Le travail intellectuel dans ses rapports avec la force musculaire mesurée au dynamomètre - article ; n°1 ; vol.7, pg 206-230

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L'année psychologique - Année 1900 - Volume 7 - Numéro 1 - Pages 206-230
25 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : lundi 1 janvier 1900
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J. Clavière
VIII. Le travail intellectuel dans ses rapports avec la force
musculaire mesurée au dynamomètre
In: L'année psychologique. 1900 vol. 7. pp. 206-230.
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Clavière J. VIII. Le travail intellectuel dans ses rapports avec la force musculaire mesurée au dynamomètre. In: L'année
psychologique. 1900 vol. 7. pp. 206-230.
doi : 10.3406/psy.1900.3213
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1900_num_7_1_3213VIII
LE TRAVAIL INTELLECTUEL
DANS SES RAPPORTS AVEC LA FORCE MUSCULAIRE
MESURÉE AU DYNAMOMÈTRE
L'étude que j'expose a été entreprise dans le but de recher
cher dans quelle mesure l'effort intellectuel influe sur la force
musculaire ; cette question présente quelque intérêt pédagog
ique.
Mais, au cours des nombreuses expériences dont on lira plus
loin les résultats, j'ai pu me convaincre qu'il existait de mul_
tiples causes d'erreurs, contre lesquelles il est d'autant plus
nécessaire de se mettre en garde qu'elles sont inséparables
d'un tel genre de recherches.
On ne s'étonnera donc pas de voir une bonne partie de ce
travail consacrée à la technique des expériences. C'est ainsi
que je serai amené, d'une part, à rechercher si la force muscul
aire est mesurable au dynamomètre et comment elle peut l'être
et, de l'autre, à indiquer le sens que j'ai donné à cette expression :
travail intellectuel.
I
Du DYNAMOMÈTRE COMME MOYEN DE MESURE« LA FORCE MUSCUL
AIRE. — Est-il bon d'employer le dynamomètre pour mesurer
la force musculaire avant et après les expériences de travail
intellectuel ? Cette question se pose aujourd'hui d'autant plus
que bon nombre d'expérimentateurs, frappés par les embarras
de toutes sortes que cause l'emploi de la méthode graphique et
des ergographes à poids ou à ressort se sentent réellement
tentés par la commodité du dynamomètre facilement transpor- CLAVIÈRE. LE TRAVAIL INTELLECTUEL 207 J.
table et toujours prêt à être employé. Et cependant les critiques
n'ont pas manqué à ce petit appareil. Je n'eu nierai pas les
inconvénients et, comme tout le monde, j'ai remarqué que la
douleur parfois intense causée par l'ellipse d'acier du dynamom
ètre de Régnier, la transpiration des mains, la mauvaise posi
tion de l'appareil empêchent le sujet de fournir à un moment
donné toute sa force disponible et sont de nature à vicier si
ngulièrement les résultats. Il est évident, d'autre part, que la
complexité des forces motrices en jeu, que le concours d'un
nombre assez considérable de muscles (on en compte, en effet,
21 dans l'avant-bras et 12 dans la main) mettent l'expérimenta
teur dans l'impossibilité d'affirmer si l'énergie accusée par l'a
iguille du dynamomètre est due toujours au jeu des mêmes
muscles et l'exposent à de sérieux mécomptes. Ces expériences
de dynamométrie ont été poursuivies durant plusieurs mois, et
peu à peu certains sujets, que le hasard avait désignés de pré
férence, étaient arrivés, si je puis m'exprimer ainsi, à connaître
l'appareil. 11 s'était produit insensiblement une adaptation de
la main telle que la douleur, inséparable au début d'un tel
genre d'exercices, avait presque totalement disparu, telle encore
que l'ellipse d'acier trouvait sa place comme préparée dans la
paume de la main, telle enfin que la pression n'était plus opérée
que par un nombre assez restreint de muscles. Ces sujets, une
douzaine environ, tous jeunes gens de 15 à 18 ans, appartenant
à l'Ecole où je suis professeur, allèrent même jusqu'à considérer
les expériences de dynamométrie comme un exercice physique
et à organiser des matchs avec épreuves de force et épreuves
de fond. J'indique, à titre de curiosité, la plus forte pression
obtenue : 73 kilogrammes. Quant à l'épreuve de fond, la palme
revient à celui qui, durant 16 minutes, a opéré 299 pressions à
raison d'une pression toutes les 3 secondes avec repos à volonté
de 10 secondes au maximum. Ces 299 pressions ont été scin
dées de 5 repos ; la première atteignait 49 kilogrammes; la
dernière, 31 kilogrammes; maximum, 50 min
imum 25 moyenne, 37kg, 3. J'ai enregistré moi-
même les pressions et, seule, une remarquable adaptation de la
main peut expliquer des chiffres aussi fantastiques et une
moyenne aussi élevée.
