La Grotte de Jammes à Martiel (Aveyron). Etude anthropologique et anatomo-pathologique des ossements trouvés - article ; n°1 ; vol.9, pg 746-784

De
Bulletins et Mémoires de la Société d'anthropologie de Paris - Année 1908 - Volume 9 - Numéro 1 - Pages 746-784
39 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mercredi 1 janvier 1908
Lecture(s) : 19
Nombre de pages : 40
Voir plus Voir moins

Marcel Baudouin
La Grotte de Jammes à Martiel (Aveyron). Etude
anthropologique et anatomo-pathologique des ossements
trouvés
In: Bulletins et Mémoires de la Société d'anthropologie de Paris, V° Série, tome 9, 1908. pp. 746-784.
Citer ce document / Cite this document :
Baudouin Marcel. La Grotte de Jammes à Martiel (Aveyron). Etude anthropologique et anatomo-pathologique des ossements
trouvés. In: Bulletins et Mémoires de la Société d'anthropologie de Paris, V° Série, tome 9, 1908. pp. 746-784.
doi : 10.3406/bmsap.1908.7098
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bmsap_0037-8984_1908_num_9_1_7098746 3 DÉCEMBRE 1908
LA GROTTE DE JAMMES A MARTIEL (AVEYRON)
ÉTUDE ANTHROPOLOGIQUE ET ANATOMO-PATHOLOGIQUE
DES OSSEMENTS TROUVÉS.
Rapport de Mission à la Société d'Anthropologie de Paris.
Par le Dr Marcel Baudouin,
Ancien interne en Chirurgie des hôpitaux de Paris,
Ancien chef de Laboi'atoire de Médecine opératoire à la Faculté de Médecine
de Paris, Rédacteur en chef des Archives provinciales de Chirurgie,
Secrétaire des Congrès de l'Association française de Chirurgie, etc., etc.
Le 4 novembre 1908, M. le Président de la Société d'Anthropologie de Paris
recevait de M. le Ministre de l'Intérieur les deux lettres suivantes et les com
muniquait, à la séance de ce jour, aux membres de cette Société,
1° Lettre de M. le Ministre de l'Intérieur
à M. le Président de la Société d'Anthropologie de Paris.
« Paris, le 4 novembre 1908.
a Monsieur le Président de la Société d'Anthropologie,
« Conformément aux instructions contenues dans ma Circulaire aux pré
fets du 6 juin dernier, les invitant à recommander aux maires de leurs
départements de prendre toutes les mesures possibles pour protéger les trou
vailles anatomiques ou archéologiques qui pourraient être mises à découvert
à l'occasion des travaux qui s'exécutent dans leurs communes, M. le Préfet
4e l'Aveyron vient de me faire parvenir une lettre, par laquelle le Maire de
Martiel signale la mise à jour, à la suite de l'enlèvement de blocs de rochers,
-dans sa commune, de grottes ou cavités, dans lesquelles ont été découverts
quatre Squelettes humains. Ce maire ajoute que la disposition des lieux
permet de supposer que des cavités semblables existent à côté, ou au-dessous
des précédentes. -
a Des renseignements recueillis par le Préfet, il résulte que les faits
énoncés par ce magistrat municipal seraient exacts, et qu'il y aurait lieu de
supposer que l'on se trouve en présencede Sépultures, très anciennes, proba
blement de la période celtique.
« J'ai l'honneur de vous transmettre la lettre dont il s'agit, en vous lais
sant le soin d'examiner s'il y a intérêt, pour la Société d'Anthropologie de
Paris, à obtenir l'envoi des ossements recueillis par la mairie, et à envoyer
à Martiel un délégué pour continuer les fouilles.
« Agréez, Monsieur le Président, l'assurance de ma considération très
distinguée.
« Pour le Président du Conseil, Ministre de l'Intérieur ;
« Le Directeur de V Administration générale,
« Beau vais. » MARCEL BAUDOUIN. LA GROTTE DE JAMMES A MARTIEL (AVEYRON) 747
(
2° Lettre adressée par M. le Maire de Mai tiel à M. le Préfet de l'Aveyron.
