La préférence pour les renforcements signalés aversifs ; une interprétation par les effets de contexte - article ; n°3 ; vol.84, pg 399-410

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L'année psychologique - Année 1984 - Volume 84 - Numéro 3 - Pages 399-410
Résumé
Le phénomène de préférence pour les chocs signalés (PSS) a été longtemps considéré comme un paradoxe (Biederman et Furedy, 1979) défiant les explications fondées sur les théories classiques du conditionnement aversif. Toutefois, les hypothèses portant sur la valeur informatise des stimuli (Lockard, 1963), le rôle d'éventuelles réponses préparatoires (Perkins, Seyman, Levis et Spencer, 1966) ou sur celui de l' « intervalle de sécurité » (Seligman, 1968 ; Badia et al., 1972) se sont toutes révélées en contradiction avec certains faits expérimentaux. Une interprétation récente de Fanselow (1980) montre qu'en réalité le paradoxe n'est qu'apparent et que le PSS peut être aisément expliqué à partir de la compétition entre le signal et les stimuli contextuels selon le modèle développé par Wagner et Rescorla (1972) à propos des stimuli composés.
Mots clés : conditionnement, chocs signalés.
Summary : The preference for signaled shock phenomenon : a context effects interpretation.
The preference for signaled shock phenomenon (PSS) has long been considered by many theorists as a paradox for the classical theories of aversive conditioning (Biederman & Furedy, 1979). A recent reinterpre-tation of the PSS phenomenon was proposed by Fanselow (1980) following the theoretical assumptions of the Wagner-Rescorla model (Wagner & Rescorla, 1972). Thus, Fanselow's Contextual Fear Hypothesis challenges previous interpretations such as the Information Hypothesis (Lockard, 1963), the Preparatory Response Hypothesis (Perkins, Seymans, Lewis & Spencer, 1966) and the Safety Signal Hypothesis (Seligman, 1968 ; Badia et al, 1972). The experimental results obtained by Fanselow are presented and their theoretical implications discussed.
Keywords : conditioning, signaled shock phenomenon.
12 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : dimanche 1 janvier 1984
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Michel Launay
La préférence pour les renforcements signalés aversifs ; une
interprétation par les effets de contexte
In: L'année psychologique. 1984 vol. 84, n°3. pp. 399-410.
Résumé
Le phénomène de préférence pour les chocs signalés (PSS) a été longtemps considéré comme un paradoxe (Biederman et
Furedy, 1979) défiant les explications fondées sur les théories classiques du conditionnement aversif. Toutefois, les hypothèses
portant sur la valeur informatise des stimuli (Lockard, 1963), le rôle d'éventuelles réponses préparatoires (Perkins, Seyman,
Levis et Spencer, 1966) ou sur celui de l' « intervalle de sécurité » (Seligman, 1968 ; Badia et al., 1972) se sont toutes révélées
en contradiction avec certains faits expérimentaux. Une interprétation récente de Fanselow (1980) montre qu'en réalité le
paradoxe n'est qu'apparent et que le PSS peut être aisément expliqué à partir de la compétition entre le signal et les stimuli
contextuels selon le modèle développé par Wagner et Rescorla (1972) à propos des stimuli composés.
Mots clés : conditionnement, chocs signalés.
Abstract
Summary : The preference for signaled shock phenomenon : a context effects interpretation.
The preference for signaled shock phenomenon (PSS) has long been considered by many theorists as a paradox for the classical
theories of aversive conditioning (Biederman & Furedy, 1979). A recent reinterpre-tation of the PSS phenomenon was proposed
by Fanselow (1980) following the theoretical assumptions of the Wagner-Rescorla model (Wagner & Rescorla, 1972). Thus,
Fanselow's Contextual Fear Hypothesis challenges previous interpretations such as the Information Hypothesis (Lockard, 1963),
the Preparatory Response (Perkins, Seymans, Lewis & Spencer, 1966) and the Safety Signal Hypothesis (Seligman,
1968 ; Badia et al, 1972). The experimental results obtained by Fanselow are presented and their theoretical implications
discussed.
Keywords : conditioning, signaled shock phenomenon.
