La mémorisation de récit chez l'enfant d'âge pré­scolaire, origine sociale et accès à l'information stockée en mémoire - article ; n°2 ; vol.86, pg 223-246

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L'année psychologique - Année 1986 - Volume 86 - Numéro 2 - Pages 223-246
Résumé : La mémorisation de récit chez l'enfant d'âge pré-scolaire : origine sociale et accès à l'information stockée en mémoire.
L'objet de l'article est de rechercher les éléments du processus de mémorisation qui seraient responsables des différences entre classes sociales observées dans le rappel de récit. Deux hypothèses sont testées : celle d'un effacement différentiel de l'information conservée en mémoire et celle d'un accès différentiel à cette information. Elles le sont dans le cadre d'un modèle simplifié de la signification du récit qui la représente par un ensemble hiérarchisé et cohérent de propositions organisées en grappes et d'un modèle d'accès : utilisation de ces caractéristiques hiérarchiques et de cohérence pour guider la récupération de l'information mémorielle.
Une expérience de rappel libre immédiat suivi d'un rappel indicé différé (7 jours) des mêmes récits figuratifs a été menée avec deux groupes de 30 enfants de 5 ans contrastés selon l'origine sociale. Les indices utilisés étaient soit des dessins (du récit figuratif) d'importance relative différente soit des dessins illustrant une information inférable à partir du récit.
L'analyse montre que :
— les résultats sont compatibles avec les prédictions faites à partir du modèle d'accès proposé ;
— le rappel moins bon des enfants du milieu défavorisé s'explique par un accès différentiel à l'information stockée en mémoire. Cette infériorité est principalement attribuable à un manque relatif de cohérence dans la signification et au manque d'utilisation de la cohérence existante pour guider l'accès.
Mots clés : signification du récit, accès différentiel, importance relative, cohérence.
Summary : Memorization of stories by pre-school children : social background and access to information stored in memory.
The purpose of this article is to enquire into the elements of the memorizing process likely to be responsible for the observed differences between social classes in the recall of stories. Two assumptions are tested : that of a differential erasure of information stored in memory and that of a differential access to this information. These are tested on the basis of a simplified model of the meaning of stories represented by a hierarchized and coherent set of propositions organized in clusters, and of an access model : to use hierarchical and coherent features for guiding retrieval of memory information.
A test of immediate free recall followed by a differed cued recall (7 days) of the same figurative stories was carried out ivith 2 groups of 30 children, 5 years old, from different social backgrounds. The cues used were either drawings (of the figurative stories) of different relative importance, or of drawings illustrating information that coula be inferred from the story.
The analysis shows that :
— results are compatible with predictions made from the proposed access model ;
— recall by childern coming from disadvantaged social classes being not so good can be explained by a differential access to information stored in memory. This inferiority is principally due to the relative lack of coherence in meaning and to the lack of using the existing coherence to guide access.
Keywords : story meaning, differential access, relative importance, coherence.
24 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mercredi 1 janvier 1986
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Serge Baudet
La mémorisation de récit chez l'enfant d'âge pré­scolaire, origine
sociale et accès à l'information stockée en mémoire
In: L'année psychologique. 1986 vol. 86, n°2. pp. 223­246.
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Baudet Serge. La mémorisation de récit chez l'enfant d'âge pré­scolaire, origine sociale et accès à l'information stockée en
mémoire. In: L'année psychologique. 1986 vol. 86, n°2. pp. 223­246.
doi : 10.3406/psy.1986.29141
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1986_num_86_2_29141Résumé
Résumé : La mémorisation de récit chez l'enfant d'âge pré­scolaire : origine sociale et accès à
l'information stockée en mémoire.
L'objet de l'article est de rechercher les éléments du processus de mémorisation qui seraient
responsables des différences entre classes sociales observées dans le rappel de récit. Deux
hypothèses sont testées : celle d'un effacement différentiel de l'information conservée en mémoire et
celle d'un accès différentiel à cette information. Elles le sont dans le cadre d'un modèle simplifié de la
signification du récit qui la représente par un ensemble hiérarchisé et cohérent de propositions
organisées en grappes et d'un modèle d'accès : utilisation de ces caractéristiques hiérarchiques et de
cohérence pour guider la récupération de l'information mémorielle.
Une expérience de rappel libre immédiat suivi d'un rappel indicé différé (7 jours) des mêmes récits
figuratifs a été menée avec deux groupes de 30 enfants de 5 ans contrastés selon l'origine sociale. Les
indices utilisés étaient soit des dessins (du récit figuratif) d'importance relative différente soit des
dessins illustrant une information inférable à partir du récit.
