La dynamique de groupe - article ; n°2 ; vol.57, pg 425-440

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L'année psychologique - Année 1957 - Volume 57 - Numéro 2 - Pages 425-440
16 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mardi 1 janvier 1957
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Cl. Faucheux
La dynamique de groupe
In: L'année psychologique. 1957 vol. 57, n°2. pp. 425-440.
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Faucheux Cl. La dynamique de groupe. In: L'année psychologique. 1957 vol. 57, n°2. pp. 425-440.
doi : 10.3406/psy.1957.26617
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1957_num_57_2_26617DYNAMIQUE DE GROUPE LA
par Claude Faucheux
Nous voulons essayer de situer la « dynamique de groupe » dans le
domaine des recherches psychosociales portant sur les groupes et même
plus précisément sur les groupes restreints.
Le mot « group dynamics » apparut semble-t-il pour la première fois
dans la conclusion d'un article de Kurt Lewin de 1944 (68) qui était
consacré aux rapports de la théorie et de la pratique en psychologie
sociale :
« Dans le domaine de la dynamique de groupe, plus qu'en aucun
autre domaine psychologique, la théorie et la pratique sont liées méthodo-
logiquement d'une façon qui, si elle est correctement menée, peut fournir
des réponses à des problèmes théoriques et en même temps renforcer
cette approche rationnelle de nos problèmes sociaux pratiques qui est
une des exigences fondamentales de leur résolution. »
Cette expression s'institutionalisa peu après en 1945 avec la création
du « Research Center of Group Dynamics » (69). Celui-ci, d'abord situé au
Massachussetts Institute of Technology de Cambridge se déplaça en 1948
après la mort de son fondateur K. Lewin et alla à Ann Arbor former
1' « Institute for Social Research » en se réunissant avec le « Survey
Research Center » qui se trouvait déjà à l'Université de Michigan.
La chose est à peine plus ancienne que le mot. Un disciple de Lewin,
J. F. Brown parlait en 19351 de « dynamique sociale ». Cet auteur fut
d'ailleurs le premier « théoricien du champ » à s'intéresser à des problèmes
sociologiques. Mais en 1939 (66) Lewin s'intéressait de plus en plus aux
problèmes de psychologie sociale, disant que dans ce dernier domaine
comme en individuelle il fallait rechercher la dynamique
sous-jacente aux phénomènes, il envisageait cependant les problèmes
de groupe surtout sous l'angle de la situation a" appartenance d'un individu
comme le montre son analyse de l'adolescence. Ce n'est qu'un peu après
cette date que Lewin s'intéressa aux problèmes spécifiques du groupe
pour finalement envisager la « dynamique du groupe ». L'étude qu'il
poursuivit en 1943 (64) sur les habitudes alimentaires fut à cet égard
capitale.
1. .T. F. Brown, Toward a theory of social dynamics (./. soc. Psychol.,
A. PSYC.HOL. "j7 L'8 426 REVUES CRITIQUES
Sans doute est-ce Lewin qui força l'intérêt naissant pour les groupes
vers 1938 d'une part avec des analyses de « cas » et la formulation de
définitions et de concepts nouveaux, d'autre part avec l'expérience sur
les « climats sociaux » (65). Sans doute a-t-il une responsabilité dans
l'accélération des publications consacrées aux groupes qui, de 21 par
an entre 1930 et 1939 passent à 31 jusqu'en 1944, puis à 55 jusqu'en 1949
pour atteindre 152 par an jusqu'en 1953, peut-être en débarrassant ce
domaine de recherches d'un certain nombre de préjugés qui, comme
le remarque M. Deutsch (23) faisaient penser à bon nombre de
psychologues, juste avant la seconde guerre mondiale, que c'était faire
preuve de mysticisme que de parler d' « atmosphère de groupe », de
« buts de groupe », et de reconnaître une existence au même,
plutôt qu'aux seuls individus.
En effet, dès 1939 (66), Lewin considérait qu'il fallait aborder le
problème des groupes en concevant le groupe comme un ensemble dyna
mique et en le définissant non pas sur la base de la similitude des membres,
mais sur la base de leur interdépendance dynamique.
