Le rôle des oppositions temporelles dans la compréhension de la succession - article ; n°2 ; vol.73, pg 493-506

De
Publié par

L'année psychologique - Année 1973 - Volume 73 - Numéro 2 - Pages 493-506
Résumé
Dans cette expérience, nous avons voulu étudier la compréhension de la relation de succession entre deux événements, quand elle est exprimée uniquement par l'opposition entre les temps des verbes d'une phrase. Nous avons présenté à 90 sujets 36 phrases exprimant chacune deux actions ne pouvant se dérouler en même temps, et nous avons fait varier l'ordre dénonciation des actions, le temps des verbes et la forme syntaxique (subordination par QUE et coordination par ET). Une question concernant l'ordre de déroulement des événements a été posée aux sujets avant chaque phrase. Le temps de latence et la réponse ont été enregistrés. Il est apparu que l'ordre dénonciation des événements n'est pas utilisé par les sujets comme indice de leur ordre de déroulement ; d'autre part, le passé composé semble poser plus de problèmes de compréhension que le futur ; enfin, les sujets comprennent beaucoup plus vite les phrases qui commencent par un verbe au présent.
Summary
The aim of this study was to consider the understanding of the succession of events as expressed by verb tenses. Thirty six sentences expressing two actions which could not be simultaneous were presented to ninety subjects. Order of mention, verbs tense and syntactic form were varied. Subject was asked to determine the temporal order of events. The reaction time and the answer were recorded. We found that : (1) the order of mention of events was not a relevant eue of their order of occurrence ; (2) « passé composé » (preterit) was more difficult to understand than « futur » ; (3) sentences in which the first verb is in the present tense were easiest.
14 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : lundi 1 janvier 1973
Lecture(s) : 13
Nombre de pages : 15
Voir plus Voir moins

F. Locatelli
Le rôle des oppositions temporelles dans la compréhension de
la succession
In: L'année psychologique. 1973 vol. 73, n°2. pp. 493-506.
Résumé
Dans cette expérience, nous avons voulu étudier la compréhension de la relation de succession entre deux événements, quand
elle est exprimée uniquement par l'opposition entre les temps des verbes d'une phrase. Nous avons présenté à 90 sujets 36
phrases exprimant chacune deux actions ne pouvant se dérouler en même temps, et nous avons fait varier l'ordre dénonciation
des actions, le temps des verbes et la forme syntaxique (subordination par QUE et coordination par ET). Une question
concernant l'ordre de déroulement des événements a été posée aux sujets avant chaque phrase. Le temps de latence et la
réponse ont été enregistrés. Il est apparu que l'ordre dénonciation des événements n'est pas utilisé par les sujets comme indice
de leur ordre de déroulement ; d'autre part, le passé composé semble poser plus de problèmes de compréhension que le futur ;
enfin, les sujets comprennent beaucoup plus vite les phrases qui commencent par un verbe au présent.
Abstract
Summary
The aim of this study was to consider the understanding of the succession of events as expressed by verb tenses. Thirty six
sentences expressing two actions which could not be simultaneous were presented to ninety subjects. Order of mention, verbs
tense and syntactic form were varied. Subject was asked to determine the temporal order of events. The reaction time and the
answer were recorded. We found that : (1) the order of mention of events was not a relevant eue of their order of occurrence ; (2)
« passé composé » (preterit) was more difficult to understand than « futur » ; (3) sentences in which the first verb is in the present
tense were easiest.
Citer ce document / Cite this document :
Locatelli F. Le rôle des oppositions temporelles dans la compréhension de la succession. In: L'année psychologique. 1973 vol.
73, n°2. pp. 493-506.
doi : 10.3406/psy.1973.28000
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1973_num_73_2_28000Année psychol.
1973, 73, 493-506
Laboratoire de psychologie expérimentale et comparée
(Université Bené-Descartes et E.P.H.E., 3e section)
Associé au C.N.R.S.
LE RÔLE DES OPPOSITIONS TEMPORELLES
DANS LA COMPRÉHENSION DE LA SUCCESSION
par Françoise Locatelli1
SUMMARY
The aim of this study was to consider the understanding of the succession
of events as expressed by verb tenses. Thirty six sentences expressing two
actions which could not be simultaneous were presented to ninety subjects.
Order of mention, verbs tense and syntactic form were varied. Subject
was asked to determine the temporal order of events. The reaction time and
the answer were recorded. We found that : (1) the order of mention of events
was not a relevant cue of their order of occurrence ; (2) « passé composé »
(preterit) was more difficult to understand than « futur » ; (3) sentences
in which the first verb is in the present tense were easiest.
