Les cabinets de lecture dans Paris : pratiques culturelles et espace social sous la Restauration - article ; n°5 ; vol.34, pg 1016-1038

De
Annales. Économies, Sociétés, Civilisations - Année 1979 - Volume 34 - Numéro 5 - Pages 1016-1038
Reading rooms Par cu/tura practice and social space under the Restoration Fran oise PARENT The author analyses an institution that was both commercial and cultural cabinets de lecture boutiques where people could come to read or borrow books and periodicals making printed matter available to far broader public than the private and public libraries The absence of direct sources has made it necessary to approach the subject in roundabout way via urban analysis the social workings of the cultural institution are thus apprehended in their Parisian setting at the beginning of the 19th century Far from confining itself to mere commercial geography the analysis provides us in return with an understanding of the conditions permitting the expansion of this reading market in the period under consideration and subsequently to suggest hypotheses more soundly rooted in the social composition of its clientele
23 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : lundi 1 janvier 1979
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Françoise Parent
Les cabinets de lecture dans Paris : pratiques culturelles et
espace social sous la Restauration
In: Annales. Économies, Sociétés, Civilisations. 34e année, N. 5, 1979. pp. 1016-1038.
Abstract
Reading rooms Par cu/tura practice and social space under the Restoration Fran oise PARENT The author analyses an
institution that was both commercial and cultural cabinets de lecture boutiques where people could come to read or borrow books
and periodicals making printed matter available to far broader public than the private and public libraries The absence of direct
sources has made it necessary to approach the subject in roundabout way via urban analysis the social workings of the cultural
institution are thus apprehended in their Parisian setting at the beginning of the 19th century Far from confining itself to mere
commercial geography the analysis provides us in return with an understanding of the conditions permitting the expansion of this
reading market in the period under consideration and subsequently to suggest hypotheses more soundly rooted in the social
composition of its clientele
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Parent Françoise. Les cabinets de lecture dans Paris : pratiques culturelles et espace social sous la Restauration. In: Annales.
Économies, Sociétés, Civilisations. 34e année, N. 5, 1979. pp. 1016-1038.
doi : 10.3406/ahess.1979.294105
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/ahess_0395-2649_1979_num_34_5_294105LES CAB/NETS DE LECTURE DANS PAR/S
pratiques culturelles et espace social sous la Restauration
histoire de la ville de son espace de son fonctionnement constitue en elle-
même un objet étude dont la fécondité est plus démontrer Mais on peut
aussi utiliser comme un instrument pour éclairer certains phénomènes sociaux
sur lesquels information directe fait en partie défaut Nous voudrions montrer ici
comment dans une recherche sur les cabinets de lecture parisiens sous la
Restauration le détour par analyse urbaine contribué la compréhension
de cette institution dans toutes ses dimensions économique sociale politique Il
fut entrepris au départ comme un substitut imparfait des sources
informations qui avaient pas été conservées et son apport bien que limité
est révélé plus fructueux que nous ne aurions espéré
Lieu où on donne lire moyennant une faible rétribution des journaux et
des livres le cabinet de lecture est avant tout une institution commerciale dont
le but est de proposer une clientèle de passage qui pouvait pour quelques
centimes entrer lire durant toute la journée ou louer la lecture domicile
toutes les formes de imprimé selon des modalités adaptées un genre de
pratique particulière la lecture publique En termes très simplifiés est une
boutique lire
Que Paris offre au cabinet de lecture la possibilité de conquérir tout un
marché est cette époque un fait incontestable en raison de la cherté des livres
les libraires de vente atteignaient un public très limité et les bibliothèques
publiques qui auraient été seules capables de rivaliser dangereusement avec lui en
assurant la gratuité de la lecture avaient pas encore ouvert leurs portes ou
étaient susceptibles être fréquentées de rares heures que par un public
restreint de savants ou érudits En tant que boutique implantée au niveau de la
