La mesure de la force musculaire chez les jeunes gens. La force de pression, de la main, la traction, la corde lisse, le saut - article ; n°1 ; vol.4, pg 173-199

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L'année psychologique - Année 1897 - Volume 4 - Numéro 1 - Pages 173-199
27 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : vendredi 1 janvier 1897
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Alfred Binet
Nicolas Vaschide
La mesure de la force musculaire chez les jeunes gens. La force
de pression, de la main, la traction, la corde lisse, le saut
In: L'année psychologique. 1897 vol. 4. pp. 173-199.
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Binet Alfred, Vaschide Nicolas. La mesure de la force musculaire chez les jeunes gens. La force de pression, de la main, la
traction, la corde lisse, le saut. In: L'année psychologique. 1897 vol. 4. pp. 173-199.
doi : 10.3406/psy.1897.2893
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1897_num_4_1_2893VIII
LA MESURE DE LA FORCE MUSCULAIRE CHEZ LES JEUNES
GENS. LA FORCE DE PRESSION DE LA MAIN, LA TRACT
ION, LA CORDE LISSE, LE SAUT.
Nous abordons la seconde partie de nos recherches sur la
mesure et la corrélation des forces physiques. Après avoir
étudié chez de jeunes garçons l'état des forces, nous avons
désiré avoir des observations comparatives sur des jeunes
gens. M. Pestelard, inspecteur d'académie à Versailles, voulut
bien nous suggérer l'idée de faire des expériences dans l'Ecole
normale d'Instituteurs de Versailles ; il se chargea d'obtenir
pour nous les autorisations nécessaires, et il nous introduisit
lui-même à l'école, où nous avons trouvé un accueil absolu
ment sympathique de la part de M. Plâtrier, directeur de
l'école, et de M. Provost, économe.
Les recherches à l'école normale d'instituteurs de Versailles
ont été faites plus rapidement qu'à l'école primaire; nous
étions déjà exercés, nous savions exactement ce qu'il fallait
faire, et nous allions droit au but. Le travail n'a pas duré
plus de huit jours pleins1. Nous avons pris les temps de réac
tion simple et de choix, la force au dynamomètre (main et tracverticale), l'ergographe, le saut, le poids, la taille, et un
nombre considérable de mesures anthropologiques, la respirat
ion, le pouls, la capacité vitale, la course, etc. La plupart des
expériences ont été faites dans le cabinet du directeur, et nous
indiquerons chaque fois la technique suivie.
Il serait peut-être utile de faire connaître, surtout aux
lecteurs étrangers, ce qu'est une école normale d'instituteurs.
(1) II est vrai que pour des vérifications sur des points de détails, nous
sommes souvent revenus à l'école. 174 MÉMOIRES ORIGINAUX
Dans un article publié plus loin sur la Consommation du
pain, on trouvera les détails nécessaires sur l'organisation de
ces écoles. Ici, nous ne parlerons que de nos sujets. Ils appar
tiennent à la première, el à la deuxième année de l'école. Ce
sont des jeunes gens d'aspect vigoureux; 13 sont fils de cult
ivateurs et de jardiniers ; 10 sont fils d'instituteurs; les pères
des autres ont des professions diverses, épicier, employé, con
cierge, marchand de vin, etc. Leur âge varie de 14 à 20 ans. Il
v en a :
1 de 20 ans ;
3 de 19 ans;
7 de 18
21 de 17 ans;
11 de IG ans.
Dynamomètre (pression manuelle).
Conditions de Vexpérience. — Les expériences ont été faites
le 4 mai 1897, jour où nous avons été introduits pour la pre
mière fois dans cette école normale. La moitié des élèves a été
étudiée pendant la matinée, et l'autre pendant l'après-
midi ; ils étaient appelés dans le cabinet du directeur, qui
restait présent, ainsi que l'économe. Chaque élève donnait
d'abord, assis, ses réactions simples; ensuite, il se levait, et on
l'invitait à serrer le dynamomètre. A chacun, une courte expli
cation était donnée sur la manière de tenir l'instrument (voir
sur ce point notre précédent travail) ; on l'empêchait de serrer
par à-coup ou d'appuyer l'instrument contre son corps ou
contre un meuble. Chaque fois on l'encourageait, on cherchait à
stimuler sa volonté, et on disait à haute voix le chiffre obtenu ; ce
chiffre était parfois commenté par le directeur et l'économe.
