La morbidité dans les ménages originaires du Maghreb, sur la base de l'enquête Santé de l'Insee, 1991-1992 - article ; n°6 ; vol.53, pg 1155-1184

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Population - Année 1998 - Volume 53 - Numéro 6 - Pages 1155-1184
Khlat (Myriam), Sermet (Catherine), Laurier (Dominique).- La morbidité dans les ménages originaires du Maghreb, sur la base de l'enquête Santé de l'Insee, 1991-1992 Sur la base des données de l'enquête Santé Insee-Credes de 1991-1992, cet article décrit la morbidité, ainsi que d'autres indicateurs liés à la santé, au sein des ménages à chef ressortissant d'un pays du Maghreb. Toutes les analyses sont ajustées sur l'âge et la CSP, et la comparaison est faite par rapport aux membres des ménages à chef français. Il apparaît que les membres des ménages originaires du Maghreb déclarent beaucoup moins de maladies, avec un écart plus important pour les hommes que pour les femmes. L'examen des différences par chapitre de la classification des maladies met en évidence une protection remarquable des hommes par rapport aux maladies de l'appareil circulatoire, et à l'opposé une surexposition des femmes aux maladies endocriniennes et métaboliques. Du point de vue des facteurs de risque pour la santé, l'analyse montre que les hommes, dans ces ménages, fument autant que ceux du groupe de référence, mais les femmes significativement moins, et qu'en revanche celles-ci souffrent d'un problème de surpoids, avec une proportion d'obèses deux fois plus élevée que dans le groupe des ménages à chef français. Ces résultats, en accord avec ceux d'une étude précédente sur la mortalité différentielle des immigrés marocains en France, sont discutés en termes de problèmes de déclaration, de facteurs de sélection et de facteurs de protection.
Khlat (Myriam), Sermet (Catherine), Laurier (Dominique).- Morbidity in households of North African origin, based on the Insee health survey, 1991-1992 Using data from the Insee-Credes Health Survey for 1991-92, this article describes the morbidity and other health-related indicators of households whose head is of North African origin. All the analyses are adjusted by age and socio-occupational category and a comparison is made with members of French-headed households. Members of households whose head is of North African origin are found to report far fewer illnesses, the disparity being greater for men than for women. An examination of the differences by the chapters in the classification of illnesses reveals a remarkable protection of men with respect to diseases of the circulatory system, whereas women have a disproportionate risk of endocrine and metabolic diseases. As regards the health risk factors, the analysis shows that male members of these households smoke as much as those of the reference group but the women significantly less. On the other hand, the latter have a weight problem, the proportion who are obese being twice that of the group of French-headed households. These findings are consistent with those from an earlier study of differential mortality of Moroccan immigrants in France and are discussed in terms of misreporting, selection effects and factors of protection.
Khlat (Myriam), Sermet (Catherine), Laurier (Dominique).- La morbilidad en los hogares de origen magrebí según la Encuesta de Salud del INSEE (Institute Nacionál de Estadística y Estudios Económicos), 1991-1992 Este artículo describe la morbilidad y otros indicadores relacionados con la salud de los hogares cuyo jefe es originario de un pais del Magreb, basándose en los datos de la Encuesta de Salud del INSEE-CREDES de 1991-1992. Todos los análisis se ajustan por edad y categoria socio-profesional, y se realizan comparaciones con miembros de hogares cuyo jefe es francés. Taies comparaciones muestran que los miembros de hogares de origen magrebí declaran muchas menos enfermedades, con diferencias más importantes entre hombres que entre mujeres. El análisis de las diferencias según enfermedad pone en evidencia una ventaja importante de los hombres frente a las enfermedades del aparato circulatorio y una debilidad de las mujeres a enfermedades de origen endocrino y metabólico. En cuanto a fac- tores de riesgo para la salud, el análisis muestra que los hombres de estos hogares fuman tanto como los hombres de los hogares de referencia (franceses) pero las mujeres fuman menos; sin embargo, estas sufren de exceso de peso - la proporción de obesas es dos veces más elevada que en el grupo de hogares de jefe francés. Estos resultados, que coinciden con las conclusiones de un estudio anterior sobre la mortalidad diferenciál de los immigrantes marroquies en Francia, se discuten en este artículo en términos de problemas de declara- ción, de factores de selección y de factores de protección.
