La lettre volée. Apprendre à lire à l'enfant au Moyen Âge - article ; n°4 ; vol.44, pg 953-992

De
Annales. Économies, Sociétés, Civilisations - Année 1989 - Volume 44 - Numéro 4 - Pages 953-992
The Purloined Letter.
The deciphering of micrographed texts in scenes of learning how to read in medieval miniatures allows one to discern which texts children worked on from the 13th to the beginning of the 16th centuries. Their first reading was in Latin, but the texts used were simple and closely related to everyday life events. In addition, tablets and abc primers were combined with educational objects (alphabet belts and platters) to constitute a two fold oral teaching strategy involving both reading and pronouncing out loud, and nutritional symbolism deriving from the double meaning of the verb nourrir [to nourish]: to feed and to educate. The initiation to reading, whose rhythm can be detected in the alphabets' graphic apparatus, involved the senses: taste, sight hearing and touch were required, the latter deriving from the semantic association between text and textile.
40 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : dimanche 1 janvier 1989
Lecture(s) : 92
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Madame Danièle Alexandre-
Bidon
La lettre volée. Apprendre à lire à l'enfant au Moyen Âge
In: Annales. Économies, Sociétés, Civilisations. 44e année, N. 4, 1989. pp. 953-992.
Abstract
The Purloined Letter.
The deciphering of micrographed texts in scenes of learning how to read in medieval miniatures allows one to discern which texts
children worked on from the 13th to the beginning of the 16th centuries. Their first reading was in Latin, but the texts used were
simple and closely related to everyday life events. In addition, tablets and abc primers were combined with educational objects
(alphabet belts and platters) to constitute a two fold oral teaching strategy involving both reading and pronouncing out loud, and
nutritional symbolism deriving from the double meaning of the verb nourrir [to nourish]: to feed and to educate. The initiation to
reading, whose rhythm can be detected in the alphabets' graphic apparatus, involved the senses: taste, sight hearing and touch
were required, the latter deriving from the semantic association between text and textile.
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Alexandre-Bidon Danièle. La lettre volée. Apprendre à lire à l'enfant au Moyen Âge. In: Annales. Économies, Sociétés,
Civilisations. 44e année, N. 4, 1989. pp. 953-992.
doi : 10.3406/ahess.1989.283634
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/ahess_0395-2649_1989_num_44_4_283634LA LETTRE VOL
APPRENDRE LIRE ENFANT AU MOYEN AGE
DANIELE ALEXANDRE-BIDON
Peu nombreuses sont les recherches et les informations concernant
apprentissage de la lecture durant le Moyen Age Pourtant les indices ne
manquent pas mais ils sont disséminés voire dissimulés au sein de milliers de
manuscrits encore conservés dans les bibliothèques Leur rassemblement
permet de mettre en évidence des éléments déterminants le choix des textes de
lecture réservés aux enfants tout comme la panoplie diversifiée des objets abé
cédaires qui leur étaient destinés et dont certains subsistent encore détenus au
milieu innombrables objets dans des musées ou des dépôts de fouille rarement
accessibles aux historiens de éducation
Dans la lignée des études pionnières de Ségolène Le Men sur ces premiers
balbutiements de la culture que sont les abécédaires pour enfants1 nous avons
entrepris le recensement des données concernant apprentissage de la lecture au
Moyen Age Les sources en sont diverses sources écrites qui décrivent les abé
cédaires achetés pour des enfants de haut rang précisent les titres des ouvrages
qui leur étaient donnés lire et indiquent âge de leur apprentissage sources
archéologiques et muséographiques qui fournissent les objets réels de la lecture
enfantine sous forme artefacts de manuscrits ou imprimés feuilles
cahiers livres spécialisés ou porteurs alphabets usage manifestement ou
probablement pédagogique source iconographique enfin qui constitue la
majeure partie du corpus et qui elle seule fournit plus indications que
toute autre La confrontation de ces trois types de sources permet une approche
