La perception du mouvement : examen de quelques problèmes - article ; n°1 ; vol.66, pg 231-262

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L'année psychologique - Année 1966 - Volume 66 - Numéro 1 - Pages 231-262
32 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : samedi 1 janvier 1966
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H. Bloch
C. Bonnet
La perception du mouvement : examen de quelques problèmes
In: L'année psychologique. 1966 vol. 66, n°1. pp. 231-262.
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Bloch H., Bonnet C. La perception du mouvement : examen de quelques problèmes. In: L'année psychologique. 1966 vol. 66,
n°1. pp. 231-262.
doi : 10.3406/psy.1966.27888
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1966_num_66_1_27888LA PERCEPTION DU MOUVEMENT :
Examen de quelques problèmes
par H. Bloch et C. Bonnet
Laboratoire de Psychologie expérimentale de la Sorbonne
Comme l'invariance des objets et la stabilité de l'espace, la percep
tion du mouvement apparaît paradoxale à plusieurs titres. Nous nous
bornerons à évoquer ici les perceptions d'un déplacement réel d'un ou
de plusieurs objets dans le champ visuel. Mais, déjà, il faut distinguer
deux modes de perception, selon que le regard fixe le mobile ou explore
librement le champ. Dans le premier cas, l'image du reste fixe
sur la fovéa, tandis que se succèdent différentes images de l'environne
ment : comment se fait-il alors que nous percevions un objet en mouvedans un environnement stable ? Dans le second cas, se succèdent
à la fois des images différentes du mobile et de l'environnement.
Comment, à travers des stimulations discrètes, pouvons-nous alors
percevoir un déplacement continu, n'affectant pas l'objet en soi, sur
un fond stable, et non seulement Vinférer à partir des positions relatives
des éléments du champ ? Quels sont, dans l'un et l'autre cas, les indices
du déplacement ?
A ces trois questions, on ne peut espérer apporter de réponse
unique et satisfaisante. Les deux premières invitent à rechercher les
processus neurophysiologiques en cause, tant au niveau rétinien qu'à
celui des structures centrales. Les recherches de ce type n'ont abouti,
actuellement, qu'à des explications partielles, forgées pour la plupart
autour de la notion d'irradiation, envisagée au niveau de la rétine
(Weber, 1846 ; Motokawa, 1953), ou des aires corticales intéressées
(Hubel et Wiesel, 1959). Mais l'irradiation elle-même reste mal connue,
et les plus récents travaux concluent à une spécificité au niveau des
récepteurs (détecteurs d'angle de mouvement, mis en évidence chez
la grenouille par Maturana, Lettvin, McCulloch et Pitts, 1960), ce qui
oblige à reconsidérer la notion au niveau périphérique.
La dernière question conduit à l'analyse conjointe des situations
et des comportements. Ce sont les recherches entreprises dans cette voie
que nous examinerons ici. Elles sont nombreuses et s'étalent sur plus
d'un demi-siècle. Elles bénéficièrent d'abord de l'impulsion donnée
par la Gestalt à toutes les études de perception, puis furent reprises, 232 REVUES CRITIQUES
beaucoup plus tard (1943), quand se sont posés les problèmes de gui
dage et de détection au radar, dans une perspective où les coordinations
sensori-motrices tiennent une grande place. Dans ces recherches
psychophysiques, les faits glanés sont nombreux et assez connus, mais
nombreuses aussi les difficultés qui subsistent ; c'est sur ces obstacles
que nous insisterons ici ; à définir le mouvement, à recenser
les variables en jeu, à classer les comportements suivant des catégories
précises et, partant, à les expliquer sans faire intervenir les caractères
singuliers d'une situation. Bourdon (1936) signalait qu'une définition
complète du mouvement doit englober les caractéristiques suivantes :
vitesse, amplitude, forme, direction, durée. La connaissance perceptive
intègre-t-elle dans un seul acte ou jugement tous ces déterminants ?
