La place des enfants dans l'histoire des couples - article ; n°6 ; vol.49, pg 1321-1345

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Population - Année 1994 - Volume 49 - Numéro 6 - Pages 1321-1345
Toulemon (Laurent). - La place des enfants dans l'histoire des couples La remise en cause du mariage s'est traduite par la diffusion de la vie en couple non marié d'une part, par l'augmentation des divorces d'autre part. L'augmentation des naissances hors mariage est la conséquence de la volonté de nombreux couples cohabitants d'avoir des enfants, sans pour autant transformer leur union en mariage. Depuis les années soixante, le risque de rupture des mariages a presque autant augmenté pour les couples ayant des enfants que pour les couples sans enfant. La présence d'un très jeune enfant réduit fortement le risque instantané de rupture mais, si cet enfant atteint l'âge de six ans sans avoir un frère ou une sœur, le risque de rupture devient proche de celui des couples sans enfant. Les couples non mariés sont beaucoup plus fragiles que les couples mariés, pour les couples ayant un enfant comme pour les couples sans enfant. L'augmentation du risque de rupture des unions correspond à une logique indépendante des comportements de fécondité. Les enfants sont de plus en plus souvent conçus par des parents qui vivent déjà en couple, le moment de leur naissance est planifié, mais la présence des enfants n'a ensuite qu'une faible influence sur la solidité de l'union, sauf si les enfants sont très jeunes ; les enfants ne sont pas davantage que par le passé les garants de la solidité des unions.
Toulemon (Laurent). - The place of children in the history of couples The challenging of marriage has been reflected by the spread of unmarried couples and increased divorce rates. The rise in the illegitimate birth rate has resulted from the desire of many cohabiting couples to have children without transforming their relationship into marriage. Since the 1960s, the risk of marital breakdown has risen almost as greatly in couples with and without children. Having a very young child strongly reduces the instantaneous risk of breakdown, but once he or she has reached the age of six without a brother or sister, the risk of breakdown is similar to that in childless couples. Unmarried couples are much more fragile than married ones whether they have children or not. The increased risk of breakdown in couples is due to factors unrelated to fertility behaviour. Children are increasingly conceived by parents already living together and their birth is increasingly planned, but the presence of children then only has a small effect on the solidity of the couple unless the children are very young. As in the past, children are no guarantee of the solidity of couples.
Toulemon (Laurent). - El papel de los hijos en la historia de las parejas La puesta en entredicho del matrimonio se ha traducido en un aumento de la cohabi- tación de parejas no casadas, por un lado, y en el aumento del divorcio, рог otro. El creci- miento del numero de nacimientos fuera del matrimonio es consecuencia de la voluntad de numerosas parejas cohabitantes de tener hijos, sin la necesidad de transformer su union en matrimonio. Desde los afios sesenta, el riesgo de ruptura de los matrimonios ha aumentado de forma similar en el caso de parejas con hijos y en el de parejas sin hijos. La presencia de un hijo de corta edad reduce fuertemente el riesgo de ruptura instántanea pero, si a la edad de seis afios el nino no tiene hermanos, el riesgo de ruptura es comparable al de las parejas sin hijos. Las parejas no casadas son mucho más fragiles que las casadas, tanto en presencia de un hijo como sin ella. El aumento del riesgo de ruptura sigue una logica independiente de los comporta- mientos de fecundidad. La concepción de los hijos se produce de forma creciente en una si- tuación de pareja y el momento del nacimiento es cada vez más planificado; pero la presencia de estos hijos, salvo si son muy jóvenes, supone cada vez menos una garantía de solidez de la union.
25 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : samedi 1 janvier 1994
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Laurent Toulemon
La place des enfants dans l'histoire des couples
In: Population, 49e année, n°6, 1994 pp. 1321-1345.
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Toulemon Laurent. La place des enfants dans l'histoire des couples. In: Population, 49e année, n°6, 1994 pp. 1321-1345.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/pop_0032-4663_1994_num_49_6_4138Résumé
Toulemon (Laurent). - La place des enfants dans l'histoire des couples La remise en cause du mariage
s'est traduite par la diffusion de la vie en couple non marié d'une part, par l'augmentation des divorces
d'autre part. L'augmentation des naissances hors mariage est la conséquence de la volonté de
nombreux couples cohabitants d'avoir des enfants, sans pour autant transformer leur union en mariage.