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Launay Michel. La préférence pour les renforcements signalés aversifs ; une interprétation par les effets de contexte. In:
L'année psychologique. 1984 vol. 84, n°3. pp. 399-410.
doi : 10.3406/psy.1984.29035
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1984_num_84_3_29035L'Année Psychologique, 1984, 84, 399-410
Laboratoire de Psychologie expérimenlale el comparée
Université Paul-Valéry1
LA PRÉFÉRENCE POUR LES RENFORCEMENTS
SIGNALÉS AVERSIFS : UNE INTERPRÉTATION
PAR LES EFFETS DE CONTEXTE
par Michel Launay
SUMMARY : The preference for signaled shock phenomenon : a context
effects interpretation.
The preference for signaled shock phenomenon (PSS) has long been
considered by many theorists as a paradox for the classical theories of
aversive conditioning (Biederman & Furedy, 1979). A recent reinterpre-
tation of the PSS phenomenon was proposed by Fanselow (1980) following
the theoretical assumptions of the Wagner-Rescorla model (Wagner cf>
Rescorla, 1972). Thus, Fanselow's Contextual Fear Hypothesis challenges
previous interpretations such as the Information (Lockard,
1963), the Preparatory Response Hypothesis (Perkins, Seymans, Lewis
& Spencer, 1966) and the Safety Signal Hypothesis (Seligman, 1968 ;
Badia et al, 1972). The experimental results obtained by Fanselow are
presented and their theoretical implications discussed.
Keywords : conditioning, signaled shock phenomenon.
Dans une série d'expériences datant d'une vingtaine d'années,
Lockard (1963) démontrait pour la première fois, chez l'animal
que lorsqu'un événement aversif (i.e. un choc électrique) est
inévitable, le sujet préfère généralement une situation où cet
événement est précédé d'un signal à une situation où ce même survient de façon imprévisible.
Ce phénomène, décrit depuis sous le nom de préférence pour
les chocs signalés (PSS), a donné lieu à de nombreuses recherches
expérimentales, tant chez l'Homme (voir Perruchet, 1981) que
1. bp 4053, 34032 Montpellier Cedex. 400 Michel Launay
chez l'animal (Badia, Harsh et Abott, 1979 ; Harsh, 1978) et à
plusieurs tentatives d'explication (Lockard, 1963 ; Perkins, 1968 ;
Badia et al., 1979 ; Seligman, 1968). En dépit de certains échecs
à reproduire le PSS (Biederman et Furedy, 1976, 1979 ; Furedy
et Biederman, 1976) dus sans doute aux procédures utilisées, la
préférence pour les chocs signalés a pu être obtenue par la plu
part des auteurs et chez différentes espèces animales telles que le
rat (Lockard, 1963), le pigeon (Griffin, Honaker, Jones et
Pynes, 1974) ou le poisson rouge (Fisher et Badia, 1975) et chez
l'Homme (Badia, Suter et Lewis, 1967 ; Lanzetta et Driscoll,
1966). Mais si la reproductibilité du phénomène semble désormais
bien établie (Biederman, Furedy et Beatty, 1981 ; Biederman,
Furedy, Heighington et Wong, 1982), il n'en est pas de même
en ce qui concerne son interprétation théorique.
La difficulté tient à ce que l'existence même du PSS pose un
problème en apparence paradoxal aux théories du conditionne
ment aversif : en effet, un stimulus neutre associé à un agent
de renforcement aversif est supposé acquérir lui-même une valeur
aversive (Miller, 1948 ; Overmier, 1979 ; Pavlov, 1927). Dans une
situation où l'événement aversif est inévitable et où la réponse
du sujet consiste à choisir entre la présence ou l'absence du signal,
on s'attendrait donc à ce que le sujet choisisse la seconde éventual
ité en raison des propriétés aversives du signal. Or on observe
généralement la préférence opposée. Les principales hypothèses
proposées jusqu'à présent se sont efforcées de résoudre ce paradoxe
en formulant des explications ad hoc, spécifiques de la situation
de PSS. Ainsi, l'hypothèse de la valeur informative du signal
(Berlyne, 1960 ; Lockard, 1963), suppose que tout stimulus qui
prédit un événement quelconque de l'environnement acquiert
de ce fait une valeur de renforcement positif, ce qui augmente
en retour la probabilité d'émission de la réponse qui produit le
signal. L'hypothèse des réponses préparatoires suggérée par
Perkins (1968), confère également au signal une valeur de ren
forcement dans la mesure où celui-ci permettrait au sujet une
préparation au choc qui réduirait le niveau d'aversité global de
la situation. Enfin, l'hypothèse du signal de sécurité, proposée
par Seligman (1968) et reprise par Badia et al. (1979), repose sur
le fait que le signal délimite deux périodes distinctes, une période
de danger associée à la présence du signal et terminée par le choc,
et une période de sécurité, associée à l'absence du signal, où le
choc n'est jamais délivré (intervalle inter-essai ou ITI). Les préférence pour les renforcements 401 La
stimulus corrélés avec l' ITI de la condition signalée deviendraient
alors des signaux de sécurité qui renforceraient les réponses de
choix du programme signalé (Badia et Culbertson, 1972). Un
argument essentiel en faveur de cette hypothèse est la nécessité
d'associer, aux programmes signalé et non signalé, des stimulus
discriminatifs spécifiques permettant au sujet d'identifier la
conditions de renforcement en vigueur. En l'absence de tels
stimulus, la préférence pour la condition signalée disparaît
(Badia et Culbertson, 1972, 1974).
