La Figure humaine dans les Monuments de l'ancienne Egypte - article ; n°1 ; vol.8, pg 7-43

De
Bulletins et Mémoires de la Société d'anthropologie de Paris - Année 1907 - Volume 8 - Numéro 1 - Pages 7-43
37 pages
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Publié le : mardi 1 janvier 1907
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Docteur Ernest-Théodore Hamy
La Figure humaine dans les Monuments de l'ancienne Egypte
In: Bulletins et Mémoires de la Société d'anthropologie de Paris, V° Série, tome 8, 1907. pp. 7-43.
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Hamy Ernest-Théodore. La Figure humaine dans les Monuments de l'ancienne Egypte. In: Bulletins et Mémoires de la Société
d'anthropologie de Paris, V° Série, tome 8, 1907. pp. 7-43.
doi : 10.3406/bmsap.1907.6974
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bmsap_0037-8984_1907_num_8_1_6974HAMY. LA FIGURE HUMAINE DANS L ANCIENNE EGYPTE 7 B.-T.
Nous avons à nous défendre, comme tous les organismes sociaux et contre
les défiances, et contre les dénigrements, et contre les concurrences malavisées.
Si nos goûts tranquilles, notre amour des investigations patientes, les besoins
de nos recherches nous éloignent des luttes extérieures, ne désertons pas1 du
moins le devoir de soutenir dans nos œuvres vives, les intérêts de la haute cul-"
ture intellectuelle.
Mes chers collègues,:
Je vous remercie, de l'honneur que vous m'avez fait. Je fais appel à votre
haute bienveillance pour présider vos débats. Permettez-nous de compter comme
par le passé, sur votre assiduité à nos séances, et sur votre laborieuse activité.
LA FIGURE HUMAINE DANS LES MONUMENTS DE L'ANCIENNE, EGYPTE
Conférence faite à la Société d'Anthropologie, le 3 janvier 1907.
Par le D' E.-T. Hamy.
Président sortant.
J'ai déjà, à diverses reprises, soit dans les Bulletins de la Société
d'Anthropologie, soit dans ma Revue d'Ethnographie ', étudié Certains
monuments de l'Ancienne Egypte, au point de vue de la figuration
humaine en général et de la représentation des types ethniques en parti
culier. J'avais à ma disposition, pour servir de base a ces premiers essais
iconographiques, un certain nombre de documents encore mal connus,
des calques peints de Prisse d'Avesnes, par exemple, les études en couleur
inédites desalbum3 deChampollion; enfin plusieurs croquis pris autrefois
sur place, qui s'ajoutaient aux documents édités dans les grands ouvrages
des expéditions françaises, italiennes et allemandes, ou les livres de
Wilkinson, Nott et Gliddon, Hoskins, etc.
Les découvertes se sont multipliées depuis lors en Egypte' d'une
manière inespérée, augmentant considérablement le nombre dés monu
ments pour Jes époques déjà connues, en même temps qu'elles nous-
faisaient pénétrer dans un passé de plus en plus reculé, jusqu'aux origines
de l'art.
Et j'ai trouvé un intérêt .particulier à revenir, a l'aide de toutes ces
nouveautés, sur mes études antérieures en les améliorant et'en lés comp
létant.' C'est cette révision, d'un caractère à la fois artistique et anthro
pologique, que j'ai l'honneur de présenter, eûmes collègues comme un
modeste témoignage .de reconnaissance pour 1'inoubliab.le , honneur
1 E.-T. Hamy. Étude -sur les peintures ethnique? d'un tombeau thebain de la*
XVIIIe dynastie (Rev. d'Ethnogr.,\. Ilf.p. 273-294 et fig. I24-127;. — Aperçu sur les
races humaines de la basse vallée du Nil {Bull. Soc. d'Anthrop. de Paris. 3° série,
T. IX, p. 718-713, fig. t-3, 1886;.— Cf. Ibid , 2' sôr., t. IX, p. 53i, 1874; t. X,
p. 214, 1873. 3 janvier 1907 8
qu'ils ont bien voulu me faire en m'appelant à leur tête une seconde fois
au cours de l'année qui finit.
