Le principe des niveaux de traitement ou principe de profondeur - article ; n°2 ; vol.79, pg 623-655

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L'année psychologique - Année 1979 - Volume 79 - Numéro 2 - Pages 623-655
Résumé
On rapporte dans cet article la conception de la mémoire que Craik et Lockhart (1972) ont exposée dans Levels of Processing : A Framework for Memory Research, c'est-à-dire, au premier chef, le principe des niveaux de traitement, ou principe de profondeur, ainsi énoncé par leurs auteurs : la trace mnémonique dure d'autant plus longtemps que fut profonde l'nalyse perceptive » dont elle est un dérivé. Puis on passe en revue les travaux théoriques et expérimentaux que ce principe a directement suscités : d'abord ceux qui le confirment ; ceux ensuite qui définissent différemment ou avec plus de précision la notion de « niveaux de traitement » ; ceux enfin qui infirment ou minimisent le principe de profondeur.
Summary
This paper is concerned with the memory concept proposed by Craik and Lockhart (1972) in Levels of Processing : A Framework for Memory Research, i.e. the depth or levels of processing principle. As first described by these authors this states that the memory trace is a by product of perceptual analysis and its persistence is a positive function of the depth to which this analysis is performed. Experimental and theoretical studies directly elicited by this principle are then reviewed : a) those which have confirmed it ; b) those which have given a different or a more precise definition of « levels of processing » ; c) those which have failed to support the depth of processing principle.
33 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : lundi 1 janvier 1979
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A. Giboin
Le principe des niveaux de traitement ou principe de profondeur
In: L'année psychologique. 1979 vol. 79, n°2. pp. 623-655.
Résumé
On rapporte dans cet article la conception de la mémoire que Craik et Lockhart (1972) ont exposée dans Levels of Processing : A
Framework for Memory Research, c'est-à-dire, au premier chef, le principe des niveaux de traitement, ou principe de profondeur,
ainsi énoncé par leurs auteurs : la trace mnémonique dure d'autant plus longtemps que fut profonde l'nalyse perceptive » dont
elle est un dérivé. Puis on passe en revue les travaux théoriques et expérimentaux que ce principe a directement suscités :
d'abord ceux qui le confirment ; ceux ensuite qui définissent différemment ou avec plus de précision la notion de « niveaux de
traitement » ; ceux enfin qui infirment ou minimisent le principe de profondeur.
Abstract
Summary
This paper is concerned with the memory concept proposed by Craik and Lockhart (1972) in Levels of Processing : A Framework
for Memory Research, i.e. the depth or levels of processing principle. As first described by these authors this states that the
memory trace is a by product of perceptual analysis and its persistence is a positive function of the depth to which this analysis is
performed. Experimental and theoretical studies directly elicited by this principle are then reviewed : a) those which have
confirmed it ; b) those which have given a different or a more precise definition of « levels of processing » ; c) those which have
failed to support the depth of processing principle.
Citer ce document / Cite this document :
Giboin A. Le principe des niveaux de traitement ou principe de profondeur. In: L'année psychologique. 1979 vol. 79, n°2. pp.
623-655.
doi : 10.3406/psy.1979.28289
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1979_num_79_2_28289L'Année Psychologique, 1979, 79, 623-655
Laboratoire de Psychologie1
ERA CNRS 797
Université de Poitiers
LE PRINCIPE DES NIVEAUX DE TRAITEMENT
OU PRINCIPE DE PROFONDEUR
par Alain Giboin
SUMMARY
This paper is concerned with the memory concept proposed by Craik and
Lockhart (1972) in Levels of Processing : A Framework for Memory
Research, i.e. the depth or levels of processing principle. As first described
by these authors this states that the memory trace is a by product of perceptual
analysis and its persistence is a positive function of the depth to which this is performed. Experimental and theoretical studies directly elicited
by this principle are then reviewed : a) those which have confirmed it ;
b) those which have given a different or a more precise definition of « levels
of processing » ; c) those which have failed to support the depth of processing
principle.
