Les anciennes coiffures masculines à Madagascar - article ; n°2 ; vol.35, pg 283-316

De
Journal de la Société des Africanistes - Année 1965 - Volume 35 - Numéro 2 - Pages 283-316
34 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : vendredi 1 janvier 1965
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Raymond Decary
Les anciennes coiffures masculines à Madagascar
In: Journal de la Société des Africanistes. 1965, tome 35 fascicule 2. pp. 283-316.
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Decary Raymond. Les anciennes coiffures masculines à Madagascar. In: Journal de la Société des Africanistes. 1965, tome 35
fascicule 2. pp. 283-316.
doi : 10.3406/jafr.1965.1395
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/jafr_0037-9166_1965_num_35_2_1395ANCIENNES COIFFURES MASCULINES LES
A MADAGASCAR
PAR
Raymond DECARY
Dans l'art de la parure, M. Mause a distingué une forme particul
ière, la « cosmétique », qui comprend les artifices de beauté ajoutés
au corps, tatouages, coiffure, etc. Nous cantonnant dans l'île de Madag
ascar, nous avons déjà autrefois étudié les tatouages \ L'art de la
coiffure, création esthétique, fruit de la coquetterie qui peut se ren
contrer dans un sexe comme dans l'autre, a pour but de séduire et de
conquérir. Dans les anciennes coutumes malgaches, il était l'apanage
des hommes autant que des femmes ; chez les uns comme chez les
autres, l'arrangement des chevelures présentait une gamme de varié
tés étonnante, et chacun mettait son orgueil dans leur présentation
artistique. Actuellement, si les femmes se montrent heureusement
encore assez rétives aux influences européennes et conservent en génér
al les taovolo ou dispositifs capillaires traditionnels, les hommes au
contraire ont complètement abandonné les anciens usages, et portent
dans toute l'île les cheveux courts.
Bien avant la guerre de 1914, les Merina du sexe masculin avaient
totalement abandonné les anciens modes de coiffure (nous reviendrons
plus loin sur ce sujet) ; il en était de même pour la plupart des Bet-
sileo, mais ceux des autres groupes ethniques restaient fidèles aux habi
tudes anciennes, et on pouvait plus d'une fois, sans grand risque
d'erreur, déterminer la tribu à laquelle ils appartenaient, en se basant
sur la seule coiffure, ainsi qu'on pouvait aussi le faire sur l'examen
des tatouages.
Vint la guerre. Il fut procédé partout à un intense recrutement de
tirailleurs, à destination de la métropole. Ils furent concentrés dans
des camps, souvent pendant plusieurs mois, en attendant leur embar
quement. Dès leur arrivée dans ces lieux de rassemblement où ils
1. R. Decary, Les tatouages chez les indigènes de Madagascar. Journ. Soc. Africanistes, t. V,
fasc. 1, 1935, p. 1-40. 284 SOCIETE DES AFRICANISTES
recevaient un rudiment d'instruction, il leur fallut subir l'ablation
d'une chevelure dont ils étaient fiers, et ce fut pour eux un choc d'au
tant plus cruel que cette « opération » se fit sans ménagement ni expli
cation. L'application rigoureuse du règlement militaire qui exige que
le soldat ait la tête rasée entraîna une conséquence inattendue :
les désertions furent très nombreuses, particulièrement au camp de
Tamatave qu'occupaient surtout des originaires des régions côtières x.
Quand plus tard ces jeunes gens qui, au nombre de plus de 45 000,
étaient allés en France, revinrent à Madagascar avec leur titre d'an
ciens miaramila, quand ils se furent réinstallés au milieu des leurs, ils
conservèrent l'habitude de porter les cheveux courts, ainsi que le fa
isaient les Blancs parmi lesquels ils avaient vécu. D'autre part, les che
veux courts étaient aussi imposés à partir de 1926 au contingent de
travailleurs qui, chaque année, fournissait le S. M. 0. T. I. G. (Ser
vice de la main-d'œuvre des travaux d'intérêt général) 2. Ceci donna
chez les jeunes le coup de grâce aux anciennes coiffures : elles dispa
rurent quasi totalement. Seuls les hommes d'âge mûr maintinrent la
tradition, qui s'éteignit progressivement à mesure qu'ils disparais
saient. Aujourd'hui les coiffures traditionnelles appartiennent au
passé, on ne peut plus les connaître que par des photographies ou des
anciennes descriptions dispersées chez divers auteurs. C'est à elles
que sont consacrées les pages qui suivent.
