Le mouvement dirigé vers un objectif visuel, chez l'adulte et chez l'enfant - article ; n°2 ; vol.79, pg 559-588

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L'année psychologique - Année 1979 - Volume 79 - Numéro 2 - Pages 559-588
Summary
This review is concerned with the analysis of movements directed towards a visual target. Recent data from animal psychology, from neuro-physiology, and from studies on newborns are briefly reviewed. The emphasis is on temporal and spatio-temporal analysis of the different components of this activity, in adults and in children. We try to demonstrate both important functional components, motor programming and visual control, which emerge from this analysis in adults, and how this model could be applied to developmental studies in children.
Résumé
Celte revue porte sur l'analyse du mouvement dirigé vers un objectif visuel. Les apports récents de la psychologie animale, de la neurophysiologie, et des études sur le nourrisson sont brièvement évoqués. L'accent est mis sur l'analyse temporelle et spatio-temporelle des différentes composantes de ce comportement, chez l'adulte et chez l'enfant. On a tenté de montrer comment cette analyse conduit chez l'adulte à distinguer deux composantes fonctionnelles importantes, la programmation motrice et le guidage, et comment on pourrait tirer profit de ce type d'approche pour l'étude du développement chez l'enfant.
30 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : lundi 1 janvier 1979
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Laurette Hay
Le mouvement dirigé vers un objectif visuel, chez l'adulte et
chez l'enfant
In: L'année psychologique. 1979 vol. 79, n°2. pp. 559-588.
Abstract
Summary
This review is concerned with the analysis of movements directed towards a visual target. Recent data from animal psychology,
from neuro-physiology, and from studies on newborns are briefly reviewed. The emphasis is on temporal and spatio-temporal
analysis of the different components of this activity, in adults and in children. We try to demonstrate both important functional
components, motor programming and visual control, which emerge from this analysis in adults, and how this model could be
applied to developmental studies in children.
Résumé
Celte revue porte sur l'analyse du mouvement dirigé vers un objectif visuel. Les apports récents de la psychologie animale, de la
neurophysiologie, et des études sur le nourrisson sont brièvement évoqués. L'accent est mis sur l'analyse temporelle et spatio-
temporelle des différentes composantes de ce comportement, chez l'adulte et chez l'enfant. On a tenté de montrer comment
cette analyse conduit chez l'adulte à distinguer deux composantes fonctionnelles importantes, la programmation motrice et le
guidage, et comment on pourrait tirer profit de ce type d'approche pour l'étude du développement chez l'enfant.
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Hay Laurette. Le mouvement dirigé vers un objectif visuel, chez l'adulte et chez l'enfant. In: L'année psychologique. 1979 vol.
79, n°2. pp. 559-588.
doi : 10.3406/psy.1979.28287
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1979_num_79_2_28287L'Année Psychologique, 1979, 79, 559-588
INP4-CNRS, Marseille1
LE MOUVEMENT DIRIGÉ VERS UN OBJECTIF VISUEL
CHEZ L'ADULTE ET CHEZ L'ENFANT
par Laurette Hay
SUMMARY
This review is concerned with the analysis of movements directed
towards a visual target. Recent data from animal psychology, from neuro-
physiology, and from studies on newborns are briefly reviewed. The emphasis
is on temporal and spatio-temporal analysis of the different components of
this activity, in adults and in children. We try to demonstrate both important
functional components, motor programming and visual control, which
emerge from this analysis in adults, and how this model could be applied to
developmental studies in children.
La motricité est considérée par de nombreuses écoles (Piaget,
1948, 1950 ; Wallon, 1941, 1949) et à travers des approches très diverses,
comme organisatrice de l'espace. Qu'il s'agisse du transport du corps
dans son ensemble ou des mouvements de ses segments articulés, la
contribution de la motricité ne réside pas dans une simple découverte
du monde physique par nos mouvements, permettant de contrôler
l'adéquation de l'expérience sensorielle avec les données objectives du
milieu (Vurpillot, 1963). Elle est une « élaboration ou confirmation pro
gressive d'un système de relations et de mise en référence » de type
interactif entre l'organisme et l'environnement (Paillard, 1971).