Paru en décembre 1972, Levels of Processing : A Framework for
Memory Research, de Graik et son collaborateur Lockhart, peut être
considéré comme un article important. Ceci à double titre. D'abord
par le nombre de publications expérimentales et théoriques qui s'y
réfèrent : au 31 décembre 1978, nous en avons recensé, de manière
incomplète il est vrai, plus de 300. Important, cet article l'est aussi, et
surtout, parce que ses auteurs y rejettent le célèbre modèle des registres
(sensoriel, à court terme et à long terme) que la plupart des psychologues
d'Amérique du Nord utilisent pour étudier la mémoire, modèle qu'ils
jugent trop strict, et qu'ils remplacent par une conception plus lâche,
un « canevas », dirait Charles (1977) : le cadre des niveaux de traitement,
qui fixe pour but à la recherche, non plus de décrire la mémoire en
termes de structures, mais en termes d'opérations.
1. 95, avenue du Recteur-Pineau, 86022 Poitiers Cedex. A. Giboin 624
Ce cadre conserve cependant, du modèle qu'il rejette, l'idée que la
mémoire est un système de traitement. Par traitement, ou encodage,
on entend généralement les activités qui, lors de la phase perceptive,
ont pour but de transformer un stimulus2 en une représentation. Mais,
au lieu de postuler que ce stimulus est traité successivement par des
registres discontinus, Craik suppose qu'il subit une série continue de
traitements. D'où la notion de niveaux de traitement, déjà avancée par
exemple, par Neisser (1967), Massaro (1970) ou Cermak (1972 ; cf. fig. 1),
et que l'on retrouve dans les expressions « série de degrés de traite-
l 1
Attributs [physiques Attributs Définition da mots Connotat ons Cattgor es Etc. acoustiques (dtnolttion) semantic conceplui Iles 7
1
TEMPS RELATIF
Fig. 1. — Schéma représentant les régions d'encodage se chevauchant
(D'après Cermak, 1972*)
ment », « hiérarchie de degrés de traitement », « série linéaire d'opéra
tions », « niveaux d'encodage », « niveaux d'analyse », etc. (Craik et
Lockhart, 1972 ; Craik, 1973, passim). D'autre part, au lieu de postuler
que les registres conservent plus ou moins longtemps l'information
qu'ils contiennent, Craik émet l'hypothèse que les représentations qui
résultent des différents traitements durent plus ou moins longtemps :
c'est le principe des niveaux de traitements, ou principe de profondeur.
Au surplus, au lieu de concevoir une mémoire à court terme dont la
capacité est limitée, Craik préfère concevoir un système unique qui,
« en certaines de ses parties », présente une capacité limitée. De la
même façon, au lieu d'attribuer à tel ou tel registre les processus d'auto-
répétition et d'attention, il préfère l'attribuer au système unique.
Exposer de manière aussi concise mais précise que possible la concep-
2. Par stimulus, on désigne ici le matériel, verbal (mots, phrases, etc.)
ou non verbal (images, photographies, etc.), que l'expérimentateur présente
à son sujet afin que ce dernier le remémore. principe des niveaux de traitement 625 Le
tion de la mémoire contenue dans Levels of Processing, c'est-à-dire avant
tout le principe des niveaux de traitement, puis décrire les travaux que
ce principe a directement suscités, tel est l'objet du présent article3.
LA CONCEPTION DBS NIVEAUX DE TRAITEMENT
Dans Levels of Processing*, Craik montre comment il conçoit l'étude
de la mémoire. Il s'impose un cadre théorique qu'il appelle niveaux de
traitement. Il l'emploie, nous dit-il, pour décrire les opérations dont
l'individu se sert quand il perçoit et « préciser les conséquences
mnésiques » de ces opérations (p. 691). On peut exposer ce cadre dans
les termes suivants.