* * *
Les recherches de M.-C. Chamla ont montré que, chez les Malgaches,
la forme des cheveux va du type droit des xanthodermes au type
crépu des mélanodermes, en passant par les formes ondulées et frisées.
Le type droit se rencontre le plus fréquemment sur les hauts plateaux,
en Imerina ; les autres groupes n'en présentent que peu ou pas du tout.
Le type ondulé ne se voit également que chez les Merina. Les formes
frisées se révèlent encore assez importantes chez tous les groupes, mais
ce sont les types crépus qui dominent chez les populations autres que
les Merina et les Betsileo 3.
La terminologie malgache fournit pour la chevelure ou volondoha
les termes suivants :
1. Les déserteurs de Tamatave, quand ils étaient retrouvés, ce qui n'était pas toujours le cas,
car ils évitaient de retourner dans leur village d'origine, étaient jugés par le Conseil de guerre de
Tananarive dont je faisais alors partie. La désertion en temps de guerre est un acte rigoureusement
réprimé, mais le tribunal tenait compte des circonstances ; il connaissait la raison réelle de la déser
tion, que les accusés n'osaient pourtant pas invoquer ; la peine était de six mois de prison.
2. En 1928, le S. M. O. T. I. G. comptait 8 000 hommes.
3. Marie-Claude Chamla. Recherches anthropologiques sur l'origine des Malgaches. Mém. Mus.
Hist, nat, nouv. série, Série A, Zoologie, t. XIX, 1958, p. 99. LES ANCIENNES COIFFURES MASCULINES A MADAGASCAR 285
Volo malina, cheveux fins et lisses ; volo tsotra, cheveux lisses, plats ;
volongisa ou volongita, cheveux crépus, laineux ; volo oly, cheveux
bouclés, frisés ; volo rano, fins et soyeux. Le terme de ngita,
qui signifie crépu, laineux, est parfois donné en surnom chez les Merina.
Déjà les anciens auteurs avaient été frappés par la similitude des
coiffures masculines et féminines. Les quelques citations suivantes
concernent les premières qui, répétons-le, sont seules étudiées ici.
Pour les Betsimisaraka du Nord, l'amiral Van Neck écrit en 1609 :
« Les hommes... portent les cheveux, les uns en petit nombre (ceux qui
étaient en deuil) épars, d'autres tressés en une foule de petites nattes,
et d'autres en forme de deux cornes tombants \ »
En 1625, Bontekoe signale, au sujet des habitants de la baie de
Sainte-Luce (Antanosy), que « quelques-uns ont les cheveux longs,
d'autres les ont frisés comme la laine des moutons ; les femmes les
portent attachés sur leur tête par petites tresses, et elles les graissent
avec de l'huile, ce qui fait qu'ils reluisent au soleil. La plupart des
hommes en usent de la même façon 2 ».
Sur les Antanosy, Flacourt écrit : « Leurs cheveux, aux Grands et
aux Rohandrians, sont longs et droits, qu'ils nomment tsonsavoulou
(tsotsa volo) et ils ne les tressent jamais mais seulement les huilent et,
avec de la cire, les empèsent d'une façon assez bizarre, en les réduisant
en forme de couronne. Les nègres (les indigènes) les tressent assez
proprement. Il est difficile de distinguer par la tête un homme d'avec
une femme, car les hommes portent et accommodent leurs cheveux
ainsi que les femmes 3. »
Dans sa description générale de l'île, écrite au milieu du xvne siècle,
Boothby, qui fut « facteur » au service de la Compagnie anglaise
des Indes, signale que « hommes et femmes portent les cheveux coupés
à peu près suivant la mode que nous nommons aujourd'hui en Anglet
erre Cavalier fashion, c'est-à-dire courts en avant, longs sur les côtés
et surtout en arrière, et ils les tressent comme le font nos femmes de
condition, de manière à former trois nattes : ce mode de coiffure est
en parfaite harmonie avec leur physionomie. Sur le sommet de la tête,
ils ont un chignon haut de presque un demi-pied, qui se tient droit, et
qu'ils forment en enroulant tout autour, pour l'attacher, un cordon ou
un lien quelconque 4 ». En fait, l'auteur semble n'avoir connu person-
1. Van Neck. Le second Livre, Journal ou Comptoir contenant le vray discours... Amsterdam,
1609. Coll. Ouvr. anc concern. Madag., t. VI, p. 7.
2. Relâche de Guillaume Bontekoe dans la baie de Sainte-Luce (Manafiafy) en 1625, relatée par
Thévenot : Relations de divers voyages curieux, t. I, 1673. Coll. Ouvr. anc, t. II, p. 372.
