La mortalité infantile en France - article ; n°4 ; vol.53, pg 813-838

De
Publié par

Population - Année 1998 - Volume 53 - Numéro 4 - Pages 813-838
Barbieri (Magali).- Infant mortality in France The twentieth century has witnessed an extraordinary victory over infant and child mortality. This process accelerated after the Second World War. The advances were achieved first mainly in post-neo-natal mortality, then, from the 1960s, came a rapid fall in early neo-natal mortality. The fall in post-neo-natal mortality was without any doubt the result of improved living conditions and of increasingly effective action against infectious and respiratory diseases. From the end of the 1960s, the continued fall in infant mortality resulted primarily from better medical care during pregnancy and birth, and the considerable progress in neo-natal care techniques. The level is now so low that there can be only limited scope for future progress. However, child survival could further be improved by a reduction in the still significant social and geographical differentials.
Barbieri (Magali).- La mortalidad infantil en Francia Durante el siglo XX se han logrado grandes victorias en la disminución de la mortalidad infantil. El proceso se aceleró después de la Segunda Guerra Mundial. En una primera etapa, se produjeron avances en la mortalidad post-neonatal, y a partir de los aňos sesenta se observan disminuciones de la mortalidad desde los primeros días de vida. La disminución de la mortalidad post-neonatal es consecuencia indudable de una mejora de las condi- ciones de vida de la población y de la mayor eficacia en el combate de las enfermedades infecciosas y respiratorias. A partir de finales de los aňos sesenta, la medicalización del em- barazo y los avances considerables en neonatologia fueron las causas principales de la con- tinuada disminución de la mortalidad infantil. El nivel alcanzado actualmente es tan bajo que el margen de mejoras debidas a futuros progresos es bajo. Una de las fuentes de taies mejoras podría ser una reducción de las diferencias geográficas o de las disparidades sociales, que siguen siendo significativas.
Barbieri (Magali).- La mortalité infantile en France Le XXe siècle aura remporté une extraordinaire victoire sur la mortalité des jeunes enfants. Le processus s'est accéléré depuis la Deuxième Guerre mondiale avec, dans un premier temps, des progrès enregistrés surtout contre la mortalité post-néonatale, puis, à partir de la fin des années soixante, un recul rapide de la mortalité des premiers jours. La baisse de la mortalité post-néonatale est, sans aucun doute, à mettre au crédit de l'amélioration des conditions de vie de la population et de l'efficacité des mesures de lutte contre les maladies infectieuses et respiratoires. À partir de la fin des années soixante, ce sont surtout la médicalisation de la grossesse et de l'accouchement et les avancées considérables en matière de néonatalogie qui ont permis à la baisse de la mortalité infantile de se poursuivre. Le niveau aujourd'hui atteint est si faible que la marge de manœuvre pour de futurs progrès semble désormais étroite. Pourtant, la survie des jeunes enfants pourrait encore être améliorée par une réduction des différentiels géographiques et des disparités sociales qui demeurent significatifs.
26 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : jeudi 1 janvier 1998
Lecture(s) : 86
Nombre de pages : 28
Voir plus Voir moins

Magali Barbieri
La mortalité infantile en France
In: Population, 53e année, n°4, 1998 pp. 813-838.
Citer ce document / Cite this document :
Barbieri Magali. La mortalité infantile en France. In: Population, 53e année, n°4, 1998 pp. 813-838.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/pop_0032-4663_1998_num_53_4_6935Abstract
Barbieri (Magali).- Infant mortality in France The twentieth century has witnessed an extraordinary
victory over infant and child mortality. This process accelerated after the Second World War. The
advances were achieved first mainly in post-neo-natal mortality, then, from the 1960s, came a rapid fall
in early neo-natal mortality. The fall in mortality was without any doubt the result of
improved living conditions and of increasingly effective action against infectious and respiratory
diseases. From the end of the 1960s, the continued fall in infant mortality resulted primarily from better
medical care during pregnancy and birth, and the considerable progress in neo-natal care techniques.
The level is now so low that there can be only limited scope for future progress. However, child survival
could further be improved by a reduction in the still significant social and geographical differentials.