On retrouve évidemment le même esprit dans les trois objectifs
du « Research Center for Group Dynamics » formulés par son actuel
directeur D. Cartwright (16) :
1 . Promouvoir une connaissance systématique et formuler des théories
fondamentales concernant les forces sous-jacentes à la vie de groupe, celles
qui influencent les relations entre groupes aussi bien que celles qui agissent
sur le développement de la personnalité et l'ajustement des individus.
2. Réduire le fossé entre le corps des connaissances en sciences sociales
et la pratique de l'action sociale ;
3. Fournir un programme d'enseignement portant sur les connais
sances accumulées en dynamique de groupe, sur les techniques de
recherches, sur les techniques de formation de leader, sur la consultation
et sur l'action sociale.
R. Lippitt, en 1948 (72), formule ainsi ses objectifs :
1. Appliquer des méthodes expérimentales au comportement des
petits groupes et au comportement des individus dans une situation de
groupe ;
2. Tenter l'intégration de ce travail dans les domaines de la psychol
ogie individuelle, de la psychologie sociale, de la sociologie et de l'anthro
pologie sociale ;
3. Isoler les propriétés comparatives spécifiques des petits groupes
et essayer une transposition de ces propriétés dans le langage de la théorie
du champ ;
4. Développer une méthode de mesure applicable au comportement
des petits groupes ;
5. Appliquer les découvertes dans les problèmes pratiques de l'action
sociale.
A l'heure actuelle l'expression « dynamique de groupe » est entendue
dans un sens plus ou moins large suivant les milieux. FAUCHEUX. LA DYNAMIQUE DE GROUPE 427 C.
Pour certains chercheurs en psychologie sociale, comme par exemple
R. B. Cattell, en 1948 et J. Bruner, en 1948 également, l'expression
couvre l'ensemble des recherches dans le domaine des groupes.
Pour d'autres chercheurs comme R. Baies, l'expression désigne les
chercheurs de tendance léwinienne, à l'exclusion des autres.
Un témoignage de cette séparation nous est offert par deux recueils
d'articles consacrés aux groupes.
Le premier (1953) publié par Cartwright et Zander (18), s'intitule
Group Dynamics : Theory and research et ne consacre que 4 articles sur 41
à la tendance « inter-actionniste ». Réciproquement le second recueil
(1955) publié par Hare, Borgatta et Bales s'intitule Small groups : studies
in social interaction et ne consacre que 5 articles sur 55 à la tendance
« dynamique de groupe. »
Puisque la dynamique de groupe ne recouvre pas l'ensemble des
recherches faites sur les groupes, il est nécessaire de déterminer les
caractéristiques qui peuvent la distinguer des autres tendances dans
ce domaine.
I. — Les diverses tendances dans l'étude des groupes
On peut en gros isoler cinq tendances principales de recherche dans
le domaine de la psycho-sociologie des groupes restreints : la tendance
« dynamiste », la tendance factorialiste, la tendance interactionniste,
la tendance sociométrique et la tendance psychanalytique.
La dynamique de groupe
Gomme le dit Cartwright les chercheurs de cette tendance « préfèrent
laisser la théorie exercer une influence plus directrice dans la planifi
cation des recherches... On ne peut choisir un dispositif d'enregistrement
et de mesure sans savoir ce qu'on va étudier. Jusqu'à ce que les variables
aient été définies conceptuellement ces chercheurs pensent qu'on ne
possède aucune base réelle pour décider si l'on utilisera un chronographe
d'interaction, un test sociométrique, un test de personnalité, un question
naire particulier ou quelque autre dispositif » (16).
Cette prééminence de la théorie est en effet un premier trait carac
téristique de la dynamique de groupe. Si l'on ne retrouve pas toujours
dans les publications de cette tendance une conceptualisation typique
ment léwinienne on peut néanmoins dire que toutes manifestent le
même souci de définition conceptuelle des variables dans un ensemble
systématique. L'exemple le plus frappant en est la série d'articles sur
les communications (30).
Une deuxième caractéristique réside dans une attitude expérimentale
stricte qui peut être schématisée ainsi :
— tout problème scientifique peut et doit être posé expérimentalement,
— une expérience est faite pour tester des hypothèses ; REVUES CRITIQUES 428
— une expérience de laboratoire est faite pour créer une situation arti
ficielle dans laquelle on manipule des variables indépendantes pour
contrôler l'effet de cette manipulation sur des variables supposées
dépendantes ;
— une expérience de laboratoire n'est pas faite pour reproduire les situa
tions naturelles mais au contraire pour épurer une situation afin de
ne faire jouer que les variables choisies.