Ont-ils, dans la perception, un poids équivalent ? ou bien la per
ception d'un mouvement est-elle perception d'un aspect privilégié ?
Kennedy (1936) relève onze variables, qu'il nomme primaires, parmi
lesquelles il range aussi bien des facteurs relatifs à la situation que
dépendant du sujet et qui sont classées par Pollock (1953) sous ces
deux rubriques. Ce sont, d'une part, la vitesse du mobile, sa forme et
sa taille, les caractéristiques de sa trajectoire, l'éclairement de la figure
et du fond, leurs couleurs (ou leur contraste) ; d'autre part, la distance
d'observation, l'observation mono- ou binoculaire, périphérique ou
maculaire, la fixation du regard ou sa mobilité, la durée d'observation.
Mais Pollock, comme Kennedy, souligne que l'influence de toutes ces
variables n'a pas été testée dans des conditions comparables et il se
garde de les ordonner. D'autres auteurs font encore intervenir l'expé
rience passée — expression dont le sens n'est pas toujours clairement
défini (Neff, 1936 ; Krolik, 1934) ; le développement génétique — conçu
comme maturation nerveuse (Gesell et coll., 1949) ou acquisitions suc
cessives et intégrantes de nouvelles structures (Wapner et Werner, 1957 ;
Piaget et coll., 1958) ; voire même la personnalité (Johansson et coll.,
1955 ; Duremann et coll., 1955).
A l'épreuve de chacune de ces variables dans une situation expéri
mentale déterminée, s'oppose, semble-t-il, une raison d'économie : le
rôle de certaines — telles la forme et la taille du stimulus, la distance
d'observation la vision mono- ou binoculaire — a été étudié dans les
perceptions d'objet et d'espace et il n'y aurait pas lieu de leur attribuer,
dans le cas où l'objet est mobile, un statut particulier ; certaines autres
paraissent moins interdépendantes et sont privilégiées : ainsi la vitesse
considérée comme la dimension intensive du mouvement, alors qu'il
en existe une autre : l'amplitude, mais qui se définit de manière plus
complexe en fonction non seulement des données spatio-temporelles,
mais encore de la forme du mouvement et de sa vitesse elle-même.
Nous admettrons, dans cette étude, qu'il y a perception du mouve
ment lorsque, à vitesse constante, il y a perception d'un déplacement
estimé soit qualitativement par sa direction ou sa forme, soit quantita
tivement (au sens large) par la discrimination d'un écart spatial par BLOCK KT C. BONNET. LA PERCEPTION DU MOUVEMENT 233 II.
rapport à un point fixe de référence ; nous parlerons de perception de
la vitesse quand le déplacement est évalué, soit qualitativement en
termes de « dépassement », soit quantitativement en termes de durée
ou longueur de la trajectoire. Cette distinction intéresse l'expérimentat
eur ; rien ne permet de penser que le sujet la fait aussi nettement.
Longueur et durée de la trajectoire sont le plus souvent considérées
par rapport à une position fixe du sujet à distance et la vitesse est
indiquée en unités angulaires. Nous nous conformerons à cette tradition.
I. — LES INDICES ÉLÉMENTAIRES
DE LA PERCEPTION DU MOUVEMENT
ET DE LA VITESSE
1) Limites de la perception du mouvement
Comme dans l'étude de toute variable quantitative, nous débuterons
par l'examen des limites de la perception du mouvement. Dans ce
cadre des seuils absolus, nous allons voir interagir deux facteurs :
l'espace parcouru par le mobile et sa vitesse. Exner (1898) établit
qu'à trop petite vitesse nous ne voyons pas s'effectuer un déplacement,
mais nous pouvons Vinférer à partir d'un changement de position dans
l'espace. A trop grande vitesse, il se produit une fusion des images rét
iniennes et nous percevons alors un objet continu et stationnaire1. Entre
ces deux bornes, de nature physiologique, se situent les vitesses où
l'objet est perçu de façon directe comme mobile. Cette classification
en trois niveaux est reprise et justifiée dans les travaux de R. H. Brown
(Brown et Baldwin, 1954 a et b ; Brown, 1955). C'est à Graham
(1951-1963) que revient le mérite d'avoir, pour les seuils inférieurs de
mouvement, distingué deux types : les seuils de déplacement et les
seuils de vitesse.
