La perception - compte-rendu ; n°2 ; vol.52, pg 520-533

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L'année psychologique - Année 1952 - Volume 52 - Numéro 2 - Pages 520-533
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mardi 1 janvier 1952
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P Fraisse
Pierre Oléron
1° La perception
In: L'année psychologique. 1952 vol. 52, n°2. pp. 520-533.
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Fraisse P, Oléron Pierre. 1° La perception. In: L'année psychologique. 1952 vol. 52, n°2. pp. 520-533.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1952_num_52_2_8663— Psychologie générale. IV.
1° La perception.
Le rôle de l'inné et de l'acquis dans les structures perceptives :
PIÉRON (H.). — Quels sont les déterminants de la prégnance
perceptive. — Acta Psychol., 1950, 7, 337-351. — CASPER-
SON (R. C). — The visual discrimination of geometric forms
(La discrimination visuelle des formes géométriques). — J. exp.
Psychol., 1950, 40, 668-681. — PRATT (C. C). — The role of
past experience in visual perception (Le rôle de V expérience passée
dans la perception visuelle). — J. Psychol., 1950, 30, 85. —
HASTORF (A. H.). — The influence of suggestion on the rela
tionship between stimulus size and perceived distance (U influence
de la suggestion sur la relation entre la taille du stimulus et la
distance perçue). — J. Psychol., 1950, 29, 195-217. — SCHLOS-
BERG (H.). — A note on depth perception, size constancy and
related topics (Note sur la perception de la profondeur, la cons
tance de taille et aspects analogues). — Psychol. Rev., 1950, 57,
314-317. — KÖHLER (W.). — Psychology and evolution (Psy
chologie et évolution). — Acta Psychol., 1950, 7, 288-297. —
KÖHLER (W.), FISHBACK (J.). —The destruction of the
Müller-Lyer illusion in repeated trials. I : An examination of
two theories. II. Satiation patterns and memory traces (La
destruction de F illusion de Müller-Lyer dans des expériences répét
ées. I : Examen de deux théories. II : « Patterns » de saturation
et traces mnémoniques). — J. exp. Psychol., 1950, 40, 267-281
et 398-410. — WE ISKRANTZ (L.). — Figurai after effects in
stroboscopic motion (Effets consécutifs figuraux dans le mouve
ment stroboscopique) . — Quarter. J. exp. Psychol., 1950, 2, 113-
118. — HOCHBERG (J. E.). — Figure-ground reversal as a
function Of Visual satiation (Les fluctuations figure-fond comme
fonction de la saturation visuelle). — J. exp. Psychol., 1950, 40,
682-686. — MICHOTTE (A.). — A propos de la permanence
phénoménale. Faits et théories. — Acta Psychol., 1950, 7, 298.
— GRICE (G. R.), SALTZ (E.). — The generalization of an
instrumental response to stimuli varying in size-dimension (La PSYCHOLOGIE GENERALE 521
généralisation d'une réponse instrumentale à des stimuli vaiiant
en dimension). — J. exp. Psychol., 1950, 40, 702.
Le débat de Hering et de Helmoltz est toujours ouvert et les psy
chologues, s'ils ne se combattent plus au nom du nativisme ou de
l'empirisme, continuent à s'opposer sur ce terrain dans des argu
mentations de plus en plus serrées où les résultats d'expériences
ont remplacé les arguments philosophiques.
Par hasard, dans le même numéro des Acta Psychologica offert
en hommage jubilaire à Révesz, Piéron et Köhler s'affrontent sur
ce terrain. Avant d'aborder les arguments des uns et des autres, il
me semble utile de signaler que les empiristes ont renoncé défin
itivement, semble-t-il, à interpréter notre expérience du monde sen
sible en faisant correspondre point par point stimulation et sensa
tion. Piéron parle d'un « complexe stimulateur ». Ils ont aussi
renoncé, me semble-t-il, à faire intervenir l'expérience sous une forme
logique. Ce n'est pas la signification logique, le « meaning » qui
expliquera les processus perceptifs dont on recherche plus direct
ement des lois propres. Piéron fait intervenir essentiellement comme
principe explicatif de l'adéquation de nos représentations percep
tives à la réalité physique le conditionnement adaptatif.