critique et la confirmation ou infirmation des données obtenues
est sans doute en matière histoire de éducation que étude des minia
tures des manuscrits médiévaux avère fournir les informations les plus fiables
Toujours sujettes caution car chargées de symboles profanes ou sacrés les
images médiévales dont le thème est enseignement des enfants échappent
paradoxalement cette critique communément émise est elles peuvent
être étudiées non sur le plan de image mais directement sur celui du message
Cette iconographie vaut en effet non pour les scènes de scolarité toutes forte-
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Annales ESC juillet-août 1989 n0 pp 953-992 ORAL CRIT
ment stéréotypées2 et qui ont rien voir de rares exceptions près avec les
réalités de la vie école mais pour les textes elle présente au sein même des
images est cette situation particulière celle un écrit enchâssé dans image
qui est garante de sa valeur informative Ce ne sont donc pas les miniatures qui
nous importent ici mais les micrographies qui sont rédigées car les enfants
dans ces images lisent sur des livres dont le contenu orienté face au lecteur réel
par des artifices graphiques demeure parfaitement lisible et identifiable malgré
le caractère minuscule et abrégé de la graphie
Ce positionnement qui constitue une véritable mise en abîme de la lec
ture est manifestement destiné au vrai lecteur qui découvre ou qui redé
couvre quelles lectures sont explicitement conseillées aux enfants Il est pas
exclu en effet que ces micrographies aient eu un caractère exemplaire Ces
textes miniatures enfin correspondent deux niveaux enseignement celui
de alphabet une part celui des premiers textes latins enseignés comme
le ons de lecture aux enfants autre part
Les premiers textes de lecture
Prières majeures versets et psaumes composent essentiel du corpus de ces
micrographies suscitées par deux grands types de scènes apprentissage de la
lecture enseignée Marie par sainte Anne et celui de saint Louis enfant Ainsi
dans les Grandes Chroniques de France3 ce dernier lit sous la surveillance de
son maître le texte en abrégé du verset ouverture récité laudes et aux heures
suivantes dans les Heures de la Vierge le deus in adintorium meum
intende. Ce texte illustrent également une scène apprentissage de la
lecture de saint Louis dans les Heures de Jeanne de Navarre4 et une page abécé
daire des Heures de Marguerite Orléans5 était depuis longtemps associé
idée alphabet Dans les Pontificaux qui sont sans doute origine du choix
de ce texte comme première lecture le deus in adintorium meum intende.
suivait immédiatement le tracé un alphabet complet6 Lors de la bénédiction
initiale une église en cours de construction évêque devait en effet écrire avec
la pointe de sa crosse sur le sol non encore pavé un double alphabet grec et
romain en forme de croix de saint André puis prononcer ces mots en se tour
nant face autel7 Comme il est pas exclu que de tels ouvrages porteurs
un alphabet aient pu occasionnellement servir de livre pédagogique au sein
de communautés religieuses la coutume apprendre lire sur ce verset qui sur
les pages des Pontificaux succédait aussitôt aux lettres de alphabet se serait
ainsi instaurée
Un second verset ouverture des Heures de Notre Dame est lisible dans les
micrographies il agit du verset 17 du Miserere le domine labia mea ape
ries et os meum annunciabit laudem tuam souvent alors rédigé sous la forme
abrégée domine labia mea aperies. Ce verset était énoncé matines
juste après la récitation de Ave Maria ainsi on peut observer par ailleurs
sur une des micrographies des livres de lecture des étudiants au collège de Ave-
Maria Paris8 Ce verset était également associé au deus in adintorium meum
intende. dans apprentissage de la lecture de saint Louis enfant dans les
Heures de Jeanne de Navarre Il est surtout lu par Marie devant sa mère dans
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une miniature un psautier anglais du troisième quart du xive siècle9 Particu
lièrement adapté heure de sa lecture et de sa récitation ce verset devait pour
les jeunes enfants avoir un double sens au-delà de la vénération oralement
exprimée cette sentence signifie en effet Seigneur ouvre mes lèvres.