a) Les seuils de déplacement. — Dans ces mesures on détermine,
à vitesse constante, la plus petite distance (généralement angulaire)
à partir de laquelle on perçoit qu'un mobile s'est déplacé par rapport à
un point fixe (Dubois-Poulsen, 1952).
Ces seuils ont été souvent étudiés jusqu'aux années cinquante, sans
qu'il soit possible de faire ressortir beaucoup de cohérence entre les
résultats en raison de la grande diversité des situations expérimentales.
Basier (1906) trouvait une valeur d'environ 20 s d'angle visuel pour
un éclairement photopique ; ce seuil diminue si la vitesse augmente.
Fréquemment confondues avec ce seuil, sont les mesures d'acuité
visuelle dynamique (AVD). Stern (1894), Klein (1942), Gordon (1947),
constatent que ces deux mesures sont pratiquement identiques aux
faibles éclairements. En réalité, les études ne sont pas suffisamment
1. C'est un phénomène semblable à la fusion obtenue par des stimulations
intermittentes (GFF). 234 REVUES CRITIQUES
exhaustives pour rendre inutile la précaution de séparer ces deux
types de mesures sur un critère opérationnel. L'acuité visuelle dyna
mique, généralement mesurée au moyen d'anneaux de Landolt en
translation, se définit en efïet comme la capacité de percevoir de petites
séparations spatiales sur une figure se déplaçant par rapport à l'observateur.
h) Les seuils de vitesse. — On détermine, à espace constant, la
valeur liminaire de vitesse nécessaire à la détection du mouvement.
Dans ces mesures, il faut considérer le temps d'exposition ou l'espace
parcouru, dans lesquels ces seuils sont estimés. Dimmick et Karl (1930)
avaient montré que le seuil inférieur de vitesse en vision monoculaire
fovéale, pour des sujets placés à 2,40 m du mobile, varie de 44" à 2' 34"
d'arc/s, selon que le temps d'exposition est de 0,5 ou 4 s. Augmentant
ce temps jusqu'à 20 s, Crook (1937) trouve qu'en vision monoculaire,
la plus petite vitesse perçue est de 5,3 mm/s (soit environ 10' 13"
d'arc/s), résultat analogue à ceux de ces prédécesseurs, puisque le
temps d'exposition est plus long.
c) Visibilité et seuil d'acuité. — L'un des principaux problèmes soulevé
par la perception du mouvement est de savoir comment on perçoit
un objet en mouvement en dehors de toute illusion. Nous avons vu,
en effet, que si la vitesse devient trop grande, le mobile n'est plus perçu
comme tel, mais il faut se demander si, en deçà de ce seuil de fusion,
sa perception reste exacte et conforme à ce qu'elle serait pour un même
objet statique. Smith et Gulick (1956) font observer un stimulus de
petite taille qui se déplace horizontalement de gauche à droite et dont
la vitesse croît jusqu'au seuil de fusion. A ce point critique, les contours
ne devraient plus être perçus, mais ils continuent de l'être si le sujet
a pu voir le même stimulus en position fixe avant l'expérience.
Gulick (1959) teste 8 sujets âgés de 17 à 22 ans dans une autre expé
rience ; utilisant un disque comparable à ceux de Michotte, il leur fait
observer un carré noir se déplaçant horizontalement de gauche à droite
sous un angle visuel de 5°. Le temps d'exposition est de 160 ms. La
vitesse croît jusqu'à ce que le sujet ne perçoive plus les contours du
carré (de 9,4 à 15°/s). On lui présente alors un carré de même taille,
fixe, placé soit au point de départ de la trajectoire du mobile, soit 1
ou 2° à gauche de ce point de départ. L'auteur vérifie que la présentation
du stimulus fixe au départ du parcours améliore la perception des
contours à des vitesses critiques, mais que le déplacement de ce stimulus
fixe a, au contraire, un effet dégradant.
