Le recueil d'indices sensoriels dans l'identification perceptive - article ; n°3 ; vol.85, pg 345-359

De
Publié par

L'année psychologique - Année 1985 - Volume 85 - Numéro 3 - Pages 345-359
Résumé
Partant d'un modèle en quatre phases élaboré pour l'identification perceptive, l'auteur étudie spécialement la phase initiale de recueil d'indices sensoriels, avec trois matériels composés respectivement de mots, de dessins représentatifs et de nombres.
La méthode expérimentée est celle du transfert croisé de l'identification sur la distinction des différences et de la distinction des différences sur l'identification. Le transfert du premier type est négatif pour les mots et les dessins, positif pour les nombres. Le transfert du deuxième type est positif pour les mots, les dessins et les nombres.
Les résultats obtenus sont intégrés dans la première phase du modèle : seuls les matériels catégorisés permettent à l'identification de fonctionner par prélèvement d'indices en raison de la disponibilité de prototypes mnésiques catégorisés existant avant la stimulation.
Mots-clés : perception visuelle, modèles perceptifs, identification.
Summary : The collection of sensory eues in perceptual identification
Starting from a model in four phases elaborated for perceptual identification, the authors study especially the initial phase of collecting sensory cues, tvith materials consisting respectively of words, representative drawings and numbers.
The experimental method used here compares crossed-transfer from identification to differential distinction and from distinction to identification. The transfer of the first type is negative for words and drawings, positive for numbers. The transfer of the second type is positive for words, drawings and numbers.
The results obtained are integrated in the first phase of the model : only the categorized materials allow perceptual identification to function by collecting partial eues because of the availability of memory prototypes categorized before stimulus presentation.
Key-words : visual perception, perceptual models, identification.
15 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mardi 1 janvier 1985
Lecture(s) : 32
Nombre de pages : 16
Voir plus Voir moins

Robert Francès
Christian Batté
Dimitri Metallinos
Le recueil d'indices sensoriels dans l'identification perceptive
In: L'année psychologique. 1985 vol. 85, n°3. pp. 345-359.
Résumé
Partant d'un modèle en quatre phases élaboré pour l'identification perceptive, l'auteur étudie spécialement la phase initiale de
recueil d'indices sensoriels, avec trois matériels composés respectivement de mots, de dessins représentatifs et de nombres.
La méthode expérimentée est celle du transfert croisé de l'identification sur la distinction des différences et de la distinction des
différences sur l'identification. Le transfert du premier type est négatif pour les mots et les dessins, positif pour les nombres. Le
transfert du deuxième type est positif pour les mots, les dessins et les nombres.
Les résultats obtenus sont intégrés dans la première phase du modèle : seuls les matériels catégorisés permettent à
l'identification de fonctionner par prélèvement d'indices en raison de la disponibilité de prototypes mnésiques existant
avant la stimulation.
Mots-clés : perception visuelle, modèles perceptifs, identification.
Abstract
Summary : The collection of sensory eues in perceptual identification
Starting from a model in four phases elaborated for perceptual identification, the authors study especially the initial phase of
collecting sensory cues, tvith materials consisting respectively of words, representative drawings and numbers.
The experimental method used here compares crossed-transfer from identification to differential distinction and from distinction to
identification. The transfer of the first type is negative for words and drawings, positive for numbers. The transfer of the second
type is positive for words, drawings and numbers.
The results obtained are integrated in the first phase of the model : only the categorized materials allow perceptual identification
to function by collecting partial eues because of the availability of memory prototypes categorized before stimulus presentation.
Key-words : visual perception, perceptual models, identification.
Citer ce document / Cite this document :
Francès Robert, Batté Christian, Metallinos Dimitri. Le recueil d'indices sensoriels dans l'identification perceptive. In: L'année
psychologique. 1985 vol. 85, n°3. pp. 345-359.
doi : 10.3406/psy.1985.29094
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1985_num_85_3_29094L'Année Psychologique, 1985, 85, 345-359
Laboratoire de Psychologie de la culture1
Université de Paris X
associé au CNRS
LE RECUEIL D'INDICES SENSORIELS
DANS L'IDENTIFICATION PERCEPTIVE
par Robert Frances, Christian Batte
et Dimitri Metallinos
SUMMARY : The collection of sensory cues in perceptual identification
Starting from a model in four phases elaborated for perceptual identi
fication, the authors Studie especially the initial phase of collecting sensory
cues, with materials consisting respectively of words, representative drawings
and numbers.
