La préhistoire du Grand-Duché de Luxembourg - article ; n°1 ; vol.4, pg 101-137

De
Bulletins et Mémoires de la Société d'anthropologie de Paris - Année 1953 - Volume 4 - Numéro 1 - Pages 101-137
37 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : jeudi 1 janvier 1953
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J. L. Baudet
M. Heuertz
E. Schneider
La préhistoire du Grand-Duché de Luxembourg
In: Bulletins et Mémoires de la Société d'anthropologie de Paris, X° Série, tome 4 fascicule 1-2, 1953. pp. 101-137.
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Baudet J. L., Heuertz M., Schneider E. La préhistoire du Grand-Duché de Luxembourg. In: Bulletins et Mémoires de la Société
d'anthropologie de Paris, X° Série, tome 4 fascicule 1-2, 1953. pp. 101-137.
doi : 10.3406/bmsap.1953.2613
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bmsap_0037-8984_1953_num_4_1_2613mi
LA PRÉHISTOIRE
DU GRAND-DUCHÉ DE LUXEMBOURG
par MM. J.-L. BAUDET, M. HEUERTZ et E. SCHNEIDER
I. — Topographie, Faune, Flore,
par M. Marcel Hecertz,
Le Grand-Duché de Luxembourg se compose de deux régions
naturelles différentes : la zone Nord, Œsling, ardennaise, formée
de terrains primaires (Dévonien inf.) ; la zone Sud, Gutland,
lorraine, formée surtout de terrains secondaires (Triasique,
Jurassique). L'ensemble est drainé principalement par le réseau
de la Sure, et, dans la partie sud-est, par là Syře, ces deux, cours
d'eau étant des affluents gauches de la Moselle dans laquelle ils
se jettent presque au même point (Wasserbillig et Mertert),à la
cote 130 environ. L'extrême coin sud-ouest se raccorde par contre
au bassin de la Meuse, par le cours supérieur de la Chiers. Le ré
seau fluvial, établi à une époque de recouvrement uniforme, a
fini par se surimposer, avec son allure ancienne, aux roches va
riées qui affleurent actuellement ; en plus, les vallées de la ré
gion ardennaise ont subi un rajeunissement, dû à un soulève
ment du sol.
Trois niveaux principaux sont la résultante de l'évolution du
relief. Une surface, située entre 480 et 520 m, nivelle la péné
plaine ardennaise de l'Œsling. Le Gutlanó! possède deux niveaux
d'aplanissement : l'un, de 400 m environ, comportant surtout
des terrains du Jurassique inférieur et moyen (Grès de Luxemb
ourg, Oolithique ferrugineux),* l'autre vers 300 m, comportant
principalement des terrains triasiques (marnes irisées, calcaire
coquillier) et des argiles et marnes du Jurassique inférieur. Céder- .
société d'anthropologie de paris 102
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FRANCE
Carte du Grand-Duché de Luxembourg, préhistoriques. avec l'emplacement des principaux témoins
nieH niveau se raccorde à la vallée mosellane par une suite de
terrasses d'alluvions anciennes.
Ce sont les alluvions anciennes des terrasses inférieures — sur
tout celles de la terrasse de 20 m qui, s'étend sur 1.250 m de HEUERTZ ET SCHNEIDER. — LE LUXEMBOURG 103 BAUDET,
a:!*iHS*r 104 société d'anthropologie de paris
longueur, 200 m de largeur et avec une épaisseur de 15 m entre
Wasserbillig et Mertert — qui ont fourni une faune comportant
Ardomys marmotta, Rhinoceros tichorhinus, Elephas primige-
nius, Rangifer tarandus, Ursus spelaeus, Cervus elaphus, Equus
(Microhippus) fossilis, Bison priscus, Bos primigenius. On n'a
trouvé que des pièces osseuses isolées, jamais de squelette entier ;
il y a donc eu un certain charriage, mais sans doute assez local,
car les os ne sont pas usés par frottement, ou très peu. Il semble
assez logique d'admettre que ces fossiles proviennent en partie
du bassin de réception de la Syre, puisque c'est en aval du point
de confluence de cette rivière qu'on en a trouvé le plus grand
nombre. Il est vrai aussi que les alluvions et objets transportés
par la Moselle devaient s'y déposer de préférence, le courant se
ralentissant avant le point de confluence avec la Sure dont les
eaux arrivent en sens opposé, à l'endroit où la Moselle fait un
coude vers l'est.
