Les cache-sexe du Centre-africain. - article ; n°1 ; vol.2, pg 103-112

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Journal de la Société des Africanistes - Année 1932 - Volume 2 - Numéro 1 - Pages 103-112
10 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : vendredi 1 janvier 1932
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G. Muraz
Les cache-sexe du Centre-africain.
In: Journal de la Société des Africanistes. 1932, tome 2 fascicule 1. pp. 103-112.
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Muraz G. Les cache-sexe du Centre-africain. In: Journal de la Société des Africanistes. 1932, tome 2 fascicule 1. pp. 103-112.
doi : 10.3406/jafr.1932.1528
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/jafr_0037-9166_1932_num_2_1_1528LES CAGIIE-SEXE DU CENTRE-AFRICAIN,
MÉDECIN le. L'-COI.ONEL Docteur I1FS G. TRUITES MURAZ, COLONIALES.
(Planches II-VII)
Le Musée des Offices, à Florence, a le bonheur de posséder le geste
humain le plus exquis que dans le cours des siècles la pudeur ait ordonné
à la femme : ses salles abritent la splendeur émue de la Vénus de Médicis.
Si dans l'Afrique centrale je n'ai jamais rencontré cette forme harmon
ieuse, ce canon à type sesquialtère qui, selon Richer, reste le fin du fin
de notre périssable dépouille^ j'ai constaté chez des primitifs presque
nus, et sous des aspects assez variables, l'existence de ce trouble si par
ticulier qui naît brusquement sous le regard violateur de l'intimité sexuelle4.
Il n'y a pas que le mot. La chose existe. Roumsioloum, disent les Saras
du Moyen-Chari : la pudeur, la honte. Et combien curieux est chez eux
le siège, si je puis dire, de ce sentiment suivant le sexe. Si la femme est
callipyge, ou, cas plus fréquent, stéatopyge, on le saura. Rien ne voile
ses formes opulentes. L'homme, par contre, a toujours les fesses cachées
par une peau de chèvre pendante. Mais rien devant (fig. i). Rencontre-
t-il quelqu'un, femme ou homme', rentre-t-il de la brousse au village?
Prestement sa main gauche1 repousse pénis et testicules dans la région
périnéale et ses adducteurs assurant fermement leur rôle physiologique,
il va, il marche, n'offrant vraiment aux yeux qu'un féminin pubis (fig. L2).
Dans ce custodi nos imprévu, la striction des cordons, parfois d'une
longue durée, n'est pas sans retentissement pathologique. L'hydrocèle,
l'orchite chronique, l'ectopie testiculaire sont les banalités de la consul
tation médicale au pays Sara.
Mais pourquoi, chez l'homme seulement, ce souci de protection, vif
pour son postérieur, à peu près nul pour son anatomie sous-pubienne ?
On peut remarquer, mais cela n'éclaire pas tout, que sa peau de bouc ou
1. La main droite, qui sert à manger, n'est jamais employée à cela. SOCIÉTÉ DES AFRICANISTES 104
de chèvre (appelée communément par nous peau-de-cabrî) lui sert de
siège et, détachée lorsqu'il pleut, de parapluie. Je crois plus juste de
penser qu'elle est destinée à absçondre, au moment de la petite manœuvre
que je viens de dire, la masse testiculaire, fortement pressée par le jeu
des adducteurs, qui apparaît au-dessous du pli interfessier sous la forme
d'une indécente hernie.
Mais comme tout cela est plein d'insaisissable contradiction, est variable
d'une race à l'autre ! Si les Sara du Sud tchadien voilent ces bourses qui.
ne peuvent- trouver comme la verge un refuge momentané sous le plan
périnéal, les Kirdi* de Iloum se contentent de placer précautionneuse
ment le pénis seul dans un étui de paille tressée (fig. 3 et 4). Le méca
nisme de cette intromission est curieux, line main enfouit sous la peau
du scrotum la verge tout entière. L'autre main place l'ouverture de l'étui
sur cette invagination temporaire. La première main ôtée, le pénis se
loge de lui-même dans cette gaine et, par sa rénittence, la maintient en
place pendant les mouvements de la marche (fîg. 5 et в).
