La régulation temporelle du comportement propre.I - Programme FI : contrôle exercé, délais absolus et temps relatif - article ; n°2 ; vol.80, pg 545-566

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L'année psychologique - Année 1980 - Volume 80 - Numéro 2 - Pages 545-566
Summary
In the first part of this paper, the author reviews characteristics of FI schedule control in animals, i.e. response patterning (scallop vs break-and-run), IRT selection and number of responses (per interval and per session). In the second part, data about FI and relative time are considered. Post-reinforcement pause and breakpoint, operant and general activity and performance indices are discussed. In the third part several hypotheses are analysed : chaining, temporal generalization of the response, delay to reinforcement, synchronization by the reinforcing event and inhibition-discharge. It is argued that behavior in the FI schedule is monitored by the reinforcing event acting as a synchronizer and inducing a balance between inhibitory mechanisms present at the beginning of the interval and operant response output.
Résumé
La première partie de ce texte décrit certaines caractéristiques du contrôle exercé par le programme opérant à intervalle fixe (FI) sur le comportement animal. La distribution des réponses dans l'intervalle, la sélection des intervalles inter-réponses par le programme et les fluctuations des nombres de réponses émises par intervalle et par séance sont successivement examinés. La seconde partie montre que le comportement dans le programme FI, c'est-à-dire la durée des pauses post-renforcement et les phases d'activité, est régi par le temps relatif. Plusieurs hypothèses concernant le comportement dans le programme FI sont examinées dans une troisième section : chaînes de conduites collatérales, généralisation temporelle de la réponse, gradient de délai de renforcement, synchronisation par l'événement renforçant et inhibition-décharge. La conclusion considère que le comportement dans le programme FI est contrôlé par l'événement renforçant qui agit comme synchroniseur et induit une alternance entre les mécanismes inhibiteurs présents au début de l'intervalle et l'émission des réponses opérantes.
22 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mardi 1 janvier 1980
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Helga Lejeune
La régulation temporelle du comportement propre.I - Programme
FI : contrôle exercé, délais absolus et temps relatif
In: L'année psychologique. 1980 vol. 80, n°2. pp. 545-566.
Abstract
Summary
In the first part of this paper, the author reviews characteristics of FI schedule control in animals, i.e. response patterning (scallop
vs break-and-run), IRT selection and number of responses (per interval and per session). In the second part, data about FI and
relative time are considered. Post-reinforcement pause and breakpoint, operant and general activity and performance indices are
discussed. In the third part several hypotheses are analysed : chaining, temporal generalization of the response, delay to
reinforcement, synchronization by the reinforcing event and inhibition-discharge. It is argued that behavior in the FI schedule is
monitored by the reinforcing event acting as a synchronizer and inducing a balance between inhibitory mechanisms present at
the beginning of the interval and operant response output.
Résumé
La première partie de ce texte décrit certaines caractéristiques du contrôle exercé par le programme opérant à intervalle fixe (FI)
sur le comportement animal. La distribution des réponses dans l'intervalle, la sélection des intervalles inter-réponses par le
programme et les fluctuations des nombres de émises par intervalle et par séance sont successivement examinés. La
seconde partie montre que le comportement dans le programme FI, c'est-à-dire la durée des pauses post-renforcement et les
phases d'activité, est régi par le temps relatif. Plusieurs hypothèses concernant le comportement dans le programme FI sont
examinées dans une troisième section : chaînes de conduites collatérales, généralisation temporelle de la réponse, gradient de
délai de renforcement, synchronisation par l'événement renforçant et inhibition-décharge. La conclusion considère que le
comportement dans le programme FI est contrôlé par l'événement renforçant qui agit comme synchroniseur et induit une
alternance entre les mécanismes inhibiteurs présents au début de l'intervalle et l'émission des réponses opérantes.
