La perception. - compte-rendu ; n°1 ; vol.49, pg 531-544

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L'année psychologique - Année 1948 - Volume 49 - Numéro 1 - Pages 531-544
14 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : jeudi 1 janvier 1948
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4° La perception.
In: L'année psychologique. 1948 vol. 49. pp. 531-544.
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4° La perception. In: L'année psychologique. 1948 vol. 49. pp. 531-544.
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premiers souvenirs et d'amener, par les difficultés auxquelles il se
heurte à un approfondissement des réflexions sur ce problème et
sur les méthodes expérimentales propres à les aborder.
J. L.
4° La perception.
64. — ASCH (S. E.), WITKIN (H. A.). — Studies in space orien
tation : I. Perception of the upright with displaced visual fields
(Études sur F orientation dans l'espace : I. Perception de la verti
cale avec déplacement du champ visuel). II. Of the
upright with displaced visual fields and with bodily tilted (II.
Perception de la verticale avec déplacement du champ visuel et
inclinaison du corps). III. Perception of the upright in the absence
Of a visual field (III. de la verticale en V de
champ visuel). IV. Further experiments on perception of the
upright With displaced Visual fields (IV. Expériences supplément
aires sur la perception de la verticale avec déplacement du champ
visuel). — J. exp. Psychol., 1948, 38, 325-337, 455-477, 603-614
et 762-782.
Notre expérience de l'espace comprend avant tout la représen
tation des directions verticales et horizontales. Nous disposons
normalement de quatre séries de données pour le repérage de la
verticalité : visuelles, kinesthésiques, statocystiques et tactiles. Dans
des conditions particulières (obscurité, avion, giration) il peut y
avoir désaccord entre ces données. La question se pose donc de
leur importance relative. Dans leur très belle étude expérimentale
Asch et Witkin se sont attachés à montrer le rôle prédominant des
données visuelles sur les données posturales en les mettant en
conflit ou en supprimant les unes ou les autres par une suite d'expé
riences très ingénieuses. La première expérience, reprise à Wer-
theimer et perfectionnée, consistait à faire regarder les sujets, à
travers un tube, un miroir incliné de 15° en arrière. La scène réfléchie
par le miroir qui comprenait non seulement une grande partie de
la pièce où se déroulait l'épreuve mais aussi le paysage vu par les
fenêtres — mais non pas la réflexion du sujet lui-même — était donc
décalée de 30° par rapport à la verticale vraie. Le miroir réfléchissait
également l'image d'une baguette mobile autour d'un axe que
l'expérimentateur pouvait orienter le long d'une graduation en degrés.
Les sujets amenés dans la pièce, un bandeau sur les yeux, ignoraient
tout de l'expérience et la plupart ne s'aperçurent pas en regardant
dans le tube, avoir affaire à un miroir. Leur tâche était d'indiquer quelle position la baguette leur paraissait verticale par rapport
à la position de leur corps (en station debout). Après avoir fait
quatre mesures les sujets s'en allaient, étaient questionnés, puis*
revenaient sans bandeau. Ils devaient faire la même estimation
toujours par rapport à la position de leur corps. ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES 532
Les résultats montrent une forte prédominance du cadre visuel
sur les jugements (déviation moyenne par rapport à la verticale
vraie: 21,5° pour la vision dans le tube; 26,4° pour la vision sans
tube, c'est-à-dire respectivement 8,5° et 3,6° par rapporta la verti
cale de l'image réfléchie). On notera que dans la seconde situation,
alors que le sujet a la connaissance de la situation, les erreurs sont
encore plus fortes dans le sens du système de référence fourni par
la scène visuelle du miroir. Cela est dû, pensent les auteurs, au fait
que le champ de l'image était alors plus grand, donc plus « naturel »
et qu'il est difficile d'isoler une simple ligne d'un ensemble articulé.
Enfin les distributions montrent de grandes variations inter-indi-
viduelles.
