La maison japonaise : standardisation de l'espace habité et harmonie sociale - article ; n°4 ; vol.32, pg 670-701

De
Annales. Économies, Sociétés, Civilisations - Année 1977 - Volume 32 - Numéro 4 - Pages 670-701
The traditional Japanese house is a completely standardized wood structure : height and spaces, divisions and floor mats. This situation dates back to the very origins of this type of habitation which is, in part, of Chinese origin; but it was also perpetuated and propagated by the feudal authorities, independently of whether or not it offered economic or ecological advantages, because it constituted a simple and efficient means of harmonizing a certain type of existence from one end of the archipelago to the other. The noticeable absence of urbanism in Japanese cities, the lack of concern with the exterior is but the other side of this (more or less conscious) policy which -from the end of the Middle Ages up until the last century- concentrated the entire effort of spadal structuring on the living space of each family. In this way, in traditional Japanese society, the house constituted the only truly structuring space and was a permanent reminder for each, of the religious, esthetic, moral and technical values which were the condition of the harmonious functioning of the body social.
32 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : samedi 1 janvier 1977
Lecture(s) : 120
Nombre de pages : 33
Voir plus Voir moins

Jacques Pezeu-Massabuau
La maison japonaise : standardisation de l'espace habité et
harmonie sociale
In: Annales. Économies, Sociétés, Civilisations. 32e année, N. 4, 1977. pp. 670-701.
Abstract
The traditional Japanese house is a completely standardized wood structure : height and spaces, divisions and floor mats. This
situation dates back to the very origins of this type of habitation which is, in part, of Chinese origin; but it was also perpetuated
and propagated by the feudal authorities, independently of whether or not it offered economic or ecological advantages, because
it constituted a simple and efficient means of harmonizing a certain type of existence from one end of the archipelago to the
other. The noticeable absence of urbanism in Japanese cities, the lack of concern with the "exterior" is but the other side of this
(more or less conscious) policy which -from the end of the Middle Ages up until the last century- concentrated the entire effort of
spadal structuring on the "living space" of each family. In this way, in traditional Japanese society, the house constituted the only
truly space and was a permanent reminder for each, of the religious, esthetic, moral and technical values which were
the condition of the harmonious functioning of the body social.
Citer ce document / Cite this document :
Pezeu-Massabuau Jacques. La maison japonaise : standardisation de l'espace habité et harmonie sociale. In: Annales.
Économies, Sociétés, Civilisations. 32e année, N. 4, 1977. pp. 670-701.
doi : 10.3406/ahess.1977.293848
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/ahess_0395-2649_1977_num_32_4_293848LA MAISON JAPONAISE
Standardisation de espace habité et harmonie sociale
Nous avons tous Occidentaux une image globale de la maison tissée de
souvenirs et appréciations diverses dimensionnelle architecturale du confort
mais toujours fortement personnalisée portion de espace aménagée au goût de
chacun et où il se soustrait aux contraintes du groupe cadre élu de ce que Oc
cident considère comme aspect le plus remarquable de son héritage indi
vidualisme Illusion sans doute mais tenace et comme telle guide de compor
tements Au cas de la société japonaise où individu ne se définit en fonction
des coordonnées une topologie sociale aux directions imperatives intégré il
est depuis toujours la collectivité nationale par les propriétés mêmes de
celle-ci dont les codifications origine politique ne sont que les manifestations)
la maison individuelle ne saurait échapper pas plus que toute autre portion de
espace informé intégration parallèle des aires existence qui hiérarchisées
et compréhensives encadrent homme géographiquement
On en connaît les formes Celles-ci la vague de modernisation ac
tuelle sont demeurées identiques depuis le début du xvine siècle et leur évo
lution partir du Moyen Age ce moment ne fut que la completion
élément par élément du modèle achevé elle présenta alors Ces siècles de
stabilité remarquable de la maison traditionnelle ne se fondent nullement sur
une construction durable les éléments végétaux qui la constituent exigent au
contraire son renouvellement fréquent tous les cinquante ans en moyenne si
