La situation démographique de l'Autriche - article ; n°3 ; vol.10, pg 489-500

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Population - Année 1955 - Volume 10 - Numéro 3 - Pages 489-500
Le problème de la population en Autriche s'apparente à celui des autres pays d'Europe occidentale (faible natalité, vieillissement), mais se complique de la grande scission de içiç qui a sapé une des bases du peuplement de l'Autriche, et en particulier de la ville de Vienne. La crise économique de 1929 à 1935 a accru de telle façon les difficultés de vie dans cette ville, que le taux net de reproduction y est descendu jusqu'à 0,33, l'un des plus bas du monde. Depuis la deuxième guerre s'établissent des conditions plus stables que décrit M. Ernest Troger, Professeur à l'Université d'Innsbruck.
12 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : samedi 1 janvier 1955
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Ernest Troger
La situation démographique de l'Autriche
In: Population, 10e année, n°3, 1955 pp. 489-500.
Résumé
Le problème de la population en Autriche s'apparente à celui des autres pays d'Europe occidentale (faible natalité,
vieillissement), mais se complique de la grande scission de içiç qui a sapé une des bases du peuplement de l'Autriche, et en
particulier de la ville de Vienne. La crise économique de 1929 à 1935 a accru de telle façon les difficultés de vie dans cette ville,
que le taux net de reproduction y est descendu jusqu'à 0,33, l'un des plus bas du monde. Depuis la deuxième guerre
s'établissent des conditions plus stables que décrit M. Ernest Troger, Professeur à l'Université d'Innsbruck.
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Troger Ernest. La situation démographique de l'Autriche. In: Population, 10e année, n°3, 1955 pp. 489-500.
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DÉMOGRAPHIQUE
DE L'AUTRICHE
celui vieillissement), et de dans içiç en Le iQ2ç qui cette des particulier problème à a autres iç35 sapé ville, mais a une de que pays accru la des le se population d'Europe ville taux complique de bases telle de net du Vienne. occidentale façon de en peuplement de reproduction Autriche la les La grande difficultés crise (faible de s'apparente économique scission l'Autriche, y natalité, est de desvie de à
cendu jusqu'à 0,33, l'un des plus bas du monde. Depuis la
deuxième guerre s'établissent des conditions plus stables
que décrit M. Ernest Troger, Professeur à l'Université
d'Innsbruck.
Avant la seconde guerre mondiale, l'Autriche comptait parmi
les pays d'Europe, dont la situation démographique et bio
logique était plus qu'inquiétante. La natalité avait atteint la
cote alarmante de 12,8 %o (1937); tout en tête, Vienne qui, depuis
1932, avait distancé Berlin comme la ville du monde de plus faible
natalité. L'Autriche était devenue le pays le plus stérile d'Europe
et du monde. Une « Union autrichienne pour la protection de la
famille » s'était constituée en 1934, mais le gouvernement d'alors
n'apportait que peu ou point d'intérêt à de telles questions.
A la même époque déjà, la mortalité avait atteint un niveau qui
ne permettait plus d'espérer une baisse ultérieure. Dès 1935, on
comptait plus de décès que de naissances. Ne pouvant plus se maint
enir par l'accroissement naturel, la population commençait à dimi
nuer régulièrement. Non seulement Vienne, mais le pays tout entier
déclinait.
Brusquement, en 1938, la situation changea. Cette année-là,
89.994 mariages (13,3 %0) furent conclus. 117.178 même (17,6 %0)
en 1939. L'espoir d'un essor économique et d'une existence assurée,
ainsi que l'introduction des lois familiales allemandes commencèr
ent à produire leur effet. Ainsi, en 1939, la natalité atteignit d'un
bond 20,7 %o- Elle se maintenait encore en 1944 à 18,6 %o. De son
côté, la mortalité restait dans des limites convenables, malgré les LA SITUATION DEMOGRAPHIQUE DE L AUTRICHE 490
pertes de guerre. En conséquence, survint une reprise de la propor
tion des jeunes.
Vers la fin de la guerre, et surtout en 1945, les conditions d'exis
tence empirèrent vers un minimum vital. Pour le ravitaillement,
l'habillement, le logement, la situation était catastrophique. Le fait
que la population a dépassé, en 1946, et pour bien peu de temps,
les 7 millions, doit d'autant moins faire illusion qu'il n'est pas dû
à une croissance naturelle (la force des générations pleines 1938-
1945 ne pouvant pas encore se faire sentir), mais à la présence de
nombreux réfugiés de langue allemande ou étrangère qui, pendant
et immédiatement après la guerre, ont afflué sur le territoire autri
chien.