pour chanter tes louanges cela ne visait-il pas de surcroît le péché le plus
communément reproché aux enfants médiévaux celui de gourmandise Ils
devaient réciter ce verset que Dante appliquait volontiers aux gourmands10
avant de pouvoir prendre leur collation du matin Ce texte aurait dès lors eu une
valeur exemplaire et moralisatrice et utiliser comme premier texte de lecture
se serait avéré pertinent
Ave Maria auquel il associe est la seule prière présente dans les micro
graphies médiévales La faveur de ce texte élevé au rang de prière majeure par
le concile Albi en 1254é est dès le siècle suivant perceptible dans les
micrographies on le déchiffre par exemple dans les statuts du Collège de
Hubant où des élèves le lisent sur leurs petits livres12 dans la micrographie
une miniature de la Bibliothèque Nationale de Vienne13 fig l) ou encore
dans celle un vitrail daté de 1525 dans église Saint-Vincent Rouen on
voit sur un livre dans lequel Marie enfant énonce outre Ave Maria ce qui
est quelque peu anachronique hymne salutaris hostia. et le Os
mémento. 14
autres micrographies plus rares ne sont décelables en un seul exem
plaire Dans un recueil anglais du xive siècle est sur les derniers mots du pre
mier verset du psaume 24 que lit Marie enfant affectueusement enlacée par
Illustration non autorisée à la diffusion
FIG Lecture de Ave Maria Vienne Nationalbibliothek ms Cod 2499 f0 v0
dessin de Brigitte Parent CRH EHESS)
955 ORAL CRIT
sainte Anne15 fig Ce texte comme les précédents semble particulièrement
adapté enfance il évoque innocence et la pureté de coeur le refus du men
songe et du serment blasphématoire et constitue par conséquent un catéchisme
minimal
Dans une scène école une miniature du xve siècle conservée la Biblio
thèque Mazarine16 un livre ouvert face au lecteur au-dessus des enfants
permet déchiffrer le Deus propicius esto michi peccatori. Le texte
extrait de Luc 18 13) appartient la phrase finale de la parabole du pharisien
et du publicam qui précède immédiatement le Laissez venir moi les petits
enfants. ce texte relevait donc peut-être aussi de la le on de lecture On
peut lire cette micrographie calligraphiée sur une banderole dans les psautiers-
calendriers-livres Heures dès la fin du xne siècle17
Illustration non autorisée à la diffusion
FIG Lecture du psaume 24 Paris B.N. ms Fran ais 400 f0 38 v0
Angleterre xive siècle cliché B.N.)
956 ALEXANDRE-BIDON APPRENDRE LIRE AU MOYEN AGE
Enfin la jonction avec les micrographies alphabets une curieuse ins
cription miniature est déchiffrable sur un livre ouvert que Moïse de retour du
Mont Sinaï présente son peuple Sur les pages visibles en macrophotogra-
phie quatre lettres A.B.C.D i8 fig Or il agit des Tables de la Loi qui
sont censées porter les Dix Commandements Le miniaturiste italien du
xive siècle qui eut idée de cette curieuse assimilation de alphabet aux Dix
Commandements peut-être pas agi par simple naïveté ou par obéissance
au pied de la lettre au texte de Ancien Testament qui parle ici des
enfants Israël En effet ancienne etymologie commune entre la loi et la
lecture toutes deux issues du terme legere valable pour la Grèce antique ne
est-elle pas aussi pour le xive siècle La table par ailleurs était avant
tout dans esprit des hommes du Moyen Age objet abécédaire par excel
lence 19 Cette association idées se justifie donc doublement Dans un Livre
des saints anglais contemporain où Marie déchiffre sur le Psaume 24 est
aussi sur une tablette abécédaire identique celles des écoliers que Dieu tel un
maître école remet Moïse les Dix Commandements20..
