La situation démographique de Madagascar - article ; n°4 ; vol.56, pg 657-668

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Population - Année 2001 - Volume 56 - Numéro 4 - Pages 657-668
12 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : lundi 1 janvier 2001
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J. Razafimanjato
J. Randriamanjakasoa
V. Rabeza
N. Rakotondrajaona
J. Allman
La situation démographique de Madagascar
In: Population, 56e année, n°4, 2001 pp. 657-668.
Citer ce document / Cite this document :
Razafimanjato J., Randriamanjakasoa J., Rabeza V., Rakotondrajaona N., Allman J. La situation démographique de
Madagascar. In: Population, 56e année, n°4, 2001 pp. 657-668.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/pop_0032-4663_2001_num_56_4_7297La situation démographique de Madagascar
Jocelyn Yves Razafimanjato*,
Jean Harvel Randriamanjakasoa*, Victor Rafaralahy Rabeza*,
Noé Henri Rakotondrajaona** et James Allman***
La population résidente de Madagascar a été évaluée à 12 239 000 habitants
par le dernier recensement général de la population et de l'habitat, effectué en 1993
(tableau 1). Cette population est inégalement répartie sur une superficie totale de
587 000 km2. La densité nationale de 21 habitants au km2 cache, en effet, des diver
sités régionales assez importantes : des zones à forte occupation, telles que les
Hautes Terres centrales (provinces ď Antananarivo et de Fianarantsoa) s'opposent
aux zones faiblement peuplées de l'Ouest et du Sud-Ouest, tandis que dans le Nord
et Г Extrême-Sud, la densité de population est moyenne. Sur les Hautes Terres, la ca
pitale Antananarivo se distingue par son poids démographique. Après la capitale, qui
compte probablement plus de 1,2 million d'habitants si les zones environnantes sont
incluses pour constituer « le Grand Antananarivo », Toamasina (Tamatave) est la
deuxième grande ville, suivie par Antsirabe, Fianarantsoa, Mahajanga, Toliary
(Tuléar), Antsiranana (Diego-Suarez), Taolanaro (Fort-Dauphin) et Morondava (voir
carte 1).
Tableau 1.- Évolution et densité de la population de Madagascar
de 1975 À 1993
1993 1975
Région Population Densité Population Densité
(en milliers) (en milliers) (hab./km2) (hab./km2)
Antananarivo 2168 37,2 3601 61,8
Fianarantsoa 1804 17,6 2550 24,9
Toamasina 1180 16,4 1995 27,7
Mahajanga 820 5,5 1365 9,1
1034 6,4 1773 11,0 Toliary
Antsiranana 580 13,5 955 22,7
Madagascar 7586 12,9 12239 20,8
Sources Banque de données de l'État (BDE), RGPH 1975 et INSTAT, RGPH 1993
Les sources des données
La démographie de Madagascar a fait l'objet de solides et bonnes études. Le
travail pionnier de Louis Chevalier, Madagascar, populations et ressources (1952),
constitue une riche source d'informations sur les débuts de la transition dé
mographique après la deuxième guerre mondiale. À la fin des années 1960 et au dé
but des années 1970, des démographes français et malgaches ont étudié le
commencement du déclin de la fécondité (Lacombe, 1973 et 1975; Gendreau, 1969;
* ** *** Direction Agence américaine de la démographie pour le développement et des statistiques international, sociales, INSTAT, US USAID, AID, Antananarivo. Madagascar. Abidjan.
Population, 56 (4), 2001, 657-668 658 J. Y. Razafimanjato et al.
Antsiranana
(59040)
Carte 1 .- Population de Madagascar par province en 1993
Source : INSTAT, Recensement général de la population et de l'habitat (RGPH) de 1993. La situation démographique de Madagascar 659
Andriamboahangy, 1973; Courbage et Fargues, 1979). L'état civil, remarquablement
complet à cette époque en milieu urbain, a permis d'analyser la dynamique de la po
pulation. À la fin des années 1980, une série d'études effectuées par l'Unité de déve
loppement et population de la Direction régionale du Plan d'après les résultats du
recensement de 1975 (Madagascar, 1988) a préparé le terrain pour la loi nationale
sur la population et le développement de 1990. Mais mis à part le recensement de
1975, peu de données démographiques ont été collectées au cours de la Deuxième
République (1975-1991). Le recensement de 1993 et diverses enquêtes réalisées au
cours des années 1990 vont nous permettre d'analyser les tendances de la fécondité,
de la mortalité et de la planification familiale au cours des dix dernières années.