C'est la contrée du Grès de Luxembourg (Liasique inf.) qui
jusqu'à présent a fourni le plus de témoignages préhistoriques :
industrie humaine et faune.
On ne connaît actuellement aucun gisement stratifié paléoli
thique, tous les éléments de cette époque se trouvant en position
remaniée, soit dans les diàclases, soit dans l'éboulis de pente.
La discrimination précise. des faunes et industries devient donc
très difficile mais, s'il est regrettable de ne pouvoir tirer de ces
gisements des données chronologiques rigoureuses, leur situa
tion spéciale permet d'obtenir des renseignements. utiles pour ce
qui concerne l'évolution des vallées. En effet, l'observation mont
re que les diàclases du grès de Luxembourg s'ouvrent au mo
ment où l'érosion des vallées a entamé le grès jusqu'à sa base
marno-calcaire ; le niveau d'érosion marqué sur la pente des val
lées par l'affleurement de la couche dite « marnes et calcaires de
la base du grès » n'est donc pas antérieur au Paléolithique supér
ieur, étant donné que les fossiles de cette époque, situés or
iginellement surjle plateau de grès, ont été charriés dans les
fentes.
A part quelques pièces trouvées dans les diàclases du grès
ou dans son éboulis de pente à Altwies, à Helperknapp (Mersch),
à Leiverdelt (Echternach), à Atzebach (Reuland) et dans les
fentes de l'Oolithique ferrugineux (Esch, Rumelange), ce sont les
diàclases du grès au lieu-dřt « Kakert » et les dépôts de pente au
lieu-dit « Schlèd » près ď (Etrange, qui ont fourni la faune là plus
riche et la plus complète ainsi que les objets d'industrie humaine
les plus nombreux.
La faune pleistocene d'Œtrange se compose des espèces su
ivantes : HEUERTZ ET SCHNEIDER. — LE LUXEMBOURG 105 BAUDET,
Mammifères : • Oiseaux :
Insectivores Erinaceus europasus L. Ansérif ormes.. Anser sp.
Talpa europœa L. Falconif ormes . Buteo ferox Gm.
Chéiroptères Vespertilionidés Gallif 'ormes .. Tetrao urogallus L.
Carnassiers Canis lupus L. Lyrurus tetrix L.
Vulpes vulpes L. Lagopus albus Gm.
Mêles taxus Bodd. mutus Mont.
Mustela nivalis L. Tetrastes bonasia L.
Martes sp. Caccabis saxatilis
Putorius putorius L. Meyer et Wolf.
Ursus spelseus Rosném. Perdix perdix L.
Felis spelaea Goldf. Phasianus sp. catus L. Telmatoformes Eudromias morinellus Felis minuta Schm. L.
Rongeurs. Sciurus vulgaris L. Strigiformes . Asio otus L. Citellus citellus L. Asio accipitrinus Pali. Arctomys marmotta
Piciformes . . . Gecinus sp. Schr.
Castor fiber L. Passérif ormes . Turdus merula L. Dicrostonyx Henseli* Garrulus glandarius L.
Hinton Pyrrhocorax pyrrhoco-
Microtus arvalis Pali. rax L.
Arvicola terrestris L.
Lep'us europaeus Pallas
Oryctolagus cuniculus
L. (?)
Reptiles et Batraciens : Proboscidiens Elephas primigenius
Blum.
Ongulés péris- Natrix natrix L. Rhinoceros tichorhinus
Cuvier Pelobates fuscus Lau- sodact
Equus caballus L. renti asinus L. (?)
Ongulés aiiio- Sue scrofa L.
dacl Cervus elaphus L.
Rangifer tarandus L.
Capreolus caprea Gray.
Bison priscus Boj.
Bos primigenius Boj.
Le lemming et le renne sont très abondants ; on a trouvé plus
de mille fragments de bois de renne ayant appartenu approxima
tivement à 250 individus. Certaines pointes des andouillers
semblent avoir été enlevées et utilisées.
Le rhinocéros laineux et le mammouth sont rares. Le cheval
est très largement représenté ; le nombre des os intentionnell
ement brisés montre qu'il constituait une ressource alimentaire
considérable pour l'Homme. Les quelques ossements humains
trouvés appartiennent à Homo sapiens, avec certains caractères
de primitivitě;
Sur ces données, on a attribué à ce gisement une position
correspondant à une phase de Wiirm.