Chaque élève devait serrer l'instrument alternativement des
deux mains, en commençant par la main droite ; il faisait
10 pressions de chaque main (ce qui durait 2 minutes et demie).
On ne l'avertissait pas d'avance des pressions qu'il aurait à
faire ; mais quand il arrivait à la seizième pression, on lui
disait qu'il n'en restait plus que 4. Cette indication a dû influer
sur la dépense de volonté. C'est un point qui mériterait d'être
étudié de près. Il nous semble qu'on doit graduer autrement
son effort suivant qu'on sait ou ne sait pas quel nombre
de pressions il faudra faire1.
(1) Conf. le livre de Binet et Henri sur la Fatigue intellectuelle, où cette
question est traitée à propos du travail intellectuel.
Nous avons dit souvent qu'il faut craindre la simulation partout, de la ■
A. BINET ET N. VASCUIDE. — MESURE DE LA. FORCE MUSCULAIRE 175
Force de pression. — Les chiffres exprimant les moyennes
de 10 pressions sont les suivants :
Force elynamometrique.
(40 jeunes gens de 16 à 18 ans.)
Main droite. Main gauche.
Moyenne arithmétique de 10 pressions. . 39,98 35,05
1« groupe 48,80 43.15
2e . 41,10 36,15
3° groupe 37,10 34,20
4e 32,20 29,20
Calculons maintenant la valeur moyenne de la première
première pression au dynamomètre ; nous avons :
Main droite. Main gauclie
Kg. Kg.
Moyenne arithmétique 40,57 36,82
1er groupe 48,50 43.36 2e 42,30 37.40
3" groupe 38,20 34,30
4° 33.18 31.5
Ces chiffres sont comparables à ceux que nous avons
recueillis à l'école primaire, puisqu'ils ont été pris avec les
mêmes instruments. Ils prouvent qu'entre les deux groupes
de sujets il y a une différence du simple au double, les enfants
de 12 ans ayant une Force de pression de 23 kilos environ,
et les jeunes gens de 17 ans ayant une force de 40 kilos
environ. C'est un écart très considérable. Il y aurait donc
un gain égal à environ 3 kilos par an, entre l'âge de 12 ans et
celui de 18.
La différence entre les deux mains, pour nos jeunes gens, est
d'environ 4 kilos.
part des personnes les plus sérieuses. En voici un exemple bien curieux, il
nous est fourni par un élève-maître, un grand garçon de 17 ans, futur
instituteur, et qui à première vue semble donner de sérieuses garanties
de sincérité; il a commis une tricherie grossière, et volontaire, réfléchie.
En serrant au dynamomètre., il poussait avec le petit doigt l'aiguille du
cadran et amenait un chiffre de pression égal à 60 kilogrammes, alors que
sa force vraie est de 32 kilogrammes; c'est cette différence énorme entre
cette force simulée et sa force réelle, que nous connaissions par d'autres
expériences, qui nous donna l'éveil; nous nous abstînmes de faire à ce sujet
■Li moindre remarque, jusqu'à ce qu'il eût terminé ses pressions: on put
alors le convaincre de tricherie. Cet exemple montre d'abord que la méfiance
est le premier devoir de l'expérimentateur, et en second lieu qu'on peut
tricher même avec le dynamomètre, ce dont jusqu'ici personne n'avait donné
.d'exemple. 176 MÉMOIRES ORIGINAUX
Nous avons construit les graphiques du développement de la
force musculaire ; et ces sont peut-être moins
u
yr
ïl
m. a
Fig. 30. — Tracé collectif dune série de dix pressions au dynamomètre.