Citer ce document / Cite this document :
Lejeune Helga. La régulation temporelle du comportement propre.I - Programme FI : contrôle exercé, délais absolus et temps
relatif. In: L'année psychologique. 1980 vol. 80, n°2. pp. 545-566.
doi : 10.3406/psy.1980.28339
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1980_num_80_2_28339L'Année Psychologique, 1980, 80, 545-566
REVUES CRITIQUES
Université de Liège
Laboratoire de Psychologie expérimentale1
LA RÉGULATION TEMPORELLE
DU COMPORTEMENT
I. PROGRAMME FI : CONTROLE EXERCÉ
DÉLAIS ABSOLUS ET TEMPS RELATIF
par Helga Lejeune*
SUMMARY
In the first part of this paper, the author reviews characteristics
of FI schedule control in animals, i.e. response patterning (scallop
vs break-and-run) , IRT selection and number of responses (per interval
and per session). In the second part, data about FI and relative time
are considered. Post-reinforcement pause and breakpoint, opérant and
general activity and performance indices are discussed. In the third
part several hypotheses are analysed : chaining, temporal generalization
of the response, delay to reinforcement, synchronization by the
reinforcing event and inhibition-discharge. It is argued that behavior
in the FI schedule is monitored by the reinforcing event acting as
a synchronizer and inducing a balance between inhibitory mechanisms
present at the beginning of the interval and opérant response output.
Le programme à intervalle fixe (fi) est un des programmes opérants
qui permettent d'estimer les capacités de régulation temporelle du
comportement propre des animaux. Dans ce programme, un renfor-
1. 32, boulevard de la Constitution, 4020 Liège, Belgique.
2. Chargé de recherche fnrs.
M. le Pr Richelle a bien voulu lire et commenter ce texte. Qu'il trouve ici
l'expression de notre gratitude. 546 H. Lejeune
cement (nourriture ou boisson par exemple) est distribué à intervalle
fixe à l'animal, à condition qu'une réponse soit émise au terme de
l'intervalle spécifié. Dans la forme classique du programme, dont il
sera essentiellement question, la distribution du renforcement amorce
un nouvel intervalle, et ainsi de suite. Les réponses émises par l'animal
pendant l'intervalle fixe n'ont aucune conséquence. C'est à leur niveau
que l'on voit apparaître une régulation temporelle « spontanée » (parce
que non exigée par le programme opérant). Cette régulation peut être
estimée par exemple par la durée de la pause post-renforcement, la
distribution des réponses dans des tranches successives de l'intervalle
et leur transposition en valeur relative. Elle peut aussi être appréciée
par l'indice de courbure de Fry et al. (1960). Cet indice fluctue entre
deux maxima identiques, positif et négatif. Les valeurs positives sont
associées à une organisation des réponses en débit croissant pendant
l'intervalle. Les valeurs négatives sont associées à des débits de
réponse décroissants. La valeur maximale de l'indice est par ailleurs
fonction du nombre de tranches de l'intervalle.
La première partie de cette analyse sera consacrée à certaines
caractéristiques du comportement dans le programme fi, c'est-à-dire
la distribution et les débits de réponses entre deux renforcements
successifs, ou d'une séance à l'autre. L'analyse du rôle joué par
certains facteurs tels que l'espèce, la nature, durée ou quantité du
renforcement ou encore la nature de la réponse a été abordée ailleurs
et ne sera pas reprise ici (Lejeune, 1978 ; Richelle et Lejeune, 1979 ;
Richelle, Lejeune et coll., 1980). La plasticité comportementale, c'est-à-
dire l'adaptation au temps relatif, sera examinée ensuite. Quelques
hypothèses explicatives du comportement observé seront discutées
dans une dernière section.
PROGRAMME FI : CARACTÉRISTIQUES
La régulation temporelle acquise dans le programme Fi se marque
par l'apparition d'une pause suivie d'une phase d'émission des
réponses. La pause survient après la distribution du renforcement.
La phase active précède le moment où la réponse renforcée sera
émise. Cet effet du programme fi sur le comportement est décrit par
Skinner (1938) sous la dénomination de déviation de troisième ordre
(par rapport à un débit de réponse constant) et par Dews (1970) en
termes d'effets directs du programme à intervalle fixe. Deux types
de phase active ont été observés. En premier lieu, l'accélération
progressive des débits de réponse, qui donne au tracé cumulatif
du comportement un aspect « festonné » (scalloped pattern). En
second lieu, un débit de réponse quasi-constant qui succède de façon
abrupte à la pause. Ce débit de réponse constant a été décrit chez La régulation temporelle du comportement propre 547
le rat (Skinner, 1938 ; Sherman, 1959) et chez le pigeon (Cumming et
Schoenfeld, 1958; Schneider, 1969; Schneider et Neuringer, 1972).
