La loi de Yerkes-Dobson : problèmes méthodologiques liés à sa vérification - article ; n°1 ; vol.68, pg 121-141

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L'année psychologique - Année 1968 - Volume 68 - Numéro 1 - Pages 121-141
21 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : lundi 1 janvier 1968
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M. de Bonis
La loi de Yerkes-Dobson : problèmes méthodologiques liés à sa
vérification
In: L'année psychologique. 1968 vol. 68, n°1. pp. 121-141.
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de Bonis M. La loi de Yerkes-Dobson : problèmes méthodologiques liés à sa vérification. In: L'année psychologique. 1968 vol.
68, n°1. pp. 121-141.
doi : 10.3406/psy.1968.27601
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1968_num_68_1_27601NOTE
Laboratoire de Psychologie expérimentale et comparée de la Sorbonne
associé au C.N.R.S.
LA LOI DE YERKES-DODSON
PROBLÈMES MÉTHODOLOGIQUES
LIÉS A SA VÉRIFICATION
par Monique de Bonis
II y a environ 60 ans, dans un article intitulé Relation of strength of
stimulus to rapidity of habit formation, Yerkes et Dodson publiaient les
résultats d'une recherche effectuée sur l'animal, au cours de laquelle
ils avaient obtenu une série de résultats qui, d'une part, ne concordaient
pas avec leurs hypothèses et, d'autre part, semblaient peu cohérents
entre eux.
Ce sont ces mêmes résultats que les auteurs présentaient avec une
si grande prudence et qu'ils se proposaient de vérifier dans des expé
riences ultérieures qui furent par la suite « baptisés » loi de Yerkes-
Dodson, puis loi de l'optimum.
L'expérience de Yerkes-Dodson peut être résumée ainsi : des
animaux (souris) effectuent l'apprentissage d'une discrimination de
deux brillances. Placés dans un labyrinthe composé d'un couloir donnant
accès à deux voies, ils doivent apprendre à s'orienter vers la branche
dont l'extrémité est la plus claire. Les résultats obtenus montrent que
la rapidité de l'apprentissage varie à la fois en fonction de la difficulté
de la tâche (discriminabilité plus ou moins grande des brillances) et de
l'intensité de la sanction (choc électrique). Quand la tâche est facile,
la rapidité de croît en fonction de l'intensité du choc,
tout au moins dans la marge des intensités utilisées (définies par le
seuil de la sensation et celui de la douleur). Lorsque la tâche est de
moyenne difficulté, la rapidité de l'apprentissage croît d'abord rapide
ment en fonction de l'intensité du choc, puis décroît à partir d'une
certaine intensité qui est rapidement atteinte. Si l'on augmente le niveau
de difficulté de la tâche, l'intensité du choc qui était optimum pour le 122 NOTE
niveau de difficulté précédent entraîne un ralentissement de l'apprentis
sage. Ces résultats ont été obtenus dans des expériences différentes avec
des groupes d'animaux différents qui comportaient entre 2 et 4 sujets.
La loi de l'optimum qui est une généralisation de ces résultats est
ainsi formulée : il existe un niveau de motivation optimum en deçà et
au-delà duquel on observe une dégradation de la performance. Ce niveau
est d'autant moins élevé que la tâche est plus difficile.
Découverte par hasard, mise en évidence dans une expérience qui,
selon l'avis même des auteurs, est imparfaite à de nombreux points de vue,
la « loi de Yerkes-Dodson » a été l'objet, depuis 1908, d'un intérêt épiso-
dique. En 1965, Brown (W. P.)1 concluait une brève révision des diff
icultés méthodologiques posées par sa vérification en soulignant que, tout
compte fait, l'ignorance dans laquelle l'hypothèse de l'optimum était
restée durant plusieurs dizaines d'années semblait être bien méritée !
On peut se demander en effet si les quelques recherches qui ont été
consacrées à ce problème permettent de justifier le nom de loi qui a été
donné aux résultats de Yerkes et Dodson.
On remarquera cependant que, si les recherches sur la loi de l'opt
imum sont assez rares, il existe un ensemble très vaste de travaux qui
s'y rapporte plus ou moins directement ; cet ensemble recouvre toutes
les expériences dans lesquelles on a tenté de mettre en relation moti
vation et efficience.
