La théorie du champ sensori-tonique de Werner et Wapner - article ; n°2 ; vol.62, pg 423-447

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L'année psychologique - Année 1962 - Volume 62 - Numéro 2 - Pages 423-447
25 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : lundi 1 janvier 1962
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Eliane Vurpillot
La théorie du champ sensori-tonique de Werner et Wapner
In: L'année psychologique. 1962 vol. 62, n°2. pp. 423-447.
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Vurpillot Eliane. La théorie du champ sensori-tonique de Werner et Wapner. In: L'année psychologique. 1962 vol. 62, n°2. pp.
423-447.
doi : 10.3406/psy.1962.26926
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1962_num_62_2_26926REVUE CRITIQUE
LA THÉORIE DU CHAMP SENSORI-TONIQUE
DE WERNER ET WAPNER
par Éliane Vurpillot
La première formulation de la théorie du champ sensori-tonique de
la perception date de 1949 (Werner, Wapner, 1949) ; un second article
théorique (Werner, Wapner, 1952), des discussions relatives à l'inte
rprétation de nombreux résultats expérimentaux et enfin l'introduction
au compte rendu d'une vaste étude génétique (Wapner, Werner, 1957)
ont développé le contenu du premier article et systématisé, sous forme
de postulats, les hypothèses initiales sans les modifier autrement que
sur des points de détail.
A travers ces exposés, la théorie de Werner et Wapner nous apparaît
comme doublement interactionniste. Tout percept serait le fruit d'inter
actions, d'une part entre excitations sensorielles et toniques au niveau
du sujet, d'autre part entre l'état de l'organisme et celui des objets qui
l'environnent. Le nom même donné à la théorie résume ce double aspect.
C'est une théorie de « champ », qui considère le percept comme lié à
l'ensemble de la situation et conditionné par toutes les stimulations
reçues par un sujet, à un instant donné, qu'elles proviennent du monde
extérieur ou de son organisme, de l'objet à percevoir ou de ceux qui
l'entourent. Ce champ est sensori-tonique, c'est-à-dire que, dans le
processus dynamique qui engendre la perception, on peut toujours
distinguer une composante sensorielle et une tonique. Enfin, non seul
ement l'état psychophysiologique de l'organisme, à un instant donné,
mais la personnalité entière du sujet déterminent le percept. Si la théorie
du champ sensori-tonique a pris corps en 1949, c'est que l'on se trouve
alors en présence de deux importantes séries de faits expérimentaux.
De nombreuses recherches sont en cours, qui toutes mettent en évidence
l'existence de modifications du percept sous l'influence des motivations
du sujet. Le principal problème théorique posé par ces expériences est
d'expliquer comment l'état de l'organisme peut modeler un percept
visuel, obtenu à partir d'une donnée sensorielle aussi dépendante de la
stimulation physique émise par l'objet et des possibilités physiologiques
de l'appareil visuel, que l'est une image rétinienne. 424 REVUE CRITIQUE
Le deuxième ensemble de faits expérimentaux que nous trouvons à
l'origine de la réflexion de Werner et Wapner est fourni par les recherches
qu'a lancées l'aviation américaine sur la perception de la verticalité.
Elles ont mis en relief l'importance des sensations proprioceptives et
leur influence sur la perception visuelle.
Or, pas plus les théories sensorielles que les théories motrices n'offrent
une interprétation satisfaisante des faits observés. La psychophysique
— que Werner et Wapner (1949) considèrent comme le prototype de la
méthodologie expérimentale sensorielle — cherche, par des artifices
statistiques, à neutraliser les variations intra-individuelles et, par là
même, néglige le rôle de l'organisme.
Les théories behavioristes insistent sur le rôle de l'action. A la limite,
elles confondent la perception d'un objet avec l'usage qu'on peut en
faire ; moins absolues, elles font une part aux facteurs sensoriels et
moteurs. Mais Werner et Wapner reprochent à l'interaction sensori-
motrice proposée par ces théories, son caractère associationniste.
Comment des éléments aussi différents intrinsèquement pourraient-ils
agir l'un sur l'autre ? Bien qu'on puisse distinguer une composante
motrice et une composante sensorielle, celles-ci ne sont point des éléments
dont la synthèse formerait le percept. Les conditions posées à leur
interaction sont les suivantes (Werner, Wapner, 1949) :
1) La base de la perception se trouve dans un processus dynamique
total, analysable en facteurs, mais non réductible à une simple
addition de ceux-ci et antérieur à sa traduction en aspects sensoriels
et toniques ;
2) Ces facteurs (sensoriels et toniques) présentent des propriétés dyna
miques communes.
