La personnalité. - compte-rendu ; n°1 ; vol.47, pg 414-442

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L'année psychologique - Année 1946 - Volume 47 - Numéro 1 - Pages 414-442
29 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mardi 1 janvier 1946
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V. La personnalité.
In: L'année psychologique. 1946 vol. 47-48. pp. 414-442.
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V. La personnalité. In: L'année psychologique. 1946 vol. 47-48. pp. 414-442.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1946_num_47_1_8319V. — La personnalité.
116. — CANTRIL (H.). — The place of personality in social psy
chology (La place de la personnalité dans la psychologie sociale).
, — J. Psychol., 1947, 24, 19-55.
Cet important article reflète les préoccupations américaines rela
tives aux rapports entre l'individu et la société et" leurs rô^es res
pectifs dans la production de grands phénomènes collectifs, guerres,
révolutions, évolution sociale, formes de civilisation, etc. Préoccu
pations qui ont récemment reçu une expression extensive au dernier
Congrès d'Hygiène mentale qui s'est tenu à Londres en août 1948.
La biologie aussi bien que la psychologie reconnaissent l'unicité
de chaque être vivant, unicité qui atteint son plus haut dévelop
pement chez l'homme, sommet de l'échelle animale, caractérisée
par une complexité et une individualisation croissantes. Mais l'exi
stence de grandes différences individuelles ne rend pas nécessairement
il' compte n'a pas des été différences possible de dans séparer la direction avec netteté du comportement. la part des différences Jusqu'ici,
ayant une base biologique et la part des différences d'origine sociale.
Les psychologues ont trop tendance à vouloir séparer la personnalité
de son contexte social, qui est sa vraie perspective fonctionnelle
et, d'autre part, les sociologues et les ethnologues, tels que Mead,
Benedict ou Kardiner, ont tendance à ramener les différences indi
viduelles à des différences de « culture ». Mais personne n'a jusqu'ici
expliqué d'une façon précise- pourquoi il existe une relation entre
les deux ordres de phénomènes. La recherche de ce pourquoi, ainsi
que son analyse, est le but propre de la psychologie sociale.
Pour commencer, celle-ci remarque que les individus naissent en
général dans une société ayant une certaine échelle des valeurs et
certaines normes; ces normes varient, à l'intérieur d'une même
société, avec le milieu économique, professionnel, racial, etc. Ces
normes sont transmises à chacun dès la naissance, par les parents
et les maîtres, par les habitudes imposées par le milieu et qui portent
sur de multiples aspects : nourriture, argent, habillement, transports,
ponctualité, jeu, etc. Ce sont ces normes apprises qui constituent
le Moi en majeure partie, bien plus que les capacités innées : « Les
gens ne sont pas de gauche ou.de droite, catholiques ou athées,
prolétaires ou riches industriels, gangsters ou membres de clubs
élégants, fidèles de la messe du dimanche ou délinquants, etcv à
cause de-capacités ou de « traits de caractère » innés qui déterminent
d'avance leur rang social ou leur attachement à un groupe. Bien
au contraire. » L'analyse des groupes montre qu'ils se composen;
de personnalités bien différentes, venant de milieux bien différentst Là. PERSONNALITÉ 415
et dans chaque groupe, aussi différents que soient ces groupes les
uns des autres, on rencontre à peu près la même répartition des
capacités.
C'est donc une certaine « situation » sociale qui impose l'appar
tenance à tel ou tel groupe et non la possession de tels traits de
personnalité, mais d'autre part, à Vintérieur du groupe, la person
nalité joue et c'est ainsi que les uns s'élèvent au rôle de chef et
que chacun se classe suivant sa personnalité à un certain niveau
dans la hiérarchie de ce groupe. En d'autres termes, les différentes
« attitudes » des individus se répartissent suivant une courbe en J,
tarfdis que, à l'intérieur de chaque groupe, on trouve une distribu
tion en cloche. C'est ainsi que l'appartenance à un groupe dissident
ou criminel et la conduite particulière commandée par ce groupe
ne sont pas déterminées, chez la plupart des membres, par des
caractéristiques pathologiques, mais 1° par la situation et 2° par
l'identification complète de l'individu aux valeurs du groupe. Un
exemple frappant est le cas de nombreux « criminels de guerre »
nazis.