L'ensemble d'Œtrange fait partie du bassin de la Syře, qui 106 société d'anthropologie de paris
semble avoir fourni le gros des ossements pleistocenes de la
basse terrasse de Wasserbillig-Mertert. 11 faut pourtant relever
que, dans les alluvions de cette dernière terrasse, le mammouth
et le rhinocéros laineux sont mieux représentés, le renne moins
et le cheval dans les mêmes proportions.
En résumé, l'Homme et la faune du Paléolithique semblent
avoir vécu surtout au niveau du plateau du Grès de Luxembourg
(400 m), sur la surface qui mène vers la vallée de la Moselle
(300 m) et dans cette vallée même (150 m). Quand l'érosion
avait accentué les vallées et mis à nu les sources de la base du
grès et créé de nombreux abris sous roche, surtout dans les val
lées plus jeunes de l'Ernz-Noire et de Г Ernz-Blanche (emportant
les vestiges d'un passé plus lointain dans les diaclases, dans les
éboulis de pente et vers les terrasses inférieures de la Moselle),
la vie s'établit plutôt dans ces vallons.
Ainsi le gisement de Loschbour, dans la vallée de l'Ernz-Noire,
est un témoin de l'époque mésolithique. Situé en dessous d'un
abri rocheux du Grès de Luxembourg, il présentait une couche
de tuf granuleux stérile recouvert d'une couche argilo-sableuse
rougeâtre qui, en plus d'une sépulture humaine, a fourni la faune
suivante :
Rongeurs Castor fiber L. Mollusques Bithynia tentaculata L.
Arvicola terrestris am- Lymnœa stagnalis L.
phibius (L.) Succinea putris L.
Ena montana Drap.
Carnassiers .. Martes martes L. Clausilia sp. '
Putorius putorius L. Zenobiella incarnate Felis catus L. Muller ■
Ongulés artio- Sus scrofa L. Hffa obvoluta
dactyles .... Cervus elaphus L. Helicigona lapicida L.
SrT Boj. ™ftjon« arbusto-,
rum JLi.
Серэеа nemoralis L.
Сержа hortensis L.
Le squelette humain était celui d'un homme de petite taille,
au crâne dolichocéphale, dont de nombreux caractères ressem
blent à ceux que l'on relève sur d'autres spécimens de cette
époque (Le Cuzoul de Gramat, par exemple).
L'industrie comportait 1.184 pièces en silex dont 82 % d'éclats,
2 % de nuclei et 16 % d'objets finis ; avec cela 21 objets en mat
ière osseuse (cerf et sanglier).
Le Néolithique luxembourgeois est caractérisé par une quant
ité considérable de haches en pierre polie, dont la matière pre
mière est constituée principalement par des galets roulés (en
schiste ardoisier compact ou en grès schisteux) ramassés dans les HEUERTZ ET SCHNEIDER. LE LUXEMBOURG 107 BAUDET,
alluvions de la Sure inférieure, mais provenant des terrains
schisteux ardennais de son cours supérieur. Ces haches néoli
thiques ont été recueillies surtout sur le plateau du Grès de
Luxembourg.
L'étude pollenanalytique a livré les données suivantes sur
l'évolution de la forêt du Gutland ; la fin de la période atlantique
est caractérisée par le déclin de la domination du coudrier, le
développement de la chênaie mixte (chêne, tilleul, orme), a
ccompagnée de l'aulne et du bouleau ; apparition du hêtre. Pen
dant les périodes subboréale et subatlantique, cette composition
reste la même, avec augmentation du hêtre et régression du
coudrier. Le pin n'est que faiblement représenté. Cette histoire
forestière ressemble à celle de la région parisienne et du plateau
lorrain.
II. — Préhistoire.,
"* par M. J.-L. Bacdet.
Le schéma que nous avons pu réaliser présente une chronol
ogie très étendue comprenant : des phases autochtones très
particulières et des stades offrant des analogies avec les éléments
des sites classiques européens. _ .
L'essentiel des observations permettant un actuel tour d'hori
zon local suffisamment clair, a été constitué grâce à l'étude des
matériaux réunis au Musée d'Archéologie et d'Histoire Natur
elle de Luxembourg aimablement mis à notre disposition par
MM. Heuertz et Meyers.