Il semble donc que, pour Werner et Wapner, la condition nécessaire
et suffisante à l'existence d'une interaction soit une équivalence fonc
tionnelle définie comme la possibilité, pour deux facteurs, d'être substi
tués l'un à l'autre sans qu'il en résulte de changement au niveau du
résultat final. Dans ce cas particulier, le résultat est le processus dyna
mique total, base de la perception. Cette définition de l'interaction est,
comme le fait remarquer Allport (1955), très restrictive.
I. — La nature sensori-tonique de la perception
On peut toujours distinguer dans la perception, disent Werner et
Wapner, une composante sensorielle et une composante tonique.
Tonus est pris dans un sens large et désigne un état de tension orga
nique qui se manifeste aussi bien au niveau de la musculature lisse que
de la musculature striée. Il dépend du tonus musculaire mis en jeu par
le simple maintien d'une posture chez un individu immobile, comme
de l'activité musculaire développée par un mouvement. La composante
tonique serait fournie par les sensibilités interoceptive et proprioceptive,
alors que la composante sensorielle serait d'origine extéroceptive. VURPILLOT. CHAMP SENSORI-TONIQUE DE WERNER ET WAPNER 425
Cependant, l'essentiel n'est pas dans la nature des deux composantes
de la perception, mais dans l'existence d'un complexe sensori-toniquè,
considéré comme un processus dynamique, primitif, dont on peut faire
l'analyse, mais non point la synthèse.
C'est là une donnée gestaltiste, un tout primitif, radicalement
différent de ses constituants. La nature sensori-tonique de la perception
se présente donc comme une notion syncrétique et ni l'articulation entre
les composantes, ni le mécanisme de l'interaction ne sont abordés.
L'existence de ce complexe sensori-tonique ainsi posée, les auteurs
voient en lui la seule réalisation possible d'une interaction entre facteurs
sensoriels, que ceux-ci soient d'une part les stimulations issues de l'objet,
d'autre part celles que fournit l'organisme, ou que ces stimulations
proviennent de diverses sources propres à l'organisme : viscérales et
somatiques.
Un complexe sensori-tonique est-il vraiment indispensable et ne
pourrait-on pas proposer un schéma plus simple ? Chaque stimulation
extéroceptive entraînerait une réponse motrice, que celle-ci soit expli
cite (mouvement) ou implicite (modification du tonus musculaire). Dans
un cas comme dans l'autre, il y aurait modification tonique, donc
message proprioceptif retransmis au système nerveux central et intégré
avec le message extéroceptif initial. Ces messages proprioceptifs, consé
cutifs aux mouvements de réponse, sont connus sous le nom de stimu
lations réafférentes (von Holst, 1954) et leur influence sur des percep
tions visuelles a été démontrée expérimentalement (Held, Hein, 1958 ;
Held, Bossom, 1961).
Il semble, d'après des références citées dans différents articles, que
cette interaction entre phénomènes d'origine motrice et phénomènes
d'origine sensorielle, puisse être mise en évidence sur trois plans :
neurophysiologique, pathologique et psychologique.
1. Arguments neurophysiologiques
Des recherches récentes (dont Dusser de Barenne, McCulloch, 1938 ;
Penfield, Erickson, 1941) ont montré que les zones de projection corticale
sensorielle et motrice se chevauchaient largement. Au niveau des local
isations cérébrales, il n'est donc pas légitime de séparer complètement
aires motrices et aires sensorielles et il serait plus correct de parler de
cortex sensori-moteur, tout au moins pour certaines aires cérébrales.
Ce recouvrement anatomique se traduit, au niveau fonctionnel, par
une interaction : la stimulation électrique de zones sensorielles
corticales du chimpanzé entraîne une facilitation ou une inhibition des
réponses motrices (Dusser de Barenne, Garol, McGulloch, 1941). On
observe aussi des chevauchements entre zones motrices somatiques et
motrices autonomes, qui entraînent des interactions entre activité
motrice volontaire et activité autonome au niveau du pouls, de la
température, de la pression artérielle (Fulton, 1944).
Enfin, l'étude du tonus postural a montré que l'activité tonique des
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centres spinaux pouvait être modifiée par des stimulations sensorielles,
que celles-ci soient visuelles, auditives ou tactiles aussi bien que proprio-
ceptives (Sherrington, 1911 ; Magnus, 1924). Lashley enfin (1942)
propose de voir, dans la posture et l'état du tonus musculaire qui lui
est associé, des intermédiaires possibles entre activités sensorielles et
motrices.