M. dr., main droite; m. g., main gauche. Le nombre de kilos est indiqué
sur la colonne verticale de gauche. Les deux graphiques supérieurs sont
ceux des jeunes gens de l'école normale; les deux inférieurs sont ceux de
élèves de Tccole primaire.
intéressants par les faits nouveaux qu'ils contiennent, que par
les causes d'erreurs qu'ils mettent en relief; ces causes BINET ET N. VASCHIDE. — MESURE DE LA FORGE MUSCULAIRE 177 A.
d'erreur concernent la représentation graphique des phéno
mènes. Nous avons fait deux espèces de graphiques, qui
diffèrent entre eux seulement par l'échelle, et cette seule
différence suffit pour en changer complètement l'aspect. Dans
le premier graphique (fig. 1) une différence d'un kilo corres-
ifelD-
ig. 37, Graphique collectif de l'expérience du dynamomètre (main droite)
chez 40 jeunes gens. Ce graphique est le même que le graphique supérieur
de la figure précédente, seulement l'échelle est différente. En colonne à
gauche est indiqué le nombre total des pressions produites pour les jeunes
pond à une graduation de 8 millimètres, tandis que dans le
second graphique (fig. 2 et fig. 3) cette même différence d'un kilo
correspond à une de 6 centimètres. Il en résulte que
dans le premier graphique les changements successifs de force
musculaire paraissent insignifiants, et l'ensemble du tracé
indique seulement une diminution très lente et assez régulière
de la force depression. Au contraire, dans le second type degra-
i.'année psychologique, iv. 12 178 MÉMOIRES ORIGINAUX
phique (fîg. 36 et 37) la courbe est moins simple ; elle présente
bien, comme dans la précédente, une diminution progressive de
la force, mais cette diminution est précédée d'une période initiale
d'augmentation de force, et elle est suivie d'aug-
l'ïha-
Fig. 38. — Graphique collectif d'une expérience de dynamomètre (main
gauche) chez 40 jeunes gens. Ce graphique est le même que celui qui
occupe la deuxième place, en partant du haut, dans la figure 35; il n'y a
qu'une différence d'échelle.
mentation finale ; elle est donc comprise entre deux phases
d'augmentation dont l'importance est bien accusée par l'échelle
agrandie de ce graphique, phase dont on ne soupçonne pas,
pour ainsi dire, la présence dans le premier graphique à
l'échelle réduite.
Cet exemple montre quelles peuvent être les sources d'erreur A. BINET ET N. VASCHIDE. — MESURE DE LA FORCE MUSCULAIRE 179
produites par la représentation graphique des phénomènes.
Les deux graphiques que nous venons de comparer pourraient
servir de point de départ à des interprétations absolument
différentes, bien qu'ils correspondent à un seul et même phé
nomène ; et comme l'échelle d'un graphique est chose absolu
ment arbitraire, il semble qu'on ne peut pas décider laquelle
des deux échelles employées est la meilleure, et si par consé
quent il vaut mieux employer une échelle de 8 millimètres, ou
une échelle de 6 centimètres par kilogramme de pression. Il y
a certainement quelque chose à faire pour la réglementation
de la représentation graphique des phénomènes, et en particul
ier pour le choix de l'échelle qu'il convient d'adopter.
Il faut faire une autre critique générale à cette méthode de
représentation. Nous venons de l'employer, pour exprimer les
changements moyens de pression chez 42 élèves pendant dix
expériences de chaque main, et pour établir le graphique on a
calculé la moyenne de toutes les pressions de même rang don
nées par les 42 élèves ; ainsi on a pris la moyenne de toutes
les premières pressions, de toutes les secondes, et ainsi de
suite, moyennes indiquées dans notre tableau I.
Tableau I. — 20 Pressions successives au dynamomètre (mains droite
et gauche). 40 jeunes gens.
36,81 37 36,54 34,83 35,27 35,65 Main gauche. 36,32 35, 2 34,29 35,03 35,10
40,57 40,70 30,17 38,77 40,12 39,98 droite . 41, 12 40, 50 39,41 38,60
II y a lieu de se demander si l'on est en droit de le faire, et si
cette application de la méthode des moyennes est justifiée.
