La mortalité dans les pays du Tiers Monde : évolution et perspectives - article ; n°5 ; vol.23, pg 845-868

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Population - Année 1968 - Volume 23 - Numéro 5 - Pages 845-868
La baisse de la mortalité dans l'ensemble du monde, depuis la guerre, a souvent été signalée, principalement pour montrer la cause fondamentale de l'accroissement exceptionnel de la population mondiale. Les différences importantes d'un pays à l'autre et les facteurs de ces baisses inégales n'ont pas bénéficié d'études aussi nombreuses, ni même d'une diffusion aussi étendue. M. Jacques Vallin, chargé de recherches à l'I.N.E.D., s'est attaché à ce problème de grande portée et, séparant nettement le facteur sanitaire du facteur économique, donne ici les résultats de ses travaux, accompagnés de perspectives qui, sur divers points, rectifient celles des Nations-Unies.
24 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : lundi 1 janvier 1968
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Jacques Vallin
La mortalité dans les pays du Tiers Monde : évolution et
perspectives
In: Population, 23e année, n°5, 1968 pp. 845-868.
Résumé
La baisse de la mortalité dans l'ensemble du monde, depuis la guerre, a souvent été signalée, principalement pour montrer la
cause fondamentale de l'accroissement exceptionnel de la population mondiale. Les différences importantes d'un pays à l'autre
et les facteurs de ces baisses inégales n'ont pas bénéficié d'études aussi nombreuses, ni même d'une diffusion aussi étendue.
M. Jacques Vallin, chargé de recherches à l'I.N.E.D., s'est attaché à ce problème de grande portée et, séparant nettement le
facteur sanitaire du facteur économique, donne ici les résultats de ses travaux, accompagnés de perspectives qui, sur divers
points, rectifient celles des Nations-Unies.
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Vallin Jacques. La mortalité dans les pays du Tiers Monde : évolution et perspectives. In: Population, 23e année, n°5, 1968 pp.
845-868.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/pop_0032-4663_1968_num_23_5_11665LA MORTALITÉ
DANS LES PAYS DU TIERS MONDE
ÉVOLUTION ET PERSPECTIVES
La baisse de la mortalité dans l'ensemble du monde, depuis la
guerre, a souvent été signalée, principalement pour montrer la
cause fondamentale de V accroissement exceptionnel de la popul
ation mondiale. Les différences importantes d'un pays à l'autre
et les facteurs de ces baisses inégales n'ont pas bénéficié d'études
aussi nombreuses, ni même d'une diffusion aussi étendue.
M. Jacques Vallin, chargé de recherches à l'LN.E.D., s'est
attaché à ce problème de grande portée et, séparant nettement le
facteur sanitaire du facteur économique, donne ici les résultats
de ses travaux, accompagnés de perspectives qui, sur divers points,
rectifient celles des Nations-Unies.
Pour la plupart des pays « sous-développés », il n'existe pas de méthode
d'approche de la mortalité qui soit réellement satisfaisante, en raison de
l'absence de données d'observation solides. Certes, des progrès très import
ants ont été faits depuis dix ans, en matière de collecte des renseignements
statistiques, mais d'importantes lacunes subsistent particulièrement en ce qui
concerne la mortalité.
Selon le Bureau de la statistique des Nations Unies, l'état civil donne un
enregistrement « complet »^ des décès pour :
36,6 °/o de la population latino-américaine;
6,9 °/o de la asiatique;
3,3 °/o de la population africaine.
Encore faut-il préciser que le critère de « complétude » utilisé par l'O.N.U.
n'est guère sévère et, surtout, que les populations intéressées ne sont pas repré
sentatives de l'ensemble. C'est dire le peu de portée qu'ont en pays sous-
développés les sources classiques.
La plus grande partie des analyses faites sur la mortalité de ces pays
s'appuient sur les recensements. Elles dépendent alors de la valeur que l'on
L'O.N.U. estime « complet » l'enregistrement qui « couvre » plus de 90 % des décès réels. LA MORTALITÉ DANS LES PAYS DU TIERS MONDE : 846
peut accorder à ces recensements et notamment aux distribution» par sexe et
par âge, qui font en général l'objet de nombreuses erreurs, ainsi qu'aux données
disponibles sur la natalité ou l'accroissement naturel et aux hypothèses faites
sur la stabilité de la population.