1ПЕС 118-55 cHEcoslovaQl/î£
Le problème des réfugiés. Chronologiquement, par ordre d'impor
tance aussi, les Sud-Tyroliens occupent
la première place, leur pays, héritage autrichien, ayant été cédé à
l'Italie, en 1919. Après des années de rude oppression fasciste, sur
vint un accord (le 23 juin 1939), entre Hitler et Mussolini, selon
lequel 213.000 Sud-Tyroliens (86 %) auraient émigré en Allemagne,
si la guerre n'en avait empêché l'exécution. Toujours est-il que
70.000 Sud-Tyroliens, en majeure partie salariés, quittèrent leur
pays. L'économie de guerre permit de les incorporer assez vite à
la masse des travailleurs. L'accord de Paris, entre l'Autriche et
l'Italie, du 5 septembre 1946, a rendu possible un retour dans leur
pays. Le 1er janvier 1948, 51.954 d'entre eux vivaient en Autriche.
Une deuxième vague, déclenchée par le recul du front germano-
russe et l'attitude des gouvernements des Etats voisins de l'Autriche
à l'Est et au Sud-Est, vint submerger le pays. Plus d'un demi-million
de réfugiés arrivèrent alors en Autriche, dont un grand nombre
(surtout parmi les personnes déplacées de langue étrangère) ne
faisait pas preuve de qualités morales et professionnelles élevées. SITUATION DÉMOGRAPHIQUE DE L'AUTRICHE 491 LA
En 1948, il y avait encore en Autriche 139.442 réfugiés et personnes
déplacées de langue étrangère. Au 1er janvier 1953, leur nombre
était réduit à 39.337, par émigration aux Etats-Unis ou retour dans
leur patrie.
Appartenant à une catégorie spéciale, dans une situation juri
dique particulièrement délicate, certains réfugiés se sont groupés
sous le nom de Volksdeutsche. Le plus souvent, ils s'étaient install
és, il y a plusieurs siècles, en Europe Orientale, appelés et encou
ragés par les souverains respectifs. Ils avaient défriché, fertilisé un
pays marécageux, désert ou boisé, transformé en îlots de culture
des territoires dépeuplés par les Turcs et la peste. Enfin, leur pré
sence s'était avérée, dans la suite, d'une importance décisive pour
le développement économique et culturel de ces contrées. Après la
première guerre mondiale, ils entrèrent comme minorités nationales
dans les Etats successeurs de la monarchie austro-hongroise. Un
grand nombre d'entre eux refluèrent en 1945-1946 vers l'Autriche,
bien qu'un accord de Potsdam ait prévu l'expulsion des Sudètes,
par exemple, uniquement vers l'Allemagne. Mais ils se tournèrent
vers l'Autriche, à cause de liens séculaires et d'une histoire com
mune, sous la même couronne. Les Volksdeutsche viennent en
majeure partie des Sudètes, du Banat, de « Siebenbiirgen », des
Carpathes et de Slovénie, aussi bien que de Bosnie ou d'Herzégovine.
Cette augmentation de population fut évidemment un lourd far
deau pour l'Autriche. A cette époque justement, l'Autriche, dont les
conditions normales d'existence sont déjà difficiles, avait à soutenir
un rude combat économique. Nombreux furent les réfugiés à le
comprendre et à participer activement peu à peu à l'économie
•nationale; il faut citer d'abord les spécialistes sudètes, dont les
verreries et les machines agricoles influencent aujourd'hui favora
blement le commerce extérieur de l'Autriche. D'autres, surtout des
Volksdeutsche de Hongrie, Roumanie, Yougoslavie apportent leur
appui à l'agriculture autrichienne qui manque de main-
d'œuvre. De nombreux Volksdeutsche (190.529) cherchèrent ailleurs,
pour eux et leurs familles, en Europe ou outre-mer, une nouvelle
patrie. La situation fut d'autant plus difficile pour l'Aulriche que
ce furent les jeunes, donc les personnes actives, qui émigrèrent,
tandis que demeuraient vieillards, malades et infirmes.
Au total, 873.114 non-Autrichiens furent rapatriés ou transférés
en d'autres pays; parmi eux, 252.408 Allemands qui, fuyant les
bombardements, étaient venus dans les montagnes autrichiennes
aux derniers mois de la guerre. Dans les cinq années suivantes,
150.321 firent de même; ainsi, fin 1952, 1.023.435 non-Autrichiens
avaient au total quitté le territoire. Plus de 44.000 vivent encore
dans des camps.