C'est pourquoi ni le corps en mouvement ni l'espace extérieur ne
peuvent s'exprimer indépendamment l'un de l'autre. Cette idée a été
développée en particulier par Wallon (1959) à propos du schéma cor
porel qui « n'est donc plus seulement celui des images qui le composent >/,
et « devient celui des rapports entre l'espace gestuel et l'espace des
I. 31, chemin Joseph-Aiguier, 13274 Marseille Cedex 2. 560 L. Hay
objets », ainsi que par Ajuriaguerra (1962) : « ... La dynamique du
corps agissant ne pouvant s'accomplir que dans l'espace et jusqu'à un
certain point, l'espace n'étant rien pour nous sans le corps qui agit. »
Dans ce jeu d'interactions, il est reconnu que, chez l'homme, les
coordinations -visuo-motrices revêtent une grande importance parmi
l'ensemble des coordinations sensorimotrices, comme élément de base
dans la construction de l'espace. De ce point de vue, le comportement
simple qui consiste à déplacer sa main dans l'espace visuel en direction
d'un objet à saisir pose un grand nombre de problèmes, sur le plan de
son histoire ontogénétique et des mécanismes impliqués, et présente
par conséquent un intérêt théorique général incontestable. De plus, le
paradigme expérimental du pointage visuo-manuel et de la saisie
manuelle a connu ces dernières années un renouveau d'intérêt, à travers
trois types de recherches : les recherches comportementales sur l'animal,
les recherches sur les mécanismes neurophysiologiques, et les recherches
sur le nourrisson.
1. Les travaux sur V animal ont généralement consisté à isoler les
sources d'information critique dans l'organisation du comportement
visuo-moteur, principalement selon trois méthodes que je citerai à
travers quelques travaux récents :
— La désafférentation chirurgicale, portant le plus souvent sur la pro-
prioception des membres (Taub et Berman, 1968 ; Berman et coll., 1971 ;
Taub et coll., 1975), ou sur la proprioception cervicale et oculaire
(Cohen, 1961).
— La privation visuelle ou motrice à la naissance : qu'il s'agisse de
privation visuelle complète (monoculaire ou binoculaire) (Riesen, 1950 ;
Ganz et Fitch, 1968 ; Berthoz et coll., 1975) ou de privation limitée à
la vision des membres (Hein et Held, 1967 ; Hein et Diamond, 1971 ;
Walk et Bond, 1971 ; Hein et Diamond, 1972), ou enfin de privation
motrice (Held et Hein, 1963 ; Hein et coll., 1970 a; Hein et coll., 1970 b),
ce type d'approche a éclairé d'une manière nouvelle certains aspects
ontogénétiques du problème. Outre la mise en évidence du caractère
appris des relations spatiales impliquant la nécessité d'une mise en
jeu active des coordinations sensorimotrices, ces études conduisent à
distinguer chez le chaton l'incitation et le guidage visuels du mouvement
de placement de la patte, du point de vue de la date et de l'ordre d'appar
ition de ces deux composantes, et des informations et expériences cr
itiques nécessaires à leur développement respectif.
— La préparation « cerveau dédoublé » chez le singe constitue égal
ement un champ d'investigation très riche pour l'analyse des processus
en cours dans les réactions visuo-motrices (Beaubaton, Chapuis, 1974,
1975 ; Paillard, Beaubaton, 1957 a, 1975 b). Le mouvement dirigé vers un objextif visuel 561
2. Des travaux neurophysiologiques et psychophysiologiques récents
apportent des connaissances nouvelles sur les structures nerveuses
impliquées.
Sur le plan visuel, on a montré que les déficits de la discrimination
spatiale dus à des lésions frontales, pariétales ou temporales, concernent
plus spécifiquement, selon la lésion, respectivement la localisation de
l'objet, les relations spatiales entre objets ou l'identification de la
forme (Pohl, 1973). A propos de la différenciation entre ces fonctions,
on notera aussi l'apport de la préparation « cerveau dédoublé » dans
leur localisation corticale ou infracorticale (Beaubaton et coll., 1970).