LA PROFONDEUR DU TRAITEMENT
1. La perception
a) Les niveaux de traitement
a) Lorsqu'on perçoit un stimulus, quelle que soit la manière dont
on le fasse : qu'on le voie, qu'on l'entende, qu'on le sente, etc., on lui
fait subir une suite d'opérations appelées traitements, analyses ou
encodages, qui extraient ses attributs, ou traits, ou caractéristiques.
Ces traitements se suivent dans un ordre hiérarchique et de manière
continue. On peut ainsi parler de niveaux de traitement. Les trait
ements des premiers niveaux analysent les traits sensoriels ou physiques
des stimulus, tels que les lignes, les angles, la brillance, la hauteur ou
l'intensité tonales. Les traitements des niveaux ultérieurs apparient
les traits sensoriels aux traits construits lors des apprentissages passés,
afin d'identifier la forme du stimulus (pattern recognition) puis sa
signification (extraction of meaning). Ainsi, lorsqu'on lit un mot, on
extrait d'abord ses attributs graphiques, puis ses attributs phonétiques,
enfin sa signification (cf. fig. 1). Les traitements se distinguent, par
conséquent, les uns des autres par le degré de « significativité qu'ils
extraient du stimulus » (Craik, 1973, p. 50), autrement dit par le
« degré d'analyse sémantique ou cognitive » qu'ils suscitent (Craik et
Lockhart, 1972, p. 675), en un mot par leur profondeur.
ß) Après que l'on a identifié un stimulus, on peut le soumettre à des
traitements encore plus profonds, qui l'enrichissent et l'élaborent. Par
exemple, après qu'il a été identifié, un mot peut évoquer des mots, des
3. Cette revue complète par conséquent notre revue précédente, parue
dans L'Année psychologique sous le titre : « Mémoire épisodique, mémoire
sémantique et niveaux de traitement » (1978).
4. Mais aussi dans A * Levels of Analysis » View of Memory, communic
ation faite au deuxième symposium d'Erindale, en mars 1972, et publiée
en 1973. 626 A. Giboin
images ou des récits qui lui ont été associés au cours d'apprentissages
passés. Ces opérations ultimes se succèdent dans n'importe quel ordre5.
b) Les conditions d'un traitement profond
Comme on vient de le voir, ce qui rend possible le traitement pro
fond, ce sont les structures d'analyse qui ont été acquises lors des
apprentissages passés. En d'autres termes, pour qu'un stimulus soit
traité profondément, il faut qu'il soit compatible avec ces structures,
c'est-à-dire qu'il puisse les activer.
a) Par conséquent, un stimulus qui n'est ni familier ni significatif
ne peut, la première fois qu'il est perçu, être traité profondément.
Ainsi d'un idéogramme chinois pour qui ignore la langue chinoise.
Au demeurant, d'autre facteurs empêchent le traitement profond.
ß) C'est le cas de l'absence d'intensité ou de saillance du stimulus :
un mot mal écrit, par exemple, ne peut être identifié.
y) On ne peut aussi traiter profondément un stimulus si on ne lui
porte pas assez d'attention.
S) Ou si on décide de ne pas le traiter profondément.
e) Ou si l'on ne dispose pas d'assez de temps pour le faire : lorsque
est réduite, par exemple, la durée de présentation du stimulus ; car,
« toutes choses égales par ailleurs », les traitements profonds requièrent
plus de temps pour être réalisés que les superficiels6.
2. La rétention
La trace que le stimulus laisse en mémoire dérive du traitement qu'il
a subi. Autrement dit, la trace découle de l'acte perceptif lui-même.
De plus, sa persistance dépend de la profondeur à laquelle le stimulus
qu'elle « représente » a été traité.
a) C'est ainsi qu'un traitement profond suscite une trace durable,
et qu'un traitement superficiel suscite une trace transitoire : c'est
le principe des niveaux de ou principe de profondeur. Il en
résulte que l'on conçoit aussi la mémoire comme une hiérarchie continue
qui s'étend des produits transitoires des traitements physiques aux
produits durables des traitements sémantiques.
b) Si les traces profondes sont plus durables que les traces superfi
cielles c'est qu'elles sont plus utiles à l'individu dont elles guident les
activités.