La personnalité innée est donc surtout un ensemble de virtual
ités latentes, parmi lesquelles la situation joue le rôle de « révélateur »;
dans une certaine situation, certaines virtualités émergeront; dans
une autre situation, ce seront, chez le même individu, d'autres vir
tualités bien différentes. Les anthropologues, comme Kluckhohn^t
Mowrer, qui mettent au premier plan ce rôle déterminant du con
texte social, ont le tort de ne pas voir que le stimulus social extérieur
devient intériorisé, que l'individu finit par s'identifier au groupe et
qu'il s'établit entre et le groupe une relation fonctionn
elle; d'autre part, les psychologues, comme Allport, qui mettent
au premier plan l'individu, conçu comme une constellation de traits,
doivent cependant reconnaître l'influence historique et culturelle
sur la valemyreconnue à ces traits aux différentes époques : « II est
vraisemblable que, pendant des âges sans nombre, des individus ont
fait preuve de qualités telles que la dévotion, la pitié, la patience,
mais ces termes n'ont été établis dans leur signification présente
qu'après que l'Eglise en eut fait des vertus chrétiennes reconnues
et explicites. » De même, avec la Réforme, de nouveaux traits de
caractère émergèrent.
La psychothérapie et spécialement la psychanalyse et la psycho
thérapie « non directive » de Rogers ont également le tort d'attri
buer à des causes purement pychologiques des conflits ayant surtout
des causes sociales objectives, par exemple l'absence d'apparte
ment et la nécessité de vivre avec une belle-mère acariâtre, ou
le chômage, ou un salaire insuffisant. On peut même dire qu'une
des raisons de la vogue énorme que la psychanalyse et la psychothér
apie non directive ont rencontrée dans certains milieux et ^ peut -on
ajouter, surtout dans les milieux qui ont intérêt à masquer les causes
objectives des conflits intérieurs, « réside dans le fait que ces deux
techniques prétendent implicitement trouver une solution aux conf
lits personnels sans mettre sérieusement en cause les discordances
et les contradictions dans l'organisation socio-économique de la
plupart des sociétés occidentales ». On sait que ce rôle conservateur "- ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
dé la psychanalyse fut violemment dénoncé au Congrès de Londres
de 1948. Le sociologue, au contraire, qui sait que les hommes ne
vivent pas dans un espace social vide et qui a conscience de l'écart
entre les normes sociales et les besoins et aspirations des individus,
se méfie de tout ce qui prétend apporter aux problèmes personnels
des solutions purement individuelles. Il ne nie cependant pas le rôle
créateur des fortes personnalités, grands artistes, leaders politiques,
prophètes religieux, etc. qui, à cause de leurs dons puissants, ou de
leur intégration intense à un certain idéal social, ou les deux, réa
lisent des changements dans les normes acceptées; mais il reconnaît
en même temps que ces créateurs qui s'écartent des normes* de
l'époque sont, d'autre part, nécessairement des produits de cette
époque même. Simplement, étant donné un ensemble de conditions,
certains individus plutôt que d'autres émergent comme créateurs
ou chefs. L'étude de ces individus exceptionnels est de première
importance pour le psychologue social, qui vise à comprendre le
rôle de la personnalité et des différences individuelles dans les chan
gements sociaux.
C. N.
117. — BURT (C.). — The assessment of personality (La mesure
de la personnalité). — Egypt. J. Psychol., 1946, 2, 1-21.