« Martiel, le 12 septembre 1908.
« Le Maire de Martiel à Monsieur le Préfet de l'Aveyron,
« Monsieur le Préfet,
« Je lis, dans le n° 7 du Recueil des Actes administratifs que je viens de
recevoir, votre circulaire en date du 13 juin 1908, intitulée « Fouilles ».
« Je me permets d'appeler votre attention sur une découverte qui a été
faite dans la commune de Martiel, et qui me paraît répondre au désir
exprimé par la Société d'Anthropologie de Pans.
« Voici, brièvement résumé, ce qui s'est passé :
« Au mois de mars dernier, le sieur Bouyssou, du village de Lamothe,
était occupé à niveler un chemin qui conduit à un bois lui appartenant, sur
les confins des bois de Margues. Il avait fait sauter, au moyen du pic, un gros
bloc de rocher, quand il aperçut un trou de la grosseur du poing. Il introduis
it le manche de son pic dans l'ouverture, et ne rencontra aucune résistance.
Intrigué, il agrandit l'ouverture, avec l'aide d'une personne qui passa là par
hasard; et tous deux pénétrèrent dans l'excavation découverte. Ils se trou
vèrent en présence d'un Squelette humain, très bien conservé, reposant sur un
éboulis de pierres. Malheureusement ces hommes, complètement illettrés,
ne pensèrent pas à prévenir une personne un peu compétente; et ces osse
ments lurent en grande partie écrasés par les curieux, qui affluèrent.
a On ne tarda pas à découvrir une seconde grotte, communiquant avec la
première par une petite ouverture, au ras du sol. On y trouva trois autres
Squelettes, incomplets. Une bonne partie de ces derniers ossements, notam
ment un crâne presque entier portant des traces de pétrification, turent
recueillis; et ils ont été conservés à la Mairie. Il serait sans doute intéressant
de les examiner pour un anthropologiste.
« En outre, si des fouilles étaient faites sur les lieux, elles amèneraient, je
crois, d'autres découvertes La disposition des lieux me fait supposer qu'il y
a, à côté ou au-dessous, d'autres cavités; on en aperçoit même une autre a
côté; mais elle est à peu près comblée par des éboulis de terre. On n'a trouvé
aucune issue faisant communiquer ce souterrain avec le dehors; elle existe
certainement, car l'issue actuelle a été faite dans le rocher de la voûte.
« L'instituteur de Martiel voulait entreprendre des fouilles dans le but de
la découvrir; mais les ressources qu'il avait à sa disposition ne lui ont pas
permis de donner suite à son projet, car le sieur Bouyssou a réclamé une
indemnité préalable de 300 francs; rien d'ailleurs ne justifie cette préten
tion, à mon avis.
« J'ai pensé, Monsieur le Préfet, qu'il était de mon devoir de vous infor
mer de ces faits et de vous prier d'en aviser, si vous le jugez utile, M. le Pré
sident de la Société d'Anthropologie de Paris.
« Le Maire de Martiel, Raygasse. »
La Société d'Anthropologie de Paris, consultée par son Président, décida
soc. d'anthrop. 1908 51 3 BÉCEMBftE î 748
d'errrwjrer iHïeUflîSSTOn spéciale sur tes lîeax, pour étudier la disposition de
la Grotte et recueillir tous les ossements conservés.
On me ïa confia; et, le 231 novembre 1908, je me rendis à Martiel1, après
avoir préveat» les autorités départementales de ma visite et pris toutes les
précautions d usage. — En l'absence de M. le Maire,, je me fis accompa
gner à la Grotte par M. l'Instituteur, M. P. Enjalbertr qui me seconda avec le
plus entier dévouement, et le garde-champêtre, après avoir fait mettre en
caisse tous les os qu'on avait pu recueillir et que M. le Secrétaire de la
Mairie avait précieusement conservés.
Dans ce Rapport, je relaterai tout d'abord les constatations faites au
niveau de la Grotte, que nous n'avions pas mission de fouiller, mais seule
ment de protéger; puis j'étudierai avec soin tous les ossements que j'ai
rapportés de Martiel.
