Le renouvellement de la population parisienne entre 1975 et 1990 - article ; n°4 ; vol.50, pg 1235-1245

De
Publié par

Population - Année 1995 - Volume 50 - Numéro 4 - Pages 1235-1245
11 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : dimanche 1 janvier 1995
Lecture(s) : 24
Nombre de pages : 12
Voir plus Voir moins

Patrick Simon
Le renouvellement de la population parisienne entre 1975 et
1990
In: Population, 50e année, n°4-5, 1995 pp. 1235-1245.
Citer ce document / Cite this document :
Simon Patrick. Le renouvellement de la population parisienne entre 1975 et 1990. In: Population, 50e année, n°4-5, 1995 pp.
1235-1245.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/pop_0032-4663_1995_num_50_4_6037ET DOCUMENTS 1235 NOTES
Conclusion^ Les résultats que nous présentons ici proviennent de deux
dages. Le second, qui est nominatif, pourrait être étendu, mais
au prix d'un travail considérable. Il serait intéressant de savoir ce que firent, une
fois revenus dans la vie civile, les quelque 50 000 officiers qui avaient survécu
aux campagnes de l'Empire.
Il ne peut s'agir, pour le moment, que de leur carrière militaire. Les pertes
sur le champ de bataille furent fortes par rapport à celles que subirent les troupiers.
Parmi ceux-ci, elles portent sur moins de 5 % des effectifs, soit environ 3 fois moins
que chez les officiers. Les décès par maladie ou les disparitions sont, au contraire,
relativement peu nombreuses chez les officiers. La mortalité au combat est plus
forte dans l'infanterie que dans les armes considérées comme nobles (cavalerie,
artillerie, garde).
L'âge à la nomination au rang d'officier est plus élevé que ne le fait penser
le mythe de la Grande Armée. En fait, les deux tiers de ces officiers provenaient
de l'armée révolutionnaire. Le niveau d'instruction semble avoir joué un grand rôle
pour sélectionner les hommes. Il n'y a pas lieu de s'en étonner. Les guerres de
l'Empire se déroulèrent à une époque où moins de 40% des Français savaient lire
et écrire et un officier illettré ne pouvait transmettre les ordres écrits qu'il recevait.
De ce fait, Paris et les régions du Nord-Est fournirent un contingent d'officiers
beaucoup plus élevé que les régions situées au-dessous de la ligne St-Malo-Genève
où la proportion d'illettrés était forte.
Jacques Houdaille
INED
LE RENOUVELLEMENT DE LA POPULATION
PARISIENNE ENTRE 1975 ET 1990
En 1990, 1 081 886 parisiens avaient emménagé durant les 8 dernières années
dans leur logement actuel, soit la moitié de la population de la ville. Ce chiffre
traduit l'importance des mouvements d'habitants qui, régulièrement, déménagent,
changent de quartier dans la ville, voire de commune ou de département. Parmi
ceux qui n'occupaient pas le même logement lors du recensement précédent, 46%
résidaient déjà dans Paris. La «mobilité de rotation interne» a bien été mise en
évidence par l'enquête réalisée en 1992 par l'Observatoire des Loyers de l'Agglo
mération Parisienne (OLAP) [1]. Portant sur les mouvements d'habitants enregistrés
l'année précédente à partir du fichier des compteurs EDF, cette étude permet d'af
finer les résultats du recensement. On y lit ainsi que 55 % des emménages récents
vivaient auparavant à Paris, dont 3% dans le même immeuble, 17% dans le même
arrondissement et 35% dans un autre arrondissement. C'est dire l'importance des
échanges intérieurs, même si l'apport démographique de l'immigration"' reste non
<5» Nous remercions ici Madame Marthe Reybaud, qui a assuré une grande partie des
dépouillements, et Madame Jeannine Kerroc'h qui s'est chargée, avec beaucoup de compétence
et de patience, de la dactylographie et a fait de judicieux commentaires sur le texte.