J'aborderai d'abord dans cette notice les monuments iconographiques
nouvellement publiés antérieurs aux dynasties de Manéthon, pour passer
ensuite en revue d'une manière plus rapide ceux qui appartiennent à
l'Ancien, au Moyen et enfin au Nouvel Empire. .
Tandis que dans nos. contrées occidentales les hommes grossiers, qui
succédaient aux arlistes des cavernes, ne connaissaient d'autres repré
sentations de la figure humaine que les images les plus enfantines, des
hommes d'une culture à peu près équivalente, inauguraient en Egypte
un art modeste, rustique et populaire, qui caractérise la plus ancienne
civilisation connue du Monde Oriental.
C'est ce que l'on pourrait appeler la civilisation proto-égyptienne, anté
rieure aux périodes de Manéthon et dont de nombreuses nécropoles,
récemment découvertes sur le cours du Nil, permettent déjà de recons
tituer l'ethnographie d'une manière satisfaisante.
Très habile tailleur de silex, céramiste expérimenté, sachant travailler
l'ivoire, l'os et la corne, le schiste, l'albâtre et même certaines roches
dures, le proto-égyptien ne s'est pourtant risqué qu'avec timidité à dessiner
ou à sculpter de petites ébauches d'hommes et d'animaux, dont les albums
de MM. W.-M. Flinders Pétrie, Quibell,J. de Morgan, etc., représentent les
moins informes *. La figure humaine se montre dans ces œuvres archaïques
avec des aspects tout à fait primitifs (Fig. 1) : vue de face et presque sans
relief, elle ne se compose le plus souvent que d'un petit mascaron aplati;
arrondi du haut et anguleux du bas, de façon a justifier parfois l'hypothèse
d'une longue barbe taillée en pointe J. Les oreilles, grandes et clabaudes
font saillie des deux côtés de la tète ; deux gros yeux ronds cerclés, ou
simplement troués, avec ou sans arcs sourciliers, sont les seuls traits
reconnaissables sur une moitié des figures connues. Il s'y joint parfois
une ligne transversale qui correspond à la bouche»et plus exceptionnelle
ment un soupçon de nez. Plusieurs de ces figurés ont des colliers, des
ceintures, un voile même cachant le bas du visage 3.
Une terre cuite, plus grande (Fig. 1), représente une femme nue, les
1 W.-M. Flinders Pétrie and J -E. Quibell. Nagada and Ballas, London, 1896,
in-4*, pass. ; — J. de Morgan, Ethnographie des populations indigènes de l'Egypte,
ap. Recherches sur les origines de l'Egypte. Ethnographie préhistorique et tombe
royale de Negadah. Paris, 1897, in-8', p. 52.
8 Observons toutefois que cette forme anguleuse du menton n'indique pas néces
sairement la présence d'une barbe, parce qu'elle se rencontre chez deux femmes.
3 C'est à peine un peu moins informe que les premières œuvres de nos troglo
dytes. I
E.-T. HAMY. — LA. FIGURE HUMAINE DANS L* ANCIENNE EGYPTE. 9
bras en l'air, — une sorte d'adorante — dont le tronc et les membres sont
chargés de peintures ou de tatouages parmi lesquels on distinque des
Fig. i. — Ivoires et terres cuites.
(Toukh).
décors géométriques, bandes, chevrons, etc., et de très petites silhouettes
d'animaux marchant le plus souvent de gauche à droite *.
Ces décors sont de la même famille que la plupart de ceux qui ornent
les vases de pierre ou de terre réputés aussi' proto égyptiens et découverts
à Toukh, à Negadah, etc. Sur la panse de ces vases circulent de-ci de-là
des bonshommes tracés en noir ou en blanc (Fig. 2). De ces petits sujets
les uns ressemblent plutôt à ceux que dessinent encore aujourd'hui des
Bosjosmans dans leurs grottes 2 ; les autres ont déjà les allures des bas-
reliefs de l'Egypte classique 3.