Le tableau I est intéressant à consulter. La partie de gauche
concerne des sujets entraînés; la partie de droite des sujets qui
faisaient connaissance pour la première fois avec le dynamom
ètre. MEMOIRES ORIGINAUX 208
Tableau I
SUJETS ENTRAÎNÉS SUJETS NON ENTRAÎNÉS
MOYENNE MOYENNE MOYENNE MOYENNE W O CJ W M Z a SE des des des des
PRESSIONS PRESSIONS | g NOM F? W NOM avant après avant après £ O V Ci, Ci. 3 s~ H O le travail le travail le travail le travail
intellectuel intellectuel intellectuel intellectuel 3
kilos kilos kilos kilos kilos kilos
— 7 - 2,9 43,2 36,2 51 Mi. De. 53,9
— - 6,1 33,4 28 Le. 27,3 Du. 30,3 1J
— 5,7 45,6 39,9 Re. Ba. 48 47,2
— 5,2 - — 0,2 0,7 0,8 37,7 Ch. 42,9 De. 52,2 51,5
— 4,5 Mi. 46,5 42 Ba. 47,5 47,3
— 3,8 Mi. 50 46,2 Mic. 30,5 32 + 1,5
- 3,8 -j- 1,6 Mic. 33,4 29,6 G a. 45,2 46,8
— 3,4 51,6 48,2 40 43,7 Mi. Gh. + 3,7
- 3,4 29,8 26,4 Ni.
II est bien entendu que tous avaient effectué pendant une
durée de deux heures un travail intellectuel assez considérable.
On verra plus loin sur quelles bases je m'appuie pour formuler
un tel jugement. Qu'il me suffise pour le moment de l'affirmer
tout simplement. Il est vrai qu'à la rigueur j'aurais pu consi
dérer la diminution moyenne de 2k(î,9 du sujet non entraîné
de... comme un indice de l'effet physiologique de son effort
intellectuel. Mais, sachant que les sept autres inscrits dans la
colonne de droite avaient fourni un travail qui a été apprécié
comme étant à peu près de la même valeur, on ne s'étonnera pas
que j'aie négligé les résultats que m'ont fourni les sujets non
encore entraînés.
Le tableau II ne concerne plus le travail intellectuel, mais le
repos. Les sujets ont passé deux heures dans un jardin tantôt
se promenant, tantôt s'asseyant sur un banc.
Cela suffira pour prouver que, dans les expériences dedyna-
mométrie, la condition indispensable est de n'opérer que sur
des sujets préalablement entraînés.
Une remarque encore : on comprend facilement que des
sujets entraînés aient pu, dès que se manifestait une des causes
d'erreur indiquées plus haut, m'en prévenir avant même que
j'eusse eu le temps d'enregistrer les chiffres indiqués par l'ai- .MOYENNE
.
.MOYENNE
CLAVIÈRE. LE TRAVAIL INTELLECTUEL 209 J.
guille. Les causes d'erreur, quand elles n'étaient pas totalement
supprimées, m'étaient du moins signalées, c'était l'essentiel. Et
le lecteur pourra apprécier jusqu'où peut aller cette adaptation
de la main au dynamomètre, en sachant que, sur 96 séries de
pressions, avec des sujets exercés, 8 seulement ont dû être él
iminées pour ce motif; il est vrai qu'elles en ont entraîné
8 autres, puisque chaque expérience comporte un couple de
séries de pressions.
