La personnalité - compte-rendu ; n°2 ; vol.52, pg 558-578

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L'année psychologique - Année 1952 - Volume 52 - Numéro 2 - Pages 558-578
21 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mardi 1 janvier 1952
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G. de Montmollin
5° La personnalité
In: L'année psychologique. 1952 vol. 52, n°2. pp. 558-578.
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de Montmollin G. 5° La personnalité. In: L'année psychologique. 1952 vol. 52, n°2. pp. 558-578.
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d'association libre et à une épreuve « d'imagination active » (Jung);
ils devaient imaginer un incident entre eux et l'objet de leur hostilité.
Ces deux techniques devaient permettre selon l'auteur, d'étudier
la colère proprement dite (1) et les attitudes hostiles (2).
De la première investigation l'auteur conclut que 44 % des colères
font suite à des situations de « besoin » c'est-à-dire viennent de
l'interprétation d'une situation perçue comme interférant avec la
poursuite d'un but; 50 % des colères font suite à des situations
« de personnalité », c'est-à-dire viennent de l'interprétation d'une
situation qui heurte les valeurs personnelles ou les relations et att
itudes envers les autres.
Me Kellar estime que d'après la deuxième investigation, les atti
tudes hostiles proviennent toujours d'une situation « de personnal
ité » et ne résultent pas d'une frustration. Il conclut à la nécessité
de limiter aux cas de colère brève l'explication par la séquence
frustration-agression. Mais la distinction entre les deux types de
situation ne nous paraît pas très évidente. Dans les deux cas on
peut parler d'une frustration, en donnant d'ailleurs à ce mot le sens .
très large que lui ont donné les promoteurs de la théorie de la « fru
stration-agression ». Par ailleurs Me Kellar rapporte une expérience
personnelle qui lui semble être une preuve du fait que la présence
de la frustration n'amène pas nécessairement la colère agressive :
ayant servi des sujets dans une expérience de psychologie et de ce
fait étant privé de nourriture, il n'a pas manifesté de colère
malgré la frustration car il était motivé par l'intérêt porté à
l'expérience. Mais c'est donc que cet intérêt avait une valeur
supérieure pour lui, à ce moment, à son besoin alimentaire; or, il
n'a pas été « frustré » de cet intérêt. L'argument ne semble donc
pas très fort contre la théorie de la frustration-agression. Sans
doute parce qu'elle-même est exprimée en termes suffisamment
larges et généraux pour pouvoir englober plusieurs manières d'ex
pliquer les conduites.
V. B.
5° La personnalité.
Points de vue théoriques et généralités :
(1) CANTRIL (H.). — An inquiry concerning the characterist
ics Of man (Enquête sur les caractéristiques de Vhomme). — -
J. abn. soc. Psychol., 1950, 45, 490-503. — (2) HALLOWELL
(A. L). — Personality structure and the evolution of man (La
structure de la personnalité et ï évolution de Vhomme). — Amer.
Anthrop., 1950, 52, 159-172. — (3) LIPPERT (E.). — Zum
Begriff der Persönlichkeit (Du concept de personnalité). — Rev.
suisse. Psychol., 1950, 9, 128-131. — (4) THORNDIKE (E. L.). PSYCHOLOGIE GÉNÉRALE 559
— The organisation Of a person (V organisation d'une personne).
— J. abn. soc. Psychol., 1950, 45, 137.
Malgré l'ancienneté historique du problème de la personnalité,
malgré nombre de réflexions philosophiques, d'investigations induc-
tives à partir d'observations isolées ou déductives à partir de sys
tèmes universalistes, à travers la littérature romanesque, poétique
et savante, il n'existe pas actuellement de théorie générale de la
personnalité, ni même de systématisations complémentaires qui
formeraient les cadres d'études scientifiques objectives. Le domaine
■est (pour ainsi dire) neuf, et les recherches sont engagées sur plu'
sieurs plans à la fois, qui résultent de prises de position personnelles
ou mieux encore des « situations » multiples qui ont été faites au
problème dans le champ de la psychologie.
C'est ainsi que les quatre articles cités, pour n'être pas divergents,
n'ont en commun qu'un mode dynamique d'aborder le problème.
