Le vêtement dogon, confection et usage - article ; n°2 ; vol.21, pg 151-162

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Journal de la Société des Africanistes - Année 1951 - Volume 21 - Numéro 2 - Pages 151-162
12 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : lundi 1 janvier 1951
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G. Griaule
Le vêtement dogon, confection et usage
In: Journal de la Société des Africanistes. 1951, tome 21 fascicule 2. pp. 151-162.
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Griaule G. Le vêtement dogon, confection et usage. In: Journal de la Société des Africanistes. 1951, tome 21 fascicule 2. pp.
151-162.
doi : 10.3406/jafr.1951.1834
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/jafr_0037-9166_1951_num_21_2_1834VÊTEMENT DOGON, CONFECTION ET USAGE LE
PAR
Geneviève GRIAULE
attachée de recherches agrégée au Centre National
de la Recherche Scientifique.
Le vêtement du Dogon se compose d'une tunique et d'un pantalon
de cotonnade, dont la forme varie avec l'âge et l'usage. Chacune de
ces formes possède un nom spécial.
Dans la falaise et sur le plateau, le vêtement habituel est très sim
ple ; généralement blanc ou de couleur pain brûlé *. Dans la plaine
où la vie est plus facile et plus large, les couleurs sont beaucoup plus
vives et la fantaisie vestimentaire est plus grande.
Nous prendrons pour exemple la région de Sanga, qui est située
sur le plateau, au bord de la falaise ; les vêtements qu'on y porte
sont caractéristiques de la mode des falaises 2.
Confection des tuniques.
Pour confectionner une forme quelconque de tunique (nom géné
rique : argoy) 3 on commence toujours de la même façon ; ce n'est
qu'une fois qu'on a le corps de la tunique qu'on lui ajoute les acces
soires qui différencient les formes les unes des autres (manches, po
ches, etc.).
Tout homme peut tailler ses habits ou le faire pour d'autres 4 ;
(1) II n'entre pas dans le cadre de cet article d'énumérer les différentes bandes d'étoffe de cou
leurs et de dessins divers incrustées parfois très discrètement, parfois au contraire d'une manière
très visible à certaines places du vêtement. Les missions Griaule possèdent sur leur riche symbol
isme une documentation qui paraîtra ultérieurement. Sur le symbolisme des bandes bambara,
voir G. Dietehlen, Essai sur la religion bambara, pp. 108 à 113.
2. Pour l'origine mythique et les dimensions théoriques des vêtements qui vont être décrits ici,
cf. Marcel Griaule, Dieu d'eau, pp. 95-97.
3. Les mots cités sont du dialecte dit ioro so, « langue de la falaise », sous-groupe de Sanga, lui-
même dénommé sanga so. La notation phonétique a été simplifiée ici.
4. argoy lone, expression formée avec le nom d'agent du verbe lo, « coudre », peut se traduire
par tailleur en retirant de ce terme le sens spécialisé qu'il a en français.
J 152 SOCIETE DES AFRICANISTES
ce n'est pas un métier particulier. Mais naturellement, certains hom
mes connus pour leur adresse passent pour spécialistes (ex. notre
informateur Ambara Dolo du quartier d'Antaba d'Ogol-du-Bas de
Sanga-du-Haut).
On commence par mesurer sur le « client » deux fois la hauteur de
l'étoffe (argoy tumo, mesure). Puis on coud ensemble 1 les bandes de
coton, parala, sur toute leur longueur ; elles sont au nombre de quatre
ou cinq. Ces bandes ont une largeur théorique de deux fois quatre-
vingt fils, fixée par la tradition mythique de l'origine du tissage 2.
i
1
obtenu, On fait que aun l'on ourlet, plie mennu, en Fig. quatre 1. — à • Pliage bchaque de sorte pour extrémité la que tunique. l'un с du des grand angles rectangle du d qua
drilatère ainsi formé détermine le centre du grand rectangle (fig. 1,
a et b). L'étoffe est- ensuite pliée une première fois selon la bissectrice
de cet angle (fig. 1, с) puis encore une fois selon la bissectrice du nou
vel angle (fig. 1, d). On obtient ainsi une pliure dont le principe est
comparable à celui de la confection d'une jupe dite « parapluie » chez
les couturières parisiennes. -
On fait la même opération avec un petit carré d'étoffe, kokolo togu
ou tommu, « abri du cou, encolure ».
1. L'aiguille s'appelle menyene et le fil gede pigu « fil roulé
2. Voir Marcel Ghiaule, Dieu d'eau, p. 35. LE VETEMENT DOGON, CONFECTION ET USAGE 153
Toute cette opération de pliage s'appelle munnu i.