Il pourrait être considéré comme une résultante du passage prolongé
en programme fi (Dews, 1970). Schneider (1969) et Schneider et Neu-
ringer (1972) caractérisent en effet le comportement en fi après
apprentissage prolongé comme une succession de deux états distincts,
une phase d'extinction suivie d'un débit de réponse élevé (break-and-
run pattern).
Schneider (1969) a développé une méthode quantitative permettant
de décrire ce break-and-run. Cette a été élaborée à partir
de l'analyse d'intervalles fixes isolés et non de moyennes de séances.
Le breakpoint défini par Schneider, c'est-à-dire le point de transition
de la première phase à la phase active survient aux deux tiers des
intervalles fixes. C'est le lieu de l'accélération maximale des débits de
réponse. Il ne coïncide pas avec la fin de la pause post-renforcement.
En effet, celle-ci sous-estime la phase d'inactivité définie par le
breakpoint. Schneider montre que les temps entre le breakpoint et
le renforcement sont variables chez un même sujet. De ce fait, le
second stade du fi peut être comparé à un programme à intervalle
variable. En effet, comme dans le programme vi, le débit de réponses
est une fonction croissante du débit de renforcement du second
stade. Ces données sont similaires à celles décrites pour le VI par
Catania et Reynolds (1968).
D'autres travaux (Keller et Schoenfeld, 1950 ; Skinner, 1953 ; Ferster
et Skinner, 1957; Dews, 1962, 1970, 1978 entre autres) ont décrit une
phase active de nature différente. Il s'agit du scallop ou accélération
positive du débit des réponses après la pause post-renforcement. Ce
scallop débute à la première réponse émise par l'animal dans chaque
intervalle fixe.
Une objection à l'existence même du débit accéléré peut être formulée
à partir des procédures de comptage cumulatif des réponses par
tranches (ou fractions) de l'intervalle fixe ; en effet, un scallop
apparent au niveau de la distribution moyenne d'une séance peut
résulter d'une superposition de séquences break-and-run dont les
breakpoints sont situés à divers points de l'intervalle fixe (Sidman,
1952). Afin de pouvoir écarter cette objection, Dews (1978) a analysé
les intervalles fixes isolés de 10 séances consécutives en n 1 000 secon
des chez 2 singes rhésus. Ces intervalles fixes ont été collectés après
un entraînement prolongé d'environ une année (plus de 3 000 intervalles
fixes). Dews effectue trois types de mesures. En premier lieu, il examine
si, au travers des tranches des intervalles (il y en a 10), le débit de
réponses est, du début à fin de l'intervalle (la première tranche
où apparaissent les réponses étant exclue) supérieur dans chaque
tranche par rapport à la précédente. La probabilité d'augmentation du
débit de réponses d'une tranche à l'autre est très significative. Le 548 H. Lejeune
nombre de tranches avec plus de réponses que dans la tranche
précédente dépasse les prévisions fondées sur l'égalité par plus de
10 déviations standard. De plus, le débit croît en moyenne au
cours de 40 % de l'intervalle. En second lieu, Dews opère une
ségrégation des intervalles sur la base du nombre de tranches où
l'on observe des réponses (segregated intervals). Il compare les
moyennes de groupes d'intervalles ainsi séparés avec les valeurs de la séance. L'examen des débits de réponse montre qu'il
croît de façon constante d'une tranche à l'autre après le début des
réponses. Dews examine enfin le débit de réponses d'une tranche
donnée en fonction du nombre de tranches avec réponses qui la
précèdent. Cette analyse montre que le débit de augmente
au cours de 3 à 5 tranches et qu'ensuite le débit se ralentit. Les
accélérations de débit sont semblables dès les premières tranches où
les réponses apparaissent. De ce fait, le débit de réponses terminal
est inférieur lorsque les réponses commencent tard dans un intervalle.