Une caractéristique commune à ces différentes hypothèses
réside dans la valeur de renforcement positif accordée au signal.
Cette conception, de type S-B, rend bien compte de l'apprentis
sage d'une réaction instrumentale qui traduit la préférence pour
la condition signalée, mais entre en contradiction avec la loi
bien établie du conditionnement classique qui fait dépendre la
valeur associative d'un stimulus conditionnel de la nature appet
itive ou aversive du absolu, c'est-à-dire de celle de
l'agent de renforcement.
Une alternative à ces hypothèses a été proposée récemment
par Fanselow (1980 a) pour résoudre le problème du paradoxe du
PSS. Elle consiste à trouver une explication du phénomène qui
soit compatible avec les théories du conditionnement pavlovien,
c'est-à-dire avec le fait que le signal associé au choc acquiert bien
des propriétés aversives.
l'hypothèse de la peur conditionnée
aux stimulus contextuels
de la situation de choc
L'hypothèse défendue par Fanselow (1980 a) part du fait
qu'un stimulus conditionnel (SC) associé à un agent de renforce
ment aversif acquiert lui-même une valeur aversive (Overmier,
1979), mais qu'en l'absence d'un tel stimulus, c'est l'ensemble des
stimulus de la situation expérimentale qui acquiert cette valeur
aversive (Blanchard et Blanchard, 1969 ; Bolles et Collier, 1976 ;
Bouton et Bolles, 1977). Lorsque le sujet choisit la condition non
signalée, seuls les stimulus contextuels sont associés au choc ;
lorsque le sujet choisit la condition signalée, le contexte et le
signal sont associés au choc. Dans le premier cas, la peur condi
tionnée au choc ne peut être évoquée que par les seuls stimulus
contextuels, tandis que dans le second, celle-ci est évoquée à la 402 Michel Launay
fois par le contexte et par le signal. Selon le modèle de Rescorla
et Wagner (1972) la valeur aversive de la situation se répartira
alors entre le contexte et le signal. Ainsi, la valeur aversive acquise
par le contexte dans la condition signalée sera plus faible que
celle qu'il acquerra dans la non signalée. La préférence
pour la condition signalée pourrait donc s'expliquer très simple
ment par le fait que l'animal évite la situation dans laquelle le
contexte possède la plus grande valeur aversive (Fanselow, 1980 a
p. 77).
LE MODÈLE DE RESCORLA ET WAGNER (1972)
Dans leur analyse du phénomène de conditionnement à un
stimulus composé, par exemple un son et une lumière associés
simultanément au même stimulus inconditionnel (SI), Wagner
et Rescorla (1972) admettent que la valeur associative maximale
d'un tel stimulus, correspondant à l'asymptote de performance,
est différente de ce qu'elle serait pour chaque SC (lumière ou son)
associé individuellement au SI. Autrement dit, la valeur associa
tive maximale d'un stimulus composé n'est pas déterminée par
l'accroissement de la valeur associative de chaque élément avec
le SI, mais par une combinaison de ces valeurs associatives,
valeurs dont les auteurs supposent qu'elles s'additionnent alg
ébriquement. A l'appui de cette hypothèse, Wagner et Rescorla
(1972) citent le fait selon lequel un stimulus composé se condi
tionne plus rapidement qu'un stimulus isolé à un même SI, ce
qui suggère que les valeurs associatives de chaque élément du
stimulus composé ont un effet additif. Un second argument en
faveur de cette hypothèse repose sur l'effet Kamin (Kamin, 1969).