2. Arguments pathologiques
C'est l'observation des malades du cervelet qui apporte ici des
arguments à une théorie sensori-tonique de la perception. On observe
que, chez ces malades, une inclinaison latérale du corps entraîne souvent
la chute (Goldstein, 1939). L'équilibre aurait pu être maintenu si le
tonus musculaire s'était accru du côté opposé du corps. Une stimulation
électrique ou lumineuse, unilatérale, se traduit aussi par une chute du
même côté. Werner et Wapner raisonnent par analogie et interprètent
ainsi ce fait : une augmentation homolatérale du tonus (du côté de la
stimulation) n'est pas compensée par une augmentation hétérolatérale.
Gela paraît plausible, mais seule une mesure du taux de tonus des deux
côtés du corps, avant et pendant la stimulation, permettrait de le véri
fier ; il semble bien qu'elle n'ait pas été faite. D'après Goldstein (1960),
certains malades du cervelet ont tendance à pencher le corps ou la tête
du côté de la lésion. Si on les oblige à se redresser, ils manifestent divers
troubles : confusion, vertige, tendance à tomber, etc., alors que, penchés,
ils se sentent bien et se comportent normalement. Lorsque le patient
s'efforce de tenir sa tête droite, il a l'impression d'avoir à résister à une
force qui l'attire du côté lésé. Incliner la tête amène la disparition de
cette attirance et constitue une sorte d'adaptation de l'organisme aux
effets de la lésion. On peut donc penser que, chez le malade du cervelet,
apparaît une asymétrie dans la répartition du tonus et qu'un changement
de posture peut y remédier.
3. Arguments psychologiques
Deux faits ont été démontrés expérimentalement :
a) Une stimulation sensorielle peut modifier la distribution du tonus.
— Une lumineuse violente, portant sur un seul œil, entraîne
une augmentation homolatérale du tonus musculaire qui se traduit par
la chute du sujet de ce côté (Stein, 1910 ; Metzger, 1931). La stimulation
auditive semble, elle aussi, modifier de façon asymétrique la répartition
du tonus (Jellinek, 1933). Il ressort de ces faits que, à condition d'être
unilatérale, donc asymétrique relativement à l'axe du corps du sujet,
une stimulation sensorielle extéroceptive peut entraîner une asymétrie
dans la répartition du tonus musculaire.
b) En dehors de toute variation du stimulus proximal, un change
ment introduit dans la distribution du tonus musculaire peut entraîner une
modification de la perception. — Werner et Wapner (1949) citent comme
première évidence de ce fait l'expérience de Mach (1914). Ce dernier CHAMP SENSORI-TO.MQUE IJ E WERNER ET WAPNER 427 VURPILLOT.
immobilise les yeux d'un sujet lorsqu'ils sont tournés au maximum vers
la droite, puis il lui demande de regarder vers la gauche. L'effort soutenu
ne se traduit pas par un mouvement effectif mais par une augmentation
du tonus dans certains muscles oculo-moteurs ; les objets semblent,
sous cette influence, se déplacer vers la gauche, donc du côté où le tonus
est maximum.
Diverses expériences ont depuis lors été conçues en vue d'une étude
systématique des modifications d'un percept en fonction de la répart
ition du tonus.
Kleint (1937) attache à la tête de ses sujets un poids qui n'agit que
d'un côté. Le sujet a pour consigne de maintenir sa tête droite, malgré
l'action du poids, il est donc obligé de contracter les muscles du cou,
du côté opposé. Dans ces conditions, le sujet ne perçoit une ligne verticale
que s'il l'incline du côté où se manifeste ce supplément de tonus. La
déviation observée est d'autant plus marquée que le poids est plus
lourd et donc l'asymétrie tonique consécutive plus forte.
La mesure de la perception de la verticalité se faisant à peu près
toujours avec la même technique, nous décrirons rapidement celle-ci
dès maintenant. L'expérience a lieu dans l'obscurité pour supprimer
toute référence à un cadre visuel. Chez Werner et Wapner, la ligne à
ajuster est un bâton de 1 m de long, luminescent, placé à 1,50 m environ
du sujet et pouvant pivoter autour de son point médian. La mesure de la
verticalité perçue est donnée par l'angle, en degrés, que fait le bâton,
lorsqu'il est perçu vertical, avec la verticale physique.
