La Calabre de père en fils. Un siècle de la vie d'une ferme (1655-1761) - article ; n°1 ; vol.40, pg 35-53

De
Annales. Économies, Sociétés, Civilisations - Année 1985 - Volume 40 - Numéro 1 - Pages 35-53
La Calabre from Father to Son : a Century in the Life of a Farm, 1650-1761
From 1650 until 1760 four generations the Maslé family occupied the farm, la Calabre. In a Brie ravaged first by the Wars of Religion and then by the passage of troops during the Fronde, the first Maslé fought to free their farm from the land taxes which burdened it. Their relative success gave them certain prestige in a village where most of the properties, scanty and poorly cultivated, were barely able to maintain themselves. Their descendants found themselves at the head of la Calabre while too young and isolated by repeated bereavements. They let themselves be seduced by the readiness of credit, were charged exorbitant land taxes, and ended up ruining them selves. By means of a close look at one small farm in Brie this examination is able to analyse the narrow discrepancies between demographic data, familial vicissitudes, and economic substrata and thereby shed some light upon the fragile nature of peasant land- ownership, threatened at each generation by new partitions.
19 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mardi 1 janvier 1985
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Micheline Baulant
La Calabre de père en fils. Un siècle de la vie d'une ferme
(1655-1761)
In: Annales. Économies, Sociétés, Civilisations. 40e année, N. 1, 1985. pp. 35-53.
Abstract
"La Calabre" from Father to Son : a Century in the Life of a Farm, 1650-1761
From 1650 until 1760 four generations the Maslé family occupied the farm, "la Calabre". In a Brie ravaged first by the Wars of
Religion and then by the passage of troops during the Fronde, the first Maslé fought to free their farm from the land taxes which
burdened it. Their relative success gave them certain prestige in a village where most of the properties, scanty and poorly
cultivated, were barely able to maintain themselves. Their descendants found themselves at the head of "la Calabre" while too
young and isolated by repeated bereavements. They let themselves be seduced by the readiness of credit, were charged
exorbitant land taxes, and ended up ruining them selves. By means of a close look at one small farm in Brie this examination is
able to analyse the narrow discrepancies between demographic data, familial vicissitudes, and economic substrata and thereby
shed some light upon the fragile nature of peasant land- ownership, threatened at each generation by new partitions.
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Baulant Micheline. La Calabre de père en fils. Un siècle de la vie d'une ferme (1655-1761). In: Annales. Économies, Sociétés,
Civilisations. 40e année, N. 1, 1985. pp. 35-53.
doi : 10.3406/ahess.1985.283141
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/ahess_0395-2649_1985_num_40_1_283141MICHELINE BAULANT
LA CALABRE DE RE EN FILS
UN SI CLE DE LA VIE UNE FERME 1655-1761
Ceci est une histoire histoire une famille de Brie la famille Ma le qui
pendant un peu plus un siècle de 1655 1761 exploité avec quelques
interruptions la ferme qui leur appartenait la Calabre1 travers elle nous
avons cherché comprendre les implications de la démographie et des struc
tures familiales sur économie une petite exploitation Car la Calabre était
pas une bien grande ferme un peu plus de 40 ha peu près 80 arpents mesure
du roi et son sol était pas une fertilité remarquable Les Ma le étaient pas
non plus des gens remarquables ils appartenaient pas élite sociale
aristocratie des gros laboureurs qui comptent dans leurs rangs de riches mar
chands des avocats des conseillers au Parlement Ce étaient pas non plus de
pauvres paysans étaient des gens moyens et est ce qui fait en partie leur
intérêt En outre on dispose de documents nombreux qui les concernent même
si dans leur abondance ces sources sont parfois redondantes ou difficiles
interpréter et si certains documents importants restent introuvables
La situation
La Calabre est située dans la commune de la Hautemaison et le canton de
Coulommiers dans la région comprise entre la Marne le Grand et le Petit
Morin peu près au ur un quadrilatère irrégulier dont les sommets
seraient Meaux Crécy Coulommiers et Jouarre La Hautemaison était
un très petit village au centre un village rue la Rue un peu
