La nouvelle reconstitution du crâne néandertalien de la Chapelle-aux-Saints. Méthodes et résultats. - article ; n°1 ; vol.1, pg 95-117

De
Bulletins et Mémoires de la Société d'anthropologie de Paris - Année 1989 - Volume 1 - Numéro 1 - Pages 95-117
Résumé. — La nouvelle reconstitution du crâne de La Chapelle-aux-Saints constitue tout d'abord une intervention qui s'avérait depuis longtemps déjà comme étant particulièrement urgente sur le plan muséologique. Elle a permis en effet de sauvegarder la pièce dont toute manipulation devenait dès lors périlleuse, en lui assurant, grâce à un nettoyage approfondi et l'emploi de nouveaux produits de collage et de consolidation, un état de conservation digne de son intérêt scientifique. D'autre part, en raison des erreurs d'interprétation anatomique qui furent inévitablement commises il y a quatre-vingt ans, époque où les Néandertaliens demeuraient encore mal connus, cette opération a permis de préciser un certain nombre de données qui avaient échappé aux premiers observateurs ou qui avaient abouti à des conclusions qu'il était nécessaire de revoir. Le nettoyage méticuleux des zones de contact, le rétablissement des axes de symétrie et des relations anatomiques entre la base du crâne, la face et la voûte crânienne, ont modifié désormais quelque peu l'état primitif de la pièce et la plupart des mensurations par rapport à la première reconstitution. Enfin, notre travail a porté sur le dégagement de la région des fosses nasales et sur les cavités internes de la face qui, du fait du remplissage soit par la gangue terreuse elle-même soit par les anciens produits de consolidation, n'avaient pu être décrits en détail.
THE NEW RECONSTRUCTION OF THE NEANDERTAL SKULL OF LA CHAPELLE-AUX-SAINTS (CORREZE, FRANCE). METHODOLOGICAL APPROACH AND RESULTS. Summary. — The new reconstruction of the famous neandertal skull was carried out from June 1984 to April 1985 in the Musée de l'Homme, Paris. At first, this reconstruction was necessary for the preservation of the specimen, but it appeared that it offered new data about neandertal anatomy and cranial structure, especially of the basicranium, the posterior part of the face, the facial cavities and a large part of the cranial vault. Comparatively to the former reconstruction, our work provides a smaller endocranial capacity (less than 1600 cc), a slighty longer and narrower skull (dolichocranic) without any pattern of plagiocephaly. The face now appears leptenic instead mesenic, and the angulation of the basicranium is more pronounced (Landzert angle = 137,5°). The tomographic study of the face shows a huge development of the frontal and maxillary sinuses, which are partly responsible for the neandertal and late Homo erectus facial morphology : the anterior cavity of the maxillary sinus blows up the bone surface, flattenning both maxillary and malar exocranial faces and smoothing out the canine depression. It results relatively low horizontal angles, and the prominence of the nasion and the middle vertical part of the face.
23 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : dimanche 1 janvier 1989
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Jean-Louis Heim
La nouvelle reconstitution du crâne néandertalien de la
Chapelle-aux-Saints. Méthodes et résultats.
In: Bulletins et Mémoires de la Société d'anthropologie de Paris, Nouvelle Série, tome 1 fascicule 1-2, 1989. pp. 95-
117.
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Heim Jean-Louis. La nouvelle reconstitution du crâne néandertalien de la Chapelle-aux-Saints. Méthodes et résultats. In:
Bulletins et Mémoires de la Société d'anthropologie de Paris, Nouvelle Série, tome 1 fascicule 1-2, 1989. pp. 95-117.