30 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : jeudi 1 janvier 1998
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Myriam Khlat
Catherine Sermet
Dominique Laurier
La morbidité dans les ménages originaires du Maghreb, sur la
base de l'enquête Santé de l'Insee, 1991-1992
In: Population, 53e année, n°6, 1998 pp. 1155-1184.
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Khlat Myriam, Sermet Catherine, Laurier Dominique. La morbidité dans les ménages originaires du Maghreb, sur la base de
l'enquête Santé de l'Insee, 1991-1992. In: Population, 53e année, n°6, 1998 pp. 1155-1184.
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Khlat (Myriam), Sermet (Catherine), Laurier (Dominique).- La morbidité dans les ménages originaires du
Maghreb, sur la base de l'enquête Santé de l'Insee, 1991-1992 Sur la base des données de l'enquête
Santé Insee-Credes de 1991-1992, cet article décrit la morbidité, ainsi que d'autres indicateurs liés à la
santé, au sein des ménages à chef ressortissant d'un pays du Maghreb. Toutes les analyses sont
ajustées sur l'âge et la CSP, et la comparaison est faite par rapport aux membres des ménages à chef
français. Il apparaît que les membres des ménages originaires du Maghreb déclarent beaucoup moins
de maladies, avec un écart plus important pour les hommes que pour les femmes. L'examen des
différences par chapitre de la classification des maladies met en évidence une protection remarquable
des hommes par rapport aux maladies de l'appareil circulatoire, et à l'opposé une surexposition des
femmes aux maladies endocriniennes et métaboliques. Du point de vue des facteurs de risque pour la
santé, l'analyse montre que les hommes, dans ces ménages, fument autant que ceux du groupe de
référence, mais les femmes significativement moins, et qu'en revanche celles-ci souffrent d'un problème
de surpoids, avec une proportion d'obèses deux fois plus élevée que dans le groupe des ménages à
chef français. Ces résultats, en accord avec ceux d'une étude précédente sur la mortalité différentielle
des immigrés marocains en France, sont discutés en termes de problèmes de déclaration, de facteurs
de sélection et de facteurs de protection.
Abstract
Khlat (Myriam), Sermet (Catherine), Laurier (Dominique).- Morbidity in households of North African
origin, based on the Insee health survey, 1991-1992 Using data from the Insee-Credes Health Survey
for 1991-92, this article describes the morbidity and other health-related indicators of households whose
head is of North African origin. All the analyses are adjusted by age and socio-occupational category
and a comparison is made with members of French-headed households. Members of households
whose head is of North African origin are found to report far fewer illnesses, the disparity being greater
for men than for women. An examination of the differences by the chapters in the classification of
illnesses reveals a remarkable protection of men with respect to diseases of the circulatory system,
whereas women have a disproportionate risk of endocrine and metabolic diseases. As regards the
health risk factors, the analysis shows that male members of these households smoke as much as
those of the reference group but the women significantly less. On the other hand, the latter have a
weight problem, the proportion who are obese being twice that of the group of French-headed
households. These findings are consistent with those from an earlier study of differential mortality of
Moroccan immigrants in France and are discussed in terms of misreporting, selection effects and
factors of protection.