On sait depuis Aubert (1861) que, lorsque le sujet incline latéralement
la tête ou le corps, il fait une erreur systématique en ajustant le bâton à
la verticale. Le sens de l'erreur varie avec le degré d'inclinaison. Lorsque
la tête est à 90° par rapport à la verticale physique, le bâton doit être
incliné du même côté afin d'être perçu vertical, c'est l'effet Aubert ou
effet A (Aubert, 1861). Quand la tête est moins penchée, 45° au plus,
l'erreur est de sens contraire, le bâton est perçu vertical quand il est
incliné du côté opposé à la tête, c'est l'effet E (Müller, 1916).
Werner, Wapner et Chandler (1951) reprennent cette expérience
simple. Ils observent que le degré d'erreur augmente avec l'angle d'incl
inaison de la tête (15 ou 30°) et retrouvent ainsi la même relation directe
que Kleint (1937) entre degré d'asymétrie du tonus et quantité d'erreur.
Ils introduisent un autre mode de variation du degré de tonus en
prenant des mesures sans support (le sujet penche la tête volontairement)
et avec support (le sujet est immobilisé dans un fauteuil qu'on incline).
Pour un même angle d'inclinaison de la tête, l'erreur est plus forte dans
la situation sans support (Werner, Wapner, Chandler, 1951). Ceci leur
permet de distinguer deux aspects dans l'état de l'organisme : 1) La
posture p, qui localise l'organisme l'espace, relativement à une
référence invariante, extérieure au sujet (la verticale physique du fil
à plomb) ; 2) La distribution sensori-tonique, o, qui caractérise l'état
interne de l'organisme. 428 REVUE CRITIQUE
Werner et Wapner (Werner, Wapner, Chandler, 1951) concluent que
la posture est « un état dynamique de l'organisme qui correspond à une
organisation continue des processus somato- et viscéro-toniques ».
Ils supposent, à nouveau par analogie, que, dans le cas où la posture
paraît seule en jeu (situation avec support) une asymétrie du tonus se
produit aussi, moindre toutefois que dans la situation « sans support ».
Chez des sujets paralysés d'un seul côté, il y a chronique
du tonus musculaire. On s'aperçoit alors que, même assis dans un
fauteuil, alors que l'axe de leur corps coïncide avec la verticale physique,
ils font une assez forte erreur systématique, liée au côté de la lésion,
lors de l'ajustement d'un bâton à la verticale (Blane, 1962).
Ces quelques exemples semblent bien montrer que la verticale perçue
dépend non seulement de la situation de l'image rétinienne par rapport
à l'axe vertical de la rétine, déterminée par la posture, mais
aussi de la distribution du tonus musculaire du sujet.
Un lien a donc pu être mis en évidence, dans certains cas, d'une part
entre une stimulation sensorielle et la répartition du tonus musculaire,
d'autre part entre une répartition asymétrique de ce et la per
ception. Werner et Wapner se sentent alors autorisés à conclure que
lorsqu'une stimulation s'accompagne d'un changement de la perception,
c'est qu'elle a modifié, de façon asymétrique, le tonus du sujet et par
suite l'équilibre antérieur entre le sujet et l'objet. Les divers résultats
invoqués apportent de fortes présomptions en ce sens mais non une
démonstration.
II. — L'interaction entre l'objet et le sujet
ET L'AXE D'ÉQUILIBRE
L'interaction entre le sujet et l'objet trouve son expression dans un
concept, lui aussi d'origine gestaltiste, celui de « champ ». La perception
ne varie ni en fonction des modifications de l'organisme, considéré
isolément, ni en des de l'objet, mais en fonction
des modifications qui surviennent au niveau de la relation entre l'objet
et l'organisme.
1. La relation ORS
Cette relation est schématisée sous la forme simple ORS dans
laquelle O désigne l'organisme, S l'objet stimulus, R la relation. Les
auteurs distinguent deux types de relations : stables et instables, qu'ils
définissent opérationnellement.
Une relation est dite stable lorsque, en présence d'un certain stimulus,
aucune tendance au changement ne se manifeste dans l'organisme. Une
relation est dite instable lorsque, en présence d'un certain
l'organisme manifeste une tendance au changement.
Werner et Wapner ajoutent à O et S un indice qui précise l'état
de et celui de l'objet au moment où la relation est formulée.