") Par immigration, on entend l'installation de personnes qui ne résidaient pas dans
la commune auparavant, quelle que soit leur provenance. NOTES ET DOCUMENTS 1236
négligeable. A titre de comparaison, la ville de Lyon connaît des mouvements d'ha
bitants plus intenses (55% de «nouveaux emménages», dont 43% résidaient déjà
dans la commune), tandis que la ville de Marseille accueillent beaucoup moins de
nouveaux résidants (46%, dont 73% habitaient déjà à Marseille!).
La rotation de la population varie considérablement selon les caractéristiques
des individus (tableau 1). En fonction de la situation dans le cycle de vie, les attentes
en matière de logement et de localisation diffèrent nettement, débouchant sur des
probabilités de déménagement plus ou moins élevées. Les nouvelles installations
décroissent ainsi avec l'âge. Les plus de 60 ans combinent une plus grande stabilité
et, surtout, une faible installation de nouveaux résidants dans cette tranche d'âge
(moins de 10%). C'est avant 40 ans que le renouvellement atteint les seuils maxi
maux, avec un seul petit tiers de sédentaires entre 30 et 39 ans. Mais les déplace
ments de ces trentenaires (qui avaient entre 22 et 31 ans en 1982, rappelons-le) se
limitent au périmètre de Paris pour plus de la moitié d'entre eux. Enfin, les moins
de 30 ans cumulent mobilité et migration, puisqu'ils ne sont que 38 % à avoir déjà
résidé dans la ville en 1982. Traversant la phase de décohabitation, nombre d'entre
eux ont quitté le foyer familial pour prendre un logement autonome, ce qui explique
l'intensité des mouvements.
Tableau 1. - Proportion (%) de Parisiens en 1982 et 1990, ayant emménagé au
cours de la précédente période intercensitaire, selon leur âge et leur csp
1982 1990
Résidaient Résidaient Autre logement Autre logement hors Paris hors Paris en 1975 en 1982 en 1982 en 1982
Total 49,4 25,9 50,3 27,1
Groupes d'âge
Plus de 75 ans nd nd 13,4 4,4
60-74 ans nd nd 18,2 6,7
40-59 ans nd nd 38,3 15,9
30-39 ans nd nd 71,3 34,9
25-29 ans nd nd 84,0 61,5
CSP
Artisans, commerçants et CE 41,0 17,2 47,5 20,6
Professions supérieures • 60,0 28,9 62,7 33,1
59,4 intermédiaires 32,0 61,9 35,9
Employés 57,7 33,0 56,3 33,1
Ouvriers 52,0 26,5 50,5 26,8
Source : INSEE, recensements de 1982 et 1990 (sondage au 1/4).
La mobilité fluctue également selon la catégorie socioprofessionnelle. Arti
sans, commerçants et ouvriers reçoivent peu de nouveaux membres, ce qui amplifie
le processus de disparition de ces groupes dans Paris. Le résultat est imputable en
partie à un classique effet de structure d'âge, ces CSP regroupant des individus en
moyenne plus âgés que les autres(2). Cependant, le milieu parisien connaît une s
ituation spécifique avec une très nette déformation de la stratification socioprofes-
(2) L'âge moyen des artisans et autres est de 45,2 ans, celui des professions supérieures
de 41,4 ans, celui des professions intermédiaires de 38,8 ans, des employés de 38,6 ans
et celui des ouvriers de 40,3 ans. On voit que malgré un âge moyen élevé, les professions
supérieures connaissent des proportions de nouveaux emménages relativement élevées. NOTES ET DOCUMENTS 1237
sionnelle vers les niveaux supérieurs. Alors que, pour la France entière, la dernière
période intercensitaire a vu un tassement de la réduction des effectifs des ouvriers
(- 7 %), compensé par la hausse des personnels des services (+ 22 %) et une pro
portion d'employés inchangée, à Paris, l'effondrement de la représentation des ou
vriers s'est poursuivi. En 1990, on ne recensait plus que 15% d'ouvriers à Paris
pour 3 1 % en France entière. Cette chute est désormais relayée par une très forte
diminution des employés qui ne constituent plus que 19% des actifs parisiens en
1990, contre plus de 25% en 1982. Sur-représentées parmi les nouveaux emménag
es, les professions libérales et supérieures tendent à constituer le principal groupe
socioprofessionnel à Paris.
