Le problème et la politique démographiques au Japon - article ; n°2 ; vol.7, pg 207-226

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Population - Année 1952 - Volume 7 - Numéro 2 - Pages 207-226
De la restauration Meiji (1868) à la fin de la seconde guerre mondiale en 1945, le Japon a mené une politique d'expansion démographique ininterrompue . A la fin des hostilités, avec une économie ruinée, privée d'une partie de ses sources de matières premières et de ses courants d'échanges avec l'étranger, il a dû faire vivre, sur un territoire diminué de plus de 40 %, une population plus nombreuse qu'avant guerre et possédant de fortes possibilités d'accroissement en raison d'une structure favorable, acquise au cours d'un siècle de croissance continue. Jamais le problème de la population et des subsistances ne s'était posé, dans les temps modernes, avec autant d'acuité. Une première étude a paru dans Population n° 2, 195 1, sous la signature de M. Jean Robin. Il nous est donné aujourd'hui de publier un article de la personne la plus qualifiée au monde sur ce sujet. Il s'agit du Professeur Ayanori Okasaki, directeur de l'Institut japonais de population, dont il a été question dans le n° 4, 1951, de notre revue. Abordant successivement l'aspect économique, social et moral de la question, il brosse un tableau des difficultés rencontrées depuis sept ans, et montre en particulier que la situation demeure très préoccupante, malgré les efforts déployés.
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mardi 1 janvier 1952
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Ayanori Okasaki
Le problème et la politique démographiques au Japon
In: Population, 7e année, n°2, 1952 pp. 207-226.
Résumé
De la restauration Meiji (1868) à la fin de la seconde guerre mondiale en 1945, le Japon a mené une politique d'expansion
démographique ininterrompue . A la fin des hostilités, avec une économie ruinée, privée d'une partie de ses sources de matières
premières et de ses courants d'échanges avec l'étranger, il a dû faire vivre, sur un territoire diminué de plus de 40 %, une
population plus nombreuse qu'avant guerre et possédant de fortes possibilités d'accroissement en raison d'une structure
favorable, acquise au cours d'un siècle de croissance continue. Jamais le problème de la population et des subsistances ne
s'était posé, dans les temps modernes, avec autant d'acuité. Une première étude a paru dans Population n° 2, 195 1, sous la
signature de M. Jean Robin. Il nous est donné aujourd'hui de publier un article de la personne la plus qualifiée au monde sur ce
sujet. Il s'agit du Professeur Ayanori Okasaki, directeur de l'Institut japonais de population, dont il a été question dans le n° 4,
1951, de notre revue. Abordant successivement l'aspect économique, social et moral de la question, il brosse un tableau des
difficultés rencontrées depuis sept ans, et montre en particulier que la situation demeure très préoccupante, malgré les efforts
déployés.
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Okasaki Ayanori. Le problème et la politique démographiques au Japon. In: Population, 7e année, n°2, 1952 pp. 207-226.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/pop_0032-4663_1952_num_7_2_2684LE PROBLÈME
ET LA POLITIQUE
DÉMOGRAPHIQUES
AU JAPON
démographique d'une mondiale au un courants d'accroissement nombreuse A De territoire cours la partie fin restauration d'échanges en d'un qu'avant des 1945, de diminué siècle ininterrompue hostilités, en ses le raison guerre sources Japon avec Meiji de croissance plus l'étranger, d'une avec (1868) a et de mené . possédant de matières une structure à 40 la une continue. %, économie il fin politique a de une premières dû favorable, fortes la population faire Jamais seconde ruinée, d'expansion possibilités vivre, et acquise le guerre privée de plus prosur ses
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dans les temps modernes, avec autant d'acuité.
Une première étude a paru dans Population n° 2, 195 1,
sous la signature de M. Jean Robin. Il nous est donné aujour
d'hui de publier un article de la personne la plus qualifiée au
monde sur ce sujet. Il s'agit du Professeur Ayanori Okasaki,
directeur de l'Institut japonais de population, dont il a été
question dans le n° 4, 1951, de notre revue.
