Légitimation politique et filiation : le varna kshatriya en Inde du Nord - article ; n°4 ; vol.39, pg 783-797

De
Annales. Économies, Sociétés, Civilisations - Année 1984 - Volume 39 - Numéro 4 - Pages 783-797
Legitimation by Descent : the kshatriya varna in Northern India.
The article examines the process legitimation by descent adopted by certain kshatriya ruling families in India during the first millennium A.D. It discusses the construction of a genealogical pattern of kshatriya descent groups as given in the Vishnu Purana : a pattern which differentiates between what is seen as mythical time, the descent of kshatriya clans and the record of the early dynasties. It also shows how some families having acquired political power and access to economic resources resorted to using this tradition in order to legitimise their status.
15 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : dimanche 1 janvier 1984
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Romila Thapar
Annie Schnapp
Légitimation politique et filiation : le varna kshatriya en Inde du
Nord
In: Annales. Économies, Sociétés, Civilisations. 39e année, N. 4, 1984. pp. 783-797.
Abstract
Legitimation by Descent : the "kshatriya varna" in Northern India.
The article examines the process legitimation by descent adopted by certain kshatriya ruling families in India during the first
millennium A.D. It discusses the construction of a genealogical pattern of kshatriya descent groups as given in the Vishnu Purana
: a pattern which differentiates between what is seen as mythical time, the descent of kshatriya clans and the record of the early
dynasties. It also shows how some families having acquired political power and access to economic resources resorted to using
this tradition in order to legitimise their status.
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Thapar Romila, Schnapp Annie. Légitimation politique et filiation : le varna kshatriya en Inde du Nord. In: Annales. Économies,
Sociétés, Civilisations. 39e année, N. 4, 1984. pp. 783-797.
doi : 10.3406/ahess.1984.283094
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/ahess_0395-2649_1984_num_39_4_283094POLITIQUE ET FILIATION GITIMATION
LE VARNA KSHATRIYA EN INDE DU NORD
La légitimation par le recours aux mythes origine et aux généalogies est un
fait couramment observé dans accession au pouvoir des familles régnantes
Dans le sous-continent indien on le remarque tout particulièrement partir de
la fin du premier millénaire de notre ère Nous voudrions tenter ici de décrire et
analyser ce processus Quand surviennent des changements historiques
importants une procédure de légitimation impose qui requiert alors un effort
délibéré de mise en place un mythe et une généalogie Le mythe est souvent
de ceux qui expliquent les origines et essaient établir une identité en rapport
avec le statut et le pouvoir désirés ou acquis par la famille qui recherche les-
dites origines Les mythes de filiation tendent généralement légitimer la fois
la famille et le territoire sur lequel elle exerce son contrôle Les procédures de
légitimation ont aussi pour fonction exclusion des groupes rivaux La lutte
pour le pouvoir apparaît la limite comme une condition préalable élabora
tion un mythe proclamé publiquement et qui doit être accepté par le public
devant lequel il est présenté
Les mythes ou généalogies prennent généralement leur source dans une tra
dition abord orale qui véhicule des fragments un passé mémorisé pré
servés par les bardes et graduellement annexés par les prêtres brahmanes Vers
le milieu du premier millénaire de notre ère cette tradition fut reconstruite
intérieur un modèle unitaire con comme une perspective historique du
passé ainsi que le montrent les parties cosmologique et généalogique des textes
connus sous le nom de Puranas Les familles régnantes en quête de validation
purent puiser dans la tradition pour en extraire les éléments qui leur conve
naient On élabora pour les périodes plus reculées en gros le second et le pre
mier millénaire avant notre ère une structure généalogique qui devint partie
intégrante de ce que on appelle les itihasa purana ou la tradition historique
de Inde ancienne Celle-ci visait entre autres choses établir les listes de filia