— une expérience « sur le terrain » inplique la manipulation d'une
variable indépendante, dans une situation naturelle, afin de déter
miner des relations causales alors qu'une « enquête de terrain », même
approfondie ne pourrait fournir que des corrélations.
Troisième caractéristique de cette tendance : dépasser le plan descript
if et atteindre à l'explication. « La collecte de « données » standardisée
peut aider à formuler une théorie pourvu que les ne soient pas
ramassées uniquement parce qu'un instrument standardisé est util
isable » (Cartwright) (17). C'est une critique volontiers formulée à l'i
ntention des interactionnistes qui utilisent le chronographe d'interaction,
à l'intention des sociométristes qui des tests sociométriques et
même aux factorialistes qui recourent à une multiplicité de tests ou
d'épreuves.
« Chaque formulation nouvelle d'une hypothèse peut nécessiter un
raffinement ou une révision des instruments de collecte des données...
Si l'on croit comme Baies que la donnée fondamentale de toute science
sociale est l'interaction entre les individus, on fixera son attention sur
les interactions et l'on disposera des instruments pour les enregistrer
et pour les mesurer. Si l'on conçoit, comme Jennings que le choix est
le lien fondamental des groupes, on fera une plus grande utilisation du
test sociométrique. On peut difficilement douter qu'une théorie compre
hensive de la dynamique de groupe ne fera pas place à une grande
variété de variables et par conséquent réclamera l'utilisation de beaucoup
de procédés différents de collecte des données » (18).
Les factorialistes
Pour Cattell le problème qui doit se poser est uniquement celui de la
description du comportement de groupe. Il souhaite qu'on ne refasse pas
les mêmes errements avec les groupes comme auparavant avec la person
nalité individuelle. « Le développement d'une science exacte de la prédic
tion en rapport avec la personnalité individuelle exigeait comme dans les
autres sciences biologiques, une provision préalable de descriptions pré
cises, de mesures et de classifications des phénomènes. En fait la spécu
lation d'amateur, et 1' « explication » incontinente éloigna des réalités de
la mesure et de l'observation, provoqua des troubles et retarda trist
ement le progrès en détournant l'attention des chercheurs, jusqu'à ces
dernières années, de la discipline fondamentale et inévitable d'une vraie
science de la mesure de la personnalité. « Cattell demande que les cher- C. F.\I.I(':HKI!X. I.A. DYNAMIOliK UK (iKOIJPl: 4 2 9
cheurs » s'abstiennent de faire des « recherches » superficielles jusqu'à ce
qu'on ait réalisé un fondement correct pour une description et une mesure
significatives des groupes » ce qui lui semble possible au moyen de tests
multiples et de l'analyse factorielle.
Mais Cattell propose d'envisager trois sortes de caractéristiques pour
définir un groupe :
1° Les traits de population. — Définition de la personnalité du membre
moyen (ou typique, ou modal) du groupe, caractéristiques de population
telles que : intelligence moyenne, taux de criminalité, attitudes sur les
questions religieuses ou morales, tout ce qu'on peut obtenir par des son
dages...
2° Les caractéristiques de structure interne : qui concernent les rela
tions parmi les membres du groupe. — Exemples de ces caractéristiques :
indices de structure de classe, structure d'institutions et d'organismes
tels que l'église, l'armée, la famille, les modes de gouvernement et les
communications.
3° Les traits de syntalité (comportement du groupe en tant que
groupe). — Tout effet que le groupe, en tant que totalité, peut avoir sur
son environnement physique ou sur d'autres groupes. Le comportement
du groupe peut être action organisée sous le contrôle d'un organe exécutif
aussi bien qu'action de masse inorganisée qui exprime plus l'individu
moyen qu'une structure de relations inter-membres différenciée.
La syntalité est au groupe ce que la personnalité est à l'individu.
Précisons un aspect de la syntalité : la synergie du groupe. Partant
du postulat que les groupes n'existent que pour permettre des satisfac
tions individuelles et ne subsistent que lorsqu'ils fournissent des moyens
de parvenir aux buts individuels, il définit la synergie du groupe comme
la somme des énergies individuelles investies dans le groupe.