écart de église et du château et quinze vingt fermes situées la plupart aux
confins de la paroisse sauf la ferme du château Le sol en était médiocre et
requérait de fréquents marnages Selon une carte agronomique du xixe siècle2
le revenu moyen de hectare de labours était peu près la moitié de celui des
Annales ESC janv.-fév 1985 n0 pp 35-53
35 CONOMIE RURALE
villages au nord de la Marne dans le riche plateau de la France et du Multien
Mais il était encore le double de celui des villages des boucles de la Marne au sol
sableux comme Isles-les-Meldeuses ou Changis De plus près du tiers du ter
roir de la Hautemaison environ 200 ha était anciennement occupé par les
bois ou des buissons et des étangs respectivement un sixième et un septième
après les plans intendance Chaque fois que les exploitations agricoles ten
daient se replier sur leurs meilleures terres et spécialement pendant les
périodes de troubles les bois dont il ne reste heure actuelle que quelques
boquetaux réenvahissaient le terroir Quant aux étangs maintenant asséchés
propriété des seigneurs ecclésiastiques de ces villages abbaye de Saint-
Denis évêque du Mans Oratoire ils formaient un véritable réseau et ont
été exploités au moins la Révolution
La Hautemaison vivait en relations étroites avec les paroisses voisines de
Maisoncelles Pierre-Levée et Giremoutiers en partie parce elles relevaient
un même seigneur en partie cause de la présence des fermes sur les limites
des terroirs En outre intérieur du quadrilatère Meaux-Crécy-Coulommiers-
Jouarre la mobilité géographique était très importante Non seulement les gens
ne se mariaient pas dans le village où ils étaient nés mais il ne mouraient pas
toujours dans celui où ils étaient mariés
Seul le nord-ouest de la paroisse appartenait la seigneurie de la
Hautemaison toute la partie sud-est où se trouvait la Calabre dépendait de la
seigneurie de Maisoncelles qui appartenait Saint-Denis et relevait du bailliage
dit des Loges Saint-Denis et Maisoncelles Ces justices seigneuriales dou
blées en général un tabellionnage jouaient un rôle important une époque et
dans une région où il existait pas institutions municipales
36 BAULANT UNE FERME EN FRANCE
La Calabre existe encore endroit précis où elle élevait il deux siècles
Je ne sais rien de son histoire ancienne ni de origine de son nom Je ai trouvé
son sujet aucun texte antérieur 1615 Il existe pourtant aux Archives natio
nales dans le fonds de Saint-Denis un document informe selon lequel la
Calabre aurait appartenu et aurait été aliénée au xvie siècle Cette
hypothèse est hautement probable étang de la Calabre appartenait Saint-
Denis et la configuration de la Calabre presque un seul tenant tend
prouver son origine ancienne et ecclésiastique
époque
Aux abords de Meaux et dans le Multien les baux de ferme et de terres en
nature avaient augmenté durant tout le xvie siècle conséquence un alourdis
sement de la rente foncière mais aussi sans doute une amélioration de la pro
ductivité Cette croissance est cassée plus ou moins tôt partir des années
1580 avec les guerres de Religion mais la reprise qui suivi été très vive et vers
1650 le niveau atteint était égal ou supérieur au maximum de la fin du
xvie siècle3 Après la Fronde au contraire les loyers ont stagné ou sont
retombés après être brièvement accrus Les faits sont ailleurs plus difficiles
observer et interpréter parce que des loyers en argent ou mixtes se sont subs
titués aux loyers en nature et parce que de nombreux fermiers traînaient un
arriéré ils remboursaient peu peu et payaient donc des annuités supérieures
au loyer qui figurait dans les baux
Au sud de la Marne et plus précisément la Hautemaison et dans les vil
lages voisins on ne rencontre rien de tel la reprise du début du xvne ne est
pas produite pour des raisons nombreuses complexes et dont il est autant
plus difficile apprécier le poids respectif il ne subsiste que des lambeaux du
tabellionnage de Maisoncelles pour le début du xvue siècle Les protestants
étaient nombreux et les ravages des guerres de Religion ont pu être plus
profonds il avait plusieurs familles de petits hobereaux les Champy les
Hidrecan les du Buisson les Rouville dont certains semblent avoir été assez
turbulents la Fronde et le passage des armées en 1653 ont spécialement
éprouvé la région Mais je crois surtout que la qualité médiocre du sol et peut-
être la difficulté des communications ont amené les propriétaires se désinté
resser de la remise en valeur des terres et passer des baux longues années ou