Taüleaü II
SUJETS ENTRAINES SUJET NON ENTRAINE
DIFFÉRENCE DIFFÉRENCE MOYENNE MOYENNE MOYENNE MOYENNE
des dos des des
NOM pnESSIONS PRESSrONS NOM
avant après avant après
le repos le repos le repos le repos
kilos kilos kilos kilos kilos kilos
o Si,i * ^ 4- 0,3 Col. 41 ,6 Col. 40,9 41,2 + 3,9
Lé. 40,5 43,7 + 3,2
S'il est indispensable d'éliminer et, par conséquent, desavoir
reconnaître les cas où la douleur, la transpiration des mains, la
mauvaise position de l'appareil, en un mot, l'inexpérience du
sujet ont pu fausser les résultats, il faut aussi tenir compte des
cas où le sujet par distraction, ne manifeste pas, à un moment
donné, toute son énergie disponible, ou bien par une excita
tion souvent inconsciente cherche à se surpasser. Ace compte,
il serait imprudent de tabler sur un maximum ou sur un min
imum et surtout de s'en tenir à un nombre insuffisant de pres
sions. MM. Binet et Vaschide1 ont mis ce fait en pleine lumière-
Us ont réussi à démontrer l'existence de trois types : « 1° le
type stationnaire, dans lequel les pressions successives restent
à peu près de même force, sans montrer une tendance à croître
ou à décroître ; 2° le type de croissance, dans lequel la force
musculaire tend à augmenter; 3° le type de décroissance, qui
présente le développement inverse ; les premières pressions
1. Année Psychologique {Mesure de la force musculaire), 4" année, p. 173
et seq.
psychologique.' l'année vu. 14 ■
.
.

210 MEMOIRES ORIGINAUX
sont les plus fortes ; puis, peu à peu, soit fatigue ou toute autre
cause, les pressions décroissent. » Je n'ai pas rencontré
d'exemples du type de croissance, cela est-il dû à l'âge des
sujets sur lesquels j'expérimentais, ou bien leur petit nombre
suffit-il à expliquer cette absence. Quoiqu'il en soit, je ne puis
que souscrire à la conclusion de M. Binet : « L'évidence de ces
types musculaires prouve qu'on ne peut pas juger de la force
musculaire d'une personne par une seule épreuve de pression ;
car ce premier chiffre peut commencer dans un cas une série
descendante, et dans un autre cas, chez un autre individu, il
peut commencer, au contraire, une série ascendante; il est clair
que ces deux individus, quoique donnant le même nombre de kil
ogrammes au premier effort, sont loin d'être dans une situation
égale. » Et, en effet, avant d'étudier l'influence du travail intel
lectuel sur la force musculaire, j'avais voulu rechercher les
variations de cette même force aux différentes heures de la
journée. Pour cela, j'avais demandé à une personne familia
risée avec la dynamométrie des séries de 3 pressions durant
14 jours aux heures suivantes : huit heures, dix heures, midi,
deux heures et quatre heures. Le tableau III indique combien
les résultats en furent disparates.
Tableau III
8 HEURES 10 HEURES MIDI 2 HEURES 4 HEUKES
minimum )( maximum 2e fCP ' jour —
» minimum » maximum
3e — »
4c _ » » minimum maximum
5e — » » maximum •..)>•■ 6e — »
7e — » » minimum maximum
8e — » maximum »
9e ^~- minimum » »
10e — » » maximum
11e — » » maximum minimum
12e — » » » minimum maximum
13e — » » » minimum maximum
14e - » minimum
Si l'on retient que cette personne a passé ces 14 journées de
vacances d'une façon sensiblement la même, on ne peut
qu'attribuer à un nombre insuffisant de pressions cette absence CLAV1ÈRE. LE TRAVAIL INTELLECTUEL 211 J.
de caractéristique, surtout pour le maximum. Pour éviter cette
importante cause d'erreur et comptant qu'un effort dispropor
tionné et répété serait compensé par une fatigue d'autant plus
rapide et plus accentuée, j'ai fait opérer pour la présente étude
des séries de 15 pressions. Mes prévisions se sont confirmées
et les résultats positifs que l'on verra plus loin le prouvent
surabondamment. J'ajouterai que les pressions ont été faites
de 3 en 3 secondes, de manière à ne pas permettre qu'un repos
trop prolongé pût annihiler la fatigue. ,
II
Je passe maintenant à l'étude du travail intellectuel lui-
même. J'ai dit en commençant que j'avais eu en vue le travail
normal, tel que le fournit chaque jour un élève de l'enseignement
secondaire, soit sous la direction du professeur, c'est-à-dire
en classe, soit en étude, où il est livré à lui-même. Néanmoins,,
dans un but de contrôle, je m'étais imaginé d'étudier l'i
nfluence exercée sur la force musculaire mesurée au dynamom
ètre, chez des sujets entraînés par un travail intellectuel arti
ficiel. Pour mettre plus de rigueur encore dans mon
investigation, j'avais, en effet, intercalé entre deux séries de
15 pressions l'épreuve suivante : faire effacer dans un texte
imprimé tous les a, les e, les r, les m, les o, les s que le sujet
rencontrerait, et je pensais pouvoir évaluer exactement l'effort
intellectuel en raison directe du nombre de lettres effacées et
en raison inverse du nombre d'oublis. Le tableau IV expose les
résultats obtenus.