tion des plus anciens clans kshatriya Le statut du barde fut rabaissé extrême
pour éviter toute interférence avec la tradition Après le milieu du premier mil
lénaire de notre ère les familles qui accédaient au pouvoir et établissaient des
dynasties dans les moindres états se mirent proclamer des liens avec ces
783 ET HISTOIRE MYTHE
anciens lignages et rechercher le statut de kshatriya On peut donc parler de
kshatriya traditionnel et de kshatriya nouveau La forme reconstruite de la
tradition devint publiquement acceptable grâce intégration de histoire tra
ditionnelle accès relativement ouvert au pouvoir politique rendait de telles
prétentions plus facilement acceptables
origine de ces démarches de validation on trouve fréquemment la rup
ture historique que représente la création un nouvel tat il agisse dans
les régions qui en étaient dépourvues de son apparition même ou bien une
reconstruction sur les ruines de monarchies antérieures plus importantes Dans
un cas comme dans autre des mutations sont attestées remise en ordre de
économie perceptible soit dans extension de agriculture et du commerce
soit dans le renforcement des systèmes existants pour répondre aux besoins
nouveaux des groupes dominants La compétition entre les familles dans la
course au pouvoir impliquait pour celles qui réussissaient la recherche une
légitimité
La structure en castes de la société indienne convient parfaitement sous cer
tains aspects cette forme de légitimation par la filiation dans la mesure où la
caste tire son origine un système fondé sur le lignage et que sa continuité est
une certaine fa on celle de la société lignagère1 Les groupes situés inté
rieur des varna les plus élevés brahman et kshatriya sont organisés sur la
base de règles de parenté clairement définies et les sous-catégories de chacun
des varna font remonter leur identité des ancêtres réels ou éponymes Le
varna des kshatriya possède un système très élaboré de lignages et de généalo
gies mis en jeu comme autant de droits une haute extraction2
Le terme kshatriya sa propre histoire Dans les textes les plus anciens les
hymnes du Rig-Veda le chef de clan est désigné par le nom de raja et les
familles au sein desquelles les chefs sont choisis sont les raj ny as Ces raja-
nyas étaient constitués des lignages aînés qui protégeaient le campement contre
les attaques menaient le clan dans les razzias de troupeaux recevaient les pres
tations des lignages inférieurs et redistribuaient la richesse au cours de cérémo
nies sacrificielles3 Petit petit le pastoralisme cédant devant agriculture et la
sédentarisation emportant sur le nomadisme le pouvoir du chef fut moins
celui du guerrier que celui fondé de fa on plus tangible sur le contrôle des
confédérations de clans est au cours de cette phase que le terme de rajanya
fut lentement remplacé par celui de kshatriya dérivé du mot kshatra pouvoir
au sens de souveraineté Ce pouvoir était symboliquement octroyé au kshatriya
au cours de rituels de consécration initiation et de régénération rdjasuya
abhishekha vajapeya longs et complexes
Dans les cas où le système économique était entièrement agraire les clans
kshatriya proclamaient leurs droits de propriété sur la terre cultivée cependant
par une catégorie sociale séparée les esclaves et les travailleurs agricoles Ainsi
établit vers la fin du premier millénaire de notre ère la relation entre certains
clans kshatriya et la propriété du sol traduire kshatriya par guerriers
comme le font encore certains indianistes est manquer la mutation essentielle
et riche de significations du rôle des kshatriya En raison de leur association
initiale avec la chef ferie et aussi du fait que lors de la transition vers la
royauté les premiers rois avaient revendiqué le statut de kshatriya la tradition
établit une nécessaire origine kshatriya de la famille royale dans un état
784 EN INDE DU NORD THAPAR
monarchique même si dans la réalité il eut de nombreuses dynasties royales
issues du varna des brahmanes ou autres varna non kshatriya par exemple
les Nand ou les Mauryas réputés origine impériale réduits par les auteurs
brahmaniques au statut inférieur de udra La sphère politique était relative
ment ouverte et même les familles origine non kshatriya pouvaient aspirer
une condition de petits gouvernants compte tenu de la possibilité obtenir de