J'insiste dès à présent sur la direction générale donnée de préférence
a ces petites scènes par les vieux peintres de vases 4, comme d'ailleurs
1 Je donne toujours ces indications de direction par rapport au spectateur. —
Naturellement les figures des empreintes sur argile dont M. -de Morgan donne
un certain nombre de reproductions (p. 168 et suiv.) sont tournées en sens inverse,
mais c'est parce que les sceaux qui les ont produites ont été gravés de gauche à droite
(p. 16.H).
s J. de Morgan. — Recherches sur les origines de l'Egypte; L'âge de la1 pierre et
les métaux. Paris, 1896, in -8% pi. Il, fig. 5.
3 Id., ibid, pi. X, fig. 26, pass.
♦ t!f. Flinders Pétrie. — PI. XXXIV-XXXVI.112, pi. I, etc. 3 JANVIER- 1907 10
par les premiers dessinateurs d'hiéroglyphes -1. Hommes et animaux
marchent le plus souvent de façon à regarder vers la droite du specta
teur * {Fig. 2-3-4).
Fig. 3. — Ivoire. Fig. 2. — Terre cuite. Fig. 4. — Iroire.
(Tombe de Den Setui). (Negadah). (Tombe de Den Setui)..
II
Avec les monuments des premières dynasties dé Manéthon, nous allons
rencontrer tout de suite des figures beaucoup plus parfaites et sur les
quelles il sera facile de démêler les caractères, en partie conventionnels,
d'un art à la fois très naïf et très élevé.
La première forme que l'enfant donne à la figure humaine, la vue de face,
disparaît dès lors presque complètement s. C'est le profil que dessinent ex
clusivement les artistes de l'Ancien Empire sur les parois des monuments
funèbres qu'ils décorent. Un œil de face est inséré dans cette silhouette,
tel que celui que dessinent les enfants à la seconde phase de leur évolution
artistique. L'oreille apparaît moins incorrecte, mais souvent attachée trop
haut et trop en arrière. Le crâne commence à prendre des proportions
acceptables.
Mais cette tête, tournée de côté, est plantée sur un buste vu de face,
1 La figure humaine des premiers hiéroglyphes est comme celle des statuettes de
Negadab, un disque à oreilles clabaudes et à menton bien prononcé, où Ton distin
gue seulement des yeux en forme de points, des sourcils et un nez faits de barrettes
en relief et une fente pour la bouche (Cf. J. de Morgan. Ethnographie préhisto
rique et tombes royales de Negadah, p. 235).
2 Voy.. ci-contre la reproduction des deux vases de Den Setui, cinquième roi de
la première dynastie.
3 On rencontre plus tard des bas- reliefs ou desvpeintures représentant des sujets
vus de face, mais ils sont en fort petit nombre. Dans le groupe de captifs de toutes
races terrassés par le Pharaon, il s'en trouve toujours un ou deux vers le centre
(Rosellini Monum. Storia, PI. LX et LXXIX, etc.), qui sont tournés vers nous. Je
citerai, en oulre, deux des chanteuses de Rosellini (Rosellini, M. C, pi. XCIX) et les
Pétrie' prisonniers Libyens, Shardanes, Pulistbes. etc., des. photographies de M. Flinders
(4/6. cit., n" iO, 125, 163, 167, 181, 189, 203 et 240J. HAMT. — LA FIGURE HUMAINE DANS L ANCIENNE EGLPTE 11 E.-T.
dont les deux épaules/ également apparentes et souvent fort exagérées
dans leur largeur/donnent attache à des bras qui prennent des . attitudes
à demi disloquées et s'allongent parfois d'une manière démesurée.
Un seul sein, jeune et rebondi, est visible, le plus souvent, dans le profil,
le bassin se présente h peu près de trois quarts et la jambe qui est portée,
en avant est toujours celle qui est en second plan, de sorte que si le per
sonnage figuré marche vers la droite du spectateur, c'est sa jambe gauche
qui va la première. C'est la, droite, au contraire, qui est en avant, si le
sujet se dirige à gauche.