The experimental method used here compares crossed-transfer from
identification to differential distinction and from distinction to identifi
cation. The transfer of the first type is negative for words and drawings,
positive for numbers. The transfer of the second type is positive for words,
drawings and
The results obtained are integrated in the first phase of the model :
only the categorized materials allow perceptual identification to function
by collecting partial cues because of the availability of memory prototypes
categorized before stimulus presentation.
Key-words : visual perception, perceptual models, identification.
INTRODUCTION
Dans un essai de modélisation de l'identification perceptive
antérieurement publié (Frances, 1982), a été
analysée en quatre phases successives (mais avec des possibilités
de rétroaction) : 1) Prélèvement d'indices sensoriels discrets ;
2) Synthèse de ces indices : mise en relation spatiale ou tempo-
1. Centre Saint-Charles, 162, rue Saint-Charles, 75740 Paris Cedex 15. B. Frances, C, Balte el D. Melallinos 346
relie des informations sensorielles ; 3) Recherche de la concor
dance des indices par référence à un « prototype mnésique »
généralisé, évoqué lors de la phase précédente ; 4) Décision de
classement du stimulus décelable par une réponse catégorielle,
verbale ou autre.
L'identification, dans ce modèle, est celle de stimuli sémant
iques, c'est-à-dire faisant partie de l'expérience antérieure du
sujet et non de stimuli quelconques. Cette restriction est impli
quée dans la définition de la 3e phase. Cependant, cette phase
fait état de « trace mnésique » généralisée, appelée plus just
ement prototype par d'autres auteurs, ayant une identité unitaire
(mots de la langue connue, objets usuels). Cette suppose
une catégorisation préalable, c'est-à-dire la définition plus ou
moins précise d'une classe à laquelle correspond un terme uni-
voque permettant la dénomination du stimulus dans la réponse.
Autrement dit les stimuli appelés ici sémantiques sont loin
d'être simplement les mots, mais plus largement les mots, figures
ou objets auxquels le sujet peut faire correspondre, pour donner
sa réponse d'identification, un terme du lexique intérieur.
Malgré les apparences le modèle n'est pas sériel dans toutes
ses phases. En effet, la phase 3 « recherche de la concordance
par référence à un prototype » constitue une suspension du tra
itement des indices sensoriels en tant que tels pour permettre
une mise en relation de ces indices avec le système mnémonique
antérieur constitué. Cette bifurcation du traitement sensoriel
vers la mémoire à long terme est très apparente dans de nom
breuses situations expérimentales : figures camouflées, vision
anorthoscopique, et même recherche de la réponse correcte
au cours de l'identification tachistoscopique. Cette suspension
est conçue comme une série d'interactions entre « état » des
indices et effet de la mlt. Chaque état est modifié par un apport
de la mémoire (ceci est constatable, par exemple, dans les
réponses de prérecognition en tachistoscopie). Et inversement
chaque modification appelle un prototype mnésique voisin du
précédent, jusqu'à ce que la certitude du percept soit assurée.