Cette coutume en rappelle une autre que m'a signalée un confrère.
Dans certaines îles de la Malaisie, les hommes, — en nombre peu élevé
par rapport à celui des femmes, - — enfermeraient leur verge dans un étui
de peau garni de piquants. Ceci, non plus par pudeur, mais pour donner
sans doute un démenti au proverbe en évitant que le fourreau n'use la
lame.
Une courte digression me permettra, h propos de la peau-de-cabri sara,
de dire quelques mots sur la nécessité, — quoi qu'en pensent nos mis
sions/ catholiques ou protestantes, — de ne pas trop habiller, dans nos
colonies, des autochtones qui se sont toujours bien portés sans nos vêtures
européennes. C'est le cas des Sara employés sur les chantiers du chemin
de fer Congo-Océan, dans le Moyen-Congo. Nous devons les habiller pour
les préserver des pneumococcies, et c'est tout. Car c'est là un entraîne
ment, contre le froid, que ne possède pas le Sara. Dans son village, à la
saison fraîche ou lorsqu'il pleut, il reste dans sa case, se chauffe accroupi
auprès du feu central et attend, pour se mettre ou se remettre au travail,
une meilleure température.
Habiller continuellement- le Noir, c'est le vouer à la gale, à la récur
rente à poux, cette épidémie qui en ces dernières années faucha des mil-
1. « Le Kirdi (du plateau Mandara, au Cameroun) est l'élément autochtone -pur; il
a un vif sentiment de son indépendance et, comme il n'a aucunement besoin des
gens de la plaine, on ne peut agir sur lui parla contrainte ; pour se faire écouter, le
sultan doit faire appel non à la force, d'ailleurs dérisoire, des soldats de sa cour,
mais aux traditions communes, à son prestige propre, et aussi à des arguments d'ordre
surnaturel toujours puissants sur ces âmes de primitifs. » (La' Conquête du Cameroun-
Nord, /3/Í-/9/5, par le Lt-Colonel .1. Ferrandi. Ch. Lavauzelle et Cie, éditeurs.) LES CACHE-SEXE DU CENTRE-AFRICAIN 103
liers d'Arabes tchadiens habillés et ne s'arrêta, vers le Sud, que devant
le barrage de l'adamisme Sara. C'est surtout le vouer, par inévitable pénur
ie vestimentaire, à la saleté corporelle.
Dans la Revue de Médecine et d'Hygiène tropicales (1931, № 4) et dans
Y Hygiène Sociale (1931, № 62), le D1' Fougerat de Lastours a longuement
étudié le problème de l'ensoleillement dans les pays chauds. Dans
Hygiène, Nudité, Soleil aux Colonies, il nous apprend qu'à la suite de sa
communication aux « Journées médicales » de l'Exposition « et des très
intéressantes précisions sur le vêtement des indigènes, spécialement sur
les chantiers du chemin de fer Congo-Océan, données le 1er août 1931,
par M. l'Inspecteur Général du Service de Santé des Colonies Lasnet et
par le Docteur Gaston Muraz, inspecteur de la Maladie du sommeil en
A.E.F., le vœu suivant a été adopté à l'unanimité en séance plénière de
clôture » :
Le Congrès de Médecine Coloniale, réuni à Voccasion de V Exposition Inter
appelle" V attention des Pouvoirs Publics, métropolitnationale, Paris 1931,
ains' et coloniaux, sur les avantages que présente l'utilisation rationnelle du
soleil comme hygiène et, tout spécialement, sur les graves dangers de Vhabil-
tement, systématique et obligatoire, des populations indigènes qui, si elles
peuvent souvent avoir besoin de protection pour les nuits fraîches, doivent pou
voir sHnsoler largement dans la journée selon leurs salutaires coutumes sécu
laires.
Voyons maintenant comment la femme primitive dérobe aux regards
son pôle sexuel, quand elle en a souci.