Des divergences existent sur la limite au-delà de laquelle on cesse
de percevoir le mobile, cependant dans des études de même type cette
limite apparaît cohérente. Blackburn (1937) estimait qu'au-delà d'une
vitesse de 50°/s un mobile n'était plus perçu. Ludvigh (1949) trouve
que le seuil d'acuité visuelle dynamique accuse déjà une détérioration
de 90 % pour une vitesse angulaire de 62°/s. Foley (1957) trouve que
la vitesse laquelle des chiffres mobiles peuvent être correctement
identifiés peut être repoussée jusqu'à 63,2°/s. BLOr.II ET C. BONNET. LA. PERCEPTION BU MOUVEMENT 235 H.
d) Vacuité visuelle dynamique et la vitesse. — • II semble admissible
de prendre comme indice de la perception des mobiles l'acuité visuelle
dynamique (AVD), et nous pouvons alors chercher à l'intérieur des
limites que nous venons d'esquisser, la relation qui existe entre la vitesse
du déplacement et l'acuité visuelle dynamique. Ludvigh et Miller (1958),
dans une recherche fondamentale, établissent empiriquement cette
équation. Le sujet étant immobilisé, ils lui présentent en vision mono-
O Groupe I
x II
A Groupe m
20 40 60 80 100 120 140 160 180
Vitesse angulaire en degré/seconde
Fig. 1. — Valeurs des seuils observés et calculés
pour tous les sujets selon les trois groupes
Les lignes continues ont pour équations Y = a -\- bX3
culaire un anneau de Landolt en translation, réfléchi par un miroir.
Ces sujets sont divisés en trois groupes, suivant la gamme des vitesses
angulaires utilisées (égales ou inférieures à 110°/s ; à 140°/s ; à 170°/s),
de façon à ce que la valeur absolue de la vitesse n'entre pas en ligne de
compte. Le meilleur ajustement de la relation AVD-vitesse, se fait
avec l'équation Y = a + bX3 où Y représente l'acuité visuelle, X la
vitesse angulaire, a et b sont des paramètres d'ajustement : a serait la
valeur prédite de l'acuité visuelle statique en minute d'arc pour 0,2 s
de préparation et 0,2 s d'observation ; b serait une mesure du seuil
de perception de mouvement. Les deux paramètres semblant relever
de fonctions différentes. Crawford (1960) retrouve bien cette équation,
mais ajoute que la détérioration de l'AVD sera moins forte si on aug
mente le temps de vision de l'anneau, et ce d'autant que les yeux et la
tête seront libres de suivre le mobile. Ainsi l'équation reliant l'AVD
à la troisième puissance de la vitesse ne serait valable que lorsque la 236 REVUES CRITIQUES
tête du sujet est fixe et le temps de présentation limité (400 ms).
Si le temps augmente et que les mouvements de la tête sont libres, la
relation devient beaucoup plus linéaire. L'amélioration de l'AVD avec
le temps de vision est confirmée par Sampson et coll. (1960), au point
que l'un d'eux (Elkin, 1962), ne trouve que peu d'influence de la vitesse
sur l'acuité visuelle dynamique.
On s'est alors posé le problème des relations entre AVD et acuité
visuelle statique, ce qui revient à comparer la perception des objets
avec ou sans mouvement. Ludvigh et Miller (1958) avaient trouvé une
faible corrélation (+ -22) entre ces deux mesures, mais néanmoins
significative. Crawford (1960) retrouve ce résultat. Cependant, Hulbert
et coll. (1958) montrent, contrairement à Ludvigh et Miller, qu'on peut
faire apparaître une plus forte liaison entre acuités statique et dyna
mique en permettant une vision directe de la cible et le mouvement
de la tête. Burg et Hulbert (1959-1961) précisent que la liaison devient
d'autant plus faible que croît la vitesse, tout en restant significative.