J'ajoute qu'aujourd'hui, grâce aux soins de la Société d'Anthropologie de
Paris, l'ouverture artificielle, par laquelle on avait pénétré dans la Grotte,
est obturée complètement*, et que personne n'y peut plus entrer. Les
conditions sont donc excellentes, sf l'on veut plus tard y exécuter des
fouilles méthodiques.
§ Y — La Grotte de Jammes, à Martiel.
L Topographie. — • 1° Voie d'accès. — 1° Pour nous rendre du bourg de
Martiel à la grotte, nous prîmes la route qui se dirige vers le nord, et va
à la. Chapelle Balagnier. A plusieurs centaines de mètres (environ 1,000 m.),
nous, nous engageâmes sur le chemin qui conduit, vers l'est, à Jammes,
village voisin, en passant par Massar.
Continuant vers le nord dans la même voie, nous arrivâmes à l'embranche
ment des chemins qui mènent au Trep et à Gmouillac et Marin A quelques
centaines de mètres, après le coude, on rencontra à gauche un chemin en cons
truction, se dirigeant vers le sud Nous le suivîmes à travers un champ et
arrivâmes, à quelques mètres de là, sur l'ouverture même de la giotte (Fit/. /).
C'est en rectifiant le tracé de cette voie, au niveau d'une sorte de rocher,
un peu incliné vers le sud, que le propriétaire du terrain, enlevant avec le pic
des lames de calcaire constituant le sous-sol, aperçut tout à coup un trou
béant, l'agrandit, et vit qu'il correspondait à une Chambre souterraine, assez
vaste II avait détaché, ce taisant, la partie supérieure de la voûte, presque
au contact de la paroi latérale Est de la dite grotte.
2° De cour et te. — L'histoire de la découverte est consignée, d'ailleurs, dans
la lettre, publiée plus haut, du Maire de Martiel à M. le Préfet de l'Avejron.
Dès qu'un orifice assez grand fut fait à la voûte, le propriétaire, cm icux,
descendit dans l'excavation par l'orifice qui avait à pciue alors 0,50 centi
1 Bourgade située à 10 kilomètres à l'ouest de Villefranche en Rouergue, sur la
ligne de Paris à Toulouse, par Gapdenac
2 II a suffi de faire cimenter p^ir dessus l'orifice artificiel d'entrée le gros bloc cal
caire enlevé lors die la découverte, et de faire déposer un peu de tente sur le chemin,
à ce niveau. BAUDOUIN. LA GROTTE DE JAMMES A MARTIEL (aVEYROn) 749 MARCEL
mètres de diamètre : cela en compagnie d'un autre homme. Ils rencontrèrent
de suite, à la surface même du sol de la première Chambre où ils se trou
vèrent, un Squelette humain, horizontalement placé sur le sol argileux, parais
sant présenter tous ses os au complet, et situé à 1 mètre à l'ouest du trou
d'entrée. Il était bien conservé.
D'après M. l'instituteur, d'autres personnes, immédiatement prévenues,
vinrent sur les lieux et constatèrent que ce sujet semblait se trouver dispose
sur des blocs calcaires, posés sans ordre et tombés depuis longtemps de la
voûte, et avait la tête tournée du côté du sud ouest, c'est-à-dire de l'entrée natur
elle. Les ossements furent enlevés par le propriétaire. Mais on ne sait plus ce
•qu'ils sont devenus, après avoir été piétines par les visiteurs du début.
Fig 1. — Situation cadastrale de la Grotte de Jammes, à Martiel (Aveyron) —
Légende : Les flèches 1 à 5 indiquent la voie d'accès — B, C, chemins de Trep,
Ginomllac et Marin. — [Echelle . 1/10 000]
Faisant alors l'examen de la chambre où l'on se trouvait, on constata qu'au
sud elle présentait, en bas, un orifice de sortie, naturel et extrêmement petit,
où cependant l'on put s'engager. On tomba alors sur une deuxième Chambre,
dans laquelle on découvrit de suite, dans le coin nord-ouest, plusieurs os,
qu'oncrut devoir rapporter à trois squelettes différents.. Mais, ici, tous les osse
ments étaient incomplets et mélangés sans ordre les uns avec les autres, au
contraire de ce qui paraissait exister dans la première chambre. Ces os étaient
enfonce* en partie dans la terre ; seul un crâne en sortait, au moins par moitié.