Or c'est le plus souvent* de gauche à droite que se. déplacent les longues
théories qui défi'ent en registres superposés dans les irionumcnls les plus
anciens de la vallée du Nil. Et c'est ce qui vient nous expliquer comment,
lorsque par les progrès de Ja technique artistique,1 les bas-reliefs se sont-
transformés en statues, ces dernières se sont trouvées, à une seule exception
près ', POSÉES LA JAMBE GAUCHE EN AVANT.
Pourquoi le dessinateur primitif préférait-il tourner ainsi h droite ,non
seulement les personnages de ses tableaux, mais aussi les sujets de > ses
hiéroglyphes? Il m'a toujours semblé qu'il devait y avoir une corrélation
intime entre cette prédilection • pour les profils à droite et les habitudes
scripturales et que l'artiste, dessinant de préférence une silhouette dirigée
vers la droite, ne faisait en somme qu'imiter le calligraphe dont toutes les
écritures sont orientées de même. Les caractères, tracés de cette façon, se
suivent forcément de la droite vers la gauche, c'est-à-dire dans la direction
même où se succèdent aussi le plus souvent les rangs de personnages
qui s'alignent sur les parois des tombeaux ou des temples des plus anciens
âges.
Je me demande môme s'il n'y aurait pas à chercher l'explication de
cette inversion complète des habitudes, en matière de dessin et d'écriture,
dans quelque particularité de physiologie ethnique, plus ou moins compar
able à celle qu'invoquaient jadis nos collègues Javal et Wecker dans
leurs éludes sur la vision chez les Juifs *.
Les cuisses et les jambes des figures égyptiennes sont habituellement
d'un modèle agréable et juste, malgré ce qu'a de forcé la mise en place
des deux pieds posés l'un devant l'autre. Chez la femme, toutefois, la
courbe qui dessine le bord antérieur de la cuisse prend fréquemment une
convexité exagérée. On rencontre quelque chose d'analogue, il est vrai,
chez les femmes africaines de différentes races ; c|est même un caractère
ethnique, qui plaide en faveur des affinités méridionales de l'Egypte pri-
1 Celle de Set, le malfaisant adversaire d'Osiris, ''
2 Bull. Soc. cfAnthrop. de Paris, t. IV, p. 547. 1869 et 2' sér. t. XII, p. 157. 1877.
— Je pose sans la résumer cette question fort délicate.- Ne peut-on pas toujours se
demander, en effet, si c'est parce que les organes visuels n'ont pas les mêmes formes
que les signes et les figures ont été oiientês différemment, ou si ce n'est pas une
adaptation à la lecture des figures et des signes qui a occasionné la déformation des
organes. 12 3 JANVIER 1907
mitive. La jambe est généralement trop longue, par rapport à là cuisse
exagérant de même un caractère naturel. <
Le pied est aplati, sa longueur est souvent trop grande: il n'est pas rare,
en effet, de rencontrer des sujets figurés, chez lesquels le pied représente
un sixième de la taille.
Les soins des artistes se portent principalement vers la tôle qu'ils ren
dent avec l'exactitude la plus attentive. « C'est que, comme le dit M. Mas-
péro, chacune de ces figures était un corps de pierre, non pas un corps
idéal où l'on ne rechercherait que la beauté des formes ou de l'expression,
mais un corps réel à qui l'on devait se garder d'ajouter ou de retrancher
quoi que ce soit. Si le corps de chair avait éié laid, il fallait que le corps
de pierre fût laid de la même manière; sans quoi le double - c'est-à-dire
l'esprit du mort — ne trouverait pas le support qui lui convenait. »
II est résulté de l'application rigoureuse de celte doctrine par les artistes
de l'Ancien Empire, que les statues des défunts, exécutées pour les hypo
gées de Memphis, constituent un véritable musée de portraits aussi fidèles
que pouvait le permettre le talent des imagiers qui les taillaient dans la
pierre ou le bois et par conséquent d'un prix inestimable pour nos études.