Abordant successivement l'aspect économique, social et
moral de la question, il brosse un tableau des difficultés ren
contrées depuis sept ans, et montre en particulier que la situa
tion demeure très préoccupante, malgré les efforts déployés.
Introduction. Stationnaire pendant le Shôgounat des Tokugawa
(de 1603 à 1868), la population japonaise n'a pas
cessé d'augmenter depuis la Restauration Meiji (1868). En 1872,
le premier recensement de l'ère Meiji dénombrait 34.800.000 habi
tants. En 1896, après la guerre sino-japonaise, il y en avait
42.000.000. En 1906, après la guerre russo-japonaise, 47.000.000
et, en 1918, au moment de « l'émeute du riz », 54.700.000. Cet
accroissement de la population était dû seulement à l'excédent des
naissances sur les décès; la natalité s'étant maintenue, depuis 1896,
au-dessus de 30 %o.
Dès 1903, le « Traité pratique sur l'amélioration de la société »,
publié par le « Journal du Peuple », préconisa la nécessité de 208 LE PROBLÈME ET LA POLITIQUE DÉMOGRAPHIQUES AU JAPON
limiter les naissances, mais l'opinion publique ne se rallia pas à
cette recommandation, et d'ailleurs le gouvernement n'avait aucune
idée de l'urgence du problème. A cette époque, la vogue était à
l'impérialisme avec, comme mot d'ordre : prospérité nationale et
puissance militaire. De plus, l'industrialisation était en plein essor
et il ne paraissait pas y avoir de difficultés à nourrir la population.
En 1918, une révolte, dite « émeute populaire du riz », fut
causée par l'insuffisance des subsistances. On récolta, en 1917,
7.800.000 tonnes de riz, soit 555.000 de moins qu'en 1916; de plus,
715.000 furent distillées au lieu de 572.000 tonnes l'année
précédente, si bien qu'au 1er juillet 1918, il ne restait plus que
2.380.000 tonnes de riz, soit 286 gr. par personne et par jour,
jusqu'à la fin novembre, temps de la nouvelle récolte. L'inquiétude
était générale. La restriction de l'offre et l'accroissement de la
demande provoquèrent une hausse subite du prix du riz, qui
déclencha l'émeute. On dut importer du riz étranger et l'on se
préoccupa de mettre à exécution le plan de développement de la
culture du riz. Cette émeute marque une date dans l'histoire de
la population japonaise. Pour la première fois, le problème du
nombre des habitants et de leur subsistance était posé, et les
partisans de la limitation des naissances, voyant dans la fécondité
la cause de la ruine nationale, allaient devenir de plus en plus
nombreux.
En juillet 1927, le gouvernement nomma une commission pour
étudier les problèmes posés par l'accroissement de la population.
Mais, en réalité, cette commission étudia surtout le développement
économique du pays qui permettait à la population de continuer
à croître, plutôt que la limitation de cette population, conformé
ment à l'opinion d'une partie de la nation. Le gouvernement maint
enait donc fermement sa politique d'expansion démographique, et
continuait à interdire sévèrement la vente des appareils et des
produits contraceptifs. Toutefois, la hausse continuelle du coût
de la vie, après la première guerre mondiale, eut pour effet un
relèvement de l'âge moyen au mariage, surtout dans les villes,
et la proportion des ménages qui restreignirent leur descendance,
augmenta de plus en plus.
La natalité baissa lentement depuis son maximum 36,2 %o en
1920; mais, entre temps, la mortalité diminua également, si bien
que le taux d'accroissement naturel de la population ne changea
pas. Le public resta donc tout-à-fait ignorant de la tendance décrois
sante de la natalité, connue des seuls spécialistes : en mai 1933,
dans un article intitulé : « Perspectives de la population japonaise
pour le proche avenir », le Dr Teijiro Ouéda montra qu'à l'exemple
des pays d'Europe, la population japonaise croîtrait encore pendant
20 ans, et diminuerait ensuite. MM. Takeo Soda, Tomonaga
Nakagawa et Riichi Kawakami arrivèrent eux mêmes conclusions.