doi : 10.3406/bmsap.1989.1702
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bmsap_0037-8984_1989_num_1_1_1702Résumé
Résumé. — La nouvelle reconstitution du crâne de La Chapelle-aux-Saints constitue tout d'abord une
intervention qui s'avérait depuis longtemps déjà comme étant particulièrement urgente sur le plan
muséologique. Elle a permis en effet de sauvegarder la pièce dont toute manipulation devenait dès lors
périlleuse, en lui assurant, grâce à un nettoyage approfondi et l'emploi de nouveaux produits de collage
et de consolidation, un état de conservation digne de son intérêt scientifique. D'autre part, en raison des
erreurs d'interprétation anatomique qui furent inévitablement commises il y a quatre-vingt ans, époque
où les Néandertaliens demeuraient encore mal connus, cette opération a permis de préciser un certain
nombre de données qui avaient échappé aux premiers observateurs ou qui avaient abouti à des
conclusions qu'il était nécessaire de revoir. Le nettoyage méticuleux des zones de contact, le
rétablissement des axes de symétrie et des relations anatomiques entre la base du crâne, la face et la
voûte crânienne, ont modifié désormais quelque peu l'état primitif de la pièce et la plupart des
mensurations par rapport à la première reconstitution. Enfin, notre travail a porté sur le dégagement de
la région des fosses nasales et sur les cavités internes de la face qui, du fait du remplissage soit par la
gangue terreuse elle-même soit par les anciens produits de consolidation, n'avaient pu être décrits en
détail.
Abstract
THE NEW RECONSTRUCTION OF THE NEANDERTAL SKULL OF LA CHAPELLE-AUX-SAINTS
(CORREZE, FRANCE). METHODOLOGICAL APPROACH AND RESULTS. Summary. — The new
reconstruction of the famous neandertal skull was carried out from June 1984 to April 1985 in the
Musée de l'Homme, Paris. At first, this reconstruction was necessary for the preservation of the
specimen, but it appeared that it offered new data about neandertal anatomy and cranial structure,
especially of the basicranium, the posterior part of the face, the facial cavities and a large part of the
cranial vault. Comparatively to the former reconstruction, our work provides a smaller endocranial
capacity (less than 1600 cc), a slighty longer and narrower skull (dolichocranic) without any pattern of
plagiocephaly. The face now appears leptenic instead mesenic, and the angulation of the basicranium is
more pronounced (Landzert angle = 137,5°). The tomographic study of the face shows a huge
development of the frontal and maxillary sinuses, which are partly responsible for the neandertal and
late Homo erectus facial morphology : the anterior cavity of the maxillary sinus blows up the bone
surface, flattenning both maxillary and malar exocranial faces and smoothing out the canine depression.
It results relatively low horizontal angles, and the prominence of the nasion and the middle vertical part
of the face.Bull, et Mém. de la Soc. d'Anthrop. de Paris, n.s., t. 1, nos 1-2, 1989, pp. 95-118
LA NOUVELLE RECONSTITUTION
DU CRÂNE NÉANDERTALIEN
DE LA CHAPELLE-AUX-SAINTS
MÉTHODE ET RÉSULTATS
J.-L. Heim (*)
Résumé. — La nouvelle reconstitution du crâne de La Chapelle-aux-Saints constitue
tout d'abord une intervention qui s'avérait depuis longtemps déjà comme étant particuli
èrement urgente sur le plan muséologique. Elle a permis en effet de sauvegarder la pièce
dont toute manipulation devenait dès lors périlleuse, en lui assurant, grâce à un nettoyage
approfondi et l'emploi de nouveaux produits de collage et de consolidation, un état de
conservation digne de son intérêt scientifique.
D'autre part, en raison des erreurs d'interprétation anatomique qui furent inévitabl
ement commises il y a quatre-vingt ans, époque où les Néandertaliens demeuraient encore
mal connus, cette opération a permis de préciser un certain nombre de données qui avaient
échappé aux premiers observateurs ou qui avaient abouti à des conclusions qu'il était néces
saire de revoir. Le nettoyage méticuleux des zones de contact, le rétablissement des axes
de symétrie et des relations anatomiques entre la base du crâne, la face et la voûte crâ
nienne, ont modifié désormais quelque peu l'état primitif de la pièce et la plupart des
mensurations par rapport à la première reconstitution.
Enfin, notre travail a porté sur le dégagement de la région des fosses nasales et sur
les cavités internes de la face qui, du fait du remplissage soit par la gangue terreuse elle-
même soit par les anciens produits de consolidation, n'avaient pu être décrits en détail.
THE NEW RECONSTRUCTION OF THE NEANDERTAL SKULL
OF LA CHAPELLE-AUX-SAINTS
(CORREZE, FRANCE). METHODOLOGICAL APPROACH AND RESULTS.