On sait aussi que le cortex strié ne semble pas indispensable à la projec
tion de la main en direction des objets (son ablation ne perturbe pas cette
phase du geste) ; par contre, il intervient dans l'ajustement terminal du
geste sur l'objectif (Humphrey et Weiskran tz, 1967), encore que cette inter
vention soit utile au membre contralaté^al et non ipsilatéral à l'hémisphère
voyant chez le singe commissurotomisé (Paillaid et Beaubaton, 1975).
Ceci nous amène à des aspects appartenant plus spécialement au
versant moteur, avec la distinction radicale qui doit être faite entre la
motricité distale responsable de la saisie manuelle et liée au faisceau
pyramidal, et la motricité proximale responsable de l'approche ini
tiale de l'objet et contrôlée par les voies cortico-spinales indirectes
(Kuypers, 1973). Il faut souligner dans ce domaine l'apport important
des travaux sur le rôle dé la boucle cérébello-corticale dans le codage
directionnel des mouvements du bras dans l'espace (Massion, 1973 ;
Massion et Rispal-Padel, 1972) et dans la programmation du freinage,
rôle mis en évidence par l'exclusion du noyau dentelé (Brooks, 1975) ;
des expériences de refroidissement du au cours d'une
tâche de pointage conditionné chez le singe (Trouche et coll., 1976 ;
Beaubaton et coll., 1978) révèlent une diminution du temps de mouve
ment pouvant suggérer une déficience du freinage. Les travaux récents
sur le rôle du cervelet dans le déclenchement, la programmation et le
contrôle du mouvement viennent de donner lieu à une courte mais
très concise revue de Brooks (1977). Enfin, dans le domaine des activités
unitaires, la découverte récente, chez le singe, de neurones pariétaux
activés spécifiquement pendant les mouvements du bras vers une cible
visuelle située dans le champ de préhension (Hyvarinen et Poranen, 1974 ;
Hyvarinen, 1978 ; Mountcastle at coll., 1975), ouvre un champ de
réflexion nouveau sur la coordination visuo-rnanuelle.
L'état récent du problème des mécanismes neurophysiologiques
impliqués dans les coordinations visuo-motrices, que j'ai à peine esquissé
ici, vient d'être beaucoup plus largement exposé par Paillard et Beau
baton (1978).
3. Enfin le problème du point de départ ontogénétique de l'orientation
du mouvement dans l'espace connaît lui aussi un renouveau ces dernières 562 L. Hay
années à travers les recherches sur le nourrisson. Des travaux anciens
comme ceux de Piaget, de Gesell ont décrit l'évolution des relations
visuo-manuelles en liaison avec la maturation nerveuse, avec les réac
tions réflexes primitives d'orientation et l'indépendance initiale des
champs de capture, puis la découverte de la main par l'œil, suivie de
son guidage visuel vers l'objectif, et enfin l'anticipation posturale des
doigts en vue de la saisie. Un apport déterminant dans ce domaine est
constitué par les analyses cinématographiques de Halverson, qui a
laissé des descriptions minutieuses de l'évolution des formes d'approche
(Halverson, 1931), de l'implication segmentaire (Halverson, 1933), de la
vitesse du mouvement, des types d'erreur et, d'une manière générale,
de toutes les caractéristiques du mouvement orienté en vue de la préhen
sion du nourrisson (Halverson, 1937). Ces études ont été par la suite
confirmées et enrichies par White, Castle et Held (1964) qui ont décrit des
réactions précoces (deuxième mois) d'approche en direction d'un objet.
Parmi les recherches actuelles sur les réactions visuo-manuelles du
nourrisson, si on laisse volontairement de côté toutes celles qui utilisent
cette réaction non comme objet d'étude en soi mais comme méthode
d'analyse de la perception visuelle ou de l'élaboration de l'objet, on
trouve une préoccupation commune qui est de différencier expérimen
talement les réactions réflexes des réactions « intentionnelles » ou dirigées,
et les approches balistiques des approches guidées. Elles suggèrent éga
lement la précocité possible des dirigées qu'on trouve, selon
Bower (1974), dans la proportion de 40 % dès la deuxième semaine, et
l'importance dans ce domaine des postures de base (Bullinger, 1976).