rue il était donc bien placé pour entretenir un contact journalier avec ensemble
de la population parisienne Il lui avait suffi dès lors de penser un système
organisation fondé sur une grande diversité de services et de tarifs astuce
commerciale consistait en somme mettre la lecture la portée de toutes les
bourses
Mais la nature même de la marchandise rend plus complexe la signification
1016 PARENT LES CABINETS DE LECTURE
un tel phénomène social expression de boutique lire souligne bien une
réciprocité entre deux domaines souvent dissociés celui de échange marchand et
celui de la culture Cette réciprocité introduit la reconnaissance de relations
complexes entre des mondes proches mais néanmoins diversifiés celui de
édition et de la presse une part dans ses fonctions économiques et sociales de
diffusion de la culture celui de la littérature autre part qui fonctionne lui-
même comme un lieu échange puisque auteur et le public cherchent créer
leur rencontre Cet entrecroisement échanges et de réciprocités est pas
abstrait les idéologies propres chaque partie affrontent en même temps que
se précise se manifeste et ajuste ensemble des rapports concrets entre les
hommes
Pris dans cet ensemble si divers dont tous les éléments liés les uns aux autres
ont contribué sa création et son développement le cabinet de lecture en tant
que fait de culture se révèle donc un objet de recherche très riche Il peut être
envisagé comme une institution culturelle ou encore étudié dans ses contenus si
on choisit en évaluer les fonds littéraires il participe un enjeu économique
dans le même temps il est un moyen de transmission et de pouvoir culturels
Définir le cabinet de lecture nécessite donc des approches différentes selon
que on privilégie analyse des structures institutionnelles ou celle des contenus
idéologiques Nous avons choisi de faire analyse de institution travers elle
nous cherchions particulièrement cerner la consommation de lecture étude de
son rapport espace que nous présentons ici ne constitue que un des outils
utilisés et épuise pas le sens de la démarche ensemble
Les deux sources documentaires principales disponibles se sont révélées
riches mais de nature fort dissemblable La première un fonds de quatre-vingts
catalogues provenant de cabinets de lecture tenus par des spécialistes donnait
une part une série informations sur les diverses modalités de la lecture au
cabinet ou chez soi) les différentes formes abonnement au volume au mois
année...) leurs prix leurs durées etc autre part elle indiquait importance et
la composition des fonds littéraires mis la disposition du public analyse de ces
multiples indices tout abord permis établir une typologie très nuancée des
cabinets de lecture mais elle révélé surtout que ce qui fondait et expliquait leurs
différences ce était pas tellement la composition des fonds ni le type de services
proposés la clientèle mais leur mode articulation économique avec le système
de production/diffusion de écrit Le cabinet de lecture était parfois une face
de activité du commer ant qui dans le même temps également éditeur ou
imprimeur commissionnaire papetier libraire de vente. Si la location des livres
constituait bien essentiel de la fonction un cabinet de lecture ce dernier
pouvait être aussi greffé en complément activité sur chacun des maillons de la
chaîne économique de édition et de la presse Mais cette analyse ne renvoyait
explication de ces combinaisons activités la complexité de cette chaîne
intervenants croissant mesure que accélérait impitoyable course la
rentabilité que approfondissaient les contradictions de édition devenue
production industrielle avant avoir conquis un marché de masse cette
époque un roman coûtait ordinairement 15 plus du tiers un salaire mensuel
ouvrier somme équivalant au prix minimum un abonnement au journal dont la
vente ne se faisait pas au numéro. Si la diversité des commerces de lecture
expliquait cette logique économique elle ne correspondait pas nécessairement
1017 ESPACE PARISIEN
une diversité des fonds et des services offerts contrairement notre attente elle
ne renseignait donc pas sur les pratiques de lecture des différents milieux sociaux
La seconde source principale était constituée un grand nombre de dossiers
établis par la Police de la Librairie partir des demandes faites pour ouvrir un
cabinet de lecture ou posséder un brevet de libraire4 Ces demandes étaient
formulées par une population composée surtout de non-spécialistes veuves
militaires retraités employés artisans commer ants personnels de service.