Il est curieux de constater que les résultats obtenus dans ces
recherches font apparaître tantôt un effet positif de la motivation sur
l'efficience, tantôt un effet négatif ; et que seule la loi de Voptimum, en
faisant intervenir la notion de variation d'intensité, permet de résoudre le
caractère contradictoire des nombreuses données recueillies dans ce domaine.
Nous nous limiterons dans cette revue critique à l'analyse des
recherches dans lesquelles il est explicitement question d'une variation
curviligne entre le niveau de motivation et la performance, et de ses
modifications en fonction de la difficulté de la tâche. Nous nous propo
sons de dégager les principales difficultés méthodologiques qui se
présentent à la fois pour faire varier le niveau de motivation et le
niveau de difficulté, et de déterminer si ces difficultés n'en cachent pas
d'autres, plus fondamentales, qui relèveraient de la conceptualisation
des phénomènes étudiés. Il nous apparaît déjà probable que l'ambiguïté
des concepts utilisés dans la formulation générale de cette loi, en
particulier du concept de motivation et même de celui de difficulté de
la tâche, est en grande partie responsable du manque de cohérence des
expériences réalisées dans ce domaine.
1. L'article de cet auteur comporte en exergue le quatrain suivant :
there is a flaw
in the evidence of the Yerkes-Dodson law
to call it ubiquitous
is pretty iniquitous. MONIQUE DE BONIS 123
I. — LES MOYENS MIS EN ŒUVRE
POUR FAIRE VARIER LE NIVEAU DE MOTIVATION
ET LE PROBLÈME DU CONTROLE
DES VARIATIONS PRODUITES
Les moyens utilisés pour obtenir des variations du niveau de moti
vation au cours d'une situation expérimentale peuvent être divisés en
deux grandes catégories. Soit l'expérimentateur intervient avant ou
pendant l'expérience pour modifier, par des stimulations verbales ou
matérielles, de façon transitoire, l'état du sujet ; soit il utilise certains
groupes de sujets qui possèdent à des degrés divers et de façon perman
ente, certains traits de personnalité supposés être révélateurs de
niveaux différents de motivation. Souvent ces deux moyens sont utilisés
conjointement au cours d'une même expérience. Dans ce cas, il est
nécessaire de préciser comment ces variables vont se combiner, c'est-à-
dire quel va être le sens de l'interaction entre variable de personnalité
et variable de situation.
A) Les modifications transitoires
a) L'intensité du renforcement
Chez l'animal, les variations d'intensité du choc électrique ont été
utilisées à la fois par Yerkes et Dodson (1908) et par Dodson (1915).
On soulignera que, dans l'expérience originale de Yerkes et Dodson,
les intensités choisies ne furent pas les mêmes pour les trois niveaux de
difficulté. Ceci rend illégitime l'analyse de l'interaction entre l'intensité
de la sanction et le degré de difficulté.
Chez l'homme, les renforcements positifs ou négatifs sont souvent
associés à des consignes qui jouent le rôle d'incitateurs. Ainsi, dans
l'expérience de Stennett (1957), le niveau peu élevé est défini par le
subterfuge classique qui consiste à dire au sujet que ses résultats ne
sont pas enregistrés et que l'essai est destiné à permettre le calibrage de
l'appareil ; tandis que le niveau moyen correspond à un petit renforce
ment monétaire et le niveau élevé à la fois par l'attente d'un renfor
cement plus important que le précédent et par la menace
d'un choc électrique.
Critique. — Étant donné que l'évolution des réussites et des échecs
au cours de la tâche varie d'un sujet à l'autre à l'intérieur d'un même
groupe expérimental, des fluctuations de la fréquence et de la séquence
des renforcements peuvent entraîner des variations incontrôlables du
niveau de motivation des sujets qui devraient être soumis aux mêmes
conditions expérimentales.