La différenciation entre réactions réflexes et mouvements dirigés a été
tentée en jouant sur les caractéristiques de préhensibilité de la cible
(Bruner et Koslowski, 1972), de matérialité (objet réel ou image vir
tuelle) (Bower et coll., 1970) ou d'éloignement (Field, 1976), ou simple
ment sur la base de la fréquence des mouvements aboutissant à l'objet
par rapport au nombre total d'extensions (Rufî et Halton, 1978). La
modification des conditions visuelles de l'approche a été utilisée pour
analyser le mode de contrôle des mouvements orientés. Par cette
méthode, on a identifié des mouvements balistiques réussis à 20 semaines
en supprimant la lumière pendant l'approche (Bower et Wishart, 1972),
et on a mis en évidence l'apparition entre 4 et 10 mois de mouvements
visuellement guidés en déformant par prismes la trajectoire de la main
(Mac Donnell, 1975). Ces questions viennent d'être réexaminées sous la
forme d'une analyse assez détaillée des différents styles d'approche vers
des objets ou des images d'objets (Di Franco et coll., 1978). Il semble
aussi que l'environnement immédiat de l'objet (son type de support)
puisse influencer le mode de contrôle de l'approche (Bresson et
coll., 1976). Enfin le rôle de la convergence binoculaire a été mis en
évidence par modification prismatique de l'éloignement apparent de la
cible (Hofsten, 1977). Le mouvement dirigé vers un objectif visuel 563
L'analyse du mouvement dirigé vers un objet ou une cible en vue
de sa saisie ou de l'indication de sa position dans l'espace visuel, est un
problème qui a été largement abordé chez l'adulte, quoique inégalement
selon ses différents aspects. Par contre, si un certain nombre de données
intéressantes ont été récemment acquises, comme je viens de l'évoquer,
chez le bébé, les études de ce type de performance chez l'enfant sont
relativement rares ; si bien qu'on est singulièrement démuni pour carac
tériser la transition entre les performances du nourrisson et celles de
l'adulte. Pourtant une investigation systématique dans ce domaine
pourrait peut-être permettre de préciser la nature des relations de
l'enfant avec les objets qui l'entourent. D'autant plus que les études
faites sur l'adulte fournissent des modèles intéressants pour ce genre
d'investigation, à condition cependant de ne pas tomber dans l'erreur
qui consisterait à tenter d'expliquer mécaniquement le développement
d'un système en cours d'organisation à partir du fonctionnement du
système achevé.
Les différents éléments qui composent cette séquence comporte
mentale sont, tout d'abord, l'apparition d'un stimulus dans le champ
visuel entraînant des réactions de capture sensorielle, ensuite la mise en
mouvement du membre après une certaine latence, et enfin l'atteinte
plus ou moins précise de l'objectif. De nombreuses études convergent
pour distinguer deux composantes dans le déplacement du membre :
une composante balistique, c'est-à-dire le déclenchement d'un pro-
pramme moteur réglé en fonction du but à atteindre, et une composante
de guidage, c'est-à-dire la prise en compte des informations rétro
actives issues du mouvement comparées aux relatives à
l'objectif.
Ces différents aspects du mouvement orienté dans l'espace ont plus
souvent été étudiés à travers ses dimensions temporelles qu'à travers
ses dimensions spatiales. Je me limiterai ici à citer un certain nombre de
travaux portant sur les aspects temporels et spatio-temporels.
C'est ainsi que j'envisagerai tout d'abord les études qui ont pris en
compte la mesure du temps qui s'écoule entre l'apparition du stimulus
cible et l'arrêt du segment mobilisé dans une position finale qui coïncide
avec celle de la cible. J'examinerai ensuite les analyses qui ont porté
sur la cinématique du mouvement de transport lui-même.
LA MESURE DU TEMPS DE RÉPONSE
Le temps global de la réponse motrice peut se décomposer en deux
parties : le temps de réaction (TR) qui s'écoule entre l'apparition du
stimulus à atteindre et le début du mouvement, et le temps de mou
vement (TM), qui s'écoule entre le début et l'arrêt du mouvement. 564 L. Hay
CHEZ L'ADULTE
Relation entre temps de réaction et temps de mouvement
. La plupart des travaux ont montré que le TR et le TM n'étaient pas
influencés par les mêmes facteurs et, par conséquent, relevaient de
mécanismes indépendants (Henry, 1952, 1961 ; Fitts et Peterson, 1964 ;
Fitts et Radford, 1966; Breen et coll., 1969; Hermann et Kan-
towitz, 1969 ; Keele, 1968).