Quelques caractéristiques générales de la population
Depuis les années 1960, le rythme annuel de croissance de la population de la
Grande île s'est accéléré ; alors qu'il avoisinait à peine 1 % au temps de la colonisat
ion, il est estimé actuellement à 3 % (tableau 2). Il en résulte une croissance dé
mographique importante, la population dépassant 14 millions d'habitants en 1999.
Tableau 2.- Natalité, mortalité et accroissement naturel
de la population de madagascar
1966 1975 1993
Taux brut de natalité (p. 1 000) 46,0 45,0 44,0 brut de mortalité (p. 1 000) 25,0 14,0 18,0
Taux d'accroissement naturel (p. 100) 2,1 2,7 3,0
Sources 1966 . INSRE (Institut national de la statistique et de la recherche économique), enquête démographique
Madagascar 1966;
1975 BDE,RGPH1975;
1993 . INSTAT, RGPH 1993.
La population malgache a une structure par âge jeune, caractéristique des pays
en développement avec une pyramide à large base qui se rétrécit rapidement au fur et
à mesure que l'on avance vers les âges élevés (figure 1). Les jeunes de moins de
15 ans représentent près de la moitié de la population totale et les personnes âgées
de 65 ans et plus en constituent à peine 4 %. Le maintien de la fécondité à un niveau
encore élevé et la baisse modérée de la mortalité expliquent pour une large part la
forte proportion déjeunes. Aussi, au cours de la période 1975-1993, le rapport de dé
pendance est-il passé de 76 à 87 personnes à charge pour 100 personnes d'âge actif
(15-64 ans).
Par ailleurs, la répartition par sexe de la population malgache est équilibrée,
avec un rapport d'environ 99 hommes pour 100 femmes. Cependant, les femmes sont
plus nombreuses que les hommes parmi les actifs de 15 à 59 ans, le rapport de masc
ulinité à ces âges étant de 96.
Une baisse de la mortalité modérée
depuis une trentaine d'années
Comme dans l'ensemble des pays du continent africain dans la période pré
coloniale, la mortalité était particulièrement élevée à Madagascar au début du
XXe siècle, ponctué régulièrement de fléaux dévastateurs comme le paludisme, qui sé
vit de 1902 à 1906 sous une forme épidémique. De même, la variole faisait de grands
ravages, ainsi que la méningite cérébro-spinale, particulièrement mortelle en 1916-
1917. Les enfants étaient les plus touchés. Malgré une fécondité très élevée compens
ant la forte mortalité, la population ne pouvait s'accroître que faiblement. •
J. Y. Razafimanjato et al. 660
1000 500 500 1000
Effectifs en milliers Effectifs en milliers
Figure 1 .- Pyramide des âges de Madagascar en 19ЭЗ
Source : INSTAT, RGPH 1993.
Le tableau 3 montre une certaine baisse de la mortalité entre les années 1930
et la fin de la deuxième guerre mondiale, grâce à l'application de ce qu'on pourrait
appeler la médecine de masse occidentale. Entre 1950 et 1966, le taux brut de mortal
ité s'est stabilisé, et depuis cette époque il n'a connu qu'une baisse relativement
lente. Estimé à 25 pour 1 000 dans l'enquête démographique de 1966 (Madagascar,
1966), il atteint 18 1 000 en 1975 (Recensement général de la population et de
l'habitat, Madagascar, 1975) et s'élève encore à 14 pour 1 000 en 1993 (Recense
ment général de la population et de l'habitat, Madagascar, 1997, vol. 4).