Par convention, x, y ou z indiquent un état quelconque ; o symbolise — CHAMP SENSORI-TONIQUE DE WERNER ET WAPNER 429 VURPILLOT.
une égalité de répartition de tonus dans l'organisme ou de répartition
des objets dans le champ à percevoir ; + indique une asymétrie avec
excès du côté droit ; — une asymétrie avec excès du côté gauche.
Une relation stable sera du type O0 R So, OXRSZ, O+ R S+1 etc.,
une relation instable O0 R S+, Ox R S,,, etc.
Dans le cas où la relation ORS est instable, il y a une forte tendance
à la rendre stable ; la stabilisation peut être obtenue par une modification
localisée soit au niveau de l'objet, soit au niveau du sujet.
Une intervention extérieure peut changer les relations spatiales
entre les objets à percevoir, par déplacement ou modification d'une
dimension. Si tout changement est exclu au niveau du monde physique,
c'est dans l'organisme qu'il se produira, tendant à établir un nouvel
équilibre entre le sujet et l'objet. Une relation instable du type Ox R S^
entraînera un changement de Ox en O^ afin de rétablir une relation plus
stable : Oy R Sy.
Nous voyons que la symétrie joue un rôle primordial dans le modèle
de Werner et Wapner. Une relation stable peut être aussi bien du type
O0 R So que Ox R Sx. Dans le premier cas, l'objet a une symétrie interne
et se trouve au centre du champ visuel, il y a équilibre entre ses moitiés
gauche et droite, supérieure et inférieure ; d'autre part, la répartition
du tonus (au sens large) est la même dans les moitiés gauche et droite
de l'organisme.
Dans le second cas, il y a asymétrie au niveau de l'organisme dans
la distribution du tonus, comme au niveau de l'objet. L'asymétrie
de celui-ci peut être interne ou de position, par rapport au plan médian
objectif, donc relative à une référence elle-même directement liée au
sujet.
Dans la relation Ox R S^., l'asymétrie au niveau de l'organisme
compense l'asymétrie qui existe au niveau de l'objet.
2. L'axe d'équilibre et la force réactive
Werner et Wapner font une distinction entre l'axe de symétrie
physique du corps du sujet, axe qui est situé dans le plan médian, et
l'axe d'équilibre. Celui-ci est déterminé par une distribution égale, à
sa droite et à sa gauche, du tonus. Lorsque le tonus est le même dans
les deux moitiés du corps, les deux axes coïncident ; lorsque le tonus
est plus intense d'un côté, l'axe d'équilibre se trouve dévié dans cette
direction.
Toute stimulation qui modifie de façon asymétrique la répartition
du tonus, entraîne un déplacement de l'axe d'équilibre de l'organisme
et un changement dans la relation ORS. Werner et Wapner font
intervenir une force réactive, responsable du déplacement de l'axe
d'équilibre ; cette force se présente elle aussi comme une donnée gestal-
tiste et n'est pas mesurable directement.
La position de l'axe d'équilibre, relativement à une référence phy
sique invariante, apparaît comme une constante personnelle. Elle so REVUE CRITIQUE 430
manifeste par une erreur systématique dont le sens et l'intensité varient
d'une personne à une autre et que l'on peut observer dans la détermi
nation soit de la verticale subjective, soit du médian apparent1, en dehors
de toute asymétrie au niveau du sujet ou de l'objet. Ainsi, la verticale
apparente, mesurée par l'ajustement d'un bâton par un sujet debout et
droit, ne coïncide en général pas exactement avec la verticale physique
(Wapner, Werner, Morant, 1951 ; Wapner, Werner, Chandler, 1951).
La forte cohérence interne, observée entre les mesures successives d'un
même sujet, semble indiquer une grande stabilité de cette constante
personnelle.
L'erreur systématique mesurée en situation dite contrôle — en
dehors de toute asymétrie — augmente avec l'âge entre 6 et 18 ans
(Wapner, Werner, 1957). Werner et Wapner voient en elle un témoin du
développement d'un cadre de référence personnel, constitué par une
relation systématique entre la posture et la situation de l'axe d'équilibre.
Nous avons vu que des individus hémiplégiques manifestent une
forte erreur même lorsque leur corps est parfaitement
droit (Blane, 1962). Cette erreur n'est pas de même sens chez les
enfants et chez les adolescents. Les premiers inclinent la verticale subjec
tive du côté du membre paralysé, les seconds, du côté opposé ; tout se
passe comme si, chez les enfants, l'axe d'équilibre demeurait dévié du
côté de la lésion, par compensation insuffisante de l'asymétrie de tonus,
alors que, chez les adolescents, une surcompensation entraînerait une
déviation de l'axe d'équilibre du côté opposé.