Dans la seconde série d'expériences, les sujets avaient devant
eux une petite pièce, à trois murs, d'environ 2 m. sur 1 m. 50,
inclinée de 22° vers la gauche. La pièce était meublée d'une table
et d'une chaise et de quelques objets destinés à renforcer la structure
du champ. Dans les trois situations (vision à travers un tube, vision
sans tube directement devant la chambre inclinée, vision sans
tube à 2 mètres de la chambre inclinée), les sujets donnaient trois
mesures de l'horizontale et trois mesures de la verticale par rapport
au sol où ils se tenaient, au moyen du même système que préc
édemment. Les déviations moyennes par rapport aux verticale et
horizontale vraies étaient pour chacune des situations de 14,9°,
15,3° et 8,5°. Ces grosses erreurs confirment la dépendance des
jugements par rapport au champ visuel : les jugements sont en
effet beaucoup plus proches des axes de la chambre inclinée que
de la verticale du corps. Les variations interindividuelles sont très
fortes mais les variations intra-individuelles sont très faibles et il y
a une grande consistance dans les jugements à travers les différentes
situations. Un degré donné de dépendance par rapport au champ
visuel tend donc à caractériser un individu.
Dans cette épreuve la position droite du sujet permettait la
liaison la plus directe de sa perception avec les facteurs posturaux.
Dans de nouvelles expériences les auteurs faisaient asseoir les sujets
sur une chaise elle-même inclinée, pour un groupe de 24° dans le
même sens que la chambre, et pour un autre de 24° dans le sens
opposé.
Dans le premier groupe 36 % et dans le second groupe 59 %
des sujets croyaient que la pièce était verticale.
Les erreurs de jugements sont environ de 20° pour les deux
groupes, c'est-à-dire que la verticale réelle est confondue avec la
verticale de la chambre inclinée. Ainsi quand les sujets sont inclinés,
ils accroissent leur liaison avec le cadre (surtout quand leur
inclinaison est l'inverse de celle du cadre), les facteurs posturaux
devant être abandonnés comme base de jugement. D'autre part
si l'on faisait continuer l'observation pendant un certain temps LA PERCEPTION 533
ces jugements se rapprochaient encore de la verticale apparente et
certains sujets avaient l'impression que la chambre inclinée avait
été redressée par l'expérimentateur.
Voulant alors étudier comment la verticale est établie en l'ab
sence d'un champ visuel environnant, les auteurs établirent une
nouvelle série d'épreuves. Les sujets devaient juger les positions
verticale et horizontale d'une baguette phosphorescente dans l'obscu
rité totale. Les jugements étaient très précis quand le corps était
vertical mais les erreurs apparaissaient aussitôt que le corps ou même
le tête seule était inclinée (de 45°). (Pour un même angle d'ailleurs, les
erreurs sont tout à fait semblables pour la tête et le corps : princi
pale base : la tête.) Les erreurs les plus grosses se produisent quand
le corps est horizontal. Elles sont systématiquement faites dans le
sens de l'inclinaison du corps, pour les fortes inclinaisons (42°)
(phénomène d'Aubert) et dans le sens opposé pour les petites
inclinaisons (28°) (phénomène E de Müller). De plus, quand le
corps est incliné, les jugements successifs sont extrêmement variables.
Les indications statocystiques procurent donc une base stable pour
estimer la verticale et l'horizontale quand le corps est droit, mais
ne peuvent plus nous renseigner avec précision, quand le corps est
incliné. On peut donc conclure que dans les conditions normales
le cadre de références visuelles joue le plus grand rôle. Quand il
fait défaut, apparaissent des phénomènes subjectifs très variables
dus à différents complexes perceptifs.
Dans une dernière expérience, les auteurs utilisèrent un dispositif
qui permettait de faire varier commodément le cadre de référence
visuelle, mais en donnant à ce dernier un caractère très simple.
Les sujets devaient toujours ajuster une baguette lumineuse, située
cette fois à l'intérieur d'un cadre carré lumineux et également
mobile. L'expérience s'est déroulée dans cinq situations : le sujet
étant debout, le cadre était incliné de 28° vers la gauche puis de
28° vers la droite; le sujet étant inclinée lui-même de 28° le cadre
était incliné dans les deux positions précédentes puis laissé vertical.
L'inclinaison du cadre produisit un déplacement de la verticale
perçue dans la direction du cadre (6° d'erreur): Cependant, l'influence
du cadre était plus faible (6° d'erreurs) quand le corps était debout
que lorsque le corps était incliné (10,4° d'erreurs).
Comme dans les expériences précédentes, les auteurs ont trouvé
de grandes différences individuelles; les corrélations élevées entre
les différentes situations indiquent encore que l'on a affaire à des
modes de perception caractéristiques de chaque sujet.
