu et la diff
érence de phase de 64 à 384 v. d. ; au delà, la précision diminue pro
gressivement, de 512 à 1024 v. d., les dissymétries de sensibilité des
deux oreilles intervenant de plus en plus.
Bowlker apporta également des résultats conformes à la théorie
de la phase.
Mais Wilson et Myers ouvrent un important débat en cherchant
à ramener les différences de phase aux différences d'intensité.
Ils considèrent que, grâce à la transmission osseuse, tout son reçu
par une oreille est également conduit à l'autre, même lorsqu'on
procède à une excitation séparée par téléphones ou par tubes con
ducteurs du son ; dans chaque oreille, le son reçu directement, et
celui qui est transmis par le crâne, interfèrent quand ils ne se trouvent
pas accordés, engendrant par un mécanisme périphérique les batte
ments constatés par Silvanus Thompson qui croyait à leur réalisa
tion centrale : en effet, les battements ne se produisent que lorsqu'il
y a interférence dans le même appareil auditif ; contre l'opinion de
Wundt sur la synthèse cérébrale des battements engendrés par
deux sons conduits séparément à l'une et l'autre oreille, Schäfer a
établi que ceux-ci provenaient bien de la transmission osseuse d'une
oreille à l'autre 1.
Lorsque la différence de phase est constante, il y a renforcement
du côté de l'oreille où la est en avance, et localisation appa
rente de ce côté, quand cette différence est inférieure à un quart de
période ou comprise entre une demi période et trois quarts ; la loca
lisation est médiane pour la égale à 1/4, 1 /2 et 3 /4 de
période, et la localisation se fait de l'autre côté pour les différences
de phase comprises entre 1 /4 et 1 /2 ou 3 /4 et 1.
Mais, en somme, si le mécanisme apparaît ainsi, théoriquement,
réductible à une inégalité d'intensités, celle-ci n'interviendrait en
tout cas que secondairement, par l'intermédiaire d'une différence
de phase, dont le rôle est nettement confirmé par les expériences de
Wilson et Myers.
Et les objections, déjà faites par Lord Rayleigh, sont reprises
1. Récemment Peterson est revenu sur la question et admet une origine
centrale des battements binauriculaires, parce que, à la différence des autres,
ils sont imprécis, difficiles à observer, comptés avec erreurs. Mais les batt
ements faibles et juste liminaires obtenus par transmission osseuse, rendent
bien compte de ce caractère imprécis, fatigant. 11. PiEKON. L ORIENTATION AUDITIVE LATERALE 19t
contre le mécanisme des différences d'intensité. Toutefois, Hocart
et Me Dougall, qui constatent que les sons complexes sont, d'une
façon générale, mieux localisés que les purs 1, en s'étonnant
que la localisation puisse se fonder sur une différence d'intensité,
alors que celle-ci en certains cas est inférieure au tiers du seuil dif
férentiel normal, suggèrent l'existence possible d'une sorte de signe
local, analogue au signe local rétinien, fondé probablement sur des
réflexes oculaires (Matsumoto). Mais, en somme, que la différence
d'intensité ne donne ou non naissance à une perception de direc
tion que d'une façon indirecte, c'est toujours cette différence d'in~
tensité qui serait à l'origine. Et là est le problème.
f
A p ib 2b do *b jo Ai Vo efo éi 1A0 ifo iio ik ,,,,,,, ilo iio ièo ào léo ièo26o ,£
Fig. 1. ~ Schéma du dispositif de Wilson et Myers.
En H, la lête avec les deux écouteurs P et Q.
En 1911, Ferrée et Ruth Collins après un exposé historique, pre
nant la suite de celui de Pierce (1901), montrèrent que, lorsque les
oreilles étaient d'inégale sensibilité, il y avait une tendance à dévier
l'origine apparente des sons du côté le plus sensible, et surtout lors
qu'on diminuait artificiellement la sensibilité d'un côté par obturat
ion partielle d'un conduit auditif 2 ; ils se ralliaient à la théorie de
la localisation, fonction du rapport des intensités reçues par les deux
oreilles, faisant des objections aux expériences qui établissent l'i
nfluence des différences de phase 3.
1. Ceci est vrai quand le mécanisme de la phase n'intervient pas, en par
ticulier dans la localisation monauriculaire. C'est l'inverse quand l'orien
tation est fondée sur la phase.
2. Il y a une certaine correction possible quand l'inégale sensibilité des
oreilles est congénitale ; toutefois cette correction ne paraît jamais comp
lète. Les mécanismes de localisation monauriculaire sont d'ailleurs sus
ceptibles d'intervenir alors.