La ressemblance des accélérations, quel que soit le moment où
les réponses commencent dans l'intervalle, suggère enfin que le débit
est contrôlé, au niveau des intervalles isolés, par le temps ou le
nombre de réponses émises depuis le début des réponses et non
par le temps écoulé depuis le début de l'intervalle. La même
conclusion peut être trouvée chez Shull et Brownstein (1970). Le
débit continuellement accéléré observé dans cette expérience, permet
d'écarter l'hypothèse d'un passage obligé du scallop au break-and-run
après un long apprentissage. Il reste que la dimension de l'intervalle
fixe étudié est aussi une valeur critique, des break-and-run étant plus
fréquemment observés aux valeurs faibles (voir par exemple chez
Schneider, 1969). L'existence du débit accéléré ne peut enfin se
ramener à une question de nature de la réponse ou d'espèce étudiée.
Même si le travail de Dews (1978) porte sur le singe, les travaux
antérieurs du même auteur ont décrit des débits accélérés chez le
pigeon (Dews, 1965) et d'autres espèces animales ont présenté ces
débits : la souris (Wenger et Dews, 1976 ; Maurissen, 1970), le rat
(Skinner, 1938), le chat (Lejeune, 1971), le chien (Waller, 1961), le
cheval (Myers et Mesker, 1960), le signe écureuil (Kelleher et Morse,
1964), le babouin (Byrd, 1975), le chimpanzé (Byrd, 1975).
Le programme fi se caractérise aussi par la sélection d'intervalles
inter-réponsés (irt). C'est ce que Dews (1970) dénomme un « effet
indirect » du programme fi. Le programme fi exige l'émission d'une
réponse après l'écoulement de l'intervalle fixe. Il n'exige nullement
une régulation temporelle des réponses émises. Toutefois, les inter
valles inter-réponses longs ont plus de chance d'être renforcés que
les intervalles inter-réponses courts. Dews (1970) l'a démontré en fi
180 secondes chez le pigeon. Il a constitué des distributions de fréquence
des durées des 3 derniers irt de 200 intervalles fixes successifs. La La régulation temporelle du comportement propre 549
durée modale du dernier irt est supérieure à celle des deux irt qui le
précèdent. Ce phénomène est bien un effet du programme à intervalle
fixe. Si l'on impose au terme du fi l'émission d'un nombre fixe de
réponses ou « ratio » (dans un programme Tandem fi 480 fr 10), la
durée modale du dernier des irt se déplace vers la classe la plus courte
et ressemble à celle des deux irt qui le précèdent. Lorsqu'on impose
une exigence fr au terme du fi, cela ne modifie toutefois pas l'orga
nisation générale du comportement dans l'intervalle (pause-activité). De
ce fait, la sélection d'un irt long au terme de l'intervalle n'est pas
un déterminant majeur de celle-ci. La même conclusion peut être tirée
de l'expérience de Farmer et Schoenfeld (1964) où une exigence d'espa
cement des réponses (de 1 à 4 secondes) est superposée à un intervalle
fixe de 30 secondes : les caractéristiques majeures du comportement
en Fi subsistent, en dépit d'une réduction du débit des réponses en
fonction inverse de l'espacement exigé.
En plus des variations de débit de réponses à l'intérieur de chaque
intervalle fixe, il est intéressant de considérer les débits de réponses par
intervalles successifs et par séances successives. Il y a des oscillations
dans le nombre des réponses émises pendant des intervalles consécutifs.
Chez le pigeon, l'examen des relations entre adjacents mont
re que les intervalles avec de nombreuses réponses ont tendance à se
suivre, de même que les intervalles avec peu de réponses et ceci, au
travers d'une énorme variabilité des nombres de par intervalle
pendant une même séance. Dews (1970) a examiné de la sorte 200 inter
valles consécutifs en fi 180 secondes et a constaté une marge
de variation de 1 à 50. La tendance à la succession de plusieurs
nombres de réponse élevés ou faibles s'observe encore à l'examen
de 4 intervalles successifs. Il n'y aurait donc pas de contrôle
d'un intervalle sur le suivant, mais des effets cumulatifs au travers de
plusieurs intervalles. Chez le rat, des mesures d'autocorrélation
effectuées sur les nombres de réponse par intervalles en fi 1, 2 et 3
minutes ne sont pas significatives. Il n'y a pas de relation systématique
entre nombre de réponses d'intervalles successifs (Wearden, 1979).