Cet auteur a en effet montré que la valeur associative d'un él
ément (X) d'un stimulus composé (AX) dépend de la valeur asso
ciative acquise par l'autre élément (A) préalablement au cond
itionnement du composé (AX). Ainsi, lorsque plusieurs SG sont
associés simultanément au même SI, on constate un partage de la
valeur associative du SI entre les divers SG présents. De cette
compétition entre les SG résultent alors des phénomènes de
blocage ou de masquage réciproques.
Dans la situation de choc signalé, le signal constitue un SC
transitoire qui est associé au choc, conjointement à des stimulus
contextuels permanents. L'ensemble « signal plus » joue alors le rôle d'un stimulus composé, comme La préférence pour les renforcements 403
l'avaient du reste déjà proposé Rescorla et Wagner (1972). La
compétition entre le signal et le contexte entraîne un masquage
progressif du contexte par le signal (qui est un meilleur prédicteur
du choc que le contexte). Par conséquent, la valeur aversive
acquise par le contexte doit être plus faible en présence du signal
qu'en son absence ; cette réduction relative de l'aversivité du
contexte en présence du signal expliquerait ainsi la préférence
observée pour la condition de choc signalé.
LES DONNÉES EXPÉRIMENTALES
L'hypothèse de la peur conditionnée aux stimulus contextuels
de la situation de choc a suggéré à Fanselow (1980 a et b) une él
égante série d'expériences dont les résultats remettent définitiv
ement en cause toutes les interprétations antérieures. Pour cela,
Fanselow utilise une procédure qui, si elle reprend dans son prin
cipe le paradigme expérimental généralement employé dans
l'étude du PSS, en diffère, tout en le complétant, sur un point
crucial : la relation de contingence entre signal et choc. Le but
de Fanselow est en effet de montrer que, conformément à l'hypo
thèse de la peur conditionnée aux stimulus contextuels, le PSS ne
se manifeste que si le choc est prédit à la fois par le signal et par le
contexte. Si le signal ne prédit plus le choc mais, par exemple,
l'absence de choc, la compétition entre signal et stimulus context
uels disparaît et, avec elle, la préférence pour la condition
signalée. Or, dans les expériences antérieures, la
signalée est une condition dans laquelle le signal prédit toujours
le choc. Aucune expérience ne comporte de groupe témoin pour
lequel le signal prédise autre chose que le choc, de manière à
prouver que le PSS résulte bien de l'association signal-choc, et
non pas d'une quelconque autre propriété du signal.
Reprenant une technique dérivée de celle de Lockard (1963),
Fanselow utilise une cage à deux compartiments (shuttle box)
dont le plancher électrifîable permet d'administrer des chocs à
l'animal selon une distribution temporelle aléatoire indépendante
du comportement de l'animal. Des indices de nature visuelle
permettent à l'animal de différencier chaque compartiment et
constituent les stimulus contextuels qui seront associés à chacune
des deux conditions, signalée et non signalée. En effet, dans l'un
des compartiments un signal sonore précède (contingence posi
tive) ou suit (contingence négative) immédiatement le choc, ou 404 Michel Launay
n'est pas corrélé avec le choc (contingence nulle). Dans l'autre
compartiment, le choc est administré en l'absence de tout signal.
Les stimulus contextuels de l'un des compartiments seront donc
associés au signal et au choc, tandis que ceux de l'autre comparti
ment ne seront associés qu'au choc seul. A l'exception d'une
expérience (Fanselow, 1980 a, exp. 3), la procédure employée
par Fanselow pour établir ces associations est une procédure de
conditionnement classique, les animaux étant confinés altern
ativement dans chacun des compartiments où ils reçoivent le
même nombre de chocs dans chaque condition, signalée et non
signalée : pendant ces périodes de conditionnement, une cloison
sépare les deux compartiments et interdit aux animaux toute
réponse d'évitement. Lors des tests de préférence, qui ont lieu
avant tout conditionnement, puis après la 3e, 6e et 9e session
expérimentale, la cloison qui sépare les deux compartiments est
enlevée et l'animal est laissé libre de circuler dans la cage, géné
ralement en l'absence de signal et de choc. La préférence du sujet
est alors évaluée par le pourcentage de temps passé dans le
compartiment antérieurement associé à la condition signalée.
Cette procédure, par l'utilisation judicieuse de groupes
témoins adéquats, permet ainsi à Fanselow (1980 a, exp. 1), dans
une première expérience, de réaliser une contre-épreuve ingé
nieuse de l'hypothèse de Seligman (1968) sur le rôle du « signal
de sécurité ». En effet, dans les expériences de Badia et al. (1972),
c'est l'absence de signal qui est censé prédire la non-occurence
du choc ; dans l'expérience de Fanselow, c'est le signal qui prédit
l'absence de choc. Si l'hypothèse de Seligman est vraie, les sujets
devraient alors préférer la condition signalée, même si le signal
ne prédit plus le choc mais l'intervalle de sécurité entre les chocs.
