La supériorité de l'identification des mots par rapport aux non-mots - article ; n°2 ; vol.77, pg 475-495

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L'année psychologique - Année 1977 - Volume 77 - Numéro 2 - Pages 475-495
Résumé
Dans une étude de l'effet de supériorité du mot par rapport au non-mot, nous avons montré que les facteurs susceptibles de rendre compte de ce phénomène dépendent de la tâche que le sujet doit réaliser et des conditions expérimentales dans lesquelles il est placé. Puis on a comparé l'efficacité réciproque des différentes unités perceptives (syllabe, spelling-pattern et Vocalic center groupj et analysé les données en termes de modèles de traitement de l'information.
Summary
We have shown that experimental conditions and tasks modify the role played by the factors responsible for the word superiority effect. The efficiency of different perceptual units (syllable, spelling-pattern and vocalic center group) is compared and analyzed in terms of processing stage models of word perception.
21 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : samedi 1 janvier 1977
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Jean-Pierre Rossi
La supériorité de l'identification des mots par rapport aux non-
mots
In: L'année psychologique. 1977 vol. 77, n°2. pp. 475-495.
Résumé
Dans une étude de l'effet de supériorité du mot par rapport au non-mot, nous avons montré que les facteurs susceptibles de
rendre compte de ce phénomène dépendent de la tâche que le sujet doit réaliser et des conditions expérimentales dans
lesquelles il est placé. Puis on a comparé l'efficacité réciproque des différentes unités perceptives (syllabe, spelling-pattern et
Vocalic center groupj et analysé les données en termes de modèles de traitement de l'information.
Abstract
Summary
We have shown that experimental conditions and tasks modify the role played by the factors responsible for the word superiority
effect. The efficiency of different perceptual units (syllable, spelling-pattern and vocalic center group) is compared and analyzed
in terms of processing stage models of word perception.
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Rossi Jean-Pierre. La supériorité de l'identification des mots par rapport aux non-mots. In: L'année psychologique. 1977 vol. 77,
n°2. pp. 475-495.
doi : 10.3406/psy.1977.28211
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1977_num_77_2_28211SUPÉRIORITÉ DE L'IDENTIFICATION DES MOTS LA
PAR RAPPORT AUX NON-MOTS
par J.-P. Rossi
Laboratoire de Psychologie expérimentale et comparée1
associé au C.N.R.S., Université René-Descartes
et E.P.H.E., 3e section
SUMMARY
We have shown that experimental conditions and tasks modify the
role played by the factors responsible for the word superiority effect. The
efficiency of different perceptual units (syllable, s pelting- pattern and vocalic
center group) is compared and analyzed in terms of processing stage models
of word perception.
Dans l'identification des mots, le problème de la signification a
été particulièrement étudié à la suite de Huey, qui dès 1908 signalait
que les mots étaient plus vite perçus que des suites de lettres non
significatives.
Le concept de signification reste, encore de nos jours, très vague
et difficile à définir. Ainsi Gibson, Bishop, Schiff et Smith (1964) et
plus récemment Pynte et Noizet (1970) opposent l'identification des
trigrammes non significatifs à celle de sigles de trois lettres. La seule
différence distinguant les deux matériels vient de ce que les sujets sont
censés connaître la signification des sigles qui doivent leur être familiers.
La frontière entre et familiarité s'estompe ainsi progressi
vement. Pourtant, en 1952, Noble avait tenté de distinguer ces deux
concepts en s'appuyant sur une définition opérationnelle lui permettant
de donner à chaque mot une note de signification (meaningfulness),
obtenue en comptant, par unité de temps, le nombre moyen de réponses
différentes qui sont associées au mot étudié. Plus le nombre de mots
associés est grand, plus le degré de signification est élevé. A la limite,
le « degré de signification » dépend donc de la polysémie. Se servant de
cette définition, Kristofferson (1957) montre que le seuil d'identification
des mots est inversement proportionnel a leur « degré de signification ».
On peut constater que, dans les recherches les plus récentes, les
1. 28, rue Serpente, 75006 Paris.
L'Année psychologique 2/77, 475-496 476 J.-P. Rossi
auteurs ont renoncé à quantifier la signification et opposent l'identif
ication des mots à celle des non-mots, c'est-à-dire de suites de lettres
non significatives. Si la notion de est ainsi prise dans un
sens très restrictif, elle a pour avantage d'être parfaitement opération-
nalisable et d'être utilisée par tous les auteurs qui se sont intéressés à
ce problème et qui l'ont abordé à partir de tâches très différentes.