Tableau 3.- Évolution du taux brut de mortalité à Madagascar
Période Taux brut de mortalité (pour 1 000)
Entre 20 et 30 1933-1936
1949 22
1950-1955 26,3
25 1966
1975 18
14 1993
Sources ■ 1933-1936 estimation de L. Chevalier qui n'est qu'un ordre de grandeur,
1949 estimation de L. Chevalier qui repose sur l'observation des provinces de Tananarive et de Fianarantsoa
jugées les plus fiables,
1950-1955 ' United nations, World Population Prospects. The 1998 revision;
1966 INSRE, enquête démographique Madagascar 1966;
1975 BDE, RGPH 1975,
1993 INSTAT, RGPH 1993. La situation démographique de Madagascar 661
Le taux de mortalité infantile est passé de 190 pour 1 000 aux alentours de
l'année 1935, selon les estimations de Louis Chevalier, à 102 pour 1 000 en 1966,
puis à 93 pour 1 000 en 1992 (enquête démographique et sanitaire de 1992 et recen
sement de 1993), pour atteindre 97 pour 1 000 en 1997 (enquête démographique et
de santé de 1997). Les causes actuelles de la mortalité élevée des enfants relèvent de
l'environnement socio-économique en général, et du niveau de vie et de l'éducation
des mères en particulier. Les enquêtes de 1992 et 1997 montrent une dégradation de
l'accès aux services sanitaires, notamment à la vaccination. Les carences nutrition-
nelles restent importantes. Près de la moitié des enfants de moins de trois ans (48 %)
souffrent de malnutrition chronique selon les résultats de l'enquête de 1997
(USAID, 1998 et 1999).
En fait, les résultats des deux enquêtes montrent une faible variation du niveau
de la mortalité des enfants âgés de moins de 5 ans, entre les années 1980 et les an
nées 1990 (tableau 4). Entre les deux périodes d'observation couvertes par chacune
des enquêtes, la mortalité des enfants a en effet faiblement diminué. La baisse a été
plus significative pour les de 1 à 4 ans (83,7 pour 1 000 au cours de la
période 1983-1992, contre 71,7 pour 1 000 durant la période 1988-1997) que pour
les enfants de moins d'un an. Par ailleurs, il apparaît que la surmortalité des enfants
du sexe masculin est plus marquée en 1997 ; de même, mesurée sur la période 1992-
1997, la mortalité néonatale affecte plus les garçons que les filles (47 pour 1 000
contre 33 pour 1 000 en 1997).
Tableau 4.- Mortalité des enfants à Madagascar : quotients de mortalité
à 0 an, 1-4 ans et 0-4 ans, par sexe, pour la période de dix ans
ayant précédé l'enquête (p. 1 000)
1988-1997 (EDS 1997) 1983-1992 (ENDS 1992)
Sexe Sexe Sexe Sexe Ensemble Ensemble masculin féminin masculin féminin
Oan 103,2 101,8 102,5 108,7 89,5 99,3
1-4 ans 85,4 81,9 83,7 74,9 68,3 71,7
0-4 ans 179,8 175,6 177,8 175,5 151,7 163,8
Sources : Centre national de recherches sur l'environnement (CNRE), ENDS 1992 et INSTAT, EDS 1997, calculs
spéciaux.
La table de mortalité figurant au tableau 5 a été élaborée d'après les données
du recensement de 1993. Un ajustement préalable des données a été effectué à partir
de la méthode de Coale et Preston qui estime le taux de sous-enregistrement des dé
cès. Cette méthode permet de recalculer l'effectif des décès par groupe d'âges et ne
modifie pas la structure observée de la mortalité ; il n'y pas de référence à un modèle
de table-type mais la méthode suppose que la population est stable. La table montre
que l'espérance de vie est plus faible à la naissance qu'à 10 ans, et que la probabilité
de décéder avant le premier anniversaire est, par exemple, environ trois fois plus éle
vée que celle de décéder entre 30 et 35 ans.