3. Flacourt. Histoire de la grande isle de Madagascar. Paris, 1661. Coll. Ouvr. anc, t. VIII,
p. 120.
4. Richard Boothby. Courte description ou découverte de la très fameuse île de Madagascar ou
Saint-Laurent, en Asie, à proximité de l'Inde orientale. Londres, 1646. Coll. Ouvr. anc, t. III, p. 90. 286 SOCIÉTÉ DES AFRICANISTES
nellement, de Madagascar, que la baie de Saint- Augustin en 1630, et
dans sa Relation qui fut publiée à l'occasion d'un procès avec la Com
pagnie anglaise, il généralise arbitrairement les constatations qu'il a
faites dans le Sud-Ouest.
Au sujet des Sakalava enfin, l'auteur hollandais de la Relation du
voyage effectué sur la côte ouest par le navire le Barneveld en 1719,
mentionne que, pour la chevelure, on constate chez les Sakalava des
deux sexes des différences d'individu à individu, et que d'autre part
les uns ont les cheveux longs, les autres courts et laineux 1.
* * *
Merina. — Au début du xixe siècle et aux époques antérieures,
les deux sexes portaient les cheveux nattés en petites tresses, nomb
reuses, qui pouvaient être parfois roulées ensuite en petites boules ;
on manque d'ailleurs de précisions sur le détail de ces coiffures
anciennes.
On sait cependant qu'outre les tresses qui entouraient la tête, et
dont les premières pouvaient former sur le front une frange assez régul
ière, deux ou trois mèches libres, longues de 10 à 15 cm, pouvaient
aussi « tirebouchonner » sur la nuque. C'est sous cet aspect qu'est
représenté le roi Andrianampoinimerina dans un tableau figurant
parmi les collections du Palais de la Reine à Tananarive2. On est tou
tefois en droit de se demander si ce portrait correspond à la réalité.
Les observations présentées par J. T. Hardyman à l'Académie mal
gache en 1962 semblent, en effet, démontrer qu'il n'est que la copie
démarquée d'une illustration publiée à Londres en 1833 par Owen
sous le titre « Un indigène de Madagascar », dans son ouvrage « Narra
tions des voyages pour explorer les côtes d'Afrique, d'Arabie et de
Madagascar ».
En fait, d'après A. et G. Grandidier 3, Andrianampoinimerina
avait une manière spéciale de se coiffer, ny boko antompona, ou le
nœud en haut de la tête : tous les cheveux, tressés en une grosse natte,
étaient noués sur le sommet de la tête.
Au xviie siècle, sous le règne d'Andriamasinavalona, son fils, qui
était seigneur d'Ambohidratrimo, ordonna pour un motif inconnu, à
tous ses sujets, de porter sur la tête, en guise de toupet, une touffe plus
longue que les autres ; ceux qui refusèrent furent punis sévèrement ou
même vendus comme esclaves.
1. Coll. Ouor. anc, t. V, p. 31.
2. Une bonne photographie de ce tableau a été donnée dans la Revue de Madagascar, n° 20, 1954,
p. 38.
3. Ethnographie de Madagascar, t. III, 1917, p. 159. ANCIENNES COIFFURES MASCULINES A MADAGASCAR 287 LES
D'autre part, parmi les vieilles coutumes relatives à la circoncision
des enfants ou fandidiam-poitra, notamment dans la famille royale et
chez ceux qui lui étaient alliés, il en figurait qui étaient relatives à la
coiffure spéciale que les parents devaient porter à cette occasion ; elles
sont relatées dans le Tantara x. Avant la cérémonie, le roi et les parents
des enfants à circoncire, se faisaient faire une « raie » {vaky volo) dans
les cheveux, par les Velondraiamandreny d'Alasora. La « raie » consis
tait en réalité en trois traits taillés dans les cheveux, deux sur le devant
parallèles au front et horizontaux, et un sur la nuque. Cette opération
s'accompagnait d'abattage de bœufs nombreux. D'autre part, alors
que les cheveux des mères étaient dressés en salotra, petites tresses
agrémentées de petits morceaux de bois, ody, au pouvoir magique, les
pères ornaient leur tête de tresses disposées à leur gré, mais ils devaient
en outre porter toujours sur la nuque trois petits ody de bois fixés dans
les cheveux. Ensuite avaient lieu les rites de circoncision sur lesquels
on ne s'arrêtera pas.