Resumen
Khlat (Myriam), Sermet (Catherine), Laurier (Dominique).- La morbilidad en los hogares de origen
magrebí según la Encuesta de Salud del INSEE (Institute Nacionál de Estadística y Estudios
Económicos), 1991-1992 Este artículo describe la morbilidad y otros indicadores relacionados con la
salud de los hogares cuyo jefe es originario de un pais del Magreb, basándose en los datos de la
Encuesta de Salud del INSEE-CREDES de 1991-1992. Todos los análisis se ajustan por edad y
categoria socio-profesional, y se realizan comparaciones con miembros de hogares cuyo jefe es
francés. Taies comparaciones muestran que los miembros de hogares de origen magrebí declaran
muchas menos enfermedades, con diferencias más importantes entre hombres que entre mujeres. El
análisis de las diferencias según enfermedad pone en evidencia una ventaja importante de los hombres
frente a las enfermedades del aparato circulatorio y una debilidad de las mujeres a enfermedades de
origen endocrino y metabólico. En cuanto a fac- tores de riesgo para la salud, el análisis muestra que
los hombres de estos hogares fuman tanto como los hombres de los hogares de referencia (franceses)
pero las mujeres fuman menos; sin embargo, estas sufren de exceso de peso - la proporción de obesas
es dos veces más elevada que en el grupo de hogares de jefe francés. Estos resultados, que coinciden
con las conclusiones de un estudio anterior sobre la mortalidad diferenciál de los immigrantes
marroquies en Francia, se discuten en este artículo en términos de problemas de declara- ción, de
factores de selección y de factores de protección.MORBIDITE DANS LES MENAGES LA
ORIGINAIRES DU MAGHREB
Sur la base de l'enquête Santé de l'Insee,
1991-1992
Myriam KHLAT*, Catherine SERMET**,
Dominique LAURIER***
Dans des articles précédents, Myriam Khlat et
Youssef Courbage avaient conclu que la mortalité des mi
grants marocains installés en France était plus faible que la
moyenne nationale, même après correction d'un certain nom
bre de biais d'observation ; l'avantage était particulière
ment net pour les décès résultant de cancers et de maladies
cardio-vasculaires. Myriam Khlat, Catherine Sermet et
Dominique Laurier abordent ici une question semblable, sous
l'angle de la morbidité cette fois, à partir de l'enquête Santé
de l'Insee. Ils confirment qu'en France les membres des mé
nages originaires du Maghreb bénéficient d'un meilleur état
de santé apparent que l'ensemble de la population, surtout les
hommes. Une large part de l'article est consacrée à la dis
cussion des différences par groupe de maladies et aux hypo
thèses explicatives : biais de déclaration éventuels, effet d'une
forte sélection par la migration, ou d'une meilleure hygiène
de vie ?
En France, les immigrés sont a priori considérés comme des groupes
à risque pour la santé, en grande partie pour des raisons socio-économiques,
mais les données épidémiologiques les concernant sont rares et de nature
parcellaire. Or des travaux récents ont mis en évidence des caractéristiques
inattendues, à savoir des différences en faveur des immigrés. Situation a
pparemment paradoxale, qualifiée dans la littérature anglo-saxonne de healthy
migrant effect : résulte-t-elle d'une sélection à l'entrée d'individus plus v
igoureux ou de différences de modes de vie? Du fait de la fragilité des
données disponibles en France, il est difficile de conclure, mais la question
*** * ** Institut Centre Laboratoire de national recherche, d'épidémiologie d'études d'étude démographiques, et et de d'analyse documentation du Paris. détriment en économie sanitaire, de la Fontenay-aux-Roses. santé (Credes), Paris.
Population, 6, 1998, 1155-1184 1156 M. KHLAT, С. SERMET, D. LAURIER
présente un intérêt certain. En effet, la situation favorable des migrants,
si elle est confirmée, apparaît comme une sorte d'anomalie en santé pu
blique, dont l'examen trouve tout son intérêt dans le cadre de l'étude des
inégalités sociales en matière de santé et du lien entre facteurs sociocul
turels et santé.
Pour contribuer à clarifier la question de l'état de santé des immigrés
dans leur population d'accueil, cet article décrit la morbidité, ainsi que
d'autres indicateurs liés à la santé, au sein des ménages à chef ressortissant
d'un pays du Maghreb. Cette description est faite sur la base des données
de l'enquête Santé Insee de 1991-1992 [38], et l'analyse est de nature comp
arative, le groupe de référence étant constitué par les ménages à chef
français.
I. - Cadre de l'étude
À ce jour, quelques auteurs se sont intéressés à des aspects particul
iers concernant les migrants, tels que la santé de la mère et de l'enfant
[20, 37], ou encore les accidents de la vie courante [1 1]. D'autres ont dressé
un panorama des problèmes de santé dans ces populations, sur la base de
statistiques sanitaires de centres de soins [16, 4], de statistiques de décès
par cause [5, 6, 12, 22] et d'enquêtes auprès d'assurés sociaux [31].