Mais comme les intérêts individuels pour le groupe ne sont pas toujours
superposables, il faut distinguer deux manifestations de cette synergie :
a) La synergie effective. — La proportion de la synergie totale qui
sera utilisée pour atteindre les buts du groupe (ou les intérêts « moyens »
des membres, ou encore la résultante des intérêts individuels »).
b) La synergie d'entretien. — La proportion de la synergie totale
utilisée dans les frictions interindividuelles (dont est responsable la
dispersion des intérêts individuels).
Il n'est pas nécessaire d'entrer plus en détail dans la conceptualisation
de Cattell pour la situer par rapport aux positions des théoriciens de
la dynamique des groupes. On peut être frappé par deux aspects : d'une
part une opposition épistémologique radicale entre les deux orientations,
d'autre part une certaine communauté de préoccupations théoriques.
L'opposition réside dans le mode de pensée statis
tique « auquel se refuse la dynamique de groupe qui préfère étudier les
mécanismes sous-jacents aux phénomènes et fabriquer expérimentale
ment des « cas purs » plutôt que d'étudier des « cas moyens » induits
à partir d'une certaine fréquence d'apparition des phénomènes. 430 REVUES CRITIQUES
La communauté de préoccupation théorique se manifeste par un
souci identique de séparation de grand ensembles de variables qui régis
sent le comportement de groupe.
La perspective statistique de Cattell le conduit à distinguer : syntalité,
structure interne, et population. Dans une perspective différente les théo
riciens de la dynamique des groupes se sont efforcés de distinguer égal
ement trois ensembles de variables assez voisins.
- — Tout d'abord les spécifiques du groupe qui sont relativ
ement indépendantes des membres qui le composent et de leurs personnal
ités. Quand un individu décide d'appartenir à un groupe Use trouve immé
diatement en présence de certaines variables qui vont désormais régir son
comportement comme par exemple les buts et les normes du groupe.
— Ensuite les variables qui régissent le comportement inter-membres
relativement indépendantes de la personnalité ou des aptitudes des
membres comme par exemple la tendance à s'adresser plus souvent à
un membre qui a des opinions éloignées des siennes plutôt qu'à un memb
re qui a des opinions plus rapprochées lorsque par exemple l'unifor
mité des opinions est nécessaire pour la marche du groupe.
— Enfin les variables qui régissent le comportement individuel et
qui sont de deux ordres : d'une part des variables psychologiques géné
rales comme le niveau d'intelligence, le degré de tolérance à la frustra
tion, les aptitudes diverses ; d'autre part des variables personnelles comme
la personnalité, ou l'appartenance à tel ou tel groupe.
Dans un groupe naturel situé hic et nunc, ces différentes variables
sont entremêlées. Les expérimentalistes de la dynamique de groupe
s'efforcent de les séparer dans des « épures » expérimentales, tout en
restant conscients de leur existence et de leur intrication.
Par ailleurs dans la notion de synergie de Cattel on peut trouver une
formulation assez voisine de celle de la dynamique de groupe qui considère
que l'énergie d'un groupe se dépense dans la locomotion vers son but et
dans les conflits interpersonnels. On a tendance même à formuler ces
deux aspects en termes de tension.
Pour nous résumer on peut dire que Cattell et les tenants de la dyna
mique de groupe ont en commun une certaine conception dynamique des
phénomènes de groupes, un certain souci théorique sur le plan de la
séparation des grands ensembles de variables, mais qu'ils diffèrent dans
leur conception de la recherche, le premier ne prétendant qu'à la descrip
tion, les autres à l'explication ; Cattell pensent que la méthode factorielle
est rentable, les partisans de la dynamique de groupe sont de leur côté
persuadés que seule l'expérimentation pure est valable.
Les inter actionnistes
Ceux-ci considèrent que la matière la plus élémentaire qu'on puisse
espérer observer dans les phénomènes de groupe est « l'interaction »
entre les individus. Ils considèrent également que la recherche dans le
domaine des petits groupes doit consister à collecter des observations FAUCHEUX. T.A DYNAMIQUE DE GROUPE 431 C,
standardisées à partir de groupes naturels en nombre suffisant avant de
prétendre à élaborer des théories.