hautes charges administratives utilisant aussi les périodes de déclin des
royaumes pour établir leur domination partir du milieu du premier millé
naire de notre ère en de nombreuses régions les sociétés abord ligna-
gères ou tribales se transforment en tats dont beaucoup sont exigus il
devint de mode de rechercher et de revendiquer le statut de kshatriya Dans ce
but les généalogies plus anciennes furent rassemblées et recomposées pour
former un modèle maniable usage des réseaux lignagers et de leurs préten
tions
Le mythe origine du varna kshatriya le relie aux autres varna Le mythe
que on cite le plus est peut-être celui qui remonte au Rig-Veda4 où il est dit
que les quatre varna sont issus des membres de la divinité sacrifiée au cours du
sacrifice primordial les brahmanes de sa bouche les kshatriya de ses bras les
vaishya de ses cuisses et les udra de ses pieds Ce mythe fut évidemment
inventé après la constitution des quatre varna et ajouté au texte antérieur Il
symbolise la fonction des varna ainsi que leur statut rituel Que ces varna soient
constitués au cours une action rituelle pourrait indiquer ils avaient plus
importance pour le statut rituel que pour le statut socio-économique réel
mais ce deuxième élément aussi son importance car les deux statuts ne coïn
cident pas toujours
Le mythe origine le plus spécifiquement lié au varna kshatriya est extrait
une série de textes légèrement plus récents5 quoique issu de la tradition
orale il doive remonter une période très ancienne Comme mythe du Déluge
il ses parallèles dans la version sumérienne Il relate que Manu homme pri
mordial se livrait ses ablutions matinales quand un poisson lui vint dans les
mains qui lui demanda asile et protection et promit en retour de sauver Manu
du Déluge car les dieux avaient décidé de punir humanité par une gigantesque
inondation qui engloutirait le monde entier Le poisson prit de plus en plus de
volume La veille du Déluge il enjoignit Manu de construire un bateau sur
lequel échapper Le bateau fut attaché au poisson qui fendant les eaux alla
installer sur la montagne du nord Lorsque finalement la crue diminua le
bateau glissa le long de la pente montagneuse et Manu retourna sain et sauf au
Jambudvipa sous-continent indien Resté seul Manu qui désirait des fils
accomplit un sacrifice dont le résultat fut la naissance une femme lia/Ida et
il devint ainsi ancêtre des lignages kshatriya
histoire est embellie dans les versions postérieures6 Le poisson est
décrit comme le matsya poisson) qui incarne le dieu Vishnu Les enfants de
Manu naissent tous du rituel sacrificiel aîné est un fils Ikshvaku qui devient
ancêtre des Suryavamsha ou lignage solaire Après une série de dix autres fils
naît par inadvertance une fille qui finit par être changée en hermaphrodite et
elle lia sont issus les Candravamsha ou lignage lunaire Il agit des deux
principaux lignages auxquels tous ceux qui désiraient se voir considérer comme
de légitimes kshatriya proclamaient appartenir Le mythe origine est intégré
785 MYTHE ET HISTOIRE
dans une description beaucoup plus complète de groupes de descendance
comprise dans les parties généalogiques de la tradition historique de Inde
ancienne qui constituent les vamshanucharita ou sections généalogiques des
différents textes puraniques7 On lit trois phases distinctes qui paraissent indi
quer des changements sociaux et politiques voir schéma La première décrit
les commencements cosmologiques car elle débute avec Brahma dieu de la
création et une filiation est établie travers toute une série de dieux la
lignée des Manu est le septième de ces dieux qui est associé au Déluge Les
enfants de nés après le Déluge introduisent la seconde phase Cette
partie du texte est élaborée avec soin et représente certainement la mise en ordre
de nombreuses traditions généalogiques flottantes connues des bardes Pour les
quelques premières générations les groupes de filiation de tous les enfants sont
indiqués mais très vite la généalogie se réduit aux deux groupes principaux
Ishvaku nous savons il eut trois fils dont les lignages apparaissent seule
ment sous la forme de fils aîné succédant au fils aîné les plus jeunes étant
exclus de rares exceptions près Leur implantation géographique est celle de la
moyenne vallée du Gange et deux des lignées collatérales sont censées avoir