Quelle peut être la cause de résultats aussi peu concordants?
J'avais pensé d'abord que je n'avais fait, que glisser dans mes
recherches, parmi des expériences sur le travail intellectuel
prolongé, des expériences sur le travail intellectuel court qui
se manifestait dès lors, comme l'a d'ailleurs fait remarquer
M. Féré, par une augmentation de, force musculaire mesurable
au dynamomètre. Mais M. Féré n'a guère expérimenté que
sur le calcul mental n'exigeant qu'une durée de quelques
secondes; mes recherches, au contraire, me poussaient à qual
ifier de travail intellectuel court des épreuves qui avaient
duré respectivement 5, 10, 15 et même 30 minutes. N'était-ce
pas un peu exagéré? D'autant plus, et il n'y a pas à le nier, .
MÉMOIRES ORIGINAUX 212
que des causes d'erreur assez graves étaient évidentes. Le
travail, qui consiste à effacer un certain nombre de lettres
dans un texte imprimé, n'est pas suffisamment absorbant et
intéressant pour que le sujet ne puisse de temps à autre ou
même continuellement penser à autre chose.
Tableau IV
épreuves antérieures LETTRES CONTRÔLÉES DURÉE DIFFÉRENCE
LETTRE OUBLIS MOYENNE dans
entre les 2 séries NOM de
CONTRÔLÉE pour 1,000 de pressions des en kilogr. l'épreuve
kil.
— 3,4 1",30 5.426 An 33,3
— 1,1 4 . 479 » Léo Id. 26
— 0,1 7.296 204 Pa Id.
- 3,2 4.166 » Le. 1 heure 12
— 1,2 Ni. Id. 3.602 26,6
1 3.477 » Ba Id. 22,4
— 0,7 Co Id. 3.926 48
— 0,06 Le 30 minutes 2.666 3 5.421
Mi. Id. 1.743 7,4 » +
Co. Id. 2.290 8,2 3 . 926 + 0,3
15 minutes 850 65,8 Ba -f 0,7 1.287
4- 1,8 Id. 960 27 >) Dh
1.188 5 Ni. Id. 3.602 + 1,5
10 minutes 931 Le 0 -f 0,5 8.087
Co Id. 836 7,1 + 1,3 6.216
Ni Id. 951 1 + 0,5 4.790
— 0,9 Min Id. 779 » 28,2" 2,5
— 0,6 Id. 780 Re
Le 5 minutes 477 4,1 + 0,3 9.018
Co. Id. 480 4,1 + 1,5 7.052
Mie Id. 377 2,6 + 1,5 10.767
L'automatisme joue un grand rôle dans ce genre de travail.
Certes les augmentations de force musculaire indiquées au
tableau IV sont consécutives aux épreuves d'une durée infé
rieure à 30 minutes ; mais les sujets qui les manifestent sont
précisément ceux que le hasard avait désignés pour faire anté
rieurement des épreuves de- même genre, et leur travail a été
manifestement en -grande partie inconscient et automatique.
Et, en effet, les uns ont pu, après l'épreuve, me résumer les
idées du passage dont ils n'avaient eu cependant qu'à effacer
certaines lettres, tandis que les autres m'ont avoué avoir pensé
à toute autre chose, -ce qui expliquerait les faibles dépressions
musculaires notées au tableau IV. J. CLAVIÈRE. LE TRAVAIL INTELLECTUEL 213
III
Avant d'exposer les résultats des expériences faites sur le
travail normal, il est bon de résumer la technique suivie.