Dans les classes roturières, le vaky volo préliminaire des mères comme
des pères était également fait par les Velondraiamandreny. L'opéra
tion était accompagnée d'une invocation : « Des bénédictions ! Des
bénédictions ! О Dieu, ô Créateur ! Puisse-t-il n'être arrêté par aucun
obstacle, aucun empêchement ! Puisse l'enfant l'emporter et triom
pher ! » On tirait alors un coup de fusil, puis suivaient les cérémonies
du fandidiam-poitra.
Quand le roi Radama (1810-1823), qui fut un organisateur et un
conquérant, monta sur le trône, il voulut constituer son armée su
ivant les normes européennes. Ayant appris notamment par un de ses
cousins, le prince Ratefy, que les soldats des armées d'Europe avaient
les cheveux ras, il songea à mettre ses troupes au même régime. En
1822, il essaya d'abord cette mode nouvelle sur un de ses frères, puis,
deux ou trois jours plus tard, il fit tomber ses propres tresses, que te
rminaient de petites boules. Les personnages de la cour royale se firent
également couper les cheveux. De tels changements ne furent pas sans
provoquer surprise et mécontentement dans la population, qui n'ad
mettait pas cette violation flagrante de la coutume des ancêtres. Le roi
n'en ordonna pas moins alors que les soldats se fissent aussi couper les
cheveux ras sur le sommet et l'arrière, ne conservant qu'une bande
circulaire ou un toupet (sanga) 2 au dessus du front.
En même temps que les soldats, les porteurs du filanjana royal
durent aussi se tondre le crâne suivant la même ordonnance ; cepen-
1. P. Callet. Tantaran'ny Andriana. Traduction de G. S. Chapus et E. Ratsimba. Publication
de l'Académie malgache, Tananarive, 1953, t. I, p. 137 sq.
2. Le mot sanga désigne originairement la crête du coq. SOCIETE DES AFRICANISTES 288
dant, outre le toupet frontal, ils étaient autorisés à en conserver un
autre sur la nuque. Les porteurs, comme aussi les soldats voyaient ces
obligations nouvelles compensées par le droit au port d'un chapeau
de paille.
Quant aux borizano, aux civils, qui composaient la masse du peuple,
ils pouvaient continuer à porter les tresses traditionnelles, mais le
chapeau leur restait interdit.
Ces tresses (fig. 1-2-3) pouvaient être arrangées de très nombreuses
façons, aussi bien chez les hommes que chez les femmes, et l'on connais-
Fig. 1. — Tresse à extrémité libre.
Fig. 2. — Tresse terminée par une boule.
Fig. 3. — Tresse à torsade serrée.
sait une trentaine de mots pour désigner les diverses combinaisons.
Le randrana ou tresse simple était le plus fréquent ; dans le rosarosa,
les mèches pendaient tout autour de la tête, avec un nœud ou une
petite boule à l'extrémité ; dans le randrana vonkalana, elles étaient
roulées en forme de coussinets ; dans Yampanga, elles étaient disposées
de façon à imiter vaguement une feuille de fougère ; dans le rikiriky,
elles étaient roulées en petites boules rondes tout autour de la tête.
Le randran'ketsa ou « tresses des jeunes pousses de riz » était spécial
aux hommes ; il en était de même du randran 'sarihina, du sori-bilana,
du tsy tongatonga, du lambo miditra, etc.
L'ordre de coupe chez les militaires fut si mal accueilli que les sol
dats auraient cherché à mettre à mort le prince Ratefy qui avait
importé le nouvel usage. Le roi, en présence de ce vent de méconten- LES ANCIENNES COIFFURES MASCULINES A MADAGASCAR 289
tement, fit renouveler aux troupes de Tananarive leur serment de fidé
lité. De leur côté, raconte Ellis \ quatre ou cinq milles femmes, réunies
à Ambatoroka, à l'est de Tananarive, envoyèrent au souverain un
message de protestation contre l'adoption des coutumes européennes.