Je dirai d'abord que la Noire fétichiste ou naturiste n'est pas toujours
adamienne par nécessité. Si elle ne dispose pas partout d'étoffes de traite,
elle pourrait user largement des feuilles d'arbustes, dont elle est comb
lée. La région sara n'est pas dans la zone saharienne, pas même dans
la zone sahélienne. La nature y est prodigue de verdure. Dans la forêt de
la Haute-Sangha, les femmes Baya portent devant et derrière d'énormes
touffes de feuilles minutieusement imbriquées et cousues.
Mais cette mode n'a jamais tenté la Sara-Madjinngaye, la Sara-Kaba,
la Sara-Daï, la Sara-M'Baye. Et je vais analyser la simplicité de leur
vêtement en allant du bouquet de feuilles au rang de perles, du tablier
de perles aux crins de cheval, des petits anneaux de cuivre et d'étain au
gol, cette extraordinaire ceinture de chasteté.
Voici donc [fig. 7) le petit bouquet de feuilles des fillettes et des femmes
Sara. Chevauchant une ceinture de perles bleues et blanches (ceinture
appelée en arabe tchadien souk-souk ; en sara, médé ou bangdien), la
touffe verte se niche au creux pubien. Vite flétrie comme on le pense, elle
est changée plusieurs fois par jour. ;
'
106 SOCIÉTÉ DES AFRICANISTES
Hygiène facile qui n'est pas permise aux femmes Mandjia (Nord-Est
de Bangui. Oubang-ui-Chari), dont le cache-sexe est véritablement de
type hippique {fig. S). Il me paraît vraisemblable, pour des raisons
. * . que je donne plus loin au sujet des ceintures de crins, qu'ici l'imitation
d'une queue de cheval, en rafia rouge ou noir, n'est pas sans relation avec
une idée de dot et de richesse.
Mais la coquetterie naît peu à peu chez la jeune fille Sara comme chez
toutes les jeunes filles du monde, et la voilà qui abandonne le bouquet
de feuilles pour un plastique rideau de ficelles rouges. Non délaissé tout
" à fait, ce bouquet, puisque, de devant, il est passé derrière, là même où „
autrefois le relief fessier était absolument nu. Coquetterie, sans plus, car
après le mariage on revient h la si commode, à la si fraîche poignée de
• ' feuilles. Le kidiep, cette ceinture de perles rouges, bleues et blanches
d'où pendent à l'endroit qu'il faut des ficelles teintes en rouge par la
nouba (terre de fer), le kidiep {fig. 9) jugé inutile sans doute au lende-
. main du mariage, est vendu par l'épousée Jj une jeune fille.
; Chez les Sara-M'Baye-Doba (Moyen-Logone), les perles, — d'autant
précieuses qu'elles sont la menue monnaie du pays, — sont parcimo-
" • nieusement tissées en cache-sexe et dissimulent bien peu {fig. 10) ce
; . ; qu'elles devraient cacher. C'est le кат, porté sur les rives de la Penndé,
j de l'antique Penndé de Psichari, la claire rivière des capitaines ' aux yeux
f' d'or, vêtus d'argent (Logone oriental).
Faute de nos perles, la Sara-M'Baye-Doba {fig. 11) se contente du tabi,
tout bonnement fait de deux cordelettes sur lesquelles sont enfilées des
I
l,\ le de cuisses les que par perles bar genoux. remarqué 1. Autre Le Mais devant médé les Fort-Archambault, faïence, épines (labrax). j'ai une Excellent dje'ri tisser de jusqu'au trouvé c'est seule et type Il blanches fer est iliaques aussi le elles C'est est en dans poisson de lignes un que les dje'ri. large en tiers le me'dé préféraient un plus tablier la les Polynemus et voile somme des de parfois, Le région son pendentif moyen élégants, Moyen-Chari). forgerons très perles fleuves de tnédé à plan demi court composé ficelles de plus se quadri/ilis. si bleues africains, est mobile ceinturer Moïssala, les présexuel. celles-ci. est de long fait rouges plus femmes fesses. celui village {fig. de Sousune de et analogue {fig. originaux tabi de des brillant rangs au 12). et, disposaient leur fabriquent puisque 1 sud-ouest femmes postérieurement, ceinture Sa au /), de gamme limite loup « couvre descendant perles tabliers-cache-sexe j'ai Sara-N'Gama méditerranéen, de du eux-mêmes. d'assez supérieure multicolore cordes compté le rouges Moyen-Chari, pubis un jusqu'aux de {fig. au-des- tablier bordés réunit perles et ou (Sud 13), que J'ai les au », LKS CACHE-SEXE DU CENTRE-AFRICALN 107
sous de sa ceinture 25 doubles rangs de ficelles garnies de perles de fer.