Blkin (1962), bien qu'ayant trouvé une corrélation assez faible (+ .17),
insiste sur la liaison des deux types d'acuité. Mais il n'utilise pas de
vitesse supérieure à 120°/s ; Weissman et Freeburne (1965) montrent
que si la relation est bien significative jusqu'à cette valeur, il n'en est
plus de même au-delà (150 et 180°/s). De plus, le temps de vision d'Elkin
ne dépasse pas 500 ms avec anticipation du mobile de 1 s. Ces deux
derniers facteurs paraissent devoir détériorer la liaison, car il semble
bien qu'un des facteurs essentiels d'une bonne AVD soit la précision
des mouvements de poursuite oculaire, facteur qui n'est pas impliqué
dans l'acuité statique ; il faut, en effet, se garder de confondre mouve
ment d'exploration et poursuite. Elkin conclut d'ailleurs avec prudence
qu' « une bonne acuité statique est nécessaire, mais non suffisante pour
une bonne acuité dynamique », puisque avec le facteur de résolution
impliqué dans la première interagit un facteur de coordination oculo-
motrice pour l'AVD.
La capacité discriminative portant sur le mobile se détériore donc
avec la vitesse de celui-ci, mais la relation dépend des conditions expé
rimentales employées. Nous allons nous interroger maintenant sur la
valeur de la capacité discriminative portant sur le mouvement lui-même;
autrement dit, nous allons étudier la sensibilité différentielle à la vitesse.
2) Capacité discriminative du mouvement
Dans la rubrique des seuils différentiels règne une grande confusion ;
R. H. Brown (1961) a tenté une synthèse des résultats obtenus avec
des méthodes différentes. Ils distingue trois sortes de présentations des
stimuli : séparés, adjacents et surimposés. Nous allons voir en quoi
consistent ces modalités et surtout si les différences attribuées par l'au
teur aux modes de présentation ne relèvent pas plutôt de mécanismes
perceptifs différents.
a) Les seuils différentiels de vitesse. — Bourdon (1902), utilisant un BLOCH ET C. BONNET. LA PERCEPTION DU MOUVEMENT 237 H.
mouvement circulaire et trois vitesses de 0,8 à 5,0°/s, trouvait un
seuil différentiel moyen de 8,3 %. J. F. Brown et Mize (1932), avec un linéaire et 6 vitesses entre 1,7 et 4,6°/s, trouvent un seuil
différentiel moyen de 10,8 %, mais les résultats individuels sont très
dispersés, variant de 2,4 à 16,9 %. Brandalise et Gottsdanker (1958)
présentent deux disques noirs de 100 mm de diamètre, en rotation ;
chacun porte en bordure un point blanc de 12 mm de diamètre. La
tâche des sujets consiste à égaliser les vitesses des deux disques, un
seul mobile étant vu à la fois. La distance au sujet est de 2 m et l'éclaire-
ment de 48 ftc (~ 516 Ix). Utilisant 5 vitesses échelonnées entre 2,7
et 24,3°/s, ils trouvent un seuil différentiel moyen de 7,19 % et concluent
que sauf pour la petite vitesse la loi de Weber sur l'invariance du seuil
relatif est vérifiée. Ces seuils différentiels ont été calculés à partir de la
variabilité des ajustements.
Dans les études précédentes, on demandait au sujet des égalisations
de vitesse pour des stimuli présentés « séparément », c'est-à-dire en
succession spatiale et (ou) temporelle. D'autres auteurs demandent à
leurs sujets d'apprécier les changements de vitesse soudains ou pro
gressifs d'un seul mobile. Les seuils ainsi recueillis sont-ils comparables
aux premiers ?
b) Les changements soudains (stimuli adjacents). — Hick (1950)
étudie la capacité de discriminer des vitesses différentes successives
sur une même trajectoire (stimuli adjacents).