Dans la tendance interactionniste, on peut distinguer deux groupes
de chercheurs : d'une part des « naturalistes », anthropologues d'origine
pour la plupart, tels que Homans, Chappie et Arensberg qui pratiquent
l'étude des petits groupes par l'observation sur le terrain ; d'autre part
des « expérimentalistes », tels que Bales, Hare, Borgatta, qui admettent
qu'on puisse faire des expériences conçues comme la mise sur pied d'un
dispositif d'observation armée (l'interaction-recorder ou chronographe
d'interaction).
Baies dans un article d'une clarté remarquable a défini les différences
d'orientation entre les interactionnistes et les chercheurs en dynamique
des groupes :
« Une fausse conception assez courante est, je pense, de supposer que
tout progrès scientifique se fait dans les termes d'une stratégie deductive
à sens unique. Selon cette vue on part des assumptions théoriques
les plus générales pour tirer des hypothèses par un biais déductif quel
conque. Ces hypothèses cependant sont encore de forme théorique.
Le travail suivant consiste à trouver une définition opérationnelle pour
chacune des variables des hypothèses (une définition
qui, espère-t-on, sera satisfaisante mais qui n'a pas besoin d'avoir été
utilisée auparavant). L'étape suivante est de construire une expérience
et d'obtenir des observations dans les termes des opérations. Maintenant
remarquez la situation logique : si les résultats sont positifs on a tendance
à supposer à la fois que les définitions opérationnelles sont satisfaisantes
et que les hypothèses sont vérifiées. Par contre si les résultats sont négat
ifs on ne saura pas si les furent pauvrement
choisies ou si les hypothèses sont sans fondement. On aura tendance à
blâmer la définition opérationnelle et à garder les hypothèses. Le schéma
théorique est protégé de façon trop excessive dans cette stratégie. Il
y a trop peu de chance que les données puissent corriger et améliorer
les hypothèses originales.
« Cette conception de la fabrication stratégique de la science, si on
la prend trop au sérieux, peut conduire au défaut qui consiste à choisir
des définitions opérationnelles ad hoc pour la plus grande commodité du
chercheur.
« Le remède logique à ce dilemme logique est de développer et d'uti
liser des méthodes standardisées d'observation, de tester, et de fournir
des données. On pourrait appeler cet élément de stratégie la phase induct
ive de l'opération de recherche... Il est possible d'exagérer l'importance
de cette phase de recherche ou de la confondre à tort avec l'ensemble de
la stratégie de recherche. L'erreur fréquente en ce sens est, je pense,
de supposer qu'une théorie généralisée est un problème qui peut être
indéfiniment différé ou bien qu'on peut arrêter la théorie quelque part
dans le « middle-range » où l'on ignorera délibérément ses implications
pour les autres parties du corps de la théorie. REVUES CRTTlQJ.'fcS 432
« Dans cette stratégie les méthodes de collecte et d'interprétation
des données sont excessivement protégées de la critique puisqu'on ne se
demande jamais si les données sont pertinentes par rapport à la structure
de la théorie. »
Dans cet article Baies définit clairement sa position vis-à-vis des
tenants de la dynamique de groupe.
Pour lui, dans l'étude des petits groupes, il s'agit moins de vérifier
des hypothèses déduites d'un cadre théorique, que d'accumuler des don
nées, des observations standardisées. Il ne parle pas dans une expérience
de « manipuler des variables » mais « d'introduire des changements
expérimentaux ».
Plutôt qu'un plan expérimental avec deux mesures « avant » et « après »
l'introduction de la variable indépendante, d'une ou deux
variables dépendantes, Baies préfère un dispositif qui lui permette la
mesure continuelle d'un système de plusieurs variables dans un processus
de groupe relativement libre. Cette mesure continuelle est assurée par
1' « interaction-recorder » et les douze catégories qui servent à noter la
tâche du groupe et les réactions socio-émotionnelles, en distinguant ce
qui est positif ou négatif dans chacun de ces domaines.
Comment cette attitude se situe-t-elle par rapport à l'orientation
des chercheurs de la dynamique de groupe ?
Le point essentiel, Baies l'a fort bien noté, c'est le rôle attribué à
l'hypothèse et à la définition opérationnelle des variables qui figurent
dans l'hypothèse. Pour les tenants de la dynamique de groupe la seule
définition importante des variables est une définition conceptuelle à
laquelle les définitions opérationnelles sont subordonnées ; la définition
opérationnelle d'une variable n'est qu'une recette de manipulation.