3. Ces objections sont peu solides, en particulier celle qui rattache à
une différence d'intensité la localisation du côté où le tube de transmission
est plus court : la perte due à un allongement souvent minime du tube est,
en effet, d'un ordre de grandeur négligeable et d'ailleurs, nous le verrons,
quand l'allongement devient égal à une longueur d'onde, la localisation
redevient médiane'. 192 NOTES ET REVUES
Vers la même époque, Pochettino, consacrant une revue générale
à la question, conclut, ce qui se trouve en accord avec les concep
tions de Lord Rayleigh, que l'orientation auditive latérale est fondée
sur la différence de phases pour les sons graves, inférieurs à l'ut3, et la des intensités pour les sons hauts, de courte longueur
d'onde, supérieurs à l'ut2 K Sur une octave, les deux mécanismes
pourraient donc coïncider. Mais la limitation de l'influence de l'i
ntensité est fondée sur de simples considérations théoriques. Et, dans
cette période des recherches, les préoccupations a priori dominent
nettement : Rayleigh objecte à l'action des différences d'intensité,
dès le début, que ces différences sont inférieures au seuil différentiel
perceptible comme tel. Wilson et Myers objectent aux différences
de phase que la perception directe de la phase impliquerait une
conception du fonctionnement nerveux différente de la conception
généralement adoptée. Pochettino, posant le problème de l'action
de la phase, examine d'abord s'il existe bien une perception des
différences de phase, avant de passer aux expériences qui prou
vent le rôle localisateur de ces différences.
Or les théories ne commandent pas les faits, ce sont les faits qui
dirigent les théories. Il existe une influence propre des différences
de phase. Voilà un fait, nous allons le voir. Les conséquences théo
riques seront dès lors à examiner, pour faire rentrer le fait dans le
système de nos connaissances. Il existe une influence de différences
d'intensités non perceptibles comme elles. C'est encore un fait et
qui, comme tel, aura à être interprété.
Enfin, nous le verrons encore, il peut même y avoir une action de
différences de temps d'impression des deux oreilles extraordinaire-
ment inférieures au seuil différentiel perceptible comme tel. Il ne
sert de rien de nier le phénomène, comme on l'a fait, parce que d'ap
parence paradoxale et difficile à interpréter. Chercher une inte
rprétation vaut mieux. C'est après avoir examiné les faits que nous
«nvisagerons les problèmes de théorie.
II. — LES DIVERS MÉCANISMES D'ORIENTATION
AUDITIVE LATÉRALE
î° Les différences de phase (sons purs continus)
L'existence d'une localisation de sons purs fondée sur le désac
cord des phases vibratoires des deux tympans simultanément excités
était établie par des expériences décisives, quel que soit le méca
nisme physiologique permettant de transformer cette différence de
phase en impression de direction sonore.
Les travaux suscités par la guerre pour le repérage des avions,
grâce à la localisation du son assez bas engendré par la rotation
des moteurs, ont pleinement confirmé ce rôle essentiel de la phase.
1. Bowlker attribue à l'action des phases la localisation précise, et la laté-
tioii vague à celle des intensités. P1ÉR0N. LAMENTATION AUDITIVE LATKRALE 193 H.
Nous signalerons en particulier à cet égard ceux de A. Pérot et de
J. Perrin, en France, et ceux de Stewart en Amérique ; nous signa
lerons aussi les recherches de Lo Surdo en Italie.
A. Pérot a employé la méthode électrique, deux récepteurs tél
éphoniques recevant chacun des courants sinusoïdaux dont on peut
régler les intensités de manière à les rendre égales.
Un des téléphones est soumis à la différence de potentiel existant
entre deux points réglables d'une résistance parcourue par le cou
rant sinusoïdal ; ce courant traverse d'autre part 2 bobines fixes
disposées à angle droit et qui le reçoivent d'égale intensité, mais
avec un décalage d'un quart de période (par emploi de self induc
tances, de résistances et de capacités convenables). Le second tél
éphone est relié aux deux pôles d'une bobine tournant dans le champ
des deux bobines fixes, en sorte que, suivant sa position, le courant
traversant le téléphone soit en accord de phase avec le courant sinu
soïdal principal (inclinaison de 45° de la bobine mobile sur les plans
des bobines fixes), ou en désaccord d'une fraction progressivement
croissante de période, connue par la valeur angulaire de la position
de la bobine.