toute une série de personnages pittoresques qui demandaient exercer ce métier
auquel rien ne les avait préparés soit pour faire un investissement espéré rentable
soit surtout comme moyen de survie Mais elle ne nous en apprenait pas
davantage sur la population lisante Pour connaître cette dernière nous aurions
eu besoin de données précises sur la clientèle ses usages ses choix de lecture Or
est ici que le problème surgi les registres de prêt tenus au jour le jour dans
chaque établissement et consignant le nom adresse de abonné sa profession
les livres empruntés les montants des nantissements versés et le rythme des
emprunts avaient pas été conservés et rien ne pouvait remplacer cette précieuse
documentation dans la succession de pochades parvenues nous
est alors que nous avons pensé revenir aux cabinets de lecture avoir
recours au maximum de sources quantifiables telles les Almanachs du
Commerce les Guides de tranger Paris la Bibliographie de la France les
dépouillements dans la presse etc. afin en repérer le plus grand nombre et de
les situer avec le maximum de précision dans la géographie parisienne Le
nombre même de ces cabinets de lecture commandait une approche la fois
cartographique et statistique Très vite il apparaissait que les centaines de points
sur la carte quoique répartis dans presque tous les quartiers étaient localisés de
manière très sélective avec des zones de forte concentration Pour interpréter
cette répartition il fallut procéder par approximations successives abord aide
des limites administratives des arrondissements puis des quartiers en rapport
avec la masse et la densité des populations la répartition des classes sociales dans
la ville pour nous apercevoir enfin un autre principe de lecture avérait plus
explicatif celui qui repla ait les cabinets de lecture dans une carte culturelle de la
capitale
Partant de ce fait sociologique maintes fois démontré que les comportements
des groupes sociaux sont aussi liés aux conditions de leur implantation dans
espace7 nous avons entrepris alors une étude fondée sur un découpage
beaucoup plus fin de espace social afin de retrouver les hommes dans la réalité
de leurs pratiques quotidiennes axes de circulation lieux de rencontres de
loisirs de travail. tous lieux spécifiques de la consommation culturelle de la
population
Et de fait cette étude de espace loin de se réduire une simple géographie
commerciale des cabinets de lecture sous la Restauration nous fourni un cadre
suffisamment solide pour expliciter le phénomène dans toutes ses composantes
économiques sociales et politiques Eclairant les conditions sociales qui ont
déterminé implantation des cabinets de lecture cette analyse nous aidait en
retour comprendre ce qui rendait possible expansion un tel marché de la
lecture dans cette période particulière de histoire parisienne et partant avancer
des hypothèses plus fondées sur la composition sociale de la clientèle attirée par
ces officines
1018 PARENT LES CABINETS DE LECTURE
Les cabinets de lecture dans espace parisien
cette époque le rapport des groupes sociaux espace ne établit
évidemment pas selon les modèles que nous connaissons hui Paris est ici
une illustration parfaite des équivoques de la Restauration Il faut poursuivre les
chantiers grandioses laissés inachevés par Empereur adapter la ville dont les
structures essentielles restent encore celles de Ancien Régime accueillir enfin
une population adulte en croissance rapide comme toujours au lendemain des
guerres ancienne noblesse vient réoccuper ses hôtels les démobilisés sont de
retour une certaine bourgeoisie de province attirée par la politique et les affaires
intègre peu peu la capitale des étrangers installent. alors que les
prolétaires provinciaux la recherche un marché de emploi et de salaires
supérieurs forment le plus gros apport de immigration après les recense
ments la ville passe de 622 636 habitants en 1811 713 966 en 1817 et
785666 en 1831)
Les premiers se répartissent bien que très inégalement dans tous les
quartiers avec prépondérance vers ouest toutefois tandis que les prolétaires
viennent surtout grossir les quartiers centraux de la ville déjà surpeuplés et
misérables ou établissent dans ceux de est mais aussi dans tous les lieux où il
est besoin de main-d uvre est ainsi que dans le quartier du Roule ouest de
la capitale et jouxtant le riche quartier Vendôme se trouve ilôt de la Petite-
