Le « style causal » de l'enfant - article ; n°3 ; vol.87, pg 395-416

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L'année psychologique - Année 1987 - Volume 87 - Numéro 3 - Pages 395-416
Summary : The causal style : an internal-external French written scale for children.
This study describes an Internal-External Control scale for children written in French. Subscale scores assessing responsibility for successes and for failures were slightly negatively relaled. Therefore a new score was computed, based on the difference between these two subscale scores. Il was interpreted in reference to the Attributional Style theory, as a depressive-defensive scale. Results confirm the interest of this score, concerning variables such as gender, age, self-esteem, school achievement and adults judgement. Psychological relevance of these different scores is discussed.
Key words : locus of control, attributional style, personnality assessment.
Résumé
Un questionnaire de type Contrôle Interne-Externe (Locus of Control) destiné à des enfants est présenté et évalué (N = 315 enfants, âgés de 8 à 13 ans). Les questions sont présentées dans un format particulier ; elles abordent des sujets variés. L'étude de validation donne des résultats satisfaisants. Deux sous-échelles, traduisant le sentiment de contrôle pour, respectivement, les succès et les échecs, sont prises en compte. Leur corrélation étant négative, un autre indice est également proposé, établi sur la différence entre ces deux notes. Il est interprété en référence à la théorie du Style Attributif. Il exprimerait un « style causal », allant d'un pôle dépressif à un pôle défensif. La pertinence psychologique de cet indice est discutée en regard de diverses variables.
Mots clés : contrôle Interne-Externe, attributions causales, questionnaires d'auto-évaluation.
22 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : jeudi 1 janvier 1987
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Elisabeth Meuwly-Chuard
Blaise Pierrehumbert
Bernard Plancherel
Le « style causal » de l'enfant
In: L'année psychologique. 1987 vol. 87, n°3. pp. 395-416.
Abstract
Summary : The causal style : an internal-external French written scale for children.
This study describes an Internal-External Control scale for children written in French. Subscale scores assessing responsibility for
successes and for failures were slightly negatively relaled. Therefore a new score was computed, based on the difference
between these two subscale scores. Il was interpreted in reference to the Attributional Style theory, as a depressive-defensive
scale. Results confirm the interest of this score, concerning variables such as gender, age, self-esteem, school achievement and
adults judgement. Psychological relevance of these different scores is discussed.
Key words : locus of control, attributional style, personnality assessment.
Résumé
Un questionnaire de type Contrôle Interne-Externe (Locus of Control) destiné à des enfants est présenté et évalué (N = 315
enfants, âgés de 8 à 13 ans). Les questions sont présentées dans un format particulier ; elles abordent des sujets variés. L'étude
de validation donne des résultats satisfaisants. Deux sous-échelles, traduisant le sentiment de contrôle pour, respectivement, les
succès et les échecs, sont prises en compte. Leur corrélation étant négative, un autre indice est également proposé, établi sur la
différence entre ces deux notes. Il est interprété en référence à la théorie du Style Attributif. Il exprimerait un « style causal »,
allant d'un pôle dépressif à un pôle défensif. La pertinence psychologique de cet indice est discutée en regard de diverses
variables.
Mots clés : contrôle Interne-Externe, attributions causales, questionnaires d'auto-évaluation.
Citer ce document / Cite this document :
Meuwly-Chuard Elisabeth, Pierrehumbert Blaise, Plancherel Bernard. Le « style causal » de l'enfant. In: L'année psychologique.
1987 vol. 87, n°3. pp. 395-416.
doi : 10.3406/psy.1987.29218
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1987_num_87_3_29218L'Année Psychologique, 1987, 87, 395-416
Service universitaire
de Psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent1
LE « STYLE CAUSAL » DE L'ENFANT
(étude d'un questionnaire inspiré des théories
du Contrôle Interne- Externe
et des Attributions Causales)2
par Biaise Pierrehumbert, Bernard Plancherel
et Elisabeth Meuwly-Chuard
SUMMARY : The causal style : an internal-external French written
scale for children.