On peut imaginer deux moyens de pallier cet inconvénient :
n'utiliser que des consignes motivantes sans distribuer de renforce
ments explicites au cours de la tâche en fonction des réussites et des 124 NOTE
échecs (cf. de Bonis, 1965). Mais, dans ce cas, il est difficile de contrôler
les renforcements que le sujet se donne de façon implicite en fonction de
l'évaluation subjective de ses performances. On peut aussi choisir des
tâches telles que le sujet ne puisse avoir aucune information qui lui
permette d'évaluer ses performances. Il est alors possible de définir
pour chaque condition expérimentale le nombre des renforcements et
leur séquence, de façon arbitraire, c'est-à-dire indépendamment des
réussites et des échecs réels des sujets. Mais rares sont les tâches qui
répondent à cette exigence d'une part, et d'autre part les indices de
performance que l'on peut tirer de ces épreuves n'ont pas beaucoup de
signification.
b) La méthode de privation
Cette méthode, utilisée d'abord chez l'animal puis étendue plus
récemment à l'expérimentation chez l'homme, consiste à faire varier
le niveau de motivation en modifiant l'état de besoin de l'organisme.
Les variations du nombre d'heures de jeûne (Dodson), de la privation
d'eau (Bélanger et Feldman, in Malmo 1959), de la quantité d'oxygène
(Broadhurst, 1957, 1959) (Denenberget Karas, 1960), par l'intermédiaire
de délais plus ou moins longs de maintien sous l'eau ou du nombre
d'heures de veille chez l'homme (Corcoran, 1965), entraînent des
variations du niveau de motivation1.
Il est certain que cette procédure permet de contrôler, mieux que la
précédente, l'état initial sur lequel va s'inscrire une récompense ou une
punition. Sur le plan technique, il est cependant nécessaire de prendre
certaines précautions afin d'éviter que l'intensité des degrés de privation
maximum n'atteigne les limites physiologiques d'inanition, d'anoxie
ou de fatigue lorsqu'il s'agit de sommeil.
Broadhurst a soigneusement contrôlé ce facteur en déterminant dans
une préexpérience la gamme des durées de privation utiles. Dans son
expérience la durée maximum de privation d'air, bien que très longue
(8 secondes), ne semble pas atteindre ces limites puisque les animaux
nagent d'autant plus vite que les durées sont plus longues. Dans
l'expérience de Corcoran, ce contrôle paraît moins rigoureux. La priva
tion de sommeil, utilisée comme moyen de réduire le niveau de moti
vation et qui, suivant les hypothèses de l'auteur (que nous développerons
plus loin) devrait entraîner une amélioration de la performance chez des
sujets introvertis et une détérioration de celle-ci chez des sujets extra
vertis, provoque, en fait, une dégradation de la quels que
soient les sujets considérés. Et l'on peut se demander si cet effet n'est
pas dû simplement à la fatigue, engendrée par une durée de privation
trop longue.
1. On pourrait rattacher à ce type d'expérience, celles effectuées chez
l'homme et dans lesquelles on se propose de modifier le niveau de motivation
en donnant des consignes « d'échec » avant l'exécution de la tâche puisque ces
consignes sont destinées à modifier le besoin de réussite. MONIQUE DE BONIS 125
Les limites physiologiques jouent un rôle important dans l'inte
rprétation hullienne des effets de la motivation sur la réponse. Pour
Hull (1943), la motivation a toujours un effet positif sur la réponse et
partant sur la performance. La relation SBR = SHR x D ne permet
pas d'envisager une dégradation de la performance consécutive à une
augmentation du niveau de motivation. Cette relation apparaît donc
incompatible avec l'hypothèse de l'optimum. Cependant, comme certains
résultats expérimentaux effectués par les disciples de Hull, en parti
culier ceux de Yamaguchi (cité dans Essentials of behavior) obtenus
chez l'animal, mirent en évidence une variation curviligne de la perfo
rmance en fonction de différents degrés de privation, Hull (1951) fut
amené à faire intervenir un facteur « d'inanition » pour expliquer la
dégradation de la performance. Il écrit dans Essentials of Behavior :
« Primary motivation (D) at least that resulting from food deprivation
consists of two multiplicative components, the drive proper (D'),
which is an increasing monotonie sigmoid function of h, and a negative
or inanition component (e), which is a positively accelerated monotonie
function of h decreasing from 1, 0 to zero, i. e. :
« D = D' x e. »
L'explication par ce facteur d'inanition nous paraît peu satisfaisante :
limitée aux situations dans lesquelles on utilise la privation de nourri
ture, elle ne permet pas de rendre compte des nombreuses situations
dans lesquelles des niveaux élevés de motivation, indépendants de l'état
de besoin de nourriture, ont entraîné une diminution de l'efficience.