Au cours des dix dernières années, les enquêtes par sondage ont donné
quelques indications là où régnait la plus totale obscurité, spécialement en
Afrique intertropicale. Elles ont également contribué à préciser certaines con
naissances, en Inde par exemple. Mais leur plus grand défaut, qui est également
celui des recensements, tenant à l'incertitude de l'âge, tant des vivants que
des décédés, est qu'elles ne nous donnent pas une mesure précise des risques
de décès.
En fin de compte, il est impossible de présenter un tableau complet et
détaillé de la mortalité dans les pays du Tiers Monde, et la plupart des chiffres
que l'on peut, malgré tout, se risquer à avancer, sont encore sujets à caution.
Il reste cependant indispensable de faire, tant bien que mal, le point d'une
situation qui évolue très rapidement. Nous examinerons successivement :
I. Les progrès accomplis en matière de mortalité ;
II. Les facteurs d'évolution;
III. Les perspectives d'avenir.
I. LES PROGRÈS ACCOMPLIS EN MATIÈRE DE MORTALITÉ.
1. Atténuation L'un des plus grands progrès accomplis en matière de
des fluctuations, mortalité tient à l'atténuation des fluctuations, il y a
peu de temps encore, très importantes. Nous disposons,
pour observer ce phénomène, de quelques séries chronologiques rel
ativement sûres. Le tableau I et le graphique 1 présentent l'évolution des taux
bruts de mortalité, depuis 1930, dans six pays à statistiques « complètes »
d'état civil. On remarque, d'une manière assez nette^que les fluctuations
annuelles, encore très fortes avant 1945, le sont beaucoup moins ensuite. Elles
disparaissent presque complètement à partir de 1955
La mortalité était beaucoup plus sensible aux phénomènes conjoncturels
il y a vingt ans, au sein des populations de petite dimension telles l'île Maurice,
la Barbade, la Guyane britannique, que dans les grands pays, tel le Mexique.
Variant beaucoup d'une région à l'autre les aléas conjoncturels se compens
aient en effet, en partie, dans les grands pays. Aujourd'hui, les fluctuations ne
sont guère plus prononcées dans les petits pays que dans les grands. C'est dire
que non seulement les fluctuations^annuelles de la mortalité sont en voie de
disparition, mais, encore, que les aléas locaux sont de moins en moins contrai
gnants. ÉVOLUTION ET PERSPECTIVES 847
Tableau I. — Évolution annuelle du taux brut de mortalité
DANS QUELQUES PAYS À STATISTIQUES « COMPLÈTES » D'ÉTAT CIVIL
Ghj aune (■iialcmala Iiarbadc Mexique [le Maurice Oylan britanniqiM
1930 24,7 24,9 23,2 2G,6 35,4 25,5
28,2 22,1 io:n 24,3 22,0 25,9 38,4
1932 20,6 21,2 26,1 32,2 20,5 23,6
1933 27,3 21,9 24,6 25,7 26,6 21,2
1 034 25,1 24,8 23,8 25,1 22,9 30,6
22,0 1935 20,8 22,6 25,8 36,5 27,4
20,3 23,5 25,8 21,8 193(i 21,7 20,6
20,3 1937 22,1 24 ,4 28,1 21,7 24,4
21,4 22,9 29,2 21,0 1938 2G,3 25,8
1939 19,1 19,8 23,0 27,4 21,7 29,6