This study describes an Internal- External Control scale for children
written in French. Subscale scores assessing responsibility for successes
and for failures were slightly negatively related. Therefore a new score
was computed, based on the difference between these two subscale scores.
It was interpreted in reference to the Attributional Style theory, as a
depressive-defensive scale. Results confirm the interest of this score,
concerning variables such as gender, age, self-esteem, school achievement
and adults judgement. Psychological relevance of these different scores
is discussed.
Key words : locus of control, attributional style, personnality assessment.
INTRODUCTION
La notion de « Contrôle Interne-Externe » (Locus of Control)
a été introduite dans le champ de la psychologie par Rotter (1954).
Son but est d'exprimer le degré avec lequel un individu s'attend
1. Service du Pr Bettschart, Chabilère 5, 1004 Lausanne, Suisse.
2. Travail réalisé dans le cadre d'un subside du Fonds national suisse
de la Recherche scientifique (subside No. 3.933.84), avec l'aide du Départe
ment de l'Instruction publique du Canton de Vaud, de la Direction des
Ecoles de Morges et le concours de Mme C. Jankech-Caretta, Mlle P. Gavin,
MM. P. Antonietti, F. Zanone et S. Arczynski, à qui nous tenons ici à exprimer
nos remerciements. L'étude de validation complète ainsi que le question
naire peuvent être obtenus à l'adresse des auteurs. 396 B. Pierrehumbert, B. Plancherei et E. Meuwly-Chuard
à pouvoir contrôler les événements qui le concernent. Ainsi
Rotter (1966) appelle « contrôle interne » le fait de percevoir les
événements sous contrôle personnel, c'est-à-dire comme des
conséquences de l'action propre. A l'opposé, le « contrôle externe »
implique que les événements soient perçus comme au-delà de
tout contrôle personnel.
Cette notion a été développée dans le contexte de la théorie
dite du Social Learning. Son rapport avec l'apprentissage est
indéniable. En effet, pour qu'un apprentissage réussisse, un
apprentissage scolaire par exemple, le sujet doit nécessairement
percevoir les renforcements, bénéfices ou frustrations, comme
étant causalement associés à son action propre (Crandall,
Katkovsky et Crandall, 1965; Bialer, 1961).
Le Contrôle Interne-Externe a donné lieu à de nombreux
questionnaires d'auto-évaluation, provenant essentiellement de
pays anglo-saxons (Battle et Rotter, 1963 ; Crandall et al.,
1965 ; Gozali et Bialer, 1968 ; Nowicki et Strickland, 1973 ;
Mischel, Zeiss et Zeiss, 1974 ; Oléron et Soubitez, 1982, pour ne
citer que les instruments destinés aux enfants). Il se dégage
de ces travaux que le Contrôle Interne-Externe traduit bien une
attitude généralisée, stable et individuelle, associée à divers
facteurs intrapersonnels et environnementaux, qui ont été isolés
avec succès : intelligence, sexe, âge, classe sociale, groupe
ethnique, style éducatif, pour ne citer que les principaux. Pour
une revue de la question, voir Lefcourt, 1976.
Cette attitude serait ainsi elle-même, du moins en partie, le
résultat de l'expérience. Son lien avec l'apprentissage est donc
double. Il convient toutefois de noter que les auteurs ne sont pas
toujours très clairs quant au statut psychologique du Contrôle
Interne-Externe : correspond-il à une attente, une attitude, une
cognition, une croyance, une perception (tous ces termes sont
utilisés dans la littérature) ou indistinctement à tout à la fois ?
Une autre question se doit d'être posée : en quoi le Contrôle
Interne-Externe diffère-t-il du Style Attributif (Atiributional
Style), de Seligman (1979), notion qui a également rencontré un cer
tain succès dans les pays anglo-saxons. Le Style Attributif est lui-
même dérivé de deux théories cognitivistes, celle de l'Impuis
sance acquise (Learned Helplessness, Overmier et Seligman, 1967 ;
Miller et Seligman, 1973), et celle de l'Attribution (Heider, 1958).