établi les royaumes de Koshala et Videha Ces lignages et cette région sont au
ur de épopée le Ramayana et leur histoire achève dans le récit des évé
nements que cette épopée rapporte
Les lignages issus de lia présentent un modèle différent qui évoque la des
cendance de ensemble des fils chacun en tant que segment du lignage prin
cipal bien que là encore on attache davantage décrire celui de aîné Yadu
et du plus jeune Puru Les migrations des divers segments étendent sur une
large partie de Inde du nord de ouest et du sud La forme se rapproche
davantage des système de lignages segmentaires Beaucoup de ces lignages
appartenaient ailleurs pas au lignage origine mais furent assimilés et la
filiation fictive fonctionna comme procès assimilation Le lignage lunaire et
ses ramifications furent en substance englobés lieux et personnages dans la
deuxième épopée le Mah bh rata Les lignages sont tissés en uds serrés
comme était le cas dans épisode final de épopée une guerre majeure
éclate entre deux de ses segments dans les plaines de Kurukshetra et que la plu
part des segments sont détruits au combat La guerre marque la fin de la
seconde phase
association des deux épopées avec les deux lignages principaux établissait
une forme de légitimité plus étendue pour ceux qui se réclamaient eux Les
textes épiques font partie de la grande tradition sanskrite qui se répandit par le
biais de la culture sanskrite de cour dans des régions et sociétés nouvelles et ils
furent le véhicule de acculturation Des liaisons épiques locales furent intro
duites dans les rédactions locales Cette dimension est particulièrement évidente
dans association entre la topographie une région et les événements de
épopée et appropriation en quelque sorte de ces événements par la géo
graphie Chacune des deux épopées joue sur le thème en contrepoint du
royaume et de exil exil signifie un vaste circuit géographique obscurs
groupes aspirant au pouvoir sont par là même susceptibles de se réclamer de
lignages exilés en des lieux très lointains autres familles issues de lieux de
pouvoir mieux établis pouvaient tabler sur des lignages solides possédant une
assise territoriale
786 EN INDE DU NORD R.THAPAR
Première section Période antédiluvienne-le règne de Manu
Le Déluge
Deuxième section Manu Vaivasvata
lia Ikshvaku
Yayati Vikukshi Nimi
Koshala Videha
Yadu Puru
Saurashtra Doab
Haihaya Vidarbha Cedi
Inde centrale
Bharata Sagara
Doab
Satvata
Vrishni Andhaka
Saurashtra
Pancha as Kuru
Doab oriental Doab
et inférieur
Dasharatha
Rama
Krishna Kauravas Pandavas
Guerre de Mahabharata
Troisième section Le début des dynasties avec une famille
royale Magadha se réclamant du lignage
Puru
Schéma généalogique tel il se présente dans la section
vamshanuraohavita des Vishnu Purana au livre IV
787 MYTHE ET HISTOIRE
La troisième partie de la généalogie insiste moins sur les lignages que sur les
rois8 Le centre de gravité se déplace vers le Magadha Bihar du Sud) région
qui allait recevoir le premier tat importance vers la fin du premier millénaire
avant notre ère La section généalogique mentionne alors les dynasties par leur
nom et fournit les dates des règnes de chacun des rois Beaucoup de ces dynas
ties sont historiquement attestées Un changement de temps théâtral du passé
au futur sert mettre en vedette importance de la mutation La liste des
dynasties prend fin vers la moitié du premier millénaire de notre ère date qui
semble aussi ailleurs être celle de la compilation des textes comprenant la sec
tion généalogique
Le mythe fournit le cadre dans lequel les lignages pouvaient inscrire Le
Déluge et la guerre catastrophique sont autant de repères temporels Le Déluge
est une étape reconnue dans le cycle du temps ce qu liade appellerait aboli
tion du temps profane9 Les débuts de histoire se doivent émerger une
situation sans précédent La négation des précédents est toutefois pas totale
dans la mesure où Manu est pas créé partir du Déluge mais existe antérieu
rement lui et une continuité depuis les temps anciens établit du fait que
ses enfants sont les géniteurs des lignages Les lignages solaires apparaissent
comme ayant été patrilinéaires et épopée du Ramdyana insiste sur impor
tance de la crise ouverte par le conflit de primogeniture Que Manu procrée par