Fanselow utilise deux groupes d'animaux (des rats) pour lesquels,
dans la condition signalée, la contingence entre signal et choc
est soit négative (le signal succède au choc), soit nulle (le signal
survient avec une égale probabilité avant ou après le choc). Pour
le premier groupe, le signal prédit l'absence de choc pendant une
période de 150 secondes, tandis qu'il n'a aucune valeur prédictive
par rapport au choc pour le second groupe. Dans la condition
non signalée, le est délivré seul.
Les résultats montrent très nettement que les sujets pour
lesquels le signal prédit l'absence de choc développent une pré
férence pour le côté non signalé, alors que les sujets pour lesquels
le signal n'est pas corrélé avec le choc manifestent au contraire La préférence pour les renforcements 405
une marquée pour le côté signalé. Comme les tests
de préférence sont effectués en l'absence de signal et de choc,
cette ne peut être relative qu'aux stimulus contextuels,
en l'espèce les stimulus discriminatifs qui caractérisent chaque
compartiment. Ces résultats sont donc en opposition complète
avec les prédictions suggérées par l'hypothèse de Seligman (1968)
sur le rôle du « signal de sécurité ». Par contre, de tels résultats
ne sont pas incompatibles avec d'une réduction
d'adversivité du contexte comme le suppose le modèle de Wagner
et Rescorla (1972). Dans une seconde expérience, Fanselow
(1980 a, exp. 2) utilise trois groupes de sujets pour lesquels le
signal prédit respectivement le choc (groupe PC), l'absence de
choc (groupe NC), ou n'est pas corrélé avec le choc (groupe UC).
Les tests de préférence sont effectués et sans signal, et un
test de sommation (Rescorla, 1967) a lieu dans une cage d'obser
vation différente de la shuttle box afin d'évaluer la modification
d'activité induite par la seule perception du signal. Les résultats
indiquent une préférence nette pour le côté signalé (90 % du
temps) dans le groupe PC, une préférence plus faible (environ
60 % du temps) mais de même sens pour le groupe UC, et une
préférence marquée (80 % du temps) pour le côté non signalé
dans le groupe NC. Lors de l'épreuve de sommation, le signal qui
a été associé au choc ne modifie pas l'activité du sujet (groupe
PC) : cette activité qui a été réduite par le choc reste réduite lors
de la perception du signal qui annonce un nouveau choc. Par
contre, le signal associé à l'absence de choc (groupe NC) aug
mente l'activité du sujet par rapport à ce qu'elle était à la suite
du choc. Un résultat intermédiaire est obtenu pour le groupe UC.
Ces constatations amènent Fanselow à considérer le signal
comme SC excitateur dans le cas du groupe PC, et comme un SC
inhibiteur dans le cas du groupe NC (cf. Rescorla, 1967).
Deux expériences complémentaires (Fanselow, 1980 a, exp. 3 ;
1980 b) confirment l'interprétation fondée sur le conditionnement
pavlovien de la peur par rapport aux stimulus contextuels. Dans
la première, les animaux peuvent passer librement d'un comparti
ment à l'autre de la shuttle box pendant le conditionnement, sans
que cette réponse ait une quelconque incidence sur l'adminis
tration des chocs. Ceux-ci sont donc inévitables, comme dans les
expériences pécédentes. Par contre, si lorsqu'un choc est pro
grammé, l'animal se trouve du côté signalé, le choc sera précédé
(groupe PC) ou suivi (groupe NC) d'un signal ; si l'animal se trouve 406 Michel Launay
du côté non-signalé, le choc est administré en l'absence de
signal. Si, comme le supposent les hypothèses de Seligman (1968)
et Perkins (1968), le signal renforce la réponse de choix en faveur
du côté signalé, les sujets des deux groupes devraient développer
une préférence pour le compartiment signalé. Or les résultats
sont tout à fait comparables à ceux des expériences précédentes :
le groupe PC choisit de plus en plus souvent le compartiment
signalé, tandis que le groupe NG choisit de plus en plus souvent
le compartiment non signalé. Un tel résultat montre, par compar
aison avec ceux des expériences précédentes, qu'un « tel renfo
rcement différentiel — s'il existe — n'est pas indispensable à
l'explication du PSS » (Fanselow, 1980 a, p. 76).
