Les activités collatérales en éthologie ergonomique - article ; n°4 ; vol.85, pg 549-565

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L'année psychologique - Année 1985 - Volume 85 - Numéro 4 - Pages 549-565
Résumé
Les recherches récentes concernant la compréhension des conséquences du travail sur l'organisme humain montre une attention grandissante pour les activités collatérales.
Afin de mieux cerner l'intérêt de ce registre comportemental, nous avons voulu, dans un premier temps, le décrire dans le monde animal et humain au travers d'un inventaire bibliographique. Dans un deuxième temps, notre démarche nous amène à cerner les différentes théories explicatives dans la perspective d'en comprendre le ou les fonctions : le rôle des conduites collatérales dans la régulation temporelle est envisagé. Certains auteurs leur accordent une fonction très différente dans le cadre d'un mécanisme régulateur fait d'alternances inhibition décharge. Enfin, nous nous interrogeons sur la relation entre système d'activation central et activités collatérales.
Mots clés : revue bibliographique, activités collatérales, éthologie, ergonomie.
Summary : Collateral activities in ergonomic ethology.
Recent research aime dat understanding the consequences of work in humans highlights collateral activities.
In order to concentrate interest in this particular behavioural domain, we have provided a description of it in the animal world and in Man through a bibliographical inventory. We then concentrate on the different current theories, from a functional point of view. We examine the role of collateral activities in temporal regulation. Some authors believe they are part of a regulatory mechanism which alternates inhibition and release. Finally we consider the relation between the central activation system and collateral activities.
Key-words : bibliography, collateral activities, ethology, ergonomy.
17 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : mardi 1 janvier 1985
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Nicole Delvolvé
Les activités collatérales en éthologie ergonomique
In: L'année psychologique. 1985 vol. 85, n°4. pp. 549-565.
Résumé
Les recherches récentes concernant la compréhension des conséquences du travail sur l'organisme humain montre une
attention grandissante pour les activités collatérales.
Afin de mieux cerner l'intérêt de ce registre comportemental, nous avons voulu, dans un premier temps, le décrire dans le monde
animal et humain au travers d'un inventaire bibliographique. Dans un deuxième temps, notre démarche nous amène à cerner les
différentes théories explicatives dans la perspective d'en comprendre le ou les fonctions : le rôle des conduites collatérales dans
la régulation temporelle est envisagé. Certains auteurs leur accordent une fonction très différente dans le cadre d'un mécanisme
régulateur fait d'alternances inhibition décharge. Enfin, nous nous interrogeons sur la relation entre système d'activation central
et activités collatérales.
Mots clés : revue bibliographique, activités collatérales, éthologie, ergonomie.
Abstract
Summary : Collateral activities in ergonomic ethology.
Recent research aime dat understanding the consequences of work in humans highlights collateral activities.
In order to concentrate interest in this particular behavioural domain, we have provided a description of it in the animal world and
in Man through a bibliographical inventory. We then concentrate on the different current theories, from a functional point of view.
We examine the role of collateral activities in temporal regulation. Some authors believe they are part of a regulatory mechanism
which alternates inhibition and release. Finally we consider the relation between the central activation system and collateral
activities.
Key-words : bibliography, collateral activities, ethology, ergonomy.
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Delvolvé Nicole. Les activités collatérales en éthologie ergonomique. In: L'année psychologique. 1985 vol. 85, n°4. pp. 549-565.
doi : 10.3406/psy.1985.29114
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1985_num_85_4_29114L'Année Psychologique, 1985, 85, 549-565
NOTE
Laboratoire de Psychophysiologie
UA au CNRS n<> 664
Université Paul-Sabatier1
LES ACTIVITÉS COLLATÉRALES
EN ETHOLOGIE ERGONOMIQUE
par Nicole Delvolvé
SUMMARY : Collatéral activities in ergonomie ethology.
Recent research aime dat understanding the consequences of work in
humans highlights collateral activities.