intermédiaire de sa propre fille comme il semble pour la version la plus
ancienne peut être interprété comme une tentative pour faire ressortir la pureté
du lignage10 La dérivation du lignage lunaire depuis un hermaphrodite indique
un jeu sur des jumeaux ou des frères comme géniteurs ce qui met encore
accent sur la pureté du lignage Nommer les lignages après le soleil et la lune
semble normal dans le cas particulier où ils ont des relations de parenté dis
tinctes et des moyens différents de rapporter la filiation On peut toutefois sou
ligner en passant que le symbolisme de la lune et du soleil est au centre de
nombre de cultes et de groupements de la société indienne ancienne tels ceux
associés aux idées du tantrisme et du yogisme Soleil et lune sont vus comme les
symboles des deux principaux centres nerveux du corps humain droite et
gauche et leur union est recherchée dans certaines pratiques du yoga Le
lignage Ikshvaku apparaît également dans les sources bouddhiques où il tient
une place de choix puisque la famille du Bouddha le clan des Shakya est censé
en être issu11 Un de ces textes raconte que Okkaka Ikshvaku dans les sources
Pâli) avait eu de sa première femme cinq fils et quatre filles elle
mourut Ikshvaku se remaria avec une jeune femme qui lui ayant donné un
fils imposa comme héritier Les neuf autres enfants furent exilés et allèrent
établir sur les contreforts de Himalaya près de ermitage du sage Kapila
où le nom de leur ville Kapilavastu Le plus âgé des frères resta célibataire
tandis que les quatre autres épousaient leurs quatre urs et ces couples engen
drèrent les clans Shakya après avoir donné naissance seize paires de jumeaux
Certains thèmes de cette histoire sont communs la plupart des mythes ori
gine claniques dans les sources bouddhiques Les rejetons de familles de statut
élevé en général ceux du chef sont exilés et le nouveau clan fait remonter son
origine un mariage consanguin Le mythe tend expliquer aussi bien origine
du clan que celle de la cité et du territoire sur lequel il est établi
étymologie du nom clanique dérive souvent un événement du mythe
788 THAPAR EN INDE DU NORD
Ainsi le Shakya se réfère-t-il la knou il peut des fondateurs du
clan légitimer les mariages consanguins association se fait également avec
un totem ici arbre shaka Les clans dont on rapporte les mythes origine sont
ceux-là seulement dont le statut intérieur un système oligarchique ne peut
être mis en question La ville son importance dans la mesure où chaque élé
ment de cette oligarchie avait un centre urbain qui servait de lieu de résidence
des lignages aînés et de noyau du pouvoir politique et des fonctions écono
miques Prétendre être né au sein du clan devient fondamental car cette reven
dication assurait non seulement les droits sur la propriété clanique de la terre
mais aussi une place assemblée insistance sur la consanguinité ou la
gémellité du fondateur du clan devait paraître nécessaire pour affirmer la
pureté du lignage là où on pouvait remonter aux ancêtres de sang iden
tique Dans le même ordre idées peut-être pensait-on que les mariages
consanguins représentaient la simulation la plus étroite une situation qui
aurait prévalu aux temps utopiques anciens celle des humains naissant par
couples occurrence de seize paires de jumeaux produit un nombre assez par
ticulier qui multiple de deux 2) renforce idée de gémellité Il
peut agir également une prédominance du mariage entre cousins croisés
dont on trouve trace dans tous ces mythes et dans autres sources relatives aux
clans oligarchiques Le mariage entre cousins croisés apparaît plus fréquem
ment lié aux groupes de élite dominante et surtout dans ces clans On sou
tenu que deux techniques enregistrement des relations de parenté avaient été
utilisées pour prolonger les alliances matrimoniales entre groupes12 une
elles faisait remonter la relation originelle un inceste consanguin insistant
par là sur étroitesse des liens du sang autre introduisait des moments
appropriés de la généalogie des mariages de cousins croisés dans des lignages
apparentés Le statut kshatriya du clan est la fois tenu pour établi et rendu
explicite par son rattachement Ikshvaku et au lignage solaire Le thème de
exil indique que les fondateurs ont été soit des emigrants en rupture avec éta