III. — La constance perceptive et la verticale subjective
1. Critique d'une interprétation en termes d'intégration
d'indices rétiniens et proprioceptifs
L'ensemble des recherches sur la verticalité perçue qui ont précédé
l'énoncé de la théorie de Werner et Wapner, a mis en évidence l'existence
de deux catégories d'indices : visuels et proprioceptifs qui jouent un
rôle aussi bien dans la détermination de la verticalité du corps du sujet
que dans celle d'un objet extérieur (Piéron, 1949 ; Gibson, 1952). On a
pu parler d'une verticale proprioceptive extrêmement précise : dans
l'obscurité complète, un sujet immobilisé dans un fauteuil incliné est
capable de redresser celui-ci à la verticale en commettant une erreur qui
ne dépasse pas 2° (Witkin, 1949).
Lorsqu'un sujet est incliné d'un côté, à gauche par exemple, et
regarde un bâton lumineux, objectivement vertical, il reçoit deux sortes
de messages : l'image du bâton a tourné vers la droite et fait un angle a
avec l'axe de la rétine, la verticale proprioceptive (basée essentiellement
sur la position des otolithes) indique un angle — a de l'axe de la tête
1. Nous rappelons que le plan médian objectif correspond au plan ver
tical de svmétrie de la tête. : CHAMP SENSORI-TONIQUE DE WERNER ET WAPNER 431 VURPILLOT.
avec la verticale physique. Les deux déplacements se compensent, la
perception devrait donc être invariante et la constance (définie comme
l'obtention d'une même perception à partir de différents stimuli proxi-
maux) parfaite. Or, en général, ce n'est pas le cas, nous observons
l'effet A ou l'effet E. Witkin conclut qu'en cas de conflit, les indices
visuels sont en général prépondérants. Cette explication apparaît insuf
fisante à Werner et Wapner qui en proposent une autre (Wapner,
Werner, 1957).
2. Interprétation en termes d'axe d'équilibre
La constance de la perception n'est réalisable, disent-ils, que si, à
tout changement du stimulus proximal (image rétinienne), correspond
un corrélatif, au niveau de l'organisme, qui se traduit par
un déplacement de l'axe d'équilibre sous l'influence d'une force réactive.
Quand le sujet penche la tête ou le corps et que la déviation de l'axe
d'équilibre compense entièrement celle du stimulus proximal, il y a
constance parfaite. L'axe d'équilibre rejoint la verticale physique.
Lorsque la compensation est incomplète, par insuffisance de force
réactive, l'axe d'équilibre se rapproche de la physique sans
l'atteindre, il forme avec l'axe de la tète un angle plus petit que celui
réalisé par l'inclinaison de la tête. Il y a sous-constance ; pour être
perçu vertical, le bâton doit être incliné, comme l'axe d'équilibre, du
même côté que la tête du sujet, c'est l'effet Aubert.
On pourrait supposer, à la limite, que le bâton doive être incliné
autant que la tête, c'est-à-dire jusqu'à ce que son image rétinienne
coïncide avec l'axe vertical de la rétine. Il y aurait alors absence de
force réactive et constance nulle. L'axe d'équilibre se confondrait avec
celui de la tête en toutes circonstances.
Lorsque, par excès de force réactive, l'axe d'équilibre forme avec
l'axe de la tête un angle supérieur à celui de l'inclinaison du sujet, il y
a sur-constance. Pour être perçu vertical, le bâton doit être incliné du
côté opposé à celui de la tête du sujet, c'est l'effet E.
Si l'on admet avec Wapner et Werner, d'une part que l'effet A
exprime une sous-constance et l'effet E une sur-constance, d'autre
part que le degré de constance correspond à la compensation d'une
déviation de l'image rétinienne par une inclinaison en sens opposé de
l'axe d'équilibre et enfin que le déplacement de l'axe d'équilibre se fait
sous l'influence d'une force réactive au niveau de l'organisme, on peut
faire certaines prévisions sur le développement génétique de la percept
ion de la verticalité.
3. L'évolution génétique de la constance
de la verticalité perçue
Les auteurs font l'hypothèse qu'au départ, chez l'enfant très jeune,
il y a indifférenciation complète entre le sujet et l'objet. Ce dernier
est en quelque sorte assimilé au sujet qui constitue le seul système de

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