Depuis les années soixante, le risque de rupture des mariages a presque autant augmenté pour les
couples ayant des enfants que pour les couples sans enfant. La présence d'un très jeune enfant réduit
fortement le risque instantané de rupture mais, si cet enfant atteint l'âge de six ans sans avoir un frère
ou une sœur, le risque de rupture devient proche de celui des couples sans enfant. Les couples non
mariés sont beaucoup plus fragiles que les couples mariés, pour les couples ayant un enfant comme
pour les couples sans enfant. L'augmentation du risque de rupture des unions correspond à une logique
indépendante des comportements de fécondité. Les enfants sont de plus en plus souvent conçus par
des parents qui vivent déjà en couple, le moment de leur naissance est planifié, mais la présence des
enfants n'a ensuite qu'une faible influence sur la solidité de l'union, sauf si les enfants sont très jeunes ;
les enfants ne sont pas davantage que par le passé les garants de la solidité des unions.
Abstract
Toulemon (Laurent). - The place of children in the history of couples The challenging of marriage has
been reflected by the spread of unmarried couples and increased divorce rates. The rise in the
illegitimate birth rate has resulted from the desire of many cohabiting couples to have children without
transforming their relationship into marriage. Since the 1960s, the risk of marital breakdown has risen
almost as greatly in couples with and without children. Having a very young child strongly reduces the
instantaneous risk of breakdown, but once he or she has reached the age of six without a brother or
sister, the risk of breakdown is similar to that in childless couples. Unmarried couples are much more
fragile than married ones whether they have children or not. The increased risk of breakdown in couples
is due to factors unrelated to fertility behaviour. Children are increasingly conceived by parents already
living together and their birth is increasingly planned, but the presence of children then only has a small
effect on the solidity of the couple unless the children are very young. As in the past, children are no
guarantee of the solidity of couples.
Resumen
Toulemon (Laurent). - El papel de los hijos en la historia de las parejas La puesta en entredicho del
matrimonio se ha traducido en un aumento de la cohabi- tación de no casadas, por un lado, y
en el aumento del divorcio, рог otro. El creci- miento del numero de nacimientos fuera del matrimonio
es consecuencia de la voluntad de numerosas parejas cohabitantes de tener hijos, sin la necesidad de
transformer su union en matrimonio. Desde los afios sesenta, el riesgo de ruptura de los matrimonios
ha aumentado de forma similar en el caso de parejas con hijos y en el de parejas sin hijos. La
presencia de un hijo de corta edad reduce fuertemente el riesgo de ruptura instántanea pero, si a la
edad de seis afios el nino no tiene hermanos, el riesgo de ruptura es comparable al de las parejas sin
hijos. Las parejas no casadas son mucho más fragiles que las casadas, tanto en presencia de un hijo
como sin ella. El aumento del riesgo de ruptura sigue una logica independiente de los comporta-
mientos de fecundidad. La concepción de los hijos se produce de forma creciente en una si- tuación de
pareja y el momento del nacimiento es cada vez más planificado; pero la presencia de estos hijos,
salvo si son muy jóvenes, supone cada vez menos una garantía de solidez de la union.LA PLACE DES ENFANTS
DANS L'HISTOIRE DES COUPLES
Laurent Toulemon*
Malgré une baisse à partir de 1992, la fécondité reste relativement
élevée en France, par rapport aux autres pays européens. En particulier,
les premières naissances restent fréquentes (Desplanques 1993a, Prioux 1994).
À l'inverse, les mariages deviennent moins nombreux et plus fragiles. Les
naissances illégitimes sont la preuve que l'on devient de en plus sou
vent parent sans être marié. Où se situent les naissances dans l'histoire
des couples ? Avec la fréquence accrue des divorces, la présence d'un enfant
est-elle devenue un garant de la solidité de l'union plus efficace qu'il y
a vingt ans ?
I. - DE MOINS EN MOINS D'ENFANTS SANS COUPLE PARENTAL
Les naissances illégitimes sont conçues
par des couples cohabitants
De plus en plus de naissances hors mariage...
En vingt-cinq ans, entre 1965 et 1990, la proportion de nais
sances hors mariage a été multipliée par cinq, passant de 6 % à 30%.
Après une première hausse, suivie d'un plateau entre 1973 et 1977,
la décennie quatre-vingt a été marquée par un triplement de la part
des naissances hors mariage (de 11 % à 30%, figure 1). Cette évo
lution est similaire à celle qu'ont connue de nombreux pays euro
péens, comme l'Angleterre, quelque cinq ans après la Suède et le
Danemark (Festy 1978).