La méthode de privation peut être associée à des variations du
renforcement. Il est possible de faire varier le rapport privation-
renforcement, soit en maintenant le renforcement constant pour diffé
rents degrés de privation, soit en faisant varier la quantité de renfo
rcement pour un degré de privation constant. Les résultats qui ont été
obtenus avec cette procédure (tout au moins chez l'animal) sont positifs
malgré les différences importantes qui existent entre les besoins utilisés
(les mécanismes qui relient le besoin de nourriture et le besoin d'oxygène
à la motivation n'ont pas le même degré de complexité). Lorsqu'il
s'agit de besoins secondaires, ce qui est le cas dans presque toutes les
expériences réalisées en psychologie humaine, le contrôle des privations
imposées est plus difficile dans la mesure où de nombreux stimulus
(y compris ceux qui font partie de la tâche) peuvent avoir une valeur de
renforcement même s'ils ne sont pas pertinents au besoin.
c) Les variations spontanées
En 1940, Freeman publia un article dans lequel il résumait un cer
tain nombre de tentatives qu'il avait faites pour obtenir des variations
de « l'état » de ses sujets, et mesurer l'influence de ces variations sur la
rapidité de la performance dans une épreuve de temps de réaction simple. 126 NOTE
Parmi ces tentatives, celle qui se révéla la plus efficace consistait à
évaluer la performance d'un même sujet à des moments différents.
L'expérimentation se déroulait sur une assez longue période. A chaque
séance, le sujet était invité à évaluer son état suivant un continuum
dont les pôles extrêmes étaient d'un côté la détente, de l'autre la tension.
Si, comme c'est le cas dans cette expérience, la tâche n'est pas sujette
à des effets d'ordre importants, cette procédure est pleinement justifiée,
et l'on peut s'étonner qu'elle ait été si peu utilisée. Elle permet d'obtenir
une gamme étendue de niveaux et de préciser ainsi, grâce à un nombre
de points plus important, la forme générale de la loi de l'optimum.
d) Les variations d'intensité des stimulus de V environnement
Dans de nombreuses expériences réalisées surtout en Angleterre par
Broadbent et ses collaborateurs, des variations transitoires de « l'état
de motivation » sont obtenues à partir de variations de l'intensité de
stimulations (bruits intenses, lumières vives) ou de modifications du
milieu (froid, chaleur, humidité). Ces situations sont destinées à produire
un stress, mais elles sont souvent appelées situations motivantes, soit
parce qu'elles possèdent certaines propriétés dynamogéniques, comme
la motivation, soit parce qu'elles sont susceptibles d'engendrer des
réactions émotives. (Nous verrons plus loin comment les rapports entre
motivation et émotion peuvent être définis à la lumière de la thèse
développée par Fraisse (1963).) Une excellente revue critique de ces
recherches a été faite par Lazarus, Deese et Osier (1952). Notons que
ces travaux sont orientés davantage vers la comparaison des diverses
« situations de stress » et de l'effet spécifique de chacune de ces situations
sur certaines catégories de tâches, que vers la mise en évidence de la
relation curviligne. C'est pourquoi nous n'y insisterons pas.
Remarquons, d'autre part, que l'on pourrait classer dans cette
catégorie les recherches dans lesquelles on se propose de modifier l'état
du sujet, en faisant varier non plus l'intensité des stimulus parasites,
mais des stimulus de la tâche. Ce procédé est utilisé dans de nombreuses
recherches soviétiques (cf. Gray, 1964), que nous discuterons plus loin.
La liaison entre ces procédés et la motivation déjà difficile à justifier
dans les situations « de stress » apparaît ici extrêmement vague (à
moins que l'on ait recours au concept d'activation).
De l'analyse des différents procédés utilisés pour faire varier le
niveau de « motivation », il ressort qu'une grande variété de stimulations
sont susceptibles d'entraîner, pourvu que l'on choisisse des intensités
adéquates, des variations curvilignes de la performance.
Les caractéristiques de la stimulation, et en particulier les propriétés
hédoniques (attractives ou aversives) de cette stimulation ne joueraient-
elles aucun rôle dans la production de ces variations ?