La seconde expérience 1980 b) constitue une véri
fication du rôle des stimulus contextuels et de la valeur aversive
qui leur est associée. Elle consiste, après avoir établi une préfé
rence nette pour le côté signalé, à réaliser une extinction partielle
de la peur conditionnée aux stimulus contextuels. Pour le groupe
expérimental, cette extinction est réalisée en confinant l'animal
dans le compartiment non signalé de la shuttle box, où le contexte
est supposé avoir acquis la plus grande valeur aversive. Pour le
groupe témoin, cette extinction a lieu dans une cage nouvelle,
où le contexte n'a jamais été associé au signal ni au choc. A la
suite de cette extinction les animaux des deux groupes sont
soumis à un test de préférence dans la shuttle box où ils peuvent
librement circuler d'un compartiment à l'autre. On constate
alors une préférence plus faible (et statistiquement significative)
pour le côté signalé chez les sujets du groupe expérimental que
chez les témoins. Ce résultat montre clairement que, pour le
groupe expérimental, les stimulus contextuels ont perdu par
extinction une partie de leur valeur aversive ce qui entraîne,
conformément à l'hypothèse de Fanselow, une diminution de la
préférence pour la condition signalée.
PORTÉE EXPLICATIVE
Cette série d'expériences apporte une solution élégante au
problème de l'existence du PSS en démontrant que le « paradoxe
du PSS », selon le terme utilisé par Biederman et Furedy (1979).
n'est qu'apparent. Le paradoxe n'existe en effet que lorsqu'on
raisonne comme si le sujet n'avait pas le choix entre choc signalé
et non signalé, c'est-à-dire par référence aux situations de condi- préférence pour les renforcements 407 La
tionnement aversif classique (évitement). Dans la situation qui
engendre le PSS, les stimulus contextuels, comme le signal
associé au choc, acquièrent bien des propriétés aversives, mais
la préférence pour la condition signalée résulte de ce qu'un choix
est rendu possible entre deux situations dont l'une est seulement
moins aversiue que l'autre : l'animal évite simplement la situation
dans laquelle le contexte acquiert la plus grande valeur aversive
(Fanselow, 1980 a, p. 77). Il n'y a donc pas de contradiction avec
la théorie classique qui suppose qu'un SC associé à un SI aversif
acquiert lui-même une valeur aversive. Lorsque le choc n'est pas
signalé, la peur engendrée par la situation est uniquement asso
ciée au contexte ; lorsque le choc est signalé, la peur est condi
tionnée non seulement au contexte mais aussi au signal. Dans
cette condition, le modèle de Wagner et Rescorla (1972) prédit
que l'aversivité du contexte diminue, par rapport à la condition
non signalée, du fait de la compétition entre le signal et les
stimulus contextuels (Baker, 1977 ; Odling-Smee, 1975, 1978 ;
Rescorla, 1972). Par ailleurs, cette interprétation est en accord
avec la conception selon laquelle tout SC qui précède le SI
devient un SC excitateur, tandis qu'un SG qui succède à un SI un SC inhibiteur (Rescorla, 1969). C'est ce qui explique
que le sujet ne choisit la condition signalée que si le signal précède
le choc, non lorsqu'il le suit (Perkins, Levis et Seyman, 1963).
Par ailleurs, cette série d'expériences permet de réfuter la
validité de toutes les interprétations antérieures, en montrant
que la condition non signalée peut être préférée à la condition
signalée dans le cas d'une contingence négative entre signal et
choc. C'est-à-dire que le PSS ne dépend pas seulement de la
présence du signal, comme le suppose l'hypothèse de Berlyne
(1960), mais également et surtout du fait que le signal prédit le
choc (et non pas l'absence de choc comme le suggère l'hypothèse
de Seligman (1968) sur le rôle du « signal de sécurité »). Ni ces
hypothèses, ni celle des réponses préparatoires proposée par
Perkins (1968), ne permettent de prévoir un tel résultat.
La portée des expériences de Fanselow réside cependant
moins dans la réfutation des interprétations précédentes que dans
la capacité de l'hypothèse contextuelle à expliquer le PSS dans les
termes d'une théorie générale du conditionnement aversif. Même
si l'on admet que le PSS représente un cas particulier de situation
aversive, ces expériences montrent qu'il est inutile de formuler
des hypothèses spécifiques du PSS : les théories récentes du

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