Chaque double rang vaut cinquante centimes. Les jeunes filles portent
plutôt le médé, les femmes mariées le dje'ri. Rien sur la région lombo-
sacrée. A l'heure des trépidants tamtams, le cliquetis et le bruissement
des tabliers de perles s'ajoutent au rythme des balafons et des tambours.
Rares sont encore, parmi ces danseuses, celles qui voilent mal leur pubis
d'un lambeau d'étoffe européenne, ou d'une bande de coton (gabak) tissée
par les tribus arabisées voisines. Ce tout premier essai de vêtement vrai,
c'est le banté (fig. 14, sujet de gauche).
Au pays Nantchéré, situé dans une boucle de la Tandjilé, presque sur
la ligne de partage des eaux des bassins du Chari (Logone) et du Niger
(Bénoué), la perle est reine et les femmes en sont toutes bardées, cuiras
sées (fîg. 15). Une robe les habillerait-elle mieux ? Détaillons cette armure
de perles et de cauris (petits coquillages-monnaie : cyprœa caurica).
Large ceinture (nia) formée de 19 rangs de perles et d'une rangée de
cauris (fîg. 16). Petit tablier prépubien de perles bleues (dalra). Une bri
cole blanche barrant le sein gauche et 18 colliers enchevêtrés (sagla).
Dix-huit bracelets de perles gainant des biceps en relief. Deux lourds
bracelets de cuivre cerclant les poignets.
Kt voici trois autres femmes Nantchéré (fîg. 15) dont deux vont nous
présenter le gàgueu ou filet sus-fessier. Au milieu d'elles, sous un faciès
bestial, un long feston de perles claires, parti du cou, s'engage entre les
deux seins pour atteindre, dans la zone pubienne, le monnde', la ceinture
que rendent sonore trente clochettes de fer.
Ayant examiné dans le détail ces femmes de bronze, c'est au moment
d'abandonner l'étude de leurs singulières parures que j'ai aperçu sur une
fesse gauche (fîg. 15, sujet de droite) une manière de main de Fatma
en tissage perlé rose et blanc. C'est l'homologue de notre alliance à l'an
nulaire gauche, le signe du mariage chez la femme Nantchéré.
Non loin de. cette tribu, chez les Mesmé, on observe des bassins de
femmes véritablement chamarrés, barrés en tous sens de fils de perles
et d'aiguillettes (fîg, 17 et W). Celles-ci sont élégamment représen
tées par les kia de cordelettes rouges et leur jonction prépubienne se
fait sous une écaille de moule de rivière à nacre rose.
Cache-sexe bien inattendu, voici trois bagues que porte sur une simple
cordelette une jeune fille Sara-M'Baye-Rouaï (fig. 18), dans l'est du
Moyen-Chari. Elles sont d'étain et, enfilées к la base du /m, ou cein
ture torse marron, on les nomme baïnn-guéra.
Autre attribut bizarre est le darr, le peigne en bois de cette femme
Sara-M'Baye-Kan (fîg. 19). Près de celle-ci, une jeune fille au très régul
ier tatouage cicatriciel sterno-pectoral, porte le quarem, un petit faisceau
de nervures de feuilles que soutient un rang de perles. Les dents heu- 108 SOCIÉTÉ DES AFRICANISTES
reusement souples, de ce peigne, et les brindilles de cet opercule végét
al sont maintenues en bonne 'place par le seul resserrement de cuisses.