Cet aspect interactif des phases 2 et 3 suggère une complé
mentarité entre les phases 1 et 3 : plus les indices captés sont
riches (en phase 1), plus l'appel fait à la mlt est déterminé,
c'est-à-dire plus le prototype évoqué est proche d'une classe,
qui contient le prototype recherché. Cette idée de complémentarité
des phases 1 et 3 inspire la présente étude. Recueil d'indices el identification 347
OBJECTIF DE LA PRÉSENTE RECHERCHE
La recherche ici présentée a pour objectif général de montrer
la complémentarité des phases 1) et 3) : les indices ne sont partiels,
ne sont « prélevés » que dans la mesure où il y a, pour parvenir à
la réponse correcte, une trace mnésique ayant une identité uni
taire. Dans le cas d'un matériel non catégorisé mais faisant partie,
d'une certaine manière, de l'expérience antérieure du sujet, le
recueil d'indices n'est plus un prélèvement, n'est plus partiel
relativement à l'identité globale du stimulus : il tend à être de
plus en plus complet. Ceci est maintenant largement établi,
soit dans la comparaison de mots et de non-mots (Rossi, 1977,
Pollatsek, Well et Schinzler, 1975, Reicher, 1969, McClelland,
1976), soit dans la comparaison de trigrammes ayant un sens
(sigles) ou n'en ayant pas (Pynte et Noizet, 1970).
Cependant, les recherches sur ce problème ont suivi une
méthode qui ne permet pas d'aller au-delà d'un constat : en
général, on montre que le matériel non familier subit un retard
dans son identification ou seulement sa reconnaissance par
rapport à un matériel comparable mais familier. Il en est de
même pour les unités qui composent les deux matériels : par
exemple les lettres composant les mots sont plus aisément resti
tuables que les lettres les non-mots. Cette restitution
est-elle reconstruite par réflexion après l'identification des mots,
appuyée, elle, sur l'identité du prototype mnésique ? Ou bien
est-elle directement effectuée grâce au contenu de la mémoire à
court terme ? Dans cette seconde interprétation, il y aurait
même une collecte d'indices plus importante pour les mots que
pour les non-mots et cette différence expliquerait leur privilège
quant à l'identification. De toute manière ces méthodes ne per
mettent pas d'en décider.
Dans la présente étude, on cherche à aller un peu plus loin
dans la certitude concernant la complémentarité entre recueil
d'indices et existence d'un « prototype mnésique » généralisé
existant dans la mémoire à long terme. On se fonde sur l'utilisa
tion d'une méthode de transfert croisé déjà utilisée dans une précé
dente recherche (Frances, 1967) et dont le principe est le suivant :
a) L'identification bénéficie d'un entraînement à la collecte
d'indices discrets donné dans un apprentissage de distinction
différentielle du même matériel (repérage de particularités ou de
lacunes dans une suite de présentations). Autrement dit, la 348 B. Frances, C. Batte et D. Melallinos
succession d'un apprentissage de la distinction et d'un test
d'identification montre (par référence à un groupe contrôle) un
effet de transfert positif.
b) Inversement, l'apprentissage de l'identification suivi d'un
test de distinction différentielle montre, pour le même matériel
et par référence à un groupe contrôle, un effet de transfert négatif.
D'une manière générale les relations entre ces deux modalités
de la perception ont été développées récemment (Frances, 1984,
1985 à paraître).
Dans la première séquence (a), l'apprentissage augmente,
chez les sujets, la possibilité de collecte d'indices partiels qui
suffisent à donner la réponse d'identification grâce à la mise en
disponibilité de la trace mnésique correspondante. Dans la
deuxième séquence (b), l'apprentissage conduit les sujets à une
collecte d'indices de plus en plus partiels et diminue chez eux la
capacité de repérage de particularités ou de lacunes dans le
stimulus présenté.
La séquence (b) vient à l'appui de l'idée de complémentarité
entre recueil d'indices et mobilisation de la trace mnésique : plus
l'identification s'appuie sur la mémoire, moins elle s'appuie sur
les indices, ce qui rend difficile la tâche subséquente de distinction.
La séquence (a) s'interprète ainsi : plus la distinction devient sûre,
plus la mobilisation de la mémoire devient aisée avec un recueil
d'indices moins riches.
Cette méthode donne de tels résultats dans le cas d'un matér
iel catégorisé, comme on le verra dans la section I de cet article.
Elle doit logiquement donner des résultats différents dans le
cas d'un matériel non catégorisé, comme on le verra la
section II de cet article.