En conclusion, la mortalité en général et celle des jeunes enfants en particulier
sont restées élevées. Depuis 1982, on observe cependant une tendance à la baisse de
la mortalité entre 1 et 5 ans. Cette situation pourrait favoriser une baisse de la fé
condité et constituerait ainsi un des signes précurseurs de transition démographique. 662 J. Y. Razafimanjato et al
Tableau 5.- Mortalité et espérance de vie selon l'âge en 1993
À Madagascar
Sexe masculin Sexe fémininir i
Âge (en
ex ex années) Qx Sx Qx Sx (en années) (en années)
1000 51,3 92,4 53,1 0 93,6 1000
1 78,3 906 55,5 75,0 908 57,6
5 28,6 835 56,1 25,2 840 58,1
811 52,7 18,6 10 20,6 818 54,6
15 23,4 795 48,8 24,4 803 50,5
20 776 44,9 28,5 784 46,7 25,6
756 41,0 761 25 29,5 33,6 43,0
30 31,9 734 37,2 36,0 736 39,4
35 711 43,2 709 39,9 33,3 35,8
40 47,9 682 29,6 44,9 678 32,3
45 65,6 650 25,9 54,9 648 28,7
50 74,7 607 22,6 54,6 612 25,2
55 103,2 562 19,2 76,5 579 21,6
60 119,1 504 16,1 91,0 535 18,1
65 181,5 444 13,0 149,5 486 14,7
70 225,0 363 10,3 184,4 413 11,8
281 75 282,8 7,6 224,4 337 9,0
80et + 1 000,0 202 4,6 1 000,0 261 5,8
Qx . quotient de mortalité à l'âge x (p. 1 000).
Sx . survivants à l'âge x
ex : espérance de vie à l'âge x.
Source . INSTAT, RGPH 1993
La nuptialité
Les enquêtes démographiques et de santé de 1992 et de 1997, ainsi que le r
ecensement de 1993, fournissent des données sur les formes d'union. Le recensement
de 1993 a pris en compte uniquement les femmes légalement mariées, qui consti
tuaient 45 % de la population féminine âgée de plus de 10 ans. Mais le nombre de
femmes vivant en union, sans être mariées, est important. Ainsi, d'après l'EDS de
1997, 48 % des femmes de 15-49 ans étaient mariées, et 15 % avaient formé une
union consensuelle (tableau 6). Une proportion significative des femmes malgaches
entrent en union avant l'âge de 20 ans, la part des femmes célibataires diminuant r
apidement ensuite. Seules 6 % des femmes âgées de 30-34 ans n'ont jamais formé
d'union. L'âge médian à la première union semble s'être accru récemment, puisqu'il
est passé de 18,2 ans en 1992 (ENDS 1992) à 18,6 ans en 1997. Il est considérable
ment plus élevé dans les zones urbaines et dans les provinces économiquement plus
développées. Par exemple, l'âge médian à la première union était de presque
22,3 ans à Antananarivo, la capitale, contre moins de 17 ans pour les femmes des
provinces de Toliara et Mahajanga.
Enfin, la polygamie n'est pas répandue à Madagascar : seules 4 % des femmes
interrogées dans l'EDS de 1997 étaient en union polygame. Ces unions sont plus
communes les provinces côtières rurales et pauvres. La situation démographique de Madagascar 663
Tableau 6.- Répartition des femmes de 15-49 ans par groupe d'âges
selon l'état matrimonial en 1997 à madagascar (en %)
Groupe Union Effectif Mariée Divorcée Veuve Séparée Total d'âges aire consensuelle (en milliers)
15-19 ans 1,4 4,1 66,3 19,3 8,6 0,3 100 1553
20-24 ans 25,7 45,6 16,4 0,6 3,9 7,8 100 1325
25-29 ans 12,4 56,4 17,7 0,8 3,0 9,7 100 1 196 Ensemble Célibat30-34 ans 2,4 1012 6,1 62,5 17,0 3,9 8,0 100
35-39 ans 5,6 58,5 17,3 3,0 4,3 11,4 100 844
40-44 ans 2,5 62,0 15,5 6,3 4,6 100 652 9Д
59,1 45-49 ans 1,3 12,7 9,5 6,4 11,1 100 477
23,4 48,0 14,8 2,2 3,5 8,1 100 7 060
Source . INSTAT, EDS 1997.
L'âge au premier rapport sexuel
L'EDS de 1997 comprenait une question sur l'âge au premier rapport sexuel.
L'âge médian est de 16,9 ans pour les femmes âgées de 25-49 ans au moment de
l'enquête, avec des variations régionales considérables; il atteint son maximum dans
la capitale (19,4 ans). Bien que le premier rapport tende à devenir plus tardif
qu'auparavant, les femmes malgaches ont une vie sexuelle à un âge relativement pré
coce. De plus, l'union ne constitue pas le cadre exclusif de l'activité sexuelle :
presque la moitié des femmes ne vivant pas en union ont déclaré avoir eu des rap
ports sexuels au cours des quatre semaines précédant l'enquête.