INTRODUCTION
A la suite d'une récente expérience portant sur les différents
modes d'expression de la succession chez l'adulte (F. Locat
elli, 1973), nous avons pu dégager que les oppositions entre
les temps des verbes d'une même phrase fonctionnent comme
indicateur du sens de la relation temporelle, mais que, cepen
dant, leur action est complexe.
Peu de travaux ont été jusqu'à ce jour réalisés au sujet de ce
type de marque, et seule E. Ferreiro (1971) a abordé le problème
dans une étude génétique : on retiendra principalement de son
travail, qui se situe dans la lignée de celui d'H. Sinclair (1967),
que l'organisation des temps des verbes en couples n'apparaît
qu'au stade de la renversabilité (5-5, 6 ans), et que le futur (et
1. Cette expérience a été réalisée avec la collaboration de Mme M. Lé-
veillé.
a. psychol. 1?) 17 494 MÉMOIRES ORIGINAUX
son opposition avec d'autres temps) n'est correctement utilisé
qu'au moment de l'acquisition de la conservation (7-8 ans).
A ce sujet, E. Ferreiro a également relevé chez l'enfant une
tendance à se prendre d'abord lui-même comme son propre réfé-
rentiel temporel (hic et nunc), puis à prendre l'événement
antérieur comme référentiel.
Dans l'expérience que nous avons effectuée précédemment
(Locatelli, 1973), la complexité cognitive du futur, établie pour
les enfants, n'a pas été retrouvée chez l'adulte. Les locuteurs
semblent en fait traiter plus facilement l'opposition présent/futur,
que l'opposition passé composé/présent. Lorsque les actions
doivent être situées sur un continuum temporel, le présent est
utilisé plus naturellement comme point origine ; les sujets
« remontent » le temps vers le passé, et le « descendent » vers le
futur ; ce comportement pourrait être rapproché de celui de
l'enfant.
Les oppositions temporelles peuvent être étudiées séparément
d'autres indicateurs de la succession tels les morphèmes (avant
que, puis...) mais, cependant, un facteur important doit être
pris en compte : l'ordre dans lequel les actions sont énoncées
(ordre d'énonciation). Plusieurs travaux ont en effet signalé que,
chez les enfants principalement, l'ordre d'énonciation peut
indiquer l'ordre dans lequel les actions ont été effectuées (ordre
d'effectuation).
H. Clark (1968) a, le premier, mis en évidence ce phénomène :
dans une expérience de rappel, il a trouvé que les phrases où ces
deux ordres concordent sont mieux rappelées que les autres.
E. Clark (1971), travaillant avec de jeunes enfants en leur
demandant de décrire des actions mimées ou de mimer des
actions énoncées, a confirmé ces résultats. De même, E. Fer
reiro (1971), avec une méthode semblable à celle de E. Clark,
a retrouvé le même rôle de ce facteur chez les enfants.
Cependant, K. H. Smith (1971) a avancé que l'ordre d'énon
ciation n'intervient chez l'adulte qu'au niveau du stockage en
mémoire. Il a travaillé sur la compréhension de phrases expr
imant deux actions successives, testée par le
temps de latence et l'exactitude de la réponse à une question
portant sur l'ordre d'effectuation des actions ; aucune influence
de l'ordre d'énonciation n'est apparue.
Dans notre précédente expérience, nous avons constaté,
avec une technique comparable à celle de K. H. Smith, que F. LOCATELLI 495
l'ordre d'énonciation des actions ne suffit pas à indiquer leur
ordre d'efïectuation : pour des phrases telles que : « Jean regarde
le chien, Jacques le caresse », qui ne comportent aucun indi
cateur de la relation temporelle (ni morphème, ni opposition
temporelle, ni incompatibilité de cooccurrence entre les actions),
les sujets répondent qu'aucune des deux actions ne se déroule
avant l'autre, bien que l'ordre d'énonciation pourrait indiquer
(comme c'est le cas pour les enfants) que « Jean regarde le chien
avant que Jacques le caresse ».
Cependant, nous avons constaté que l'inversion de l'ordre
d'énonciation pouvait engendrer une mauvaise compréhension
de la phrase ; il est en fait possible que cet indice soit pertinent
au niveau des processus de lecture et de décodage de la phrase,
mais n'intervienne pas sur les mécanismes cognitifs de la
compréhension.