Ces études du profil de morbidité ou de mortalité des populations im
migrées se sont heurtées à de sérieux problèmes d'observation. En premier
lieu, les statistiques sanitaires de morbidité dépendent fortement des modalités
de consommation médicale. Or justement, en France, les étrangers sont sous-
consommateurs de soins, et de plus effectuent une grande partie de leur médicale à l'hôpital [16, 7]. En second lieu, la mortalité des
migrants est particulièrement difficile à appréhender, du fait du biais de
retour au pays d'origine en cas de maladie grave, qui conduit au non-enre
gistrement des décès en France et, par conséquent, à une sous-estimation
des taux de mortalité.
Ceci étant, certains de ces travaux, et notamment ceux qui ont réussi à
s'affranchir des difficultés mentionnées ci-dessus, ont abouti à des conclusions
à même de remettre en question le bien-fondé du classement des immigrés
parmi les «groupes à risque» en santé publique. Par exemple, l'exploita
tion par le Credes de l'enquête sur la santé et la protection sociale a dé
montré que l'état de santé de l'ensemble des étrangers en termes de
pronostic vital et d'invalidité était, à âge égal, meilleur que celui de l'e
nsemble des Français [31]. En accord avec ce résultat, une étude récente de la
mortalité des Marocains en France [12, 22] a montré, après correction du biais
de sous-enregistrement des décès par une méthode indirecte, que les hommes
en provenance du Maroc vivaient en moyenne plus longtemps que leur popul
ation d'accueil, bénéficiant d'une sous-mortalité très sensible pour les deux LA MORBIDITÉ DANS LES MÉNAGES ORIGINAIRES DU MAGHREB 1157
grands groupes de maladies de «civilisation», à savoir les cancers et les
maladies cardio-vasculaires.
Ces particularités sont intéressantes du point de vue de la recherche
étiologique, car les épidémiologistes mettent souvent l'accent sur l'intérêt
que présentent les populations du bassin méditerranéen (qui constituent plus
de 65 % de la population immigrée en France [18]) pour élucider les facteurs
favorisant les maladies cardio-vasculaires, les cancers et l'obésité [19] ; de
plus les études de migrants sont des classiques en epidemiologie. Plus gé
néralement, l'exploration des facteurs qui maintiennent en bonne santé cer
tains groupes dans des situations considérées comme défavorables a
récemment été proposée comme une direction de recherche particulièr
ement prometteuse dans ce champ [41].
IL - L'enquête Santé de l'Insee, 1991-1992
Champ L'enquête Santé concerne les ménages ordinaires, et ne couvre
pas les personnes vivant en institution (maisons de retraite, foyers
de travailleurs, services hospitaliers de long séjour, prisons). De même elle cou
vre mal les populations marginales, notamment les sans domicile fixe ou les
habitants de logements précaires. En France, la proportion de personnes résidant
hors ménages ordinaires est d'environ 2% pour l'ensemble de la population, et
de 5% pour les immigrés [43]. Cette étude étant de nature comparative, on s'y
intéresse, à milieu social donné, aux différences entre une population d'origine
étrangère et la population de son pays d'accueil. La population hors ménages
ordinaires, qui comprend une grande partie d'exclus du système de santé,
est certainement en moins bonne santé que la population en ménages ordi
naires, mais l'étude des écarts entre Français et immigrés dans cette popul
ation ne peut être menée sur la base de cette enquête.
Il convient de souligner que les conditions de passage de l'enquête
auprès des immigrés étaient parfois difficiles, entre autres en raison de
problèmes linguistiques. Souvent ce sont les enfants qui traduisaient ques
tions et réponses, et contrairement à la situation observée dans les ménages
français, les hommes étaient plus fréquemment répondants que les femmes.
Méthodologie L'enquête sur la santé et les soins médicaux est une
enquête décennale de l'Insee, et celle réalisée en 1991-
1992 est la quatrième de ce type. Un échantillon de 10 000 ménages en
viron, représentatif de l'ensemble des ménages ordinaires dans toute la
France, a été constitué à cette fin. Chacun de ces ménages a été suivi
pendant trois mois, au cours desquels, toutes les trois semaines, il a été
interrogé par l'enquêteur sur sa consommation médicale. En parallèle, le
ménage a consigné dans un carnet de comptes tous les actes médicaux :
visites de médecins, achats de produits pharmaceutiques, hospitalisations, 1158 M. KHLAT, С. SERMET, D. LAURIER
etc. Les informations ainsi collectées relèvent de cinq grands domaines :
la consommation médicale de ville ; les alitements et interruptions d'activité
; les hospitalisations ; la morbidité ; et le statut en matière de protection
sociale.