Le fait que les erreurs en direction du cadre sont moins grandes
que les erreurs faites en direction des champs visuels inclinés montrés
aux sujets dans les autres expériences est dû, selon les auteurs, à ce
que le cadre lumineux représente une structure faible. Ces résultats,
rapprochés de ceux obtenus dans l'épreuve du miroir, montrent ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES 534
que l'effet du champ visuel sur la verticale perçue est d'autant
plus fort que ce est plus complexe et plus articulé.
Nous devons signaler que chacune de ces ingénieuses expériences
est complétée par de longs interrogatoires des sujets et par des
petites expériences annexes. D'autre part près de trois cents sujets
furent utilisés pour l'ensemble de cette recherche.
V. B.
65. — PFAFFMANN (C). — Aircraft landings without binocular
cues. A study based upon observations made in flight (Atterris
sage d'aviation en l'absence des données de la vision binoculaire.
Étude basée sur des observations faites en vol). — Amer. J. Psychol.,
1948, 61, 323-334.
L'intégrité de la vision binoculaire est exigée des pilotes d'avion;
son importance est toutefois discutée. L'auteur, pour préciser celle-ci,
a examiné comment se faisait l'atterrissage chez cinq bons pilotes,
munis de lunettes cachant la vision binoculaire (par suppression,
• dans chaque œil, de la moitié nasale des champs, ou de la moitié
l périphérique, en respectant toutefois le point de fixation).
Dans le cas de l'exclusion des moitiés nasales, les distances se
"trouvent sous-estimées (ce qui entraîne un rapetissement apparent
des objets), à 500-800 pieds de hauteur. Mais au moment de l'atter
rissage, les objets paraissant plus vite s'agrandir, le redressement
se fait trop haut (un effet moral d'inquiétude pouvant sans doute
aussi intervenir). Toutefois un atterrissage sensiblement correct a
toujours été effectué par tous les pilotes. Et deux d'entre eux ont
même réalisé fort bien des atterrissages de précision (dans un
cercle étroit).
L'exclusion des moitiés périphériques des champs n'a eu pour
effet que d'engendrer un peu d'inquiétude au sujet dé la présence
possible d'autres avions. On doit noter que les lunettes, sans sup
primer la vision binoculaire centrale, avaient des effets sur le champ
visuel, que n'aurait pas une vision monoculaire1.
H. P.
66. — TRAVIS (R. C). — Measurements of accommodation and
convergence time as part of a complex visual adjustement (Mesures
du temps d'accommodation et de convergence comme composante
d'un ajustement visuel complexe). — J. exp. Psychol., 1948, 38,
395-403.
Cette recherche s'inscrit dans le cadre des travaux entrepris pour
mieux déceler les aptitudes complexes que doivent posséder les
pilotes d'avions modernes. La vitesse de perception et plus part
iculièrement l'aptitude à passer rapidement d'une perception rappro
chée des cadrans de bord à des perceptions éloignées est une donnée
J. Voir aussi l'analyse n» 106 (7). LA PERCEPTION 535
importante qui fait intervenir la durée nécessaire aux processus
d'accommodation et de convergence. Le dispositif employé est de
type tachistoscopique. Une fente horizontale descend par paliers
et découvre des stimuli rapprochés (à 22 pouces) ou éloignés (à
43 pieds) qui se présentent sous la même grandeur angulaire. Les
stimuli ressemblent à des anneaux de Landolt et la tâche du sujet
est d'indiquer l'orientation de l'ouverture, orientation concrétisée
par le chiffre (de 1 à 4) qui se trouve en face de l'ouverture. C'est
le sujet aussitôt qu'il a identifié le stimulus qui, à l'aide d'un
levier, découvre le stimulus suivant et l'E. marque le temps
nécessaire pour 10 discriminations successives. Ces discriminations
sont faites tantôt avec un œil, tantôt avec les deux, dans des séries
qui ne comprennent que des stimuli éloignés ou que des stimuli
rapprochés ou alternativement les uns et les autres. L'hypothèse
de travail est que la différence de temps entre les séries à stimuli
alternés et celles où les stimuli sont toujours à la même distance
sera égale au temps nécessaire à l'adaptation au changement de
distance, c'est-à-dire à l'accommodation et à la convergence. Dans
ces conditions Travis a trouvé que ce temps est en moyenne pour
50 sujets de 0,2 see avec des valeurs extrêmes de 0,05 sec et
0,58sec. La différence entre la vision monoculaire et binoculaire
est assez faible (0,15 sec sur une durée totale de discrimination de
l'ordre de la seconde).