Variation de la population A la suite de ces déplacements, le
et répartition. chiffre de la population descendit, en
1950, à 6.906.204, son niveau le plus
bas d'après-guerre. Il a remonté légèrement depuis, malgré les
départs, grâce à l'excédent de naissances. 492 LA SITUATION DÉMOGRAPHIQUE DE L'AUTRICHE
Ce développement a suivi un rythme différent, selon les pro
vinces. Grosso modo, on constate un net déplacement de la populat
ion de l'Est vers l'Ouest. Vienne surtout a diminué. Jadis capitale
de l'Autriche-Hongrie, elle était devenue, pour la petite Autriche,
une tête hypertrophiée. Jusqu'en 1939, plus d'un Autrichien sur
quatre vivait à Vienne. En 1951, Vienne comptait toujours 25 %
de la population, du fait de l'adjonction de communes périphériques,
de la création du « Grand Vienne ». Mais, en septembre 1954, la plu
part des territoires intégrés à la ville de Vienne depuis 1938, retour
nèrent à la Basse-Autriche, si bien qu'à ce moment, Vienne ne
comptait plus que 23 % de la population. Ce sont surtout les arron
dissements du centre et les plus anciens qui sont en régression,
tandis que la périphérie s'accroît par la construction de cités nou
velles (1).
La Basse-Autriche a subi une perte de population également
importante et cela non seulement dans presque toutes les cam
pagnes, mais aussi dans les agglomérations industrielles au sud de
Vienne. Le Burgenland aussi et presque toutes les communes rurales
de Styrie, de Haute-Autriche et, dans une moindre proportion, de
Carinthie ont également beaucoup perdu. Les provinces occidentales
ne présentent de semblables pertes que dans des territoires d'éten
due infime. Ce mouvement Est-Ouest, à l'intérieur de l'Autriche n'est
pas encore achevé. Il s'est produit, au cours des dix dernières
années, un déplacement du « centre de gravité » géographique,
comme en peu d'autres pays européens.
Les territoires en régression se limitent presque exclusivement
à des régions rurales. Seules Vienne et les régions fortement indust
rialisées au sud de la capitale doivent leur être ajoutées. Pour ces
dernières, la situation s'explique surtout du fait que de nombreuses
installations détruites pendant la guerre, dans les provinces orien
tales occupées par les Russes, ont été reconstruites à l'Ouest, par
leur société. En d'autres cas, la question d'appartenance (propriété
allemande) n'a pas encore été éclaircie.
Dans les régions paysannes, l'exode rural joue de nouveau un
rôle d'autant plus important que le niveau des prix dans l'agricul
ture reste inférieur par rapport à l'industrie qui, de ce fait, exerce
une grande attraction. Il en est autrement du Vorarlberg, qui a mis
sur pied une industrie textile très productive, dispersée dans tout
le pays, ainsi que du Tyrol et de Salzburg devenus, grâce à leurs
beautés naturelles, des centres touristiques européens de première
importance; le tourisme constitue pour de nombreux pays un apport
non négligeable, un renforcement de leur situation économique. Au
Tyrol, certaines communes où, faute d'exploitation routière ou pour
d'autres raisons le tourisme ne joue aucun rôle, continuent à se
dépeupler, tandis que, bien souvent, les communes voisines voient
leur population doubler, tripler même, en certain cas.
(1) A vienne, la diminution de la population est due au fort excédent des décès sur
les naissances; en 1953, on enregistre :
Naissances 11.975
Décès 24.230
Accroissement naturel — 12.265 SITUATION DÉMOGRAPHIQUE DE L'AUTRICHE 493 LA
On constate en même temps, non dans les documents officiels
où le phénomène est à peine perceptible, mais au prix d'un travail
minutieux, un continuel abandon des régions d'altitude, surtout
dans les hautes montagnes du Tyrol, de Salzburg, de Carinthie, ainsi
que du Vorarlberg. Les conditions de vie dans les fermes alpines
sont très difficiles en effet et la rentabilité économique y est souvent
en question. La modernisation du matériel agricole est plus difficile
que dans les vallées ou les plaines; ainsi s'accroît une certaine diff
érence de niveau social, d'où désir de meilleures conditions de vie,
entraînant même, en certains cas, l'abandon de la ferme qui rétro
grade au rang d'alpage d'été ou tombe en friche.