On coupe au couteau à la longueur du petit doigt 2 les deux angles
aigus ainsi obtenus ; les deux , morceaux d'étoffe une fois dépliés
présentent chacun en leur centre une ouverture ronde de même d
imension.
A ce propos il est à remarquer que les Noirs ont résolu par ce
moyen de pliage le problème de la détermination du centre ďune
surface souple. Il serait en effet beaucoup plus difficile d'obtenir
ce point par la rencontre des diagonales, d'une part à cause de la
souplesse de l'étoffe, d'autre part faute d'une surface plane et nette
sur laquelle% l'étaler.
On applique l'une sur l'autre les deux pièces de manière à faire
coïncider les deux ouvertures. Deux dispositions sont possibles :
a) Disposition parallèle des côtés, sibe nay dânu, « pointes-quatre-
collées » ;
b)plus élégante, en diagonale, sibu, « en pointe »
(fig. 2).
Fig. 2
1 . Nom d'action du verbe munno, enrouler ; il s'agit en effet d'une sorte d'enroulement autour
du centre de l'étoffe.
2. пито dumoro papala tommo, « main-dernier doigt-longueur-creuser ». 154 SOCIÉTÉ DES AFRICANISTES
On surjette ensemble les tours des encolures, puis on retourne le
tout (damu ganna, action de pousser et de faire passer) ; on fixe le
bord du carré sur le rectangle. Le bord de Fencolure peut être piqué
(sobu, piqûre). La fente, ivenyu, se place en général sur l'épaule gauche,
mais les enfants commencent à porter des tuniques dont la' fente
est devant, à la mode européenne.
On trouve encore quelques vieillards qui portent le toro dom « ban
deau des falaises », sorte de cordelière, gede nay, passée autour de
Fencolure qu'elle resserre ; au bout de la cordelière on met des sortes
de pompons, buňe, faits avec tes restes du découpage de Fencolure.
L'encolure une fois terminée, le corps de la tunique est prêt. C'est
alors qu'interviennent les détails de confection (coutures de côté \
manches, poches etc.) qui distinguent les différentes formes.
Différentes formes de tuniques et leur usage.
Les petits garçons jusqu'à la circoncision mettent (ou ne mettent
pas, car ils vont souvent nus) une petite tunique assez courte et com
plètement fendue sur les côtés (argoy tetea, petite tunique).
A partir de la circoncision et jusque vers quarante ans environ, les
garçons et les hommes mettent pour le travail. une tunique également
fendue sur les côtés et qui porte trois noms différents • :
argoy kolo kala « espace vide »
na muy dyeňe « mère, prends-moi »
gângam bay « pour frapper le gros tambour ».
Il existe aussi une variété plus courte de cette tunique, qui porte
le nom de gene debu « couvre-poitrine ». ,
Pour les jours de marché et de fêtes, ils mettent soit argoy leguru,
« tunique à empiècement » courte et ample, avec deux coutures de
côté qui se terminent dans le bas par un empiècement en pointe, soit
munyu argoy, « tunique des Mossi », également cousue sur les côtés,
avec huit ou dix empiècements en pointe danst le bas des coutures
des bandes et une poche, dyibe, de chaque côté.
Les jours de fête, les jeunes gens peuvent mettre également le
barala kay, « pour manger l'aubaine » 2, tunique très longue, fendue
sur les côtés, avec une grande poche rapportée, à fente verticale,
sur le devant.
1. argoy dâhu, « tunique cousue sur le côté » (littéralement : collée).
2. barala désigne ce qu'on obtient par chance, sans l'avoir spécialement mérité. LE VETEMENT DOGON, CONFECTION ET USAGE 155
V
N N N •\ \ \ N \
Fig. 3. — Confection de la culotte.
\
Vers quarante ans, les hommes commencent à porter la tunique à
manches, argoy пито, cousue sur les côtés.
La tunique de fête des vieillards a nom argoy sulo1 ; elle est très
longue et ample, avec des manches.
Les gens de Sanga connaissent encore une forme de tunique, mais
ils ne la portent pas ; c'est celle qui caractérise les habitants de la
plaine, pour qui ils ont un certain mépris ; elle est très longue et flot
tante, et presque entièrement fendue sur les côtés ; on l'appelle argoy
wunnu 2.
Le pantalon, ponnu.
La technique de confection varie selon les formes ; il convient donc
d'étudier chacune d'elles.
1. Sulo : mot de sens indéterminé, qui est peut-être une onomatopée imitant le bruit que font
les remous d'étoffe dans la marche.
2. wunnu : mot du dialecte dgcunsay signifiant probablement ample. 156 SOCIÉTÉ DES AFRICANISTES
Avant la circoncision, les petits garçons ne mettent pas de pan
talon. Ensuite ils mettent le ponnu пито turu « pantalon ďune main »
formé ďune bande unique.