Une majorité des éléments réunis dans cette étude ont été
mentionnés dans différentes publications, dont il sera donné
référence en cours de texte.
Le but de cette note, réunissant les données acquises jusqu'à
présent et mettant en évidence l'intérêt de la Préhistoire luxemb
ourgeoise, n'est autre que de constituer un canevas général sur
lequel pourront se greffer les trouvailles ultérieures.
H semble opportun de citer, aii début de notre travail, que le
grand précurseur de la Préhistoire : Boucher de Perthes, fut •
société d'anthropologie de paris 108
membre de l'Institut Grand-Ducal (Section des Sciences), avant
que ses recherches soient appréciées à leur juste valeur.
D'autre part, il convient de rendre hommage à la mémoire du
premier fouilleur du Luxembourg : N. van Werveke, dont les
recherches remontent au début du siècle, mais dont, hélas! la
documentation personnelle a disparu.
Viennent ensuite les explorations de N. Thill, décrites par V.
Ferrant, M. Friant et M. Heuertz (l'actuel Conservateur du
Musée d'Histoire Naturelle). On doit à N. Thill, entre autres
découvertes, celle du Paléolithique supérieur ď (Etrange (vallée
Fig. 1 bis. — Biface de technique acheuléenne, Remich (Busehland).
de la Syře) et du gisement Méso-Néolithique de Loschbour
(vallée de l'Ernz noire), dont nous aurons à reprendre l'essentiel.
En outre, l'ensemble archéologique luxembourgeois, dont nous
allons esquisser les lignes principales, semble intimement lié
aux multiples incisions et gravures rupestres des roches liasiques
dont M. Schneider a donné un remarquable recueil publié en
1939.
Cette note suivra la répartition chronologique normale d'évo
lution des phases les plus reculées aux plus récentes.
La plus ancienne pièce luxembourgeoise connue jusqu'à ce
jour se trouve dans l'une des vitrines du Musée. Il s'agit d'un
biface amygdaloïde taillé à larges éclats. Cet instrument, en HEUERTZ ET SCHNEIDER. — LE LUXEMBOURG 109 BAUDET,
grès quartzite rougeâtre carminé, assez mince, dont l'extrémité
distale a été brisée à une époque lointaine, rappelle les types
acheuléens classiques de l'interglaciaire Mindel-Riss (fig. I bis).
Evidemment nous avons affaire à l'outil le plus archaïque
recueilli dans le Grand-Duché. Il provient de la vallée de la
Moselle, plus précisément des environs de Remich (au lieu dit
Buschland), et fut trouvé par F. Schons.
Grâce à ce spécimen, il est possible d'entrevoir que la fouille
méthodique et l'étude des terrasses de cette région ne seraient
pas infructueuses et permettraient d'envisager la découverte
d'autres éléments analogues ou plus anciens.
A cette pièce succèdent, dans l'ordre chronologique, deux pe-
Fig. 2. — Biface levalloiso-moustérien, Remich (Buschland).
tits bifaces subtriangulaires en grès quartzite grisâtre à grain très
fin exécutés sur galets de* rivière. L'un provient de la même ré
gion que l'amygdaloïde acheuléen et a été recueilli par F. Schons ;
l'autre du Marscherwald (grand bois situé sur la rive droite de
l'Ernz Noire, en aval du confluent de l'Heisterbach) et nous a
été offert par M. Hoss de Blumenthal. Ces deux instruments rap
pellent les formes du Moustérien de tradition acheuléenne, ,ou
encore de Levallois tardif, largement répandues en Europe. Il
semble donc logique de déduire que nous avons affaire à de
l'industrie du Wtirm I, II, ou de l'interstade (fig. 2). •
Comme exemple du Paléolithique supérieur luxembourgeois
nous avons choisi le matériel dont V. Ferrant, N. Thill et le
Grand-Metz ont donné une description très superficielle dans leur
publication de 1938. C'est celui qui provient des diaclases colmat
ées ď (Etrange (lieux dits Kabert et Huelen-Aire). On a supposé
que cet ensemble lithique et osseux était descendu d'abris supér
ieurs.
En l'absence de stratigraphie précise, nous avons utilisé le
système de discrimination suivant :

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