Resumen
Barbieri (Magali).- La mortalidad infantil en Francia Durante el siglo XX se han logrado grandes victorias
en la disminución de la mortalidad infantil. El proceso se aceleró después de la Segunda Guerra
Mundial. En una primera etapa, se produjeron avances en la mortalidad post-neonatal, y a partir de los
aňos sesenta se observan disminuciones de la mortalidad desde los primeros días de vida. La
disminución de la mortalidad post-neonatal es consecuencia indudable de una mejora de las condi-
ciones de vida de la población y de la mayor eficacia en el combate de las enfermedades infecciosas y
respiratorias. A partir de finales de los aňos sesenta, la medicalización del em- barazo y los avances
considerables en neonatologia fueron las causas principales de la con- tinuada disminución de la
mortalidad infantil. El nivel alcanzado actualmente es tan bajo que el margen de mejoras debidas a
futuros progresos es bajo. Una de las fuentes de taies mejoras podría ser una reducción de las
diferencias geográficas o de las disparidades sociales, que siguen siendo significativas.
Résumé
Barbieri (Magali).- La mortalité infantile en France Le XXe siècle aura remporté une extraordinaire
victoire sur la mortalité des jeunes enfants. Le processus s'est accéléré depuis la Deuxième Guerre
mondiale avec, dans un premier temps, des progrès enregistrés surtout contre la mortalité post-
néonatale, puis, à partir de la fin des années soixante, un recul rapide de la mortalité des premiers
jours. La baisse de la mortalité post-néonatale est, sans aucun doute, à mettre au crédit de
l'amélioration des conditions de vie de la population et de l'efficacité des mesures de lutte contre les
maladies infectieuses et respiratoires. À partir de la fin des années soixante, ce sont surtout la
médicalisation de la grossesse et de l'accouchement et les avancées considérables en matière de
néonatalogie qui ont permis à la baisse de la mortalité infantile de se poursuivre. Le niveau aujourd'hui
atteint est si faible que la marge de manœuvre pour de futurs progrès semble désormais étroite.
Pourtant, la survie des jeunes enfants pourrait encore être améliorée par une réduction des différentiels
géographiques et des disparités sociales qui demeurent significatifs.MORTALITE INFANTILE LA
EN FRANCE'
Magali Barbieri*
II y a un siècle, 14% des enfants mouraient avant leur premier an
niversaire. Depuis, la mortalité infantile a progressivement diminué et la
baisse s'est accélérée à partir de 1950, le taux se réduisant de plus de
50 p. mille à cette date à 5 p. mille aujourd'hui (tableau 1). Cette évolution
a permis à notre pays d'améliorer sensiblement sa position au sein de
l'Europe. En 1950, la mortalité infantile en France était plus élevée que
dans tous les pays d'Europe du Nord, certains pays d'Europe de l'Ouest
(Luxembourg, Pays-Bas, Royaume-Uni et Suisse) et un pays d'Europe du
Sud (Grèce)' u. Aujourd'hui, la France a largement rattrapé son retard puis
que seuls sont mieux placés trois pays Scandinaves : la Finlande, la Norvège
et la Suède, avec des taux records de 4,0 p. mille, et la Suisse (4,7 p. mille).
En moins de cinquante ans, la France est ainsi passée du 12e au 5e rang des
pays européens.
Questions de définition Les définitions légales de la naissance vivante
et du décès fœtal tardif ainsi que les pratiques
en matière de déclaration varient sensiblement d'un pays à l'autre, ce qui rend
difficiles les comparaisons (Hohn, 1981 ; Masuy-Stroobant, 1996). La diversité
des pratiques devient particulièrement problématique lorsque la mortalité at
teint un très faible niveau, comme c'est le cas en Europe aujourd'hui. Les
problèmes de définition se posent d'ailleurs non seulement pour les compar
aisons entre pays mais également pour l'évolution au cours du temps à
l'intérieur d'un même pays. C'est notamment le cas en France, où les
pratiques se sont plusieurs fois modifiées depuis 1950.
* Nous remercions ici France Meslé (Ined), France Prioux (Ined) et Laurent Toulemon
(Ined/Insee), pour leurs précieux commentaires sur les versions successives de cet article.
* Institut national d'études démographiques.
(1) On peut toutefois s'interroger sur la fiabilité des données d'état civil de la Grèce
à cette époque.