H. Cantril (1) fait le point théorique de la psychologie contempor
aine. Il reprend l'affirmation des débuts selon laquelle l'homme,
phénomène de la nature, peut être étudié et expliqué comme tel, à
condition que toutes les phases de sa vie soient envisagées avec une
rigueur et une continuité d'attitude scientifique; il y a possibilité
d'atteindre ainsi une science de l'homme, qui soit capable d'expli
quer chaque aspect du comportement, mais également la totalité
vivante et dynamique, dont les divers éléments sont dans une
interdépendance continuelle. Le schéma traditionnel qui consiste à
■étudier d'une part la personne et d'autre part l'environnement,
n'envisage pas toute la réalité de l'individu : la vie est un processus
continuel de transactions, de participations, dans un enchâssement
physique et social à travers lequel nous agissons. L'homme est
dans une situation totale « environnement-personne »; l'environn
ement n'est pas seulement du dehors. Et l'auteur montre l'évolution
et l'enrichissement de la psychologie à propos du problème de la
perception envisagée d'abord comme un processus isolé, de réponse
isolée à des stimuli isolés, par un individu isolé, dans une situation où cependant l'abstraction totale du temps et de l'espace ne
s'est pas réalisée. Le monde du physicien qui servait alors de modèle
aux psychologues a dû, peu à peu, se laisser envahir par la complexité
•de la vie quotidienne, étudiée, variable par variable, avec la même
rigueur scientifique et la même volonté d'abstraction méthodolog
ique. Ce n'est pas la méthode qui change, mais les objets d'étude
qui se multiplient. L'importance de la formulation du problème
est donc grande : c'est par la rupture avec les formules anciennes
et la reformulation des questions multiples et isolables du
que la science psychologique, comme toute science, fera des progrès.
A qui étudie la vie, il faut une science « créatrice ».
Mais l'homme n'est pas seulement un organisme vivant, il a
quelque chose d'unique que la psychologie doit être à même d'ap- 560 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
procher : ce qui caractérise l'homme, c'est la capacité de sentir la
valeur dans la qualité de son expérience; c'est ce qui le distingue
des animaux en donnant à sa conduite d'autres motivations que
les seuls besoins et tendances. Le but ultime de l'homme, c'est
d'atteindre le maximum d'attributs de valeur dans chacune de ses
expériences. Il n'y a pas de rupture dans l'échelle des êtres vivants
et par ailleurs, l'homme est en devenir constant; cette évolution
dynamique n'est pas un processus isolé, car elle se situe à l'intérieur
d'une culture ou d'un groupe particulier dont l'individu fait partie,
de sorte qu'en face de situations nouvelles, l'homme recherchera
les solutions conformes aux standards personnels et sociaux, qui
soient sources de progrès.
Cette position semble être plus philosophique que psychologique;
et pourtant, elle se fonde sur ces recherches expérimentales qui
ont donné lieu à la « psychologie des implications du moi (« ego-
involvements ») », laquelle rassemble un grand nombre d'études d'ori
gine différente et indépendante; elle est parente, d'autre part de
positions nouvelles de biologistes, de neurologues comme Herrick,
Schrödinger, Lillie qui découvrent aux chromosomes, le pouvoir
dynamique d'organiser et de créer, d'où des émergences, des nou
veautés dans l'évolution et le fonctionnement des organismes vivants.
L'homme, en même temps qu'organisateur et créateur d'un
monde physique nouveau, par la possibilité de construire des outils,
de comprendre et d'expliquer l'apparition des événements, de pré
voir l'efficacité de l'action, d'en peser la valeur d'avenir et de l'i
ntégrer à un ensemble instrumental déjà constitué, est organisateur
et créateur de soi : le point de vue de Cantril est, on le voit, tota
lement dynamique.
A. I. Hallowell (2) situe, lui aussi, l'homme sur l'échelle animale
et le caractérise par la capacité de symboliser. C'est une thèse cons
tante de la pensée sociologique, que cette capacité se développe
dans la vie sociale, au cours de l'enfance et de l'adolescence, situa
tion prolongée de dépendance vis-à-vis d'un groupe fortement
organisé et institutionalise. Les événements sont vécus par une
transposition dans un monde de symboles communs; pouvoir de
traduction qui, en retour, donne à l'homme pouvoir de se com
prendre lui-même, de prendre conscience de l'ordre social et moral
dans lequel il est agent, et de conformer sa vie personnelle à ces
normes.