Pologne véritable réserve de sous-prolétaires que Balzac comparait au faubourg
Saint-Marceau est ainsi également que entre le Palais du Louvre et les
Tuileries parmi de vieux hôtels des chantiers de démolition baraques et ruelles
mal famées rendent dit-on cet espace peu fréquentable aux honnêtes gens
espace compris entre avenue des Champs-Elysées et la Seine domaine des
bateleurs et des cabaretiers ne est pas davantage Aussi de rares exceptions
près comme le faubourg Saint-Marcel est avec ses industries malpropres et
sa population indigente la ségrégation spatiale entre population aisée et pauvre existe fort peu Même le faubourg Saint-Germain refuge et
bastion de la noblesse comprend tout un secteur commercial et populaire
Transports de marchandises et de voyageurs sont encore peu développés et
fort coûteux aussi les industriels se concentrent-ils dans les zones les plus
urbanisées où main-d uvre et débouchés se trouvent sur place Il agit surtout
cette époque une industrie artisanale con ue presque exclusivement pour
répondre aux besoins du marché parisien Ce type économie qui lie fortement
le petit commerce et la petite industrie ne trouve évidemment pas se traduire
par une localisation précise sur le sol parisien Même il arrive que certaines
activités soient plus ou moins regroupées comme ameublement au faubourg
Saint-Antoine Paris ignore donc les coupures en masses professionnelles
Ajoutons ceci le caractère imprécis de la stratification sociale un
mouvement ascensionnel fondé sur les fortunes et les professions en est fini des
distinctions sociales de Ancien Régime qui reposaient sur des privilèges
juridiques argent sert désormais de facteur discriminant autant plus il est
devenu par le vote censitaire base du pouvoir politique La bourgeoisie
emergente opère une ponction continue dans les milieux inférieurs mouvement
constant car jamais les positions ne sont définitivement assurées il suffit une
1019 ESPACE PARISIEN
CARTE Répartition des 463 cabinets de lecture 1815-1830
1km cabinet de ecfure
Cette répartition globale qui représente la totalité des établissements repérés par nos sources
constitue le document de base sur lequel nous établissons toute analyse qui va suivre Rappelons
cette occasion que nous ne travaillons partir de données partielles Si nous les avons jugées
significatives il faut toutefois se garder interpréter tous les chiffres en valeur absolue Ils
indiquent évidemment une tendance une densité de cabinets de lecture plus ou moins forte
crise frumentaire un avatar personnel pour tout remettre en question et
descendre de quelques degrés dans échelle sociale Dans ces conditions une
classification sociale est par trop imprécise il agit plutôt de tout un
chevauchement de milieux allant de la grande bourgeoisie ou de aristocratie
financière la bourgeoisie populaire besogneuse et sans argent et donc la
frange du prolétariat en passant par la haute bourgeoisie la bonne et la moyenne
selon la terminologie définie par Adeline Daumard9 Seuls les deux pôles
extrêmes de la société parisienne répondent des définitions fermes du moins
1830 la grande noblesse au sein de laquelle un bourgeois quelle que
fût sa fortune arrivait guère intégrer et le peuple composé artisans
fa on et ouvriers salariés de quelques industries que son genre de vie approche
de la masse des pauvres Cette masse représente de 75 80 de la population
parisienne ce qui ramène sa juste proportion interrogation sur les multiples
stratifications des classes aisées 10
On comprend dès lors une réflexion sur implantation des cabinets de
lecture dans espace parisien se heurte de nombreux obstacles posant par là-
même des problèmes méthodologiques intéressants Nous supposions en effet
que cette implantation ne était pas faite au hasard mais correspondait une
logique révélatrice la fois de la nature des cabinets de lecture et du
fonctionnement de espace social parisien
1020 PARENT LES CABINETS DE LECTURE
CARTE Répartition de la population dans Paris après le recensement de 1817
établie partir des chiffres indiqués par A.-M Perrot
1000
habitants
Les points ont été uniformément répartis intérieur de chaque quartier
On peine imaginer de nos jours ce que pouvait représenter pour les
Parisiens de la Restauration ces centaines de cabinets de lecture qui allaient se
multipliant au cours des années autant que les cafés et les restaurans