Nous pensons qu'on doit faire une distinction : il y a des cas où
cette méthode doit être employée, car elle donne une image
fidèle de la réalité ; il y a au contraire d'autres cas où cette
même méthode, loin de représenter la vérité, devient une source
d'erreur, et donne une image trompeuse de la marche des
phénomènes. Comme c'est une question intéressante, nouvelle
et d'une portée générale, nous nous y arrêterons un moment.
Prenons un exemple du cas où la représentation graphique MÉMOIRES* ORIGINAUX 180
d'une succession de moyennes nous paraît légitime ; cet
exemple nous est fourni par un ancien travail de Binet et
Henri sur la Mémoire des phrases*. On lisait aux quarante
élèves d'une classe un récit, qu'ils devaient reproduire ensuite
de mémoire. Pour représenter les résultats de cette expérience,
en indiquant non seulement le nombre d'oublis commis par les
quarante élèves, mais encore la répartition de ces oublis dans
les différentes parties du récit, on procédait de la manière
suivante : le récit lu aux élèves était divisé en un certain
nombre de propositions qui étaient écrites successivement le
long de l'abscisse ; et on portait en ordonnée le nombre d'oublis
commis par toute la classe, pour chacune des propositions ; on
avait ainsi l'indication graphique du nombre des oublis pour
chaque proposition successive, et plus le nombre des oublis
était grand, plus le tracé s'élevait au-dessus de l'abscisse. Ce
mode de représentation nous paraît dans ce cas très correct,
parce qu'il indique d'une façon exacte le nombre absolu d'erreurs
commises par toute la classe pour chacune des propositions du
récit.
Il n'en n'est plus de même pour la représentation graphique
da la force musculaire dans nos expériences avec le dynamom
ètre. La courbe n'indique pas exactement la marche de l'expé
rience ; en effet, supposons que pendant les vingt pressions au
dynamomètre une partie des élèves ait donné des
régulièrement croissantes, et que la dernière pression qu'ils
ont faite soit supérieure de 5 ou 6 kilos à la première ; suppo
sons, en outre, qu'une autre partie des élèves, plus nombreuse
que la précédente, ait donné des pressions régulièrement décrois
santes, et que la décroissance de ce second groupe de sujets
soit un peu supérieure à l'accroissement de force du premier
groupe : si l'on fait la moyenne de toutes les pressions du
même rang et qu'on traduise cette moyenne par un graphique,
on aura une représentation qui ne correspondra nullement à
la vérité, car elle montrera une décroissance légère de force
musculaire, alors qu'en réalité il s'était produit pour les uns
un accroissement régulier et marqué, tandis que pour les
autres il y avait eu une décroissance également très marquée ;
en faisant l'addition algébrique des différences individuelles,
c'est-à-dire en les supprimant, la méthode arrive dans ce cas à
une moyenne qui ne correspond à rien de vrai.
(1) Voir Année psychologique, I, p. 1. B1NET ET N. VASCHIDE. — MESURE DE LA FORCE MUSCULAIRE 181 A.
Cette supposition n'est pas une simple hypothèse, faite dans
l'intention d'imaginer des causes d'erreur qui sont possibles,
mais qui ne se sont pas réalisées. En examinant attentivement
les résultats individuels de nos expériences dynamométriques
Fig. 39. — Graphique collectif de la force musculaire au dynamomètre chez
10 jeunes gens forts, chez 10 jeunes gens moyens et chez 10 jeunes gens
faibles. Main droite.
nous avons vu que la décroissance de force musculaire pendant
les dix pressions de chaque main n'est nullement un fait génér
al, comme l'indiquait le graphique des figures 36 et 37, et que
plusieurs individus présentent au contraire une augmentation
progressive de force qui persiste pendant les dix pressions : c'est
ce que montrent les six graphiques suivants, dont trois (fig. 38)
concernent la main droite et trois (fig. 39) la main gauche ; ils
ont été obtenus en formant trois groupes de sujets d'après leurs

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