Le recueil de la morbidité dans les enquêtes Santé de l'Insee a lieu en
plusieurs étapes. Dès la visite initiale, une liste de maladies ou de troubles
de santé est présentée à l'enquêté. Cette liste, non exhaustive, passe en revue
les pathologies les plus fréquentes et balaye l'ensemble des régions anatomi-
ques susceptibles d'être atteintes par une maladie. Toujours dans le question
naire initial, des questions particulières portent sur les troubles de la vue, les
troubles dentaires, le port de prothèse, les antécédents chirurgicaux et les éven
tuels motifs d'exonération du ticket modérateur. Lors des quatre visites sui
vantes, les enquêtes sont interrogés sur leur consommation médicale et les
motifs qui en sont à l'origine. Ces visites permettent de «récupérer» des mal
adies chroniques omises au moment du questionnaire initial. Enfin, la visite
finale s'attache, entre autres, à repérer certaines déficiences et à en préciser
l'origine.
L'originalité du type de morbidité recueillie au cours de ces enquêtes
réside dans le fait que les déclarations des enquêtes concernant leur état
de santé sont contrôlées et validées par une équipe de médecins. Leur i
ntervention, sur dossier, au milieu de l'enquête, permet, grâce à des questions
posées par l'intermédiaire de l'enquêteur, de corriger un certain nombre
d'oublis, de préciser la nature exacte du diagnostic, de regrouper ou de
scinder des symptômes ou des maladies de manière à s'approcher le plus
possible d'une morbidité réelle.
La morbidité prévalente, soit le nombre de cas existant dans la po
pulation à un moment donné, est donc estimée au terme de toutes ces éta
pes, lors de la visite finale. Les 12 semaines d'enquête permettent en outre
d'observer les maladies incidentes aiguës, à condition qu'elles aient donné
lieu à consommation médicale. Les maladies ou troubles de santé recueillis
au cours de cette enquête ont été codés selon la Classification internationale
des maladies (OMS, 9e révision, 1975).
Pour cette approche de l'état de santé des populations étrangères, nous
avons choisi de présenter la morbidité prévalente chronique, c'est-à-dire
les maladies existant le dernier jour de l'enquête, à l'exclusion des maladies
aiguës apparues en cours d'enquête. Cette évaluation de la morbidité au
dernier jour de l'enquête pose le problème des abandons et de leur raison
d'être. La question est de savoir si les sujets qui abandonnent en cours
d'enquête sont en plus mauvaise santé que les autres, ce qui pourrait biaiser
les comparaisons entre groupes différant par la proportion d'abandons. Le
pourcentage d'abandons est plus élevé parmi les membres des ménages
originaires du Maghreb que parmi les membres des ménages à chef fran
çais, mais à l'opposé, parmi ces abandons, la proportion d'exonérés du
ticket modérateur pour raison médicale est sensiblement plus faible chez
les premiers que chez les seconds. Il n'y a donc pas de raison de penser MORBIDITÉ DANS LES MÉNAGES ORIGINAIRES DU MAGHREB 1 1 59 LA
que les différences de morbidité entre les deux groupes s'expliquent par
des taux différentiels d'abandons liés à une mauvaise santé.
La morbidité incidente aiguë n'est pas analysée dans cette étude, car
elle présente l'inconvénient d'être dépendante du taux de recours aux soins,
alors que les études menées par le Credes [31] ont montré, à morbidité
égale, un nombre annuel de recours aux généralistes et aux spécialistes
significativement plus faible pour les étrangers.