Prenons un exemple. Si l'on définit la variable de groupe « cohésion »
comme la résultante de toutes les forces qui poussent les individus à rester
dans le groupe, on pourra manipuler cette variable de plusieurs façons :
en faisant varier l'attirance du groupe en tant que groupe (son prestige
par exemple) ou en faisant varier l'attirance exercée par les membres
(tous les membres sympathisent les uns avec les autres, ont les mêmes
idées, se sont choisis mutuellement, etc.), ou encore en faisant varier
l'attrait exercé par la tâche proposée au groupe ou bien encore dans cer
tains cas en limitant les possibilités d'abandon du groupe.
La définition opérationnelle de la cohésion pourra donc varier d'une
expérience à l'autre sans que sa définition conceptuelle et la validité
des hypothèses utilisant la cohésion, en soient pour autant modifiées.
La question de savoir s'il n'y aurait pas intérêt à analyser plus profon
dément la variable cohésion et à déterminer ses dimensions principales,
ne se pose absolument pas à ce niveau.
Dans ces conditions on comprendra facilement que lorsqu'on déduit
des hypothèses d'un corps de théorie reposant sur des analyses reflexives
et des vérifications expérimentales on mettra plus facilement en doute
la façon dont on a manipulé les variables en laboratoire que la définition FAUCH KUX. I, A DYNAMIQUE UK fMtOUI'K '|33 C.
conceptuelle de ces variables. Le seul problème est alors de savoir
si l'on manipule bien la variable qu'on a voulu manipuler; le choix
de la technique de manipulation est subordonné « à la plus grande
commodité du chercheur ». En effet, comme le remarque Festinger :
« II est rarement sans risques de supposer à l'avance que les opérations
utilisées pour manipuler les variables réussiront et seront liées dire
ctement avec le concept que l'expérimentateur a dans la tête. C'est une
précaution rentable que de vérifier la réussite de la manipulation expé
rimentale. »
La conception qu'a Baies du plan expérimental à côté de celle de
Festinger par exemple, fait un peu figure de pêche en eau trouble.
En effet Baies conçoit les expériences comme l'enregistrement immuab
le des phénomènes codifiés en ses douze catégories dans des conditions
qui varient seulement avec l'introduction du « changement expéri
mental » dont on ne fait qu'observer les répercussions au niveau des
douze catégories. Il est impossible dans ce cas de dépasser le des
corrélations et de prétendre déterminer des liaisons fonctionnelles.
Les sociométristes
Ceux-ci ne prêchent ni la description systématique ni l'expériment
ation pure. Ils font l'investigation d'un domaine où les confine l'emploi
quasi exclusif des tests sociométriques et la majeure partie de leurs
recherches peut être classée dans les « études de terrain » puisque le plus
souvent ils administrent les tests sociométriques à des groupes « naturels »
tels que groupes scolaires, communautés rurales ou urbaines, équipes
d'entreprises industrielles, administrations, etc.
La tendance psychanalytique
Issue de la thérapeutique de groupe, elle dépasse néanmoins la
pratique en essayant d'expliquer le comportement général des groupes.
Disposant d'une théorie dynamique elle se trouve sur un terrain épis-
témologiquement plus proche de la dynamique des groupes que les
autres tendances. Sans doute est-ce la raison de la publication de la
revue Human Relations conjointement par le Research Center of Group
Dynamics et le Tavistock Institute de Londres où plusieurs chercheurs
d'orientation psychanalytique étudient les groupes. Également signi
ficatif est le témoignage de Cartwright : « D'une importance particulière
pour une théorie générale de la dynamique des groupes est la théorie
freudienne selon laquelle la cohésion du groupe surgit à travers les
identifications communes des membres entre eux. »
Une étude comme celle de Swanson (100) confirme l'intérêt des
théories freudiennes pour les expérimentalistes de la dynamique des
groupes. Un autre aspect de cet intérêt se trouve chez les moniteurs
des groupes de formation (T groups), dans les séminaires du « National
Training Laboratory in Group Development », à Bethel. Ces
dont un certain nombre sont des chercheurs liés de près ou de loin

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