Population, 4, 1998, 813-838 814 M. BARBIERI
Tableau 1 . - Taux de mortalité infantile pour 1 000 naissances vivantes
de 1901 À 1996
Taux de mortalité* Taux de mortalité* Taux de mortalité* Année Année Année
1901 145,0 78,4 1965 21,9 1933
1902 137,0 1934 74,4 1966 21,7
139,0 1967 1903 1935 72,5 20,7
1904 147,0 1936 71,8 1968 20,4
1905 139,0 1937 70,0 1969 19,6
1906 146,0 1938 70,4 1970 18,2
1907 131,0 1939 68,3 1971 17,1 91,4 1972 16,0 1908 1940
1973 15,4 1909 119,0 1941 75,0
1974 1910 113,0 1942 76,7 14,7
1911 157,0 1943 81,0 1975 13,8
1912 106,0 1944 82,3 1976 12,5
1913 114,0 1945 113,7 1977 11,4
1914 111,0 1946 77,8 1978 10,7
123,0 71,1 10,0 1915 1947 1979
1980 1916 117,0 1948 55,9 10,0
1981 1917 129,0 1949 60,3 9,7
1918 146,0 1950 52,0 1982 9,5
1919 125,0 1951 50,8 1983 9,1
1920 123,2 1952 45,2 1984 8,3
1921 121,2 1953 41,9 1985 8,3
90,4 1954 40,7 1986 1922 8,0
1923 101,8 1955 38,6 1987 7,8
1924 89,8 1956 36,2 1988 7,8
1925 94,8 1957 33,7 1989 7,5
1926 101,8 1958 31,5 1990 7,3
1927 87,8 1959 29,5 1991 7,3
94,8 27,4 1928 1960 1992 6,8
1929 100,3 1961 25,6 1993 6,5
1930 83,8 1962 25,7 1994 5,9
1931 79,9 1963 25,4 1995 4,9
1932 81,6 1964 23,3 1996 4,8
* Le taux présenté pour les années 1 90 1 - 1 9 1 9 est le taux non rectifié des faux mort- nés car avant 1 920
les statistiques des naissances ne distinguent pas les mort-nés ayant respiré des autres mort-nés. À
partir de 1920, le taux présenté est rectifié des faux mort-nés.
Sources :
- pour les années 1901- 1992: Daguet, 1995, tableau N, 118-199 ;
- les 1993 à 1995 : La situation démographique, Insee résultats ;
- pour 1996 : données provisoires communiquées par R. Kerjosse (Insee).
On définit le taux de mortalité infantile comme le rapport du nombre
de décès d'enfants de moins d'un an au cours d'une année de calendrier au
nombre de naissances vivantes de la même année. La mortalité au-dessous
d'un an se décompose en mortalité néonatale, pendant les quatre premières
semaines de vie (à 0-27 jours), et post-néonatale, du deuxième au douzième
mois (28-365 jours). La mortalité néonatale se décompose à son tour en néo
natale précoce, jusqu'au septième jour, et néonatale tardive, du septième au
vingt-septième jour. Par ailleurs, la mortalité périnatale combine la mortalité LA MORTALITÉ INFANTILE EN FRANCE 8 1 5
néonatale précoce et la mortinatalité'2' ; la combinaison se justifie par la
difficulté rencontrée par les médecins pour distinguer entre ces deux der
niers types de décès parmi ceux se produisant au moment de la naissance.
Les décompositions de la mortalité infantile suivent maintenant les r
ecommandations de l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Jusqu'en
1975, contrairement à ces recommandations et à la différence de nombreux
autres pays, européens notamment, la France considérait comme mort-nés
les enfants décédés immédiatement après la naissance -et avant l'enre
gistrement de celle-ci à l'état civil- mais ayant montré des signes de vie'3'
(respiration), les excluant ainsi de la mortalité néonatale précoce. Depuis
cette date, et par souci d'harmonisation avec les définitions internationales,
ces décès ont été pris en compte dans le calcul de la mortalité néonatale pré
coce mais ils continuaient également à figurer dans certaines statistiques de
mort-nés. C'est seulement depuis mars 1993 que l'enregistrement à l'état civil
des enfants nés vivants et des mort-nés se fait à partir des signes de vie man
ifestés à la naissance, et non plus en fonction de leur survie au moment de
l'enregistrement. Depuis 1993, donc, la catégorie «mort-nés ayant respiré»
devient incompatible dans les termes mêmes ; on observe cependant, dans les
statistiques publiées par l'Insee à partir des enregistrements de naissances, de
décès et de mort-nés à l'état civil, que la confusion demeure, même si le
phénomène est devenu marginal (tableau 2).