L'analyse montre que :
— les résultats sont compatibles avec les prédictions faites à partir du modèle d'accès proposé ;
— le rappel moins bon des enfants du milieu défavorisé s'explique par un accès différentiel à
l'information stockée en mémoire. Cette infériorité est principalement attribuable à un manque relatif de
cohérence dans la signification et au manque d'utilisation de la cohérence existante pour guider l'accès.
Mots clés : signification du récit, accès différentiel, importance relative, cohérence.
Abstract
Summary : Memorization of stories by pre­school children : social background and access to
information stored in memory.
The purpose of this article is to enquire into the elements of the memorizing process likely to be
responsible for the observed differences between social classes in the recall of stories. Two
assumptions are tested : that of a differential erasure of information stored in memory and that of a
differential access to this information. These are tested on the basis of a simplified model of the
meaning of stories represented by a hierarchized and coherent set of propositions organized in clusters,
and of an access model : to use hierarchical and features for guiding retrieval of memory
information.
A test of immediate free recall followed by a differed cued recall (7 days) of the same figurative stories
was carried out ivith 2 groups of 30 children, 5 years old, from different social backgrounds. The cues
used were either drawings (of the figurative stories) of different relative importance, or of drawings
illustrating information that coula be inferred from the story.
The analysis shows that :
— results are compatible with predictions made from the proposed access model ;
— recall by childern coming from disadvantaged social classes being not so good can be explained by a
differential access to information stored in memory. This inferiority is principally due to the relative lack
of coherence in meaning and to the lack of using the existing coherence to guide access.
Keywords : story meaning, differential access, relative importance, coherence.L'Année Psychologique, 1986, 86, 223-246 i *°' 'ue C^'V s
Université de Paris-
Centre d'études de psychologie cognitive1
LA MÉMORISATION DE RÉCIT
CHEZ L'ENFANT D'AGE PRÉ-SCOLAIRE.
ORIGINE SOCIALE ET ACCÈS
A L'INFORMATION STOCKÉE EN MÉMOIRE
par Serge Baudet
SUMMARY : Memorization of stories by preschool children : social
background and access to information stored in memory.
The purpose of this article is to enquire into the elements of the memor
izing process likely to be responsible for the observed differences between
social classes in the recall of stories. Two assumptions are tested : that of
a differential erasure of information stored in memory and that of a dif
ferential access to this information. These are tested on the basis of a
simplified model of the meaning of stories represented by a hierarchized
and coherent set of propositions organized in clusters, and of an access
model : to use hierarchical and coherent features for guiding retrieval of
memory information.
A test of immediate free recall followed by a differed cued recall (7 days)
of the same figurative stories was carried out with 2 groups of 30 children,
5 years old, from different social backgrounds. The cues used were either
drawings (of the figurative stories) of different relative importance, or of illustrating information that could be inferred from the story.
The analysis shows that :
— results are compatible with predictions made from the proposed access
model ;
— recall by childern coming from disadvantaged social classes being
not so good can be explained by a differential access to information
stored in memory. This inferiority is principally due to the relative
lack of coherence in meaning and to the lack of using the existing
coherence to guide access.
Keywords : story meaning, differential access, relative importance,
coherence.
1. Centre Universitaire d'Orsay, Bât. 335, 91045 Orsay Cedex. 224 Serge Baudet
L'étude expérimentale de la compréhension et de la mémor
isation de textes a connu, ces dix dernières années, un déve
loppement considérable. Mais les aspects différentiels, particuli
èrement ceux liés à l'appartenance sociale, ont été peu abordés.
Les quelques recherches comparatives dont nous disposons on
mis en évidence un rappel de récit moins bon chez les enfants
issus d'un milieu socio-économique défavorisé. Cette infériorité
apparaît lorsque des enfants de 5 et 10 ans doivent rappeler
oralement ou par écrit un récit présenté sous forme dessinée
(Baudet, 1983, 1984). Cession, Kilen, Denhière et Rondal (1983) la
retrouvent à 5 et 7 ans dans une tâche où les enfants doivent
produire un rappel verbal de récits présentés soit sous forme ver
bale soit sous forme verbale et dessinée.
A quoi attribuer ce rappel moins bon des enfants issus du
milieu défavorisé ? Nos résultats (Baudet, 1984) nous font
écarter l'hypothèse d'une compréhension différente des propos
itions de la base de texte. Les sujets devaient réaliser deux
tâches : 1) produire un récit verbal immédiat à partir d'un récit
présenté sous forme dessinée ; 2) fournir un rappel de ce récit. Dans
la tâche de production, nous n'avons pas pu mettre en évidence de
différences significatives entre les performances des enfants du
milieu défavorisé et celles de leurs pairs du milieu favorisé.