Ces constatations remettent en question l'hypothèse d'un effet dyna
mique du nombre de réponses émises, c'est-à-dire d'une alternance
de nombres de réponses élevés et faibles (Herrnstein et Morse, 1958).
Si l'on ignore toutefois le nombre de réponses émises et que l'on
observe uniquement la direction du changement entre nombres
de réponses adjacents, on constate chez le pigeon des alternances de
nombres de réponses plus élevés et plus faibles (Dews, 1970). L'existence
de périodicités directionnelles a été confirmée chez le rat (Wearden,
1979).
Les nombres de réponses émises dans le programme à intervalle
fixe peuvent avoir des propriétés discriminatives, bien qu'elles ne
semblent pas être une caractéristique différenciable par le programme
ap — 8 550 H. Le jeune
de renforcement (Ferster et Skinner, 1957, p. 133-135 ; Skinner, 1938,
p. 131-132; Rilling, 1967; Buchman et Zeiler, 1975). Nous retrouvons
ici un paradoxe connu pour les intervalles inter-réponse du programme
DRL (Reynolds, 1966; Pliskoff et Tierney, 1979). Notons enfin que
l'hypothèse du contrôle de la pause du programme à intervalle
fixe par le temps pris pour l'émission des réponses de la phase
active précédente chez le pigeon (Shull, 1971 ; Nunes et al, 1979) ne
semble pas confirmé chez le rat. En effet, Wearden (1979) a pu
montrer, grâce à l'usage d'un levier rétractable qui permet de limiter
la phase active du fi, que la durée du temps de travail n'influence pas
la durée de la pause post-renforcement de l'intervalle suivant. La
seule exception observée concerne le cas où une seule réponse est
autorisée dans l'intervalle précédent. Cet intervalle est alors suivi
d'une pause post-renforcement écourtée. Toutefois, ces contradictions
peuvent être liées à la méthodologie utilisée pour écourter le temps
de travail (levier rétractable ou périodes d'obscurité après une
réponse), et à la durée du fi étudié. Ainsi, Neuringer et Schneider
(1968), ainsi que Nunes et al. (1979), n'observent pas d'effet du
nombre de réponses sur la pause subséquente en fi 30 secondes, par
opposition à ce que l'on observe pour des fi plus longs (par exemple
300 secondes) chez le pigeon.
Une analyse récente se rattache aux fluctuations de nombres de
réponses d'une séance à l'autre. Zeiler et Davis (1978) ont analysé les
données de 11 pigeons, dans des programmes fi de 3, 5, 15, 40 et 120
minutes. Bien qu'une importante variabilité journalière se manifeste
pour les débits de réponses (comme pour des réponses des intervalles
fixes isolés), cette variabilité ne survient pas au hasard. Le débit de
réponses d'une séance dépend des débits des séances précédentes. On
observe des successions de groupes de débits élevés et de débits faibles.
Il s'agit d'un phénomène de type ondulatoire. Toutefois, l'origine de
ces groupements n'est pas encore identifiée. Les auteurs font allusion
à l'influence possible de processus physiologiques rythmiques.
Les auteurs ont aussi effectué une nouvelle analyse des données
de Gollub (1964), c'est-à-dire 21 séances de fi en 2 minutes chez le rat. Ils
observent les mêmes tendances. En plus des alternances cycliques,
certains pigeons présentent dans les séances successives une diminution
des débits de réponses. Ce phénomène a déjà été décrit par Skinner
(1933) et Cumming et Schoenfeld (1960).
PROGRAMME FI ET PLASTICITÉ COMPORTEMENTALE :
LE TEMPS RELATIF
Le comportement dans le programme à intervalle fixe est fonction
du temps relatif. La régulation temporelle du comportement propre 551
L'examen des caractéristiques de la pause post-renforcement, de
l'activité opérante ou générale fi et des indices de performance géné
raux montre que le comportement est contrôlé par le temps relatif.
Ces caractéristiques seront examinées successivement. Ces données
seront complétées par quelques arguments indirects basés sur des
travaux dont le but essentiel n'est pas l'étude des régulations
temporelles.