Radama leur fit demander la nature de leurs griefs : les Malgaches
étaient-ils taxés trop lourdement ? Les femmes étaient-elles mécont
entes d'avoir leurs fils dans l'armée ? Désiraient-elles son remplace
ment par un autre roi ? Tout en répondant par la négative, les femmes
précisèrent qu'elles protestaient contre l'adoption des coutumes étran
gères et en particulier contre la coupe des cheveux. Dans un nouveau
message, le roi répondit que sa qualité de monarque lui permettait
de faire ce qu'il voulait sans consulter les femmes ; il ajouta qu'il allait
leur en donner une preuve immédiate en veillant à ce que leur cheve
lure ne repoussât jamais.
Cinq femmes, qui avaient été à la tête de la manifestation, furent
alors désignées, et l'ordre fut donné aux soldats « de leur couper les
cheveux de façon qu'ils ne repoussent jamais ». L'ordre fut exécuté
et les femmes tuées à coups de baïonnettes en présence d'une foule
de spectateurs ; les corps furent abandonnés sur place. Les autres
femmes protestataires furent maintenues prisonnières pendant trois
jours sans nourriture et sans abri pour leur apprendre à ne pas s'occu
per de politique.
Le roi Radama II n'avait pas non plus de tresses ; il avait seulement
les cheveux assez longs, mais séparés par une raie sur le côté gauche 2.
De plus en plus, les hommes suivaient désormais l'exemple venu de
haut. Vers 1860, d'après le capitaine de vaisseau Dupré, certains bor-
zoa, les bourgeois, adoptaient les cheveux ras. A partir de la mort de
la reine Rasoherina (1868), la coiffure traditionnelle masculine ne fut
plus qu'un souvenir, et celles des soldats vit disparaître le « cimier »
transversal. Celle des femmes, de leur côté, se modifiait, et le taniuoho,
qui est encore en honneur, faisait son apparition.
Pour les périodes de deuil royal, la coutume exigeait pour toute la
population le sacrifice total de la chevelure ; les hommes comme les
femmes se rasaient le crâne, à l'exception du roi ou de la reine appelé à
succéder, et de quelques rares personnes de leur entourage. Cette
coupe, très stricte, se renouvelait plusieurs fois pendant la durée du
deuil, qui pouvait atteindre une année. Pour la mort de Radama Ier,
elle eut lieu à trois reprises 3.
Quant aux enfants, en dehors de ces périodes de deuil qui s'appli-
1. Ellis. History of Madagascar. Londres, 1938, t. I, p. 286.
2. Portrait de Radama II in : Maduré-Madagascar, n° 101, 1961, p. 121.
3. Le Journal de Robert Lyall, publié par G. S. Chapus et G. Mondain. Tananarive, 1954, p. 125. 290 SOCIÉTÉ DES AFRICANISTES
quaient également à eux, ils conservaient en général le sangantampona,
touffe non coupée sur le sommet de la tête.
Mentionnons enfin quelques croyances anciennes. Il ne fallait pas
se tresser les cheveux la nuit, sous peine de mourir avant l'âge. Se
couper les cheveux le jour anniversaire de sa naissance (mihety andro
nahaterakana) rendait maladif. Couper les cheveux d'un malade rac
courcissait ses jours (manety maray, mahafohy ny andron'ny marary).
On ne devait pas remercier la femme qui vous avait coiffé sous peine
de devenir chauve. Il était fâdy de diviser ses cheveux en six ou huit
tresses. Compter les tresses d'une personne risquait de la rendre chauve.
La calvitie, d'ailleurs assez rare, était parfois considérée comme pro
venant du coup de langue d'un revenant (lelafirí angatra).
Les Marofotsy. — La région de Tsaratanana est peuplée par les
Marofotsy \ groupe aux origines diverses, car on voit figurer parmi
eux des descendants de Sihanaka ; ils sont cependant composés en
bonne partie de Manendy originaires de l'Imerina. Ils ne comptent
que quelques milliers d'individus. Le capitaine Reitz, qui commandait
leur secteur, écrivait en 1906 : « D'ici quelques années, il n'y aura plus
que deux catégories d'individus : ceux à cheveux courts (Sihanaka.