Le gouvernement ne prit aucune mesure pour ou contre la
limitation des naissances; en revanche, il s'efforça de diminuer la
mortalité, et en 1938, il détacha du Ministère de l'Intérieur, la LE PROBLÈME ET LA POLITIQUE DÉMOGRAPHIQUES AU JAPON 209
Direction de l'Hygiène et de la Santé publique, et créa le Ministère
du Bien-Etre Public.
En 1938, le taux brut de mortalité était de 17,4 %0, donc
beaucoup plus élevé que ceux des pays européens. La surmortalité
de la population japonaise portait surtout sur les jeunes enfants
(moins d'un an), et sur les adultes — - ces derniers présentaient en
particulier une mortalité par tuberculose anormalement forte ;
la décision prise par le gouvernement était donc opportune.
Le gouvernement fut surpris par les conséquences de l'incident
sino-japonais. La mortalité s'accrût légèrement, tandis que la natal
ité continua de décroître. Le taux brut de natalité passa de
30,8 %o en 1937 à 27,1 %0 en 1938, et à 26,6 %0 en 1939.
L'autorité militaire s'en émut, convaincue qu'une population nomb
reuse conditionne la puissance au combat, et elle fit élaborer un
plan d'expansion démographique auquel le conseil des ministres
donna son accord en janvier 1941. Ce plan n'était en somme que
la version japonaise de la politique démographique du gouverne
ment allemand. Il se proposait d'obtenir une population de
100.000.000 d'habitants en 1960. Déjà très difficile en temps de
paix, sa réalisation était absolument impossible en de
guerre, alors que tout était sacrifié aux activités économiques
relevant de la défense nationale. Son échec fut d'ailleurs plutôt
heureux pour le Japon.
En 1945, avec ses 72.400.000 d'habitants, notre pays rencontra
de grandes difficultés économiques. Si le plan d'expansion démo
graphique adopté en 1941 avait été suivi, c'est 80.000.000 d'habi
tants qu'il y aurait eu, et les difficultés auraient été encore plus
grandes.
Jamais le problème démographique japonais ne s'est posé avec
autant d'acuité que depuis la fin de la seconde guerre mondiale.
Mais l'opinion est loin d'être unanime sur les solutions. Estimant
qu'avec ses deux mains l'homme ne peut pas ne pas se nourrir,
les conservateurs restent fidèles à la politique d'expansion démo
graphique de naguère, oubliant de tenir compte de l'activité écono
mique dont dépend le niveau de vie d'un pays. D'un autre côté,
les néo-malthusiens, par réaction sentimentale peut-être contre
l'oppression dont ils furent victimes pendant la guerre du fait de
l'autorité militaire, insistent sur la nécessité de mettre en pratique
des mesures contraceptives, négligeant les problèmes moraux. C'est
ainsi que le Docteur Hayashi réussit à rallier à ses idées suff
isamment de parlementaires pour faire adopter, en juillet 1948,
le projet de loi relatif à la protection eugénique de la population.
En apparence, cette loi vise à empêcher la naissance d'enfants
d'hérédité déficiente, et à protéger la vie et la santé des mères;
on fait, elle ne sert qu'à légitimer les avortements, dont le nombre
augmente d'ailleurs considérablement depuis sa promulgation.
En avril 1949, devant l'importance du problème démographique
d'après-guerre, le gouvernement créa une commission d'études,
composée de 18 membres, qui présenta son rapport le 29 novembre 210 LE PROBLÈME ET LA POLITIQUE DÉMOGRAPHIQUES AU JAPON
1949. Les mesures préconisées dans ce rapport exigeaient des
dépenses telles que le budget de l'Etat était incapable de les mettre
à exécution, si bien que, jusqu'à aujourd'hui encore, on peut dire
que le gouvernement n'a aucune politique démographique précise.