CARACTÉRISTIQUES DE LA PAUSE POST-RENFORCEMENT
Chez le pigeon, Dews (1965) montre que la pause dans des Fi de
100 000 secondes est nettement plus longue que dans des Fi de 500
secondes. Cette constatation a été illustrée de façon plus précise par
d'autres travaux. C'est ainsi que Schneider (1969) signale que le
breakpoint de ses pigeons est situé environ aux deux tiers de l'inter
valle fixe, pour des valeurs d'intervalle en progression géométrique
(16, 32, 64, 128, 256, 512 secondes). Schull (1970, 1971) signale lui aussi
que la durée des pauses post-renforcement est fonction de la durée
de l'intervalle fixe et enregistre des durées médianes de pause
comparables (+ 50 % de l'intervalle inter-renforcements) en Fi 60 et
300 secondes. Chez le rat, Schneider et Neuringer (1972) ont estimé le
breakpoint dans un programme particulier où des réponses peuvent
être émises seulement pendant des périodes SD où un levier rétracta
ble est présenté. Les valeurs de fi sont égales à 12, 28, 60, 124, 252 et
508 secondes. Excepté pour le fi 508 secondes, le breakpoint survient
environ à 45/100° de l'intervalle fixe. Chez Schneider (1969) et Schneider
et Neuringer (1972) 99 % de la variance des breakpoints peut être
attribuée à la valeur du fi. La des due aux
sujets est très faible.
Ce contrôle de la pause post-renforcement par le temps relatif
se manifeste même lorsque des sujets sont soumis à un changement
continuel des valeurs d'intervalles fixes. C'est ce qui ressort des
données de Harzern (1969) en programme « Progressive Interval »
(pi). Harzern a étudié deux types de pi. En premier lieu, un pi arithmét
ique de 60 secondes où, d'un intervalle au suivant, on ajoute une
valeur absolue constante, dans ce cas 60 secondes (les intervalles
successifs valent 60, 120, 180 secondes, etc.). De ce fait, et au travers
d'une série de 23 intervalles, la différence relative d'un intervalle
par rapport au suivant diminue progressivement. Les derniers fi
d'une série se ressemblent, puisqu'on ajoute une valeur absolue
constante. En second lieu, Harzern a étudié un pi en progression géomé^
trique de base 60. Dans ce programme, on ajoute à chaque
intervalle une proportion constante de l'intervalle précédent (20 %) ;
ainsi, la différence relative entre intervalles successifs est constante
au cours de la série de 23 intervalles. Dans les deux cas, on observe
une adaptation de la pause post-renforcement. On constate que 552 H. Lejeune
l'augmentation des durées de pause post-renforcement d'un intervalle
à l'autre est plus marquée en pi géométrique. L'ajustement à ce
programme présente plus de régularité qu'en pi arithmétique, ce
qui laisse supposer que la grandeur relative du changement
temporel est plus importante, pour le contrôle du comportement, que
la valeur absolue des intervalles impliqués dans ces changements.
Gibbon (1977) a repris les données de Harzern (1969) et a calculé le
temps moyen jusqu'à l'émission de la seconde réponse en fonction
de la durée des intervalles (de 1 à 50 minutes) chez un rat en pi
arithmétique et un rat en pi géométrique. On constate que en coor
données log log, les temps moyens jusqu'à la deuxième réponse sont
situés sur une diagonale de pente 1,016 et qui rend compte de 94 %
de la variance. Le sujet en pi arithmétique a des pauses plus longues
que le sujet en pi géométrique aux intervalles courts, mais de 3 à 50
minutes, les données s'ajustent de façon étroite à la diagonale. Cette
adaptation au changement est illustrée de façon encore plus frappante
par Innis et Staddon (1971) en programme à intervalles cycliques. Dans
cette expérience, 5 pigeons carneaux blancs sont exposés à 4 cycles
par séance. Chaque cycle est composé d'intervalles inter-renf orcement
de durée différente. Un cycle se compose de 7 intervalles croissants
(valeur 2 t à 8 t) et de 7 intervalles décroissants (valeur 8 t à 2 t).