Le TR apparaît comme relevant de facteurs relatifs au choix ou à
l'élaboration du programme moteur, notamment à ses aspects direc
tionnels (Fiori et coll., 1974). Alors que le TM dépend essentiellement
de l'amplitude (Schmidtke et Stier, 1960) et de la précision exigée
(Fitts, 1954). Le TM a d'ailleurs été à la base de classifications de mou
vements d'où ressort le lien entre le temps et la précision : les mouve
ments les plus rapides sont ceux qu'on interrompt par une butée ;
ensuite viennent les mouvements sans objectif précis, mais dont l'arrêt
est commandé par l'action des muscles antagonistes ; et enfin les mou
vements les moins rapides sont ceux qui doivent s'orienter vers un objet
(Bailey et Presgrave, 1958).
Toutefois l'indépendance entre TR et TM n'est pas toujours manif
este. Quelques études ont montré une variation simultanée du TR
avec la précision du mouvement (Poulton, 1956), avec sa durée (Kan-
towitz, 1969), ou avec sa vitesse maximum (Megaw, 1972). Ces cor
rélations entre TR et TM ont également été trouvées dans le cas de
mouvements très courts assimilés alors à des mouvements entièrement
balistiques (Klapp, 1975).
Temps de réponse et programme moteur
II apparaît donc que le TR, et dans une certaine mesure aussi le
TM, renvoient à la notion de programme moteur. En effet le TM, s'il est
suffisamment bref pour être inférieur au temps de traitement du feed
back visuel (Keele et Posner, 1968) et du feed-back proprioceptif
(Chernikoff et Taylor, 1952; Gibbs, 1970), témoigne d'une possibilité
de contrôle du mouvement uniquement assuré par la programmation
motrice. Le TR, lui, est lié au stade de la sélection ou de l'élaboration
du programme et reflète par conséquent la relative fréquence d'usage,
donc facilité d'accès, du programme de réponse, ainsi que sa complexité
(Semjen, 1977). A cet égard, on voit à quel point ces indices pourraient
être utilement recueillis chez l'enfant, dans une perspective d'étude de
l'ontogenèse de la programmation motrice.
Temps de mouvement et feed-back
Fitts (1954) a le premier établi la relation existant entre le TM,
l'amplitude et la précision du mouvement, en formulant une loi :
TM = a -|- b log8(2A/W), où a et b sont des constantes, A l'amplitude Le mouvement dirigé vers un objectif visuel 565
du mouvement, et W la largeur de la cible. Celle-ci permettait d'expli
quer des résultats antérieurs (Brown et Slater-Hammel, 1949) qui mont
raient que l'augmentation du TM était une fonction logarithmique de
la distance à parcourir, dans une tâche où l'exigence de précision était
maintenue constante. De plus, elle s'est révélée cohérente avec des tr
avaux ultérieurs sur le temps requis par l'accomplissement de correc
tions en cours de mouvement sur la base du feed-back (Crossman et
Goodeve, 1963 ; Keele, 1968) ; ceci conduit à l'idée selon laquelle le
TM est fonction du nombre de corrections nécessaire pour parvenir à
la cible (chaque correction demandant à peu près le même temps = 190
à 260 ms), donc qu'il est d'autant plus grand que la cible est éloignée
et petite car il faudra d'autant plus de corrections (donc de traitements
du feed-back). On peut expliquer la nécessité croissante de corrections
en fonction de la distance par le fait que l'erreur initiale du programme
se voit appliquer un facteur multiplicatif qui est fonction de la lon
gueur de la trajectoire. On notera à ce propos un travail récent qui a
consisté à tester la loi de Fitts sur une large gamme d'amplitudes de
mouvements (Langolf et coll., 1976). Les données précédentes remettent
peut-être en cause certaines évaluations plus anciennes sur le temps de
traitement du feed-back visuel (500 ms) qui, d'après Keele, semblent
excessives (Woodworth, 1899 ; Vince, 1948) ; il faut cependant noter
qu'elles n'avaient pas été faites dans les mêmes situations expérimentales.