A) LES PROCÉDURES EXPÉRIMENTALES
QUI ONT PERMIS DE METTRE EN ÉVIDENCE
LA SUPÉRIORITÉ DE L'IDENTIFICATION DU MOT
PAR RAPPORT AU NON-MOT
On présentera ici toutes les tâches dans lesquelles on a étudié ce
que les auteurs nomment « la supériorité du mot ». Cette notion de
« supériorité du mot » est utilisée par les auteurs anglo-saxons pour
exprimer le fait que la performance des sujets est meilleure lorsque les
stimulus sont des mots que lorsque ce sont des non-mots, ce qui, en
réalité, recouvre des situations et des variables dépendantes très diff
érentes puisqu'il peut s'agir de seuil d'identification ou de temps de réac
tion verbal dans des tâches consistant soit à identifier le stimulus, soit
à détecter la présence d'une lettre, soit à déterminer si un stimulus est
un mot, soit enfin à comparer deux stimulus. C'est à l'analyse de l'e
nsemble de ces tâches que vont être consacrés les paragraphes suivants.
1) Les seuils d'identification des mots et des non-mots
Miller, Bruner et Postman (1954), puis Kirstofferson (1957) ont
mis en évidence la supériorité du mot sur le non-mot en déterminant
des seuils d'identification selon les méthodes classiquement utilisées
en psychophysique (méthode des limites). Puis, sous l'influence d'un
certain nombre de critiques et du succès de la théorie de la détection
du signal, ces techniques ont été progressivement abandonnées au
profit d'autres procédures. Il existe pourtant des exceptions. Ainsi
Lott et Smith (1970) déterminent un seuil d'identification en augment
ant progressivement le contraste lumineux des stimulus et montrent
ainsi qu'une lettre est plus facilement identifiée lorsqu'elle est présentée
dans un mot que lorsqu'elle est présentée entourée de signes #. Mais,
de plus, cette supériorité du mot augmente avec l'âge des sujets et
donc (selon Lott et Smith) avec la connaissance des effets de la
redondance.
En 1956, Postman et Rosenzweig, en faisant varier la durée de pré
sentation des stimulus, ont pu montrer que le seuil d'identification des
mots ne différait pas de façon significative de celui des non-mots
prononçables. Identification des mots et non-mots 411
Nous avons été amené (Rossi, 1976 ; Rossi, Oppenheim et Chiche, 1976)
à apporter une information supplémentaire dans une recherche où,
pour d'autres raisons, nous avions déterminé des seuils d'identification
en augmentant progressivement la durée de présentation des stimulus
(utilisation des séries ascendantes de la méthode des limites). Dans
ces conditions, nous avons montré que si l'on précise au sujet, après
chaque essai, si sa réponse est ou non correcte, il n'y a pas de différence
significative entre les seuils d'identification des mots et ceux des tri-
grammes prononçables ou même ceux des lettres lorsqu'elles sont
représentées seules. Par contre, si cette information n'est pas fournie,
le seuil d'identification de la lettre est plus bas que celui du mot, lequel
est lui-même inférieur à celui des non-mots prononçables. La supér
iorité du mot semble donc liée à la procédure expérimentale utilisée.
En effet, le sujet ayant à identifier un nombre limité de stimulus (le
seuil étant défini comme la première de deux durées successives au cours
desquelles le sujet identifie correctement le stimulus), on comprend
que le fait de lever l'incertitude, quant à l'exactitude de la réponse,
abaisse le seuil d'identification des trigrammes non significatifs, sans
pour autant modifier celui des mots. Or ce résultat est obtenu sans avoir
contrôlé la redondance. On est donc amené à s'interroger sur l'existence
de cet effet de supériorité du mot et à se demander dans quelle situation,
et par rapport à quel type de non-mot elle peut s'observer.
Pynte et Noizet (1970), utilisant les séries ascendantes de la méthode
des limites, mais sans informer les sujets de l'exactitude de leurs réponses,
déterminent les seuils d'identification de trigrammes non prononçables,
de syllabes et de sigles. Ils montrent ainsi que les seuils d'identification
de stimulus significatifs sont inférieurs à ceux des stimulus non signi
ficatifs, que ceux des stimulus prononçables sont inférieurs à ceux des
non prononçables mais que ceux des stimulus prononçables non signi
ficatifs sont inférieurs à ceux des stimulus non significatifs.