Betsileo, Marofotsy), ceux à cheveux longs 2 (Sakalava ou simili-
Sakalava)... Dans les anciens districts de Miarinarivo et de Sakoama-
dinika, il n'y a que des Marofotsy à cheveux courts 3. » Comme on le
voit, dans cette région au Nord-Nord-ouest de Tananarive, la suppres
sion de la coiffure traditionnelle était déjà fort avancée au début du
siècle actuel.
De nos jours, les Marofotsy, pendant les périodes de deuil familial,
ne doivent ni se peigner ni se faire couper les cheveux ; ils laissent
aussi pousser leur barbe.
Betsileo. — De toutes les populations malgaches, les Betsileo
représentent celle qui, autrefois, possédait les arrangements capillaires
les plus variés, avec une foule de combinaisons ingénieuses et inatten
dues. Le P. Dubois 4 qui a écrit sur les Betsileo une importante monog
raphie, n'en énumère pas moins d'une quarantaine, ayant pour point
de départ la tresse, réduite parfois à une extrême finesse. On en tire
une foule de dispositifs, boules parsemant toute la tête, cordelettes
tombantes avec renflement terminal rond ou ovoïde, petits « paillas-
1. R. Decary. Les Maroiotsy, coutumes et croyances. Bull. Acad. malg., t. XXVII, 1946, p. 124.
2. C'est-à-dire tressés ou roulés en boules.
3. Capit. Reitz. Monographie du secteur de Tsaratanana (Copie dans notre bibliothèque).
4. Le P. Dubois est mort à Lille le 29 juillet 1954 ; il vécut à Madagascar de 1902 à 1932. Son
œuvre capitale est la « des Betsileo », parue en 1938. ANCIENNES COIFFURES MASCULINES A MADAGASCAR 291 LES
sons » plats en forme de disque ou d'ellipse, etc. Ces arrangements
étaient communs aux hommes et aux femmes, mais présentaient géné
ralement pour les premiers plus de simplicité. Le plus souvent, les
tresses qui pendaient autour de la tête comme de courtes franges se
terminaient par des petites boules et étaient alignées en rangées con
centriques.
Lors des deuils royaux, les hommes et les femmes se rasaient la tête,
mais ils conservaient leurs tresses, et, dès l'expiration du deuil, ils les
réajustaient par des fils au milieu des cheveux qui commençaient à
repousser.
Les enfants du sexe mâle avaient la tête rasée ; ils gardaient seul
ement soit une touffe frontale et une touffe occipitale, soit un court
cimier frontal et transversal.
C'est un peu avant 1890, que chez les Betsileo, les vieilles coiffures
masculines commencèrent à disparaître, en même temps que se pro
pageait l'usage du pantalon européen et de la chemise flottante. Ce
costume, qui fut d'abord celui des petits commerçants et des jeunes
gens, était en effet incompatible avec l'ancienne coiffure. En même
temps, l'obligation d'une certaine tenue avec quelque décorum pour
les fonctionnaires, accélérait la transformation. Cette « européanisa-
tion » débutante fit totalement disparaître l'ancien usage, que les gens
d'un certain âge furent les derniers à conserver. Quant aux vieillards,
ils avaient en général les cheveux ras.
Antankarana. — Les Antankarana de l'Extrême Nord forment
une population islamisée. Ils déclarent avoir toujours porté les che
veux courts. Cette affirmation est vraisemblable. Dès le xe siècle, et
sans doute avant, les boutres de l'Oman et du Yémen, venaient traf
iquer sur les côtes malgaches du Nord, des villes arabes s'y fondaient,
que vit Tristan da Cunha en 1506, des métissages se produisaient
entre autochtones et colons arabes, et les coutumes de ces derniers
durent être assez rapidement adoptées.
Tsimihety. — Le nom des Tsimihety, dont le clan noble s'appa
rente aux princes Antankarana, et dont d'autres ont des attaches
avec les Sakalava, signifie « qui ne se coupe pas les cheveux ». Contrai
rement aux autres tribus, ils ne se rasent pas la tête en signe de deuil.
Autrefois les hommes portaient les cheveux longs, dans lesquels était
piqué en permanence un peigne de bois ; ils étaient divisés en nomb
reuses nattes, partant du sommet de la tête et retombant tout autour.
Au xvine siècle, la population était divisée en clans indépendants
qui ne reconnaissaient pas de roi commun parmi eux. Un jour, dans

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