chez l'enfant
Temps de réaction
Sur le TR considéré en lui-même (indépendamment du TM) on
trouve une abondante littérature, dont une partie a été recensée par
Hohle (1967), comprenant notamment une série d'études minutieuses
assez anciennes (Gilbert, 1894 ; Claparède, 1925 ; Surber, 1931 ; Philip,
1934 ; Goodenough, 1935 a ; Fessard et coll., 1936 ; etc.). Il en ressort
principalement que la rapidité de la réaction augmente avec l'âge, avec
une période charnière vers 7-8 ans : avant cette période, les enfants
présentent une incapacité particulière à réagir rapidement à un stimulus
(les TR entre 4 et 7-8 ans sont très longs et diminuent très rapidement) ;
ensuite, 8 et 17 ans, les TR continuent à diminuer, mais selon une
évolution plus lente. Cette évolution a été confirmée par des travaux
plus récents, comme ceux de Michalicka (1966).
Relations entre temps de réaction et temps de mouvement
Les considérations précédentes sur l'indépendance entre le TR et
le TM chez l'adulte conduisent à se poser la question de l'histoire de cette
indépendance du point de vue de l'ontogenèse de la programmation
du mouvement. Des éléments d'information sur ce problème nous sont
apportés soit par des études qui se sont directement attachées aux rela-
ap — 20 566 L. Hay
tions entre TR et TM chez l'enfant (Pierson, 1959 ; Wallace et coll. , 1978),
soit à travers des travaux abordant le problème d'une façon plus indi
recte et centrés notamment sur le rôle du facteur familiarité/nouveauté
du stimulus, et du mode de renforcement. La plupart de ces études
montrent une indépendance nette entre TR et TM en fonction des
facteurs considérés (Cantor et Cantor, 1964 ; Witte, 1965, 1967 ; Miller,
1966, 1969 ; Bogartz et Witte, 1966 ; Cantor et Fenson, 1968), mais
certaines montrent aussi qu'elle n'est que relative (Sheikh et Cook, 1972),
ou même absente à un âge assez précoce (Witte et Cantor, 1967). Le
caractère contradictoire de ces résultats justifierait un réexamen du
problème.
Temps de mouvement : loi de Fitts et ontogenèse
L'intérêt théorique que présente la loi de Fitts pour la compréhension
du contrôle du mouvement orienté dans l'espace inciterait à rechercher
les conditions de sa vérification chez l'enfant au cours de l'onto
genèse. Malheureusement, la plupart des auteurs qui ont étudié l'évolu
tion de la vitesse du mouvement en fonction de l'âge ne l'ont général
ement pas reliée à sa précision (Bryan, 1892 ; Goodenough et Brian, 1929 ;
Goodenough et Tinker, 1930 ; Goodenough, 1935 b ; Mendryk, 1960 ;
Hodgkins, 1963 ; Alderman, 1968 ; Rey, 1968 ; Cantor et Kubose, 1970 ;
Boley, 1975 ; Fulton et Hubbard, 1975 ; Haywood, 1979). En effet,
dans un certain nombre de ces travaux, la tâche n'inclut pas une exi
gence de précision spatiale, mais seulement de rapidité, comme par
exemple dans l'expérience de Cantor et Kubose (1970) où le sujet doit
tirer le plus vite possible sur une manette pendant un signal visuel.