Ils confirment donc les résultats de Gibson, Bishop, Chiff et Smith (1964)
qui ont montré que le facteur prononciabilité est plus important que
le facteur signification. Ce problème sera plus précisément étudié dans
le paragraphe 1, chapitre B.
Dans un autre groupe de tâches, la variable dépendante est, soit
le temps de réaction, c'est-à-dire la durée qui s'écoule entre le début de
la présentation du stimulus et la réponse du sujet, soit le pourcentage
de réponses correctes pour une durée de présentation constante qui,
selon les cas, est égale au seuil ou juste infraliminaire. La coexistence
de ces deux variables dépendantes n'étant pas contradictoire, il arrive
qu'elles soient enregistrées simultanément. C'est le cas dans l'ensemble
des trois autres tâches qui vont être présentées dans les paragraphes
suivants. 478 J.-P. Rossi
2) La tâche du sujet consiste a déterminer
si un stimulus est ou non un mot
Les chercheurs qui ont utilisé cette tâche (Rubenstein, Gar field et
Millikan, 1970 ; James, 1975) ont montré que le temps de réaction est
plus long lorsque les stimulus sont des non-mots et que la différence entre
mots et non-mots dépend de la fréquence d'usage des mots et de la pro-
nonciabilité des non-mots. Les non-mots non prononçables provoquent
les temps de réaction les plus longs. En fait dans ce type de recherches
on compare les temps de réaction pour la réponse « oui » lorsque le
stimulus est un mot à ceux pour la réponse « non » lorsque le stimulus
n'est pas un mot. Donc la différence entre ces deux temps de réaction
tient non seulement au type de matériel qui est utilisé (mot ou non-mot)
mais aussi au type de réponse puisqu'un mot détermine la réponse « oui »
et un non-mot la réponse « non ». Or on peut se demander, comme cela
a été mis en évidence dans les tâches de comparaison (le sujet devant
dire si deux stimulus sont identiques ou différents), si le traitement de
l'information aboutissant à la réponse « non » n'exige pas plus de temps
que celui qui permet d'aboutir à la réponse « oui ». S'il en était ainsi,
les différences de temps de réaction trouvés par les auteurs tiendraient
plus au type de réponse donné par le sujet qu'au type de matériel
utilisé (mot et non-mots).
3) La tâche du sujet consiste a dire
si deux stimulus sont identiques ou différents
Dans ce type de recherches, on compare des stimulus dont les dif
férences portent sur 1, 2, 3 ou 4 lettres. Si, en 1970, Eichelman montre
que pour des mots familiers le temps de réaction est plus bref que pour
des non-mots, Schindler, Well et Pollatsek (1974) montrent que cette
différence diminue lorsqu'on augmente l'intervalle entre les lettres.
En 1975, Pollatsek précise qu'en tout état de cause le temps de réaction
est toujours plus court pour les mots, même lorsque la différence entre
les deux stimulus n'est due qu'à une modification du graphisme (exemple
SITE et SItE).
4) La tâche du sujet consiste a détecter la présence d'une lettre
a l'intérieur du stimulus ; le paradigme de reicher
Dans les recherches où ce type de tâche est utilisé, il faut distinguer
les situations dans lesquelles le sujet doit détecter la présence d'une
lettre à l'intérieur d'une suite de lettres (mot ou non-mot) des situa
tions dans lesquelles il doit la chercher dans une liste de stimulus dif
férents, telles que phrases ou suites de mots ou de non-mots.
Dans le cas où le sujet doit rechercher une lettre dans une plage Identification des mots et non-mots 479
contenant plusieurs mots ou non-mots, Krueger (1970), Novik et
Katz (1971), et Weiss et Krueger (1976) retrouvent un raccourcissement
du temps de réaction lorsque les stimulus sont des mots.
Dans le cas où le sujet doit chercher une lettre dans un mot stimulus,
il faut encore distinguer deux types de situations différentes :
a) Les situations de temps de réaction du type de celles utilisées
par James et Smith (1970) dans lesquelles la tâche du sujet consiste à
répondre « oui » dès qu'il détecte la présence d'une certaine lettre à l'i
ntérieur d'un stimulus.