On examina bien cette seconde portion de la grotte et constata que l'orifice
par où on pouvait autrefois en sortir était aussi obstrué par de l'argile, de
façon complète. On ne put donc pas aller plus loin ; mais on vit qu'il corres
pondait à une troisième petite Chambre, complètement remplie de terre.
A ce moment, on rechercha tout ce qu'il pouvait y avoir sur le sol : poteries,
silex; armes; etc. D'après M. l'Instituteur, on ne trouva absolument rien l
Partout que des pierres calcaires, blocs tombés du haut ou des parois; de la 750 3 DÉCEMBRE \ 908
terre glaise; et même pas d'eau croupissante. En somme, rien ou à peu près^
Les os, recueillis dans cette deuxième chambre, purent être conservés,
mais en partie seulement, chacun voulant en avoir des débris. C'est alors-
que M. le Maire fit déposer ce qui restait à la Mairie de Martiel, où nous les
avons retrouvés.
3° Situation. — La Grotte se trouve dans la commune de Martiel, à 1,500
mètres au nord du clocher, et à 400 mètres au nord du village de Jammes, dont
l'altitude est de 386 mètres. Elle correspond à un petit Monticule, indiqué
sur la carte d'Etat-major, qui doit atteindre 400 mètres d'altitude et au
champ n° 1332 de la section A du cadastre, qui s'appelle le Claux de
Jammest Son centre est à environ 12 mètres de la limite sud de ce champ,
c'est-à-dire d'une autre pièce de terre, correspondant au n° 1333 et appelé
du nom caractéristique de Le Cloup, de même que son voisin ne 1334; elle
est, d'autre part, à 15 mètres environ de l'angle est n° 1335, appelé La
Vignaàse (Fig. i).
Elle se trouve presque sur le commencement de la déclivité du terrain des
cendant vers le Cloup, ou plutôt au milieu d'elle On donne d'ailleurs le nom
de Cloup en Aveyron à une profonde et limitée dépression du sol, formant
une sorte d' entonnoir au milieu des champs.
Ce « Cloup de Jammes » est si important, qu'il est indiqué par un cercle de
dépression sur la carte d'Etat-major au 1/80,000, très visible au-dessus de la
seconde M du mot Jamme (sans s) sur la carte.
4° Géologie. — Rendu sur les lieux, nous avons examiné d'abord la nature
de la roche du sous-sol qui est à nu et dépourvu de terre au niveau de l'entrée
de la grotte. Nous avons constaté qu'il s'agissait du Calcaire oohthique infé
rieur, marqué J2 et indiqué sur la Carte géologique, qui se trouve à la mairie de
Martiel. On est donc dans le Jurassique.
5° Exploration. — Après avoir un peu lait agrandir Y orifice d' entrée n'ayant
guère plus de 0 m. 50 de diamètre (ce qui est peu pour un homme un peu
fort), grâce à la précaution que nous avions prise d'emmener avec nous le
garde champêtre, muni d'une masse de 1er, nous sommes descendu dans la
grotte, avec M. l'instituteur, sans trop de difficulté1.
Nous avons pu examiner à tond la première chambre, mais il nous a été
impossible <Lb pénétrer dans la seconde, en raison de la petitesse de l'orifice
de communication placé très bas, et a foition dans la troisième. Cela ne sera
faisable que lors de fouilles méthodiques, au cours desquelles il faudra enle
ver toute la terre, et peut-être faire sauter le rocher, pour élargir les couloirs
de communication.
Dans la description qui suit, tout ce que nous dirons pour la première
chambre a donc été vu par nous-même; mais ce qui a trait aux deux autres
n'est que le résumé des renseignements fournis, après coup, par M. l'Inst
ituteur, lors de notre voyage à Martiel.