La confrontation de ces micrographies avec les textes de première lecture
conseillés par les écrits des pédagogues ou signalés au hasard de mémoires et de
chroniques permet de tester la valeur de ces informations Si les micrographies
ne révèlent pas ensemble des premières lectures enfantines elles correspon
dent toutes aux indications des sources écrites et se signalent par un choix péda
gogique de textes particulièrement adaptés âge enfance Elles sont peut-
être les textes modèles de enseignement de la lecture ce qui explique que
figurent du xine au xve siècle ni le Credo ni surtout le Pater Noster
Ce dernier texte apparaît en effet en micrographie que dans une gravure
de Hans Burgkmair 1473-1530)21 publiée Augsbourg fig Mais il agit
une image ambiguë qui témoigne la fois une double référence Dieu et
Marie inscription est portée sur les pages un livre ouvert devant une Vierge
Enfant et la gravure est commentée de surcroît dans un bandeau inférieur
image par un texte présent dans les abécédaires et jeux de lecture
médiévaux22 est le mater dei memento mei qui ajoute donc encore
au Notre Père On peut interpréter cette dualité de référence comme indice
une faveur renouvelée du Pater Noster dont influence avait baissé depuis
le xine siècle23 au profit de Ave Maria dans les textes de la lecture enfantine
Outre des modèles de lectures les micrographies semblent donc pouvoir aussi
tenir le rôle de révélateur de la faveur on accordait aux différentes périodes
aux prières majeures en tant que textes de lecture
La comparaison des micrographies avec les manuscrits confirme emploi des
textes elles présentent comme textes de lecture et permet aboutir aux mêmes
déductions Ainsi les Dix Commandements décelables dans la Bible Moralisée
italienne sont bel et bien enseignés et présents dans les abécédaires médiévaux
ils apparaissent au siècle au second rang du programme éducatif de la Doc
trine Enfant de Lull24 au xive siècle chez Jean Gerson au quatrième rang
après le Pater Ave et le Credo dans son ABC des simples gens25 enfin au
xve siècle en cinquième position après ABC le Pater Ave Maria et le Credo
dans la Croix Depardieu26 Les Dix Commandements sont rares dans les micro
graphies parce ils ne font pas partie des textes principaux de la lecture enfan
tine et ils semblent avoir perdu au fil du temps la faveur des pédagogues
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Illustration non autorisée à la diffusion
FIG Lecture des Dix Commandements Paris B.N. ms Fran ais 9561 f0 76 v0
Italie xive siècle
Illustration non autorisée à la diffusion
FIG 3b titre comparatif abécédaire en grisaille Paris B.N.
ms Fran ais 8685 et France xve siècle dessins de Brigitte Parent)
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FIG 4a Hans Burgkmair La Vierge enfant gravure
Allemagne xv siècle Berlin Dahlem
Illustration non autorisée à la diffusion
FIG 4b Idem Détail du livre ouvert dessin de Brigitte Parent)
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La lecture enfantine de saint Luc décelable par une micrograplue unique
est allusivement confirmée pour une date ancienne par saint Jérôme dans
sa Lettre Laeta pour éducation de sa fille 27 Au contraire celle des
Psaumes est abondamment citée en exemple Césaire Arles dans son
Sermon VI conseillait outre apprentissage du Credo et du Pater celui des ou XV aux paysans et paysannes Aux enfants étaient particulière
ment destinés les psaumes dits de Pénitence est-à-dire les psaumes 31
37 50 101 129 et 142 qui apparaissent immédiatement après ABC dans la
liste des livres composant la bibliothèque scolaire de Charles duc de Berry
âge de huit ans28 ils constituaient avec ABC enseignement le plus élé
mentaire précédant le Donai Nos recherches sur éducation médiévale ten
dent démontrer que les psaumes et CL étaient aussi destinés aux enfants
un pour être le premier du Livre29 autre pour être parfois précédé de invo
cation in nomine Domini nostri jhesu Christi équivalant une croix
Depardieu30 ce choix de psaumes on peut donc rajouter le psaume 24 lu
par Marie sur une micrographie
Ave Maria et aux versets qui lui étaient associés se rattachent de multi
ples mentions enfants réels ou exemplaires qui apprirent lire dans les Heures
de Notre Dame ceux de saint Louis tels que nous le relate Joinville31 ceux de
Champagne au xve siècle la corrélation Ave Maria-apprentissage de la lecture
est confirmée par bien autres indices que les micrographies au xnie siècle
par des poèmes en honneur de Marie construits sur alphabet et constitués
autant de strophes il avait de lettres chaque strophe débutant par une
lettre en suivant ordre alphabétique32 Au xve siècle par le feuillet rapporté
des Heures de Charles Angoulême feuille volante de parchemin doré portant
les premiers mots de Ave Maria écrits en grosses lettres animées anthropo