In order to concentrate interest in this particular behavioural domain,
we have provided a description of it in the animal world and in Man
through a bibliographical inventory. We then concentrate on the different
current theories, from a functional point of view. We examine the role
of collateral activities in temporal regulation. Some authors believe they
are part of a regulatory mechanism which alternates inhibition and release.
Finally we consider the relation between the central activation system and
collateral activities.
Key-words : bibliography, collateral activities, ethology, ergonomy.
L'objectif de nos recherches est une meilleure connaissance
du fonctionnement de l'organisme humain au travail. L'objet
étudié est l'Activité ou le Comportement de l'Homme à son
poste de travail. Nous postulons en effet que les conditions
immédiates et lointaines de vie et de travail sont susceptibles
de modifier l'activité du travailleur. Par le terme Comporte
ment nous entendons « l'expression de la relation dialectique
de l'organisme à son milieu » (Campan, 1980). Une telle défi-
1. 118, route de Narbonne, 31062 Toulouse Cedex. 550 Nicole Delvolvé
nition peut s'appliquer à l'individu en situation de travail :
en effet, tout changement du milieu peut modifier cette relation
et se traduire par des comportements différents. De même
l'organisme présente des variations structurelles telles que les
rythmes biologiques (Queinnec, Marquié, Delvolvé et Cha-
baud, 1983) qui se manifestent par des activités différentes
même face à des exigences du travail momentanément stabilisées.
L'intérêt de l'analyse globale du comportement au poste
de travail semble lié à plusieurs raisons :
1) L'objet de nos études étant une meilleure connaissance
du fonctionnement de l'homme au travail, c'est donc à la
recherche d'indicateurs pris sur l'organisme humain que nous
sommes attachés.
2) La conception de l'activité comme expression de l'inte
raction entre éléments d'un système, permet de penser qu'elle
témoigne de l'état du sujet et du degré de mobilisation de
ses capacités lors de la réalisation de tâches.
3) L'analyse de l'activité permet de comprendre les pro
cédures employées et d'étudier les régulations sous-jacentes.
4) Ces différents éléments nous amènent à postuler que
l'analyse des activités présente à l'heure actuelle une voie
d'approche de la charge de travail.
Pour toutes ces raisons, nous nous intéressons à l'ensemble
des activités observées, qu'elles soient ou non directement
dictées par les exigences de la tâche (Delvolvé et Queinnec, 1983,
1985 a). En effet, tout individu au travail développe un ensemble
d'activités dont les finalités paraissent différentes :
— des activités à finalité professionnelle, spécifiques du tra
vail fondamental et indispensables à son exécution ;
— des activités engagées dans la tâche mais pouvant se manif
ester en dehors, comme les communications verbales, par
exemple ;
— et enfin des activités non finalisées, c'est-à-dire non indi
spensables à l'exécution de la tâche.
Ces dernières, selon la catégorisation élaborée par Cosnier
(1977) regroupent :
a) les mouvements dits de confort : croisement des jambes,
des bras, changement de position du corps dans l'espace
ou mouvement postural ; collatérales en éihologie ergonomique 551 Activités
b) les gestes autocentrés (ou « autistiques ») : grattages, tapo
tements, onychophagie ;
c) les manipulations d'objets et les activités ludiques : fumer
une cigarette, dessiner automatiquement, plier un papier, etc.
La qualification de ces activités a été particulièrement
riche : Adams (1931), suivi par Kirkman (1937), parla d' « Acti
vités de substitution », Kortkland (1939, 1940) forgea le mot
allemand de U bersprunghandlung que Tinbergen (1940) modifia
en U bersprungbewegung, termes que l'on peut traduire par
« Activités substitutives ou redirigées », Skinner (1948) qual
ifia ces activités de « conduites superstitieuses ». Plus récem
ment, Richelle (1980) parle d' « Activités collatérales ». Nous
verrons, d'ailleurs, que la terminologie adoptée n'est pas indé
pendante du rôle que les différents auteurs leur attribuent.