bien que cette permanence formelle exprime dans une réédification constante
de son support matériel application entre cent autres du rythme cyclique qui
sous-tend la civilisation extrême-orientale
Cette longue genèse et cette quasi-immuabilité ont incarné peu peu dans la
maison et abord dans la résidence aristocratique la plupart des valeurs
fondamentales de la société japonaise celles qui président exercice de la vie
familiale et collective et en ont fait le cadre élu des relations sociales en impri
mant dans ses formes les hiérarchies qui les fondent et les valeurs religieuses
orientation cultes domestiques) esthétiques normes du goût national et tech
niques modes appréhension de la matière des fins de transformation qui en
sont essentielle référence
670 PEZEU-MASSABUAU LA MAISON JAPONAISE
Comme en tout pays les formes moyennes de la maison sont issues de la
rencontre de la construction populaire traditionnelle et de architecture ap
parat élaborée par aristocratie Plus encore ici en Occident la tradition ar
chitecturale été observée hiérarchiquement2 idéal formel né dans les palais
et les temples et qui concentrait la plupart des valeurs civilisatrices totalement
imprégné du vue au xvine siècle habitation populaire urbaine et rurale au
point de en laisser de témoins peu près purs en quelques secteurs reculés
Ainsi étendit progressivement la totalité de la collectivité japonaise un idéal
du vrai du beau et du bien incarné dans un certain type habitation
Toutefois la brève durée du matériau choisi le bois et retirement du pays
sur quelque 000 kilomètres 000 avec les Ryûkyû travers des milieux
naturels climatiques surtout fort divers opposaient cette évolution comme
faisaient aussi les inégalités sociales et de fortune La standardisation de tous les
éléments de la maison niant certains de ces obstacles et sanctionnant les autres
la rendit la fois possible et nécessaire
Une standardisation ancienne et comprehensive de la maison
Les deux systèmes de standardisation
Que ce soit au spectacle des tatami les nattes qui en recouvrent unifor
mément le sol de dimension en apparence constante et de proportion presque
toujours égale ou celui des piliers dont les intervalles identiques ryth
ment ses parois la construction standardisée de la maison japonaise se révèle
observation la plus rapide fig Des mesures plus précises permettent de
FIG Ossature générale de la maison
671 PRATIQUES ET CULTURES
nuancer cette impression en certains cas les tatami montrent des dimensions
absolument égales et sont partout interchangeables tandis que intervalle entre
les supports varie légèrement ailleurs est ce dernier qui demeure constant
tandis que les tatami eux-mêmes accusent des différences sensibles que condi
tionne leur disposition dans la pièce
Uchinori et shinshin Il est pas de maison japonaise qui ne relève de
un ou autre de ces deux systèmes fig 2) désignés respectivement sous les ter-
-90 -60 ><- -90- -><- -120-
----
Illil 111111 111111 1111111 1111111 1111111 lilil
--
-9 5- -9 -12.60-
<515> -1260 -9
Comparaison propos ïune construction de parti identique
des systèmes shinshin et uchinori après Engel)
Shinshin trame carrée de ken de côté Centre des piliers au croisement des axes Les
tatami doivent être de dimensions différentes
Uchinori espacement des piliers est défini par les dimensions des différents grou
pements de tatami pièces) ces derniers étant au départ de dimensions égales
672 PEZEU-MASSABUAU LA MAISON JAPONAISE
mes uchinori lorsque élément invariable est constitué par le tatami et de
shinshin il est représenté par entre-axe des piliers Par exemple au
cas fréquent une pièce de six tatami un calcul simple montre avec le sys
tème shinshin il est impossible que toutes les nattes aient la même longueur
et la même largeur une de ces deux dimensions doit être différente pour deux
entre elles au moins pour que toute la surface recouvrir le soit parfaitement
En revanche au cas du système uchinori tous les tatami étant identiques au
départ est la disposition des piliers leur écartement qui doit varier légè
rement3
Ces deux systèmes demandent ainsi des méthodes différentes pour élaborer
le plan une maison Le shinshin est théoriquement le plus simple une
pièce de huit tatami sera parfaitement carrée étant tracée comme telle au
départ dans le système uchinori et sauf au cas où la surface des tatami est
exactement égale deux carrés qui est pas le plus général) les deux côtés de
cette pièce seront légèrement différents On voit que dans le premier cas les
piliers et tous les éléments horizontaux linteaux etc. qui les réunissent seront
de dimensions constantes et pourront être ainsi taillés avance en grande