I. — LA COLLECTE D'INDICES
DANS L'IDENTIFICATION
DE MATÉRIELS CATÉGORISÉS
EXPÉRIENCE I : MATÉRIEL VERBAL
La méthode du transfert croisé a été utilisée par Frances (1967)
dans une expérience dont nous donnons ici les grandes lignes et les
résultats.
Des mots de la langue française de longueur limitée (entre 6 et
12 lettres), sont présentés au tachistoscope. Ils sont de fréquence d'indices el identification 349 Recueil
linguistique contrastée, de nature grammaticale variée. La moitié
des stimuli sert à l'apprentissage, l'autre moitié au test. Deux groupes
de sujets (lycéens de classes terminales) sont affectés au hasard à l'une
des séquences suivantes :
Groupe A : Apprentissage de l'identification (64 stimuli), puis test
de distinction (repérage dans le mot d'une lettre retournée de 180°)
comprenant 32 stimuli.
Groupe B : Apprentissage de la distinction (64 stimuli), puis test
d'identification comprenant 32 stimuli.
Les présentations tachistoscopiques ont lieu à durée constante et
répétées jusqu'à l'obtention de la réponse correcte. Pour avoir, au
départ, une difficulté équivalente des deux tâches, la durée de présen
tation est de 0,05 s pour l'identification et de 0,15 s pour la distinction.
La distance de vision était de 65 cm.
RESULTATS
Les résultats, traités par une analyse de variance, sont les
suivants :
1) La distinction demeure, malgré tout, dans l'ensemble de
l'expérience, plus difficile que l'identification (P < .01).
2) L'interaction tâches X fréquence linguistique est significative
(P < .02). Les mots fréquents sont plus rapidement identifiés
que les mots rares, mais la distinction se fait plus rapidement
pour les rares que pour les mots fréquents.
3) Le transfert de la distinction sur l'identification est de
47,2 % ; celui de l'identification sur la distinction est de
10,8 %. Le faible transfert positif est attribuable à l'adapta
tion des sujets des deux groupes à la vision tachistoscopique
dans les premiers essais. Si l'on ne tient pas compte des
8 premières présentations des groupes contrôles où joue cette
habituation, les taux sont respectivement de -+- 26,5 % et de
— 9,05%.
Les deux derniers résultats s'interprètent par la complément
arité entre quantité d'indices recueillis et disponibilité de la
trace ou du prototype mnésique correspondant aux mots pré
sentés dans un matériel catégorisé. 350 B. Frances, C. Batte et D. Melallinos
EXPÉRIENCE II : MATÉRIEL COMPOSÉ DE DESSINS REPRÉSENTATIFS
La méthode de transfert croisé a été utilisée dans une expérience
faite en 1983 avec des dessins représentant des animaux ou des objets.
Les dessins linéaires, noir sur blanc, couvrant un support rectangulaire
de 12,5 x 18 cm, sont au nombre de 30. Ils sont présentés entiers pour
l'identification ou bien, à d'autres sujets, avec une lacune du contour
ou d'une ligne intérieure, pour la distinction : cette tâche consiste à
détecter la lacune dans le dessin.
Les sujets sont 40 étudiants des deux sexes à vision contrôlée,
répartis en deux groupes de 20 sujets :
Groupe A : Apprentissage de l'identification avec 15 dessins (non
lacunaires, choisis au hasard et présentés dans un ordre aléatoire, puis
test de distinction avec les 15 autres dessins.
Groupe B : Apprentissage de la distinction avec 15 dessins lacunaires
choisis au hasard et présentés dans un ordre aléatoire, puis test d'iden
tification avec les 15 autres dessins.
La mesure des seuils dans les deux tâches a été effectuée par la
méthode ascendante des limites en partant d'une durée de présentation
infraliminaire pour tous les sujets, déterminée à la suite d'une pré-
expérience.
Résultats. — Comme dans l'expérience précédente, on
prend comme scores contrôles ceux du groupe qui subit une
tâche donnée en premier lieu et comme scores expérimentaux,
ceux du groupe qui subit la même tâche après apprentissage
de l'autre tâche.