La différence entre les deux notions tient probablement plus à leur
contexte qu'à leur fond. « style causal » de l'enfant 397 Le
Seligman tente en effet d'expliquer le mécanisme de la dépres
sion par un processus cognitif acquis, consistant en une distorsion
des attributions causales. Sa théorie émane directement d'une
observation de psychologie animale : un chien de laboratoire est
soumis à des chocs électriques inévitables. Faisant l'apprentissage
de sa propre impuissance à éviter ceux-ci, il se réfugie dans une
attitude de repli. Attitude qui va l'empêcher de réaliser un nouvel
apprentissage, lors d'une autre situation, où les chocs seront
cette fois évitables. Seligman prétend que l'animal ne parvient
plus alors à établir, cognitivement, un lien de cause à effet entre
l'action propre et l'arrêt des chocs. Or, l'individu humain pourrait
souffrir de semblables distorsions cognitives, et celles-ci former
aient un terrain propice à la dépression.
Abramson, Seligman et Teasdale (1978) précisent que la
vulnérabilité à la dépression (le style dépressif) augmenterait
dans la mesure où l'individu tend à attribuer les causes des évé
nements négatifs à des facteurs internes et les des événe
ments positifs à des externes. Ce modèle laisse proba
blement dans l'ombre de nombreux aspects de la dépression
(pour une revue des critiques, voir Rizley, 1978 et Costello,
1978). Il n'en reste pas moins que la notion de Style d'Attribut
ions causales fournit un descripteur intéressant du fonctio
nnement psychologique.
Les concepts de Contrôle Interne-Externe et de Style Attri
butif se rapportent donc bien tous deux aux distorsions de la
causalité. Tous deux également font une large place aux apprent
issages. Leur différence tiendrait dans l'importance qu'ils
accordent aux expériences respectivement cognitives et émotionn
elles dans les hypothèses sur la genèse et les conséquences de
ces distorsions.
Afin de contribuer à combler le manque de questionnaires
francophones de Contrôle Interne-Externe et d'Attributions cau
sales — inexistants — , destinés aux enfants, nous avons mis au
point un instrument original. Nous entendons intégrer, dans ce
questionnaire de Style causal, les notions de Contrôle Interne-
Externe et de Style d'Attributions causales. B. Pierrehumberl, B. Plancherel et E. Meuwly-Chuard 398
LES QUESTIONNAIRES
DE CONTRÔLE INTERNE-EXTERNE POUR ENFANTS
Voici brièvement les questionnaires les plus répandus destinés
aux enfants ; nous mentionnerons au passage quelques données
qui en sont issues et qui paraissent étayer la pertinence du
concept.
a l Le Children's Locus of Control Scale, CLCS (Bialer, 1961 ;
Gozali et Bialer, 1968). Il s'adresse aux enfants âgés de 6 à
14 ans. Il comporte 23 items à choix forcé « oui/non » ; l'un des
choix est qualifié de « Contrôle Interne » (n. 1) et l'autre de
« Contrôle Externe » (n. 0). La moyenne donne une note qui
correspond donc à l'intensité du sentiment de contrôle sur les
événements. Dans la suite du texte, nous désignerons cette
note « I », pour Contrôle Interne ou réponse interne. La formul
ation des questions du clcs est complexe et abstraite. Dans
l'exemple suivant, la réponse interne serait « oui » :
Est-ce que tu penses vraiment qu'un enfant peut devenir ce qu'il
a envie de devenir ?
b I Le Children's Picture Test, CPT (Battle et Rotter, 1963)
est composé de 6 items seulement, appuyés par des images.
Les résultats suggèrent que le Contrôle Interne augmente avec
l'âge, de même qu'avec le statut socio-économique.