Cinq valeurs de t sont étudiées : 2, 4, 10, 20 et 40 secondes. De plus,
deux conditions sont définies : un programme mixte où la couleur
de clé reste la même, que l'on soit en série ascendante ou descendante,
et un programme multiple où une couleur de clé rouge est associée
à la série ascendante, une couleur de clé verte est associée à la série
descendante. Innis et Staddon comparent les pauses post-renforcement
observées dans les programmes mixtes et multiple avec les données
de Schneider (1969), afin d'examiner si les pauses observées en
intervalles cycliques sont comparables à celles observées dans les
études de fi isolés. En coordonnées logarithmiques, la pente de la
droite reliant les breakpoints moyens de Schneider est égale à 1.0,
puisqu'il y a relation linéaire entre breakpoint moyen et durée de
l'intervalle fixe. Par contre, la pente des droites de régression
tracées à partir des données de Innis et Staddon, est légèrement
inférieure à 1,0, que ce soit dans le programme mixte ou
multiple. La relation entre pause post-renforcement et durée
dé l'intervalle peut donc se décrire en termes de fonction puissance,
avec un exposant plus faible que celui obtenu dans des programmes
fi isolés de durée comparable (voir Lowe et al, 1979). D'après les
auteurs, cela pourrait provenir des mesures différentes utilisées de
part et d'autre (breakpoint moyen et pause post-renforcement). De fait,
lorsque les pauses post-renforcement sont considérées dans des fi
simples de 15 à 480 secondes, une fonction puissance a été dégagée
chez le rat et le pigeon (Lowe et al., 1979). La régulation temporelle du comportement propre 553
II y aurait toutefois des limitations au contrôle temporel dans les
programmes à intervalles cycliques : l'ajustement de la pause est
meilleur aux faibles valeurs de t et lorsque des stimulus différencient
les phases ascendantes et descendantes du cycle (programme multiple).
Les résultats décrits ci-dessus ne constituent qu'une partie réduite
de l'expérience de Innis et Staddon. En effet, les auteurs ont tenté
d'estimer la généralité de la capacité d'ajustement temporel en
proposant des cycles de fi en progression géométrique et logarit
hmique et ont essayé d'éliminer l'hypothèse de repérages sur la base
du temps total fixe du cycle. Il est impossible de décrire ici le détail
de ces expériences. Disons en résumé que diverses manipulations ne
perturbent pas les capacités adaptatives des sujets qui s'ajustent à tous
les cas. Les modifications de durée de pause post-renforcement sont
plus importantes dans les cycles en progression géométrique que
dans les cycles en progression logarithmique (ces derniers sont
comparables à une des progressions arithmétiques étudiés par les
auteurs). Les auteurs observent toutefois une détérioration en pro
gression géométrique, ce qui semble remettre en question l'hypothèse
de Harzem quant à l'importance de la grandeur relative du changement
d'un intervalle à l'autre, dans le contrôle du comportement (v. p. 552).
CARACTÉRISTIQUES D'ACTIVITÉ GÉNÉRALE OU OPÉRANTE
Killeen (1975) a montré que l'activité générale au cours de program
mes à Temps Fixe ft (renforcement à temps fixe et indépendant de
la réponse) suit une fonction comparable au travers de diverses valeurs
d'intervalle. Gibbon (1977) résumant ces données, a montré par exemple
que l'activité exprimée en termes de proportion de l'activité totale, est
maximale aux environs du cinquième de la durée de l'intervalle, et
décline ensuite, et ceci, pour des valeurs de ft de 24, 60 et 120 secondes.
Dans un autre contexte La Barbera et Church (1974) ont montré que
les débits relatifs de réponses sont constants entre des chocs élec
triques indépendants des et distribués à intervalle fixe sur
une ligne de base en programme vi (Intervalle Variable) à renforcement
positif. Les intervalles fixes étudiés sont de 60 et 120 secondes. Cette
constance des débits de réponses relatifs est aussi illustrée par Dews
(1970) pour des fi de 30, 300 et 3 000 secondes. Les débits de réponses
exprimés en termes de fraction du débit terminal sont égaux pour les
6 fractions des intervalles considérés.
Enfin, Hienz et Eckerman (1974) ont décrit des séquences de
latences de réponse progressivement décroissantes et comparables
pour des fi de 1, 2, 3 et 5 minutes à périodes de réponse limitées
(SD), lorsque le nombre de périodes SD et leur emplacement relatif
est maintenu constant, et quel que soit le nombre de périodes SD
en fi 2 minutes (2, 12, 15 ou 20).

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