Dans une perspective ergonomique, l'analyse des activités
non finalisées semble d'autant plus justifiée que l'évolution
technologique — automatisation — modifie l'activité des opé
rateurs à leur poste de travail : en effet cette activité est de
moins en moins dirigée vers l'accomplissement d'une action
particulière nécessitant la réalisation d'opérations rigoureu
sement définies. De ce point de vue les régulations risquent
de se déplacer des modes opératoires ou activités finalisées
vers des activités non finalisées. Afin de mieux cerner l'intérêt
de ce registre comportemental, nous avons voulu, dans un
premier temps, les décrire dans le monde animal et humain au
travers d'un inventaire bibliographique. Dans un deuxième
temps, une revue critique permettra de réfléchir sur les hypot
hèses explicatives de ces comportements.
I. — Les activités collatérales
DANS LE COMPORTEMENT ANIMAL ET HUMAIN
1.1. Les activités collatérales et l'animal
L'analogie avec les comportements animaux peut en effet,
fournir des hypothèses originales à leur compréhension. Les
Ethologistes ont été depuis longtemps frappés par l'apparition
soudaine d'un comportement inattendu sans rapport évident
avec la situation présente et les activités en cours (Huxley, 1914 ;
Carpenter, 1934 ; Kirkman, 1937). Tout se passe comme si 552 Nicole Deluolvé
une rupture intervenait dans une série d'actes au profit d'un
comportement qui aurait pu être adéquat dans d'autres ci
rconstances mais qui, en tout cas, semble aberrant dans le contexte
de référence. Des exemples de telles activités ont été décrits
dans de nombreuses espèces animales.
Des coqs domestiques qui combattent, subitement se mettent
à picorer la terre. Des oiseaux qui s'agressent, soudainement
lissent leurs plumes, frottent leur bec sur un corps dur, se livrent
à des activités de nidification qui avortent d'ailleurs, présentent
des comportements sexuels ou peuvent même se mettre à dormir
(Tinbergen, 1952).
L'exemple classique du combat entre deux goélands mâles
sur l'emplacement de nidification illustre bien notre propos :
de temps en temps, au cours de l'affrontement, un des parte
naires arrête le combat et rapidement, d'un geste d'autant plus
rigide et saccadé que la bataille est plus intense, arrache une
herbe du sol ou introduit une brindille dans le nid. Car
penter (1935) observa un singe hurleur, s'efforçant d'approcher
une femelle en œstrus qui lui résistait, se livrer à un pseud
ocomportement alimentaire sham feeding. Les singes-araignées,
approchés de trop près par l'observateur, secouent les branches
et peuvent en même temps se livrer à des grattages énergiques.
Tinberger (1952) fit remarquer que le soin de la surface du
corps apparaît chez de nombreux mammifères. Shaller (1965)
observa ce type de comportement chez les gorilles sauvages.
Depuis ces observations faites dans le milieu naturel, d'autres
auteurs ont confirmé ces faits. Ainsi Rowell et Hinde (1963)
notèrent une augmentation significative du scratching et other
brief skin care chez le singe Rhesus adulte pendant une expé
rimentation où les conditions de stress étaient croissantes.
Hall et De Vore (1965) ont noté le comportement des Babouins
dans des situations de conflit, c'est-à-dire quand ces animaux
ne semblent pas être totalement dominés par un type déterminé
de réactions, en particulier face à un individu qui engendre
la peur ou l'hostilité. On peut les voir bailler mais aussi « se
gratter les bras ou le dos, essuyer leur museau de la main,
hausser les épaules et remuer nerveusement les aliments ».
Nous abordons ici le problème de la difficulté de catégoriser
un comportement : en effet, le bâillement chez le singe est aussi
une mimique de menace. Draper et Bernstein (1963) décrivent
une augmentation des self directed activities dans des groupes collatérales en éthologie ergonomique 553 Activités
de singes rhésus jeunes après introduction d'un adulte mâle.