C. Burt préconise l'analyse statistique comme une des méthodes
les plus fécondes dans l'étude de la personnalité, tant normale
qu'anormale. En effet, ön sait déjà, par l'observation courante, que
pour chaque trait de personnalité sa présence implique presque
toujours la présence d'autres traits qui lui sont associés dans les
individus concrets : un voleur endurci est gépéralement en même
temps menteur, trompeur, paresseux, sans compétence professionn
elle, etc. « L'économie de temps et de travail exige donc que nous
découvrions, s'il est possible, les tendances ou les « traits » qui sont
les plus fondamentaux, c'est-à-dire qui nous permettent d'en déduire,
avec une probabilité raisonnable, un grand nombre d'autres. On
peut appeler ces tendances fondamentales les qualités-clés, ou les
facteurs, de la personnalité. » La recherche doit donc avoir pour
but primordial de découvrir ces traits, ou tendances, fondamentaux,
ceux qui nous permettront de connaître, ou de prédire, le compor
tement d'un certain individu dans le plus grand nombre de situations
possible.
Là méthode sera l'analyse factorielle et elle commencera par déter
miner quels traits corrèlent étroitement les uns avec les autres et
quels traits sont au contraire relativement indépendants entre eux.
Quand on trouvera un groupement de traits reliés ainsi eux,
mais. relativement indépendants des autres traits, on dira que tous
les traits de groupe dépendent d'un « facteur commun ». Pour savoir
dans quelle mesure un individu possède ce facteur commun, c'est-
à-dire cette « qualité-clé », on fait la moyenne des points obtenus
dans tous les tests, ou sur tous les traits, « chargés » de ce facteur.
Cette technique fut d'abord limitée au domaine intellectuel ou
pédagogique : on chercha quelles aptitudes étaient parentes les
unes avec les autres, ou quels sujets scolaires liés entre eux LA PEBSONNALITÉ 417
de telle sorte que le succès dans l'un impliquait nécessairement un
certain degré de succès dans l'autre, et on évalua numériquement
cette parenté, ce lien, au moyen des coefficients de corrélation.
Mais rien n'empêche d'appliquer la même méthode au domaine psy
chologique tout entier, c'est-à-dire à l'individu total, à la personn
alité.
C'est ce qu'a fait l'auteur dans une étude sur les écoliers london
iens. Ses mesures portent sur de très nombreux aspects physiques,
psychologiques, éducatifs et sociaux, capables d'expliquer les per
sonnalités concrètes individuelles et qui peuvent se réunir en un
certain nombre de groupes, dont un des plus nombreux et des plus
représentatifs comprend les évaluations suivantes : 1. niveau éco
nomique de la famille; 2. niveau culturel; 3. valeur pédagogique de
l'école fréquentée; 4. santé physique; 5. vigueur physique; 6. historique
de la santé; histoire familiale, envisagée sous le triple aspect phy
sique (7) intellectuel (8) émotionnel (9); 10. intelligence générale;
11. niveau des connaissances; 12. émotivité; 13. sentiments acquis;
14. complexes acquis; 15. moralité. Presque toutes les intercorré
lations sont positives, c'est-à-dire que tous les « bons » traits tendent
à être solidaires, qu'il s'agisse de facteurs extrinsèques comme le
milieu ou de facteurs intrinsèques comme la santé et le tempérament.
On voit également que, si de nombreux coefficients de corrélation
sont faibles, d'autres sont assez élevés et forment des groupes entre
eux. Cela suggère que certains aspects de la personnalité sont rel
ativement indépendants du reste et que l'application de l'analyse
factorielle à ces tables de corrélations mettrait en lumière l'exis
tence de « facteurs », rendant compte de la formation de ces groupes.
En extrayant ainsi de la personnalité totale les « facteurs » qui
la composent et dont les uns ont une vaste portée tandis que les
autres ne couvrent qu'un étroit domaine, le psychologue peut ainsi
espérer arriver à une connaissance de l'individu de plus en plus
large et de plus en plus claire. Mais il ne faut pas envisager les « fac
teurs » comme de simples entités causales analogues aux « facultés »
ou « dispositions » de la psychologie pré-scientifique : ils désignent
plutôt une certaine direction, une tendance structurée, qui est mesur
ée en termes de moyenne; par exemple la moyenne des points
obtenus par un sujet pour diverses émotions telles que la peur,
la colère, la joie, etc. mesurera son émotivité générale; mais ces
moyennes ne seront pas de simples moyennes, mais des moyennes
pondérées.