Une relation étroite et peu surprenante associe la mobilité et les caractéris
tiques d'occupation des logements (tableau 2). Les logements occupés en propriété
ou appartenant au parc social connaissent les taux de rotation les plus faibles, tandis
que les hôtels meublés voient leurs occupants se succéder rapidement : près de 70 %
d'entre eux ont emménagé depuis 1982(3). Là encore, les effets propres au statut
d'occupation sont renforcés par l'âge des occupants : l'âge moyen des propriétaires
et des locataires en HLM s'établit respectivement à 56,7 ans et 52 ans, tandis que
celui des logés en meublés atteint à peine 39 ans. En outre, on change moins vo
lontiers de logement quand il est spacieux. Les logements d'au moins 4 pièces
n'accueillent que 36,5% de nouveaux occupants entre 1982 et 1990; cette proport
ion monte à 64,5 % pour les studios. Enfin, résultat apparemment paradoxal, les
logements inconfortables enregistrent peu de mouvements d'habitants. La démolition
progressive du parc vétusté explique en partie cette situation. Par ailleurs, l'absence
d'opportunités résidentielles sur Paris, due à la crise prolongée du logement, cont
raint les ménages les plus démunis à se maintenir dans les secteurs les plus dégradés
de l'habitat et restreint en conséquence la rotation de son occupation.
Tableau 2. - Proportion de ménages parisiens ayant emménagé au cours de la pré
cédente PÉRIODE INTERCENSITAIRE, SELON LES CARACTÉRISTIQUES DE LEUR LOGEMENT EN
1982 et 1990
1982 1990
Tous ménages 48,1 49,0
Statut d'occupation
33,1 35,1 Propriétaires
Locataires privés 52,6 55,3
HLM 44,6 41,3 en meublé 69,2 72,1
Logés gratuit 57,3 61,3
Taille du logement
nd 64,5 Une pièce
2 pièces nd 50,6
3 nd 41,0
4 pièces et plus nd 36,5
Confort médiocre 38,6 37,0
Source : INSEE, recensements d( ; 1982 et 1990 ( sondage au 1/4).
<3>Les enquêtes logements de 1984 et 1988 permettent de quantifier l'écart de mobilité
selon le statut d'occupation: 8% des propriétaires de 1984 et 40% des locataires avaient
changé de résidence en 1988 [3]. 1238 NOTES ET DOCUMENTS
L'évolution récente du marché de l'immobilier parisien joue également un
rôle important sur la mobilité résidentielle des ménages. On rapporte en général le
coût d'un logement à la prestation qu'il offre : localisation, surface, équipement,
qualité d'entretien... Avec les hausses de loyer pratiquées dans les logements libérés,
la date d'entrée dans le logement s'est superposée aux autres critères. Elle est même
devenue une des sources principales de différenciation économique du parc. Pour
un logement aux caractéristiques similaires (tableau 3), le loyer moyen au m2 aug
mente de près de 50% entre ce que paie un locataire entré avant 1983 et un autre
arrivé en 1992. Ce surcoût accorde une prime à la sédentarité par la charge qu'il
fait peser sur les derniers arrivés. Dans ce contexte, on imagine volontiers que les
locataires parisiens ont évalué au plus juste leurs projets de déménagement au cours
des années 80. Pourtant, les proportions de nouveaux emménages dans la capitale
sont en légère augmentation en 1990 par rapport à 1982, ce qui contredit l'impact
prévisible de la pression des loyers sur la mobilité.