quantité condition de base de la standardisation en ira de même des cloisons
coulissantes puisque les intervalles elles ont remplir sont au départ iden
tiques Dans le cas opposé la tâche du charpentier consistant cerner des
groupes de tatami donnés 10) il agira au contraire un travail
ajustement long et minutieux Le calcul montre que si la longueur des nattes
est de 63 shaku le shaku vaut 303 mm et sa dixième partie est le sun
303 cm et le côté des piliers de sun soit 132 cm) la distance entre les axes
de deux piliers consécutifs variera de 67 shaku si la largeur de la pièce est de
tatami 64 pour tatami En revanche tous les éléments mobiles tatami
cloisons et fenêtres pourront adapter importe quelle partie de la maison
importe quelle maison de la ville ou de la région où on utilise des tatami de
dimension identique
Or la carte de la standardisation fig montre il existe plusieurs types de
tatami dans les régions de système uchinori Outre le kyôma de la région
de Kyoto et occupant les trois quarts de ouest de archipel le plus grand
68 315 shaku et le seul dont la longueur soit supérieure au double de la lar
geur on trouve en effet le chûkyôma dans les régions de Nagoya et
de Fukui le roku-ichima 61 305 dans les Okayama et
Iroshima traces inakama 58 29 dans le Hokuriku septentrional et
le sagama 62 31 dans la région de Saga Kyûshû
Au total si la méthode uchinori immense avantage de permettre la
standardisation des cloisons coulissantes des tatami et de tous les éléments
mobiles de la construction comme le seraient chez nous portes et fenêtres elle
apparaît fort complexe dans sa théorie et en pratique le plan est tracé sur la
trame correspondant la longueur un tatami augmentée de la section du
pilier ce qui en rend le dessin aussi aisé que pour le shinshin La carac
téristique majeure de celui-ci étant de disposer au départ les piliers des inter
valles rigoureusement identiques shaku == 180 m) toutes les distances inté
rieures de la maison sont soit des multiples soit des fractions de ce nombre Les
calculs montrent cependant il faut prévoir alors six types de tatami dif
férents pour garnir toutes les pièces réalisables le fabricant de nattes vient pren
dre les mesures intérieures avant de se mettre au travail alors que son collègue
673 PRATIQUES ET CULTURES
Hokkaido KANSAI
24 Shiga TOHOKU
25 Mie Aomori
26 Kyoto Iwate 27 Nara Akita
28 Wakayama Miyagi
29 Osaka Yamagata
30 Hyogo Fukushima
CHUGOKU
KANTO 31 Tottori
Ibaragi 32 Okayama
Tochigi 33 Shimane
10 Gunma 34 Hiroshima
11 Chiba 35 Yamaguchi
12 Saitama
13 Tokyo
14 Kanagawa
FIG Dimensions régionales du tatami shinkai En haut les préfectures
674 PEZEU-MASSABUAU LA MAISON JAPONAISE
de Ouest se contente de puiser dans son magasin les éléments tous identiques
il lui faut pour garnir toute la maison
Répartition des deux systèmes- est fort nettement en apparence que ces
deux systèmes se partagent archipel ng une ligne unissant Nagoya la
baie-dé Wàkasa sépare au nord la zone shinshin des régions uchinori
qui occupent toute la moitié occidentale de Honshu ainsi que Shikoku et
Kyûshû Dans le détail cependant des flots du système opposé apparaissent dans
les deux zones tandis que celles-ci montrent elles-mêmes des subdivisions Le
système uchinori en présente cinq dont la plus vaste est a-t-on dit celle
occupe le tatami kyôma Le système shinshin en montre que
FIG Extension respective des systèmes de construction
shinshin et uchinori
675 PRATIQUES ET CULTURES
quatre celle ïOkayama ken 65 shaku kyôma-shinshin celle du
nord-est et du centre du Tôhoku 63 shaku roku-ichima-shinshin celle du
nord de la préfecture Akita 52 shaku koma-shinshin et surtout celle qui
occupe tout le reste de la zone septentrionale compris Hokkaido shaku
inakama-shinshin Au total donc le système kyôma pour les régions
uchinori tatami de 68 315 shaku et inakama-shinshin pour la
zone du shinshin intervalle de entre les axes des piliers se partagent
peu près également les 5/6 de archipel le premier dominant Kyoto Osaka
et dans lOuest le second Tokyo et dans presque tout le nord-est du pays
Dans chacune de ces régions une parfaite homogénéité règne entre la ville
et les campagnes celles-ci ayant adopté le système de la cité dont elles dépen
dent et autres traits essentiels de la construction paraissent également avoir
été harmonisés le côté du pilier par exemple de 35 sun dans le Nord-Est de
sun dans Ouest) le matériau de couverture la tuile étant traditionnelle que
dans Ouest impact de la standardisation de la construction par région
apparaît ainsi fort compréhensif et on pu partu- des anciens traités de char-