Il refuse le principe de l'isomorphisme qui n'est pas défendable
à partir du moment où on passe des généralités à des essais d'expli
cation. Piéron rappelle comment il a démontré que l'hypothèse
du court-circuit pour expliquer le mouvement apparent était insou
tenable puisqu'il a lieu encore lorsque les deux excitations se pro
duisent l'une dans la moitié gauche du champ de l'œil gauche et
l'autre dans la moitié droite du champ de l'œil droit. S'il existe des
mécanismes préformés, ce sont des réflexes, la plupart du temps
infracorticaux, car chez l'homme le cortex est surtout une terre
vierge où les prolongements cellulaires se développent dans le jeune
âge sous l'influence de l'expérience (de Crinis). Sur le conditionne
ment adaptatif où la loi de l'effet et non la simple répétition joue
un rôle capital, Piéron rappelle les expériences du type de celles de
Stratton où par adaptation les images perceptives modifiées par
des lentilles, des prismes ou des miroirs redeviennent normales
(voir aussi le travail de I. Köhler dans le premier fascicule de ce vo
lume, p. 198). En général, quand les données de l'expérience passée
entrent en conflit avec les données sensorielles, le conflit se résout
suivant la force relative de l'une ou l'autre donnée. Mais au prin
cipe de familiarité Piéron juge nécessaire d'ajouter celui de l'éc
onomie. Il y aurait dans l'enregistrement des données une schémati
sation simplifiante compatible avec un nombre limité de symboles
verbaux; familiarité et économie suffiraient à expliquer la prégnance
perceptive.
C'est ce principe même de prégnance d'après lequel les figures
simples seraient plus faciles à percevoir que les autres, que Casper-
l'année psychologique, lit, fasc. 2 34 522 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
son met en doute. Les sujets avaient à nommer rapidement des
figures géométriques de tailles différentes construites à partir de
six formes de base : ellipse, losange, triangle, rectangle, croix et
étoile. Ces figures étaient vues dans un éclairage très faible. En
distinguant comme variables la surface, la dimension maximum et
le périmètre, les résultats montrent que dans l'ensemble c'est le
périmètre qui permet le mieux de prédire la discriminabilité des
figures et dans cette perspective les ellipses, figures les plus simples,
ne seraient pas les plus faciles à percevoir. Mais les conclusions
de l'auteur ne dépassent-elles pas les résultats? Les gestaltistes ont-
ils jamais prétendu que la prégnance se ramenait à la simplicité?
N'est-il pas normal que dans une demi-obscurité les formes les
mieux saisies soient celles qui ont le plus de détails, c'est-à-dire
le plus grand périmètre?
Mais revenons à l'influence de l'expérience passée sur la perception.
Pratt reprend toute la question. Il demande que l'on abandonne
les explications en termes de nativisme et d'empirisme pour se
contenter dans chaque cas d'une description opérationnelle des
données du problème. Il se méfie dans l'ensemble des explications
paresseuses et bien souvent les auteurs invoquent l'expérience passée
sans être assez critiques.
Si on distingue dans la perception trois groupes de données :
a) la stimulation, b) l'ensemble des autres données concomitantes
à la stimulation et c) les résidus des expériences passées, il estime
que le plus souvent la perception est liée aux conditions a) et b)y
c'est-à-dire qu'elle dépend des stimulations présentes (« stimulus-
bound »).
A ce titre, il présente une critique des expériences de Ames et
plus précisément de celle de Hastorf. Hastorf utilise un appareil
qui permet de voir simultanément : a) un champ monoculaire noir,,
avec une plage circulaire brillante qui est produite par un projec
teur sur un écran; plage dont on peut varier le diamètre en agissant,
sur le projecteur; b) un champ binoculaire éclairé dans lequel sont
plusieurs repères à des distances différentes. Dans une première
séance le sujet est invité à faire un ajustement de distance, c'est-
à-dire à placer la plage brillante en face d'un repère, et il lui est,
suggéré que cette ressemble à une balle de ping-pong (ou à
une boule de billard pour un autre groupe). En réalité, le sujet
n'a pas le moyen de modifier la distance de la plage, mais il peut
seulement agir sur le diamètre de la plage. Tous les sujets croient
déplacer l'objet en modifiant son diamètre et les résultats montrent
que la taille choisie est de 4 cm. 6 pour la balle et de 6 cm. pour-
la boule. Après la deuxième séance, où les sujets font le même tra
vail mais avec une suggestion différente suivant le groupe auquel
ils appartiennent, on leur présente une plage égale à l'ajustement
qu'ils ont réalisé pendant la première séance et on leur demande PSYCHOLOGIE GENERALE 523
seulement de dire la distance apparente à laquelle elle leur appar
aît (toujours par rapport aux repères du champ binoculaire). On
constate alors que 75 % environ des sujets qui ont eu la suggestion
d'une boule de billard dans la seconde séance voient la plage plus
petite en arrière du repère (l'inverse se produit pour ceux de l'autre
groupe). On constate donc que le changement de signification attr
ibué à l'objet modifie sa taille apparente à une distance donnée, et
réciproquement qu'un changement dans la dimension supposée d'un
stimulus modifie la distance à laquelle il est perçu. Hastorf en conclut
que la grandeur de l'image rétinienne peut être un indicatif de la
distance à laquelle l'objet est perçu, mais ceci en relation avec la
taille présupposée de l'objet. Schlosberg a immédiatement fait
remarquer qu'en réalité la grandeur de l'image rétinienne est un
rapport entre la taille de l'objet et sa distance et que normalement
les choses sont perçues ainsi, mais que si la taille ou ici la distance
n'était pas donnée nettement, le sujet devait faire appel à d'autres
critères comme la taille supposée de l'objet ou comme une modifi
cation de sa distance apparente.