Summary. — The new reconstruction of the famous neandertal skull was carried out
from June 1984 to April 1985 in the Musée de l'Homme, Paris. At first, this reconstruc
tion was necessary for the preservation of the specimen, but it appeared that it offered
new data about neandertal anatomy and cranial structure, especially of the basicranium,
the posterior part of the face, the facial cavities and a large part of the cranial vault.
Comparatively to the former reconstruction, our work provides a smaller endocranial
capacity (less than 1600 ce), a slighty longer and narrower skull (dolichocranic) without
any pattern of plagiocephaly. The face now appears leptenic instead mesenic, and the angu-
lation of the basicranium is more pronounced (Landzert angle = 137,5°). The tomogra-
phic study of the face shows a huge development of the frontal and maxillary sinuses,
which are partly responsible for the neandertal and late Homo erectus facial morphology :
the anterior cavity of the maxillary sinus blows up the bone surface, flattenning both maxil
lary and malar exocranial faces and smoothing out the canine depression. It results relati
vely low horizontal angles, and the prominence of the nasion and the middle vertical part
of the face.
(*) Laboratoire d'Anthropologie du Muséum National d'Histoire Naturelle, Musée de l'Homme,
place du Trocadero, 75116 Paris. 96 SOCIÉTÉ D'ANTHROPOLOGIE DE PARIS
I. — INTRODUCTION
L'Homme de la Chapelle-aux-Saints fut le premier squelette néandertalien à
peu près complet mis au jour en France dans un contexte archéologique mousté-
rien bien établi. Il fut découvert par les Abbés Bouyssonie et Bardon le 3 août
1908 dans une petite grotte calcaire (« bouffia ») de la vallée de la Sourdoire en
Corrèze à une quarantaine de km au Sud de Brive. En raison de ses dimensions
réduites (6 m de long, 4 de large et 1,50 m de hauteur), la grotte semble avoir
constitué moins un site d'habitat (absence de déchet de taille) qu'un simple lieu
d'inhumation où, selon les inventeurs, les Néandertaliens auraient effectué un cer
tain nombre de repas funéraires (présence d'ossements animaux brisés et jetés
pêle-mêle).
La faune, riche en restes de Rhinoceros tichorhinus, de Cheval, de Sanglier,
de Renne, de Bison, de Loup, de Marmotte et d'Hyène des cavernes, s'accorde
avec un épisode plutôt froid correspondant au Wurm II et daté entre 50 et
40 000 ans. Selon les inventeurs, l'industrie est de type Quina associée à des outils
de tradition acheuléenne et à quelques grattoirs préfigurant les formes aurigna-
ciennes (Bouyssonie et Bardon, 1909 ; Boule, 1911-13).
L'état de conservation du squelette est lié tout d'abord à sa présence dans
une grotte ce qui a favorisé la préservation du gisement. D'autre part, le dépôt
de remplissage était peu épais (30-40 cm) réduisant ainsi la pression sur les os.
Mais surtout le squelette avait fait l'objet d'une inhumation intentionnelle, l'une
des plus anciennes qui fut reconnue (Peyrony, 1921). Bien qu'ayant été en partie
brisé au cours de la fossilisation, le crâne de La Chapelle-aux-Saints était le plus
complet connu à l'époque. L'ensemble des restes osseux fut envoyé au Muséum
de Paris où le Professeur Marcellin Boule, aidé de son préparateur Papoint, entre
prirent une première reconstitution qui donna lieu à une monographie complète
publiée entre 1911-1913. Cette publication demeura un ouvrage de référence pen
dant plus de soixante ans. Mais à cette époque, Г anatomie des Hommes de Néan-
dertal était encore mal connue. M. Boule ne disposait que de très peu d'éléments
de comparaison pour reconstituer certaines parties du squelette et notamment la
base du crâne ; sa reconstruction s'avérait hypothétique et entachée d'une pré
tendue position intermédiaire entre le singe anthropoïde et l'Homme moderne.
Depuis, de nouvelles découvertes d'Hommes de Néandertal et les études aux
quelles elles donnèrent lieu ont permis de mieux interpréter leurs traits particul
iers et de rétablir, dans la mesure du possible, une réalité plus conforme à ce
que nous enseigne l'anatomie de ces Hommes et leur position dans le courant
de l'évolution humaine. -
Etat primitif de la pièce
La reconstitution de M. Boule présentait toutefois un certain nombre d'erreurs
portant en particulier sur la base du crâne et sur le pourtour du trou occipital.