Ils ont aussi le gère, cache-sexe composé de deux bandes passant
entre les jambes et maintenues par une plus petite formant ceinture.
Le gère a remplacé le taba dyemme, « sac à tabac », qui était en peau.
Confection de la culotte.
La culotte, ponnu semu, « pantalon coupé », était autrefois la seule
forme de pantalon portée par les jeunes gens. Elle se* fait avec deux
morceaux d'étoffe ayant chacun six ou sept bandes de largeur et
dont la hauteur est mesurée sur l'intéressé. On les applique l'un sur
l'autre et on les plie ensemble dans le sens de la hauteur (fig. За, АВ).
On découpe selon un arc de cercle (fig. 3b, DE) ; dépliés, les deux mor
ceaux forment le devant et le derrière de la culotte (fig. 3c) ; on les
assemble et le fond est formé par les deux morceaux tombés que l'on
rajoute.
La taille est munie d'une coulisse, ponnu piru, dans laquelle passe
une cordelière, ponnu sunu, « corde du pantalon », qui la resserre *.
Confection et usage du pantalon a fond ample.
Ce pantalon, tubo, était autrefois réservé aux vieillards, alors que
les jeunes gens mettaient exclusivement la culotte ; mais parmi ces
derniers, l'usage du ponnu andeňe, « pantalon coupé », de même forme
que le tubo, mais plus court et plus étroit, se répand de plus en plus.
La confection du tubo exige beaucoup d'étoffe. La pièce centrale,
composée de quatre bandes cousues, mesure deux fois la hauteur de
l'intéressé, de la ceinture au mollet environ ; cette pièce est repliée
en deux dans sa largeur (fig. 4a, AB). De chaque côté est cousue une
pièce formée également de quatre bandes (quelquefois trois), mesu
rant une hauteur et repliée dans sa longueur (fig. 4a, CD, CD'). Le
panneau central qui va former le fond est ainsi élargi de deux él
éments qui seront les jambes (fig. 4b). On obtient ainsi une sorte de
1. Ceci est valable pour toutes les formes de pantalons. LE VÊTEMENT DOGON, CONFECTION ET USAGE 157
sac très large dont l'ouverture est munie ďune coulisse pour la cein
ture et dont le fond comporte deux ouvertures pour passer les
jambes, (fig. 4c).
-
A
— Confection du pantalon ample, Fig. 4. 158 SOCIETE DES AFRICANISTES
Confection du pantalon long.
Son nom est ponnu lagu, pantalon ďune coudée, sa longueur de
deux coudées et demie étant autrefois invariable ; actuellement elle
varie avec la taille de l'intéressé qui la mesure en posant les deux
pieds sur l'extrémité de la pièce d'étoffe (six ou sept bandes de lar
geur) et en la tendant jusqu'à sa ceinture.
Vig. 5 — Confection du pantalon long
Ce pantalon est réservé aux vieillards ; il est d'ailleurs d'une mode
ancienne, et la technique de sa confection se perd. Ambara Dolo,
déjà cité plus haut, est le seul homme du village d'Ogol-du-Bas qui.
sache encore le tailler selon les règles. .
On commence par plier en quatre, suivant ses médianes, une bande
de hauteur double de celle du pantalon. Dans le rectangle ainsi obtenu,
la ceinture sera formée par celui des plus petits côtés où les quatre
épaisseurs sont libres. On mesure à partir de la taille du côté des l
isières (grand côté du rectangle où les quatre épaisseurs sont libres) LE VETEMENT DOGON, CONFECTION ET USAGE 159
un пито pây (écartement de la main : distance maxima entre le pouce
et le médius). A partir de ce point, on coupe l'étoffe selon un angle
formant environ 30 degrés avec les lisières (fig. 5a). On obtient ainsi
un rectangle largement écorné (fig. 5b) dédoublé après découpure
du fond qui donnera les deux moitiés du pantalon (fig. 5c). Les deux
parties ainsi obtenues sont assemblées par les petits segments restant
de la lisière. Le fond est alors cousu en utilisant les morceaux trian
gulaires tombés précédemment, de telle sorte que la partie supérieure
de Tangle de l'entre-jâmbes soit fermée. On coud ensuite la partie
interne des jambes depuis le fond jusqu'en bas.
Il nous faut encore citer pour mémoire le pantalon européen, dont
l'usage est peu répandu chez les Dogon des campagnes, et qu'ils ap
pellent marba bozo, gaine de fusil.
La coiffure.
Le vêtement dogon se complète d'une coiffure, goro,' dont la forme
la plus usuelle est une sorte de bonnet phrygien appelé ka gara ou

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