L'analyse factorielle classera donc les caractéristiques personnelles
en les groupant en un certain nombre de catégories, non posées a
priori, comme le faisait la psychologie pré-scientifique, mais trouvées
expérimentalement, ou plutôt mathématiquement : catégories qui
sont les facteurs de groupe. Ces facteurs sont d'une généralité plus
ou moins grande; les deux plus larges évidemment ceux qui
groupent les traits physiques d'une part et les traits mentaux de
l'autre; distinction relative, non absolue, puisque le corps et l'esprit
forment un tout dont les différentes parties s'influencent réciproque
ment. La qui vient ensuite est entre les traits innés ou
héréditaires et les traits acquis; la suivante celle entre l'intellectua-
l'année psychologique, xlvh-xlviii 27 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES 418
lité et l'affectivité, chacun de ces deux groupes se subdivisant en
un certain nombre de traits ou agglomérations de traits plus spé
cialisés :1e premier en intelligence générale et en aptitudes diverses:
verbale, numérique, pratique, mnémonique, etc.; le deuxième en
types de tempérament et instincts ou émotions dominants; le tro
isième en attitude morale générale et en sentiments ou intérêts plus
spécialisés,
Cela fait un très grand nombre de facteurs; mais si on se borne à
quatre facteurs-clés : état physique, intelligence générale, émotivité
générale et attitude morale générale, on aura déjà une masse de
renseignements permettant de prédire avec un degré suffisant de
probabilité les lignes générales de la conduite du sujet.
Notons que Burt considère ces facteurs obtenus par l'analyse
statistique uniquement comme des « expédients temporaires » devant
être graduellement remplacés par des notions plus précises au fur
et à mesure des progrès expérimentaux, processus fréquent en bio
logie et qu'on retrouve même en physique.
Cette analyse de la personnalité doit être complétée par le pro
cessus inverse : la synthèse de ces divers éléments en un tout unique
et indivisible, c'est-à-dire leur degré et leur mode d'intégration en
un tout stable et harmonieux; ce qui permettra justement de con
naître de quelles manières cette stabilité et cette harmonie peuvent
être brisées ou détruites, c'est-à-dire de connaître le mécanisme des
névroses.
Les données brutes qui font l'objet de l'analyse statistique seront
réunies à partir de quatre sources principales : jugement de per
sonnes compétentes, tests psychologiques, observation du sujet dans
des situations standards correspondant autant que possible à celles
de la vie réelle, interview; la .méthode des tests correspond plutôt
à l'aspect intellectuel, c'est-à-dire à la mesure de l'intelligence, et
est moins indiquée pour l'aspect affectif et temperamental; tandis
que les deux dernières méthodes conviennent particulièrement à
celui-ci; mais il faudra encore des années de recherche afin de trou
ver les méthodes vraiment adéquates et former un personnel spécia
lisé suffisamment nombreux et compétent.
La psychologie de la personnalité a trouvé jusqu'ici son applica
tion la plus importante dans l'étude et le traitement de ses dévia
tions : les névroses et les, désordres de la conduite. L'auteur a ainsi
analysé la personnalité de 216 enfants et de 143 adultes souffrant
de symptômes nerveux et de troubles de la conduite : en calculant
les corrélations entre les 47 symptômes les plus fréquents (émotivité
générale, désintégration de la personnalité, timidité, cauchemars,
larmes, bégaiement, rougeur, irritation, tics, gaucherie, etc.), on
trouve que presque toutes les corrélations sont positives et qu'il
existe à travers tous ces traits un large facteur commun, qui rend
compte de l'existence d'un type psychologique correspondant à ce
groupe et qui est probablement l'instabilité. Les coefficients de corré
lations sont en général plus élevés chez les enfants que les adultes;
mais chez ces derniers, ils tendent à se grouper en types psychia
triques assez nets, tandis que chez les enfants les facteurs de groupes
chevauchent beaucoup plus entre eux, la forte saturation en facteur LA PERSONNALITÉ 419
général tendant à brouiller les différences dues à ces facteurs de
groupe.