Tout d'abord le foramen magnum et le basion occupaient par rapport à l'ensemble
du crâne cérébral une position trop reculée d'après les valeurs définies sur les
autres Néandertaliens. Le basi-occipital avait été placé en position nettement hori
zontale, et afin de rejoindre l'apophyse ptérygoïde gauche du sphénoïde, il fut
alors nécessaire d'interposer un pont de liège biaisant ainsi les rapports anatomi- RECONSTITUTION DU CRÂNE NÉANDERTALIEN 97 NOUVELLE
ques entre le rocher et le cli vus, celui-ci apparaissant décalé par rapport au som
met de la pyramide pétreuse.
Un autre point douteux portait sur la forte asymétrie de la voûte que M. Boule
attribuait à une plagiocéphalie résultant de la compression des sédiments. En fait,
et nous l'avons démontré, cette déformation résultait de la mise en contact forcé
de la partie supéro-antérieure du pariétal gauche avec la partie correspondante
du frontal. La torsion ainsi provoquée avait en outre décalé la portion occipitale
gauche par rapport à la partie droite dont elle demeurait séparée par un espace
d'environ 1 cm, espace qui dût être comblé par de la cire.
Au niveau de la face, nous avons relevé des erreurs notables dans la reconsti
tution de l'orbite droite et du plancher des fosses nasales dont nous préciserons
l'ampleur au cours du démontage. De même, toute Г arrière-face était envahie
de matériau de consolidation mêlé à la gangue d'origine qui n'avait pas même
été dégagée.
Enfin, il convient de préciser que, lorsque j'ai entrepris ce travail, la voûte
crânienne avait perdu une partie de sa résistance mécanique car les anciennes colles
de menuisier ou de poisson n'avaient pratiquement plus aucune adhérance sur
les contacts. La manipulation du crâne devenait alors particulièrement fragile et
son sauvetage s'avérait en tout état de cause indispensable.
La reconstitution et la restauration du crâne de la Chapelle-aux-Saints ont été
menées au Laboratoire d'Anthropologie du Musée de l'Homme entre juin 1984
et avril 1985. L'opération totale s'est déroulée en deux phases principales : la phase
de démontage au cours de laquelle tous les éléments osseux ont été isolés, et la
phase de reconstitution proprement dite précédée par un nettoyage méticuleux de
toutes les zones de contact des os.
II. — MÉTHODE DE TRAVAIL DE RECONSTITUTION
Le démontage
a) Face.
Cette phase a débuté par la séparation du massif facial et du neurocrâne, qui
ont fait l'un et l'autre l'objet d'un décollage plus poussé de leurs éléments
constitutifs.
La partie postérieure de la face avait été obstruée par de la cire et du plâtre.
Si c'était là une précaution louable pour protéger cette partie fragile, un tel rem
plissage avait masqué les sinus maxillaires, rendant ainsi impossible l'observation
d'une région particulièrement représentative chez les Hommes de Néandertal par
son développement.
Les planchers de l'orbite droite, des fosses nasales et de la région palatine
avaient fait également l'objet d'une reconstitution inexacte, ce qui impliqua le
démontage. Le démontage de la paroi interne de l'orbite gauche réserva bien des
surprises. En effet, les éléments osseux étaient ajustés tant bien que mal et les
contacts anatomiques véritables n'étaient pas respectés. Aussi, pour maintenir en
place tous les éléments disparâtres qui constituaient cet édifice, un clou métalli
que avait été placé horizontalement à la face interne de Pethmoïde et noyé dans
une masse de cire et de plâtre. Invisible de l'extérieur, le clou apparaissait nett
ement sur les anciennes radiographies. SOCIÉTÉ D'ANTHROPOLOGIE DE PARIS 98
Nous pûmes constater que la partie postérieure du plancher orbitaire et la lèvre
antérieure de l'échancrure sphéno-palatine avaient été confondues avec la lame
papyracée de l'ethmoïde et l'unguis. Aussi, ce qui apparaissait comme l'ouver
ture du canal lacrymal, n'était en réalité que la région postérieure de l'orbite au-
dessous du trou optique ! Une torsion de 180° permit de retrouver les contacts
et de replacer correctement ce fragment..
b) Base du crâne
La situation et l'orientation du trou occipital permettent d'interpréter la pos
ture et la position de la tête. Or, il était classique d'admettre, qu'en raison d'une
face volumineuse, d'un fémur recourbé et surtout de la position reculée et hori
zontale du trou occipital, le centre de gravité de la tête était plus antérieur chez
les Néandertaliens que chez nous, d'où la posture fléchie du corps représentée
dans la plupart des publications anciennes.