On peut souligner à ce propos que, dans de nombreuses expériences
réalisées tant chez l'homme que chez l'animal, les motivations qui MONIQUE DE BONIS 127
entraînent une dégradation de la performance sont souvent des moti
vations d'évitement. Et l'on peut se demander si cette dégradation
n'est pas obtenue plus facilement lorsque le stimulus possède un
caractère aversif.
Ainsi formulée, cette question a-t-elle été soumise à l'expériment
ation ?
Certes, la comparaison des effets de stimulations attractives et
aversives (étude des gradients d'approche et d'évitement) a donné
lieu à une abondante littérature (de Bonis, 1966) et a suscité un grand
nombre de recherches mais cette comparaison n'a pas été envisagée
sous l'angle de l'efficience du comportement ; c'est pourquoi, les résultats
expérimentaux obtenus dans ce domaine n'apportent pas de réponse à
notre question. A notre connaissance, il n'existe qu'une recherche de
Dodson dans laquelle le problème a été posé. Dans cette recherche, a tenté de comparer l'effet des variations d'intensité de deux
types de renforcements : l'un positif : distribution de la nourriture,
l'autre négatif : choc électrique. Ayant égalisé les performances dans
une épreuve d'apprentissage discriminatif de brillance pour de faibles
intensités de renforcement, il fit croître progressivement ces intensités.
Les résultats obtenus montrent que les variations d'intensité entraînent,
quelles que soient les propriétés hédoniques (attractives ou aversives),
des stimulations considérées, des variations curvilignes de la rapidité
de l'apprentissage.
Une vérification de ce parallélisme entre les effets de stimulations
qualitativement différentes soulève certaines difficultés techniques
puisqu'il faut non seulement obtenir une double échelle d'intensité des
renforcements négatif et positif, mais encore être en mesure d'établir
une correspondance entre les valeurs de ces deux échelles ; en outre,
on peut penser que toute motivation trop intense, même si elle est
suscitée par des renforcements positifs, comporte pour le sujet une
signification négative et que la situation dans laquelle elle s'insère est
ressentie comme devant être évitée.
On notera que, dans la littérature, l'importance du caractère aversif
de la stimulation a été soulignée par Spence (1958). Pour ce dernier,
le stimulus aversif est le facteur de variation de la situation qui, associé
au facteur de variation dû à la personnalité (l'anxiété), permet d'obtenir
des modifications du niveau de motivation général.
e) Les variations du niveau de motivation
et les réactions physiologiques concomitantes
Dans un certain nombre de recherches, l'enregistrement des varia
tions de la performance en fonction du niveau de motivation
s'accompagne de la mesure des variations de l'activité physiologique.
Cette mesure se fait par l'intermédiaire de certains indices : la tension
musculaire (Courts, 1942), la résistance palmaire (Freeman, 1940)
ou l'E.D.G., l'E.M.G. et l'E.E.G. dans l'étude de Stennett (1957). 128 NOTE
Le rôle de ces enregistrements n'est pas toujours très bien explicité ;
tantôt, il semble que les variations de ces indices sont utilisées pour
contrôler que les niveaux de motivation, induits par les procédés que
nous venons d'évoquer, s'ordonnent bien suivant l'ordre souhaité,
tantôt, il semble que l'objet principal de la recherche consiste à
mettre en relation le niveau d'activation et la performance. Dans ce
dernier cas des indices sont supposés traduire fidèlement les varia
tions de l'activa tion, les variations induites de la motivation sont
alors envisagées comme un moyen parmi d'autres, pour modifier
l'activation.
Dans le premier cas, il s'agit bien de mettre en évidence la loi de
Yerkes et Dodson, dans le second il s'agit de mettre à l'épreuve la
théorie de l'activation développée par Lindsley (1951) qui pose une
relation curviligne entre niveau d'activation et efficience du compor
tement.
On peut se demander si la mesure des indices de réactivité physio
logique apporter un contrôle de l'ordre des niveaux de motivation.
Dans l'expérience de Freeman, l'ordre des variations de la résistance
palmaire coïncide avec celui des variations des évaluations subjectives.