Tableau 3. - Surface et loyers moyens à Paris (au 1/01/1993) selon la taille du
logement et la date d'arrivée du locataire (parc locatif privé uniquement)
5 pièces 1 pièce 2 pièces 3 pièces 4 pièces Ensemble et +
1992
Surface moyenne (m2) 26 41 63 92 146 46
Loyer en F/m2 103,4 88,8 86,2 83,6 92,2 91,2 (en francs) 2 678 3 656 5 453 7 712 13419 4 185
1990 et 1991
26 42 64 88 137 47 Surface moyenne (m2)
Loyer en F/m2 99,3 85,5 82,5 89,8 92,4 88,8
Loyer (en francs) 2 546 3 574 5 277 7 862 12 670 4 179
1987 et 1989
Surface moyenne (m2) 26 41 64 91 145 52
Loyer en F/m2 87,7 78,5 76,1 80,9 86,9 80,9 (en francs) 2 261 3 234 4 884 7 379 12 641 4 191
1983 et 1986
Surface moyenne (m2) 26 43 66 89 152 59
Loyer en F/m2 71,3 63,4 65,0 65,9 64,9 65,5 (en francs) 1 889 2718 4 281 5 898 9 860 3 867
Avant 1983
Surface moyenne (m2) 27 44 64 90 156 64
Loyer en F/m2 59,1 60,2 55,9 55,3 58,3 67,0 (en francs) 1 809 2 578 3 858 5 010 8 640 3 705
Ensemble
42 64 Surface moyenne (m2) 26 90 149 53
Loyer en F/m2 89,6 77,0 73,7 71,9 72,8 76,5 (en francs) 2 331 3 233 4 734 6 460 10 847 4041
Source : OLAP, 1993 : «Les loyers d'habitation dans le parc locatif privé à Paris et er i banlieue »,
dossier n° 6 (page 76).
Ce paradoxe s'explique par l'illusion comptable, produite par l'observation
instantanée qui ne retranscrit qu'imparfaitement les processus dynamiques, dans les
quels se range la mobilité. En effet, la proportion de nouveaux emménages se montre NOTES ET DOCUMENTS 1239
très sensible aux fluctuations de population d'un recensement sur l'autre, de telle
sorte que, en pensant décrire la mobilité, on ne fait qu'enregistrer des taux d'ac
croissement. Illustrons le propos avec un exemple. La ville A compte 1 000 habitants
en 1990. En 1982, sa population était de 500 habitants qui sont tous restés dans
leur logement. On trouve donc une proportion de nouveaux emménages de 50 %
en 1990, ce qui pourrait indiquer une forte mobilité des habitants. En fait, le taux
de mobilité est nul dans notre exemple. Relevant d'une procédure classique en dé
mographie, le calcul de cet indice consiste à reconstituer du longitudinal à partir
de données transversales (celles du recensement). Il se construit en rapportant l'ef
fectif des sédentaires de 1990 à la population de 1982. Par cette opération, on
retrace le «destin migratoire» de la entre deux recensements. Il est alors
possible d'évaluer la capacité d'une ville à retenir ses habitants, ou leur propension
à se déplacer, y compris pour la quitter (voir note méthodologique).
Une plus grande Les taux de mobilité calculés pour les deux dernières pé-
stabilité en 1990 riodes intercensitaires montrent une nette tendance à la
stabilisation dans leur logement des Parisiens. Sur 100
personnes qui résidaient à Paris en 1975, 48 avaient déménagé en 1982; ce taux
tombe à 43,6% entre 1982 et 1990 (tableau 4). Le gain de plus de 4% de sédentaires
confirme une tendance déjà enregistrée au niveau national dans les enquêtes loge
ments de l'INSEE (voir notamment [3]), amplifiée dans le cas parisien par l'ampleur
de la crise du logement. Bien entendu, parmi les personnes qui ont changé de do
micile, beaucoup en ont repris un autre à Paris, que ce soit à proximité ou dans
un autre arrondissement : 74,8% des habitants de 1975 sont restés parisiens jusqu'en
1982, le taux atteignant 76,1 % à la période suivante.
Les taux de mobilité apportent également un éclairage particulier sur la mob
ilité des étrangers et des Français par acquisition0*1. En effet, cette sous-population
est constitutivement affectée par les variations de flux migratoire ; la comparaison
entre ses proportions de nouveaux emménages et celles des Français de naissance
s'avère plus que délicate. Grâce à l'usage des taux, on obtient une estimation plus
réaliste de la mobilité propre à ces catégories de population. Si l'on s'en tient aux
proportions de nouveaux emménages, les Français de naissance connaissent une
augmentation de la rotation de la population de 1982 à 1990 (de 46,8% à 49,1 %),
tandis que les étrangers et Français par acquisition suivent la tendance contraire
(de 58,7 % à 54,5 %). Les taux confirment les écarts observés entre étrangers et
Français par acquisition : près de 6 % de mobilité supplémentaire pour les seconds.