Ces différents facteurs conduisent ainsi à une classification des
névroses plus véridique que celle jusqu'ici acceptée. On distingue
d'abord deux grandes divisions : les tendances sthéniques et les
tendances asthéniques. Le premier groupe comprend deux sous-
groupes : a) l'hystérie, la suggestibilité et une tendance aux troubles
physiques; b) les impulsions, obsessions et préoccupations hypo
condriaques. Le deuxième groupe comprend : a) certains symp
tômes physiques tels que palpitations, maux de tête, fatigue, apat
hie, etc.; b) la peur et l'angoisse.
Ces résultats permettent de donner une nouvelle définition de
la névrose : une déficience tempéramentale, caractérisée par un
excès d'émotivité par rapport à l'intelligence (c'est-à-dire de l'ins
tabilité), excès nécessitant un traitement ou un contrôle. Un trait
essentiel de cette personnalité névrosique est l'insuffisance de l'i
ntégration, l'inconsistance interne, l'absence de coordination harmon
ieuse, au point de produire, non seulement une inadaptation sociale
et pratique, mais surtout des différences mentales qualitatives assez
graves résultant en une sorte de lésion ou de dislocation mentale.
Pour faire quand même face aux problèmes vitaux, l'individu
névrosé essaie de résoudre, tant bien que mal, ces conflits, mais il
le fait d'une manière inadéquate (inefficience sociale ou délinquence),.
qui devient rapidement habituelle par l'effet du conditionnement.
Pour le guérir et faire disparaître ses "symptômes tant physiques
que psychologiques ou sociaux, il faut briser ces habitudes défec
tueuses et en former de nouvelles, c'est-à-dire dé-conditionner puis
re-conditionner le sujet. Mais cela concerne la ré-éducation, non la
médecine ou la psychiatrie; la preuve en est que sur les cas examin
és, on constate presque 70 % d'amélioration quand ils sont traités
par des méthodes psychologiques ou sociales, contre 55 % seulement
quand le traitement reste entre les mains d'un médecin; sur les cas
qui ne purent être traités, 40 % guérirent spontanément.
Parmi les méthodes psychologiques, celles inspirées par l\écdle
de Pavlov sont les plus instructives : elles mettent clairement en
lumière le mécanisme des névroses et montrent comment l'utilisa
tion des réflexes conditionnés permet de les produire expérimental
ement, de les traiter et de les guérir, aussi bien chez l'homme que
chez les animaux.
Cela prouve que les psychologues sont plus compétents que n'im
porte qui pour traiter la plupart des cas de soi-disant « névroses »
que l'on rencontre dans la population scolaire et qui ne sont que
des déviations de la personnalité, non des maladies.
C. N.
118. -— Symposium sur la personnalité :
BURT (C). .— I. The assessment of personality (La mesure de la
personnalité). — Brit. J. Educ. Psychol., 1945, 15, 107-121. —
MABERLY (A.). — IL Personality of the Problem children
(Personnalité de Va enfant problème»).— Ibid., 1946, 16, 5-12.
— ALLPORT (G. W. . —m. Geneticism versus Ego-structure in 420 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
theories Of personality (Le gênétisme opposé à la structure du moi
dans les théories de la personnalité). — Ibid., 57-68. — THOM
SON (G.). — IV. Both sides of the shield; the reactions of an
outsider (Les deux côtés de la question; réactions d'un non-spécial
iste). — Ibid., 105-115. — BURT (C). — Reply to criticisms and
conclusions (Réponse aux critiques et conclusions) . — Ibid., 1947,
17,6-19.
Le premier de ces articles a été signalé dans le tome 44-45 de
l'Année Psychol. (n° 1369). Un article équivalent de Burt est d'ail
leurs analysé plus haut (n° 117).
Le débat qui porte en gros sur les composantes de la personnalité
et les méthodes d'examen donne lieu à un effort de confrontation
très fructueux.
La tentative de Burt de mesurer la personnalité au moyen d'une
analyse quantitative de ses tendances, particulièrement de ses ten
dances affectives, est assez combattue.