On doit rappeler que le squelette de La Chapelle-aux-Saints fut le premier
Néandertalien décrit ayant conservé les éléments de la base du crâne. On com
prend alors que cette première reconstitution reflétait bien plus une interpréta
tion purement hypothétique qu'une vision plus réaliste que des découvertes ulté
rieures ont permis de révéler. En effet, un bouchon de liège nettement trop volu
mineux assurait la liaison entre le bord du trou occipital et le reste de la base
crânienne. De ce fait, le trou occipital occupait sur la première reconstitution une
position trop reculée de 4 mm et une orientation beaucoup trop horizontale, faits
que nous avions d'ailleurs signalés à l'occasion de l'étude du crâne des Néandert
aliens de La Ferrassie (J-L Heim, 1976).
c) Voûte crânienne
Les os de la voûte avaient fait l'objet d'un certain nombre d'erreurs de remont
age. A la limite fronto-pariétale gauche, un contact forcé avait été obtenu par
la torsion horizontale du crâne. Il en résultait une forte asymétrie de la boîte
crânienne que Marcellin Boule avait pourtant décrite sans tenir compte du fait
que cette « plagiocéphalie » n'avait rien de naturelle, mais résultait non pas de
l'écrasement mais bien d'une malposition des os au cours de la reconstitution.
En effet, si nous laissons les os reprendre naturellement leur place normale sans
tenter de forcer leur contact l'un contre l'autre, on peut rétablir l'axe de symét
rie sagittal d'origine en retrouvant l'espace réel entre le frontal et le pariétal gau
che (fig. 1).
Remontage et reconstitution
La technique opératoire du remontage du crâne a été établie à partir d'un
support en plastiline, matériau à la fois souple et non élastique, sur lequel tous
les fragments constitutifs de la voûte crânienne ont été placés un à un selon leur
position théorique. La reconstitution a été effectuée compte tenu des différents
axes de symétrie du crâne, ainsi que de l'ensemble global et simultané des princ
ipaux fragments. Le remontage des os de la voûte, et notamment de l'écaillé occi
pitale a pu ainsi être réalisé sans difficultés : le morceau de cire qui partageait
l'occipital en son milieu a été éliminé par suite du contact entre les deux bords
osseux réduisant ainsi la largeur de la fossette sus-iniaque, trait caractéristique
de l'occipital néandertalien. NOUVELLE RECONSTITUTION DU CRÂNE NÉANDERTALIEN 99
Figure 1. — Les axes de symétrie du crâne de La Chapelle. A droite : reconstitution de
M. Boule. A gauche : nouvelle reconstruction. La plagiocéphalie a disparu
et les axes de symétrie sont parfaitement orthogonaux sur la nouvelle
reconstitution..
La nouvelle reconstitution de la base du crâne fait apparaître les premiers résul
tats de ce travail. Sur la première reconstitution, l'axe transversal était dévié par
rapport à l'axe sagittal du fait de la malposition du frontal par rapport au pariétal
gauche. Etant donné que les relations entre ces deux os ont été justement réta
blies, les axes se recoupent désormais à angle droit et rétablissent ainsi le plan
de symétrie comme nous l'avons indiqué plus haut (fig. 1).
La préparation du massif facial a été réalisée selon la même technique. L'ins
tallation préliminaire de la face, opération particulièrement délicate, a permis de
contrôler les rapports anatomiques. La face des Néandertaliens diffère en effet
très nettement de celle des Hommes modernes par son grand volume comparati
vement au crâne cérébral, par la projection du nasion et par l'effacement de la
fosse canine consécutivement au développement important des sinus maxillaires.