La qualité de la description évaluée par le nombre de proposi
tions décrivant l'information nouvelle était la même. Nous
retrouvions un même effet de l'importance de l'information des
sinée sur cette qualité de la description. Ceci nous conduit égal
ement à rejeter l'hypothèse d'un déficit de production avancée
par Hall, Cole, Reder et Dowley (1977).
La présente expérience a pour but de tester l'hypothèse de
différences cognitives intervenant soit durant la phase de conser
vation de l'information en mémoire soit lors de l'accès à cette
information.
Dans le cadre de notre problématique comparative, ce que nous
voulons savoir, c'est si les différences constatées renvoient à des
structures sémantiques différentes ou à des processus cognitifs
différents.
Il est légitime de considérer que l'effet d'effacement sera
fonction des seules caractéristiques structurales de l'information
stockée en mémoire. Par contre, l'accès en mémoire sera déterminé
par ces caractéristiques structurales et par les processus mis en
jeu pour accéder à l'information mémorielle. Mémorisation de récit 225
MODÈLE D'ACCÈS EN MÉMOIRE
Les structures
Nous supposons qu'après avoir compris un texte, ce qui est
stocké en mémoire — la représentation de ce qui est dit dans le
texte, sa signification terminale — peut être conçu comme un
ensemble structuré de propositions, homologues psychologiques,
des propositions logiques (voir Le Ny, 1979, 1982). Cet ensemble
est hiérarchisé et pourvu de cohérence (Kintsch et Van Dijk, 1978).
Pour les besoins de notre étude comparative, nous raisonne
rons ici sur une structure de la signification proposée par Denhière
(1983 a). Cet auteur envisage 3 niveaux d'importance relative :
— noyau (N) : auquel sont attribuées les propositions importantes,
celles appartenant à la macrostructure sémantique, celles qui
représentent l'essence du texte (Van Dijk, 1977) ;
— expansions importantes (E^ : propositions qui sont expans
ions importantes des propositions-noyaux ;
—non importantes (E2).
La signification peut être considérée comme un n-tuple de
grappes construites en expansion d'une proposition-noyau.
/\
Illustration non autorisée à la diffusion
/\ E,
Dans la description proposée ci-dessus, la cohérence est illus
trée par des arcs, les propositions par des nœuds. Avec Van Dijk
(1980), nous pensons que chacun de ces nœuds et de ces arcs
requiert une interprétation sémantique. En première approxi
mation, nous considérons que ces arcs sont représentations :
— soit de relations entre les faits dénotés par les propositions
qu'ils connectent ;
— soit de relations relatives au thème du discours. Les propos
itions sont connectées car elles appartiennent à un même
espace sémantique (voir chez Van Dijk (1977) les notions de
cohérence referentielle et de cohérence conceptuelle).
AP — 8 226 Serge Baudet
Dans la structure de signification, on peut distinguer 2 niveaux
de cohérence :
— la intra-grappe, celle qui est établie entre une info
rmation-noyau (N) et les expansions qui lui sont subordonnées
(Et et E2) ;
— la cohérence intergrappes, celle qui est établie dans la macro-
structure entre les informations-noyaux.
Les processus d'accès
Avec Kintsch (1982), nous faisons l'hypothèse qu'une stra
tégie efficace pour accéder aux propositions au moment du rappel,
consiste à utiliser les caractéristiques hiérarchiques et de cohé
rence de la représentation, pour guider l'accès. L'utilisation de la
macrostructure a une fonction importante dans le processus
d'accès car une bonne macrostructure peut guider le parcours de
la représentation, une proposition servant d'indice pour une
autre, grâce à leurs relations au nœud superordonné.
Dans le cadre du modèle simplifié de la représentation que
nous avons adopté, nous pouvons formuler de la façon suivante
cette hypothèse :
— c'est au niveau-noyau que l'individu accédera en premier.
L'accès aux propositions de ce niveau se fera par les relations
de cohérence intergrappes ;
— une proposition-noyau étant récupérée, l'individu descendra
dans la hiérarchie via les relations de cohérence intragrappe
pour accéder aux propositions subordonnées. Pour expliquer
l'effet de niveau observé dans le rappel (la probabilité de
rappel d'une information est directement proportionnelle à
son importance), il faut en outre supposer que « la récupé
ration d'une varie en fonction inverse de la
quantité de recherche nécessaire » (Denhière et Lecoutre,
1983). Ceci pourrait, notamment, rendre compte d'une
recherche non-exhaustive.