Un dernier point, enfin, doit être envisagé : celui du cadre
syntaxique de l'expression de la succession. La compréhension du
sujet est-elle facilitée par une structure de type principale/subor
donnée, comme pourraient le faire penser les travaux de H. Clark
et K. H. Smith ? Ceux-ci ont relevé que, dans ce type de struc
ture, la principale est de préférence dite avant la subordonnée,
et représente le thème de la phrase. Si ce phénomène se confir
mait, il se pourrait que la subordination soit moins « neutre »
que la coordination quant à l'expression de la succession. Rien
cependant ne nous permet d'affirmer qu'elle pourrait constituer
un indice.
HYPOTHÈSES ET VARIABLES
Peu d'hypothèses ont en fait été émises, étant donné le
manque de travaux sur ce sujet ; nous retiendrons que :
Hl : l'opposition temporelle facilite la compréhension de la
succession ;
H2 : une structure syntaxique de subordination n'entraîne
pas la même compréhension qu'une coordination ;
H3 : un ordre d'énonciation des actions contraire à leur ordre
d'efïectuation peut être la source d'une compréhension
plus difficile ;
H4 : une phrase commençant par un verbe au présent est
comprise plus facilement par les sujets. 496 MÉMOIRES ORIGINAUX
Par conséquent, nous travaillerons avec les variables suivantes :
VI : rapports entre les deux verbes de la phrase :
— opposition temporelle (temps différents) ;
— • non-opposition (même temps).
V2 : structure syntaxique de la phrase :
— subordination ;
— coordination.
V3 : ordre d'énonciation des actions :
— correspondant à l'ordre réel ou ordres congruents ;
— différent de l'ordre réel ou ordres non congruents.
V4 : temps des verbes :
— - passé composé ;
— présent ;
— - futur.
(Les oppositions retenues étant : passé composé/présent et
futur /présent.) Nous avons choisi de travailler avec ces trois
temps, parce qu'ils représentent les trois époques fondamentales
de la durée, et peuvent être utilisés indépendamment de tout
morphème de temps.
EXPÉRIENCE
1. Matériel
II s'agit de 36 phrases dont la structure de base contient toujours
deux propositions de la forme : SNl VI SN2 ; SN1 V2 SN2. (SN :
syntagme nominal ; V : verbe.)
Ces deux propositions ont le même sujet et le même complément
d'objet ; tous les sujets sont des prénoms usuels.
Ces phrases expriment, toutes, deux actions nécessairement ordon
nées comme « apprendre une leçon » et « la réciter ». La nécessité de cette
ordination a été testée sur une cinquantaine de sujets. Pour les 36 phrases
retenues, au moins 90 % des sujets se sont accordés à les déclarer comme
exprimant une succession. Nous nous sommes ainsi assurée qu'un ordre
de succession pouvait être aisément déterminé pour chacune de ces
phrases.
En ce qui concerne les formes syntaxiques sous lesquelles ces phrases
sont apparues, la coordination par et et la subordination relative en
que ont été retenues.
« Jean apprend la leçon et la récitera. »
« la qu'il » f. locatelli 497
2. Technique
Comme dans la précédente expérience, nous avons choisi de tester
la compréhension par la réponse à une question concernant l'ordre
d'effectuation des actions. En effet, comprendre une phrase, c'est savoir
la paraphraser, et c'est aussi, et surtout, savoir répondre à des questions
sur le sens de cette phrase.
Le problème du moment où la question doit être posée (avant,
pendant ou après la phrase) a été tranché, après plusieurs préexpér
iences, à partir des considérations suivantes :
— présenter la question après la phrase (celle-ci étant exposée pendant
un temps fixe) entraîne peu de variations du temps de latence, les
sujets commençant le traitement dès l'apparition de la phrase, avant
que la question ne leur soit posée ;
— présenter la question en même temps que la phrase semble troubler
les sujets et augmenter leur temps de latence, ce qui a été d'ailleurs
remarqué lors de notre précédente expérience. Ce trouble provient
sans doute de l'incessant va-et-vient phrase/question auquel ils
procèdent ;
— présenter la question avant la phrase nous a semblé la meilleure
solution, puisqu'elle entraîne des temps de latence plus différenciés
et plus courts. L'inconvénient de cette méthode réside dans ce qu'elle
peut engendrer la mise en place de certaines stratégies de traitement.
Une phase préexpérimentale, au cours de laquelle on montre au
sujet qu'une stratégie unique ne permet pas de répondre à toutes
les phrases présentées, pallie cet inconvénient.