Pour Maberly qui se place sur le terrain pratique dey la consulta
tion du « problem child » la seule méthode efficace est clinique et
intuitive. L'auteur recommande d'utiliser pour l'examen
quelques concepts : « instability » caractérisée par des réactions peu
soutenues aux sollicitations du milieu; « sensitivity » : réactions
excessives; et maturation émotionnelle. Sans perdre de vue que
chaque personnalité est originale et qu'elle ne peut être étudiée en
dehors d'un environnement matériel et social précis.
Allport reproche lui aussi à Burt de sacrifier les possibilités d'étude
scientifique d'une personnalité donnée, pour la recherche de compos
antes générales. Mais surtout Burt donne de celles-ci une enumerat
ion et une interprétation d'origine instinctiviste. Le défaut essent
iel des théories classiques de la personnalité est qu'elles se fondent
sur la persistance des motivations dans un moi passif. Quant aux
statisticiens, ils négligent ce qu'il y a de concret, d'actuel, dans la
personnalité; ce qui la définit c'est un ensemble d'intentions, d'in
térêts dirigés avant tout vers l'avenir. Les motivations de l'adulte
ne procèdent ni des instincts ni des acquisitions de la première
enfance. Elles ont une certaine « autonomie fonctionnelle » à l'inté
rieur d'une « Ego-structure » absolument originale chez chaque indi
vidu. Il s'agit donc de rechercher les directions-clés, leâ thèmes
essentiels de la vie d'un individu. Les procédés d'analyse factorielle
quoique utilisables ne suffisent pas à reconstituer la structure con
crète d'une personnalité.
Thomson citant les travaux d'analysç factorielle de Cattell et de
Burt est plus optimiste : les travaux d'analyse factorielle sur la
personnalité sont indispensables aux éducateurs pour mieux noter
et distinguer leurs élèves. Mais pour l'instant les facteurs trouvés sont
trop nombreux et trop vagues (ainsi le facteur de « general emo
tionality » de Burt) et les procédés cliniques prédominent encore.
Dans son article terminal, Burt prolongeant les tentatives de con
ciliation de Thomson indique qu'il n'y a pas contradiction entre
les conceptions instinctivistes des conduites de l'enfant et la thèse
de l'autonomie fonctionnelle plus particulièrement valable pour
Fadulte. Cependant la discussion a montré que sur le problème .
LA PERSONNALITÉ 421
précis de la personnalité et de l'examen du « problem child » il
subsiste des désaccords assez importants. Les préjugés des médecins
psychologues à l'égard de certains procédés statistiques et de la
psychologie normale risquent d'avoir de fâcheuses répercussions sur
leur conception de la « child guidance » car celle-ci pose des problèmes
plutôt d'ordre psychologique et éducatif que clinique et médical
et exige avant tout la familiarisation aux questions de psychologie
normale.
J. L.
o
119. — CATTELL(R.B.).— Personality structure and measurement.
I. The operational determination of trait unities. II. The deter
mination and Utility Of trait modality (Structure et mesure de "la
personnalité. I. Détermination opérationnelle des traits fondament
aux. II. Détermination et utilité des modalités des traits). — Brit.
J. Psychol., 1946, 36, 88-103 et 159-174.
Les psychologues, surtout américains, depuis le développement
des méthodes d'analyse factorielle se sont précipités dans l'étude
de la personnalité. Mais chacun utilisant les tests les plus variés
(dont on ne sait pas ce qu'ils mesurent) dans les conditions lea
plus hétérogènes aboutit à une analyse de facteurs sans rapport
avec celle d'autres recherches; l'anarchie règne et les résultats sont
décevants.
Les articles de Catte 11, articles théoriques, ont justement pour but
de favoriser un effort systématique par une clarification des méthodes
à employer. La psychologie comme toutes les sciences doit chercher
à remonter aux éléments constitutifs de la personnalité ce que Cat-
tell appelle « les traits ». Un trait peut être supposé chaque fois
qu'une série de covariations se produisent ensemble et dans le
même sens. Parmi ces traits il faut distinguer ceux qui sont com
muns à tous, c'est-à-dire ceux qui peuvent être mesurés chez tous
et ceux qui sont uniques, c'est-à-dire ceux qui ne peuvent être
mesurés que chez une personne ou un groupe de personnes. Ces
traits peuvent à leur tour être distingués d'après la méthode de
traitement statistique. Un groupe de corrélations positives, entre
des formes de comportement, permettra de dégager empiriquement
un trait superficiel : par exemple la mélancolie est un trait qui se
dégage des corrélations entre l'auto-accusation, l'anxiété, la dépress
ion, etc. Par contre, l'analyse factorielle d'un ensemble de corré
lations permet de dégager des traits-sources qui correspondent à
une tentative d'explication des covariations.