Si l'on considère les deux tâches dans leur ensemble, les
taux de transfert sont les suivants : distinction après identifica
tion : — 8,78 % ; identification après distinction : 3,32 %.
Cependant, en vue de contrôler l'évolution des capacités des
sujets, au cours de chaque tâche on a fragmenté les taux de
transfert en trois blocs successifs équivalents (de 5 stimuli)
(tableau 1). Dans tous les blocs, le transfert de la distinction sur
l'identification est positif, et négatif de l'identification sur la
distinction. Des scores individuels de transfert ont été calculés
de la manière suivante :
m gr . G — x gr . expé
m gr.G + m gr.expé d'indices el identification 351 Recueil
Tableau 1. — Taux de transfert de la distinction
sur l'identification (à gauche)
et de sur la distinction (à droite)
dans les trois étapes de la tâche-test
Transfert (en %)
Blocs successifs
de stimuli Dis-» Id Id -»Dis
— 2,91 1 à 5 6,43
— 13,38 6 à 10 2,19
— 3,83 11 à 15 4,21
Le tableau 1 montre quelles sont les moyennes des notes
individuelles de transfert de l'une des tâches sur l'autre success
ivement dans la première, la deuxième et la troisième partie du
test. Chaque partie comporte cinq items. Pour éprouver statist
iquement la positivité ou la négativité de ces moyennes on les
a comparées toutes à la norme zéro au moyen du t de Student.
On voit que dans les trois parties, conformément à l'hypothèse,
le transfert de l'identification sur la distinction est négatif et
celui de la distinction sur l'identification est positif. Il se confirme
donc que, dans d'un matériel catégorisé (dessins
représentatifs) se fait par prélèvement d'indices
et que ce prélèvement nuit à l'exercice de la distinction consistant
à détecter un indice (lacunaire)2. Ce processus décelable par un
transfert négatif n'est pas significativement marqué dans la
première phase du test ni dans la dernière, mais dans la deuxième
(/ = 2,67, P = .02).
Inversement l'entraînement à la distinction se transfère
2. La notion d'indice sensoriel a été relativement bien élaborée à propos
de l'identification des mots : les lettres initiales, la forme générale du mot
avec la disposition des hampes ascendantes et descendantes sont des indices
connus et manipulés dans des expériences sur les mots, mais ce ne sont sans
doute pas les seuls. Dans l'identification des dessins représentatifs les études
spécifiant la nature des indices sont encore peu nombreuses. Il y a les détails
caractéristiques pleins expérimentés par Vurpillot (1962), mais aussi la
succession d'indices pleins et de vides dont la synthèse constitue la vision
anorthoscopique (à travers des fentes ou des tubes) Rock, 1981. Les lacunes
de contour utilisées ici ne sont pas des indices vides appartenant au proto
type (dans ce cas ce seraient des indices pertinents à l'identification), mais au
contraire des indices vides distinctifs du prototype — puisqu'il s'agit d'une
tâche de distinction des différences (par rapport au prototype). B. Frances, C. Batte et D. Metallinos 352
positivement sur l'identification de manière significative dans la
première tranche seulement (/ = 2,51, P = .05).
Les différences dans les taux de transfert selon les étapes des
tâches sont sans doute imputables d'une part à l'intervention
d'une habituation à la vision tachistoscopique qui est fortement
favorisée dans la distinction, d'où son transfert d'emblée sur
l'identification. D'autre part, l'attitude de prélèvement sélectif
semble se développer progressivement d'où le transfert négatif
maximal dans la deuxième tranche du test. Dans la troisième
tranche il semble que les deux tendances ci-dessus s'équilibrent
et que le privilège entraîné par la tâche opposée sur la tâche
testée ne soit sensible ni dans un sens ni dans l'autre.