Mais revenons au raisonnement de Pratt qui est voisin de celui
de Schlosberg. Hastorf crée des conditions artificielles : vision monoc
ulaire dans l'obscurité. Le sujet ne peut se guider que sur la gran
deur de l'image rétinienne qui est un stimulus équivoque puisqu'il
dépend de la distance et de la dimension de l'objet. Il fait alors
appel à des traces mnémoniques mais normalement la grandeur
de l'image rétinienne ne joue qu'un rôle secondaire, et ce sont les
repères secondaires dans le champ qui jouent un rôle fondamental.
Pratt rappelle alors les expériences de Holway et Boring (Année
Psychol., 45-46e année, n° 1064) qui ont démontré que la taille
apparente de l'objet correspondait d'autant plus exactement à
l'angle sous lequel il était vu que l'on supprimait plus complètement
les repères de distance.
En définitive, Pratt conclut que notre connaissance de la dimen
sion réelle des objets joue peu de rôle dans la loi de constance de
la grandeur et que ce qui compte, c'est l'ensemble des stimulations.
Mais n'est-ce pas un peu escamoter le problème? Cette liaison entre
tous les stimulants du champ n'est pas, accordons-le, le fruit d'une
inference inconsciente à partir de la signification attribuée à l'objet,
mais n'est-ce pas cependant le résultat d'une expérience passée,
d'un conditionnement adaptatif, comme le suggérait Piéron? Pratt
lui-même fait remarquer que l'expérience joue un plus grand rôle
sur le plan des réponses motrices que sur le plan du sensorium;
mais si justement le perçu dépendait en grande partie des expé
riences motrices comme le suggèrent encore une fois les expériences
de I. Köhler, l'argument ne porterait pas.
W. dans un article théorique, veut s'efforcer de donner
un sens plus précis à l'isomorphisme et au nativisme. Il lui semble 524 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
que l'on ne peut comprendre l'évolution (et il ne craint pas d'y
inclure le passage de l'inorganique à l'organique) que si l'on admet
d'un bout à l'autre de l'échelle des invariants comme les lois de
la thermo-dynamique par exemple. Ces lois, évidemment, trouvent
dans leur manifestation des conditions liées aux conditions mêmes
de leur action.
Ce qui est donc inné et ce que W. Köhler reconnaîtra sous le
nom de nativisme, ce sont ces invariants et non la structure histolo-
gique du système nerveux qui ne sont que des conditions et des
contraintes imposées à l'action de ces invariants, de même qu'un
plan incliné limite l'action de la pesanteur.
W. Köhler donne en exemple ses études récentes sur les manif
estations électriques dans le cerveau au cours de la perception.
Ces courants suivent les lois générales des manifestations électriques
mais le donné histologique détermine partiellement ces manifestat
ions. Cette perspective conduit notre auteur à admettre un monisme
de la nature et à interpréter les conduites les plus humaines comme
la pensée et le raisonnement comme des manifestations actives de
ces invariants. Il semble aussi que cette distinction entre les inva
riants de type dynamique et les conditions de leurs manifestations
lui permette de donner une part à l'expérience et à l'activité. Le
principe est inné mais on n'en connaît l'effet que par l'exercice.