La difficulté de réaliser une synthèse de l'état de santé des individus
à partir du nombre de maladies ou de la nature détaillée de celles-ci a
conduit les chercheurs du Credes à développer deux indicateurs synthéti
ques de morbidité [28, 30] : le risque vital et l'invalidité. Ceux-ci rensei
gnent sur la gravité, l'évolutivité et les conséquences des maladies, et sont
attribués, à l'issue de la codification, par les médecins chargés du chiffrement
des enquêtes. Cette synthèse est datée et située : elle intègre les connaissances
médicales, les thérapeutiques disponibles et l'évolution habituelle des maladies
en France, l'année où elle est effectuée. Pour l'évaluation de ces indicateurs,
les médecins prennent en compte l'ensemble des pathologies chroniques de
l'individu ainsi qu'un certain nombre de critères tels que la consommation de
tabac, le poids, l'intensité ou la nature des traitements. L'âge en tant que
tel n'est pas un facteur qui influe isolément sur les indicateurs de morbidité :
par contre, associé à l'état de santé, il intervient comme facteur pouvant ag
graver ou, au contraire, améliorer les notes attribuées par les médecins chif-
freurs.
Le risque vital mesure un pronostic vital pour chaque individu, tenant
compte de la nature des affections, de leur gravité telle qu'on peut l'évaluer
par la nature et la fréquence des consommations médicales. Il comprend
six classes de gravité croissante : aucun indice de risque vital ; pronostic
péjoratif très faible ; pronostic péjoratif faible ; risque possible sur le plan
vital; pronostic probablement mauvais (50% de décès dans les 10 ans);
et sûrement mauvais (décès quasi certain dans les 5 ans).
L'invalidité mesure un état permanent, ne tenant pas compte des mal
adies aiguës intercurrentes qui peuvent entraîner un handicap provisoire
(grippe, entorse, fracture...). Cet indicateur comprend 8 classes de gravité
croissante : pas de gêne ; gêné de façon infime ; peu gêné ; gêné mais mène
une vie normale ; doit restreindre un peu ses activités professionnelles ou
domestiques ; activité réduite ou ralentie ; pas d'autonomie domestique ; et
grabataire ou alitement permanent.
Dans cette étude, ont été exploitées également les informations col
lectées sur la consommation de tabac des personnes, et sur leur éventuelle
surcharge pondérale, d'après leur taille et leur poids. La consommation d'al
cool n'ayant pas été recueillie pour l'ensemble des personnes enquêtées,
elle n'a pu être traitée. 1 1 60 M. KHLAT, С. SERMET, D. LAURIER
Ménages originaires Sachant que cette étude s'intéresse aux immi-
du Maghreb grés en provenance du Maghreb, un effort de
clarification s'impose pour distinguer la signi
fication des termes étranger et immigré. En France, est étrangère toute
personne y résidant et n'ayant pas la nationalité française, alors qu'au sens
strict, est immigrée toute personne résidant en France sans y être née. Dans
le cadre de l'étude de l'immigration étrangère en France, on retient maintenant
une notion d'immigré plus précise, définie à partir du double critère de na
tionalité et de Heu de naissance : au sein de la population résidant en France,
est considérée comme immigrée toute personne née non Française dans un
pays étranger.
Cette population immigrée se compose en grande partie d'étrangers,
mais aussi de personnes nées étrangères qui ont acquis la nationalité fran
çaise. Quant aux enfants nés en France de parents étrangers, ils sont soit
étrangers, soit, si certaines conditions sont réunies, Français de droit à la
naissance. Ils sont parfois dénommés «personnes d'origine étrangère» [44].
Au recensement, les déclarations de nationalité des personnes nées en
France de parents étrangers sont très mauvaises [24] : certains étant dé
clarés à tort comme étrangers, et d'autres à tort comme Français.
Dans cette étude, ce sont les immigrés originaires du Maghreb et
leurs enfants, qu'ils soient Français ou étrangers, qui nous intéressent. Or,
si la nationalité des individus est relevée dans l'enquête Santé, avec dis
tinction entre Français de naissance et Français par acquisition, ne sont
connus ni le pays de naissance des individus, ni la nationalité à la naissance
pour les Français par acquisition. Il n'est donc pas possible de ventiler les
naturalisés par pays d'origine, de même qu'il n'est pas possible de diffé
rencier les immigrés de nationalité étrangère des étrangers nés en France,
eux-mêmes mineurs pour la plupart.