Face à de telles situations, l'animal peut faire d'autres mouve
ments « étrangers au contexte », comme des mouvements de
monte — qui sont aussi l'expression du statut social — voire
de copulation : « II paraît vraisemblable que chez les Babouins
et probablement chez d'autres singes, l'agitation ou l'incertitude
conduisant à l'anxiété, puissent s'exprimer au travers de n'im
porte quel système de comportements qui se présente ou qui
a été récemment activé » (Hall et De Vore, 1965). Goodall (1965),
dans des situations difficiles, ou comportant une frustration, a
vu des chimpanzés bailler, se gratter, balancer leur corps de
gauche à droite. Poirier (1974) chez les Golobes, estime que le
grattage est l'activité de substitution la plus fréquente avec
l'alimentation feinte ou symbolique.
De cette analyse chez l'animal, il semble que l'apparition
des activités « collatérales » soit liée à des situations conflictuelles.
Cette notion de conflit, dont la définition peut être très objective
(Tinbergen, 1971), est préférable à celles d'incertitude et d'anxiété
(Hall et De Vore, 1965) qui sont des contenus de conscience,
anthropomorphiques.
Cette réflexion est appuyée par les psychanalystes eux-mêmes
qui font usage du concept de « conflit » à propos de ces conduites
« collatérales ».
1.2. Dans V espèce humaine
ces comportements ont été amplement décrits
Les premières observations sur les conditions d'apparition
des mouvements de la main, de la tête ou de changements
posturaux viennent des Psychanalystes qui interprètent la ges
ticulation accompagnant des contenus verbaux particuliers
comme l'expression d'un conflit refoulé (Deutsch, 1947, 1949,
1952, 1966; Mahl, 1967, 1968). Ce serait surtout le cas des
gestes qualifiés, à la suite de Krout (1935 a et b, 1954), d'autis-
tiques parce que, contrairement aux autres mouvements, ils
ne diminuent pas de fréquence quand les sujets en interaction
ne peuvent plus se voir (Mahl, 1968), et qu'ils concernent essen
tiellement des automanipulations (Feyereisen, 1974). Corraze
(1976, 1980) décrit des comportements de grattage qui peuvent
aller jusqu'à l'excoriation névrotique. Ces mouvements sont
rapides, répétitifs souvent stéréotypés et indépendants d'une
démangeaison, avant, tout au moins, l'apparition de la lésion. 554 Nicole Deluolvé
Chez l'enfant, ces comportements non finalisés ont été éga
lement étudiés. Parmi eux, les gestes autocentrés recouvrent
tout mouvement des doigts pour manipuler son propre corps.
Ceux-ci comprennent : grattage, frottement, pincement ou
contact de la main avec la bouche, le nez, les oreilles et
les cheveux. Ils apparaissent, souvent, associés à la succion
et à l'immobilité du corps : l'enfant tripotte l'oreille avec une
main et suce le pouce de l'autre main. Ce comportement re
ssemble au self-clutching ou auto-étreinte décrite par Mason (1965)
chez de jeunes chimpanzés. Chez l'enfant, on observe une aug
mentation de la fréquence des automanipulations lors de l'intr
oduction dans un nouveau groupe (McGrew, 1972) ou face à un
adulte inconnu (Stem et Bender, 1974). « Sucer le pouce » peut
également s'observer chez l'adulte humain dans des situations
de stress social (Benjamin, 1961). De même, Grant (1968)
observe l'automanipulation pendant des interviews d'adultes ;
ce comportement apparaît toujours dans des situations ambi
valentes et l'auteur reprend la terminologie de Kortlandt
(1939, 1940) et de Tinbergen (1952) pour les qualifier d'activités
de substitution.
En dehors des domaines de la Psychiatrie et de l'Ethologie,
l'analyse des comportements non finalisés connaît également
un certain développement chez l'Homme en situation de travail.