perpétuels ou céder des ensembles des amodiateurs Faute de trouver des
laboureurs suffisamment riches les terres ont été divisées en une multitude de
petites fermes mal cultivées aux bâtiments délabrés Ce contexte valorisé la
Calabre Mais ia réorganisation foncière qui suivi la mise en commande de
abbaye de Saint-Denis en 1672 radicalement transformé le paysage4 Les
biens de abbaye accrus par importantes acquisitions par des reprises de
terres anciennement aliénées ont été répartis entre trois grosses fermes la
Grande Loge la Petite Loge et la ferme du château de Maisoncelles impor
tance peu près égale environ 150 ha chacune Les laboureurs qui les ont
affermées ont désormais joué un rôle prépondérant dans ces villages Jean
Ma le pouvait parler égal égal Louis Vignier fermier de la Petite Loge en
37 RURALE CONOMIE
1676 Socialement ses descendants se situent en dessous des Cinot des Fou-
rault des Guichard qui tenaient les grosses fermes
La première génération Jean environ 1626-1676
Le mai 16765 on enterrait dans église de la Hautemaison Jean Ma le6
laboureur et maître de la Calabre en présence des curés de Maisoncelles de
Sancy et de Mareuil Il laissait une femme enceinte Madeleine Hebre il était
en effet remarié trois mois plus tôt et trois enfants un premier lit Simon âgé
de 16 ans il était né en février 1660 Marie 11 ans née le 23 février 1665 et
Nicole baptisée le 13 octobre 1669 Il avait eu au moins trois autres enfants
une première Nicole née et morte en 1656 23-25 février) Jean baptisé le
26 décembre 1656 et Claude mort le 17 avril 1670 âge de ans et demi
Leur mère Martine Vallet était morte en février 1670
Jean Ma le et Martine Vallet étaient mariés en mai 16557 Jean était fils de
Fiacre Ma le laboureur et marchand Mareuil et de Nicole Martin8 Son frère
aîné Fiacre avait été baptisé en juin 1621 Jean dû naître entre Marguerite
baptisée en avril 1623 et Denis baptisé en septembre 1631 vraisemblablement
en 1625-1626 ou 1628-16299 ce qui lui donnerait une cinquantaine années
sa mort Martine Vallet était sensiblement plus jeune selon les registres parois
siaux elle aurait eu 30 ans sa mort soit 15 ans son mariage et serait née en
1640 mais elle était certainement un peu plus âgée car sa mère était remariée
en mai 1639 Hugues Foulon10 Quant Madeleine Hebre si on en croit son
acte de décès elle serait morte 90 ans en 1727 ce qui lui aurait donné 39 ans
en 1676 âge parfaitement invraisemblable car elle est remariée en 1677 et eu
cinq autres enfants le dernier Nicolas est né en 1671 elle aurait eu cette
date 54 ans Ce était cependant certainement pas une toute jeune fille La
rajeunir de 10 ans me semble une opération tout fait raisonnable
Les détails que donne le registre paroissial sur enterrement de Jean Ma le
inhumation dans église présence de trois curés des environs expression
maître de la Calabre indiquent il agissait un personnage une cer
taine notoriété En réalité Jean Ma le était pas vraiment le maître de la
Calabre qui appartenait sa femme Martine Vallet comme fille et unique héri
tière de Louis Vallet qui en 1633 avait prise rente toujours du prieur
de la Hautemaison messire Simon Simon En outre le contrat de mariage de
Jean Ma le et de Martine Vallet prévoyait que si les futurs rachetaient aux
ayants droit du prieur le reste de la rente ils pourraient jouir des trois quarts de
la ferme et des terres de la Calabre la jouissance du dernier quart franche de
toute redevance devant appartenir la mère de la future Martine Lamblin
En effet le bail de la Calabre avait été passé durant la communauté de
Louis Vallet et de Martine Lamblin la ferme ne faisait pas partie des propres
mais était un acquêt ce titre il semble il aurait dû en revenir la moitié la
mère et non le quart Cette réduction de la moitié au quart était sans doute
accordée en contrepartie de la rente qui incombait entièrement aux jeunes
mariés Aucun document ne permet de dire si cette jouissance du quart consis
té pendant un temps dans exploitation effective du quart des terres elle se
traduisait en tout cas depuis longtemps par un loyer annuel de 75 livres Quant
38 BAULANT UNE FERME EN FRANCE
la rente assez lourde origine 300 livres par an elle avait été en partie
rachetée aux héritiers en 1676 les Ma le devaient encore 90 livres annuelles
Les deux inventaires dressés avant le remariage de Jean en février 1676 et
sa mort au mois de mai suivant11 et les différents baux passés permettent de se
faire une idée de la Calabre cette époque