Afin de tirer au mieux parti des données de l'enquête, et d'inclure
notamment les enfants de Maghrébins déclarés comme Français dans l'en
quête, nous avons choisi d'isoler les ménages à chef de nationalité algé
rienne, marocaine ou tunisienne, et d'étudier les caractéristiques en matière
de santé des membres de ces ménages en les comparant à celles des memb
res de ménages à chef français de naissance. Notons toutefois que ce
dernier groupe contient une toute petite proportion de ménages dont le
chef, d'origine algérienne, a opté pour la nationalité française à l'Indépen
dance [42]. Les ménages à chef français par acquisition, dont le pays d'ori
gine n'est pas connu, n'ont pas été inclus dans l'échantillon d'étude.
La notion de chef de ménage utilisée ici est en fait celle de «personne
de référence» au sens de l'Insee. Cette notion assez complexe recouvre
en pratique, dans les couples, l'actif de sexe masculin le plus âgé, ou à
défaut le membre du couple plus âgé, et dans les ménages monoparentaux
ou isolés, la personne active la plus âgée, ou à défaut d'actif, la plus âgée
quel que soit son sexe. LA MORBIDITÉ DANS LES MÉNAGES ORIGINAIRES DU MAGHREB 1161
Analyses comparatives Les données contiennent la nature exacte des
maladies dont les sujets sont atteints, qu'il
s'agisse de maladies déclarées spontanément à la première visite, ou de
maladies identifiées par divers moyens aux visites suivantes, avec une spé
cification pour chaque maladie de son caractère prévalent ou incident par
rapport au calendrier de l'enquête. Chaque maladie relève d'un chapitre de
la classification des maladies, et un sujet peut souffrir de plusieurs maladies
au sein du même chapitre.
En epidemiologie, la prévalence d'une maladie est définie comme le
rapport du nombre de personnes atteintes de la à un moment don
né au nombre total de dans la population. Si l'on s'intéresse
non plus à une entité pathologique bien précise, mais à un chapitre entier
de la classification des maladies, alors, sachant qu'une même personne peut
être atteinte de plus d'une maladie relevant du chapitre, la prévalence se
définit comme le nombre de maladies rapporté au nombre de personnes
de la population. Ce rapport n'est alors plus théoriquement une proportion,
mais un nombre moyen de maladies par personne. Sous l'hypothèse que
les maladies déclarées par un même individu dans le chapitre ne sont pas
liées entre elles, on peut considérer ce nombre moyen, qui en pratique est
compris entre 0 et 1 (pour les classes d'âges considérées dans cette étude),
comme une proportion, et donc assimiler le rapport des nombres moyens
à un risque relatif. En réalité, les maladies d'un même chapitre sont quel
quefois associées entre elles, comme l'insuffisance coronarienne et les ar-
tériopathies des membres inférieurs, mais le nombre moyen de maladies
dans un chapitre reflète quand même mieux le niveau de la prévalence
que la simple proportion de malades.
En raison des faibles effectifs de membres des ménages originaires
du Maghreb, l'âge a été découpé aux fins d'analyse statistique en six tranches
(moins de 2 ans, de 2 à 15 ans, de 16 à 39 ans, de 40 à 64 ans, de 65 à
79 ans, et 80 ans et plus), et la catégorie socioprofessionnelle (CSP) r
egroupée en: «ouvriers»; «artisans, commerçants, professions intermédiaires,
employés»; et «autres ou non déclarées». Les distributions des chefs de mé
nage par groupe d'âges et par CSP figurent dans le tableau 1, celles des memb
res des ménages par sexe et par groupe d'âges figurent dans le tableau 2.
Les catégories «Maladies infectieuses et parasitaires», «Tumeurs»,
«Maladies du sang» et congénitales», à prévalence très basse,
n'ont pas fait l'objet d'une analyse statistique. Malgré un poids important
dans les causes de mortalité, les cancers ont une assez réduite
du fait d'une incidence faible, entre 3 et 4 pour 1 000 personnes par an,
et d'une durée de survie en moyenne assez courte.
Pour les autres chapitres de la classification des maladies, la distr
ibution du nombre de maladies par catégorie a été analysée sous l'hypothèse
qu'elle était assimilable à une loi de Poisson, avec une majorité de valeurs
zéro, et une queue de distribution plus ou moins longue selon les catégories.
À l'aide de la régression de Poisson, le nombre de maladies a été modélisé

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