On règle empiriquement l'égalité des intensités, en s'assurant que
le son entendu quand chacun des téléphones est appliqué sur une
oreille, se trouve localisé au milieu et en avant, et en prenant la
valeur de l'intensité, correspondant à la moyenne entre les deux
valeurs qui donnent l'impression d'un son plus fort à droite et d'un
son plus fort à gauche. Ceci fait, on change la position de la bobine,
et l'on cherche les valeurs angulaires donnant l'impression d'un pas
sage à droite ou d'un passage à gauche du son ; on obtient ainsi les
seuils de la différence de phase nécessaire pour percevoir une direc
tion latérale du son. Les déterminations ont été faites avec des intens
ités différentes (non mesurées en valeur absolue) et des fréquences
vibratoires comprises entre 205 et 1780 v. d..
A. Pérot a envisagé ces différences de phase comme représentant
des différences de temps ou d'espace parcouru par le son, au lieu
de les exprimer en fractions d'une longueur d'onde. Nous complét
ons ces valeurs numériques de l'auteur, par l'indication de cette
dernière donnée, les longueurs d'onde (X) étant calculées pour une
transmission aérienne du son à la vitesse de 340 mètres à la seconde :
Fréquence : 205 v. d.
Intensités Seuil en.
relatives Seuil en a Seuil en cm. millièmes de ~k
Son très fort. .. 25 0,068 2,3 14 faible i 0,129 4,4 26
Fréquence : 365 v. d.
Son fort 5,2 0,088 3,0 32 faible 1 0,105 3,5 37
Fréquence : 426 v. d.
Son fort (?) 0,114 3,9 49 faible (?) 0,155 5,3 66
l'année psychologique, xxiii. 13 194 ÎSOTES ET REVUES
Fréquence : 800 v. d.
Son très fort .. (?) 0,056 1,9 44 fort (?) 0,087 2,9 68
Son faible (?) 0,105 3,5 82
Tiéquence 1780 v. d.
Son très fort.. . 33 0,055 1,9 100
4,7 0,062 fort 2,1 110
Son faible 1 0.081 2,8 147
Plus l'intensité est grande, moins il faut de différence de phase
(de retard, dit l'auteur), pour atteindre le seuil de latéralisation.
Le retard absolu variant peu, A. Pérot constate que l'orientation
deviendrait impossible avec un son faible de 4.400 v, d., avec un son
fort de 8700, voisin du ré8.
Si l'on exprime les résultats en fractions de période, on voit en effet
que l'accroissement progressif de la fraction nécessaire pour atteindre
le seuil de latéralisation au fur et à mesure que la hauteur du son
s'élève entraîne une limite : quand il faudrait la valeur d'une demi
période d'écart dans les phases de chaque tympan pour commencer
à situer le son à droite ou à gauche, la position étant à ce moment
indéterminée, la localisation n'est plus possible. Mais les limites
correspondraient à des fréquences beaucoup plus élevées que celles
qui sont envisagées en fait par les autres auteurs, et même que théoriquement calculées d'après le rapport des longueurs
d'ondes à la distance intertympanique. Il n'y a là, nous le verrons,
qu'un paradoxe apparent. En tout cas, si A. Pérot ne discute pas le
mécanisme théorique, il met en évidence un processus de localisation
latérale qui n'est certainement pas fondé sur des différences d'in
tensité. A cet égard la démonstration est complète. Mais l'intensité
peut intervenir aussi et l'on peut même, nous le verrons, mettre en
conflit les deux influences localisatrices.
Jean Perrin, travaillant aussi pour assurer les repérages de guerre
par le son, remarque que, en affaiblissant l'intensité du son perçu une oreille au moyen d'une obturation partielle, il est possible de
localiser pourtant correctement de ce côté. Il note, d'après ses ex
périences, que l'on peut reconnaître sous forme de localisation laté
rale des différences de phase correspondant à des temps de l'ordre
du 20.000e de seconde, mais que ce pouvoir disparaît pour les sons
dépassant une certaine hauteur : Ecoutant à l'air libre, par l'inte
rmédiaire de deux « myriaphones » (cornets acoustiques collecteurs
de son invention, formés d'une multiplicité de petits cornets juxta
posés), avec conduction indépendante de chacun d'eux à une oreille,
les sons d'un tuyau d'orgue éloigné (de telle sorte que les intensités
sonores excitant les deux oreilles ne changeaient pratiquement pas
quand on avançait ou reculait un des deux myriaphones pour faire
varier la phase du son), il remarqua que la limite de localisation laté
rale se rencontrait pour une hauteur correspondant au fa* ou au
sol4 (783 v. d.) . Au delà, la localisation ne pourrait donc plus se fonder
sur la phase, mais seulement sur les différences d'intensité (dues à
ce que, pour les sons aigus, la tête porte ombre sur l'oreille opposée
au bruit).

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