blissement originel soit des groupes locaux qui ayant atteint un statut plus
élevé cherchaient établir des liens lignagers correspondant cette ascension
On entrevoit des éléments de discordance dans leur prétention au statut ksha
triya dans le fait que ces clans possèdent ce statut dans les sources bouddhiques
mais non pas dans les sources brahmaniques unique exception est celle du
clan des Shakya qui figurent parmi les derniers descendants du lignage solaire
concession évidente la puissance montante du bouddhisme Cette exclusion
peut-être voir avec la fidélité des clans aux oligarchies et leur refus de la
monarchie qui était du point de vue brahmanique le seul système politique
acceptable
importance des kshatriya dans la société est soulignée également par un
autre mythe relatif origine du gouvernement13 Le Bouddha établit aux
origines du monde était un ordre utopique où personne ne travaillait et où le
temps écoulait en agréables loisirs Petit petit âge or commen de
estomper et le mal introduisit chez les hommes La cause première en fut le
désir que homme eut de posséder qui se traduisit par une insistance fonder
des familles instituées et plus tard délimiter des terres qui finirent en champs
privés Par la suite les rivalités se firent si chaotiques que les gens se rassem
blèrent pour élire un entre eux afin il élabore des lois et maintienne
789 ET HISTOIRE MYTHE
ordre obtenant en retour un salaire formé une part de la récolte Cet
homme était un kshatriya et le seigneur des champs Le point nodal de cette
histoire trait aux deux secteurs de activité des kshatriya possession de la
terre et exercice de autorité politique
Que les deux aspects soient étroitement mêlés et cruciaux pour le statut de
kshatriya se reflète dans la dénomination des dynasties origine clairement
étrangère au pouvoir en Inde entre 200 avant et 300 après notre ère Aux
Shaka/Scythes aux Indo-Grecs ou aux Kushanas de Asie centrale on accorda
le statut de vratya-kshatriya ou kshatriya dégénérés parce que disait-on ils
avaient failli observance des rituels brahmaniques qui seuls ouvraient la voie
une pleine légitimité Il eut été difficile de les pourvoir en liens lignagers dans
la mesure où ils étaient étrangers la terre Aussi leur accorda-t-on la condition
de kshatriya mais de fa on incomplète et il agissait une concession sur un
des deux facteurs nécessaires exercice de autorité politique De manière
significative alors que des familles indigènes de basse extraction accédant au
pouvoir cette époque tels les Nand ou les Mauryas se voyaient attribuer
des statuts de varna inférieurs et étaient décrits comme shudra des familles
origine étrangère étaient admises comme kshatriya mais déchus accom
plissement ou non des rituels apparaît comme une raison ostensible mais insuf
fisante En fait il semble il ait été également nécessaire pour fonder ce
statut de faire valoir un titre quelconque la propriété du sol Si on suit les
sources brahmaniques ni les Nand ni les Mauryas ne pouvaient satisfaire
cette condition et ils ajoutaient ce défaut un soutien des sectes
hétérodoxes telles que Bouddhistes ou Jainas opposées aux rituels brahma
niques
Vers la fin du premier millénaire avant notre ère la propriété du sol dérivait
plutôt de la relation avec des clans propriétaires du sol Avec la transformation
des sociétés lignagères en systèmes étatiques la terre tendit de plus en plus
devenir propriété privée ou individuelle ou dans certaines zones propriété de
tat Cette mutation est pleinement attestée vers le milieu du premier millé
naire de notre ère Il était désormais possible pour les familles possédant des
terres de élever dans la hiérarchie sociale grâce aux charges administratives ou
par le biais du mariage et par la suite de revendiquer un statut supérieur Ce
processus fut facilité par des donations de terres ou même de village faites par
le roi des brahmanes lettrés qui accepteraient de installer et compte tenu
du fait il agissait de régions frontières porteraient la culture sanskrite
brahmanique Le procès acculturation des sociétés tribales se lit clairement
dans les mouvements religieux de époque Nombre entre eux sont rapportés cette même littérature puranique qui présente les listes généalogiques des
temps anciens Ils ont trait au culte de divinités particulières et aux rites associés