1940 18,6 23,2 24 ,9 20,6 25,0 18,5
15,7 22,0 1941 21,8 25,0 18,8 25,1
17,4 22,6 28,6 18,6 1942 31,5 18,2
24,8 25,5 21.4 1943 17,1 31,1
22,0 20,3 27,0 21,3 1941 26,5 18,3
36,0 22,0 1945 21,5 16,9 17,9 19,2
17,0 15,5 19,1 29,3 20,3 194 G 24,7
20,0 14,3 1917 24,7 16,3 14,6 16,4
1948 15,7 14,2 16,7 23,8 13,2 23,5
12,6 1949 21,8 14,6 13,3 17,6 10, G
1 950 12,8 14,6 16,2 13,9 12,4 21, .S
13,5 17,3 14,9 12,7 1951 19,6 14,2
14,7 13,5 11,9 14,8 11,8 1952 iM , 1Í
13,3 15,8 16,1 10,7 1953 23,1 13,6
18,4 1 1,3 12,1 13,0 16,0 10,2 1954
11,9 13,6 12,9 10,8 1955 20,6 12,6
11,9 19,8 10,6 11,2 11,8 9,8 1956
10,7 13,0 13,0 10,1 1957 20,6 11, 6
12,3 9,7 21,3 9,8 10,2 11,8 1958
8,7 10,0 11,7 1 0,9 9,1 1959 17,3
11,4 8,5 17,5 8,8 9,5 11,3 1960
16,1 10,3 9,0 10,8 9,8 8,0 19G1
10,8 9,3 8,5 17,1 9,0 8,2 1962
8,7 8,3 10,7 9,6 8,6 1903 17,1
8,6 8,7 15,8 8,8 8,4 10,3 1964
16,8 7,8 7,6 9,5 8,6 8,6 1965
- 9,2 16,6 8,2 8,1 8,8 1966
« Annuaire démographique de l'O.N.U. », 1957, 1961, 1965 et 1966. Source : LA MORTALITÉ DANS LES PAYS DU TIERS MONDE 848
%c
ILE MAURICE
341 KO 68
Graphique n° 1. — Évolution annuelle du taux brut de mortalité
dans quelques pays à statistiques « complètes » d'état civil
2. Baisse de la mortalité. L'atténuation des fluctuations va de pair avec
une baisse, inégale d'un pays à l'autre en am
pleur et en rapidité. En conséquence, l'écart entre les « pays développés » et
« sous-développés » diminue, tandis que s'accentue l'inégalité entre les pays
« ».
a. Rapidité de la baisse. — Elle est, dans certains cas, considérable :
le Mexique, la Jamaïque, Trinité et Tobago, Ceylan... ont gagné, en vingt ou
trente ans, autant d'années d'espérance de vie que la Suède en cent ou cent-
cinquante (1J. A Ceylan, l'espérance de vie est passée de 42 ans à 54 ans en
deux ans (1946-1948), grâce à l'éradication du paludisme. En moyenne, les
gains en espérance de vie ont été, pour beaucoup de pays du Tiers Monde,
de 1 à 1,5 an par an depuis la dernière guerre (tableau II), alors qu'en Europe,
les plus rapides progressions, jamais observées sur une dizaine d'années,
atteignent 6 mois par an.
«D Cf. Bull, démo., n° 6 de l'O.N.U. .
ÉVOLUTION ET PERSPECTIVES 849
Tableau II. — Accroissement annuel de l'espérance de vie
DANS QUELQUES PAYS DU TlERS MONDE
Accroissement
annuel moyen Pays Période (valeur absolue) considérée en années
1939/42- 1952/53 Chili. 0,9
1952/53- 1960/01 0,7
1950/51- Pérou 19G1 0,9
1940- 1949/51 1,1 Mexique
1949/51- Guadeloupe et Martinique 1959/61 0,9
1951/55- 1959/63 0,9 Jamaïque
1945/47- 1950/52 0,9
1939/41- 1,4 Porto-Rico . 1950
1950 1960 0,9
1945/47- 1954/56 0,7 Trinité-Tobago. 1954 1,8 Ceylan
1936/41- Taïwan 1959/60 1,7
1941/51 1951 /00 1,0 Inde
b. Réduction de l'écart entre pays « développés » et « sous-développés ». Il est
très difficile d'avancer des chiffres précis sur la mortalité par grandes zones.