Un relevé de ces établissements effectué dans VAlmanach du Commerce de
Sébastien Bottin source qui trouve son intérêt dans sa périodicité régulière mais
qui est loin être exhaustive) montre une croissance numérique marquée pour
les années 1815 1823 1829 leur nombre passe de 23 71 puis 118
croissance accompagnée une beaucoup plus grande diffusion dans espace
urbain puisque le nombre des quartiers concernés passe durant la même période
de 15 33 puis 39 sur les 48 que comptait Paris époque
Pour notre part nous en avons retrouvé 463 alors une source officielle
indiquait le nombre de 520 Il en trouvait dans tous les quartiers de la ville
disait-on la carte de répartition en témoigne également carte no 1)
La lecture une telle carte est point aisée et ce est que par approxi
mations successives il nous faudra procéder pour faire apparaître peu peu
le lien entre la localisation des cabinets de lecture et le fonctionnement de espace
social On note tout abord une assez nette opposition entre la rive droite qui
regroupe 70 96 des établissements et la rive gauche mais cette opposition est
que le reflet direct de implantation de la population 11 distribuée entre les deux
rives de la Seine exactement dans la même proportion elle donc pas de
signification particulière carte no 2)
Un autre contraste apparaît également sur la carte no on remarque aussitôt
1021 ESPACE PARISIEN
CARTE Répartition des cabinets de lecture par arrondissement
Rive droite Rive gauche
Ie ardt 47 C.L Xc ardt 48 C.L Ouest IIe 103 XIe ardt ardt C.L 60 C.L 258 C.L
IIIe ardt 35 C.L
IVe ardt 25 C.L
Ve Partie ardt 35 158 C.L
centrale VIe ardt 39 C.L
VIIe ardt 24 C.L
ardt XIIe ardt 21 C.L VIIIe 16 C.L Est IXe ardt 10 C.L 47 C.L
334 Total C.L 129 C.L 463 C.L
que la majorité des établissements est localisée intérieur une zone centrale
délimitée grosso modo par les boulevards sur la rive droite et sur la rive gauche
par un tracé allant de actuel boulevard de Port-Royal au boulevard des Invalides
Cette opposition entre le centre et la périphérie loin de atténuer avec le temps se
renforce plutôt tout au long de la période
Certes la zone périphérique est nettement moins urbanisée terrains vagues
ou encore cultivés habitat discontinu regroupé plutôt le long des voies accès
présence de gros équipements industriels et commerciaux hospices casernes
voiries La zone centrale présente un tissu urbain autrement dense dans lequel les
activités concernent directement la transformation les services les loisirs Quant
au ur de la ville il règne une extraordinaire densité activités et de
population intérieur un incroyable enchevêtrement de ruelles
Mais si la répartition de la population entre ces trois types de zones est très
1022 PARENT LES CABINETS DE LECTURE
inégale celle de nos cabinets de lecture est plus encore 33 96 de la population
habitent dans la zone périphérique mais on trouve que 19 96 des cabinets de
lecture
Cabinets de lecture et arrondissements
opposition centre/périphérie ajoute le contraste entre est et ouest
Mais pour le faire apparaître il faut en venir aux découpages administratifs de
espace parisien et tout abord aux limites des arrondissements carte no 3)
Les Ier ne xe et xie arrondissements renferment eux seuls 55 des cabinets
de lecture dont 103 pour le ne arrondissement) tandis est les vine ixe et xne
en renferment que 10 Servant de transition les arrondissements centraux
tous situés sur la rive droite forment un ensemble assez homogène regroupant
environ 35 des cabinets de lecture avec une moyenne de 30 établissements par
arrondissement
On ne peut être frappé par la similitude qui existe entre cette répartition
contrastée des cabinets de lecture et celle tant des groupes sociaux que des
activités qui oppose ouest plus résidentiel et commercial est plus
industrieux les arrondissements centraux constituant une zone mixte Les pôles
extrêmes de notre regroupement tableau au bas de la carte no sont faits des
mêmes arrondissements que ceux opposait Adeline Daumard en les nommant
le Paris de aisance et le Paris de la pauvreté 12 Son étude sur les impôts
assis sur les locations rend manifeste le contraste la prédominance ouest des
riches oisifs des hauts fonctionnaires des employés supérieurs et des professions
libérales le mélange social des arrondissements centraux la prolétarisation
marquée des quartiers de est autour des usines des quais de déchargement..