De nombreux auteurs se sont contentés de dégager les traits
superficiels car les traits-sources ne leur semblaient pas correspondre
à des réalités psychologiques et rester sur le plan d'une symbolique
mathématique.
Et ceci pose le problème fondamental du postulat qui doit se
trouver à la base du choix des facteurs dans la rotation des axes.
Thurstone proposait de rechercher la structure la plus simple,
Cattell veut aller plus loin et pense que les vraies unités fonctionn
elles qui rendent compte du comportement humain doivent se
manifester dans des ensembles de mesures faites avec des moyens ANALYSES BIBLIOGfi APÖIQUES 422
différents et dans des conditions différentes. Le problème revient
à établir pour ces ensembles de recherches des profils de facteurs
dont la réalité dépendra de la concordance des résultats des analyses.
Arrivé à ce point de sa démonstration, Cattell montre toutes les
situations dans lesquelles il est possible d'étudier la personnalité
pour varier justement les méthodes. Dans toutes les recherches il
y a trois variables possibles, les personnes, les épreuves et les con
ditions ou circonstances. Ce qui donne six situations possibles étant
donné que les variables ne peuvent être considérées que deux à
deux, la troisième étant constante.
Il distingue ainsi les covariations statiques ou corrélations entre
tests et personnes dans les mêmes circonstances (soit corrélation
d$s résultats d'une série de personnes sur deux tests, soit celle de
deux personnes sur plusieurs tests) , les covariations monovariées entre
personnes dans différentes circonstances dans le même test (soit
que les mêmes personnes soient testées deux fois de suite, soit que
deux personnes soient testées en de nombreuses circonstances) et,
enfin, les covariations intra-individuelles entre des tests en différentes
occasions1 chez une même personne (soit 'deux appliqués en
de nombreuses circonstances, soit de nombreux tests appliqués en
deux occasions). Les covariations statiques ont été presque seules
employées. Les monovariées sont employées presque
uniquement dans l'établissement du coefficient de certitude d'un
test car on ne fait pas varier assez systématiquement les circons
tances, ce qui permettrait d'étudier cependant l'apprentissage, la
maturation, la fatigue, etc. Les covariations intra-individuelles
permettent de dégager les facteurs dynamiques de la personnalité
et la constance de ses réactions.
Outre ces études faites avec des mesures directes on peut envi*
sager d'utiliser des différences ou des rapports de résultats entre
les tests, les personnes ou les circonstances, ce qui offre de nou
velles possibilités.
En utilisant ces diverses situations il devient possible de dégager
les facteurs que l'on pourra reconnaître comme psychologiquement
réels, la réalité ne devant pas être pensée sur le plan ontologique
mais sur celui de l'efficacité.
Il est utile de pouvoir classer les traits ainsi dégagés suivant
leurs modalités. Cattell reprend à son compte la classification en
traits dynamiques, traits de tempéraments et traits-aptitudes mais
il demande qu'on les définisse en fonction des situations d'ensemble
dans lesquelles on les dégage. Les traits dynamiques seront ainsi
ceux qui sont impliqués dans les changements des mesures liés à
des différences de stimulation ou d'intérêt, les traits-aptitudes
apparaissent dans les résultats qui dépendent de la complexité de
la tâche à vaincre pour atteindre un but et les traits de tempé
rament sont indiqués dans les cas où il y a une certaine constance
des mesures dans des conditions très différentes.
Le problème revient à déterminer alors les conditions de l'expé
rience, ce que l'on appelle différences de stimulation et différences
de complexité. Ör, les traits dynamiques et les traits-aptitudes se
présentent, comme on l'oublie trop souvent, dans toutes les situa-

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