L'apophyse ptérygoïde gauche, qui assure la liaison entre le plancher crânien et
le massif facial était primitivement mal disposée ce qui conférait à la base du
crâne un aspect étrangement aplati, cause d'interprétations erronées concernant
aussi bien le port de la tête que l'improbabilité quasi-certaine de langage articulé
chez les Néandertaliens ! Notre reconstitution, qui tient compte des rapports ana- SOCIÉTÉ D'ANTHROPOLOGIE DE PARIS 100
tomiques réels, confirme bien que la tête des Hommes de Néandertal ne différait
guère fondamentalement de la nôtre par son attitude au-dessus de la colonne ver
tébrale, et que le larynx devait occuper une position relativement basse. Notre
reconstitution devrait donc mettre un terme aux controverses concernant l'exi
stence du langage articulé chez les Néandertaliens. Ces Hommes étaient capables
anatomiquement de prononcer les mêmes voyelles et les mêmes consonnes que
nous. Le faisaient-ils vraiment ? Là, l'anthropologue ne peut seul y répondre.
III. — RÉSULTATS
Dimensions générales
La suppression du contact fronto-pariétal gauche a rétabli la symétrie des axes
sagittal et transversal en supprimant la plagiocéphalie et en augmentant légèr
ement la longueur Gl-Opc de 2 mm qui passe ainsi de 208 à 210 mm (fig. 2).
De même, l'élimination du pont de cire médio-occipital a réduit la largeur
bipariétale maximale de 4 mm. Il en résulte un crâne plus étroit ce qui s'accom
pagne de quelques modifications sensibles des indices.
— L'indice crânien horizontal passe de la faible mésocřanie (75) à la doli-
chocranie (72,8).
—fronto-pariétal, bien que s'élevant de 69,4 à 71,9, demeure dans
la classe eurymétope. Il s'en suit un front relativement plus large par rapport
au crâne cérébral et un indice frontal transversal plus élevé (93,6 au lieu de 89,3)
exprimant des crêtes frontales moins divergentes que sur la reconstitution initiale.
— En revanche, on constate peu de changements dans la position du bregma
hormis une très discrète avancée, d'où une légère diminution des indices bregma-
tiques de Schwalbe (39,7 au lieu de 40,6) et d'inclination du frontal (34,1 au lieu
de 35,3).
— La hauteur basio-bregmatique s'abaisse de 2 mm (129 mm) et si l'indice
de hauteur/longueur demeure sensiblement inchangé, l'indice de hauteur/largeur
s'élève quelque peu (de 81,8 à 84,3) en raison de l'étroitesse plus marquée de
la boîte crânienne.
— De même, la réduction de 3 mm de la hauteur au porion (109 mm) appar
aît sans effet particulier sur les indices puisqu'elle s'accompagne d'une moindre
largeur crânienne :
Reconst. de M. Boule Nouvelle reconst.
Indice de hauteur de la calotte 8 45 45, de Hauteur/largeur 3 71 ,2 71,
En revanche, l'indice de hauteur/longueur accuse une certaine baisse (de 53,6
à 51,9) du fait de l'allongement du crâne.
— Au total, la diminution de la largeur et de la hauteur du crâne s'accorde
avec une capacité crânienne sensiblement réduite comparativement à celle annonc
ée par M. Boule.
En effet, l'auteur avait publié une capacité de 1626 ce obtenue par cubage
direct et compte tenu des nombreuses lacunes osseuses qui réduisaient évidem
ment la précision de la méthode. Sur la première reconstitution, nous avons appli
qué la formule de G. Olivier et H. Tissier. RECONSTITUTION DU CRÂNE NÉANDERTALIEN 101 NOUVELLE
Ope
Рг
Gn
Figure 2. — Diagramme médio-sagittal du crâne de La Chapelle-aux-Saints avant (tirets)
et après (trait plein) l'actuelle reconstitution. L'axe Basion-bregma est com
mun aux deux Drofils.
cm3 + 123 — 100 cm3 0,3882 (longueur max. X largeur max. X Ba-B)
corrigée pour les Paléanthropiens, et obtenu un chiffre de 1641 ce représentant
la valeur moyenne de la capacité d'après la hauteur au basion (1659 ce) et la hau
teur au porion (1623 ce), ces valeurs, principalement la seconde étant peu diffé
rentes de celles de M. Boule.