C'est, dans une semblable perspective évolutive et sociologisante,
que E. Lippert (3) définit la personnalité : d'une part, elle est une
somme de particularités psychosomatiques qui caractérisent un
moment de l'évolution, et en même temps constitue par son uni
cité, l'individualité d'une personne au sein de la collectivité. L'au
teur emploie l'expression « projection du moi dans la communauté »
pour désigner la totalité du comportement conscient et inconscient PSYCHOLOGIE GENERALE 561
d'un individu, sans lui donner un sens étroitement psychanalyt
ique. Cette projection ou personnalité en acte, est « normale », en
référence à la moyenne des projections des autres membres du
groupe qui définit la « normalité ».
E. L. Thorndike (4) aborde lui aussi le problème de la personne
en un sens dynamique et développe le concept d'« organisation »,
qui implique des éléments et des relations stables, hiérarchisées
et essentielles entre ces éléments et entre leurs divers groupe
ments.
Il distingue des niveaux d'interdépendance : la relation entre
l'organisation biologique et l'organisation du comportement est
importante pour les processus de reproduction, de conservation,
mais pratiquement inexistante pour toutes sortes de manifestations
plus élaborées : créations artistiques, relations humaines, normal
isations sociopsychologiques. L'organisation humaine est plur
idimensionnelle : il y a un système de base où les gènes organisent
la vie biologique, mais également une organisation élaborée, supé
rieure, où les facteurs sont surtout d'origine sociale, et qui est plus
proprement psychologique. Cette organisation qui se manifeste par
un comportement dont le schéma général est une interrelation entre
une situation extérieure et un acte, une pensée ou un sentiment
du sujet est hiérarchique : il y a une pluralité de « moi » d'apparte
nances sociales différentes et multiples, réagissant à des stimuli
propres, qui s'engagent diversement selon les niveaux requis, au
sommet desquels se situe un « moi » des « moi », dont la fonction
est d'harmoniser. L'organisation psychologique s'articule également
doublement selon que l'individu est en relations senties avec des
objets, des personnes ou des événements, ou en relations symbol
iques, par le moyen des concepts.
Dans le sens horizontal, cette organisation se développe par des
rapports entre des aptitudes, des tendances ou des « traits ». La
hiérarchisation et la pluralité des niveaux d'efficience existent aussi
pour les aptitudes. L'état actuel des recherches ne permet pas
d'entreprendre une micro-analyse de ces niveaux, pas plus qu'il
n'offre de schéma satisfaisant d'organisation des traits de caractère
ou de personnalité. Une dynamique totale de l'homme pose égal
ement le problème du rôle joué par l'inconscient dans l'organisation.
Un certain nombre d'affirmations généralement acceptées sont rap
portées ici, qui envisagent un rôle fonctionnel de l'inconscient comme
potentialité d'action, suivant le niveau d'efficience ou d'engage
ment où se situe le comportement actuel du sujet, sans référence
actuelle à son passé, à son avenir, à un autre de ses « moi », à un
autre niveau.
Il se dégage de cet article, qui se présente comme un essai de
synthèse théorique des données actuelles de la psychologie de
l'homme, et qui est en quelque sorte le testament psychologique ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES 562
■de Thorndike, un sentiment optimiste à l'égard d'une théorie géné
rale possible de la personnalité. q M
SMITH (M. B.). — The phenomenological approach in personality
theory : some critical remarks (U approche phénoménologique
pour une théorie de la personnalité : quelques remarques crit
iques). — J. abn. soc. Psychol., 1950, 45, 516-522.
S'opposant à l'approche traditionnelle de la psychologie expéri
mentale, à qui ils reprochent d'être une abstraction, une recons
truction artificielle de la vie psychique, certains psychologues se
sont montrés partisans d'une approche « phénoménologique » plus
concrète, plus « naïve » qui atteindrait l'univers entier, y compris
le moi du sujet, tel que l'individu en fait l'expérience au moment
•de l'action, sans se limiter aux aspects extériorisés de la conduite
(cf. Snyggs, Combs, Mac Leod).
M. B. Smith montre tout d'abord les faiblesses théoriques de
cette position : le sens commun n'est ni naïf ni discipliné, sa vision
des choses n'est pas exempte de théories pseudo-scientifiques, et
il ne peut servir de critère à cette « description sans préjugé du
inonde des phénomènes » réclamée par les auteurs. D'autre part,
les concepts phénoménologiques, précisément parce qu'ils se réfèrent
aux situations quotidiennes, à la conscience du sujet, à l'expérience
vécue « naïvement », sont moins explicatifs que descriptifs. L'ap
proche phénoménologique ne peut être qu'un point de départ pour
des constructions explicatives véritables, elle peut fournir à la
rigueur des définitions opérationnelles, mais surtout une certaine
catégorie de données.