Au point de vue matériel, l'effort intellectuel étudié est celui
que fournit normalement un élève d'enseignement secondaire
aux différentes heures de la journée scolaire, soit en classe,
de 8 à 10 heures du matin et de 2 à 4 heures du soir, soit en
étude de o et demie à 7 heures et demie du matin, et de
5 à 7 heures du soir. Je n'ai donc tenu compte que de durées
uniformes de 2 heures. Voici comment les divers efforts intel
lectuels ont été appréciés. Après chaque expérience, l'élève
lui-même a été interrogé, et je dois dire ici que ses affirma
tions et parfois même ses aveux ont été toujours corroborés par
l'appréciation de ses maîtres. En outre, le professeur a été sol
licité de donner son avis sur l'attention et l'application de
l'élève en classe. Quant au travail d'étude, le témoignage de et la note de la copie corrigée par le professeur et cotée
moins d'après la valeur intrinsèque du travail que d'après
l'effort qu'il avait nécessité, se trouvaient fortifiées de l'appré
ciation du maître-répétiteur, spécialement prévenu à l'insu de
l'élève.
Chacune de ces épreuves a été précédée et suivie d'une série
de 15 pressions successives, faites de 3 en 3 secondes par des
sujets entraînés et familiarisés avec le dynamomètre. Les nom
breuses expériences de dynamométrie entreprises avant que
j'eusse étudié les rapports du travail intellectuel et de la force
musculaire m'avaient montré que la position la plus favorable
est la suivante : le sujet debout, tenant le dynamomètre dans
la paume de la main droite, le bras étendu horizontalement. Si
l'on retient que j'étais assis, pour enregistrer les chiffres des
pressions, dans une chaire élevée de 60 centimètres au-dessus
du sol, on comprendra que je pouvais surveiller la marche de
l'appareil, surprendre toute fraude, si le sujet avait eu la vel
léité d'en commettre et faire l'expérience avec la vitesse indi
quée plus haut. .
Je viens de parler de fraude, et on a pu voir que j'avais pris
toutes les précautions nécessaires pour la déceler, si toutefois
elle s'était présentée. Mais elles ont été complètement inutiles.
La fraude, dans de telles expériences, est surtout une question 214 MÉMOIRES ORIGINAUX
de milieu ; elle tient à l'esprit de la population scolaire. Or, je
dois le dire, les sujets sur lesquels j'ai expérimenté, ont tou
jours été consciencieux. Je n'en veux pour preuve que leurs
déclarations et même leurs aveux sur la valeur de leur travail,
témoignages auxquels j'ai déjà fait allusion et qu'on pourra
lire plus loin.
Et cela se comprend aisément. Ces expériences les intéres
saient, on sait déjà que les pressions au dynamomètre étaient
le prétexte de matchs retentissants dans le Landerneau
scolaire, et je me souviens de la bonne humeur avec laquelle
les élèves se levaient lorsque, vers 5 heures moins le quart,
j'allais les réveiller au dortoir, certains dimanches où les
règlements ne fixaient le réveil qu'à 6 heures. Dans de telles
conditions, je n'avais pas besoin de mettre mon imagination à
contribution dans le but de les encourager. L'émulation était
réelle, sans aucune intervention de ma part, et lorsque j'appe
lais l'un d'eux près de ma chaire, dans un coin de la classe,
c'était bien consciencieusement qu'il me fournissait ses 15 pres
sions dans les 45 secondes réglementaires. Au début, ils me
demandaient bien leurs chiffres de pression, mais je me raillais
de leur trop grande curiosité. Jusqu'à la lin ils ont ignoré leur
moyenne, comme d'ailleurs le but de ces expériences, et pour
les dérouter, si tant est qu'ils aient cherché à le deviner, à
dessein, plusieurs fois je n'ai fait faire que la première série de
pressions sans en réclamer une seconde, 2 heures après. En
résumé, je crois pouvoir affirmer qu'ils n'ont subi de ma part
aucune espèce de suggestion.
Telle est, exposée bien longuement — mais je crois qu'en ces
matières on ne saurait prendre trop de précautions ni donner
trop de détails — la technique que j'ai employée. Voyons main
tenant les résultats.
Les expériences faites dans le but d'étudier le travail intel
lectuel normal dans ses rapports avec la force musculaire sont
au nombre de 57. Sur ce total, 9 ont été faites sur des sujets
non encore entraînés, je n'en tiens aucun compte; 8 ont dû être
éliminées pour causes d'erreur dans le fonctionnement du
dynamomètre (douleur dans la main, mauvaise tenue de l'appar
eil, etc.), elles m'ont d'ailleurs été signalées par les sujets
eux-mêmes; 3 concernent un repos de 2 heures; 17 se rap
portent à un travail de classe et 20 à un travail d'étude.

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