Pratiquement, W. Köhler continue à étudier les conséquences
du principe de saturation (satiation). Dans ses articles avec Fish-
back il prend le problème de la diminution de l'illusion de Müller-
Lyer au cours d'exercices répétés. En s'appuyant sur ses expériences
et sur celles d'autres auteurs, il veut démontrer que cette diminut
ion de l'illusion n'est pas due à un apprentissage mais à un pro
cessus de saturation qui entraînerait un « after-effect ». Ses princ
ipaux arguments sont les suivants : 1° l'illusion diminue même chez
des sujets qui ne savent pas qu'il y a illusion; 2° la fixation pro
longée produit le même effet de diminution; 3° quand l'illusion est
détruite dans une position, elle réapparaît dans une autre; 4° il
n'y a pas diminution de l'illusion si la figure est présentée au tachi-
stoscope.
En outre, W. Köhler et Fishback ont trouvé que cette diminut
ion de l'illusion pouvait se produire pendant le repos d'un jour à
l'autre et demeurer pendant des périodes de plusieurs mois. Ils
sont alors amenés à penser que le processus d'apprentissage pourr
ait être lui-même un processus de saturation. Ils posent en effet
que les traces mnémoniques dont nous savons si peu de choses
doivent ressembler au par lequel elles sont fixées; le
processus perceptif et le processus mnémonique doivent être de
même nature. Il ne s'agit là, bien entendu, que d'une hypothèse,
mais W. Köhler insiste sur le fait qu'elle donnerait un tout autre
sens à ce que l'on appelle d'ordinaire l'effet de l'expérience. Il ne PSYCHOLOGIE GENERALE 525
s'agit plus de la création d'une attitude mais de la création de
traces dues au processus bio-physique de saturation.
Weiskrantz a mis en évidence un nouvel aspect de « figurai after
effect » ou effet Köhler. Soit deux mouvements stroboscopiques l'un
au-dessus de l'autre, le point de fixation étant entre les deux, et ces
deux mouvements étant réglés de telle manière que leurs amplitudes
soient égales. Si en deçà ou au-delà des limites spatiales du mouve
ment inférieur on place deux grosses taches noires que l'on regarde
longuement en fixant toujours le point dont il a été parlé plus haut
et si on donne à nouveau les deux mouvements, le mouvement infé
rieur semble avoir une amplitude plus grande si les taches étaient
en deçà des limites, et plus petite si elles étaient au-delà. Ces phé
nomènes ont été constatés dans les 2/3 des observations faites sur
21 sujets.
Hochberg apporte aussi un fait qui semble en accord avec les
hypothèses de W. Köhler. Celui-ci pense que c'est un processus
de saturation qui expliquerait les oscillations d'une figure révers
ible. En vision monoculaire, on regarde une figure réversible compos
ée d'une croix noire et d'une croix blanche entrelacées. Après une
période d'oscillation on présente une croix blanche sur un fond
entièrement noir que l'on fait fixer longuement de manière à pro
duire une saturation. La position de la croix blanche est telle que
dans une série d'expériences elle coïncide au point de vue orienta
tion avec la croix blanche de la figure réversible et que dans une
autre série elle coïncide avec celle de la croix noire. On procède
de même avec une croix noire sur fond blanc dans d'autres expé
riences. Si on fixe après la période de saturation la figure réversible,
on constate alors que si la figure saturante et la portion correspon
dante de la figure réversible sont de la même couleur, cette portion
de la figure réversible est moins souvent vue comme figure, ce qui
correspond aux hypothèses de W. Köhler. Il y a un renforcement
de la saturation pour cette figure qui est moins souvent vue. Au
contraire, si la figure saturante et la partie correspondante de la
figure réversible ne coïncident pas, il n'y a aucun effet sur la révers
ibilité. Ce dernier point fait difficulté à l'auteur, mais il ne me
semble pas poser un grave problème dans les perspectives de Köhler.
Michotte, dans les perspectives gestaltistes, continue à s'intéresser
aux processus qui sont traditionnellement considérés comme rel
evant d'une induction logique pour en étudier le substrat perceptif.
Après la causalité, il nous apporte le résultat de ses recherches
sur la permanence phénoménale, c'est-à-dire sur le fait du maintien
de l'apparence de l'identité de l'objet quand ses propriétés changent.