Avant chaque phrase, apparaît pendant deux secondes une question
concernant l'ordre des actions, symbolisée par Ql (qu'est-ce qui se passe
en premier ?) ou Q2 (qu'est-ce qui se passe en second ?).
Puis apparaît la phrase et, dès cet instant, le sujet doit répondre à
la question par le verbe correspondant à l'action concernée (nous avons
montré dans une expérience précédente (F. Locatelli, 1973) que les
résultats ne diffèrent pas quand on demande aux sujets de répondre
par les prénoms-sujets).
La réponse et son temps de latence sont enregistrés.
On procède à une phase d'entraînement portant sur 7 phrases.
Le matériel est présenté sur un écran situé à 2 mètres du sujet.
3. Plan d'expérience
Pour un même sujet, chaque structure de base n'apparaît qu'une
seule fois, en coordonnée ou en subordonnée. De façon à ce que chaque
sujet soit mis en présence des 12 conditions possibles (3 formes syn
taxiques x 2 formes verbales x 2 questions), nous avons réparti
90 sujets en 6 groupes, en contrebalançant les différentes conditions. 1
TABLEAU I
Résultats (globaux sur les 6 groupes)
Non-opposition temporelle Opposition temporelle
232,5 238,!
56,< 1 0/ /o 43,2 %
Coordonnées Subordonnées Coordonnées Subordonnées
238,4 226 ,6 248,7 228 4
6 ,' 44,9 11 36,5 % 8 % /o
Ordres Ordres Ordres Ordres non
con<7ruen?s non congruents congruents congruents
240,4 326,4 258,9 238,5
11,2 % 25,3 % 24,1 % 20,8 %
PC/P PIF F/P PC/P PjF PC PC F PIPC PC
4 236,4 233,3 238,5 229,4 243,5 220 258,9 234 222,9 244, 7 ' o/ /o 3,5 % 12,3 % 13 % 5,7 % 1,1 % 24,1 % 20,8 % 7 % 4,7 % 6,
0i Ql 02 02 0i 02 0i 02 0* 02 0-? 02 0/ 02 Ql 02 0* 02 02 02
239,4 251 227,3 243 211 236,3 250,5 237 230,9 235,4 217,1 224 240,7 269,3 234,3 247,9 229 244 229 O 218 Q 0/ 1,7 % 3,9 % 2,6 % 1,7 % 3,3 % 9 % 6,1 % 6,9 % 1,7 % 4 % 0,5 % 0,5 % 9,5 % 14,6 % 13 % 7,8 % 3 % 4 % 18, %
où P : présent ; PC : passé composé ; F : futur. Ql : qu'est-ce qui se passe en premier ? Q2 : qu'est-ce qui se passe en second ?
Dans chaque case le premier chiffre correspond aux temps de latence, exprimés en es, et le second au pourcentage d'erreurs
calculé sur le nombre total d'erreurs. F. LOCÀTELLI 499
L'ordre de présentation des phrases a été randomisé dans chaque groupe.
On a utilisé le plan suivant : ^[Gg] x T10.
Certains croisements de variables n'ont pu être réalisés parce qu'ils
auraient engendré une anomalie : en particulier, le croisement qui pro
duirait des phrases subordonnées avec deux futurs :
« Jean lira la lettre qu'il déchirera. »
(Sans transgresser aucune règle explicite, cette phrase a pourtant
été considérée comme mal formée par la plupart des informateurs.)
D'autre part, nous n'avons pas fait varier l'ordre d'énonciation dans les
coordonnées ; des phrases comme : « Jean déchire la lettre et la lit »
sont, en effet, anormales. (Ce qui réduit à 10 les conditions expérimentales
possibles.)
Pour éviter la présentation d'un matériel trop important, nous
n'avons affecté que 3 phrases (PI, P2, et P3) à chaque traitement.
Quant à la question qui leur était affectée, nous avons travaillé comme
suit :
— tantôt PI et P3 avaient la question Ql et P2, Q2 ;
—PI et P3 la Q2 et P2, Ql.
(Aucune hypothèse précise n'a été formulée quant à l'action de ce
facteur « question » si ce n'est que le sujet répondra plus rapidement
par le verbe qui vient en fin de phrase, résultat obtenu précédemment.)
4. Sujets
II s'agit de 90 étudiants en psychologie, garçons et filles (moyenne
d'âge 21 ans).