* Institut national d'Études démographiques.
Population, 6, 1994, 1321-1346 1 322 LA PLACE DES ENFANTS DANS L'HISTOIRE DES COUPLES
Pour cent
INED 316 94
Parents
cohabitant à la
naissance
Ensemble des
naissances ^ , n . Parents ne vivant hors mariage ^^^"^^^— a — • pas ensemble a la
naissance
1950 1955 1960 1965 1970 1975 1980 1985 1990 1995
Année de naissance de l'enfant
Sources : état civil, INED, enquête fécondité, 1988, et projection (voir annexe)
Figure 1. - Proportion de naissances hors mariage (pour
100 naissances), selon que les parents vivaient en couple non
marié ou qu'ils ne vivaient pas ensemble au moment de la
naissance. France, années 1950 à 1991
Les naissances hors mariage, aujourd'hui très nombreuses, ont lieu
massivement au sein de couples cohabitants* °. En 1990, seules 4% des
naissances totales ont lieu alors que les parents ne vivent pas en couple,
et 26% des naissances sont le fait de couples qui ensemble, sans
être mariés, au moment de la naissance'2'.
...mais de moins en moins de naissances conçues hors d'un couple
Si l'on veut décrire les conditions dans lesquelles les naissances ont
été conçues, il est nécessaire de connaître la situation des parents neuf
mois avant chaque naissance, et de ne pas tenir compte des mariages (ni
des ruptures d'union) durant la grossesse.
'•'Pour connaître la situation conjugale des femmes au moment de la naissance de
chaque enfant, on a utilisé l'enquête sur la fécondité réalisée par l'INED, en collaboration
avec l'INSEE et l'INSERM, au début de l'année 1988, auprès de 3 200 femmes âgées de 18
à 49 ans, et présentée dans (Toulemon, Leridon 1991). Cette enquête fournit la biographie
datée des naissances et des vies de couple des femmes nées entre 1938 et 1969. Le partage
d'un domicile commun définit la vie en couple, sauf dans le cas de séparation involontaire
et provisoire, par exemple pour raisons professionnelles. Les données ont été recalées sur
celles de l'état civil, qui fournit le nombre des naissances hors mariage et permet d'estimer
celui des conceptions prénuptiales. Pour les survenues en 1988 ou après, les i
nformations issues de l'état civil ont été complétées par une projection des résultats de l'enquête
de 1988. Les chiffres des figures 1 et 2 sont présentés en annexe.
<2> D'après le recensement de 1990, 6,5 % des enfants de moins d'un an ne vivent pas
avec leurs deux parents (Lavertu 1993). Mais certains parents «vivent en couple» sans être
recensés au même domicile. LA PLACE DES ENFANTS DANS L'HISTOIRE DES COUPLES 1323
40 Pour cent
INED 317 94
30 —
Parents
cohabitant à la
conception Ensemble des naissances
conçues hors mariage
Parents ne vivant
pas ensemble à la
- _ ^conception
1950 1955 1960 1965 1970 1975 1980 1985 1990 1995
Année de naissance de l'enfant
Sources : état civil, INED, enquête fécondité, 1988, et projection (voir annexe)
Figure 2. - Proportion de naissances conçues hors mariage (pour
100 naissances), selon que les parents vivaient en couple non
marié ou qu'ils ne vivaient pas ensemble au moment de la
conception. France, années 1950 à 1991
En 1965, 14% des naissances étaient conçues hors mariage, dont les
deux tiers par des partenaires qui ne vivaient pas ensemble. A la fin des
années soixante, les conceptions hors mariage deviennent plus fréquentes
(18% des naissances en 1970), mais elles sont de plus en plus souvent
suivies d'un mariage avant la naissance, et les naissances illégitimes aug
mentent peu (7% en 1970) (Prioux 1976). À partir de 1972, la hausse des
naissances hors mariage s'accompagne d'une diminution de la proportion
de conçues par des parents ne vivant pas en couple. En 1990,
ce ne sont plus que 6% des naissances qui sont conçues hors d'un couple
(contre 12% vingt ans plus tôt), tandis que 29% des naissances sont con
çues au sein d'un couple non marié (contre 6% vers 1970, voir figure 2).
Les naissances hors mariage ont aujourd'hui presque toujours lieu au
sein d'un couple non marié, après avoir été conçues par ce même couple.