Pour James et Smith (1970), la recherche d'une lettre à l'intérieur
d'un mot n'est pas plus rapide que si elle doit s'effectuer à anagramme non prononçable. Par contre, le temps de réaction
augmente en fonction du nombre de lettres qui composent le stimulus
et de la position de la lettre à détecter à l'intérieur du stimulus. De plus,
il est significativement plus long pour les consonnes que pour les voyelles
(résultat confirmé par James en 1974).
b) Les situations dans lesquelles on utilise le paradigme expéri
mental de Reicher (1968), auquel on doit faire une place à part car il a
été très souvent repris par les chercheurs qui ont étudié le problème
de la supériorité du mot sur le non-mot et il se distingue des situations
présentées auparavant.
Dans ce type de recherches, on présente toujours un stimulus (mot
ou non-mot) pendant une durée égale au seuil d'identification, déterminé
au préalable. Puis vient se superposer au stimulus un masque qui le
recouvre. Enfin, on présente deux lettres-test et le sujet doit choisir
celle qui était contenue dans le stimulus. Si cette procédure expériment
ale a été élaborée pour neutraliser les effets de la redondance, dont
nous parlerons ultérieurement, il faut remarquer que la tâche peut
varier selon le moment où les deux lettres-test sont présentées. Ainsi,
lorsqu'elles sont présentées après le stimulus, on peut faire l'hypothèse
que le sujet, ne sachant pas sur quelle lettre il va être interrogé, doit
obligatoirement tenter d'identifier le stimulus en entier et même essayer
de le retenir jusqu'à ce que les deux lettres-test soient présentées. Par
contre, lorsque les lettres-test sont présentées avant le stimulus, la
tâche du sujet consiste à rechercher laquelle des deux lettres est pré
sentée dans le stimulus, ce qui ne suppose pas forcément l'identification
de l'ensemble du c'est-à-dire du mot ou du non-mot. On est
donc presque ramené à la situation évoquée au début du paragraphe,
à la différence que dans le paradigme de Reicher la variable dépendante
est le pourcentage de bonnes réponses.
Cette remarque nous paraît d'autant plus importante qu'à l'occa
sion de l'étude des différents facteurs qui jouent un rôle dans la supér
iorité du mot sur le non-mot les résultats peuvent être différents selon
le moment où l'on présente les lettres-test.
Il en est de même en ce qui concerne le contenu du stimulus-test 480 J.-P. Rossi
et l'on peut se demander s'il est indifférent de présenter deux lettres ou
deux suites de lettres (deux mots ou deux non-mots). En effet, il est
probable que les indices permettant de dire lequel des deux mots ou
des deux non-mots a été présenté sont différents de ceux qui sont néces
saires pour dire si telle lettre était ou non contenue dans les stimulus
(cf. § B3 et Manelis, 1974). De plus, dans ces conditions, présenter les
lettres-test avant le stimulus a pour conséquence :
1) de réduire l'incertitude dans laquelle se trouve le sujet (Fraisse et
Voillaume, 1966) ;
2) de supprimer les effets dus à la fréquence d'usage des mots (Fraisse,
Kassou et Krawsky, 1964).
Cette objection ne concerne pas directement Reicher puisque dans
toutes ses recherches le choix du sujet ne porte que sur une seule lettre.
Quoi qu'il en soit, Reicher (1968) a montré que la lettre était mieux
détectée lorsqu'elle était présentée dans un mot que lorsqu'elle était
contenue dans un non-mot et ce quel que soit le moment où l'on présente
les lettres-test (avant ou après), le mot ou le non-mot.
5) La supériorité du mot par rapport au non-mot
et a la lettre seule
Après cette présentation des différentes tâches dans lesquelles la
supériorité du mot sur le non-mot se manifeste, et avant d'analyser les
différents facteurs susceptibles d'en rendre compte, il faut préciser
que dans de nombreuses recherches la supériorité du mot est étudiée
à la fois par rapport au non-mot et par rapport à la lettre isolée, en ce
sens qu'une lettre est plus facilement identifiée lorsqu'elle est contenue
dans un mot que lorsqu'elle est présentée seule. Or, il y a là deux effets
que Johnson et McLelland (1973) proposent de distinguer en parlant
de phénomène de la lettre dans le mot (Word Letter Phenomenon)
lorsqu'il s'agit d'identifier une lettre qui est présentée seule et d'ap
préhension du mot (Word Apprehension Effect) lorsque la lettre à ident
ifier est contenue dans un stimulus (mot ou non-mot). Il est regrettable
que cette distinction n'ait pas été reprise par les auteurs, car, si la
supériorité du mot sur le non-mot non prononçable en particulier a
été mise en évidence dans la plupart des tâches qui viennent d'être
présentées, la facilité à identifier une lettre présentée dans un mot par
rapport à une lettre présentée seule dépend et de la tâche et de la variable
dépendante qui est choisie.