c I Le Intellectual Achievement Responsibility Questionnaire,
I AR (Crandall et al., 1965) propose aux enfants âgés de 8 à
17 ans des questions concernant exclusivement les situations
scolaires. Les résultats montrent des différences entre garçons
et filles (note I plus élevée chez ces dernières). Un autre étude
utilisant le iar (Katkovsky, Crandall et Good, 1967) montre
l'existence d'une relation entre la note I et le style éducatif
familial : une attitude parentale valorisante et positive favori
serait le Contrôle Interne chez l'enfant. Un des intérêts de cet
instrument réside dans le format des questions, qui sont à choix
sémantique différencié. Dans l'exemple suivant, la première
alternative est externe, la seconde interne :
Si tu passes l'année, est-ce : a) Parce que le maître t'aime bien ;
b) Grâce à ton travail ? « style causal » de l'enfant 399 Le
d I Le Children's Nowicki-Strickland Internal-External Control
Scale, CNS-IE (Nowicki et Strickland, 1973). Les auteurs,
partant de la critique des questionnaires existants, ont élaboré
l'instrument probablement le plus réputé actuellement. Il
s'adresse aux enfants âgés de 8 à 17 ans. Les questions restent
cependant compliquées, abstraites et parfois équivoques dans
la formulation. Dans les deux exemples suivants, la réponse
interne est « non » :
Trouves-tu difficile de faire changer d'opinion un ami ?
As-tu l'impression que si les gens sont désagréables avec toi, c'est
généralement sans raison ?
De nombreuses variables ont été mises en relation avec la
note I du cns-ie. Il a ainsi été démontré que le Contrôle Interne
croît avec l'âge, le niveau intellectuel, le niveau socio-économique,
la popularité et l'estime de soi. Ce qui confère une certaine validité
tant au concept de Contrôle Interne-Externe qu'au questionnaire
lui-même.
Forts de ces données, Bialer et Crandall font tous deux l'hypo
thèse que le jeune enfant commencerait par percevoir les événe
ments comme étant extérieurement contrôlés, attitude qui reflé
terait son état de dépendance physique et émotionnelle. Le
Contrôle Interne augmenterait alors avec le développement
général, et plus particulièrement avec l'intelligence et la com
préhension des relations causales.
Notons que ces instruments ont été soumis à des études de
validation, qui s'avèrent généralement modérément positives ;
nous y reviendrons. Du point de vue de leur construction, ces
questionnaires abordent tous les mêmes contenus : la relation
avec les parents, l'école, le sport, l'amitié ; le iar se limite, lui,
au domaine scolaire. Ils n'ont généralement pas été soumis aux
analyses de structure interne.
Il faut cependant relever une particularité du iar à ce
propos : ses auteurs considèrent séparément les items à valence
positive et négative. Ils en font deux échelles, l'une exprimant
le Contrôle Interne pour les événements favorables (I +) et
l'autre le Contrôle Interne pour les événements défavorables
(I — ). Or, il est intéressant de constater que leur corrélation
est très faible. Crandall et al. supposent que cette relative indé
pendance traduirait l'existence non pas d'une mais bien de deux
réalités psychologiques : d'une part le fait d'assumer la respon- 400 B. Pierrehumbert, B. Plancherei et E. Meuwly-Chuard
sabilité des succès (I -f) et d'autre part l'acceptation du blâme
(I — ). L'existence de ces deux aspects limiterait fortement,
selon ces auteurs, la pertinence de la note globale (I). Ainsi,
pour ne prendre que cet exemple, si les filles obtiennent général
ement des notes I plus élevées que les garçons, ce serait parce
qu'elles acceptent plus facilement le blâme que ceux-ci (c'est
en fait I — qui est plus élevé chez elles).
Plus généralement, ces questionnaires permettent de cons
tater que les enfants, dès l'âge scolaire, paraissent s'être formé
une idée relativement stable et individuelle de leur capacité à
contrôler les événements, ou au contraire de leur impuissance
face à eux. Plusieurs auteurs ont alors tenté d'explorer le sent
iment de Contrôle Interne-Externe chez des enfants plus jeunes.
e I Le Preschool and Primary Nowicki-Strickland Internal-
External Control Scale, PPNS-IE (Nowicki et Duke, 1974) a
été construit pour des enfants de 4 à 8 ans, sur le même format
que le cns-ie. Selon les auteurs, les enfants les plus jeunes se
seraient déjà formé une idée relativement stable et individualisée
d'eux-mêmes sur ce plan. Ce que confirment d'autres études :
/ / Le Stanford Preschool Internal-External Scale, SPIES
(Mischel et al., 1974) propose sept questions à choix sémantique
différencié, se rapportant à des situations quotidiennes. Dans
l'exemple, le choix interne est bien entendu le premier :
Si tu fais un dessin sans casser la mine de ton crayon, est-ce :
a) Parce que tu as fait très attention ; b) Parce que c'était un bon
crayon ?