La situation démographique après la défaite. Le 1er octobre 1945,
soit 2 mois après
la fin de la guerre, la population du Japon était de 72.400.000.
La fermeture complète des derniers courants économiques avec
la Corée, Formose et la Mandchourie, amenant au Japon les
matières premières indispensables, avait désorganisé la vie écono
mique de la nation. De plus, la plupart des installations
industrielles avaient été détruites par les bombardements aériens,
et celles qui échappé à la destruction furent à demi para
lysées par les troubles qui suivirent la fin de la guerre. Enfin,
depuis l'incident sino-japonais de 1937, le Japon avait orienté sa
vie économique à des fins militaires, réduisant de plus en plus
la part des industries de paix. Aussi avait-on assisté à une réduction
continue de l'offre des marchandises de première nécessité.
Le tableau I met en évidence l'évolution, par habitant, des
dépenses d'habillement et de consommation des principaux al
iments, de 1930 à 1945.
Tableau I. — Dépense d'habillement et consommation des
ALIMENTS DE PREMIÈRE NÉCESSITÉ AU JAPON (chiffres annuels).
Poisson Habillement Viande Légume Sucre Bu COQ UÎ1 luges (unité : livre) (unité: kg) (unité: kg) (unité: kg) (unité: kg)
1930-34 14,0 2,4 40,5 95,6 12,8
(en moyenne)
26,6 1937 17,1 2,7 99,0 15,2
1938 13,6 2,4 33,8 90,8 13,4
13,0 2,5 29,6 1939 77,6 16,3
35,3 1940 9,9 2,5 78,4 13,0
1941 10,7 1,8 41,3 80,6 11,7
43,1 11,5 1942 7,5 1,3 79,8
1943 6,2 1,4 39,5 82,1 8,9
6,9 1944 2,5 1,0 32,3 76,1
1945 1,8 0,6 24,0 61,5 2,7
En 1945, le Japonais a dépensé pour son habillement 8 fois
moins qu'avant l'incident sino-japonais, et consommé 4 fois moins
de viande et 5 fois moins de sucre. Pendant la guerre, le gouver
nement affirmait que la nation ne devait avoir aucune inquiétude
au sujet de son alimentation, mais, en réalité, les quantités de riz
et de blé distribuées diminuèrent beaucoup. Au total, la ration LE PROBLÈME ET LA POLITIQUE DÉMOGRAPHIQUES AU JAPON 211
journalière passa de 2.242 calories en moyenne, pour la période
1930-1934, à 1.927 calories en 1944, et à 1.773 calories en 1945.
En 1946, malgré la bienveillance du quartier général des armées
d'occupation, la ration journalière, par adulte, n'était encore que
de 1.581 calories. Sans l'aide des armées d'occupation, il est certain
que plusieurs millions de Japonais, au moins, seraient morts de
faim. L'économie japonaise était donc hors d'état, après la guerre,
de nourrir ses 72.400.000 habitants. Or, de 1945 à 1950, la popul
ation s'est accrue de 10.800.000 âmes, passant à 83.200.000.
L'augmentation de la population après la guerre. Les statistiques
des naissances,
décès et migrations, font apparaître une augmentation de
11.790.000, d'octobre 1945 à septembre 1950, dont 6.740.000 d'ex
cédent des naissances sur les décès, et 5.050.000 d'excédent des
rapatriements sur les évacuations (1).
Le rapatriement des Japonais d'outre-mer commença en octobre
1945; 5.720.000 furent rapatriés dans les deux premières années,
et 500.000 dans les trois années suivantes. Sur ce total, 3.000.000
environ étaient des militaires qui seraient restés au Japon en
l'absence de la guerre. Le reste, soit un peu plus de 3 millions,
représente un apport nouveau. Toutefois, 1.200.000 étrangers quit
tèrent le Japon pendant le même temps, si bien que l'apport net,
dû à la guerre, est de 2.000.000.
Tableau II. — Mouvement de la population au Japon
DEPUIS LA FIN DE LA GUERRE (chiffres en milliers).