Les 80 arpents de la ferme ne formaient que deux pièces une très grande
pièce appelée île de la Calabre en réalité une île cernée de trois côtés
par un étang qui appartenait pas la ferme et une pièce de arpents
extérieur de étang peu près sa pointe Cette pièce autant on puisse
en rendre compte une seule sole île au contraire était divisée
en plusieurs soles En 1676 par exemple la pièce externe était en blé dans île
il avait 12 arpents en blé et seigle et 12 arpents en avoine et vesce Même en
tenant compte de la jachère cela suppose soit une rotation plus lente soit plus
vraisemblablement une part de terres laissées en pâtis nales haies buissons
et taillis inventaire parle aussi de arpents de prés sans en préciser la situa
tion Une partie de ces prés appartenait pas la ferme et était louée de même
une pièce de arpents dépendant de la Petite Loge était sous-louée son fer
mier Elle était semée en avoine Soulignons que les bords de étang ne faisaient
pas partie de la ferme et il fallait en louer la jouissance amodiateur Ce
qui en 1676 coûtait 15 livres et une douzaine de fromages12
Sur le Plan intendance de la fin du xvine siècle on distingue bien étang de
la Calabre en forme de fer cheval alimenté un côté par de la
Porte de autre par étang dit En-Haut et qui se déversait dans étang de
Francheville situé Giremoutiers sur le bras droit en regardant le fond de
étang entrée de île se situe la maison de la Calabre
La maison comprenait une grande salle avec deux fenêtres une côté cour
et autre sur le jardin flanquée une petite chambre un cellier et un
fournil avec une chambre au premier étage surmontée un grenier Il avait en
outre une écurie deux étables vaches avec une laiterie une grange et un toit
porc affiche adjudication de 1676 mentionne même une bergerie qui ne
semblait pas servir et dont on ne trouve plus de mention par la suite
équipement de la ferme ne comprenait une charrue quatre herses une
charrette herse En joignant les paires de roues ou les diverses pièces on
arrive un total de 85 livres dans inventaire de février de 44 livres en
mai Mais même dans les fermes les mieux équipées outillage proprement dit
ne demandait proportionnellement un faible investissement
En revanche les trois chevaux destinés tirer la charrue en réalité des
cavales valant de 25 40 livres semblent particulièrement mauvais Il avait
aussi un petit poulain Un quatrième cheval disparu entre les deux inventaires
Les étables abritaient treize vaches âgées de quatre dix ans et estimées de 22
30 livres pièce Il avait deux porcs en février quatre en mai On ne mentionne
ni volailles ni moutons Le total tournait autour de 450 livres
un inventaire autre la différence la plus grande est dans état des
stocks et des provisions qui ont considérablement baissé Il autant moins
lieu de en étonner pour avoine que les mars avaient été semés entre-temps
En ce qui concerne le blé la disparition de trois muids de blé froment ou meteil
ne peut expliquer simplement par la consommation Une partie dû être
vendue pour payer quelques-unes des dettes de la succession côté des provi-
39 CONOMIE RURALE
slons courantes et des productions de la ferme qui montaient 600 livres pour
le premier inventaire 176 livres dans le second il faut mentionner la quaran
taine de demi-queues de vin que la succession possédait Mareuil valant plus
de 600 livres et le chanvre tous ses stades de préparation de la poupée au
fil la toile et au linge de maison qui formait un objet de 200 livres
Quant aménagement de la maison il peut paraître pauvre et sommaire
comparé inventaire fait en 1682 la mort de Pierre Louis le laboureur qui
loué la Calabre la mort de Jean Ma le il donne au contraire une impression
de confort et abondance On peut ailleurs tester cette impression Il chez
Ma le environ 190 objets divers sans compter les animaux et les récoltes Pierre
Louis en avait une cinquantaine Si je prends comme référence un échan
tillon de 212 inventaires après décès de la région de Meaux sur lequel je travaille
actuellement où le maximum objets possédés est de 337 le minimum de et la
médiane de 69 les Ma le apparaissent comme appartenant la partie la plus
aise de la population Poursuivons la comparaison Le premier objet men
tionné dans inventaire de Martine Vallet comme dans la plupart des cas est la
crémaillère La crémaillère apparaît dans 92 des inventaires mais il
déjà plus que 75 85 de gens posséder coffres marmites poêles huches
chaudrons ou table et on ne trouve des grils poêlons et seaux que dans environ