Profession, langue et religion. Parallèlement à ce phénomène s'est
manifestée une concentration des ha
bitants, autrefois si harmonieusement répartis dans tout le pays.
Bref, l'urbanisation s'est poursuivie. La répartition des emplois s'est
modifiée en conséquence. Le pourcentage des paysans a diminué,
celui des ouvriers et des artisans s'est accru, ce qui donne, en 1951,
la situation suivante :
Agriculture et exploitation forestière 1.515.945
Industrie et artisanat 2.585.587
Commerce et circulation 838.110
Professions libérales 318.690
Fonctionnaires 287.649
Travail domestique 87.424
Inconnu 65.309
1.037.266 Pensionnés, rentiers, etc.
Personnes sans indications d'emploi 197.925
6.933.905
Sur une population de 6.933.905 habitants, 3.347.115 partici
paient à un travail actif.
Si l'Autriche sortit très désavantagée de la première guerre, du
moins y gagna-t-elle une unité intérieure, jusqu'alors inconnue.
Depuis ce moment, la langue allemande l'a emporté de loin sur
toute autre (sur 1.000 habitants, 13 seulement parlaient, en 1951,
une langue que l'allemand). Seules, dans le Sud-Est et l'Est
de l'Etat, en Carinthie et en Burgenland vivent des minorités lin
guistiques, qui s'étaient prononcées pour l'Autriche, au recensement
organisé aussitôt après la première guerre mondiale. Garantie par
la constitution, toute liberté leur est laissée de conserver leurs par
ticularités culturelles. La question des nationalités ne joue donc
plus aucun rôle, alors qu'elle constituait, dans la monarchie austro-
hongroise, un obstacle de premier plan contre lequel elle se brisa.
De même l'Autriche ne rencontre aucune difficulté de religion,
car 89 % de la population reconnaît appartenir à l'Eglise catholique
romaine. C'est à Vienne que le taux est le plus bas (82 %), en raison
de la proportion plus élevée de libres penseurs. 494 LA SITUATION DÉMOGRAPHIQUE DE L'AUTRICHE
Les mariages. Vers la fin de la deuxième guerre, l'incertitude du
moment fit baisser considérablement le nombre des
mariages. A 6 %o en 1944 et environ 4,6 %o en 1945, la nuptialité
a atteint son plus bas niveau; la baisse fut analogue à celle de la
première guerre mondiale. Dans les premières années de l'après-
guerre, en 1947 surtout, le nombre des mariages a fait un bond,
moins spectaculaire toutefois qu'en 1920-1921. Depuis 1947, la
fréquence des mariages a diminué continuellement. En 1953, le
pourcentage des (7,9 %o) s'est rapproché des chiffres
d'avant-guerre, sans être aussi inquiétant. Comparés à ceux d'autres
pays européens, les chiffres de l'Autriche se montrent encore accep
tables, car le nombre des mariages dans divers Etats comme la
France, la Suède, la Suisse ou l'Italie est plus bas.
1930 1935 1940 1945 1950 1953
Graphique n° 1. — Mariages, naissances, décës de 1930 à 1953.
Ces variations nous incitent à examiner l'évolution propre à
chaque province : dans les provinces à tendance agricole, la nuptial
ité est plus basse que dans celles où domine l'industrie. Les tradi
tions en matière d'héritage jouent ici un certain rôle : comme un
seul enfant, en général l'aîné, hérite de la ferme, la fondation d'un
foyer est rendue plus difficile pour les autres, s'ils n'ont pas acquis
un autre métier. Le niveau de vie à la campagne s'appuie donc sur
des bases essentiellement plus restreintes qu'en ville, et cela, malgré
les plus ardents efforts du gouvernement et d'autres organismes
(construction d'habitations rurales, réglementation des salaires, ins- LA SITUATION DÉMOGRAPHIQUE DE L'AUTRICHE 495
titution de la Sécurité sociale). L'emploi d'un ouvrier de culture
représentant des frais élevés, de nombreuses fermes ne peuvent déjà
plus y recourir et les paysans se voient ainsi contraints à la mécan
isation. Cette évolution transforme la structure agraire du pays.
De ces faits résulte un âge moyen au mariage relativement élevé.