Balance
des
rapatriés Décès sement Rapatriés Evacués ation sances et des naturel nette évacués
Octobre 1945-
septembre 1946 1520 190 4593 1038 3555 3745 1710
Octobre 1946-
1173 1471 1136 1001 2472 1947 2644 135 5554 Accrois 5054 AugmentTot*l NaisOctobre 1947-
2070 septembre 1948 2750 998 1752 329 11 318
Octobre 1948- 1949 948 1790 156 7 149 1939 2738
Octobre 1949-
34 31 septembre 1950 2452 915 1537 3 1568
12294 6740 6248 1194 11794
(1) D'après les recensements, l'augmentation de la population n'est que de 10.800.000.
li y a donc un écart de 990.000 entre les deux évaluations. Il est difficile de savoir lequel
de ces deux chiffres est le plus exact; peut-être sont-ils erronés tous les deux. A\ant
guerre, les statistiques démographiques du mouvement de la population étaient très
bien tenues au Japon, mais depuis la guerre, elles contiennent de nombreuses erreurs. 212 LE PROBLÈME ET LA POLITIQUE DÉMOGRAPHIQUES AU JAPON
Passons maintenant à l'étude des facteurs naturels.
Le tableau III donne l'évolution des taux bruts de natalité et
de mortalité depuis 1945. Le taux de natalité est faible en 1945
et 1946, en raison sans doute des troubles sociaux qui ont accom
pagné la dernière phase de la guerre. Pour les mêmes raisons, le
taux de mortalité reste élevé au cours de ces deux années, part
iculièrement en 1945 où, pour la première fois depuis le début de
l'ère Meiji, il a dépassé le taux de natalité.
Dès 1947, le rapatriement des militaires et des Japonais d'outre
mer, et la démobilisation des Japonais en service à l'intérieur,
amenèrent une reconstitution des familles qui provoqua une
brusque poussée de la natalité. Jusqu'en 1949, le taux se maintint
à plus de 30 %o. Dans le même temps, la mortalité accusa une
baisse remarquable que l'on peut attribuer à deux causes :
1 — la guerre et l'immédiat après-guerre sélectionnèrent, dans
la population, les bien portants;
2 — les forces d'occupation firent de gros efforts pour amél
iorer l'hygiène publique.
Tableau III. — Evolution des taux bruts de natalité
ET DE MORTALITÉ AU JAPON DEPUIS LA FIN DE LA GUERRE
(pour 1.000 habitants).
Accroissement Xatalité Mortalité naturel
— 2,82 24,22 27,04 1945 (1)
1946 22,45 19,96 2,49
1947 34,30 14,57 19,73
1948 33,43 11,85 21,58
1949 33,17 11,63 21,54
1950 28,33 10,92 17,41
26,49 10,30 16,19 1951 (2)
(1) Chiffres publiés par le Quartier général des forces d'occupation.
(2) Evaluation de l'Institut démographique japonais.
Toujours est-il que le Japon a, actuellement, une mortalité
située à peu près au même niveau que les pays de civilisation
européenne.
Une natalité en hausse et une mortalité en baisse devaient
inévitablement entraîner un accroissement de l'excédent des nais
sances sur les décès, et l'augmentation de la population a dépassé
1.700.000 en 1948, et 1949.
Après la pointe d'après-guerre, on pouvait s'attendre à observer
une baisse de la natalité, comme cela s'est produit dans tous les
pays ayant participé au conflit. Les années 1950 et 1951 mettent,
effectivement, en évidence une telle baisse, mais, ainsi qu'on le LE PROBLÈME ET LA POLITIQUE DÉMOGRAPHIQUES AU JAPON 213
verra plus loin, cette baisse ne marque pas seulement le retour
à la tendance d'avant-guerre, elle est due surtout à l'augmentation
des avortements, consécutive à l'adoption de la loi eugénique
de 1948.