RÉSULTATS
Deux indices ont été retenus :
— - les temps de latence (exprimés en es) : nous n'avons étudié
que les temps correspondant aux bonnes réponses (236,1 es
en moyenne), ceux qui correspondent aux erreurs étant beau
coup plus élevés (254,3 es) ;
— le pourcentage d'erreurs. Une erreur se définit comme toute
réponse par l'autre verbe que celui qui est attendu. Souli
gnons cependant que, dans 90 % des cas, quand un sujet
fait une erreur, il la corrige immédiatement, ou manifeste
dans son comportement qu'il a conscience de son erreur.
Le pourcentage global est de 6,58 %, il se répartit également
sur les 6 groupes. MÉMOIRES ORIGINAUX 500
Nous avons traité les temps de latence avec une analyse de
variance qui n'a pu prendre en compte les effets de la question
posée : quand, en effet, dans un traitement donné, le sujet fait
une erreur sur la seule phrase (P2) qui correspond à la ques
tion Ql (ou 02), nous n'avons pas de valeur affectée à cette
phrase, ce qui est incompatible avec l'analyse de variance. Son
effet a été analysé par un t de Student.
Les résultats des erreurs ont été analysés par des y?.
1. Rôle des oppositions temporelles
La présence d'une opposition temporelle facilite la tâche du
sujet (P < .07 pour les temps et P < .0005 pour les erreurs) ;
cet effet est dû presque exclusivement aux subordonnées à ordres
congruents.
2. Rôle du cadre syntaxique
Globalement, la coordination est traitée plus facilement que
la subordination (P < .0005 pour les temps et les erreurs).
Cependant, étant donnée l'hétérogénéité des deux types de
subordonnées, nous avons procédé à une analyse plus fine entre
subordonnée et coordonnée à ordres congruents : nous avons
constaté que la coordination est plus facile que la subordination,
surtout dans le cas d'une non-opposition entre les temps des
verbes.
3. Rôle de l'ordre d' énonciation des actions
Globalement, on constate qu'une phrase avec l'ordre d'énon-
ciation contraire à l'ordre d'effectuation est plus rapidement,
mais moins correctement, traitée qu'une phrase où ces ordres
s'accordent (P < .01 pour les temps et pour les erreurs). Cepen
dant, on constate que la différence sur les temps de latence
n'est significative que dans les cas de non-opposition temporelle,
et que la différence sur les erreurs ne se trouve qu'en cas d'oppos
ition temporelle. Leurs significativités sont d'ailleurs faibles.
En fait, il semble que la congruence des deux ordres ne soit
une facilitation que dans le cas de l'opposition temporelle
présent/futur ; partout ailleurs, c'est-à-dire avec le passé composé,
elle a même tendance à gêner le sujet.
4. Rôle du temps des verbes
a) En opposition temporelle : la différence entre les deux types
d'opposition n'est pas significative, globalement. Mais on cons- LOCATELLI 501 F.
täte que lorsque l'ordre d'énonciation correspond à l'ordre d'effec-
tuation les sujets traitent plus vite l'opposition présent/futur
que l'opposition passé composé/présent (P < .005). Ailleurs,
c'est qui est traitée plus vite
(P < .005).
Donc, les sujets traitent plus facilement une phrase qui
commence par un verbe au présent.
b) En non-opposition temporelle : la différence est très signi
ficative (P < .0005 pour les temps et les erreurs) : une succession
dans le futur est mieux comprise qu'une succession dans le passé.
5. Rôle de la question posée
Globalement, on constate que la question Q2 (« qu'est-ce qui
se passe en second ? ») provoque des réponses plus lentes et moins
souvent correctes que la question Ql (P < .01). A de rares
exceptions près, la tendance relevée au niveau global se retrouve
pour chaque traitement, surtout lorsqu'un passé composé appar
aît dans la phrase.
L'effet de ce facteur est-il indépendant de l'ordre d'énoncia
tion dans la phrase ? Le tableau II résume les résultats obtenus :
TABLEAU II
Effet de la question
en fonction de l'ordre d'énonciation
Ordres
Questions Ordre dénonciation Ordre dénonciation
congruent avec non congruent avec
l'ordre d' effectuation l'ordre d' effectuation
Ql :
Tps en es 230,4 232,3
3,1 7,4 % d'erreurs
Q2 :
Tps en es 239,4 240
% d'erreurs 4,3 7,9
On constate que la différence entre Ql et Q2 est la même,
quel que soit l'ordre d'énonciation des événements.

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.