Les plus anciens de ces monuments, qui ont conservé encore un certain
archaïsme, remontent jusqu'à l'aurore de la monarchie égyptienne. On y
trouve déjà très manifestes la plupart des caractères de la race qui va
dominer en Egypte jusqu'à l'heure actuelle et que 6.000 ans d'histoire ne
modifieront pas d'une manière sensible V
III
Je n'ai que peu de chose à changer-à la description que j'ai déjà donnée
ici-même de l'Égyptien de nos jours. Les mensurations de M. Chantre *
nous apprennent, par exemple, que la taille moyenne des indigènes
(Coptes et Fellahins réunis) est au-dessus des chiffres recueillis avant lui •
par les voyageurs, et que j'avais autrefois acceptés. 288 sujets des deux
sexes lui ont donné, en effet, une taille de lm65, un peu inférieure à
celle des Berbères (180 Kabyles lm67 Prengrûber). La grande envergure
dépasse la taille de 5 centimètres (1,70) et le rapport de la première à la
seconde est de 103, légèrement inférieure au même rapport calculé chez les
Berbères (101,5 Prengr.).
Les proportions se distinguent par un certain degré d'allongement du
tronc par rapport aux membres et d'élongation relative des avant-bras et
et des jambes par rapport aux bras et aux cuisses. La poitrine développée
est généralement belle; les épaules sont larges, les bras bien musclés, les
1 Voyez sur cette persistance du type égyptien les précieuses observations de
M. Charles!S. Myers publiées l'année dernière à Londres (Journal of the Anthrop.
Insti of Grat-Brit. and Irel. 1905, vol. XXXV, p. 80 et suiv.).
s E^Chantrk. — Recherches anthropologiques en Egypte, Lyon 1904, in- 4' p. 190. HAMY. — LA FIGURE HUMAINE DANS L* ANCIENNE EGYPTE i3 E.-T.
hanches, au "contraire, sont resserrées, et les jambes, plutôfsèches, ne
portent que fort peu de mollet. Le pied, comme la main, est proportion
nellement un peu long, sa cambrure est peu apparente, mais son talon
rarement projeté en arrière.
Le crâne est à la limite de la sous-dolichocéphalie (75 d'indice ou envi
ron), moins haut que large et parfois un peu surbaissé (je reviendrai plus
loin sur. cette dernière particularité). Le visage est ovale, plus ou moins
allongé, le front, découvert pour obéir aux prescriptions de l'islam* est
assez haut mais un peu fuyant; le nez est généralement fort, droit ou un
peu aquilin, et son indice leptorrhinien *. Le sourcil est long et droit, l'œil
grand, habituellement brun,- fendu en amande (larg. palp. 32mm50, ind.
palp. 30,88 Chantre), un peu enfoncé sous un orbite bien dessiné. Les
pommettes sont modérément saillantes (de bizyg, 131mic Chantre). L'oreille
est petite. et bien ourlée; la bouche, relativement large (51mm Ch.), est
garnie de dents qui s'usent a plat avec rapidité. Des lèvres fortes et char
nues, légèrement retroussées, un menton angulaire complètent ce portrait,
de l'Égyptien. moderne.
J'ajouterai que les cheveux, plus ou moins foncés, ne sont jamais vra
iment laineux et que la barbe clairsemée ne pousse un peu fort qu'autour
du menton où elle forme une barbiche « à laquelle les hommes d'un cer
tain âge attachent d'autant plus de prix qu'ils la considèrent comme un r
signe de puissance à la fois physique et morale ».
L'ensemble des traits, que l'on vient d'analyser en quelques lignes, se
combine en une physionomie généralement très douce, un peu triste,
mais qui peut prendre dans les certains cas une expression remarquable
ment sensuelle s.