Par contre, ils infirment l'impression d'augmentation des déménagements de Fran
çais de naissance, puisqu'on constate une baisse sensible des mouvements de ces
derniers entre 1982 et 1990.
Ces résultats éclairent en partie le tassement de la progression de la popul
ation étrangère et d'origine étrangère à Paris, enregistré entre 1982 et 1990. Bien
qu'imputable à la diminution des flux d'installation, cette évolution provient éga-
<4> L'utilisation de la catégorie étranger dans l'étude des phénomènes démographiques,
notamment en analyse longitudinale, est largement devenue obsolète. En effet, avec rallon
gement de la durée du séjour en France des dernières vagues migratoires, les acquisitions
de la nationalité française concernent maintenant une proportion croissante des immigrés ini
tiaux. Dès lors, la distinction par nationalité établit un découpage arbitraire dans une popul
ation homogène sur les critères étudiés. La catégorie des immigrés correspond mieux à
l'analyse longitudinal, mais elle reste difficile à reconstituer à partir des données publiées
par l'INSEE. Aussi, avons-nous utilisé un regroupement moins adéquate, mais le plus proche
de notre objet : les étrangers et les Français par acquisition. NOTES ET DOCUMENTS 1240
Tableau 4. - Taux de mobilité selon uorigine nationale (en %)
1975-1982 1982-1990 (a)
Ont quitté leur logement
Français de naissance 46,9 42,3
Etrangers et Français par acquisition 52,1 48,1
Ensemble 47,9 43,6
Ont quitté Paris
Français de naissance 25,1 22,9
Etrangers et Français par acquisition 26,3 27,7
Ensemble 25,2 23,9
(a) Pour ramener la période 1982- 1990 à une dimension comparable à celle de 1975-1982, c'est-à-dire
7 années, on a supposé les départs également répartis dans le temps.
Source : Recensements de 1975 (sondage au l/5e), 1982 et 1990 (sondages au 1/4).
lement d'une augmentation des départs hors de la capitale (le taux de mobilité hors
de Paris passe de 26,3% en 1975-1982 à 27,7% en 1982-1990). Le turn-over qui
affecte cette population a donc connu une certaine accélération dans la dernière
période intercensitaire. On peut rapprocher cette singularité du profil socio-écono
mique des étrangers et Français par acquisition : 60,6 % de la population active
appartiennent aux catégories ouvriers et employés, pour 34,5 % chez les Français
de naissance. Or, ce sont ces catégories qui font face aux plus grandes difficultés
pour se loger à Paris, d'où leur diffusion dans les banlieues.
Les quartiers où Г on reste Les résultats globaux pour Paris peuvent se
décliner par quartier. On obtient ainsi une vet ceux que l'on quitte
isualisation du brassage de population par
zone, les variations de taux de mobilité pouvant parfois être conséquentes. Le taux
le plus faible s'observe dans le quartier Gaillon, dans le 2e arrondissement (41 %)
et le plus élevé dans le quartier du Faubourg du Roule dans le 8e (66,6%). La
localisation des taux révèle une dispersion assez grande. Les quartiers à population
stable se situent dans les 16e et 17e arrondissements d'une part, et le 13e, le 2e et
une partie des 11e, 20e et 19e de l'autre. A l'opposé, le bas du 8e, le 9e, le 12e, le
5e et une partie des 14e, 18e et 19e connaissent les déperditions
les plus importantes de leurs habitants.