La répartition par âge de la population. La crainte de l'augment
ation du nombre de la
population ne doit pas nous faire oublier les conséquences du
changement de la structure par âge. En effet, même si la restric
tion des naissances se généralisait, la population en âge d'activité
continuerait à s'accroître pendant de nombreuses années, et c'est
là un facteur important pour l'évolution de l'industrie japonaise.
Le tableau IV montre la répartition par grands groupes d'âges
de la population japonaise en 1945 et en 1950.
Tableau IV. — Répartition par grands groupes d'âges
DE LA POPULATION JAPONAISE.
Octobre 1945 Octobre 1950 Groupes d'âges
(en années) Xombres (en milliers) absolus loiircentage Pourcentiee
26.836 37 29.470 35 0-14
39.776 55 47.310 57 15-59
60 et plus 5.798 8 6.420 8
Tous âges 72.410 100 83.200 100
En 1950, on observe que la population active s'est accrue de
7.530.000, soit de près de 20 %. Ce pourcentage élevé est dû
au fait que la plupart des rapatriés d'outre-mer étaient âgés de
plus de 15 ans. Ils durent chercher des emplois, et, à l'heure
actuelle, l'économie japonaise a beaucoup de mal à satisfaire leur
demande.
L'Institut japonais d'études démographiques a calculé, en 1950,
des perspectives de la population active pour chaque année, jus
qu'en 1960. Ces perspectives sont assez sûres, puisqu'elles ne font
entrer en ligne de compte que l'évolution de la mortalité.
On entend, par population active, la population de 15 à 59 ans,
dont on déduit les personnes incapables de travailler, les mères
de famille, les étudiants et les prisonniers. C'est, en somme, la
population d'âge actif intégrée dans l'organisation économique.
Le tableau V donne les résultats de ces perspectives (1).
(1) Pour établir ces perspecthes, on a supposé que la mortalité japonaise atteindrait,
en 20 ans, la mortalité de la population blanche des U.S.A. observée on 1938. Les migra
tions sont supposées nulles pendant toute la période considérée. Pour obtenir la popul
ation acthe, on a appliqué à la population par âges le? laux d'activité observés de 1947
ù 1949. LE PROBLÈME ET LA POLITIQUE DÉMOGRAPHIQUES AU JAPON 214
Tableau V. — Perspectives relatives a la population japonaise
d'âge actif.
Population d'âge actif Population active (15-59 ans)
Sexe Sexe Sexe Sexe rT/4t J-ОЬД a 1 1 о а masculin féminin masculin féminin
1950 47.455 23.069 24.386 36.885 22.329 14.556
1951 48.513 23.598 24.915 37.654 22.813 14.841
1952 49.483 24.086 25.397 38.353 23.251 15.102
1953 50.371 24.529 25.842 23.637 38.971 15.334
1954 51.121 24.901 26.220 39.714 24.101 15.613
52.041 1955 25.356 26.685 40.569 24.637 15.932
1956 53.134 25.901 27.233 25.176 41.429 16.253
1957 54.237 26.451 27.786 42.235 25.680 16.555
1958 55.233 26.949 28.284 43.063 26.197 16.866
1959 56.260 27.471 28.809 43.631 26.550 17.081
1960 56.914 27.786 29.128 44.114 26.852 17.262
En 10 ans, la population active doit donc augmenter de
7.230.000 et, cela, quelle que soit l'évolution de la natalité.
L'industrie japonaise doit donc fournir, en moyenne, 720.000
emplois de plus par an, pour occuper tous ces nouveaux venus.
11 est douteux qu'elle y parvienne.
Les ressources économiques Le Japon, avant-guerre, avait une
et le niveau de la vie. superficie de 678.000 km2. La défaite
a réduit son territoire de 43,5 %.