En étudiant l'effet de l'exercice, Travis trouve un progrès dans
le temps de discrimination qui comprend évidemment des manœuvres
complexes : reconnaître le stimulus, l'indiquer verbalement, appuyer
sur le levier pour découvrir le stimulus suivant, mais cette réduction
de temps ne joue pas sur la partie proprement accommodation et
convergence telle qu'il la définit.
En mettant les résultats de cette épreuve en corrélation avec
ceux obtenus dans un test de vitesse de coordination motrice et
dans un test de vitesse de perception (test de barrage de lettres)
il trouve que ces aptitudes sont en relation avec la vitesse de discr
imination de stimuli successivement proches et lointains (.48 et .39),
ce qui indiquerait selon lui que nous avons là des composantes de
ce travail complexe. Ne s'agirait-il pas plutôt de l'intervention
d'un facteur commun qui serait un facteur vitesse? Il est regrettable
que Travis n'ait pas calculé la corrélation entre les résultats de ces
tests et le seul temps d'accommodation car il aurait peut-être
trouvé dans ce cas une absence de corrélation. Ce n'est qu'une
supposition.
P. F.
67. — HENRY (F. M.). — Discrimination of the duration of a
sound (Discrimination de la durée d'un son). — J. exp. Psychol.,
4948, 38, 734-743. 536 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
Le perfectionnement des techniques physiques et la standardi
sation des méthodes de la psycho-physique permettent de reposer
le problème qui hante les psychologues depuis Fechner. La loi de
Weber s'applique-t-elle aux durées? La présente étude apporte des
résultats satisfaisants pour des durées brèves de 32 msec à 480 msec
Utilisant 11 sujets, la méthode de comparaison de deux durées
successives,1 la méthode constante et en prenant comme valeur du
seuil 75 % de réponses exactes, Henry trouve, pour un son de
500 cycles de 50 décibels (db) d'intensité, que la fraction difîé
rentielle varie de 0,28 à 0,14 de 32 msec à 480 msec; mais l'abaiss
ement de cette fraction est surtout forte entre 32 msec et 47 msec
(de 0,28 à 0,20). Nous retrouvons donc un fait constant, la frac
tion différentielle augmente pour les faibles valeurs de la stimu
lation.
Mais en réalité en étudiant un seuil de durée, nous n'étudierons
peut-être qu'un seuil d'intensité, ce qui nous ramènerait au cas
classique. En effet, en partant de la formule d'intégration proposée
par Békésy et confirmée par plusieurs auteurs, l'intensité apparente
d'un son bref serait une fonction logarithmique de sa durée et, en
convertissant alors ses stimuli en valeur d'intensité, Henry constate
que les valeurs de seuil qu'il trouve sont très semblables à celles
trouvées pour les seuils d'intensité proprement dits.
Henry a aussi étudié l'influence de l'intensité des. stimuli sur la
valeur du seuil différentiel. En employant des intensités (au-dessus
du seuil absolu) de 20, 40, 60 et 80 db que la fraction différentielle
est un peu plus élevée pour l'intensité de 20 db dans le cas de durées
brèves (47 msec et " 77 msec.) mais que l'intensité n'a aucune
influence pour une durée de 277 msec. Et ce résultat confirme ind
irectement les considérations précédentes.
Quant à l'influence de la hauteur du son dans le cas d'un st
imulus de 77 msec de durée et de 50 db d'intensité, les expériences
montrent que la fraction difîérentielle est plus élevée pour les sons
bas (125 cycles) et qu'elle aurait un minimum autour de 1.000 cycles.
P. F.
68. — FRAISSE (P.) — Les erreurs constantes dans la reproduc
tion de courts intervalles temporels. — Arch. Psychol., 1948, 32,
161-176. — TURCHIOE (R. M.). — The relation of adjacent
inhibitory stimuli to the central tendency effect (Influence de
V adjonction d'un stimulus inhibiteur sur V effet de tendance centrale) .
— J. gen. Psychol., 1948, 39, 3-14.
Ces deux auteurs partent de la notion de tendance centrale telle
qu'elle fut proposée par Hollingworth : les erreurs constantes au
cours de jugements perceptifs, s'expliquent par le fait qu'il se crée
au cours des expériences une impression absolue correspondant à la
tendance centrale des stimuli employés; les erreurs seraient donc LA PERCEPTION 537
relatives à l'échelle des stimuli employés. Pour tous deux le problème
se trouve posé à propos de l'estimation de durées temporelles.