Saito, Kishida, Endo et Saito (1972 a et b) et Kishida (1973)
ont montré que la fréquence des subsidiary behaviours exprimés
par des ouvriers dépend du type et du rythme du travail ainsi
que du moment de la journée. Quand le travail se prolonge,
les mouvements subsidiaires augmentent, comme le montre
Kogi (1974) dans le secteur de l'imprimerie, ou Kurde et Sakai
(1975) chez des opérateurs téléphonistes. Nous mêmes, avons
décrit de tels comportements chez des opératrices de saisie
(Delvolvé, Queinnec, 1983, 1985 a). L'analyse des diverses acti
vités d'opératrices effectuant de la saisie-correction à un poste
écran-clavier nous a permis de montrer l'apparition de plus
en plus fréquente tout au long de la journée de travail d'aju
stements posturaux et de gestes autocentrés. Il est intéressant
de remarquer que les mouvements spontanés apparaissent quel
que soit le type de travail, et que leur fréquence est franch
ement plus élevée dans une situation nette d'attente ou de
contrôle (Kataoka, 1972). Tout à fait dans un autre registre,
chez des ouvrières de l'industrie électrique ou des cosmétiques, Activités collatérales en éthologie ergonomique 555
Kishida (1973) montre que plus la situation est monotone et
plus fréquentes sont les activités « subsidiaires ». La posture
des sujets a également été étudiée comme élément détermi
nant de l'apparition de ces comportements. Kataoka (1975)
donne une fréquence moyenne des « actes moteurs spontanés »
de 16,8/mn en posture debout et 14,3/mn en posture assise
dans une situation quotidienne et classique d'attente d'un bus
en milieu urbain. Il montre en outre que les hommes fument,
baillent, croisent les jambes plus souvent que les femmes.
Enfin, que ce soit chez l'animal ou chez l'homme ce qui a
frappé tous les observateurs depuis Kortlandt (1939-1940) c'est
le caractère d'inachèvement des « activités de substitution ».
Elles se manifestent comme des séquences incomplètes qui sont
par ailleurs biologiquement finalisées mais qui, dans ce cas
précis, avortent et n'aboutissent pas. L'activité non finalisée
ne serait donc pas liée aux facteurs spécifiques indispensables
à la réalisation d'un comportement achevé.
Un autre caractère général mérite d'être analysé. Il est un
fait que le nombre d'activités de substitution reste limité. Ce
sont les activités les plus fréquemment utilisées qui se pro
duisent dans les activités de substitution (Zeigler, 1964), mais
aussi celles qui sont le plus aisément retardées ou inhibées. Les
comportements de toilette, intégrant chez l'homme les soins
de parure ou de costume, sont les plus rencontrés. Les compor
tements de grattage qui appartiennent à ce champ d'activités
universellement présentes chez les animaux représentent exac
tement le système inhibé par les activités portant sur le milieu
extérieur. L'interprétation du psychologue est que, lorsqu'un
comportement dirigé sur le milieu est inhibé, il y a une grande
chance pour qu'un comportement portant sur le corps du sujet
soit libéré.
Enfin, dans la perspective de comprendre les conséquences
du travail sur l'organisme humain, nous pensons qu'il est indis
pensable, au plan méthodologique, de recueillir l'ensemble des
activités, qu'elles soient ou non impliquées dans la réalisation
du travail demandé : en effet, il est difficile, voire impossible,
de décider a priori et de façon définitive ce qui est utile pour
réaliser un travail et ce qui ne l'est pas. Une activité n'acquiert
sa signification qu'au regard de la place qu'elle occupe dans
une séquence comportementale. Cette peut varier au cours
du temps et modifier le statut d'une activité qui de non-spécifique 556 Nicole Delvolvé
à un moment donné, peut devenir directement nécessaire à
l'exécution d'une opération à un autre moment. L'activité pos-
turale, par exemple, illustre bien d'une part sa plurivalence
pour une même fonction et d'autre part le fait qu'elle puisse
servir la réalisation de plusieurs fonctions.