penterie le cartographier une quinzaine de régions se révèlent ainsi qui cor
respondent des types de construction parfaitement homogènes on peut les
regrouper commodément en deux grandes familles dans les régions de Ouest
la toiture est de tuile ossature ne comporte pas de sablière inférieure et est le
tatami qui sert assise la standardisation le pilier une section de sun
dans Est la plupart des constructions comportent une sablière inférieure la
couverture est de chaume ou de roseaux sauf sur le Pacifique le pilier 35
sun de côté et intervalle qui lui est associé sert de mesure de base pour toute la
construction de la maison
volution et interaction la base du problème de la genèse et de la mise en
place de ces deux systèmes de standardisation existent deux constatations appa
remment contradictoires une part le shinshin caractérise grosso modo les
régions les plus tardivement acquises espace national le Nord-Est tandis
que uchinori observe dans celles qui virent naître le peuple et la civili
sation japonais Kyûshû et surtout Kyoto la capitale dont le nom Kyô la
capitale désigne le modèle de tatami le plus répandu Or on sait que la généra
lisation de ces nattes ne remonte guère époque Momoyama 1573-1615
avant laquelle elles servaient seulement de sièges mobiles dans les palais et les
temples ne recouvrant entièrement le sol que dans la salle étude des moines
zen shoin On ne saurait assigner la standardisation fondée sur le tatami
une origine plus ancienne que ce dernier si bien que ce sont les régions les plus
anciennement civilisées du pays qui standardisent leurs maisons selon le système
le plus récent
Les anciens traités de charpenterie nous montrent effectivement avant le
xvne siècle est entre-colonnement qui fondait la trame des édifices Il était
lui-même calculé sur la section du pilier selon un système fort strict appelé
kiwari né de la rencontre de réglementations venues de Chine et usages
élaborés antérieurement dans le pays Le tatami était alors fabriqué uni
quement la demande pour les familles nobles ou les temples qui seuls les
utilisaient Généralisé par la mode dans la bourgeoisie marchande au début du
xvne siècle il devint une marchandise de présentation homogène dont les
dimensions se fixèrent naturellement sur intervalle séparant les piliers dans le
676 PEZEU-MASSABUAU LA MAISON JAPONAISE
système en vigueur intervalle dont cette natte devint désormais la seule déposi
taire Dès lors emplacement des piliers lui fut soumis et se mit varier
légèrement en fonction du nombre de tatami de chaque pièce
Ce passage du système shinshin uchinori affecta abord que les
pièces en tatami et étendit dans la maison avec les conquêtes de ce dernier
plus tard cependant il embrassa également les parties qui ne devaient jamais
recevoir de nattes les circulations la cuisine et espace en terre battue de
entrée est de Kyoto la capitale impériale que le tatami conquit peu peu
tout Ouest en commen ant par les villes où les corporations de charpentiers le
divulguèrent plus rapidement que dans les campagnes Finalement toutefois
celles-ci furent gagnées leur tour
Dans le Nord-Est plus éloigné de la capitale cet usage se généralisa bien
plus tardivement et plus lentement Le système shinshin apporté ici par les
premiers occupants révélait une inertie plus grande entretenue par le moindre
degré urbanisation et le fait que les dimensions de base shaku ne cor
respondaient pas celles du tatami de Kyoto 68 shaku) les règlements de
construction édictés par leyasu Tokugawa et les daimyô locaux sanctionnèrent
cette situation si bien que alors que tout Ouest ou peu près passait au
système uchinori le Nord-Est tout en adoptant le tatami demeurait fidèle
au shinshin
Il est délicat de fixer avec précision les étapes de cette standardisation de la
maison japonaise partir du système kiwari venu de Chine On observe
pour la première fois dans des mémoires de charpentiers de Kyoto datant de
époque Muromachi au xve siècle et autres documents font état de la profes
sion de marchand de bois disons éléments préfabriqués) réservée la
classe roturière en 1548 essor des villes féodales époque Tokugawa
1615-1868 accumulait dans ces cités nouvelles des déracinés nobles négo
ciants et artisans qui ne pouvaient que adresser ces marchands et aux
charpentiers des corporations pour édification de leur demeure Ce furent les
piliers et les poutres qui se standardisèrent donc les premiers héritage du
kiwari ensuite les tatami bien que ceux-ci soient demeurés ce jour
amovibles Les cloisons coulissantes suivirent bien plus tard est en 1714 seu
lement que la première mention un grand marchand de ces éléments