Celui-ci oscillait, de 1947 à 1953, entre 28,8 et 27,7 ans pour les
hommes et 25,8 et 25,1 pour les femmes. Citons, à ce propos, un
fait digne de remarque : l'âge moyen au mariage après la première
guerre et, en particulier, après la crise économique mondiale, a été
plus élevé qu'aussitôt après la deuxième guerre, car, même pendant
les hostilités, l'Etat a favorisé la fondation d'un foyer, d'où célébra
tion beaucoup moins fréquente de mariages longtemps ajournés,
comme après la guerre de 1914-18.
Depuis la guerre, cet âge au mariage a généralement décliné et
cela dans toutes les provinces, malgré les grandes différences
qu'elles présentent par ailleurs. Les deux chiffres extrêmes nous
sont fournis, en 1947, par le Vorarlberg (32,0 ans pour les hommes
et 26,0 pour les femmes), et le Burgenland (27,3 ans pour les
hommes et 24,3 pour les femmes) et, en 1953, par Salzburg pour
les (29,0 ans) et Vienne pour les femmes (26,1 ans) et, à
l'opposé, par le Burgenland à nouveau (25,8 pour les hommes et
23,3 pour les femmes).
L'âge au mariage s'abaisse de l'Ouest au Sud-Est. Les hommes
se marient le plus fréquemment vers 24 ans, les femmes vers la
fin de leur 21* année. Environ les trois quarts de tous les mariages
conclus en 1953 étaient des premiers mariages.
Pour 100 hommes mariés en 1953, on comptait 54 ouvriers,
25 employés, 14 indépendants, 4 pensionnés ou rentiers et 3 tra
vailleurs familiaux. On constate à nouveau la tendance des salariés
à se marier plus tôt que les non salariés, et en particulier que les
universitaires.
Mouvement de la population en Autriche
Taux pour 1.000 habitante Décès
Population Naissances d'enfants Morta- Décès ges de moine totale vivantes lité d'un an lité lité lité
tile
41.107 126.938 11.144 6,0 18,5 87,8 1944 6.834.000 109.622 16,0
31.363 101.369 4,9 14,9 1945 6.799.000 16.387 173.767 161,7 25,6
1946 7.000.003 62.791 111.302 9.061 94.077 9,0 15,9 81,4 13,4
6.920.107 75.484 128.953 10,0 18,6 1947 10.098 90.027 78,3 13,0
6.952.744 1948 71.904 123.221 9.392 84.213 10,3 17,7 76,2 12,1
1949 6.942.500 68.974 113.375 8.531 89.247 9,9 16,3 77,3 12,8
1950 6.935.100 64.621 107.854 7.125 9,3 15,6 66,1 85.710 12,4
1951 6.933.905 63.167 102.764 6.300 88.253 9,1 14,8 61,3 12,7
1952 6.948.600 57.571 103.012 5.347 83.372 8,3 14,8 51,9 12,0
1953 6.958.517 54.202 102.867 5.135 14,7 49,9 82.879 7,8 11,8 LA SITUATION DÉMOGRAPHIQUE DE L'AUTRICHE 496
Naissances. En 1945, on a compté en Autriche 101.369
sances, soit environ 14,9 pour 1.000 habitants.
L'incertitude sur le nombre des habitants à cette époque rend
impossible un calcul plus précis. Mais, après une légère reprise, en
194-7, phénomène constaté dans presque tous les pays après la
guerre, la natalité a de nouveau baissé fortement. En 1952 et 1953,
elle ne dépasse pas 14,8 %o. Parmi les pays européens de même
culture, l'Autriche est encore, comme avant 1938, au dernier rang.
Ce tableau change d'ailleurs, si l'on considère le pays sans sa
capitale. La natalité monte alors à 17,5 %o, alors qu'à Vienne, elle
atteint seulement 6,8 %o- Vienne est devenue la grande ville mond
iale de plus faible natalité, une ville mourante. En 1952, pour
12.317 naissances, 24.953 décès. Graz et Baden suivent la même voie.
L'urbanisation exerce une influence considérable sur la natalité :
Naissances Importance des communes pour 1.000 habitants
20,0 moine de 2.000 habitants
de 2.001 à 6.000 18,6
de 5.001 à 10.000 — 16,1
de 10.001 à 100.000 — 13,4
7,8 plus de —
14,8 Autriche
6,8 Vienne
17,5 Autriche, sans Vienne
Ainsi, la natalité est en relation inverse avec le nombre d'habi
tants de la localité. La cause doit être cherchée non dans la concen
tration elle-même, mais plutôt dans la strucure sociale et dans
l'attitude spirituelle qui lui est ordinairement liée. L'éloignement
de la nature, de plus hautes exigences de niveau de vie priment
l'attrait des joies familiales.