11 ne représente donc plus, maintenant, que 383.000 km2. La perte
du riz, du bois et de l'or de Corée, du riz et du sucre de Formose,
du bois et du charbon de la partie sud de l'île Sakhaline, atteint
durement l'économie japonaise. De plus, la Mandchourie et la
Chine du Nord, dont l'économie était liée étroitement à celle du
Japon, échappent maintenant à sa sphère d'influence. Mais ce qui
est plus grave encore, c'est la dégradation des installations indust
rielles, des ports, des transports maritimes et terrestres, des ins
tallations forestières et fluviales, par suite de leur entretien insuf
fisant pendant la guerre. D'après les enquêtes du Bureau de stabi
lisation économique, 7 % des ports et des canaux, 7 % des che
mins de fer et des tramways, 21,9 % des véhicules, 10,8 % des
installations électriques et gazières, 14,8 % des installations tél
éphoniques et télégraphiques, furent détruites. Le Ministère des
Transports a indiqué que la plupart des 2.714 bateaux, totalisant
6.330.000 tonnes, furent perdus; il n'en restait, en 1945, que 680,
représentant 1.390.000 tonnes.
De plus, au moment de la défaite, de nombreuses usines avaient
été obligées de réduire considérablement leur activité. Le tableau VI
permet de comparer les usines ayant plus de 5 ouvriers en 1941
et 1945. Ces chiffres montrent, mieux que tout commentaire, la
régression subie par l'économie japonaise au cours de la guerre. LE PROBLÈME ET LA POLITIQUE DÉMOGRAPHIQUES AU JAPON 215
Tableau VI. — Usines japonaises occupant plus de 5 ouvriers.
Nombre des usines Nombre des ouvriers
1941 1945 1941 1945
Travail des métaux 11.010 5.569 409.000 197.000
Machines-outils 25.601 13.339 1.388.000 594.000
Industrie chimique 9.473 5.270 374.000 206.000 du gaz et
de l'électricité 703 581 10.000 13.000
Céramique 7.095 3.319 79.000 138.000
Industrie textile 32.413 8.775 875.000 282.000
Scierie 14.526 8.887 170.000 173.000
Indust. alimentaire 21.559 8.326 97.000 211.000
Industries diverses 14.077 4.495 204.000 89.000
Total 136.457 58.561 3.782.000 1.727.000
Avec une population croissante et une économie en partie
détruite, il était normal que la nation souffre d'une grande misère.
Un plan fut élaboré, en mai 1948, pour rétablir l'économie du
pays : il visait à ramener le niveau de vie des Japonais, en 1953, à
celui de la période 1930-1934. On ne peut nier que des progrès ont
été réalisés depuis la guerre, mais, sur bien des points, le dévelop
pement de l'économie se trouve freiné. Elle manque de capitaux,
de matières premières et de débouchés pour son commerce exté
rieur, et cela malgré la guerre de Corée qui lui a pourtant donné
une chance inattendue, en lui permettant d'exporter du matériel
militaire.
Le tableau VII donne les indices de la production depuis 1945,
en prenant comme base 100, celui de la période 1934-1936.
Tableau VII. — Indice de la production du Japon.
Production industrielle
(base 100 = 1934-1936)
ion Pêche Produits manufacturés Années agricole base 100:
Industrie extrac base 100: 1933-1935 Indice Tous Travail Machjn-. industrie Industrie 1933-1935 général tive produits „-rf, métaux „ outils textiles chimique
1945 73,0 59,1 55,1 147,3 12,1 28,8 59,7 82,8 63,2
1946 39,2 52,2 28,9 15,6 51,4 12,2 26,3 77,3 52,7
35,9 24,4 59,5 18,2 33,7 74,7 83,9 1947 47,6 67,8
1948 67,1 82,9 56,5 45,0 105,3 23,1 50,1 86,0 104,2 93,2 121,5 122,6 44,6 100,2 Product92,5 87,2 1949 86,6 96,2 76,7 85,1 128,3 30,1 69,4
1950 101,5 89,8 132,2 101,9
Immédiatement après la guerre, toutes les industries, sans
exception, se trouvaient à un niveau très bas. En 1950, l'indice
total avait atteint à peu près le de base. Il le dépassait de
20 % dans le travail des métaux et la fabrication des machines.
L'expansion de ces deux domaines particuliers est due à l'accrois-

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