Cette forme de mémoire qui conserve les enregistrements des tra
itements passés, on l'appelle mémoire secondaire.
5. Ce qui a fait dire à Craik (1973, p. 50; Craik et Lockhaht, 1972,
p. 676) que le terme « étendue » aurait mieux décrit la réalité que celui de
« profondeur ». S'il a, en définitive, rejeté ce terme, c'est que ce dernier ne
suggérait pas l'idée de « niveaux ».
6. Toutefois, « la durée du traitement ne prédit pas nécessairement la
rétention » (Craik et Lockhart, 1972, p. 676). Le principe des niveaux de traitement 627
LA PROLONGATION DU TRAITEMENT
D'autre part, le traitement effectué sur un même stimulus peut
être prolongé par V autorépétition, qu'elle soit de maintien ou d'élaboration.
1. V autorépétition d'élaboration
L'autorépétition d'élaboration, ou traitement du type II (cf. 1. a) ß),
consiste à traiter les mêmes stimulus de manière plus profonde, à réa
liser sur eux des traitements plus élaborés, de sorte que s'en trouve
renforcée la trace que ces stimulus laissent en mémoire secondaire
(principe d'élaboration).
2. L'autorépétition de maintien de maintien, ou traitement de type I, consiste à
répéter les traitements que l'on vient d'effectuer, ou maintenir, c'est-à-
dire refaire circuler, au même niveau, les produits de ces traitements.
a) Maintenir au même niveau les des traitements équivaut
ainsi à « porter sans cesse attention à certains aspects du stimulus »,
« conserver l'item dans la conscience », « retenir l'item dans 1' « auto
répétiteur » (rehearsal buffer) », ou « stocker l'item en mémoire primaire ».
b) Le maintien permet de garder accessibles les produits du trait
ement qui est répété. Ces produits peuvent donc être restitués tant que
dure le maintien. Il n'en va plus de même lorsque ce maintien cesse.
En effet, si le maintien prolonge le même traitement, il n'en modifie pas
la profondeur, si bien qu'il ne renforce pas la trace qui en dérive et qui
est enregistrée en mémoire secondaire (principe de maintien). Par suite,
lorsqu'on ne maintient plus les produits du même traitement, on oublie
ces derniers d'autant plus vite qu'on les a maintenus à un niveau peu
profond.
C'est un « processeur central de capacité limitée » qui change la
manière dont on traite le stimulus, ou qui la maintient. Ce processeur
autrement dit permet de passer d'un niveau de traitement à l'autre,
ou de poursuivre le même traitement.
Si quantité d'articles font référence à ces idées, moins nombreux en
revanche sont ceux qui s'y rapportent directement. Parmi ces derniers,
les plus nombreux sont ceux qui concernent le principe de profondeur
du traitement. Ce sont ceux-là que nous exposerons7.
7. Il nous arrivera pourtant de citer certains travaux qui, à proprement
parler, n'ont pas été suscités par le principe avancé par Craik. Nous les signa
lerons en faisant suivre d'un astérisque la date de leur parution. (Si l'on
désire par ailleurs prendre connaissance des travaux relatifs aux principes
d'élaboration et de maintien, on pourra se reporter à notre article : « Auto-
répétition, répétition et niveaux de traitement ».) A. Giboin 628
TRAVAUX SUR LES NIVEAUX DE TRAITEMENT
Nous l'avons souligné plus haut, ce qui intéresse Craik, ce sont les
opérations que l'individu effectue quand il traite les stimulus, c'est
décrire leur nature et le rôle qu'elles jouent dans le souvenir. Mais, pour
étudier ces opérations, encore faut-il les provoquer. Craik y parvient
gra.ce aux tâches d'organisation. Ces tâches, comme leur nom l'indique,
orientent les sujets dans leur façon de traiter les stimulus. Cette méthode
a été empruntée aux situations d'apprentissage incident, où les sujets
retiennent les stimulus sans qu'aucune consigne leur ait suggéré de les
mémoriser. Comme on suppose que ces tâches mettent en œuvre des
traitements plus ou moins profonds, on les dénomme elles-mêmes
« tâches profondes » ou « superficielles » et, plus précisément, «graphiques »
lorsqu'elles suscitent un traitement graphique, « phonétiques » lorsqu'elles
suscitent un traitement phonétique, etc. D'une façon générale, on dis
tingue les tâches sémantiques des tâches non sémantiques, selon qu'elles
permettent ou non un traitement sémantique (cf. Jenkins, 1974*). Ainsi
décrit-on la nature des opérations de traitement. Quant à décrire le
rôle que jouent ces dans le souvenir, cela consiste à vérifier
le principe de profondeur.