En ce qui concerne le temps de réaction dans les situations où l'on
demande au sujet de dire si telle lettre est contenue ou non dans le
stimulus qui va être présenté, on constate que lorsque le stimulus
est composé d'une seule lettre le temps de réaction est plus court
(d'environ 65 ms) que lorsque le stimulus est composé d'un mot (Slo- Identification des mois et non-mots 481
boda, 1976). Dans ces conditions, on pourrait presque parler de la
supériorité de la lettre seule par rapport au mot. Alors qu'en ce qui
concerne le nombre d'identifications correctes, lorsque le stimulus est
présenté pendant une durée égale au seuil, on retrouve la supériorité
du mot (Wheeler, 1970, etc.).
Il faut enfin considérer la situation dans laquelle la lettre n'est pré
sentée ni seule, ni entourée d'autres lettres mais est placée dans une
suite de signes ou de chiffres (exemple : -]--|-A.++). Dans de telles condi
tions on identifie plus facilement la lettre incluse dans le mot que la
lettre incluse dans ce stimulus complexe (Johnston et McLelland, 1973).
B) LES FACTEURS SUSCEPTIBLES DE RENDRE COMPTE
DE LA SUPÉRIORITÉ DU MOT
1) La redondance
De tous les facteurs susceptibles de rendre compte de la supériorité
du mot, le premier étudié a été la redondance.
On peut penser que si l'identification d'un non-mot nécessite la
reconnaissance de chacune des lettres qui le composent, il n'est pas
nécessaire d'avoir perçu toutes les d'un mot pour pouvoir l'ident
ifier. Le mot étant plus redondant que le non-mot, il est normal qu'il
soit plus facilement identifié. Le problème est donc de déterminer si ce
facteur peut à lui seul expliquer la supériorité du mot sur le non-mot.
Dès 1954, Miller, Bruner et Postman montrent qu'à niveau équivalent
de redondance le mot n'est pas supérieur au non-mot. En fait ce contrôle
des effets de la redondance s'avère très difficile et il faut attendre 1968
pour que Reicher présente le paradigme expérimental que nous avons
analysé précédemment. Dans ce expérimental, les effets de
la redondance sont neutralisés grâce au choix des mots et des lettres-test
qui sont présentés au sujet. Ainsi lorsqu'on présente le mot WORD,
le sujet doit choisir entre les lettres D et K qui toutes deux ajoutées
à WOR permettent de former un mot (WORD ou WORK). A chaque
fois la place de la lettre dans le mot est indiquée. De plus la position de
la lettre à identifier varie d'un essai à l'autre et dépend donc du mot qui
est présenté.
Dans une telle situation, Reicher (1969) montre que la supériorité
du mot sur le non-mot persiste et même qu'il est plus facile d'identifier
une lettre lorsqu'elle est contenue dans un mot que lorsqu'elle est pré
sentée seule. Enfin, ces deux résultats sont retrouvés quel que soit le
moment où sont présentées les lettres-test (avant ou après le stimulus).
Si ces résultats sont confirmés par Wheeler (1970), ils sont discutés
par Bjork et Estes (1973), Massaro (1973), Thompson et Massaro (1973)
et Estes (1975) pour qui la supériorité d'identification du mot par rap- 482 J.-P. Rossi
port au non-mot disparaît lorsque les lettres- test sont présentées avant
le stimulus.
Mais, de plus, Thompson et Massaro (1973) estiment que Eeicher
ne contrôle pas parfaitement la redondance car si dans la lettre D le
sujet ne perçoit que la partie courbe, il peut hésiter entre trois réponses
qui sont O, Q ou D. Or, de ces trois lettres, une seule est possible car si
on ajoute O ou Q à WOR il est impossible de composer un mot. Ainsi
une meilleure neutralisation de la redondance suppose que les lettres-
test que l'on propose au sujet puissent être réellement confondues entre
elles et puissent toutes permettre de former des mots. Les auteurs sont
donc amenés à construire un matériel qui réponde à ces normes et à
porter à quatre le nombre des lettres-test. Dans ces conditions et en
présentant les quatre lettres-test avant le stimulus, ils montrent non
seulement que l'effet de supériorité du mot disparaît mais que, de plus,
la lettre est plus facilement identifiée lorsqu'elle est présentée seule que
lorsque le sujet doit la rechercher à l'intérieur du mot.