HYPOTHÈSES CONCURRENTES
H21 Accès en mémoire à une liste de propositions auxquelles
sont associées des probabilités de rappel qui sont fonction
de la quantité de traitement qui leur a été consacrée lors
de la compréhension. C'est l'hypothèse « simple » du Mémorisation de récit 227
modèle de Kintsch et Van Dijk (1978) qui « ne comporte pas
une composante recouvrement : les informations sont récu
pérées avec des probabilités proportionnelles aux probabilités
de stockage » (Kintsch, 1982, p. 189).
H2 2 Structuration à la sortie, lors du processus de récupération,
d'une liste de propositions par l'utilisation de structures
de connaissances formelles — schémas — ou de contenu
— frames, scripts — utilisées à l'entrée pour produire les
inferences nécessaires à la compréhension (Reiser et Black,
1982).
Ces hypothèses sont coucurrentes par le fait qu'elles n'envi
sagent pas un accès en mémoire qui soit déterminé par les carac
téristiques structurelles de la représentation.
OBJECTIFS EXPÉRIMENTAUX
L'expérience de rappel libre et de rappel indicé que nous pré
sentons ici a comme objectif général de tenter de valider le
modèle d'accès proposé. Ses objectifs plus spécifiques sont de
tenter de déterminer :
— si les différences liées à l'origine sociale, précédemment obte
nues dans le rappel libre, renvoient à un accès différentiel
à la représentation ;
— la compatibilité différentielle des résultats avec les hypothèses
retenues ci-dessus.
Trois types d'indices d'aide au rappel ont été utilisés :
IEX dessins véhiculant des informations du récit au sujet des
quelles, grâce à une préexpérience de jugement d'importance,
nous faisons l'hypothèse qu'elles sont représentées par des
propositions de niveau Ex ;
IE 2 dessins véhiculant des informations du récit au sujet des
quelles nous faisons l'hypothèse qu'elles sont représentées
par des propositions de niveau E2 ;
Ii dessins véhiculant des informations non présentes explic
itement dans le récit, mais dont les représentations sont en
relation sémantique (intergrappes) avec une proposition-
noyau. Nous faisons l'hypothèse qu'elles doivent être
inférées, soit à l'entrée, lors de la compréhension, pour
établir la cohérence dans la représentation, soit à la sortie, 228 Serge Baudet
lors du rappel, pour venir remplir les mortaises de la struc
ture de connaissance utilisée lors du recouvrement, et ceci au
même titre que les propositions-noyaux.
VALIDATION DU MODÈLE D'ACCÈS
Le modèle contient des hypothèses sur le processus d'accès à
une représentation hiérarchisée et cohérente qui conduisent aux
prédictions suivantes en ce qui concerne le rappel indicé :
— compte tenu des travaux de Denhière (1985) qui montrent
que l'effet de niveau observé dans le rappel est attribuable
principalement non à un effacement mais à une perte d'accès
qui est fonction de l'importance de l'information sémantique,
nous prédisons que l'information de détail fournira un meilleur
indice de rappel que plus importante car elle
permet l'accès à des informations négligées par une recherche
non exhaustive :
Px efficacité des indices : IE2 > IEX > Ii ;
— comme nous faisons l'hypothèse d'un accès privilégié aux
propositions-noyaux par les relations de cohérence inter
grappes, nous prédisons :
P2 un effet de diffusion de l'accès par les relations de cohérence
intergrappes : la grappe (Gi) à laquelle la représentation de
l'indice est sensée appartenir étant atteinte, la grappe (Gs)
qui lui est directement reliée aura une probabilité de rappel
supérieure à celle de toute autre grappe (Ga) ;
P3 que pour les grappes Gs recouvrées par diffusion de l'accès,
très peu de propositions d'un niveau inférieur au noyau
seront rappelées.
Les autres hypothèses envisagées conduisent aux prédictions
concurrentes suivantes :
— si H2i vrai : P4 absence d'efficacité différentielle des indices :
IEi ~ IE2 — Ii, P5 absence de diffusion de l'accès à partir de
la grappe indicée (Gi) ;
— si H22 vrai : l'information importante sera un meilleur indice
d'aide au rappel que l'information de détail, car ayant sa place
dans les mortaises de la structure de connaissance utilisée lors
du recouvrement, elle va servir d'indice pour récupérer en
mémoire à long terme cette structure. Par contre, l'information Mémorisation de récit 229
de détail » ne peut être un bon indice de recouvrement de l'i
nformation, parce qu'elle ne fournit pas d'indications sur la
façon selon laquelle l'information a été encodée » (Reiser et
Black, 1982, p. 233). Gomme, en outre, l'information véhiculée
par l'indice li est supposée remplir (comme l'information de
Niveau N) les mortaises de cette structure de connaissance, H22
conduit à prédire : P6 efficacité des indices : Ii ^ IEj > IE2.