IL Description de la Grotte. — Nous décrirons successivement les trois
1 Le plus difficile était d'en ressortir ! MARCEL BAUDOUIN. LA GROTTE DE JAMMES A MARTIEL (AVEYRON) 751
chambres [Fig. 2), et terminerons en indiquant la disposition probable du
canal d'accès à la grotte (Fig. S).
1° lre Chambre. — Elle est située la plus au nord, avec grand axe nord-
sud. On y a pénétré par la voûte {Fig. 2, A). Sa hauteur la plus considérable
est, àjson centre, de 1 m. 70; mais la voûte s'abaisse, rapidement vers les
parois, à 1 m. 50 et moins.
L'épaisseur du rocher qui la sépare du sol du chemin ne dépasse pas
Om. 20 : ce qui explique comment on l'a découverte, en faisant sauter au
simple pic un bloc de calcaire! Il en résulte que le chemin qui passe au-
dessus est peu solide, et qu'une charette lourdement chargée pourrait tout
défoncer {Fig. 2, I). Elle est large d'environ 2 mètres. Sa longueur est de
4 m. 50 environ.
Fig. 2. — Plan et Coupe nord-sud méridienne de la Grotte de Jammes, à Marliel
(Aveyron) — Echelle : 4/1000. — Légende I, Coupe méridienne nord sud , —
II, Vue en plan. — 1°, IIe, IIIe, les 3 chambres; — A, Point d'entrée dans la
chambre I ; — DR, Sortie nord ; — N, éboulis ; — S1, 1" squelette ; — E, amas
de glaise; — R', sortie sud ; — S2 i autres squelettes (2, 3, 4); — BB' couloir;
— CC, entrée de la chambre n° II.
L'orifice artificiel d'entrée était placé à peu près au milieu de sa surface,
mais tout à fait près de la paroi Est, et non pas à la voûte même : ce qui
facilitait la sortie1 {Fig 2, II).
On voit qu'elle se continue, du côté du nord, vers le sommet du Monticule
de Jammes, par une ouverture, large de 1 mètre; mais cet orifice est com
plètement obstrué, presque jusqu'à la voûte, par de la terre glaise recouverte
d éboulis calcaires {Fig. 2; I: D, E).
Au centre où se trouvait le squelette, éboulis abondants de blocs tombés
d'en haut (II; S'). A l'extrémité sud, on constate que la grotte ne présente
qu'un orifice, ayant 0 m. 50 de diamètre, et situé absolument au ras du sol. Il
est d'ailleurs encombré de terre et d'éboulis, qu'il faudra enlever désormais
pour passer. Les parois sont très irrégulières, bosselées, et présentent des
saillies en divers sens.
Sur la paroi Est et à 1 m. 50 de l'extrémité sud, on voit, à 1 m. 20 du sol,
un orifice de 0 m. 20 X 0 m. 20, qui correspond à un canal, creusé dans le
1 Elle s'exécutait en grimpant sur la paroi Est. 752 3 DÉCEMBRE 1908
rocher et amenant les eaux du voisinage ; il présente d'ailleurs des stalactites
et des concrétions calcaires assez importantes.
2° 2e Chambre. — Le canal de communication, prenant à la 2e Chambre,
a au moins une longueur de 0 m. 50 cm. et se coude un peu vers l'ouest.
Une fois qu'on l'a franchi, on tombe dans une 2e cavité, que nous n'avons
pas pu étudier, qui a environ 1 m. à 1 m. 20 de haut au maximum, qui est
remplie de terre et d'éboulis, et qui est plus arrondie que lalr0 chambre. C'est
dans le coin nord-ouest qu'on trouva des ossements épars, au niveau d'une
sorte de renfoncement.
3° 3e Chambre. — A son extrémité Sud, il y aurait un orifice de 0 m. 50cm.
aussi de diamètre, conduisant dans une autre Chambre, celle-ci complètement
obstruée par de la terre et des blocs, si bien que jamais personne n'a pu y
pénétrer. Elle n'aurait actuellement qu'une étendue vide de 0 m. 50 de
hauteur. Cependant elle est assez large et longue, puisqu'on y a introduit
une perche de 2m.50de longueur, qui y a pénétré tout entière, sans difficulté.