Les sept questions de base sont ensuite inversées (la mine de
ton crayon casse...), ce qui permet d'obtenir les deux échelles I +
et I — . Celles-ci s'avèrent de nouveau indépendantes l'une de
l'autre. La fiabilité du questionnaire reste faible, sans grande
conséquence selon les auteurs.
Pierrehumbert, Iannotti et Cummings (1985) ont utilisé
ce questionnaire afin d'étudier la relation entre le Contrôle
Interne-Externe et l'expérience relationnelle dans le groupe
familial. L'établissement d'une relation sécurisante avec la mère
dans le jeune âge (évaluée à l'âge de deux ans), promotrice
d'une autonomie confiante de l'enfant, prédirait l'intensité du
sentiment de Contrôle Interne, évalué trois ans plus tard. Les « style causal » de l'enfant 401 Le
auteurs n'ont pas trouvé de relation entre la note I de la mère et
celle de l'enfant et en concluent qu'il n'y aurait vraisemblable
ment pas de style causal familial, mais plutôt un style relationnel
qui influencerait le sentiment de Contrôle Interne.
g I Pour ce qui est des questionnaires francophones, une des
rares échelles pour enfants ayant été validée avec succès est
celle d'Oléron et Soubitez (1982), qui s'adresse aux 6 à 12 ans.
Les auteurs s'intéressent spécialement à la question de la valence
positive ou négative des événements, ainsi qu'au rôle joué par
l'agent externe suggéré dans les questions, selon qu'il s'agisse
par exemple d'une personne ou d'un objet. Comme le spies,
l'instrument est construit autour de quelques questions de base,
tournées positivement puis négativement (on retrouve le même
exemple du crayon). La série complète est donc proposée une fois
avec des agents externes matériels (« c'était un bon (mauvais)
crayon ») et une fois avec des agents externes humains (« ton
copain t'a (ne t'a pas) poussé »).
Les résultats montrent que le Contrôle Interne augmente
avec l'âge, qu'il est généralement plus marqué lorsque la valence
des événements est positive et lorsque l'agent externe est une
personne. Le format du questionnaire et la variation systémat
ique de la valence et de l'agent en font un instrument intéressant
de recherche sur le concept lui-même de Contrôle Interne-
Externe. Toutefois, les nécessités de la combinatoire restreignent
le nombre de situations abordées (6 au total), et celles-ci se
limitent aux relations pratiques avec les objets familiers ; les
situations chargées affectivement, de même que les situations
scolaires, sont évitées.
h) Outre ces divers questionnaires de Contrôle Interne-
Externe, il faut noter l'existence d'un questionnaire de Style
Attributif pour enfants, en langue anglaise : le Children's Altri-
butional Style Questionnaire, CASQ (Seligman et Peterson, 1982).
Celui-ci a été mis au point pour l'étude des relations entre le
style des attributions causales et les symptômes dépressifs,
chez les enfants (de 9 à 13 ans). On y retrouve des questions à
choix sémantique différencié, comportant des événements à
valence positive et négative. Deux autres dimensions ont été
incluses dans l'agencement des questions, afin de déceler si les
réponses ont une portée globale ou au contraire spécifique à la 402 B. Pierrehumbert, B. Plancherei et E. Meuwly-Chuard
situation, et si elles ont un caractère temporellement stable ou
au contraire instable.
Selon les résultats, les symptômes dépressifs de l'enfant
seraient associés à des réponses internes, stables et globales
lorsqu'il s'agit d'événements négatifs, ou à des réponses externes,
instables et spécifiques lorsqu'il s'agit d'événements positifs.
Les auteurs en concluent que ce style d'attributions causales
représenterait un facteur de risque pour la dépression. Ils notent
encore que les filles montrent à la fois plus de symptômes et
plus d'attributions causales de style dépressif. Par ailleurs,
les auteurs mettent en évidence, à la différence de Pierrehumbert,
Iannotti et al., une corrélation entre le Style Attributif de l'enfant
et celui de sa mère, établi à l'aide d'un questionnaire pour
adultes.