TRAVAUX CONFIRMANT LE PRINCIPE DE PROFONDEUR
1. Les expériences de Craik
a) Dans leurs expériences, Craik et ses collaborateurs provoquent
le traitement en posant une question sur les caractéristiques des mots
qu'ils présentent. Ils emploient cinq types de questions. Les deux
premiers types concernent les caractéristiques graphiques du mot ;
le troisième type concerne ses phonétiques ; les qua
trième et cinquième types concernent ses caractéristiques sémantiques.
Des exemples de ces cinq types de questions sont donnés dans le tableau I.
Les expériences se déroulent ainsi : on expose chaque mot pendant
200 ms au moyen d'un tachistoscope ; avant que le mot n'apparaisse,
on pose une question le concernant, de niveau plus ou moins profond,
c'est-à-dire de type 1, 2, 3, 4 ou 5 ; à cette question, le sujet répond
par « oui » ou « non » ; on mesure le temps qui s'écoule entre l'instant
où l'on présente le mot et l'instant où le sujet répond ; après que l'on a
exposé tous les mots, on soumet le sujet à une épreuve de rétention,
reconnaissance ou rappel, à laquelle il ne s'attend pas.
On constate que les sujets répondent d'autant moins vite qu'on
leur pose une question de niveau plus profond (cf. flg. 2 a). On observe
d'autre part que les sujets reconnaissent (cf. fig. 2 b) ou rappellent
d'autant mieux les mots que ces derniers ont fait l'objet d'un traitement Le principe des niveaux de traitement 629
Tableau I. — Questions utilisées
dans les expériences de Craik
Réponse
Niveau Question Oui Non
Graphique
1. Présence Y a-t-il un mot ? TRAIN
Le mot est-il écrit en lettres 2. Typographie
majuscules ? CHIEN Table
Phonétique
3. Rime Le mot rime-t-il avec chaise ? Fraise VERRE
Sémantique
Le mot est-il une sorte de 4. Catégorie
noisson? MORUE MAISON
5. Phrase Le mot convient-il dans la
phrase :
« II rencontra un... dans la rue » ? Ami Fromage
plus profond. On note enfin que les mots associés aux réponses « oui »
sont mieux reconnus ou rappelés que les mots associés aux réponses
« non ». (Pour la reconnaissance, voir Craik, 1973, exp. 4 ; pour le rappel,
voir Craik, 1973, exp. 5.)
Ces faits, selon Craik, confirment ainsi le principe qu'un traitement
profond suscite une trace durable, et qu'un traitement superficiel
suscite une trace transitoire.
b) Ils confirment également le principe que les traitements profonds
requièrent plus de temps pour être accomplis que les traitements
superficiels. De cette autre confirmation, Craik avait tiré la consé
quence que le temps de traitement, ou plus précisément le temps de
réaction verbale, pourrait servir à.' indicateur du niveau de traitement.