Cette identité s'oppose à la création, à la substitution ou à l'annihi
lation de l'objet. Dans certaines conditions, par exemple, une tache
semble se modifier tout en restant la même; dans d'autres cas, au
contraire, il y a substitution. Aucune propriété isolée ne rend compte ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES 526
de cette permanence de l'objet. L'objet apparaît comme une inté
gration de plusieurs variables et c'est la permanence d'une forme
d'organisation des qui seule permet de rendre compte de
l'identité apparente. Celle-ci ne relève donc pas simplement d'un
processus logique, mais de conditions perceptives.
Inversement les impressions de création ou d'anéantissement de
l'objet correspondent à la perception de l'établissement ou de la
disparition d'une organisation phénoménale et la donnée tempor
elle devient fondamentale.
Michotte cependant ne nous explique pas ces intégrations per
ceptives et ici sans doute les empiristes pourraient prétendre qu'elles
sont sans doute le fruit d'une expérience. Il resterait cependant que
ces intégrations restent au plan perceptif sans demander l'interven
tion de processus cognitifs.
Grice et Saltz apportent une nouvelle confirmation d'une structu
ration des champs perceptifs qui permet de rendre compte du pro
cessus de généralisation même chez les Rats. 135 Rats ont été dressés
à ouvrir une porte au centre d'un cercle blanc. Les Rats continuent
à l'ouvrir si le cercle est plus grand ou plus petit mais l'extinction de
la réponse au cours de 25 essais successifs est d'autant plus rapide
qu'il y a plus de différence entre le cercle initial et le cercle utilisé.
Ces auteurs rattachent d'ailleurs leurs résultats à la loi de la géné
ralisation du stimulus de Hull.
Si l'accord sur les faits devient de plus en plus grand notre igno
rance de la genèse des données perceptives dans les premières années
de l'enfance rend toutes les hypothèses encore conjecturales. C'est
dans cette voie, pensons-nous, que la théorie perceptive pourra pro
gresser.
P. F.
La perception du nombre :
CASPERSON (R. C), SCHLOSBERG (H.). — Monocular and
binocular intensity thresholds for fields containing 1-7 dots (Seuils
intensifs pour 1 à 7 points en vision monoculaire et binoculaire) .
— J. exp. Psychol., 1950, 40, 81-92. — JENSEN (E. M.),
REESE (E. P.), REESE (T. W.). — The subitizing and coun
ting Of Visually presented fields Of dots (L'appréhension et la
numération de champs de point» présentés visuellement). — J. Psyc
hol., 1950, 30, 363-392. — TAUBMAN (R. E.). — Studies in
judged number. I : The judgment of auditory number. II : The
judgment Of visual number (Études d'appréciation du nombre.
I : Avec présentation auditive. II : Avec présentation visuelle).
— J. gen. Psychol., 1950, 43, 167-194 et 195-219.
L'appréciation immédiate du nombre de stimulations identiques
en présentation simultanée (en général des points en présentation
visuelle) ou en présentation successive (des sons en PSYCHOLOGIE GENERALE 527
sonore) ont fait l'objet de nombreuses recherches (voir notre travail
Année Psychol., 1937, 38, 48-85). Les auteurs ont en général trouvé
un seuil d'exactitude de l'appréciation autour de six éléments avec
une courbe d'allure sigmoïde. Hunter et Sigler [J. exp. Psychol.,
1940, 25, 160-179) ont trouvé que le nombre de jugements corrects
décroissait régulièrement quand le de points présentés en
vision binoculaire croissait de 1 à 7. Casperson et Schlosberg ont
voulu vérifier la loi de cette décroissance en vision monoculaire et
binoculaire. Ils opèrent à une grande vitesse tachitoscopique (32 ras)
«t en faible éclairement (0,55 ml). De cette manière, même pour
1 point, on arrive à peine au seuil de 50 % de bonnes réponses. Dans
•ces conditions en vision monoculaire le pourcentage de réponses
correctes décroît en fonction du nombre de points présentés selon
une loi pn où p est le pourcentage de réponses correctes pour 1 point
et n le nombre de points. Cette formule impliquerait que la sensibilité
varierait d'une manière indépendante dans les diverses régions de la
fovea. Les résultats en vision binoculaire, légèrement supérieurs,
seraient une composante des probabilités en vision monoculaire; mais
les auteurs n'ont pas pu dégager une formule simple qui s'applique
à tous les cas.