En 1990 comme en 1970, l'immense majorité des parents vivent déjà en
semble au moment de la naissance de l'enfant (c'est le cas de 95% d'entre
eux). Bien plus, la conception d'un enfant est de plus en plus souvent le
fait de futurs parents qui partagent déjà le même toit au moment de la
conception : les bouleversements de la nuptialité, et en particulier le déclin
du mariage en tant qu'institution (Bozon 1991) se sont accompagnés d'un
renforcement de la notion de couple parental, en tant qu'acteur préexistant
à la conception de l'enfant, même si la stabilité du couple est moins assurée
que par le passé. 1 324 LA PLACE DES ENFANTS DANS L'HISTOIRE DES COUPLES
La fécondité des couples non mariés
Vers 1970, la cohabitation hors mariage correspondait à une étape
transitoire, et les cohabitations étaient rapidement transformées en maria
ges. Comme les couples utilisaient peu les méthodes les plus efficaces de
contraception, les femmes vivant en couple non marié devenaient rapide
ment enceintes (Villeneuve-Gokalp 1994), et une grossesse conduisait, dans
la moitié des cas, à un mariage avant la naissance. Même en l'absence de
grossesse, les mariages étaient rapides et nombreux (Leridon 1994b). La
diffusion de la cohabitation n'a pas entraîné de manière mécanique la ra
réfaction des ; bien au contraire, les cohabitations du début des
années soixante-dix ont accéléré la venue de nombreux mariages, parce
que des personnes qui ne souhaitaient peut-être pas se marier rapidement
ont cohabité, ce qui pouvait entraîner à court terme une grossesse, puis
un mariage avant la naissance de l'enfant. Il en est tout autrement au cours
des années quatre-vingt. À partir de 1980, plus de la moitié des unions se
forment sans mariage ; les cohabitations deviennent plus durables, à la fois
parce que les couples non mariés conçoivent beaucoup moins souvent des
enfants (la pilule devient largement utilisée par les jeunes couples, ce qui
leur permet d'éviter les grossesses accidentelles), et parce qu'ils ne se mar
ient plus guère, en cas de grossesse, avant la naissance de l'enfant.
Les naissances illégitimes sont aujourd'hui des naissances planifiées
par des couples non mariés
Lors de l'enquête fécondité de 1988, on posait, pour chaque nais
sance, la question suivante : «juste avant d'être enceinte, souhaitiez-vous
cette grossesse... à ce moment, plus tard, pas du tout, plus tôt, ou vous
n'y pensiez pas?». Le caractère planifié des naissances est ici défini par
les réponses «plus tôt» ou «à ce moment »(3). Les naissances planifiées
ne comptaient que pour 58% vers 1965, contre 80% vers 1985. C'est au
cours de la décennie soixante-dix que les grossesses sont devenues des
événements presque toujours volontaires : la proportion de naissances dé
clarées comme planifiées par la mère était respectivement de 58%, 66%
et 78% vers 1970, 1975 et 1980, ce qui correspond à une diminution de
moitié des naissances accidentelles (42% en 1970, et 22% en 1980)
(Leridon, Toulemon 1990).
<3> Les réponses à ces questions, posées pour chaque naissance, sont tout à fait cohé
rentes avec celles obtenues dans une enquête précédente (Leridon, Toulemon 1990), ce qui
ne serait pas le cas si les femmes étaient réticentes à déclarer des naissances anciennes comme
non souhaitées. Cependant, la distinction entre naissances souhaitées et naissances accident
elles est subjective, et pourrait ne pas être indépendante du devenir du couple parental. Par
ailleurs, les déclarations concernant les avortements volontaires ne sont pas assez fiables pour
permettre de tenir compte des grossesses qui conduisent à des avortements (Toulemon, Leridon
1992). On ne parle donc ici que des grossesses qui ont donné lieu à une naissance. LA PLACE DES ENFANTS DANS L'HISTOIRE DES COUPLES 1 325
Pour préciser l'influence de la situation conjugale des parents sur le
caractère planifié ou non des naissances, il est nécessaire, en raison de la
faiblesse des effectifs observés, de regrouper les naissances par groupes
de dix années : 1968-77 et 1978-87. Pour comparer les deux périodes, on
se limite aux naissances dont la mère avait moins de 35 ans (Toulemon
1992). Au début des années soixante-dix (années 1968-77), seules 33%
des naissances conçues par des parents qui ne vivaient pas ensemble étaient
planifiées, contre 52% si les cohabitaient, et 67% s'ils étaient mar
iés lors de la conception (tableau 1). D'une période à l'autre, la proportion
de naissances planifiées passe de 61 % à 81 %. L'augmentation est de même
ampleur pour les naissances conçues par les couples mariés (86 % de nais
sances planifiées en 1978-87, contre 67% dix ans plus tôt) et par les cou
ples non mariés (77 % contre 52 %), mais elle est plus faible si les parents
ne vivaient pas en couple au moment de la conception (50% contre 33%).