Or, comme l'a montré Charles (1977, exp. 1), plutôt que la profondeur
de traitement, le temps de réaction caractériserait le degré de complexité
de la tâche. C'est ce que montre également Craik dans les expériences 1
à 4 qu'il a réalisées avec Tulving (1975). C'est ainsi qu'en faisant exécuter
à certains sujets une tâche superficielle mais longue, à d'autres une
tâche profonde mais brève (Craik et Tulving, 1975 ; exp. 5) — la
première consistant à dire si le mot porte par exemple correspond à la
suite c. v. c. c. v., la deuxième tâche consistant à dire si tel mot s'adapte
à telle phrase — , il constate que si l'on met plus de temps à effectuer la
tâche superficielle que la tâche profonde, on reconnaît davantage de
mots si l'on a effectué la profonde plutôt que la tâche superf
icielle. De même, en dissociant les durées du traitement en durées
ap — 22 630 A. Giboin
1 2 3 4 S
niveau de traitement
%RC
niveau de traitement
Fig. 2. — Temps de réaction (a) et pourcentage moyen de reconnais
sances correctes (b) en fonction du niveau de traitement. Mots « oui » : o ;
mots « non » : •. (D'après Craik, 1975.)
courtes et durées longues (Craik et Tulving, 1975 ; exp. 2), Craik constate
qu'à niveau de traitement égal, la reconnaissance des mots dont le
traitement fut bref équivaut à la des le fut long (cf. fig. 3) : ça n'est donc pas la durée du traitement
qui importe le plus dans la rétention, mais la nature de ce traitement,
son niveau.
Développant une idée de Craik (1973, p. 49), à savoir que, dans le
cas du langage, la hiérarchie des traitements va « de l'analyse des
phonèmes et des graphèmes à l'analyse des phrases (et des arguments) »,
et reprenant, en la modifiant quelque peu, la description qu'Ehrlich
(1968, p. 93), notamment, a faite du langage, Charles (1977) a proposé
le niveau de structuration verbale comme indicateur du niveau de tra
itement. Par niveau de structuration verbale, Charles entend le « niveau
d'élaboration verbale de la réponse du sujet ». Soit le mot soleil, qui principe des niveaux de traitement 631 Le
sert de stimulus, on distingue ainsi : le niveau des lettres, lorsque le
sujet reproduit séparément les lettres, par exemple s, o, l, e, i, l ; le
niveau des syllabes, lorsque le sujet reproduit séparément les syllabes,
exemple so - leil ; le niveau des mots, lorsque le sujet reproduit le mot,
par exemple soleil ; le niveau des groupements catégoriels lorsque le
sujet reproduit le mot avec ceux de la même catégorie, par exemple
soleil, lune, étoile ; et le niveau des phrases, lorsque le sujet reproduit
le mot en l'incluant dans une phrase, par exemple le soleil est chaud.
mois «oui» 7c R
500 900 500
durée «Ju traitement (m
Fig. 3. — Pourcentage moyen de mots « oui » et de mots « non » correc
tement reconnus en fonction de la nature du traitement : typographie (□)>
rime (•), catégorie (A), et de sa durée : longue ou brève. (D'après Craik et
Tulving, 1975.)
En montrant de cette manière que le rappel croît avec le niveau de
structuration verbale (exp. 2, cf. infra), Charles admet qu'il confirme
le principe de profondeur du traitement.
2. Généralisation
Le principe de profondeur se trouve-t-il vérifié si l'on emploie
d'autres stimulus, d'autres tâches d'orientation, d'autres épreuves de
rétention ou d'autres sujets que ceux que Craik a utilisés ?
a) Que l'on réduise le nombre de questions, que l'on augmente le
nombre de mots critiques ainsi que le nombre de mots de remplissage
dans les épreuves de reconnaissance (Craik, Tulving, 1975, exp. 2),
que l'on prévienne les sujets qu'ils auront à reconnaître les mots, qu'on
leur présente ces mots plus longtemps (ibid., exp. 9), ou qu'on les paie
pour reconnaître davantage de mots traités superficiellement {ibid.,
exp. 10), cela n'infirme pas le principe de profondeur.
b) Ce même principe est confirmé lorsqu'on utilise d'autres stimulus
que les mots, qu'il s'agisse de phrases par exemple, de dessins ou de
portraits photographiques. Si l'on présente des portraits et que l'on
demande d'indiquer s'ils appartiennent à une femme ou à un homme (a),

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