Il nous apparaît difficile d'interpréter de pareils résultats au simple
niveau périphérique sans tenir compte du fait que l'appréciation du
nombre est une opération perceptive très complexe qui est rendue
■en soit plus difficile par l'augmentation du nombre de points.
C'est la nature même de cette opération qu'étudient Jensen et ses
■collaborateurs. Kaufman (voir Année Psychol., 1949, 51, n° 64)
avait distingué deux fonctions dans la saisie de la numérosité :
l'appréhension immédiate (« subitizing ») et l'estimation. Cette dis
tinction était basée sur la vitesse des réponses à une présentation
tachistoscopique. Ce temps, si on demande de répondre le plus rap
idement possible, croît de 1 à 6 points puis reste à peu près station-
naire. Jensen a repris le problème avec une autre technique. Ici le
temps de présentation est réglé par le sujet qui fait cesser la stimu
lation dès qu'il peut donner une réponse correcte. L'étude très sy
stématique des temps nécessaires montre aussi l'existence de deux
mécanismes. De 1 à 6 points la courbe a une légère accélération
positive et, après, elle est presque droite (proportionnalité du temps
^iu nombre de points). Ces résultats amènent à distinguer deux pro
cessus : l'appréhension immédiate et la numération puisque ici, le
temps n'étant pas limité, le sujet compte au lieu d'estimer. Taub-
man étudie ces problèmes- sous un angle plus pratique. Dans l'ut
ilisation de l'alphabet Morse on a constaté de nombreuses erreurs
dans la perception des signaux qui ne sont composés que de points.
Ceci nous ramène à notre problème. Il a fait varier systématiquement
le nombre des sons et l'intervalle entre ces sons qui ont chacun une
durée de 5 es. Les erreurs faites sont toujours des sous-estimations ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES 528
du nombre de points. Pour que le nombre d'erreurs diminue sensible
ment, il faut que l'intervalle entre les sons soit de 0,100 à 0,125 sec.
Quand on emploie des lumières au lieu de sons il faut un intervalle
de 0,33 à 0,50 sec. L'auteur tire des conclusions sur la sélection des
opérateurs, la vitesse de transmission et il propose de supprimer les
signaux où il n'y a que des points.
La comparaison des résultats obtenus en étudiant la courbe de la
fréquence des réponses correctes (courbe sigmoïde : Fraisse et autres
auteurs) et celle du temps nécessaire pour une réponse (Kaufman et
Jensen) montre que nous avons à faire à deux aspects différents
d'une même fonction.
P. F.
GIBSON (J. J.). — The perception of visual surfaces (La
perception des surfaces visuelles). — Amer. J. Psychol., 1950,
63, 367-384.
Cet article illustre bien la théorie de nature phénoménologique que
Gibson a élaborée sur la perception de l'espace visuel. Distance, pro
fondeur, orientation, constance même, peuvent être dérivées des
propriétés des surfaces. Les sensations fondamentales de l'espace
sont des surfaces et des contours, car il n'y a pas perception d'un
espace vide.
Pour le démontrer Gibson cherche à établir que différentes pro
priétés des surfaces peuvent modifier nos perceptions spatiales. Ces
différences de propriété vont se traduire par des stimulations rét
iniennes différentes. Les propriétés de la texture (ou microstructure)
renseigneront sur le caractère solide ou non de la surface, sa densité
relative sur la distance; l'inclinaison serait donnée par l'accroiss
ement de la densité de la texture dans les parties plus éloignées. La
perspective se réduirait alors à l'augmentation de la condensation
des éléments projetés sur la rétine par l'environnement physique,
un gradient de densité. C'est ce dernier aspect qu'étudie la présente
recherche. Sur un écran en plexiglass on projette par derrière des
images de surfaces qui ont été photographiées sous des angles diff
érents d'inclinaison par rapport à l'axe focal. Ces surfaces sont l'une
un carrelage, l'autre une plage mouchetée telle que la réalisent cer
tains papiers peints. Les plages de projection sont regardées monocu-
lairement par le sujet qui n'en voit pas les limites. Dans ces condi
tions, la surface plane est vue comme inclinée et on détermine
l'importance de l'inclinaison par ajustement d'un disque contrôle.
On constate dans ces conditions que l'inclinaison perçue est un peu
inférieure à l'inclinaison réelle (au moment de la photographie de la
surface) et qu'elle est plus forte pour la surface carrelage que pour
la surface mouchetée.
Que l'inclinaison perçue soit un peu inférieure à l'inclinaison réelle

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