L'ensemble de ces résultats montre que si tous les chercheurs semblent
accepter que la redondance ne peut, à elle seule, rendre compte de la
supériorité du mot sur le non-mot, lorsque les lettres-test sont présen
tées après le stimulus, les opinions divergent lorsqu'elles sont présentées
avant. En fait, deux facteurs peuvent rendre compte des divergences
existant entre ces résultats, ce sont :
a) le type de stimulus masquant utilisé ;
b) l'attitude du sujet.
a) Le rôle du stimulus masquant
Reicher (1968) et Wheeler (1970) utilisent un stimulus masquant
composé de 24 points noirs formant un rectangle (fig. 1 a) et recouvrant
Fig. 1. — Stimulus masquant (a) utilisé par Reicher (1968) et Wheeler
(1970); (b) utilisé par Johnston et McLelland (1973).
totalement le stimulus que le sujet doit identifier. Par contre Bjork
et Estes (1973) ou Massaro (1973) utilisent des signes tels que # ou $
qui recouvrent chacune des lettres du stimulus. Or, en 1975, Estes
montre que l'effet de supériorité du mot varie selon que le masque est
un $ ou un #.
Deux ans auparavant, Johnston et McLelland (1973) avaient montré
qu'une lettre est plus facilement identifiée lorsqu'elle est contenue dans
un mot que lorsqu'elle est présentée seule si on utilise un masque
composé d'un pattern de traits (fig. 1 b).
Mais cet effet est totalement supprimé lorsque le masque est un Identification des mots et non-mots 483
flash. Or, dans toutes ces recherches, les auteurs ont neutralisé la redon
dance et utilisé le paradigme de Reicher, ce qui montre bien que dans
ces conditions la supériorité du mot dépend de l'importance du masquage.
Si celui-ci est peu efficace, la supériorité du mot disparaît.
b) Le rôle de Vattitude
Dans l'expérience de Reicher (1969) les mots et les non-mots sont
mélangés de sorte que le sujet ne sait pas à l'avance quel type de stimulus
va lui être présenté. Alors que dans les expériences de Johnston et
McLelland (1973) le sujet sait toujours quel type de stimulus va lui être
présenté. Il peut donc se préparer à percevoir un certain type de st
imulus et donc adopter la stratégie de codage correspondant au stimulus.
Ce facteur n'est pas négligeable puisqu'Aderman et Smith (1971), étu
diant ce qu'ils nomment la non-word strategy, montrent que lorsque la
redondance est neutralisée, l'effet de supériorité du mot disparaît
lorsque les sujets sont prévenus du type de matériel qui va leur être
présenté.
En 1974, Manelis confirme le rôle de l'attitude mais souligne que le
facteur redondance reste déterminant.
Il faut enfin remarquer que les divergences entre les résultats, dont
nous venons d'analyser certaines des causes, n'ont été rencontrées que
dans les situations où la redondance est neutralisée mais où les lettres-
test sont toujours présentées avant le stimulus, ce qui pose le problème
du rôle de la mémoire immédiate dans la supériorité du mot sur le non-
mot.
2) La mémoire
Le problème de la mémoire dans le processus d'identification des
mots a déjà été évoqué dans le paragraphe où l'on a analysé le para
digme de Reicher. On a alors souligné le fait que de présenter les lettres-
test après la disparition du stimulus suppose que le sujet retienne le
stimulus jusqu'à ce qu'il perçoive l'alternative. Le fait que, pour certains
auteurs (Thompson et Massaro, 1973, etc.), la présentation des lettres-
test avant le stimulus soit susceptible de supprimer la supériorité du
mot lorsque la redondance est neutralisée, suggère que la mémoire
joue un certain rôle. En 1964, Gibson, Bishop, Schiff et Smith ont tenté
de montrer que la mémoire ne doit pas jouer un rôle capital dans le seuil
d'identification. Après avoir indiqué que les seuils d'identification des
syllabes (MIB) sont inférieurs à ceux du sigle (IBM) qui sont eux-mêmes
inférieurs à ceux des trigrammes non prononçables (1MB), ces auteurs
ont trouvé qu'aussi bien dans une tâche de rappel libre que dans une
tâche de reconnaissance, les sujets retiennent mieux les sigles que les
syllabes, qui sont elles-mêmes mieux retenues que les trigrammes non
prononçables.
Plus récemment, Appelman (1976) a repris ce problème dans une

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