Cette mesure peut, selon lui, être considérée soit comme un seuil
différentiel de vitesse, soit comme une approche préliminaire à une
mesure de seuil d'accélération (variation progressive). Utilisant une
gamme de 7 vitesses échelonnées de 0,15 à 10,25°/s d'un spot sur un
écran d'oscilloscope, il fait varier la vitesse pour les augmentations
jusqu'à 75 % de la vitesse initiale et pour les diminutions jusqu'à 42 %.
Dans ces conditions, le seuil moyen permettant de percevoir un change
ment de vitesse est d'environ 12 % de la vitesse initiale, sans qu'il
apparaisse de différence marquée entre augmentation et diminution
de vitesse. Notterman et Page (1957), analysant ces résultats et les
contrôlant expérimentalement, trouvent que lorsque la vitesse initiale
croît, la fraction de Weber commence par décroître, puis augmente
ensuite. Elle passe par un minimum dans la région de 1 à 3°/s de la
vitesse initiale. Si donc la loi de Weber est valide, ce n'est que dans une
petite partie des valeurs utilisées. R. H. Brown (1961) admet, lui aussi,
que le seuil différentiel relatif est plus bas pour des vitesses delà 5°/s ;
cependant, pour une gamme de vitesses plus large allant de 0,1 à 20°/s,
il considère la loi de Weber comme valide. Gottsdanker (1952 a,
et b, 1955), dans des études sur le pistage1, étudie la précision de la
performance du sujet lorsqu'il doit continuer le mouvement à vitesse
1. Le pistage (tracking) considéré ici est dit « de poursuite » : le sujet doit
maintenir un repère en coïncidence avec une cible en mouvement. 238 REVUES CRITIQUES
constante une fois le mobile disparu. Il trouve une erreur de pis tage
analogue au seuil différentiel (soit approximativement 14 %).
c) Les accélérations. — Nous distinguons ici les accélérations qui sont
un phénomène continu et progressif des variations soudaines étudiées
précédemment. On pourrait penser que les uns comme les autres peu
vent servir à mesurer les seuils différentiels ; c'est-à-dire que, dans les
accélérations, le sujet intégrerait les différences jusqu'au seuil.
Dans les accélérations, la variation de vitesse ne se produit plus
entre deux mobiles séparés ni entre deux parties de la trajectoire, mais
elle se fait de manière continue au cours du mouvement. L'intensité
de l'accélération est donnée, de façon objective, par le rapport G = E/T2 : (G) est égale au rapport de l'espace parcouru (E) sur le
carré du temps mis pour le parcourir (T2). C'est donc la dérivée seconde
du temps, alors que la vitesse en est la dérivée première (Y = E/T).
Au moyen d'une méthode cinématographique, Gottsdanker et coll.
(1961), présentent à 160 sujets, au cours de 100 essais, des mobiles se
déplaçant sur une trajectoire rectiligne. Les sujets doivent juger si le
premier ou le second des deux parcours s'est fait à vitesse constante.
Chaque essai comporte la présentation successive de deux mobiles :
l'un se déplace à vitesse constante, l'autre subit une accélération uni
forme, soit positive soit négative.
Les auteurs utilisent 5 vitesses constantes de 0,95 à 15,38°/s, des
accélérations de 0,26 à 67,6°/s2 et 4 temps de présentation de 0,45
à 3,64 s. Les variables sont combinées pour obtenir 25 séquences diffé
rentes. Ce sont les seuils moyens de groupe qui sont retenus : leurs valeurs,
en terme de changement relatif de vitesse, s'échelonnent de 26 %
à 157 % selon les conditions. Ces valeurs, dont la moyenne est d'en
viron 50 % (Gottsdanker, 1961 b), sont très supérieures à celles que
nous avons mentionnées dans l'identification de changements instan
tanés (Hick) et dans les seuils de deux vitesses successives.