Mais alors que Fraisse envisage le problème général de l'existence
d'un intervalle d'indifférence, tel que la durée des intervalles supé
rieurs soit sous-estimée, et celle des intervalles inférieurs surestimée
tandis que cet intervalle serait estimé ou reproduit sans erreur
constante; ceci en reprenant le problème avec une série de stimuli
différents les uns des autres qui sont présentés aux sujets pêle-
mêle; et ensuite essaie de se rendre compte si pour des gammes
différentes de stimuli il trouve un déplacement de l'intervalle
d'indifférence en conformité avec l'hypothèse d'Hollingworth; Tur-
chioe se propose seulement, cet effet de tendance centrale vérifié,
de voir comment il est modifié par les processus d'inhibition rétroac
tive et proactive. Cet aspect n'a d'ailleurs pas été négligé par Fraisse
qui note qu'à l'influence de la série des intervalles s'ajoute, mais
d'une manière secondaire, l'influence de l'intervalle qui précède
celui que l'on reproduit; influence qui s'exerce tantôt dans le sens
d'un effet de contraste et tantôt dans le sens d'une assimilation.
Fraisse utilise deux séries de stimuli : la première de 9 stimuli
allant de 20 es à 150 es, la seconde de 7 stimuli allant de 30 es à
1.200 es; ces stimuli sont des intervalles délimités par deux sons
identiques. Chacun des 16 sujets utilisés reproduit 20 fois chaque
intervalle.
Turchioe utilise trois sons de durées 0,78 sec, 1,01 sec et 1,39 sec,
groupés entre eux de façon à former 24 couples que chacun des
32 sujets a dû évaluer 20 fois, la durée à reproduire pouvant être
la première ou la seconde du couple.
L'existence d'une tendance centrale se vérifie dans les deux
expériences, Turchioe estime son effet deux fois aussi important
que les effets inhibiteurs, et montre que l'inhibition proactive le
diminue alors que l'inhibition rétroactive l'augmente.
En définitive, les auteurs estiment que c'est l'attitude des sujets
dans une situation expérimentale globale qui permet le mieux
d'expliquer les résultats observés, bien que les processus d'assimi
lation et de contraste puissent jouer un certain rôle.
Fraisse précise que les conclusions de ce travail ne contredisent
pas l'affirmation générale confirmée par les travaux de Woodrow
selon laquelle il y aurait un intervalle temporel d'indifférence qui
aurait une valeur absolue de 60 es environ, dû à l'influence de l'im
pression absolue qu'engendrent en nous les stimuli perçus dans
toutes les occasions de la vie. Il souligne certaines distinctions à
faire sur le plan des phénomènes perceptifs : les intervalles très
courts, inférieurs à 50 es, sont perçus comme une collection plus
ou moins rapide de stimuli, alors que pour les intervalles de 50 à
100 es, nous percevons un intervalle proprement dit, et que la
perception d'intervalles un peu plus long devient de plus en plus 538 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
difficile, car les deux stimulations tendent à devenir deux événements
distincts. La durée de l'intervalle absolu d'indifférence : 60 es,
correspondrait à l'intervalle réel perçu sans effort.
M. J.
69. — Aspects biologiques et sociaux de la perception :
BRUNER (J. S.), GOODMAN (CD.). — Symbolic value as
organizing factors in perception (La valeur des symboles comme
facteur d'organisation de la perception). — J. Soc. Psychol.,
1948, 27, 203-208. — POSTMAN (L.), BRUNER (J. S.), Me
GINNIES (E. M.). — Personal values as selective factors in
perception (Les valeurs personnelles comme facteur de sélection
dans la perception). — J. Abn. Soc. Psychol., 1948, 43, 142-154.