4° Vue d'ensemble. — On peut dire que la grotte se démolit tous les jours,
car de ses parois et de sa voûte se détachent constamment des lamelles de
calcaire. Aussi tout est-il irrégulier; et des fêlures récentes sont très visibles.
Dans ces conditions, il n'y avait pas à rechercher de gravures ou de pein
tures. D'ailleurs nous n'avons pas pu en distinguer une seule sur les parois de la
première chambre (examinée cependant avec une lumière pendant longtemps).
Le sol est d'ailleurs constitué par endroits par une épaisse couche de
terre glaise, recouvrant le rocher.
III. Orifice d'entrée. — Etant donné la disposition des lieux, et la situation
de la grotte sur le penchant sud d'un petit sommet, aboutissant à un Cloup,
c'est-à-dire à un entonnoir, ayant bien près de 45 mètres de diamètre nord-sud
et 35 mètres de l'ouest à l'est, et une profondeur d'au moins 6 à 7 mètres, il est
probable que la Cavité souterraine correspond à un ancien ruisseau, arrivant
du sommet, se dirigeant du nord au sud, et venant s'ouvrir au nord du Cloup,
sur la paroi verticale, qui existe en ce point. A un moment donné, cette grotte,
avec entrée sur le Cloup, a été d'un accès facile, par le fond nord du Cloup; et
c'est probablement alors que des hommes s'y sont engagés et y son t morts ( Fig. 3) .
Depuis, la grotte a été obturée entre le Cloup et la deuxième chambre,
située à 10 ou 12 mètres environ, par la chute des blocs calcaires, et plus tard
par des dépôts d'argile en grande abondance, charriés par les eaux venant
du plateau.
Sur le terrain, nous avons cherché l'origine du ruisseau ; nous n'avons
rien pu découvrir; et l'instituteur n'y connaît aucune dépression.
Du côté du Cloup, au point A {Fig. 4), nous avons essayé de découvrir
l'ancienne entrée de la grotte. Mais il nous a été impossible d'y rien découv
rir, parce qu'il y a un éboulis de pierrailles assez épais en ce point et parce
que la partie nord de la circonférence du Cloup est comme tapissée par une
Muraille en pierres sèches (pas de mortier), qui fait le coude et atteint parfois
plusieurs mètres de hauteur; elle nous a semblé appliquée contre la paroi de MARCEL BAUDOUIN. LA GROTTE ££ SÀMMES A MARTIEL (AVEYRON) 7S3
terre presque verticale oarrespondante. Il est,, suivant l'usage, fait avec des
pierrailles extraites des champs.
Il ia 'y a pas de dépression s«r le »®l ejitre le Ckwip «t la jM-emiène chambre.
Tout autour du CAoup est un petit bois et des broussailles., très connus des
chasseurs de lièvre du pays ; elles seat surtout «o-ai^uées à l'Ou-estet au Sford.
IV. Legemjes. — M. ï'Institu-teuT nous a conte qne des légendes circulent
déjà à propos de cette découverte dans le pays.
Les cultivateurs du voisinage croient .que la grotte a servi à' oubliettes aux
Châteaux voisins, soit de Martiel, soit de Jammes, soit même de Gino-uillac 1 .
La constatation d'ossements d'en£ants n'a pas suffi pour leur enlever cette
idée.
Fig 3 — Coupe nord-sud méridienne de la Grotte et da Cloiw. —Echelle • 1/1000.
— Légende ~. R, arrivée des eaux du plateau; — A, point a'entrée dans la Grotte;
— E, éboulis de pierres ; — 0, orifice probable ide la Grotte sur le Cimip ; —
J2, calcaire jurassique; — T, terre végétale; — M, bords du Cloup; — B, arbustes
et arbres (Taillis).