La question est d'importance car les préoccupations en matière de mort
alité infantile se sont focalisées sur la période de la fin de la grossesse, de
l'accouchement et des premiers jours, voire des premières heures, suivant la
naissance. Sur le long terme, en effet, la baisse de la mortalité infantile s'est
accompagnée d'une concentration de plus en plus poussée des décès dans les
tout premiers jours de la vie. Or, la confusion entre naissances vivantes et
authentiques mortinaissances engendre une sous-estimation de la mortalité in
fantile précoce (Bouvier-Colle et Hatton, 1990). Nous avons procédé à un
ajustement des données de l'état civil publiées par l'Insee pour tenir compte
de ces changements de pratiques afin de travailler sur des séries cohérentes
de taux de mortalité'4' : les résultats présentés dans cet article proviennent de
l'analyse des données corrigées des faux mort-nés.
Évolution de la mortalité Toutes les composantes de la morta-
infantile et de ses composantes lité infantile ont contribué à sa baisse
mais de manière inégale selon les pé
riodes. Le demi-siècle écoulé depuis 1950 peut se diviser en deux périodes.
(2) La mortinatalité désigne la mortalité intra-utérine des fœtus d'une durée de ges
tation supérieure à 180 jours.
(3' Ce sont les « faux mort-nés ».
(4) Les taux de mortalité néonatale (rectifiés pour tenir compte des faux mort-nés), post-
néonatale et infantile ont été calculés en rapportant les décès du groupe d'âges considéré au
nombre de naissances vivantes corrigées des faux mort-nés. Les taux de mortalité des 2c-3e,
4e-6e et 7e- 12e mois ont été calculés de la même manière. 816 M. BARBIERI
Tableau 2. - Nombre de naissances vivantes et de mort-nés classés
selon les signes de vie à la naissance ( 1 970- 1 995)
Mort-nés Naissances Année vivantes* N'ayant pas Non déclaré Ayant respiré respiré
1970 850 381 2 598 10 234 1235
881 284 2 637 10 351 1 135 1971
877 506 2413 10012 940 1972
857 186 2 306 9 700 770 1973
2 001 8 497 861 1974 801218
745 065 1 829 7 602 623 1975
1 527 6 975 547 1976 720 395
744 744 1492 6 877 568 1977
1359 6 414 706 1978 737 062
757 354 6 355 639 1979 1335
1980 800 376 1233 6 359 583
1981 805 483 1213 6 095 549
797 223 1 179 5 717 617 1982
748 525 1 027 5 144 579 1983
973 5 115 720 1984 759 939
904 4 861 797 1985 768 431
4 777 1986 778 468 833 838
1987 767 828 751 4 488 816
1988 771 268 764 4 289 519
646 4 253 448 1989 765 473
570 4 100 388 1990 762 407
3 991 373 1991 759 056 585
1992 743 658 503 3 728 327
94 3 666 125 1993 711610
47 3 497 136 1994 710 993
1995 729 609 36 3 466 393
* Les naissances vivantes incluent les enfants déclarés vivants à la naissance ainsi que les mort-nés
ayant respiré.
Source : Insee, La situation démographique... pour différentes années.
Pendant la première, qui s'étend jusqu'au début des années soixante-
dix, la mortalité post-néonatale a rapidement reculé tandis que la mortalité
néonatale, dominée par l'évolution de la mortalité des sept premiers jours
après la naissance, s'érodait très lentement (figure 1). Ces deux composantes
se partageaient à peu près également les décès de la première année en 1950
mais en 1965 la mortalité néonatale représentait 70% de l'ensemble : en quinze
ans, le taux de post-néonatale a, en effet, été divisé par quatre alors
que le de mortalité n'a diminué que de 40%. La chute rapide
de la mortalité post-néonatale, qui se situait dans le prolongement de l'évo
lution observée depuis la fin du XIXe siècle, résultait des victoires accumulées
contre la mortalité exogène en général, provoquée par des agressions extérieur
es, selon la définition de J. Bourgeois-Pichat (1946), et contre les maladies
infectieuses en particulier. MORTALITE INFANTILE EN FRANCE 817 LA
Taux pour 1 000
(échelle logarithmique)
100
Post-néonatale
Néonatale précoce"1
1
1950 1955 1960 1965 1970 1975 1980 1985 1990 1995 2000
Année
Figure 1- Évolution de la mortalité infantile
et de ses composantes (1950-1996)
Note : les données pour 1996 sont provisoires ; elles nous ont été communiquées
par R. Kerjosse, Insee
À partir de la fin des années soixante, le rythme de baisse de la
mortalité post-néonatale s'est progressivement ralenti pour pratiquement
s'interrompre au cours des années quatre-vingt. Cette évolution est obser
vée dans l'ensemble des pays européens (Kaminsky et Blondel, 1985a).