Ainsi, un examen régional permet de délimiter des zones indust
rielles de nette régression démographique, de natalité inférieure
aux zones agricoles. Une telle zone de dépeuplement s'étend du
Sud-Est de Vienne jusqu'à la Styrie. Une seconde se concentre, ces
derniers temps, autour de Linz et Wels.
Vers la fin des hostilité et sitôt après, les perturbations de la
guerre se révèlent décisives à ce point de vue. En 1945-46 les ter
ritoires autrichiens, qui furent théâtre d'opérations, ont accusé
nettement cette situation( Basse-Autriche avec 10,6 %o, Burgenland
avec 13,7 %o et Styrie Orientale). Par contre, les provinces où
n'eurent lieu aucun combat véritable leur opposaient une natalité
élevée : à la tête, le Tyrol (23,3 %0), suivi du Vorarlberg (21,4 %0),
de la Carinthie (20,8 %o) et de Salzburg (20,5 %0). Tous ces chiffres
concernent l'année 1946.
L'influence de la guerre est aujourd'hui supplantée par des fac
teurs sociologiques qui, grosso modo, se traduisent ainsi : forte LA SITUATION DÉMOGRAPHIQUE DE L'AUTRICHE 497
natalité à l'Ouest, faible à l'Est. Seuls le Burgenland et le Tyrol
sortent du cadre. Le Burgenland, situé à la frontière austro-hong
roise, accepte encore les naissances avec joie. Par contre, le Tyrol,
l'un des foyers du tourisme européen, avec sa population très
avancée et en constant progrès, où la natalité ne s'éleva jamais
longtemps au-dessus de la moyenne, n'atteint pas les chiffres des
provinces occidentales. Mais sa natalité est encore supérieure à
celle de l'Autriche.
Pour l'ensemble de l'Autriche, en 1953, les trois quarts des nais
sances sont de rang 1 ou 2; mais on observe de grandes différences
régionales :
Année 1953. Répartition des naissances suivant le rang
Tyrol Vienne Autriche
Premières naissances 32 57 38
Deuxièmes 27 27 30
Naissances de rang supérieur à 2 16 41 32
100 100 100
En outre, presque les deux tiers des mères des nouveau-nés ont
moins de 30 ans. En outre, les habitants des vallées alpestres se
différencient des autres populations autrichiennes par une propor
tion généralement élevée d'enfants illégitimes. En 1953, on signalait
en Autriche 15,9 % de naissances illégitimes contre 24,5 % en
1946 (2).
Mortalité. Sans être en tête, l'Autriche se maintient dans une
bonne moyenne avec un taux de 11,5 %o (1953) (3).
Le nombre des décès à la fin de la guerre et aussitôt après a été
très élevé : l'année 1945 en particulier, pendant laquelle les opéra
tions se déroulèrent en Autriche, a battu le record avec 173.767
morts. Depuis 1871, aucune année n'avait compté autant de décès,
bien que, dans ce nombre, les victimes de la guerre ne soient pas
comprises. Il concerne surtout les enfants et les vieillards, donc les
personnes de plus faible résistance physique. Ainsi, la mortalité
infantile a atteint, en 1945, le taux alarmant de 162 %o. Depuis, le
nombre des décès est en baisse constante.
Là encore, il existe de notables différences entre les provinces.
L'abaissement du niveau culturel de l'Ouest à l'Est de l'Autriche
(2) La proportion des naissances illégitimes varie beaucoup selon les provinces (en
1953 : Salzbourg 23,9 %, Vienne 12,5 %, Vorarlberg 9,4 %). Pour l'ensemble de l'Au
triche, l'illégitimité est beaucoup plus importante que dans les pays voisins (en 1953 :
Autriche 15,9 %, France 6,5 %, Italie 3,5 %). N. D. L. B.
(3) Toutefois, si l'on excepte les pays méditerranéens (Espagne, Italie, Portugal),
l'Autriche est encore le pays d'Europe occidentale ayant la plus forte mortalité, sa
position étant légèrement en retrait sur celle de l'Allemagne de l'Ouest et de la France :
Espérance de vie
Autriche 1949-1951 Allemagne 1949-1951 France 1950-1951
Sexe masculin 61,9 64,6 63,6 féminin 67,0 68,5 69,3
N. D. L. R.

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