Raisonner en termes arrondissement présente on le voit avantage de
comparaisons fructueuses avec des données établies sur la même base Toutefois
ce raisonnement rencontre rapidement ses limites qui tiennent pour essentiel
arbitraire de ce découpage administratif cette époque les arrondissements
étaient pas répartis en escargot comme heure actuelle mais découpaient
la ville en quartiers de tarte dont la pointe était dirigée vers le centre
exception des ive vne et ixe arrondissements Regroupant dans une même entité
administrative et statistique des quartiers centraux et des espaces périphériques
chacun entre eux contenait ainsi une très grande variété de tissus urbains des
types activités et des populations très hétérogènes un bout autre de
arrondissement les variations de densité étaient elles aussi très fortes Ce est
donc pas cette échelle que on peut saisir des logiques implantation
commerciale Prenons un exemple dans le Ier arrondissement les cabinets de
lecture sont répartis de fa on peu près égale dans trois de ses quatre quartiers
qui en comptent chacun de 13 17) tandis que le dernier le Roule en compte
que Dans le xe arrondissement le contraste est encore plus fort entre le quartier
de la Monnaie un des plus fournis de la capitale avec 30 cabinets de lecture et le
quartier des Invalides le seul en être totalement dépourvu 13
Ainsi analyse par arrondissement si elle permet bien de saisir opposition
entre ouest et est remarquable dans tous les domaines devient vite un obstacle
pour approfondir les facteurs explicatifs du développement des cabinets de
lecture Cherchant une unité spatiale plus pertinente nous sommes alors
descendue au niveau du quartier
1023 ESPACE PARISIEN
CARTE Les 12 arrondissements et les 48 quartiers de Paris en 1834
après A.-M Perrot 1834 vérifié par Parent
11 BONNE SORBONNE BANQUE ST-EUSTACHE LOMBARDS ST-NONORE MONTMARTRE MARCHES PORTE NONTORGU PALAIS ST-OEMIS NOUVELLE DE DC JUSTICE FRAKCE IL
lkm
Cabinets de lecture et quartiers
cette échelle en effet autres phénomènes apparaissent La carte no et le
diagramme qui lui est joint font apparaître extrême dispersion des valeurs
14 quartiers ont moins de cabinets de lecture chacun tandis que quartiers en
ont plus de 30 Ces derniers qui sont en fait jumelés représentent deux pôles de
concentration très marqués sur la rive droite Palais-Royal 42 cabinets de
lecture et Feydeau 40 sur la rive gauche cole de Médecine 34 et Monnaie
30)
eux seuls ces deux pôles qui ont une surface réduite et abritent
seulement 11 de la population globale regroupent près du tiers de tous les
cabinets de lecture Autour de ces deux pôles une auréole de quartiers qui
contiennent chacun de 11 20 établissements Les quartiers ayant de
cabinets de lecture sont en majorité des quartiers de petite taille situés dans la
zone centrale Le dernier groupe presque dépourvu de cabinets de lecture couvre
est une vaste zone qui incluant la périphérie sauf au nord pénètre aussi
au ur de Paris par les îles et occupe la plus grande partie du noyau
historique et dense de la ville Avec 25 de la population ils ne détiennent que
96 des cabinets de lecture
On voit bien que implantation des cabinets de lecture loin de refléter
simplement la localisation des masses démographiques est fortement marquée
par les caractéristiques sociales de chaque quartier Nous avons confirmé cette
conclusion en calculant le nombre de cabinets de lecture pour 000 habitants
1024

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