Dans le même temps, le recul de la mortalité néonatale s'est, en revanche,
accéléré, si bien que les deux taux se sont rejoints dès 1989 à un niveau
un peu inférieur à 4 p. mille. La chute de la mortalité post-néonatale a
néanmoins repris et, en 1996, les décès de cette période représentent moins
de 40% de l'ensemble des décès infantiles, contre un peu plus de 60%
pour ceux de la période néonatale. Lorsque l'on décompose la mortalité
néonatale en néonatale précoce (0-6 jours) et tardive (7-27 jours), on ob
serve une évolution similaire, avec une baisse plus rapide de la tardive par rapport à la mortalité néonatale précoce entre 1950
et 1970 environ, et un renversement par la suite. La médicalisation crois
sante de la grossesse et de l'accouchement, et plus particulièrement la pro
portion accrue d'accouchements à l'hôpital, ont permis de faire reculer les
décès « endogènes » qui résultent de malformations congénitales ou de trau-
matismes liés à l'accouchement et se produisent donc, en principe, dans
les tout premiers moments de la vie. M. BARBIERI 818
Le changement dans le rythme de baisse des deux composantes de
la mortalité infantile a été interprété par de nombreux auteurs comme le
résultat d'un transfert des décès de la période néonatale à la période post-
néonatale (Lantoine et Pressât, 1984; Friede et al., 1987; Bouvier-Colle
et al., 1991), transfert qui résulterait de l'efficacité croissante des techni
ques médicales dans la lutte contre la mortalité endogène. Le report des
décès qui se seraient produits pendant les premières semaines, si les progrès
dans les soins intensifs du nouveau-né n'étaient pas aussi efficaces vers
la période post-néonatale, a probablement joué un rôle dans la relative stag
nation de la mortalité entre 28 jours et un an.
Cette hypothèse est confirmée par l'évolution différentielle des taux de
mortalité des 2c-3e mois, 4e-6e mois et 7e- 12e mois (figure 2). Pendant les
années cinquante, le taux de mortalité des 7e au 12e mois était sensiblement
supérieur à ceux des deux autres groupes d'âges : 8,3 p. mille naissances vi
vantes en moyenne en 1950-1955 contre 6,9 et 7,1 p. mille, respectivement,
pour les taux correspondant aux 4e-6e mois et 2e-3e mois. Entre 1960 et 1975
environ, il a cependant diminué beaucoup plus rapidement que ces derniers et
il se situe très en dessous des deux autres taux depuis vingt ans : 0,7 p. mille
au lieu de 1,2 et 1,6 p. mille, respectivement, pour la période 1985-1995. La
baisse a été considérable pour les taux des trois groupes d'âges entre les deux
périodes, mais elle a été plus lente aux 2e-3e mois (recul du taux de 75 %
environ entre 1950-1955 et 1985-1995) qu'aux 4c-6e mois (80%) et, surtout,
Taux de mortalité
pour 1 000 naissances
12
1950 1955 1960 1965 1970 1975 1980 1985 1990 1995
Année
Figure 2- Décomposition du taux de mortalité post-néonatal
selon l'âge au décès (p. 1 000 naissances vivantes) LA MORTALITÉ INFANTILE EN FRANCE 819
aux 7e-12e mois (90%). En conséquence, sur l'ensemble de la période considérée
(1950-1995), la part des décès des 2e et 3e mois s'est très régulièrement accrue,
d'environ 30% à presque 50%, tandis que celle des décès des 7e au 12e mois
diminuait considérablement (de 40 à moins de 20%) et celle des décès des 4e
au 6e mois restait à peu près stable, autour de 30%.
Tout récemment, cette évolution s'est à nouveau inversée et la baisse
remarquable de la mortalité des 2e et 3e mois, observée ces trois dernières
années, est largement responsable du recul important de la mortalité in
fantile au cours de ces mêmes années. Le taux de mortalité infantile a en
effet diminué de 6,5 p. mille en 1993 à 5,9 en 1994, puis à 4,9 p. mille
en 1995 et 4,8 en 1996.