deux tiers des inventaires Cette proportion tombe 50 pour les chenets
pelles et pincelles et aux alentours de 40 pour les réchauds broches chande
liers. Les Ma le possédaient tous ces objets
On peut comparer avec profit le montant de ces inventaires un peu moins
de 000 livres net et compris adjudication des récoltes apport initial de
Jean Ma le et Martine Vallet Martine Vallet avait re de sa mère outre les
trois quarts de la Calabre avec le total des charges) 700 livres en meubles ou
argent et Jean Ma le avait déclaré se contenter des habits de fillage de sa
future et du linge elle possédait Fiacre Ma le au contraire non seulement
mettait son fils francs et quitte de toutes dettes mais il le vêtait habits
selon sa qualité En outre il lui donnait 500 livres dont 700 livres en biens
mobiliers et 800 livres qui devaient être consacrées achat de terres qui
constitueraient ses propres Les Ma le avaient donc 400 livres de biens mobi
liers en 1655 000 livres en 1676 Compte tenu de la portion de rente annuelle
ils avaient réussi rembourser et des frais que cela avait pu manquer
entraîner étant donné le nombre des ayants droit du bailleur initial on peut
considérer le bilan de entreprise Ma le-Vallet comme plutôt positif même il
avait fallu aliéner quelques biens propres Les 800 livres du contrat de
mariage auraient dû au denier 20 rapporter 90 livres 120 au denier 15
la mort de ses parents Jean Ma le avait recueilli un certain nombre de biens et
de rentes provenant de leur héritage ses revenus annuels en loyers et rentes
auraient dû être supérieurs aux 160 livres mentionnées dans les inventaires
Ces résultats devaient cependant sembler autant plus remarquables que la
plupart des laboureurs de la région étaient fort impécunieux même ceux qui
tenaient les plus belles fermes ainsi ne cultivaient-ils que les meilleures terres
ou les plus proches de la ferme13 une partie restait notoirement en friche et
avait besoin une sérieuse remise en état La plupart étaient hors état de
payer leurs loyers saisies et expulsions sont nombreuses dans les dossiers
Dans les meilleurs cas ils sous-louaient une partie de leur exploitation ou
40 BAULANT UNE FERME EN FRANCE
associaient plusieurs sans forcément beaucoup de succès Par comparaison
la situation de Jean Ma le était bonne même il ne cultivait lui aussi une
partie de ses terres et si son attelage était bien mauvais
La deuxième génération Simon 1660-1704
Jean Ma le cependant ne laissait pas ses enfants les atouts dont il avait
joui La succession qui ouvrait risquait être compliquée
Les droits de sa veuve étaient clairement précisés par le contrat qui avait été
passé devant maître Michel notaire Meaux le février14 Il avait pas de
communauté En cas de décès du mari Madeleine Hebre reprendrait les
200 livres que son frère devait lui donner en dot 50 livres que Jean Ma le lui
devait anciens gages elle avait en effet été servante la Calabre pendant
plusieurs années et 500 livres pour droit de precipui et de douaire
Quant aux enfants du premier lit ils devaient se partager la succession de
leur mère environ 200 livres représentant la moitié du montant de inven
taire fait avant le remariage de leur père dettes déduites soit 400 livres
pour chacun La succession de leur père se montait 045 livres montant de
inventaire fait après sa mort dettes déduites moins les 200 livres qui leur
étaient dues pour la succession de leur mère et moins 750 livres qui revenaient
Madeleine Hebre ou 550 livres si sa dot avait pas été versée au total fort
peu de chose Il fallait ajouter il est vrai le produit non négligeable de adju
dication des grains ensemencés 20 arpents en blé meteil et seigle soit 390 livres
et 19 arpents en avoine et vesce soit 190 livres total 580 livres plus environ
160 livres pour le produit des arpents et demi de vignes que Jean Ma le possé
dait Mareuil)
En fait on ne sait pas si les choses se sont passées ainsi et si actif mobilier
pas été également partagé entre les quatre enfants supposer il ait eu
un actif car déjà des créanciers annon aient autres que ceux qui figurent
dans les inventaires et dont ai tenu compte dans mes évaluations 636 livres en
février 377 en mai Il avait Martine Lamblin la grand-mère maternelle qui
pour ses loyers de 75 livres sur la Calabre réclamait 050 livres arrérages
soit quatorze années15 Il avait Fran ois Benoist pour les arrérages de la rente
de 90 livres restant due sur la ferme il avait Edme Penet qui demandait