L'auteur fait ensuite l'application de ces points de vue théoriques,
à propos de la distinction du « moi » et du « je », en montrant qu'il
n'y a pas que du « pur vécu » dans l'expérience concrète du sujet,
mais également de l'organisé et du construit par le sujet lui-même.
Ainsi, le « moi » est un contenu phénoménal, mais on peut égal
ement parler de « concept du moi » (« self-concept ») comme l'e
nsemble des caractéristiques que le sujet a différenciées et définies
comme composantes stables de lui-même, et qui joue un rôle si
important dans sa vie quotidienne qu'on a observé des mécanismes
de préservation et d'augmentation du « moi » (cf. la thérapie de
Rogers par changement de perception du moi). L' « ego » est aussi
une construction subjective mais sans référence à une entité phéno
ménale comme le moi. Il y a par conséquence une étroite relation
entre ces deux aspects dont les phénoménologistes ne peuvent nier
le dynamisme : le « je » est une configuration dynamique de pro
cessus stables qu'on peut déceler à partir de faits de comportement,
le « moi » est une entité phénoménale qui résulte de ces processus
et en affecte le déroulement actuel.
G. M. GENERALE 563 PSYCHOLOGIE
Points de vue méthodologiques et mesures :
(1) BECK (S. J.), RABIN (A. I.), THIESEN (W. G.)., MOLISII
(H.), THETFORD (W. N.). — The normal personality as pro
jected in the Rorschach test (La personnalité normale telle quelle
se projette dans le test de Rorschach). — J. Psychol., 30, 241-
298. — (2) CANNING (W.), HARLOW (G.), REGELIN (C).
— A study of two personality questionnaires (Étude de deux
questionnaires de personnalité). — J. consult. Psychol., 1950, 14,
414-415. — (3) HORN (D.). — Intra-individual variability in the
Study of personality (Variabilité intr a- individuelle dans V étude
de la personnalité). — J. clin. Psychol., 1950, 6, 43-47. —
(4) RAVEN (J. C). — The comparative assessment of perso
nality (L 'étude comparative de la personnalité). — Brit. J. Psyc
hol., 1950, 40, 115-123. — (5) TUPES (E. C). — An Eva
luation of personality-trait ratings obtained by unstructured
assessment interviews (Étude des notations de traits de personn
alité obtenues par interviews non structurées). — Psychol. Monogr.,
1950, 64, 24-48.
(1) Le test de Rorschach est appliqué à 157 adultes normaux
et les auteurs établissent à l'aide des moyennes et des tendances
centrales, un tableau statistique donnant pour chaque variable les
limites dans lesquelles on peut s'attendre à trouver un homme sain.
Les indications relatives aux processus intellectuels et à l'organi
sation de la pensée fournissent les bases de pronostics valables.
Celles qui se rapportent aux sentiments et à la stabilité émotionn
elle ne peuvent servir que de critères. Les auteurs indiquent les
limites de leurs résultats, en montrant qu'ils sont statistiques et
que, par conséquent, ils ne correspondent pas réalistiquement à
une personnalité définie particulière. Cependant ils fournissent des
critères de normalité ou de déviation applicables au mode d'action
d'une personne en chaque opération psychique. Là encore, on
retrouve une conception dynamique : la personnalité n'est pas une
somme statique de particularités ni même une structure unique;
chaque situation requiert d'une organisation particulière des forces
psychiques qui opèrent à des niveaux de mobilisation et d'intensité
très différents; la personnalité normale, aussi bien que la personnal
ité déviée, est un champ de forces, dont les lignes de structuration
sont modifiées et réorganisées par le fonctionnement intensif des
forces qui reconstituent alors un nouvel équilibre.
(2) Appliqués à 128 étudiants, le M. M. P. I. (forme collective)
et le questionnaire de personnalité de Humm-Wadsworth, afin
de vérifier l'hypothèse selon laquelle ces deux inventaires mesure
raient cinq traits semblables, ne donnent que de basses corrélations.