Le tableau III ci-dessous permet cependant de noter une réduction sensible
de l'écart entre le Tiers Monde et l'Europe :
Tableau III. — Évolution des taux bruts de mortalité
dans le Tiers Monde et en Europe
Taux brut ( e mortalité Niveau euru péen
000 (U pris, égal à 100 Zones
1937 1958/1)3 1937 1958/G3
30 a 35 ■'l'j à 250 230 Afrique. 23
30 a 35 20 214 à 250 200
20 à 25 14 142 à 178 140
100 Europe 14 10 100
(1) O. N. U., Dérnog. Bull., n° 6 « Situation et tendances récentes de la mortalité dans le
monde », New York, 1963.
La comparaison est fondée sur les taux bruts de mortalité, indice médiocre,
puisqu'il dépend de la structure par âge, très différente entre pays développés
et pays sous-développés. Cependant, l'effet de ce facteur parasite est atténué,
lorsqu'il s'agit de comparer la position relative des pays sous-développés à 850 LA MORTALITÉ DANS LES PAYS DU TIERS MONDE :
deux époques. En admettant que la structure par âge ait peu changé entre ces époques, tant pour les pays du Tiers Monde, ce qui est vraisemblabe,
que pour l'Europe, ce qui l'est moins, la comparaison conserve quelque valeur.
Mais, de toutes les façons, portant sur des estimations grossières des taux bruts
de mortalité en Afrique, Asie et Amérique latine, la comparaison ne peut
apporter qu'une indication. Tout ce que l'on peut dire, c'est que globalement,
l'écart s'est réduit entre pays développés et pays sous-développés. Pourtant
ce rapprochement est plus faible que le laissent penser les gains en espérance
de vie évoqués ci-dessus. C'est que la mortalité a diminué de façon très inégale
entre les pays sous-développés eux-mêmes.
с Inégalités croissantes au sein du Tiers Monde. — Alors que, globale
ment, le fossé se réduit entre le Tiers Monde et le monde développé, les pays
sous-développés ne profitent pas également du progrès. Au début de ce siècle,
tous étaient soumis à une mortalité « primitive » très forte. Le taux brut de
mortalité était de l'ordre de 35 à 40 °/oo ^ et l'espérance de vie rarement supé
rieure à 30 ans. Entre les deux guerres mondiales, les progrès accomplis, encore
lents dans l'ensemble, mais déjà très importants dans certains cas, ont surtout
profité à quelques pays : Argentine, Chili, Jamaïque, Porto-Rico, Formose,
Ceylan...; depuis, l'inégalité n'a fait que s'accentuer. Alors que, dans certains
pays, l'espérance de vie à la naissance a pu s'accroître parfois d'un an et demi
par an, ou même davantage, pour d'autres, la progression a été beaucoup plus
lente et il existe encore un certain nombre de régions du monde où la mortal
ité reste très proche du régime démographique « primitif ». Cependant, les
pays qui ont connu une très forte baisse de la mortalité sont aussi ceux qui
disposent des meilleures statistiques et sont à peu près les seuls à posséder des
séries chronologiques permettant de mesurer les progrès accomplis. Une
véritable étude comparative des rythmes de baisse de la mortalité est donc
impossible.
3. Niveau actuel de la mortalité Malgré les marges très variables d'in-
dans les pays du Tiers Monde, certitude, voire, dans quelques cas,
l'ignorance quasi totale "sur la mortalité
de divers pays du Tiers Monde, il n'est pas vain de tenter un certain classement,
très approximatif, certes, mais qui souligne la grande diversité des situations.
Nour distinguerons trois grandes catégories de pays, selon que l'espérance de
vie à la naissance est supérieure à 55 ans, comprise entre 40 et 55 ans ou infé
rieure à 40 ans.