Les changements de la struc- L'évolution des composantes de la mor-
ture par cause des décès talité infantile est liée au rythme des
progrès de la lutte contre les différentes
maladies de la petite enfance. Depuis 1950, parmi tous les décès de la première
année pour lesquels la cause a été déclarée, environ 90% sont attribuables à
six causes ou groupes de causes de décès(5) : les affections d'origine périnatale,
les anomalies congénitales, les maladies aiguës de l'appareil respiratoire, la
mort subite du nourrisson, les infectieuses et parasitaires et les ac
cidents (figure 3). Les symptômes et états morbides mal définis figurent éga
lement parmi les principales causes de décès de la première année. Cette
catégorie comprenait, jusqu'en 1993, les de mort-nés ayant montré des
signes de vie à la naissance (les « faux mort-nés ») ; la nouvelle classification,
qui a fait presque complètement disparaître la catégorie des faux mort-nés, a
provoqué un effondrement du nombre des décès de cause indéterminée entre
1992 et 1993 (dont le taux a diminué de 90 à 40 p. cent mille environ) et
un accroissement de celui des décès dus aux anomalies congénitales et aux
autres affections périnatales, dont les taux ont respectivement augmenté de
125 à 140 p. cent mille et de 165 à 180 p. cent mille entre 1992 et 1993.
Cette évolution n'est pas surprenante compte tenu du fait que les
affections d'origine périnatale et les anomalies congénitales représentent
les deux premières causes de décès pendant la période néonatale. Les af-
(5) Les séries statistiques utilisées ici nous ont été transmises par Jacques Vallin et
France Meslé pour les années 1950-1994. Elles ont été reconstruites par ces deux auteurs à
partir de données brutes produites et fournies par l'Inserm, reconstruction rendue nécessaire
pour produire des séries cohérentes de causes de décès par les révisions successives de la
classification internationale des maladies (Vallin et Meslé, 1988 et 1996). Les correspondances
entre les causes distinguées dans ce chapitre et les codes de la 9e classification internationale
des maladies sont les suivantes : maladies infectieuses : codes 10 à 1398; maladies aiguës
de l'appareil respiratoire : 460 à 4878; affections d'origine périnatale : 7600 à 7799; ano
malies congénitales : 7400 à 7599 ; accidents : 8000 à 9999 ; mort subite du nourrisson : 7980 ;
causes mal définies ou indéterminées : 7800 à 797 et 7981 à 7999. Pour les années 1995 et
1996, j'ai procédé moi-même au calcul des taux par cause à partir des données publiées par
l'Inserm (1997a, 1997b) selon les mêmes regroupements. Les taux sont calculés en rapportant
les décès par cause d'enfants de moins d'un an à la population moyenne âgée de zéro an en
milieu d'année. Le taux «toutes causes» ne correspond donc pas exactement au taux de
mortalité infantile pour la même année (pour lequel le dénominateur est le nombre total des
naissances de l'année). Les taux de 1996 sont provisoires. M. BARBIERI 820
Proportion de décès
1,0
1950 1955 1960 1965 1970 1975 1980 1985 1990 1995
Années
Figure 3.- Répartition proportionnelle des décès infantiles
selon la cause (1950-1996)
Sources: Vallin et Meslé pour 1950-1994 et Inserm pour 1995 et 1996 (cf. note 5)
fections d'origine périnatale incluent à la fois les complications maternelles
de la grossesse et de l'accouchement, qui représentent aujourd'hui une part
minime des décès, et la prématurité, le syndrome de détresse respiratoire
et les autres affections respiratoires du fœtus et du nouveau-né, qui en
constituent la plus grande part. Elles représentent la plus grande proportion
des décès infantiles, jusqu'à 35-40% pendant les années soixante et à nou
veau en 1995 et 1996. Le taux de mortalité par affection périnatale a ce
pendant décliné régulièrement jusqu'au début des années quatre-vingt et
il a alors rejoint le taux de mortalité par anomalie congénitale dont la
baisse avait été beaucoup plus lente. Plus de 20% des décès infantiles
sont attribuables aux anomalies congénitales depuis une vingtaine d'années,
mais la mortalité relevant de ces causes poursuit sa baisse, contrairement
à celle due aux affections périnatales, pour laquelle on observe une relative
stagnation depuis le début des années quatre-vingt (figures 3 et 4).
Les décès de la période post-néonatale sont principalement attribua
bles aux quatre autres causes, ou groupes de causes, de décès ; à savoir,
par ordre d'importance pour la plus grande partie de la période 1950-1995 :
les maladies respiratoires, les maladies infectieuses, les accidents et la mort

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.