En cas de grossesse, les couples ne se marient plus
Vers 1970, en cas de grossesse, près de deux femmes célibataires sur
trois (64 %) se mariaient avant la naissance'4'. Les conceptions hors mariage
étaient le plus souvent des conceptions hors d'un couple, non planifiées,
et elles conduisaient dans la grande majorité des cas à une mise en couple
et à un mariage avant la naissance. Vers 1990, les conceptions hors mariage
ont presque toutes lieu au sein de couples cohabitants, et sont planifiées
par ces couples ; elles ne conduisent plus à une naissance légitime que
dans 15% des cas(5).
Les mariages pendant la grossesse sont plus fréquents si les parents
vivaient séparément au moment de la conception que s'ils cohabitaient déjà
sans être mariés: vers 1970, 75% des femmes seules au moment de la
conception se sont mariées avant la naissance de leur enfant, mais seule
ment 46% des femmes cohabitantes'6'. Vers 1990, ce ne sont plus que 26%
des premières, et 12% des secondes qui sont mariées avant la naissance
de l'enfant (figure 3).
D'une période à l'autre, les couples non mariés maîtrisent mieux leur
fécondité, et ils se marient moins en cas de grossesse. Parmi les naissances
conçues par des couples non mariés, ce sont les grossesses non planifiées
qui conduisent le plus souvent à un mariage avant la naissance. Les groupes
sociaux les plus attachés au mariage sont ceux où la pilule s'est diffusée
tardivement, et où les réticences face à la possibilité d'un recours à l'avor-
tement sont les plus fortes (Toulemon, Leridon 1992).
<4> Rappelons que l'on ne tient compte ici que des grossesses qui ont abouti à une
naissance.
(5) La relation avec le père est cependant inscrite à l'état civil pour la grande majorité
des enfants. 80% des enfants nés hors mariage sont reconnus par leur père dans l'année de
leur naissance ; par ailleurs, un tiers d'entre eux sont légitimés par mariage dans les trois
ans (Leridon 1994c).
(6) Malgré la faiblesse des effectifs (52 et 138 naissances observées), la différence est
significative au seuil de 5 %. LA PLACE DES ENFANTS DANS L'HISTOIRE DES COUPLES 1326
Tableau 1 . - Proportion de naissances « planifiées » et « non désirées », et
répartition des naissances selon la situation conjugale de la mère
à la conception et à la naissance de l'enfant.
Naissances de 1968-77 et 1978-87, dont la mère a moins de 35 ans.
Proportion de naissances Proportion de naissances Répartition des naissances Nombre de naissances
planifiées (%) non désirées (%) (en dans l'enquête %)
Situation conjugale de la
mère aux moments de la..* 1968-77 1978-87 1968-77 1978-87 1968-77 1978-87 1968-77 1978-87
conception naissance
S 33 42 34 23 2,6 3,3 50 54
С 59 79 8 4 4,1 12,3 80 205
M 62 83 13 6 93,3 84,4 1708 1591
14 S 33 50 17 13,3 8,8 266 147
4 С 52 77 11 6,5 14,2 126 244
M 67 86 13 6 80,2 77,0 1446 1459
s s 25 2,5 3,1 48 (32) 42 50 (38)
s с 0,7 1,8 14 26 (51) (72) (14) (10)
S M 31 44 12 8 9,6 3,4 197 61
_ _ - с s 0,2 0,3 4 5
с с 61 80 7 3 3,4 10,5 66 180
43 70 16 4 3,1 3,7 60 66 с м
- - - M S 0,2 0,2 3 3
- _ - M С 0,0 0,1 0 1
M M 67 86 13 6 80,1 76,7 1443 1454
Ensemble des naissances 61 81 6 100 100 1838 1850 13
* S : mère vivant seule (non en couple)
С : cohabitation sans mariage
M : mariée, vit avec son conjoint
Naissances planifiées : naissances souhaitées « plus tôt » ou « à ce moment » non désirées : «pas du tout » souhaitées
Les autres naissances correspondent aux réponses < plus tard », «je n'y pensais pas » et « ne sait pas ».