a. Pays à ((faible mortalité ». — Ce sont également les pays pour lesquels
la connaissance de la est la plus précise. Le tableau IV en donne la
liste avec l'estimation la plus récente (ou la plus sûre) de l'espérance de vie à
(l) Environ 35 °/oo en Guyane britannique et au Chili vers 1900. ÉVOLUTION ET PERSPECTIVES 851
Tableau IV. — Pays à « faible » mortalité en r= 55 ans
Espérance Actualisation do vie Dale et source Pays ou territoires 1965 (1) à la naissance de l'estimation en années en années
Amérique lalinp :
Argentino 60 1959 /Cl CELADE 6«,5
Chili 57,2 1960/61 CELAI) E 50,5
Costa Rica* 56 a 62 1955/60 CEPAL 59,5 à G5
Cuba* r>fi à 62 1950/60 CE PAL 59,6 à G5,
Guadeloupe i't Mari ini(|ur 6î,5 1959/6;! I.X.S.E.E. 66,5
Jamaïque 57 1950/52 O.N.U. 64,5
Mexique 58,5 1959/61 CELADE 61
Panama* 54 à 59 1950/55 CEPAL 57,5 à 62,
Porto Rico 09 1960 7 ! ,5
Trinité-Tobago 61,6 1957 O.N.U. 65,6
65 à 68 1955/60 CEPAL 68,5 à 71, Uruguay
Venezuela* 53 à 57 56,5 à 60.
Asie :
Ceylan 59,8 1954 G5
Chine (Formoso) 63,5 1959/60 O.N.U. 66
Chypre 69,8 195S o.x.u. 73
Corée du Sud 52 5 1955/60 O.N.U. 56
67 1961 69 IIong-Kong
71 1904 Israël O.N.U. 71,5
Japon 70,5 19G4 71
Malaisie 57 195G/58 O.N.U. 61
Ryu Kyu (île>) 71,5 1960 73
Afrique :
Ile Maurice 60 1961/63 O.N.U. 61,
Réunion 57,2 1959/63 I.N.S.E.E. 59
La référence O.N.U. indique l'Annuaire Démographique ou le Bulletin Démographique № 6.
CELADE vise les études du Centre latino-américain de démographie (Santiago
du Chili). CEPAL vise une étude de la Commission Economique de V O.N.U.
pour V Amérique latine.
* Autres informations :
Costa Rica : ville de San José eo = 60,8 en 1949/51, CELADE.
Cuba : e0 = 50,7 (sexe masculin) en 1942/43, CELADE.
Panama (ville de) : e0 = 68,6 en 1959/61,
Venezuela : eo = 53,9 (2 sexes) en 1950, CELADE.
111 Selon l'hypothèse d'une progression de 6 mois par an de l'espérance de vie (e0). 852 LA MORTALITÉ DANS LES PAYS DU TIERS MONDE :
la naissance. Celle-ci a été « actualisée » pour 1965, dans l'hypothèse ^ d'une
progression de 6 mois par an. On trouve essentiellement, dans le tableau,
des états ou territoires latino-américains. Il faut probablement mettre à part
l'Argentine et l'Uruguay, qui sont à la limite des mondes « développés » et
« sous-développés ». La durée de vie moyenne y est proche de 70 ans. Il reste
cependant Porto-Rico, qui dépasse 70 ans d'espérance de vie, la Guadeloupe,
la Martinique, la Jamaïque, Trinité et Tobago, qui dépassent largement 60 ans,
enfin le Chili, Costa Rica, Cuba, le Mexique, Panama et le Venezuela qui avoi-
sinent 60 ans. La liste inclut donc la majeure partie de l'Amérique centrale et
des Caraïbes, toute l'Amérique du Sud tempérée, plus un pays d'Amérique
du Sud tropicale. Quelques hésitations se présentent, en outre, pour le Brésil,
le Nicaragua et le Paraguay. Pour ces pays, la C.E.P.A.L. estimait l'espérance
de vie respectivement à 50-58 ans, 50-55 ans et 50-58 ans entre 1955 et 1960;
si l'on suppose qu'en moyenne les progrès annuels ont été de six mois, ces
trois pays auraient actuellement une espérance de vie supérieure à 55 ans.
Cependant, compte tenu des conditions économiques et sociales de ces trois
pays, cette estimation est peut-être trop optimiste et nous les rangeons dans le
groupe des pays à « mortalité moyenne ».