CONSTRUCTION DU QUESTIONNAIRE
Nous avons construit un questionnaire autodescriptif en
24 items. Ceux-ci sont à choix forcé, entre deux alternatives
sémantiquement différentes, l'une de Contrôle Interne et l'autre
de Contrôle Externe, reprenant en cela les plus modernes de ces
instruments : le iar de Crandall et al., 1965, le spies de Mischel
et al., 1974, et le questionnaire d'Oléron et Soubitez, 1982.
Egalement à l'image de ces questionnaires, nous avons donné à
la moitié des items une valence positive et à l'autre moitié une
valence négative. Toutefois, à leur différence, nous avons renoncé
à apparier les items positifs et négatifs, notre but n'étant pas
d'évaluer l'effet de la valence sur le Contrôle Interne-Externe.
Par ailleurs, nous avons cherché à recouvrir au travers des
questions l'éventail le plus ouvert possible des expériences
quotidiennes de l'enfant. Ainsi les domaines touchés sont : la
relation avec les parents, avec les pairs, avec les objets, l'école,
la santé. Nous n'avons donc pas évité les événements à conno
tation affective. Nous avons encore fait varier l'agent des causes
externes : personne, chance, règle ou norme, objets. Nous avons
ainsi pris le risque de la diversité, en recueillant l'éventail le
plus large possible des expériences associées au Contrôle Interne-
Externe.
Le format des questions a été emprunté à un instrument
américain d'évaluation de l'Estime de Soi, le spp de Harter
dont la traduction francophone a fait l'objet d'une autre étude « style causal » de l'enfant 403 Le
(Pierrehumbert, Plancherei et Jankech-Caretta, 1987). L'origi
nalité de ce format est de banaliser le choix fait par le sujet.
En effet, la question sous-entend que le monde est composé de
deux catégories d'enfants, chacune correspondant à l'une des
alternatives. On demande au sujet de choisir à laquelle de ces
catégories il pense ressembler le plus, en lui permettant encore
de pondérer sa réponse. Les questions ont été rédigées par une
équipe pluridisciplinaire. Seules ont été retenues comme questions
définitives celles pour lesquelles l'accord était unanime quant au
statut respectivement interne et externe des deux alternatives
proposées. Nous nous sommes assurés de la compréhension des
questions en les soumettant au préalable à un groupe d'enfants
présentant des difficultés scolaires. La liste des items est donnée
en annexe.
Le questionnaire a été soumis à 315 enfants (160 garçons
et 155 filles) provenant de 16 classes des degrés scolaires suisses 3 à
7 (9 à 13 ans). Ces classes sont représentatives de l'ensemble des
filières scolaires accessibles aux enfants à ces âges. Elles pro
viennent toutes d'une petite ville suisse romande, sélectionnée
en raison de l'aspect composite de son urbanisme (suburbain
industriel, résidentiel et rural), impliquant un important bras
sage socio-économique et ethnique. Le questionnaire a été
proposé en situation collective.
HYPOTHÈSES
L'intérêt du concept de Contrôle Interne-Externe n'est sans
doute pas à démontrer, toutefois sa signification psychologique
n'est pas très claire. De plus, la littérature suggère que selon les
types d'événements auxquels il se rapporte (événements à
valence positive ou négative par exemple), ce concept pourrait
bien recouvrir des réalités psychologiques distinctes.
Nous nous attacherons en premier lieu à vérifier la pertinence
psychologique du Contrôle Interne-Externe, ceci lorsque les quest
ions, à la différence de la plupart des autres instruments, repren
nent un large éventail de situations, sans exclure celles qui
peuvent contenir une charge affective.
Il s'agira pour cela de s'assurer de la consistance et de la
stabilité des réponses au questionnaire. Nous vérifierons ensuite
la structure interne du questionnaire afin de s'assurer de l'exis
tence de deux formes distinctes de Contrôle Interne (I -f- et I — ).

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