ORIGINE SOCIALE ET ACCES DIFFERENTIEL
Si les différences entre les milieux sociaux constatées dans le
rappel libre renvoient à un accès différentiel aux propositions
stockées en mémoire, on peut s'attendre à ce qu'elles diminuent,
voire disparaissent dans le rappel indicé. Nous prédisons donc que :
P7 l'interaction type de rappel x milieu sera significative.
Si par contre, ces différences renvoient à un effacement diffé
rentiel, non seulement cette prédiction ne sera pas vérifiée
mais en plus on devrait constater chez les sujets du milieu défa
vorisé une mauvaise performance au rappel à partir de l'indiceIE2.
En effet, pour rendre compte d'un effet de niveau dans le rappel
par un effet d'effacement, il faut admettre que moins une info
rmation est importante, plus sa probabilité d'effacement est
grande. Ayant une forte probabilité d'être « oubliée », elle ne peut
dès lors fournir une bonne aide au rappel.
MÉTHODE
Sujets : deux groupes de 30 enfants (15 garçons et 15 filles) de
5 ans (5;6 ans ± 3 mois) scolarisés dans des écoles urbaines de la Bel
gique francophone participent à l'expérience. Un des groupes provient
d'un milieu socio-économique favorisé, l'autre d'un milieu défavorisé.
La profession et le niveau d'études des parents sont retenus comme
critères pour caractériser les milieux. Milieu favorisé : l'un des parents
doit exercer une des professions suivantes — profession libérale, cadre,
enseignant... L'un des parents doit avoir terminé des études d'un
niveau supérieur aux humanités (Bac), l'autre d'un niveau supérieur
au cycle secondaire inférieur. Milieu défavorisé : les deux parents,
ouvriers salariés ou sans profession, en activité ou au chômage, ne 230 Serge Baudet
doivent pas posséder une qualification professionnelle supérieure à celle
d'ouvrier spécialisé. Ils ne peuvent posséder un diplôme supérieur à
celui de l'enseignement primaire.
Matériel : deux récits figuratifs « maison » et « barque » racontant
les aventures d'un même héros, un géant, sont utilisés. Ils se présentent
sous la forme de deux séries de 30 dessins (adaptation des récits figu
ratifs réalisés par Langevin, 1980). Une seule information nouvelle est
apportée par dessin (voir annexe 1).
ANNEXE 1
Texte narratif obtenu à partir d'un consensus de 13 adultes sur 15
à la tâche de description des dessins du récit figuratif « barque ».
(1) Le soleil brille sur la mer (et) sur la falaise. (2) Le géant arrive.
(3) II s'arrête. (4) II s'asseoit. (5) II est assis. (6) II allonge (les) jambe(s).
(7) II regarde (ses) pied(s). (8) II s'aperçoit qu'ils sont sales. (9) II baisse
les pieds. (10) II les trempe (dans l'eau). (11) De la sueur apparaît
(sur son front). (12) II regarde le soleil. (13) II s'essuie le front. (14) II
descend une main. (15) II se penche. (16) II trempe ses mains. (17) II
prend de l'eau. (18) II la boit. (19) II continue de boire. Un bateau
apparaît. (20) Le bateau avance. Le géant baisse ses mains. (21) Le
géant se penche. Le s'approche. (22) Le géant prend le bateau.
(23) II le soulève. (24) Le géant avale le bateau. (25) Le géant s'étouffe.
(26) II se met les doigts dans la bouche. (27) II retire le bateau. (28) II
redescend le bateau. (29) II dépose le bateau. (30) II regarde le bateau
s'éloigner.
Analyse predicative :
Base de texte : récit « barque »
al = soleil 1.1 Briller (al)
a2 = mer 1.2 Sur (1, a2)
a3 = falaise 1.3 (1, a3)
a4 = géant 2.1 Arriver (a4)
3.1 S'arrêter (er4)
4.1 S'asseoir (a4)
5.1 Assis (a4)
ab = jambes 6.1 Allonger (a4, ab)
a6 = pied 7.1 Regarder [ai, aé)
8.1 S'apercevoir (a4, 2)
8.2 Sales (a6)
9.1 Baisser (a4, a6)
10.1 Tremper (a4, a6)

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