Mandriota et coll. (1962) présentent à deux sujets des spots sur
un écran d'oscilloscope ; la présentation est successive ; les vitesses
constantes. Ils recueillent des seuils différentiels relatifs de 15 à 22 %,
selon les conditions de présentation. Leur expérience et leurs sujets
sont repris par Filion (1963-1964) pour étudier l'accélération. Les seuils
différentiels relatifs d'accélération obtenus ici s'étagent de 15 à 36 %.
Les rapports de Weber, toutes choses égales, apparaissent donc plus
élevés dans les discriminations d'accélération que dans les discrimina
tions de vitesses constantes. Sur ce point particulier, il est d'ores et
déjà permis de conclure qu'il s'agit de deux phénomènes différents.
On peut se demander si l'accélération est perçue directement ou
s'il s'agit d'un jugement basé sur la détection de vitesses successives,
explicitement celles du départ et de l'arrivée. Gottsdanker et coll. (1961)
montrent que le seuil apparaît plus stable en fonction des différents
temps de présentation, si l'on utilise comme indice le changement total
de vitesse dans la période de temps considérée, autrement dit la diffé- BLOCH ET C. BONNET. LA PERCEPTION DU MOUVEMENT 239 H.
rence des deux vitesses extrêmes au lieu de l'indice d'accélération qui
est le changement de vitesse par unité de temps. Ce résultat est retrouvé
par Filion (1963) et considéré par ces auteurs comme une démonstration
du fait que l'accélération est détectée par la comparaison des vitesses
initiale et finale du mobile plus que par un sens direct, comme c'est le
cas pour la vitesse (Mandriota, 1962 ; Mashhour, 1964). Gottsdanker
et coll. (1961) ont mis en évidence une plus grande précision dans la
détection des accélérations négatives que dans celle des accélérations
positives. Ils interprètent ce résultat en supposant que, pour les accélé
rations positives, les sujets auraient tendance à ne pas tenir compte de
la première partie du mouvement qui se fait à vitesse plus lente. Dans
une seconde expérience (1961 a), Gottsdanker le montre en utilisant
un effet du type « rebondissement » : le mobile apparaît stationnaire au
milieu de la trajectoire pendant une seconde, puis il se déplace vers la
droite, rebondit et parcourt sa trajectoire soit avec une vitesse constante,
soit avec une vitesse accélérée. Cette procédure augmente les réponses
correctes au mouvement à accélération positive sans affecter les accélé
rations négatives. De plus, on arrive à égaliser la précision de la détec
tion des deux types d'accélération en combinant cet effet de « rebondis
sement » avec la présentation du mobile stationnaire en fin de parcours.
Tous ces faits confirment que les jugements perceptifs de l'accélé
ration ne peuvent être confondus avec l'estimation des différences de
vitesse. L'utilisation expérimentale de l'accélération des variations
continues et monotones de la vitesse, ne peut donc être retenue
comme une procédure permettant de mesurer des seuils différentiels.
d) La parallaxe monoculaire de mouv
ement. — Nous abordons ici l'étude L
de la troisième procédure indiquée par
Brown, celle des stimuli surimposés.
Dans cette dernière rubrique, l'au
teur place ce que l'on appelle parallaxe
monoculaire de mouvement : c'est l'an
gle qui apparaît quand, pour un sujet
stationnaire, un perpendic
ulaire à la ligne principale du regard
altère la position relative de deux objets
placés à des distances différentes du
sujet (cf. fig. 2). Elle existe aussi pour un mobile, ou qui peut seulement bou
ger la tête, et des objets stationnaires.
C'est un indice fondamental dans la per
ception de la profondeur (Gibson, 1950).
Ce n'est pas à cet aspect que nous nous
intéresserons, mais plutôt à la vitesse
Fit Schéma angulaire différentielle existant entre de parallaxe monoculaire
les lignes du regard à l'objet fixé et à de mouvement

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