tategu établi Kyoto apparaît dans les archives Intégrant la hauteur des
pièces leurs dimensions horizontales elles représentaient logiquement le der
nier stade de la normalisation de la construction
La carte des différentes régions et sous-régions de shinshin et
uchinori fig révèle bien plus une simple répartition géographique
est/ouest leur coïncidence avec les anciennes circonscriptions féodales dont
elles épousent avec fidélité les contours et ceux des enclaves isolées fût-ce au
sein de la zone que caractérise le système opposé de sorte que les familles
structurales de maisons se distinguent selon leur appartenance une aire poli
tique donnée nullement selon tel ou tel élément du milieu naturel Il en va ainsi
en bien des pays et par exemple dans nos provinces Occident cette dif
férence essentielle près au Japon ce qui varie est pas la forme des cons
tructions nombre étages galbe du toit nature du sol... mais seulement les
mesures de celles-ci dont le parti demeure par ailleurs rigoureusement identique
partout Il ne saurait donc agir ici de traditions régionales alsacienne fla
mande ou lombarde remettant en question toute une conception de la maison
677 ET CULTURES PRATIQUES
mais de variations mathématiques abstraites altérant en rien un type unique
habitation nationale
Cette coïncidence de variations théoriques un modèle unique et de leur
insertion précise dans la trame des anciennes circonscriptions féodales suggère
fortement le caractère officiel de la standardisation que innombrables docu
ments viennent par ailleurs attester Avant en étudier le comment et le pour
quoi il importe de bien voir cependant le caractère global une telle emprise
sur espace habité Comprimé de civilisation la maison est pas seulement
une portion étendue structurée dans son actualité objet elle est encore la
projection sur trois dimensions une image idéale de espace habité élaborée
par chaque civilisation somme de désirs et interdits système usages cons
tamment remis en question par évolution inhérente toute société Elle est
aussi le résultat un faire qui oriente vers la réalisation de cette image outils
gestes et procédés On con oit que toute entreprise de standardisation doive
pour être efficace étendre amont au moins ce stade génétique et
intégrer tous les actes il comporte agissant une construction de bois ce
sont les charpentiers dont action dut être orientée dans la direction voulue
Le charpentier agent de la standardisation
Comment travaille le charpentier japonais Le charpentier est tradition
nellement au Japon le maître oeuvre et tient ainsi le rôle dévolu au ma on
dans notre civilisation de la pierre Seul consulté par le client il dirige les autres
corps de métiers et dans les campagnes où les villageois exécutaient col
lectivement bien des tâches de la construction notre époque il assurait la
direction du chantier Bien plus il est peu de Japonais qui les notions de base
de la maison traditionnelle ne soient familières et chacun peut ici sans risque
erreur être son propre architecte le charpentier représentant la caution du
technicien précisant agencement des pièces de dimensions fixées et des circu
lations le mode de couverture etc. dont il trace lui-même le schéma définitif
Cette compétence remarquable ne se con oit que dans le cadre un système où
tout est prévu standardisé où la gamme des éléments est limitée la taille des
pièces prévue les éléments préfabriqués Le simple assemblage que devient alors
la construction une maison opère ainsi intérieur un réseau étroit et
précis de matériaux et de dimensions outils et de gestes fixés par la tradition
outillage du charpentier japonais diffère largement de celui dont se servent
chez nous les artisans du bois Il atteint vers le début du xvnie siècle un état
où il est maintenu intact la fin de la Seconde Guerre mondiale établi
est remplacé par une poutre appuyée une extrémité sur un chevalet le reste
des opérations tra age etc. se faisant même le sol Les outils se manient
une fa on opposée la nôtre effort appliquant la tirée au cas de la scie
ou du rabot et non en poussant Les scies notamment ont ainsi une forme
caractéristique leurs dents allongeant obliquement vers le manche ce qui les
rend peu utilisables pour un Occidental elles se manient deux mains la pièce
étant maintenue du pied Ces scies sont relativement récentes et leur emploi fut
longtemps réservé aux charpentiers de temple ou de château Elles donnent en
effet des planches régulières bien différentes de celles on obtenait par la
fa on traditionnelle Celle-ci qui consommait beaucoup de bois comportait
678

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.