Une fécondité encore forte mais en légère baisse
Le niveau de la a toujours été élevé à Madagascar, et il a peu varié
au cours de la période 1966-1997. En effet, estimé à 6,6 enfants par femme en 1966
(Madagascar, 1966), l'indice synthétique de fécondité atteignait encore 6,4 enfants
par femme en 1975 et 6,1 en 1992 (CNRE, 1994). Il n'a franchi le seuil de 6
par que récemment : les données de l'enquête de 1997 ont permis d'évaluer
l'ISF à 5,97 enfants par femme (Madagascar, 1998).
L'étude rétrospective de la fécondité est désormais possible grâce aux données
collectées dans les années 1990. La légère baisse enregistrée ces dernières années
serait due au comportement des femmes âgées de 25 à 44 ans (tableau 7). En
revanche, la fécondité aux âges jeunes, déjà élevée, semble encore augmenter ces
dernières années, le taux de fécondité estimé à 15-19 ans étant passé de 157 enfants
pour 1 000 femmes en 1992 à 180 en 1997.
Tableau 7.- Taux de fécondité par âge en 1992 et 1997 À Madagascar
(NAISSANCES POUR 1000 FEMMES)
Groupe d'âges 1992 1997
15-19 ans 157 180
20-24 ans 270 279
25-29 ans 272 254
30-34 ans 226 215
35-39 ans 192 152
40-44 ans 89 88
45-49 ans 25 19
ISF (enfants par femme) 6,13 5,97
Sources . CNRE, ENDS 1992 et INSTAT, EDS 1997. J. Y. Razafimanjato et al. 664
La fécondité varie fortement selon la zone de résidence. En 1992, l'indice syn
thétique atteint 6,7 enfants par femme dans les zones rurales, contre 3,8 dans les
zones urbaines; en 1997, il s'établit respectivement à 6,6 et 4,2 enfants par femme.
Ce léger resserrement de l'écart s'explique par une redéfinition du milieu urbain qui
inclut en 1997 des zones sociologiquement rurales. Dans la capitale, Antananarivo,
l'indice synthétique de fécondité a baissé de 3,2 enfants par femme en 1992 à 2,8 en
1997.
Utilisation de la planification familiale
et des contraceptifs
En 1992, il existait dans le pays moins de 150 sites offrant des services de
contraception. En 2000, après huit ans d'efforts continus, menés par divers orga
nismes internationaux et encouragés par la politique gouvernementale, il existe plus
de 1 000 sites médicaux qui fournissent des contraceptifs, plus de 300 services ins
tallés dans les communautés et les entreprises, et un programme de marketing social
qui distribue des préservatifs, des injections et des pilules (Allman et Wilson, 1996
et 1997). Alors que seulement 5 % des femmes en union et en âge de procréer fai
saient état de l'utilisation de méthodes modernes de contraception en 1992, cette
proportion a doublé en 1997 (tableau 8); et en 1999, d'après les résultats d'une en
quête auprès des ménages, non encore publiés, la prévalence contraceptive attein
drait presque 13 %.
Tableau 8.- Population des femmes de 15-49 ans dont femmes vivant en union,
taux de prévalence contraceptive (tpc) parmi ces dernières, et nombre
d'utilisatrices de moyens contraceptifs de 1992 à 1997 à madagascar
Estimation utilisatrices TPC Femmes de 15-49 ans de moyens en %<a> contraceptifs^) Année
En union Total (C) = (A)x(B) (B) (A)
1992 2770000 1662000 5,1 84762
1993 1720704 5,4 2867840 92918
1995 3067022 1840213 9,1 167459
1997 3242010 2042466 9,7 198119
W Le taux de prévalence contraceptive et l'estimation du nombre d'utilisatrices de moyens contraceptifs se réfèrent
aux femmes en union
Sources
1992 CNRE,ENDS 1992;
1993 INSTAT, enquête permanente auprès des ménages (EPM), calculs spéciaux
1 995 Unicef, par grappes à indicateurs multiples (MICS), spéciaux.