Dans la recherche de Stennett, il y a aussi une concordance entre les
niveaux tels qu'ils sont définis par les consignes et les renforcements et
par les indices électrophysiologiques. Cependant, les différences entre
les niveaux de motivation tels qu'ils sont reflétés par ces indices sont
loin d'être toujours significatives. Ceci est d'autant plus décevant que
les niveaux de motivations induits entraînent des variations de la
performance qui, elles, sont significatives. On est donc conduit à constater
qu'actuellement l'enregistrement des indices d'activité physiologique
n'est pas susceptible de fournir un contrôle des variations du niveau
de motivation, car leur mesure comporte certains artefacts. Les prin
cipaux sont sans doute ceux qui résultent des différences individuelles
dans la réactivité, dans le niveau de base, et de la sensibilité qu'ils
présentent vis-à-vis des aspects d'une situation qui ne sont pas toujours
liés à la motivation.
Le plus souvent, le recours à de tels indices traduit en fait une
confusion entre plusieurs problèmes et les auteurs semblent prétendre
élucider simultanément quatre types de relations : 1) Celle qui unit
motivation et performance ; 2) Celle qui relie motivation et indices
physiologiques ; 3) Celle qui unit activation et performance ; 4) Celle
qui relie activation et indices physiologiques.
La confusion entre ces différentes questions est entretenue par le
fait que certaines réponses peuvent être considérées, soit comme des
indices d'activité physiologique, soit comme critères de performance.
L'ambiguïté de tels indices nous semble bien illustrée par une récente
recherche de Hanf et Corso (1966) sur les variations d'intensité de la voix
en fonction du niveau d'activation. Dans cette recherche, les auteurs
ont tenté de mettre en évidence une relation curviligne entre l'intensité MONIQUE DE BONIS 129
de la voix et différentes consignes motivantes associées à des renforce
ments verbaux (acquiescement ou critique).
A notre avis, l'intensité de la voix se ramène à un indice physio
logique. Elle peut à la rigueur être considérée comme un indice de
performance si des consignes précisent au sujet qu'il doit maintenir
cette intensité à un certain niveau, autrement dit si les conditions
d'efficience l'exigent. Or, ce point n'est pas précisé dans le bref article
des auteurs.
La distinction entre indice d'activité physiologique et indice de
performance est importante puisque dans le premier cas l'influence de
la motivation doit se traduire par une relation curviligne, dans le
second par une relation linéaire. Les résultats obtenus par Hanf et
Corso, qui auraient pu permettre de trancher (a posteriori) entre ces
deux éventualités ne sont pas suffisamment significatifs pour que l'on
puisse conclure ni à une relation linéaire, ni à une relation curviligne.
« Indice de performance ou indice d'activation ? » Cette question peut
se poser aussi pour le temps de réponse, tout au moins, dans des épreuves
psychomotrices.
Si l'on veut mettre l'accent sur la relation entre activation et perfor
mance, il paraît préférable d'agir directement au niveau des structures
nerveuses responsables des modifications de l'activation, soit chez
l'animal, en stimulant directement ces structures, soit chez l'homme,
en utilisant certaines drogues qui agissent sur elles, plutôt que d'utiliser
des « indices périphériques » de cette activation.
Les expériences réalisées dans ce domaine ont abouti elles aussi à
des résultats qui vont tout à fait dans le sens d'une évolution curviligne
de la performance en fonction de l'intensité de l'activation. Ainsi
Fuster (1958) a pu montrer que, chez le singe, une faible stimulation
électrique des formations réticulaires du tronc cérébral entraîne une
amélioration de la performance dans une épreuve de discrimination
perceptive (amélioration qui se traduit à la fois par une augmentation
du nombre de bonnes réponses et de la rapidité de celles-ci) et que, si
l'on fait croître la stimulation, on observe une détérioration de la
performance.
Dans une autre expérience réalisée chez le chat, expérience dans
laquelle tous les facteurs parasites ont été soigneusement contrôlés,
Requin-Nysembaum et Paillard (1966) ont pu mettre en évidence la
courbe en U inversé entre la latence de la réponse dans une épreuve
de temps de réaction simple et l'intensité de la stimulation électrique
de la formation réticulaire.
L'analyse des recherches et la similitude des effets obtenus sur
l'efficience lorsqu'on fait varier soit le niveau de motivation, soit le
niveau d'activation, nous conduit à nous demander s'il y a une identité
entre la loi de Yerkes et Dodson et la courbe en U définie dans la théorie
de l'activation de Lindsley ou s'il s'agit seulement d'une similitude
partielle. Cette question ne peut être résolue que si l'on parvient à situer
A. PSYCHOL. 68 9

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