Presque tous les traits de cette description du fellah s'appliquent, sans
variations sensibles, au plus grand nombre des Egyptiens anciens dont
les monuments nous ont conservé la fidèle image. Placez, pour vous
rendre compte de ces rapports, la tète, classique, en quelque sorte, de la
momie publiée par Jomard 3 à côté de ce portrait de fellah de la Haute-
Egypte peint par M. Lefebvre pour le Muséum da Paris i. On trouve
1 Je m'étonne que M. Chantre donne des chiffres d'indice nasal s'élevant jusqu'au
delà de 84 et fournissant une moyenne de 78,26, tandis que Prengruber pour ses
Kabyles n'a trouvé que 66,5, chiffre qui répond à mes impressions personnelles. Il y
a là quelque divergence regrettable dans ces procédés de mensuration.
* Cf. Bull. Soc.d'Anthrop.,%' sér., t. IX, p. 720-721, 1886.
3 Je donne en note, à titre de renseignement pour mes lecteurs, l'étrange classif
ication que M. W. M. Flinders Pétrie a récemment recommandée sous ce titre : The
Races of Early Egypt. (Journ. Anthrop. lnstit.of Great Britain and Ireland, vol.
XXXI, p. 248-255, 1901). 4. The aquiline type; 2. The plaited-baird type; 3. Thepoin-
ted nose type; \. The tildet nose type; S.'The forward~beard type ; 6. The straight
bridged 7. Mixed race of the Fourth Dyn. Nous y reviendrons dans le cours
de nos descriptions et de nos comparaisons.
4 Pulsky en a donné de bonnes lithographies d'après des épreuves photographiques
dans le volume Indigenous Races of the Earth de Nott et Gliddon. (Philadelphia,
-1857 in-8*. pi. III). . 3 janvier 4907 14
des reproductions de ces deux figures dans les Bulletins •• de la Société
pour. 188(5. ; Vous ne. pouvez constater aucune différence de quelque im
portance entre ces deux individus qui; représentent à plusieurs milliers
d'années d'intervalle un même groupe ethnique particulièrement homogène.
Les statues funéraires de l'Ancien Empire qui sont, on l'a déjà dit, des
portraits sincères, rentrent toutes, pour la plupart, assez exactement, dans
ce type général, avec des variétés individuelles, sexuelles, sociales, qui en >
modifient nécessairement certains aspects. ,
IV
J'étudierai tout d'abord ce type très habituel, très courant, si l'on peut
parler ainsi, représenté sous ses aspects les plus anciens par les célèbres sta
tues de Sépa, prophète et prêtre du taureau, blanc et de.Nésa, la royale
parente, que possède le Musée du «Louvre (A. 36-38). Ces statues, hautes
de 1 m. 59 à 1 m, 65, taillées en calcaire de Tourah,' ont été* découvertes-
en 1854 dans un tombeau de Gizeh. Trapus et lourds, les bras collés au
corps, les jambes massives engagées encore dans la roche, les trois per
sonnages ont quelque chose de timide et de gauche dans l'exécution que •
l'on ne trouve plus chez les artistes contemporains des grandes pyramides
et qui a engagé les égyptologues du Louvre à les présenter comme les
plus anciennes de toutes- les images en haut relief. Leur tète est coiffée
de perruques peintes en noir et fort épaisses qui en dissimulent les con-1
tours *; leurs yeux, en amande, sont peints d'une bande verte qui couvre
la paupière inférieure ; leur face. enfin, sculptée avec beaucoup de soin,»
offre bien caractérisé le type fin de la race : visage ovale, un peu élargi;
nez droit un peu abaissé et arrondi du bout; lèvre supérieure un peu
courte; bouche forte et bien dessinée, menton un peu haut et accentué,
expression générale particulièrement" douce et bonne. Les épaules sont
carrées, la poitrine est large, d'un modelé correct. Les seins de la femme,
petits et ronds, sont chastement enveloppés comme le reste du corps
d'une chemise étroite et collante. Les mains raides se terminent par de
longs doigts égaux.