1997 EDS 1997
L'estimation du nombre de femmes de 15-49 ans est basée sur les projections du RGPH 1993 L'estimation des
femmes mariées ou en union était de 60 % parmi les femmes âgées de 15 à 49 ans selon TENDS 1992 Cette pro
portion a été utilisée pour l'estimation des femmes en union en 1993 et 1995
L'EDS 1997 indiquait 63 % de femmes mariées ou en union. Ce chiffre a été utilisé pour estimer le nombre total
des femmes en union en 1997.
Les injections constituent la méthode la plus populaire, avec près de
100 000 utilisatrices; 49 000 femmes utilisent des contraceptifs oraux (tableau 9).
Malgré les ventes impressionnantes de préservatifs par l'intermédiaire du pr
ogramme de marketing social (4,5 millions de condoms vendus en 1999), seulement
14 000 femmes font état de l'utilisation de cette méthode avec leurs partenaires. Une
large part de l'utilisation des préservatifs s'explique par la prévention des maladies
sexuellement transmissibles (Allman et Wilson, 1996 et 1997). La situation démographique de Madagascar 665
Tableau 9.- Méthodes modernes de contraception : répartition (en %)
des femmes de 15-49 ans en union par méthode utilisée et estimation
du nombre d'utilisatrices en 1992 et 1997 à madagascar
Méthodes modernes
Diaphragme/ Implants
sous- Pilule Injection Total DIU Mousse/ Préservatif Stérilisation
Gelée cutanés
1992
Répartition (en %) 1,4 1,6 0,5 0,1 0,5 0,9 0,0 100,0
Nombre (5,1 %)
23 734 84 762 d'utilisatrices 27124 8 476 1695 8 476 15 257 0
1997
Répartition (en %) 2,4 4,7 0,5 0,1 0,7 1,0 0,4 100,0
Nombre (9,7 %)
d'utilisatrices 48 519 95 016 10108 2 022 14151 20 216 8 087 198 119
Sources : CNRE, ENDS 1992 et INSTAT, EDS 1997 et RGPH 1993.
Par ailleurs, plus des deux tiers des femmes en âge de procréer qui ont été in
terrogées en 1997 ont fait état de leur connaissance des méthodes modernes de
contraception.
Les structures administratives dépendant du Gouvernement restent insuffi
santes, et les ressources gouvernementales allouées aux activités du secteur social
sont très limitées. Une nouvelle politique de santé, formulée en 1996 (Madagascar,
ministère de la Santé, 1996), a fixé des priorités et a encouragé des bailleurs de fonds
(l'Union européenne, la Banque mondiale et les programmes d'assistance bilatérale)
à appuyer les activités destinées à accroître les connaissances de la population sur
les contraceptifs et à améliorer leur disponibilité. Sans doute la planification famil
iale et les autres services essentiels de santé vont-ils s'améliorer dans les années qui
viennent, mais une bonne couverture du territoire par les services de fa
miliale et la disponibilité de contraceptifs dans tous les postes de santé prendra en
core du temps.
La politique de population a souffert de l'instabilité politique qui a marqué les
années 1990. L'Office national de la population, créé récemment grâce à l'appui du
Fonds des Nations unies pour la population (FNUAP), devrait améliorer la coordinat
ion des activités gouvernementales en matière de population. L'élargissement des
services contraceptifs n'a pas rencontré jusqu'ici d'opposition d'ordre religieux ou
social ni d'obstacles culturels.
Une faible occupation spatiale,
une urbanisation modérée
Au début du XXe siècle, l'administration française n'a presque pas modifié les
unités politiques traditionnelles malgaches. La population se caractérisait par une
composition ethnique homogène dans les provinces et cantons, base des découpages
administratifs coloniaux. En revanche, une dynamique migratoire a été induite par la
création de zones de cultures de rente et l'installation des colons. Ces deux facteurs
ont marqué le début des mouvements migratoires du XXe siècle et l'essor de l'urba
nisation. Les enquêtes et recensements généraux récents ont montré que l'inégale ré
partition de la population s'est en grande partie maintenue jusqu'à nos jours.
Une véritable politique d'aménagement du territoire n'existe pas encore à
Madagascar, malgré un essai de redistribution de l'occupation du territoire par la
mise en valeur des terres. Les régions à forte densité de population le sont restées.
On observe des mouvements vers certaines zones d'activités économiques, qui ren-

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