La logique présidant à ces disparités semble relativement complexe. Par exemp
le, aucune corrélation significative ne vient valider une relation entre la concent
ration d'étrangers et Français par acquisition et une mobilité plus forte des Français
de naissance. Le schéma type «d'invasion-succession» ne fonctionne donc pas sur
le plan parisien. Il apparaît néanmoins que les quartiers où se fixent les Français
de naissance ne recoupent pas ceux des étrangers et Français par acquisition. Pour
affiner la comparaison, nous avons repris la typologie des quartiers parisiens, éla
borée par P. Bessy [4] et divisant l'espace parisien en 6 types : Bourgeoisie d'en
treprise, Bourgeoisie intellectuelle, Affaires, Rénovation tertiaire, Classes moyennes
tertiaires et Ouvriers(5). On observe alors un clivage en deux blocs de quartiers
(tableau 5) : bourgeoisie affaires et ouvriers présentent des taux de
mobilité plus élevés (autour de 45 %) que bourgeoisie d'entreprise, rénovation ter
tiaire et classes moyennes tertiaires (autour de 43 %). En revanche, la comparaison
<5' La liste des quartiers par type est fournie en annexe. с
NOTES ET DOCUMENTS 1241
го -и On —
tN tN
I
ON О r-^ en ^ ht E ш i S
X
al
a
Tt' Г-' 00 О VO' СУ r~ tN in ш û
ai ex ш
> H
Щ _J Щ H Ш 0(a On tD Г- On vD Ш
O\ < z •— ON * о
u J!á
о 3 On. Г-; On о in oo (Г) Tj- ^ -H ;_] о Si CQ В
S ел Щ
ILITE 2 О Q СЛ Щ
CQ о -h Г- tN ^ч-ч £0 g s
Й о y тэ ш Q
X 'я s? D
tN o tN О fN о fN о (У> On OO 00 ON 00 ON On ON ON ON On ON
(Ň fŇ (Ň «A (N r- «A •A (-■ «A r- on on 00 00 On ON On ON ON ON ON
a jž
2 Uh
О о
S2 -X л. u ся 'Я 'з О" 6 i й » 1242 NOTES ET DOCUMENTS
des écarts de mobilité entre Français de naissance et étrangers et Français par ac
quisition fait apparaître une opposition entre les quartiers de la Bourgeoisie intel
lectuelle et de la Bourgeoisie d'entreprise, où les seconds se montrent nettement
plus mobiles que les premiers, et les autres quartiers, où les disparités sont moins
tranchées.
La baisse de mobilité observée sur l'ensemble des quartiers se répercute sur
chacun des types, suivant quelques variations : les quartiers ouvriers et ceux des
affaires connaissent une érosion relative de la sédentarité, tandis que les quartiers
de la bourgeoisie intellectuelle comblent la distance qui les sépare de la moyenne
parisienne. Ce mouvement global correspond à une aggravation des écarts entre
Français de naissance et étrangers et Français par acquisition. Alors que cet écart
s'est maintenu dans les quartiers où il était élevé, il a baissé dans ceux où il était
modéré et s'est accentué dans ceux où il était faible, voire négatif. Le seul secteur
où la mobilité des étrangers et Français par acquisition était inférieure, en 1975-
1982, à celle des Français de naissance, a perdu sa singularité en 1982-1990. Après
une phase de stabilisation, il semble bien que les étrangers et Français par acquis
ition, notamment ceux qui appartiennent aux classes sociales populaires, entrent
dans une période de forte mobilité.
Patrick Simon
INED
ANNEXE
I. Note méthodologique
Le principe du taux de mobilité consiste à suivre une population observée à
la date t jusqu'à la date t + n. L'idéal est de posséder un enregistrement des dé
placements en continu de cette population. Certains pays disposent de registres de
population où figurent ces informations, mais ce n'est pas le cas de la France.
Aussi devons-nous reconstituer la mobilité à partir des recensements successifs, sous
réserve du contrôle d'un certain nombre de biais qui affectent la mesure. En premier
lieu, la population recensée à la date t + n ne correspond qu'imparfaitement à celle
de la date t; immigration, émigration, décès et naissances sont venus modifier la
population initiale. Il importe pour notre calcul de raisonner sur une population
fermée, qui ne soit pas alimentée par immigration ou par des naissances, et un
iquement soumise à la mobilité. Grâce à la question sur la résidence antérieure, on
sait combien d'individus, à la date t + n, appartenaient à la population recensée à
la date t. On appellera ces individus les « sédentaires survivants », notés Sd, puisque
pour répondre à la question du recensement de 1990, ils ont dû à la fois survivre
jusque-là et occuper le même logement.