La conclusion est donc que l'un de ces deux tests ne mesure pas
des composantes de la personnalité, ou que ces deux tests mesurent 564 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
des aspects différents de la même composante. Des recherches ulté
rieures sont donc nécessaires pour répondre à ces deux questions.
D. Horn (3) présente une méthode d'utilisation de l'inventaire-
de personnalité, qui rompt avec la tradition : le questionnaire d'auto-
évaluation de la personnalité peut être considéré comme un test
projectif. La stérilité des inventaires habituels tient au fait qu'on
affirme qu'un item donné a le même sens pour tous les individus-
et pour un même individu, quel que soit le moment où il passe-
le test. La difficulté des tests projectifs tient d'autre part à la dis
tinction qu'il faut établir entre les réactions accidentelles au st
imulus et les réactions qui sont un sens pour la personnalité. Si on
considère qu'un item d'un inventaire est un stimulus ambigu dont
l'interprétation est affectée par les besoins du sujet, on pallie à la
fois aux faiblesses des uns et des autres. Il s'agit ainsi de mettre
en évidence les variables de la personnalité pour un même individu,,
selon les moments et les conditions, en cherchant à obtenir des
réponses infidèles. L'auteur propose trois méthodes possibles d'i
nterprétation : il s'avère, sur la base des implications logiques qu'elles-
développent, que la technique du test répété jusqu'à dix fois et
plus, à quelques jours d'intervalle, offre le plus de résultats.
Les sujets à haut degré de variabilité personnelle se présentent
comme ayant des besoins dynamiquement sensibles et une grande
perméabilité. Les sujets qui ne présentent que des changements
peu importants ont des besoins rigides dans leur expression qui
les rendent imperméables aux influences du dehors, ou des besoins
si bien intégrés que les changements extérieurs minimes ne les-
influencent pas. Le groupe des sujets non variants pose le problème
de la sensibilité du test et de son élaboration statistique.
La personnalité est un domaine si étendu, encore si peu exploré
et si peu structuré, que les études jusqu'ici entreprises sont d'inspi
ration souvent bien différente. C'est pourquoi J. C. Raven (4) envi
sage une synthèse de diverses recherches d'origines variées et
recherche l'information qu'une technique de descriptions comparées,
de personnalités normales et anormales peut fournir. Si on s'applique
à systématiser les rapports, à les rendre plus adéquats et plus-
complets, à appliquer les techniques d'approche à des classes plus
larges et plus représentatives, on aura une masse de renseignements
valables à partir desquels il sera possible de faire des comparaisons,
qualitatives et de fixer quantitativement les similitudes des divers-
groupes et les différences des individus. Cette information doit être
présentée sous une forme qui en rende possible le contrôle et la cr
itique, et qui permette d'établir des corrélations avec des conditions
organiques déterminées et avec les résultats obtenus par d'autres
méthodes psychométriques.
L'étude de E. C. Tupes (5) permet de préciser les conditions qui
influent sur les résultats d'interviews : 128 étudiants de 30 univer- PSYCHOLOGIE GENERALE 565
sites d'origine sont interviewés une première fois, puis une seconde
fois de façon intensive. Il s'avère que la seconde situation permet
le dégagement d'un plus grand nombre de traits de personnalité.
G. M.
La Structure dynamique de la personnalité : Caneeptualisation
(« self-concept ») et implication du m h (« Ejo-involve-
ment») :
(1) BENJAMINS (J.). — Changes in performance in relation
tO influences upon Self-COnceptualization (Changements dans la
performance en relation avec les influences qui agissent sur la
conceptualisation du moi). — J. abn. soc. Psychol., 1950, 45,
473-480. — (2) BUGENTAL (J. F. T.), ELLEN (S. L,). —
Investigations into the « self-concept ». I : The W. A. Y. tech
nique (Recherches sur le concept du moi. I : Technique du « qui
es-tu? »j. — J. Person. 1950, 18, 483-498.
J. Benjamins (1) fonde son hypothèse de recherche sur certaines
indications apportées par la thérapie au problème de la personnalité :
on a pu guérir des désordres de pensée et de conduite en amenant
ie sujet à reviser son concept de lui-même en fonction du monde
■dans lequel il vit; et d'autre part, en l'amenant à changer son
•comportement pour le rendre plus conforme à ce que la société
attend de lui; ces deux aspects de l'ajustement ne sont pas liés.