Dans d'autres travaux, la précision spatiale existe dans la tâche comme
exigence, mais n'est pas contrôlée comme variable ; c'est le cas par
exemple dans l'expérience de Haywood (1979) où le mouvement doit
aller d'un microcontact à un autre le plus vite possible, le TM étant
comparé entre différents groupes d'âges. Il ressort généralement de ces
travaux que la vitesse maximum augmente nettement avec l'âge, sou
vent d'une façon linéaire, parfois peut-être avec certains paliers (Rey
trouve une régression à 7 ans qu'il met, à mon sens peut-être hâtivement,
sur le compte d'éventuelles imperfections méthodologiques). De plus
il existe quelques tentatives visant à faire la part des facteurs de type
purement mécanique et anatomique dans ce phénomène de diminution
du TM en fonction de l'âge. Ainsi, par exemple, Haywood (1979) a
montré sur des groupes de 7 ans, 9 ans et adultes que le phénomène
persiste lorsqu'on utilise des amplitudes de mouvement qui sont dans
un rapport constant avec la taille du bras des sujets. Kerr (1975) a
contrôlé chez des enfants de 5, 7 et 9 ans un facteur de maturation sque-
lettique, montrant que celui-ci n'est pas relié, comme l'est l'âge chrono
logique, à l'évolution du TM. Si l'on se réfère en outre à des études
plus générales citées par cet auteur (Hindmarch, 1962 ; Pipho, 1971), il Le mouvement dirigé vers un objectif visuel 567
semble que ce type de facteur ait peu, ou n'ait pas, de relation avec la
performance motrice, sauf dans des cas de surentraînement (Clarke
et Peterson, 1961). Les travaux où ont été étudiées simultanément l'évo
lution de la vitesse et celle de la précision sont peu nombreux. Une
étude inspirée du travail de Rey a montré la progression simultanée de
la vitesse et de la précision entre 10-12 et 12-14 ans dans une épreuve
de traçage de traits (Brouchon et Prud'homme, 1971). Une autre expé
rience de pointage alternatif de deux cibles avec une double consigne
de vitesse et de précision, sur des enfants de 6 à 10 ans, a montré que
seule la vitesse, et non la précision, augmentait avec l'âge et que, pour
chaque âge, elle n'augmentait avec l'exercice que chez les enfants âgés
de 8 ans et plus, et non chez ceux de 6 ans (Connolly et coll., 1968).
Cependant, l'épreuve, telle qu'elle était construite, ne semblait pas
susceptible d'empêcher les enfants de privilégier la vitesse dans cette
consigne conflictuelle ; aussi il n'est pas exclu que l'absence d'évolution
de la précision relève de la stratégie adoptée par les enfants et non de
leur incapacité. On a pu vérifier que la performance en précision était
susceptible d'amélioration par l'exercice à ces mêmes âges lorsqu'on ne
la faisait pas entrer en conflit avec la vitesse (Hay, 1977 a). Dans les
études qui se réfèrent directement à la loi de Fitts, la précision du mou
vement, qui est un paramètre fixé dans l'expérience par la taille de la
cible (W), et non une variable dépendante, détermine en liaison avec
l'amplitude (A) un indice de difficulté du mouvement (ID), dans lequel
ces deux facteurs se contrebalancent (ID = log2 2A/W). Cet indice de
difficulté influence le TM dans un sens prédictible par la loi de Fitts,
c'est-à-dire d'une relation linéaire entre TM et ID. Wallace, Newell et
Wade (1978) ont montré, en utilisant le paradigme de Fitts, que chez
des enfants d'âge préscolaire le TM était affecté par l'ID du mouve
ment dans le même sens que chez l'adulte, mais à un plus fort degré.
Kerr (1975), dans une étude du même type appliquée à des enfants de 5, 7
et 9 ans, a trouvé lui aussi un effet de l'âge et de l'ID sur le TM, mais il
a également montré que la droite de régression exprimant la relation
entre TM et ID avait la même pente pour les trois groupes d'âge consi
dérés, c'est-à-dire que les enfants, quel que soit leur âge, réagissent
de la même façon aux changements de difficulté de la tâche. Ce dernier
aspect semble en partie discordant avec d'autres résultats (pour autant,
du moins, que les méthodes d'évaluation soient comparables) obtenus
dans une expérience du même type (Hay, 1979 a). En effet, ceux-ci
confirment que la vitesse maximum augmente (toutes choses égales
par ailleurs) avec l'âge entre 5 et 11 ans. Mais surtout ils montrent que
la pente de la droite de régression diminue entre 5 et 9 ans ; de plus, le
TM paraît moins dépendant de l'amplitude chez les enfants de 5 ans,
cette dépendance s'établissant le plus nettement à l'âge de 7 ans ; ces
faits suggèrent une modification dans les modes de contrôle du mouve
ment orienté dans l'espace. D'autres études sur le mouvement orienté

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