En 1990, 1 069 359 individus ont déclaré occuper le même logement qu'en
1982. Parmi eux figurent des enfants âgés de moins de 9 ans qui n'étaient pas nés
en 1982 et à qui l'INSEE attribue la résidence antérieure de leur mère (parfois de
leur père). Pour obtenir l'effectif de sédentaires (Sd), seuls les individus de plus
de 8 ans seront pris en compte; en 1990, Sd = 1 018 784.
En 1982, 2 176 652 personnes furent comptabilisées à Paris. Le destin de ces
personnes fut, pour 1 018 784 d'entre elles, de rester dans leur logement. Le complé
ment, soit PI 982 - Sd = 1 157 868, est sorti d'observation. Pour ce faire, ces personnes
ont soit vécu l'événement qui nous intéresse ici, à savoir un déménagement, soit ont NOTES ET DOCUMENTS 1243
décédé. La mortalité représente dans notre étude un phénomène perturbateur, inter
férant avec la mobilité résidentielle. Il nous faut donc maîtriser cette interférence en
évaluant les décès intervenus entre 1982 et 1990 dans la population recensée en 1982.
L'estimation a été réalisée sur la base des tables de mortalité du moment de 1982 à
1989, appliquées à la structure par âge de la population de 1982, l'opération étant
répétée chaque année d'exposition au risque. On obtient ainsi 179 939 décès en 8 ans.
Pour neutraliser l'effet de la mortalité sur la mobilité, on ne prend alors en compte que
la population qui a survécu de 1982 à 1990, soit P'1982 = P1982 - D(1982,1989) =
1 996 713. Le taux de sédentarité de la période 1982-1990, noté Tsd(90), se calcule
en rapportant l'effectif de sédentaires survivants à la population qui survivra durant
toute la période: Tsd(90) = Sd/P'1982 (ici, Tsd(90) = 0,51). Le complément de ce
taux correspond au taux de mobilité, Tm = 1 - Tsd.
Pour pouvoir comparer ce taux à celui obtenu pour la période 1975-1982,
on a dû ramener les deux périodes à une durée identique, soit 7 ans. Les décès et
la fraction des personnes mobiles correspondant à l'année 1989 ont été intégralement
rajoutés à l'effectif des Sd, suivant une hypothèse de linéarité des déplacements.
Le taux définitif s'établit à 43,6%.
Enfin, dernière précaution indispensable pour ce genre de calcul, les popul
ations comptabilisées lors des deux recensements doivent être rigoureusement comp
arables. Cette clause élimine la possibilité de construire des taux de sédentarité
par CSP ou par statut d'occupation, puisqu'il est envisageable de changer d'occu
pation professionnelle ou de titre de propriété tout en conservant le même logement.
De même, il est impossible de calculer des taux de sédentarité de la population
étrangère, dans la mesure où l'acquisition de la nationalité française fait sortir ar
tificiellement d'observation une masse non négligeable d'individus entre les deux
recensements. La prise en compte de l'ensemble de la population d'origine étrangère
permet de surmonter cet obstacle.
II. Liste des quartiers parisiens classés
en 6 types (source : P. Bessy [4])
Quartiers de la bourgeoisie d'entreprise
Vie arr Notre-dame des Champs (Q23)
Vile arr. St Thomas d'Aquin (Q25)
Invalides (Q26)
Gros caillou (Q28)
Ville arr. Champs Elysées (Q29)
Faubourg du Roule (Q30)
Madeleine (Q31)
Europe (Q32)
XVIe arr Auteuil (Q61)
Muette (Q62)
Porte Dauphine (Q63)
Chaillot (Q64)
XVIIe arr. Ternes (Q65)
Plaine de Monceaux (Q66)

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.