Parmi les pays à « faible » mortalité, on compte également quelques
états ou territoires asiatiques. Cependant, outre le Japon et Israël qui ne sont
pas des pays « sous-développés », et Chypre qui est à la limite, il ne reste guère
que Formose, Hong-Kong, la Malaisie, Ceylan et les îles Ryu-Kyu, dont
l'espérance de vie dépasse, d'ailleurs largement, 55 ans. Il s'agit donc d'une
frange surtout insulaire, très marginale par rapport au reste de l'Asie. Il faut
sans doute y ajouter la Corée du Sud, dont l'espérance de vie à la naissance
était estimée à 52,5 ans en 1950/1955 et qui, avec l'hypothèse de croissance de
0,5 an par an, dépasserait aujourd'hui les 55 ans. Quant à l'Afrique, elle n'est
représentée, dans cette catégorie, que par deux îles qui entretiennent des liens
étroits avec l'Europe occidentale : la Réunion et l'île Maurice (2'. Tous ces pays
ont une espérance de vie égale ou supérieure à celle de la France des années
1920.
b. Pays à « mortalité moyenne ». — Ce sont ceux où la durée de vie
moyenne est comprise entre 40 et 55 ans. Le classement est moins sûr que pour
la première catégorie. Un certain nombre de pays (tableau V) se trouvent très
vraisemblablement à ce niveau. C'est ainsi que tous les pays d'Amérique latine
qui ne figuraient pas au tableau IV (« faible mortalité ») se retrouvent ici.
Il s'agit essentiellement de l'Amérique du sud tropicale, moins le Venezuela,
de quelques pays d'Amérique centrale et des Caraïbes. Les populations
latino-américaines se trouvent ainsi partagées à peu près par moitié, entre
« faible mortalité » et « mortalité moyenne ».
ď Cette hypothèse d'évolution faite par les Nations Unies dans leurs plus récentes « pers
pectives de population mondiale » [(1966) ST SOA série A/411 sera discutée plus loin, acceptons-
le provisoirement ici.
<2) II faudrait y ajouter les minorités « blanches » de nombreux pays et notamment
d'Afrique du Sud. .
EVOLUTION ET PERSPECTIVES 853
Tableau V.
Pays à mortalité « moyenne » : 40 ans 55 ANS
Espérance Actualisation de vie Date et source Pays ou territoires 19G5 la naissance «le l'est imation en années en années
Amérique latine :
Bolivie a 1955 /fifl 40 CEPAL 43,5 à 48,5
Brésil 50 inoins de 55 1955/00 f.EFAL
Colombie 48 à 53 1955/60 CEPAL 51,5 à 56,5
Equateur 4 3 à 48 46,5 à 51,5
Guatemala 40 4ť 1955 /G0 CEPAL 43,5 à 40,5
Haïti 36 à 45 /00 39,5 à 48,5
45 à 50 Honduras 1955/00 CEPAL 48,5 à 53,5
Nicaragua 50 à 55 1955/60 moins de 55
50 Paraguay à 58 1955/00 CEPAL de 55
Arriaga* Pérou 49 1961 51
République Dominicaine. 44 50 1955/60 47,5 à 53,5 CEPAL
Salvador 1955/GO 51 .5 à 55,5
Asie :
1958/59 enquête- 47 Cambodge 43,7
sondage
\ 40 à i: 1950/55 O.N.U. 50 Chine. 1958 Pressât ** (
45,9 1957/58 enquête 45 à 50
Inde. nationale par sondage
41 1951/60 O.N.U.
Pakistan oriental. . . 48,5 1902/63 enquête
occidental. 49,9 P. G. E.
Philippines 42,5 1950/55 O.N.U. 49
50 1947/48 O.N.U.
39,1 1950/55
(perspectives 1950/80) 40 à 56
Thaïlande 1956 (d'après un taux
de mortalité rectifié et
le TER) Afrique :
Algérie. vers 1905, d'après diff
Maroc. . 50 érentes estimations 50
Tunisie.
R.A.U..
(*> Arriaga Eduardo « New Abridged life table for Peru, 1940, 50-51 mid 1961 , Demography
I960, Volume 3, n« 1 p. 218-237.
(**) Phessat R., vp, cit., p. suiv.

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