— Me GINNIES (E.). — Emotionality and perceptual defense
(Emotionalité et défense perceptive) . — Psychol. Rev., 1949, 56,
244-251. — POSTMAN (L.), BRUNER (J. S.). — Perception
under stress (Perception et frustration). — Psychol. Rev., 1948,
55, 314-323. — Me CLELLAND (D. C), ATKINSON (J. W.). —
The projective expression of needs : I. The effect of different
intensities of the hunger drive on the perception (L'expression
projective des besoins : /. Effet de différentes intensités de faim sur
la perception). — J. Psychol., 1948, 25, 205-222. — ATKINSON
(J. W.), Me CLELLAND (D. C). — The projective expression of
needs : II. The effects of different intensities of the hunger drive
on the thematic apperception (IJ expression des besoins :
II. Effet de différentes intensités de faim sur V « aperception th
ématique »;. — J. exp. Psychol., 1948, 38, 643-658. — Me CLEL
LAND (D. C), ATKINSON (J. W.), CLARK (R. A.). — The
projective expression of needs : III. The effects of ego-invol
vement, success and failure on perception (U expression projective
des besoins : III. Effets de V implication du Moi, du succès et de
l'échec sur la perception) . — J. Psychol., 1949, 27, 311-330, —
PASTURE (N.). — Need as a determinant of perception (Le
besoin comme déterminant de la perception). — J. Psychol., 1949,
28, 457-475. — CARTER (L. F.), SCHOOLER (K.). — Value,
need and other factors in perception (La valeur, le besoin et les
autres facteurs de la perception) . — Psychol. Rev., 1949, 56,
200-207.
L'influence des attitudes sur la perception est un vieux champ
d'études pour les psychologues. Les travaux analysés ci-dessous
sont dans la ligne de cette tradition mais ils portent plus direct
ement la marque de l'importance actuellement donnée à la motivat
ion dans le comportement. (La perception, considérée ici comme une
forme d'un comportement adaptatif, est étudiée sous l'angle des
facteurs de motivation soit biologique soit sociale.) Par ailleurs des LA PERCEPTION 539
préoccupations plus précises ont fait naître de telles recherches :
le désir d'intégrer la perception dans les études de psychologie
sociale, et d'autre part la nécessité de préciser la notion de projec
tion qui a une telle importance dans les techniques diagnostiques.
La conception générale qui soustend ces recherches est que les ten
dances et les besoins d'un individu sont des facteurs déterminants
de l'organisation perceptive du monde de cet individu.
Dans une expérience déjà analysée dans le tome précédent de
Y Année Psychologique, Bruner et Goodman (n° 85) avait montré
que plus grands "sont la valeur sociale d'un objet et le besoin indi
viduel pour cet objet, plus grande est l'action des facteurs qui
tendent à en individualiser, fixer et renforcer la perception : ainsi,
des enfants pauvres surestimaient, plus que des enfants riches, la
taille de pièces de monnaie. Reprenant ces expériences, Bruner et
Goodman ont fait égaliser à vingt sujets une plage lumineuse ci
rculaire réglable et des disques de carton portant chacun les symboles
suivants : un dollar (valeur positive), une croix gammée (valeur
négative) et une croix dans un carré (valeur neutre). Or, la taille
des cartons de valeur positive était très surestimée par rapport à la
plage lumineuse, celle des cartons de valeur négative légèrement
surestimée et celle des cartons de valeur neutre appréciée presque
exactement. Si on peut parler d'une accentuation perceptive pour
l'objet à valeur positive, l'interprétation est plus délicate pour celui
à valeur négative. Les auteurs font l'hypothèse que dans ce dernier
cas, l'accentuation serait due à une préparation de l'organisme à un
mécanisme de défense.
Partant de l'hypothèse que ce qu'on perçoit n'est que ce qui est
sélectionné entre une infinité de perceptions potentielles, Postman,
Bruner et Me Ginnies ont voulu montrer que la sélection percep
tive qui limite le champ d'appréhension n'est pas due seulement à
des facteurs primaires de l'attention mais aussi à l'orientation des
intérêts et des besoins. Les variations inter-individuelles du champ
d'appréhension sont trop grandes pour être expliquées par ces
facteurs primaires; elles reflètent une part la personnalité
de chaque individu.
d' Allport- Ces auteurs Vernon firent et obtinrent passer aux donc 25 des sujets profils l'échelle individuels des valeurs pour
chaque sujet (les 6 points de ces profils représentent les
théorique, économique, esthétique, sociale, politique et religieuse).
Un certain temps après, les sujets durent lire au tachistoscope
une série de 36 mots d'égale longueur et d'égale familiarité pré
sentés au hasard mais choisis pour réprésenter chacune des 6 va
leurs du test d' Allport- Vernon. Les instructions données aux sujets
étaient de dire ce qu'ils avaient vu ou pensé avoir vu. Le tachis
toscope étant réglé à la vitesse de 10 a chaque mot était présenté

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