Conclusions. — Puisqu'on n'a rien trouvé dans la grotte, il est probable
qu'elle n'a pas été habitée réellement. Pourtant, tant que des fouilles n'auront
pas été laites, il est impossible de se prononcer sur ce qui a pu se passer en
ce point.
Il paraît certain cependant qu'un sujet est mort dans la première chambre,
bien isolée de la seconde, puisque le squelette était sur le sol, presqu'absolu-
ment en place, et qu'il n"y manquait que quelques petits os des membres, qui
ont dû être emportés par les eaux.
Mais il est impossible d'en dire autant pour les autres cadavres, dont les
ossements étaient mélangés et enfouis dans de la terre.
A mon sens, ces hommes sont «ntrés par l'orifice de^éversemen<ttde l'ancien
ruisseau souterrain dans le Cioup,.©t ont dé être mrpris «dans la caverne frar
osa étmdement. Mais, je ie réfète, des fouilles complètes seraies pœnaaeJttront
d'élucider d^fmitivemeat ce problèaie.
<§ II. — TrouvaUles.
Des trouvailles ont été faites, coannae nou« l'avons dît, dans les deux chamb
res connues de la grotte. Mais elles se sont bornées à «les Ôbsemenis
1 1) y an rai t eu ««e Gommanderie de Tearpliers dans ia icentrèe, cft sot particulier à
Ginouillac. — Près du Trep, il y a un village appelée £* Mette» 3 DÉCEMBRE 1908 754
humains 1. Il a été impossible, du moins sur le plancher d'argile de la grotte,
et au milieu des pierres tombées de la voûte, de découvrir le moindre objet
en pierre, en céramique ou en métal. — Pas la moindre trace de silex, taillés
ou non; aucun tesson de poterie; aucun objet en fer, etc. Rien, absolument
rien. S'il y a un mobilier quelconque, il se trouve recouvert encore actuell
ement par de la terre glaise et ne sera sans doute révélé que par des fouilles
méthodiques.
PREMIÈRE CHAMBRE.
Dans la première chambre, on aurait trouvé le squelette complet d'un être
humain, bien en place, là où nous l'avons indiqué. Mais ces ossements après
leur extraction auraient été détruits.
DEUXIÈME CHAMBRE.
Les ossements trouvés dans la deuxième cavité de la grotte ayant été en
partie conservés à la mairie de Martiel 2, nous avons pu les recueillir et les
apporter à Paris où nous les avons étudiés.
§ III. — Description des Sujets.
DEUXIÈME CHAMBRE.
Nous y avons reconnu des os pouvant appartenir au moins à quatre Sujets,
et un fragment d'un cinquième.
1° Sujet n° I
[Environ 45 ans <j*].
Le premier sujet nous a fourni les os suivants.
1° et 2° Un crâne presque entier, avec la mâchoire inférieure; ces os pré
sentent tous deux des incrustations calcaires très marquées, indiquant un
séjour assez long dans la grotte et dans un milieu humide (boue très riche
en calcaire). Ce dépôt, en forme de lamelle très mince, s'est détaché par
endroits et laisse apparaître une substance osseuse très blanche. Ailleurs, il
• forme des concrétions pouvant atteindre le volume d'un petit pois, et plus
volumineuses encore.
3° et 4° Les deux os iliaques, mais en partie seulement.
1° Crâne. — A. Ensemble du crâne. — Le crâne du Sujet n° I est entier,
avec les os de la face, sauf pour les parties suivantes qui manquent.
1° Pertes de substance. — a) En arrière et en dedans de l'apophyse mastoide
1 Parmi les ossements delà deuxième chambre, nous avons distingué un os iliaque,
entier, d'un petit Mammifère, présentant la même patine jaunâtre que les squelettes,
mais sans concrétions calcaires.
Notre ami E. Hue, vétérinaire à Paris, l'a déterminé avec soin. Il s'agit simple
ment d'un Lapin.
* Un maxillaire supérieur (celui du sujet n° II, isolé en ses deux moitiés désarticul
ées, qui se trouvait égaré chez un paysan, nous a aussi été envoyé par M. l'Insti
tuteur, quelques jours après notre passage.

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.