On a exagéré, à mon sens, la justesse du travail des jambes des statues
de Sépa et de Nésa. Si la rotule est bien indiquée, le tibia n'est représenté
en effet que par une crête assez rude aboutissant à une vague malléole :
la. cheville demeure épaisse et le pied est court, aplati; disgracieux.
Ce ne sont donc pas des chefs-d'œuvre ces vieilles statues de calcaire,
mais elles prennent à nos yeux une valeur exceptionnelle * et qui- justifie
les détails dans lesquels je viens d'entrer, puisque, leur étude démontre
(V<.' 1 de Oq Rougé. a signalé Notice plusieurs des monuments- fois ce décor exposés dans les 'dans plus la anciens galerie' lombeaux' d'Antiquités de égyptGizeh
iennes... au Musée du Louvre). Paris, 1873, in-8». ■
'
HAMY. — LA FIGURE HUMAINE DANS L* ANCIENNE EGYPTE 15 E.-T.
que dès les débuts de la monarchie, le type de l'aristocratie memphitique .
ne différait par aucun détail important de celui du plus grand nombre
des Egyptiens d'aujourd'hui '.
Les progrès de la statuaire ont été rapides et les œuvres de la troisième *
dynastie, bien supérieures à celles que nous venons d'analyser, sont déjà
tout à fait remarquables. Les deux variétés distinguées par Prûner Bey,
sous le nom de type grossier et de type fin s'y accentuent, Tune et l'autre,
par des spécimens de premier ordre.
Le chef-d'œuvre de cette Ecole est le groupe découvert en 1871 par
Daninos-Pacha à proximité de la pyramide de Meïdoum et qui est une des
gloires du Musée du Caire 2,
Ces statues représentent, l'une Ra-Hotep, général d'infanterie du roi
Snefrou, et l'autre Nefer't, la belle, a Le modelé des corps est sans finesse,
écrit M. G. Perrot, mais il est juste et libre... Ce sont d'ailleurs surtout
les têtes qu'a soignées le sculpteur; le pinceau l'a aidé à leur donner un
accent et une vie qui font qu'on ne les oublie pas facilement ».
Cette impression, qui se traduisait chez l'ouvrier qui a découvert le ■
tombeau par une véritable terreur, est due surtout à la structure toute
particulière des yeux dont la sclérotique est/ai te d'un morceau de quartz -
blanc légèrement veiné de rose et dont la pupille se compose d'un disque4
de cristal de roche, à travers lequel brille un clou de bronze qui figure*
l'iris.
Ces procédés décoratifs, qui se répètent un certain nombre de fois pen
dant cette phase de l'histoire de l'art égyptien, sont purement africains
et les comparaisons auxquelles ils prêtent mettent particulièrement en
évidence la part qui revient dans> cette civilisation aux influences méri
dionales.
Que l'on examine, en effet, les collections fort nombreuses de figurines
africaines rassemblées au Musée d'Ethnographie du Trocadéro, on en
comptera plus de soixante, appartenant en grande majorité aux régions
occidentales et qui portent des yeux fabriqués par des procédés plus ou
moins analogues.
L'œil qui ressemble le plus à ceux des anciennes statues d'Egypte est
fait d'un morceau de faïence, dans lequel on a découpé la place de la
pupille remplie ensuite d'une matière noire* un morceau de verre recouvre
le tout.
Le fragment de faïence peut être remplacé par une plaque de coquille
polie, peinte au centre, ou encore, bien plus souvent, par une petite
1 On cite un petit nombre d'œuvres d'art qui remontent à cette même période de
l'histoire d'Egypte, comme la statue de Amten du musée de Berlin (LepsiusjDenArm.)
qui a fait l'objet d'une étude récente de M. Glédat dans la Revue Archéologique.
1 Lettre de M. Daninos-Bey à M. Maspéro, au sujet de. la découverte des statues de
Meïdoum. (Rev. des travaux relatifs à la philologie et à l'archéologie égyptiennes...
Paris, 1886, 4* vol. VIII, p. 69-73)..

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