( ) : moins de 50 naissances observées
- : de 10
Source : INED, enquête fécondité, 1988
De même, les conceptions de femmes seules qui ont donné lieu à
une naissance sont plus souvent déclarées comme souhaitées si les parents
vivaient en couple non marié à la naissance que s'ils s'étaient mariés pen
dant la grossesse.
Dans les années soixante-dix, les couples non mariés avaient
une fécondité élevée, mais en baisse rapide
Au début des années soixante-dix, les grossesses étaient fréquentes
parmi les couples non mariés : avant 30 ans, les conceptions (en taux an- I
I
I
I
I
I
i
I
I
\
I
LA PLACE DES ENFANTS DANS L'HISTOIRE DES COUPLES 1327
Pour cent
I Г
mariées I Ensemble lors des de femmes la I conception non Г Femmes seules - Femmes lors de la cohabitantes conception — -lors de la conception - 90
80
Cohabitantes Cohabitantes / _ 7
60
50
Seules Mariées Mariées —
30
20
Cohabitantes Seules 10
_ Seules INED
318|94 J L J
Année de naissance de l'enfant Année de naissance de l'enfant Année de naissance de l'enfant
Sources : INED, enquête fécondité, 1988, et projection (voir annexe)
Figure 3. - Répartition de 100 naissances conçues hors mariage
selon la situation conjugale de la mère à la naissance. Femmes
seules ou cohabitantes à la conception.
Enfants nés de 1963-67 à 1988-92
nuel)(7) étaient plus nombreuses de 10% chez les couples non mariés que
chez les couples mariés (figure 4). Au cours des années soixante-dix, le
taux de conception des cohabitants a diminué de moitié mais, comme la
part des conceptions qui conduisent à un mariage avant la naissance a éga
lement baissé de moitié (voir figure 3), le taux de fécondité des couples
non mariés (en termes de naissances par an et par femme cohabitant au
moment de la naissance) est resté constant (figure 5). Jusqu'en 1985, l'aug
mentation de la part des illégitimes a donc suivi la même évo
lution que la diffusion de la cohabitation. Depuis 1985, les conceptions
prénuptiales sont devenues très rares (elles ne représentent plus que 5 %
des naissances, et 14% des conceptions hors mariage de 1990), et les me-
(7) Le taux de conception des cohabitants est le nombre de conceptions par an, pour
1 000 couples cohabitants, que le couple soit cohabitant, marié ou séparé au moment de la
naissance. Le taux de fécondité des est le nombre annuel de naissances au sein
d'un couple non marié (au moment de la naissance), pour 1 000 couples cohabitants. Ce
dernier taux, plus largement utilisé, exclut donc les conceptions prénuptiales, conçues par un
couple cohabitant, mais nés au sein d'un couple marié. Il sous-estime donc le comportement
procréateur des couples non mariés, et surestime à l'inverse celui des couples mariés, surtout
aux âges jeunes, où de nombreux couples se marient alors qu'une grossesse est en cours. 1
I
1
1328 LA PLACE DES ENFANTS DANS L'HISTOIRE DES COUPLES
Tauxjen pour mille)
Couples mariés
^^20-24 ans ^^
200
^*4^-» _ 25-29 ans
150 \ 15-34 ans ' 15-19 ans
30-34 ans
INED
319 94 I 1978- 1968- 1973- 1978- 1983- 1968- 1973- 1983-
82 87 72 77 82 87 72 77 Période Période
Source : INED, enquête fécondité, 1988.
Figure 4. - Taux de conception (en pour 1 000 par an) selon le
groupe d'âge et la situation de couple. Années 1968-72 à 1983-87
, Taux (en pour mille)
Couples non mariés Couples mariés
500
450
_ 15-19 ans
400
350
300
250
200
20-24 ans
150
100
30-34 ans
30-34 ans INED 320 94 0' 1968- 1973- 1978- 1983- 1968- 1973- 1978- 1983-
77 82 87 72 77 82 87 72 Période Période
Source : INED, enquête fécondité, 1988.
Figure 5. - Taux de fécondité (en pour 1 000 par an) selon le
groupe d'âge et la situation de couple. Années 1968-72 à 1983-87

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