La nouvelle reconstitution aboutit à une capacité moyenne de 1593 ce soit
1632 ce pour la hauteur au basion et 1555 ce pour la hauteur au porion, les dif
férences avec la initiale étant respectivement de — 48, — 27 et —
68 ce pour les trois valeurs considérées. Il s'agit là bien évidemment de diffé
rences peu conséquentes dans les résultats établis par ailleurs chez les Néanderta-
liens qui présentent une capacité crânienne élevée s'inscrivant dans les limites des
valeurs modernes. Toutefois, cette nouvelle capacité crânienne se rapproche de
la valeur moyenne des Néandertaliens (1510 ± 150 ce, Heim, 1982b).
Voûte du crâne (fig. 2).
a) Courbures d'ensemble.
Les courbures de la voûte n'ont pas subi de modifications significatives à la 102 SOCIÉTÉ D'ANTHROPOLOGIE DE PARIS
suite de notre travail, hormis un léger allongement de l'arc Gl-Op (de 347 à
353 mm) consécutif au rétablissement de la symétrie horizontale du crâne. Les
principales différences constatées entre les segments sont davantage le fait d'une
localisation mieux définie des lambda et inion ainsi que du réajustement de l'opis-
thion. C'est ainsi que la corde Gl-I apparaît plus élevée de 5 mm contrairement
à l'arc correspondant qui se trouve réduit d'un demi-centimètre, ce qui élève
l'indice de courbure de la calotte de 2,6 unités d'indice (65,6), valeur peu diffé
rente de la moyenne du groupe (65,2).
La courbure frontale sagittale est pratiquement la même bien que l'indice soit
très légèrement inférieur sur la nouvelle reconstruction.
En revanche, l'aplatissement pariétal sagittal est un peu plus élevé (indice pas
sant de 91,7 à 95,3) par suite de l'allongement de la corde B-L et de la réduc
tion de l'arc correspondant. En effet, la position du lambda ne peut être préci
sée exactement en raison de la présence d'un os wormien lambdatique. Comme
la règle l'impose dans un tel cas, nous avons localisé le point au centre de l'os
surnuméraire. Probablement, la légère différence constatée n'est-elle qu'une sim
ple différence d'appréciation.
11 en est de même pour l'indice de courbure supérieure de l'occipital (L-I)
qui passe de 82,5 à 89,3, objectivant une moindre convexité de la partie sus-iniaque
en raison de la diminution de Гаге. Les transformations apportées dans la région
de l'inion (suppression du pont central de cire) et surtout le choix de ce point,
non pas au centre de la fossette sus-iniaque comme M. Boule l'avait établi, mais
en-dessous de la lèvre inférieure de la crête nuchale supérieure comme il con
vient de le placer pour rendre effectives les comparaisons avec les autres crânes,
expliquent la différence enregistrée sans que le profil occipital ne s'en trouve pour
autant modifié. L'indice de courbure occipitale totale (L-Op) s'abaisse de 79,1
à 73,9 confirmant une plus forte courbure liée à l'élévation de l'opisthion.
Le tableau I précise les réajustements dimensionnels obtenus par la nouvelle
reconstitution.
b) Occipital
La suppression du pont de cire séparant les deux parties de l'écaillé occipitale
que nous avons réunies par un contact franc a réduit le diamètre biastérique qui
passe de 121 mm à 116,4 mm. L'occipital est donc plus étroit en largeur absol
ue. Il en résulte que l'indice pariéto-occipital transverse, du fait de la réduction
de la largeur du crâne, accuse une légère diminution alors que les indices de hau
teur de l'écaillé (L-I/Ast-Ast et L-Op/Ast-Ast) s'élèvent en passant respectiv
ement de 54,5 à 57,5 et de 75,2 à 76,9. L'occipital ainsi reconstitué apparaît donc
moins surbaissé que sur la reconstitution de M. Boule et dépasse pour le premier
indice les autres valeurs du groupe.
Il en résulte d'autre part que la fossette sus-iniaque apparaît moins large tran
sversalement avec les dimensions suivantes :
nouvelle reconst. ancienne reconst.
Largeur . . . 36 mm 45 mm
Hauteur . . 9 15 mm
Profondeur 1,7 mm 1,7

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