morphes et zoomorphes copiées sur des Alphabets gravés des xive et
xve siècles33 Enfin et preuve indéniable Ave Maria est présent dans les abé
cédaires du début du xv siècle celui de Claude de France vers 1505 qui
débute par un abecé ou la Croix Depardieu et son ABC des Chrestiens Quant
au Os mémento. micrographie sur le vitrail de Rouen en association avec
la prière mariale on le retrouve sous une forme plus développée Mater
dei memento mei dans les encadrements de abécédaire de Claude de
France34 tout comme sur des micrographies motifs alphabétiques lisibles sur
les tissus de tentes militaires dans un manuscrit du xve siècle où on discerne
aussi cachés dans les plis du textile des alphabets complets35 Son utilisation
comme texte apprentissage de la lecture est donc une hypothèse plausible
autant que le texte fait lui-même référence la mémorisation indissociable
alors des pratiques de lecture
Enfin même les micrographies illisibles constituées de bâtonnets en guise
de lettres sont susceptibles de fournir des informations sur les lectures des
enfants iconographie des Paraboles de Salomon qui présente toujours une
scène enseignement de la lecture où le texte du livre miniature est factice
attesterait-elle pas de ce fait il agit un texte de lecture réel La lisibi
lité de la micrographie en effet pas utilité si image est illustration un
texte de lecture réel Or saint Jérôme déjà conseillait Gaudentius pour la
petite Pacatula la lecture des Livres de Salomon des vangiles des Apôtres
des Prophètes 36 Et les manuscrits médiévaux en fran ais des Paraboles de
seo ALEXANDRE-BIDON APPRENDRE LIRE AU MOYEN AGE
Salomon introduisent leurs jeunes lecteurs la lecture en notifiant on
entend paroles et prudence on re oit enseignement de doctrine ius-
tice et iugement loiauté et droiture que lens soit donnez as petis cest dire as
humbles ignorans et que science soit donnée as iones et entendement as ceux qui
mestler en ont. 37 La relation des Paraboles de Salomon avec la valeur édu
cative de leur lecture étant ainsi prouvée celle de ces micrographies même fac
tices avec les textes de lecture réels avère par conséquent plausible
Abécédaires et alphabets éducatifs
est le même recours usage des micrographies qui permet étudier les
abecés du Moyen Age On les trouve figurés dans iconographie de la
Grammaire qui suscite nombre de représentations de ces tablettes lire por
teuses un alphabet origine des horn books38 fig Si le contenu de la
micrographie offre peu intérêt quelques lettres près notre alphabet est
identique les micrographies permettent cependant analyser les dispositifs
de la présentation des lettres qui conditionnent une part la forme des
tables et autre part nous éclairent sur les méthodes pédagogiques ana
lyse de ces dispositifs est une grande importance La fonction expressive
MacKenzie de la présentation un texte fût-il abécédaire joue en effet
un rôle actif dans la perception par enfant-lecteur de alphabet et de son
énonciation La confrontation avec les graphies alphabets réels inscrits sur les
manuscrits aux diverses époques permet de confirmer immédiatement le témoi
gnage de ces micrographies reproduisant identique les véritables alphabets
la croisette depardieu qui les débute et aux abréviations qui les
concluent tant donné le caractère très homogène des micrographies et gra
phies on est fondé les étudier conjointement pour en déterminer une typo
logie
Le premier type de dispositif est linéaire Il se déroule sur deux registres
inégale longueur la ligne supérieure allant du au r39 ou du au m40 Ce sys
tème qui implique la lecture sur un objet de forme rectangulaire tenu horizon
talement en main est directement dérivé du type le plus ancien abécédaire
observé pour le Moyen Age est exactement ainsi en effet est disposé
alphabet sur bande de cuir découvert dans les fouilles de abbaye de Wal-
tham en Angleterre pour les ix début xie siècle41
Le second type de dispositif vertical qui est déjà celui du horn book est
illustré par une micrographie présente dans un livre éducatif strasbourgeois au
début du xvie siècle42 Les lettres sont groupées quatre par quatre en colonne
puis cinq par cinq sur sept registres On retrouve cet agencement dans des abé
cédaires dessiner et broder du xvie siècle Cette disposition permet de conce
voir une organisation en cases ce qui est chose faite chez Rosselius dès 1486 et
dans les abécédaires broder dès 1525 chaque lettre étant désormais bien indi
vidualisée et présentée la manière un cube auparavant seuls des points
matérialisaient leur individuation et permettaient enfant de faire une pause
vocale entre chacune lors de la lecture et de la récitation
Le troisième type de dispositif mixte tend vers une organisation au carré
Les séquences groupent des lettres par quatre ou cinq sur cinq ou quatre
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