II. — LA COLLECTE D'INDICES
DANS L'IDENTIFICATION D'UN MATÉRIEL
NON CATÉGORISÉ
En perception, expérimenter sur l'identification d'un matériel
n'ayant pas fait l'objet, dans l'expérience antérieure du sujet
d'une catégorisation, rencontre de grandes difficultés. La prin
cipale est celle de l'émission d'une réponse certaine par le sujet
auquel on présente le matériel. Ou bien la réponse se fait par
choix dans une série de stimuli de comparaison (s'il s'agit de
figures « non-sens »), mais on ajoute alors à la tâche perceptive
initiale une tâche de recherche comparative qui peut masquer
certains processus de la tâche initiale. Ou bien cette réponse
est donnée par référence à un stimulus anciennement catégorisé
(s'il s'agit de lettres ou de symboles manipulés par distorsion,
de mots altérés par changement d'une ou plusieurs lettres, de
figures incongrues, etc.) ; mais l'expérience revient alors à une
identification différée par le traitement d'un matériel catégorisé
ordinaire.
Le cas des nombres composés de plusieurs chiffres est celui
de stimuli complexes non catégorisés dont les unités l'ont été.
On peut le rapprocher de celui des pseudo-mots, dont les unités,
les lettres, ont également été catégorisées. La différence entre les
deux espèces de stimuli est que, pour les nombres, le sujet peut,
à la suite d'une ou plusieurs présentations, donner une réponse
« verbale » précise tenant compte de l'ensemble des unités et
qui n'en soit pas la simple enumeration mais corresponde à une Recueil d'indices et identification 353
signification. Cet ensemble, cependant, n'a pu être catégorisé
comme Font été soit les mots, soit les objets représentés dans les
dessins. Pour en revenir au modèle de l'identification dont nous
partons, il n'y a pas de correspondance entre le stimulus et un
prototype mnesique qui puisse être évoqué à partir de quelques
indices offerts par ce stimulus. D'où l'hypothèse suivante, propre
à l'expérience qui va être décrite :
Le transfert de l'apprentissage de l'identification de nombres
sur un test de distinction sera positif, mais aussi le transfert
d'un apprentissage de la distinction sur un test d'identification.
Cependant on ne peut prédire les taux respectifs de ces transferts.
EXPÉRIENCE III3 : MATÉRIEL COMPOSÉ DE NOMBRES
Matériel. — 32 nombres de cinq chiffres, couvrant chacun une
surface de 70 x 80 mm, ont été composés au hasard. Une préexpérience
avait montré des différences sensibles quant à leur lisibilité, mesurée
par leur rapidité d'identification. Les nombres ont donc été composés
de manière à ce que l'occurrence des chiffres et leur ordre spatial dans
les nombres soient aléatoires. La moitié d'entre eux sert à la première
tâche (apprentissage), l'autre moitié à la deuxième (test). Pour l'iden
tification, les nombres sont présentés sans manipulation de leur forme
ou de leur orientation. Pour la distinction, les nombres sont altérés de la
manière suivante : un des chiffres qui le composent est renversé par
rotation de 180°. Seuls les chifres 1, 2, 3, 4, 5 et 8 se prêtent à cette
manipulation, les autres (6, 8 et 9) devenant d'autres chiffres à la suite
de leur rotation. Ces chiffres n'arrivent jamais ni en premier ni en second
rang dans un nombre.
Dans chaque série de 16 nombres, quatre blocs ont été distingués.
Leur permutation a permis de faire varier, selon les sujets, l'ordre intra-
tâche des stimuli.
Taches. — L'apprentissage se fait avec une série de 3 x 16 = 48 nomb
res, soit sans manipulation, que le sujet doit lire (Identification),
soit avec rotation d'un chiffre, qu'il doit préciser (Distinction). Le test,
beaucoup plus bref, ne comprend que 12 nombres (pour éviter le progrès
intra-tâche) extraits de la série de 16, tous différents de ceux que le
sujet vient de voir au cours de l'apprentissage. Mais grâce à la subdi
vision de la série de 16 en quatre blocs permutés, l'ensemble de cette
série est utilisé pour un groupe dans l'expérience.
Pour les deux tâches, le temps de présentation de chaque stimulus
3. Cette expérience a été conçue et réalisée par D. Metallinos au Labor
atoire de Psychologie expérimentale et différentielle de l'Université de
Paris X, Nanterre.
ap — 12

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.