ces cultes On assimilait au local celui une divinité majeure conférant
ainsi une autorité au brahmane sur ce culte en même temps un statut au
rituel lui-même Les brahmanes parfois prenaient femme parmi les familles de
élite locale leur conférant ainsi un statut supérieur ou bien si la famille était
puissante et disposait en fin de compte un pouvoir indépendant ils pouvaient
lui fabriquer une généalogie qui la rattachait un des deux lignages anciens
On voit cette procédure uvre dans les mythes origine et de filiation de la
dynastie Chandella14 qui parvint au pouvoir au début du second millénaire de
790 THAPAR EN INDE DU NORD
notre ère dans la région de Bundeikhand en Inde centrale autant que dans
ceux des Guhila15 de Mewar Raj asthan occidental)
Un barde et chroniqueur médiéval Chand Bardai composé un long
poème au début du second millénaire de notre ère) panégyrique de propor
tions quasi épiques le Prithviraja-raso du roi héroïque mais malchanceux des
Chauhan Prithvîrâja mort en défendant son royaume contre les attaques des
Turcs Une partie de ce texte le Mahobakhanda trait au mythe origine des
Chandella On les croit issus de la lune Chandra La ravissante jeune fille un
brahmane en fut se baigner un soir été la lune lui apparut alors en per
sonne et elle en eut un fils Chandrabrahma Le jeune homme devint un aven
turier envergure et finit par se tailler un royaume pour lui-même il gou
verna depuis la cité de Mahoba dans le Bundeikhand Le but de toute histoire
était de pouvoir se réclamer une origine brahmane et il est effectivement pos
sible que ancêtre des Chandellas ait été un doté en terres ayant pris
femme dans élite locale Mais le lien avec la lune reste le plus fort qui révèle la
revendication une relation directe avec le lignage lunaire et de fait les Chan
dellas époque plus récente ont continué affirmer leur tat de kshatriya du
lignage lunaire Cette aspiration au statut de kshatriya plutôt celui de
brahmane visait surtout assurer les relations matrimoniales avec autres
puissantes familles kshatriya pour réaffirmer encore leur rang social Les pre
mières inscriptions relatives cette dynastie utilisent le nom familial de Chan-
dratreya tandis que les plus récentes la nomment Chandella Chandratreya
donne lieu une etymologie fantaisiste qui explique que le grand dieu Brahma
créé un certain nombre de sages doués de raison dès leur naissance parmi les
quels le fameux Atri La lune étant née de il Atri son fils fut en consé
quence nommé Chandratreya des deux noms de son père et de son grand-père
Il va sans dire que etymologie de Chandella est plus en rapport avec les
lignages avec les dieux et les sages Le lignage lunaire Chandravamsha ou
Chandra fut fondé par la femme-ancêtre lia et une combinaison de Chandra
et lia en sanskrit aurait donné Chandrela puis Chandella dans une version
plus vernaculaire intérêt de ceci réside dans le déplacement de étymologie
sanskrite et de origine brahmanique vers une explication plus immédiatement
en prise avec les problèmes de légitimation par la filiation avec les fonctions du
pouvoir et des alliances politiques aussi bien avec les droits sur la terre
Cette tentative pour lier la dynastie au lignage lunaire et rechercher un statut
brahmanique traduit évidemment un désir ascension sociale Les régions
tenues par les Chandella étaient occupées par divers groupes tribaux tels les
Gond et les Bhars On soutenu que les Chandella étaient eux-mêmes origine
soit Gond soit Bhar avec une préférence pour les premiers Les rois vénéraient
comme divinité tutélaire la pierre aniconique ou Maniya Deva qui fut trans
portée du lieu obscur où elle se trouvait dans la capitale où on installa avec une
grande ferveur lorsque la famille parvint au pouvoir Ce lieu originel de la
pierre Maniyagarth censé être également celui des Chandella est aussi associé
aux chefferies Gond si on en croit Chand Bardai dans le Prithviraja-raso Les
textes signalent aussi pour le xvie siècle de notre ère le mariage une princesse
Chandella avec le Raja de Garth Mandla un des principaux centres du pouvoir
Gond Une telle alliance matrimoniale était possible en raison des liens
plus anciens admis entre Chandella et Gond et parce que cette famille Gond
791

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