L'individu tend à se comporter d'une manière qui est subjectiv
ement cohérente avec le concept qu'il a de lui-même ou de son rôle
(cf. Cameron, Lecky, Raimy). On peut donc penser que, si un indi
vidu est amené à changer temporairement son concept de lui-même,
il faut s'attendre à ce que les effets de ce changement se manifestent
dans son comportement visible.
Tout est en effet essentiellement adaptatif; tout
processus cognitif, tout effort pour comprendre est une manifesta
tion d'adaptation; le concept du moi est un aspect du système
conceptuel total et peut être défini comme la manière dont l'ind
ividu se conçoit lui-même en relation au monde dans lequel il vit,
ce concept fait partie de cet ensemble sensé, organisé, au stade
adulte et normal tout au moins, auquel l'individu se réfère pour
comprendre les nouvelles perceptions; mais cette organisation est
à la fois stable et en re vision constante : elle est « adaptative»,
c'est-à-dire qu'elle se présente comme une suite d'équilibres.
L'image du moi d'un individu se forme principalement à partir
de la perception des réactions des autres à son égard ou simplement
à partir de ce qu'ils attendent de lui : c'est pourquoi il y a une
tendance à s'estimer soi-même et une réelle ténacité à maintenir
l'identité qu'on a une fois établie. On voit combien sont étroits,
dans cette perspective, les rapports entre le concept du moi et le 566 ANALYSES BIBLIOGBAPHIQUES
« rôle », tel que le définit T. M. Newcomb. L'identité personnelle
est un cadre de référence qui sert à se comprendre et à comprendre
ce qui se rapporte à soi.
Il y a conflit personnel, au sens subjectif, quand l'individu recon
naît des contradictions à l'intérieur de son système conceptuel;
mais il peut y avoir des désordres de la conduite dont le sujet n'a
pas conscience, parce qu'il n'est sensible qu'à la cohérence interne;
d'où la nécessité de l'amener à des changements dans la conceptual
isation de son moi, c'est-à-dire à un nouvel équilibre adaptatif.
C'est en fonction de cette intégration conceptuelle totale que l'au
teur explique les sentiments de sécurité et d'insécurité, les processus-
de défense : si un événement menace le concept du moi, le sujet
peut défendre ce concept ou le changer. On peut donc rapporter à
des changements dans le concept du moi, les changements dans la
performance dus aux louanges ou aux reproches, à la connaissance
des résultats, à la forme compétitive ou coopérative de l'épreuve,
au succès ou à l'échec, à la suggestion.
La recherche expérimentale consiste à demander à 48 sujets de
se classer eux-mêmes à un certain nombre de points de vue (intell
igence, santé, popularité, etc.), puis on leur administre le Otis Self
Administering Test of Mental Ability (forme A, 20 minutes). Le
jour suivant on leur donne des résultats de ce test, en les élevant
ou les abaissant systématiquement. Deuxième classement personnel,
puis administration de la forme B de l'Otis, et d'un questionnaire
à choix multiple sur leurs réactions devant leurs scores. Les résul
tats ont confirmé 74 % des prédictions qui avaient été faites avant
le second test, selon lesquelles les individus de tel groupe (abaissé
systématiquement) auraient une deuxième performance plus basse,
et que les individus de tel autre (élevé systématiquement) auraient
une deuxième performance plus haute. Cependant, de l'aveu même
de l'auteur, l'interprétation directe de ces résultats ne prouve pas-
définitivement l'hypothèse dans la mesure où, en cas de conflit
entre identité personnelle et score mauvais, les sujets peuvent
s'adapter ou bien en intégrant le mauvais résultat dans un système
plus cohérent (dans ce cas, il a une deuxième performance plus-
basse), ou bien à maintenir l'intégrité première (pas de modification,
de la performance).
J. F. T. Bugental et S. L. Zelen (2) étudient les formes que
peuvent prendre les perceptions que les sujets ont d'eux-mêmes
(« self-perceptions ») : en leur demandant de répondre spontané
ment de trois manières différentes, à la question : « Qui êtes-vous? »,
les auteurs laissent le champ libre aux réponses d'être structurées
selon les lignes les plus expressives des besoins individuels et les
plus en liaison avec la situation. Ils analysent les réponses selon
17 dimensions. Ils ont cherché d'abord à vérifier l'adéquation de
ce système de catégories : 15 sur 17 se sont révélées fidèles et stables,

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