190 livres pour anciens loyers de terre dus par Jean Ma le Enfin quelques-
uns des ayants droit des douze héritiers de messire Simon Simon ancien prieur
de la Hautemaison de qui jadis le grand-père des enfants Ma le avait pris
rente la Calabre profitaient de occasion pour faire valoir des créances plus ou
moins justifiées Bref la situation était loin être claire Aussi ne faut-il pas
étonner il ait fallu plusieurs réunions et de nombreuses discussions pour
que les membres de la famille se mettent accord sur élection du tuteur et les
décisions prendre au sujet de la ferme et du sort des enfants
Les décisions prises élection des deux oncles Fiacre Masie et Tobie Meu
nier mari de Nicole Masie comme tuteurs conjoints puis successifs bail au
rabais de Marie et Nicole leur grand-mère moyennant 60 livres par an pour
chacune celle-ci prenait Marie pour trois ans au bout desquels elle devait lui
faire apprendre la couture Nicole pour six ans bail de la Calabre Pierre
41 CONOMIE RURALE
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42 BAULANT UNE FERME EN FRANCE
Louis ont ailleurs été remises en cause par la mort des protagonistes Les
deux oncles sont morts respectivement en janvier et décembre 1677 Martine
Lamblin la grand-mère en octobre 1678 et Pierre Louis en 1682
ouvre ici une parenthèse pour rappeler que cette adjudication au rabais
des enfants orphelins comme des travaux publics est une procédure tout
fait normale et dont on rencontre de nombreux exemples durant tout le
xvne siècle
On donc réélu un nouveau tuteur le fils de Fiacre Ma le Pierre labou
reur Montbarbin Les deux filles Ma le sont parties Mareuil chez leur tante
Nicole au rabais Marie est morte en 168116 Enfin Simon qui était éman
cipé et était marié en 1683 est jugé capable de reprendre la ferme paternelle
On ne sait pas très bien ce était devenu Simon entre la mort de son père et
son mariage Les parents avaient opiné il soit mis au logis de quelque par
ticulier sans il soit tenu de payer aucune chose au pair en sorte
ou si on ne trouvait personne pour le prendre cette condition on le mette
en pension pour un an Je pense que est la première solution qui prévalu
Parmi les dettes qui incombaient la succession Ma le deux étaient particu
lièrement inquiétantes La première les 050 livres que réclamait Martine
Lamblin était par son poids Elle aurait dû se réduire de moitié avec la mort
de Martine Lamblin en 1678 pourtant le demi-frère de Martine Vallet Pierre
Foulon oncle utérin des enfants semble avoir reprise totalement son
compte
autre était surtout mena ante en raison du créancier Fran ois Benoist
Celui-ci était fait une spécialité du rachat des dettes difficiles recouvrer et
entendait se faire payer sans excès de sensibilité Les trois quarts des saisies
dont on trouve la trace durant ces années dans les archives du bailliage des
Loges Saint-Denis le sont sa requête Ainsi avait-il opéré plusieurs saisies au
tiers sur différents adjudicataires de la succession Ma le Ainsi avait-il racheté
une partie des ayants droit de messire Simon Simon ce qui restait dû de la rente
sur la Calabre Or je pense que Fran ois Benoist est précisément le particulier
qui Simon Ma le offert ses services et est chez lui il aurait appris le
métier de procureur il exercé par la suite En tout cas deux reprises en
1680 et en 1683 au moment de son mariage Simon Ma le est dit habiter Cor-
beville et Corbeville appartenait précisément Fran ois Benoist Les péripéties
de la lutte échappent en partie mais je sais en 1677 Fran ois Benoist avait
conclu un accord avec un des héritiers de messire Simon Simon en 1680 les
Ma le avaient contre-attaque en rouvrant le procès pendant au Parlement et
en 1694 Simon pouvait exhiber une quittance de 452 livres le quittant
toujours de ladite rente
Et Nicole Nicole pendant ce temps semble avoir quitté Mareuil pour le
domicile de son tuteur près de La Chapelle-sur-Crécy où on la ramène en mai
1688 gravement malade chez sa tante et marraine Mareuil Guérie de cette
maladie on la trouve en avril 1689 chez son frère la Calabre où de nouveau
malade elle convoque le notaire pour révoquer un testament on lui dit avoir
fait lors de sa première maladie et dont elle aucun souvenir Ce testament
ou plutôt cet anti-testament tout fait laïque illustre parfaitement une atti
tude commune en Brie la fin du xvne siècle si on des héritiers naturels pro
ches on ne teste pas et si on teste ce est généralement pas en faveur de quel-
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