Après cette revue bibliographique fondée sur l'observation
systématique des comportements non finalisés, et dans la pers
pective d'en comprendre leur fonction, notre démarche étho-
logique nous invite à cerner les différentes théories explicatives
des activités collatérales.
IL — Revue des théories explicatives
DES ACTIVITÉS COLLATÉRALES
2.1. Réajustements posturaux et gestes autocentrés :
même signification ?
Lorsque l'on se réfère à la classification de Gosnier, on peut
se demander si réajustements posturaux et gestes autocentrés
sont deux registres comportementaux parfaitement associés et
redondants. L'analyse bibliographique amène en effet à quelques
commentaires sur le rôle respectif des mouvements d'auto-
contacts et des réajustements posturaux. Les auteurs n'attr
ibuent pas la même signification à ces deux types de compor
tements. Nous signalions, en première partie, le rôle particulier
des automanipulations et l'interprétation de Zeigler (1964) selon
laquelle les sont des comportements inhibés
dans le contexte culturel.
On constate également que les d'auto-
contacts peuvent être interprétés de différentes façons et peuvent
donc sous-tendre différentes fonctions. Il semblerait que des
facteurs distincts interviennent dans le contrôle des deux types
de mouvements : posturaux, autocentrés. Une telle conclusion
peut être tirée de l'examen de la latéralisation des mouvements
accompagnant la parole : Kimura (1973 et 1976) a observé que
les mouvements accomplis dans l'espace extracorporel sont
effectués par la main qui est contrôlée par l'hémisphère cérébral
dominant tandis que les automanipulations sont moins liées
que les autres mouvements aux mécanismes contrôlant le lan
gage et, plus particulièrement, l'organisation des séquences
motrices complexes. On a montré également, un facteur de collatérales en éthologie ergonomique 557 Activités
facilitation posturale dans le choix de la main qui effectue
l'automanipulation (Feyereisen, 1977). Enfin, on a observé que
les automanipulations étaient le seul mouvement accompa
gnant la parole chez les aveugles de naissance et que, chez ces
sujets, ces mouvements étaient également plus fréquents que
chez les individus nés avec une vision normale (Blass, Freedman
et Steingart, 1974). Il semblerait donc que les facteurs visuels
interviennent soit dans l'apprentissage, soit dans l'accomplisse
ment de mouvements dans l'espace extracorporel, mais non
pour les automanipulations. Cette interprétation est cepen
dant discutable : un aveugle de naissance doit faire appel à des
suppléances comportementales qui n'indiquent pas que chez
le voyant la vision joue un rôle sur les activités manifestées.
Cependant, ces éléments confortent la thèse de mécanismes de
production différents des mouvements d'autocontacts et des
réajustements posturaux.
2.2. Les facteurs qui déterminent
à un moment donné l 'apparition des activités collatérales
orientent-ils vers une ou plusieurs théories explicatives ?
Au niveau explicatif, nous ferons référence à plusieurs fonc
tions possibles ne s'excluant d'ailleurs pas mutuellement :
— le rôle des conduites collatérales dans la régulation temp
orelle et l'anticipation a été envisagé (Blancheteau, 1967 ;
Richelle et Lejeune, 1980) ;
— cette réflexion a amené différents auteurs à envisager la
théorie de la désinhibition ;
— un autre courant explicatif relie ces activités au fonction
nement du ou des systèmes d'activation cérébraux.
2.2.1. Les conduites collatérales ont fait l'objet de mani
pulations expérimentales dans le but d'en élucider la fonction
dans la régulation temporelle. Le recours au modèle animal est
important dans cette recherche (Falk, 1971). Des comportements
tantôt variés, tantôt stéréotypés ont été observés entre des
réponses opérantes elles-mêmes et principalement dans des
programmes de types : renforcement de débits de réponses
lents. Les expérimentateurs ont cherché soit à réduire ces acti
vités, soit à les supprimer (Laties, Wiess, Clark et Reynolds, 1965 ;
Blough, 1968 ; Glazer et Singh, 1971 ; Platt, Kuch et Bitgood,

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