C'est un dispositif à peu près semblable qu'adopte la femme Kirdt
(fétichiste) de Roum, sur le plateau central du Cameroun, dont l'énorme
houppe lombaire rappelle un peu le rafia hippique des Mandjia. Ce tou
pet volumineux est relié par une grosse torsade de ficelles, qui suit le pli
ano-vulvaire, à une sorte de claquettes faisant songer à une paire de
castagnettes {Jig. 21). Mis en place, ce système assure une occlusion
complète de la vulve.
Tout autre est la coutume des femmes Sara-Daï, dans la subdivision
de Moïssala (Moyen-Chari). Ici, c'est le mot exact, la pudeur ne tient
qu'à un fil. Elle est sauvegardée, paraît-il, par une ceinture composée
de crins de cheval au nombre, de plusieurs centaines parfois (fig. 22),
mais le plus souvent d'une dizaine seulement (fîg. 23). La ceinture de
la figure 22 n'est portée que les jours de fête, que les jours de grand
tam-tam. Celle plus modeste de la figure 23, c'est la tenue de tous les,
jours.
La nudité des femmes Sara-Daï est donc presque totale, et cependant,
— j'en ai fait la fréquente observation, — nulle d'entre elles ne sortira de
sa case sans ces quelques fils discrets autour de sa taille. Sans eux, il lui
est interdit par la pudeur (oui, elle sait dire le mot : Yo-Horo) de se
tenir debout, de déambuler, de danser. Avec eux, elle brave tout
opprobre.
Quelques femmes Sara-Daï remplacent cette originale et transparente
ceinture par une simple corde d'un centimètre d'épaisseur, blanche ou
rouge, sous laquelle le pubis reste encore plus dévoilé.
• J'ai cherché à savoir pourquoi la queue de cheval était ainsi mise à
contribution comme cache-sexe ou plutôt comme parure féminine. Dans
les explications assez vagues que Batinnda *, le chef des Sara-Daï, m'a
données, j'ai trouvé que cette ceinture était représentative de l'idée de
richesse. Au pays Sára sévit durement le nagana et il est bien difficile de
protéger les chevaux des piqûres d'innombrables tsétsés (Glossina rnorsi-
tans surtout) et de la trypanosomiase qui s'ensuit. Une monture est
donc un incontestable luxe puisque son propriétaire peut la perdre d'un
mois à l'autre. De plus, dans les unions riches, la dot ou entrent, à côté
des cabris, des couteaux de jet, des sagaies, un ou deux chevaux, est un
capital d'importance. Pour ces diverses raisons, je pense qu'on peut don-
\ . Batinnda (de Bâté et N'Da : mouton blanc). Le chef Batinnda commande fe
rmement une tribu où le mouton blanc passe pour un très méchant animal. Le Noir
africain manque rarement d'à-propos dans l'attribution des surnoms. • Tel cet autre
cas : dans le Bas-Congo, un administrateur très maigre avait été plaisamment baptisé
« Bissi-iménè » : la-viande-y-a-fini. ■ . - LES CACHE-SEXE DU CENTRE-AFR1CALN 109
ner à la ceinture de crins de cheval, à faible valeur intrinsèque (2 francs),
la signification que j'ai dite.
Cette idée de richesse, de dot élevée, qui seule donne du prix à la
femme, on la voit ailleurs sur ces corps sans voiles. Les bracelets de
cuivre, ou de fer, que portent les deux femmes des figures 14 et $2,
sont un élément principal de leur dot. On voit ici, à chaque bras, de 7
à 10 bracelets (à cinq francs pièce), soit de 3 à i kilos à membre;
la musculature et la distension veineuse des bras féminins Sara sont de
toute évidence dues aux volumineux et lourds bijoux qui surchargent les
poignets. - ...
En définitive, si Ton regarde les femmes des figures 22 et 23, on se
rend bien compte que la ceinture daï est plus une parure qu'un cache-
sexe puisque son nœud ou ses nœuds antérieurs, prépubien ou parabu-
biens, qui imitent la queue du cheval, jouent au [point de vue voile un
rôle presque nul.
J'aurais dû signaler plus haut, à propos du cache-sexe [fig. 31j des
femmes de Roum, ce bilboquet fait d'une houppe et d'une paire de cas
tagnettes, qu'en dehors du souci de cacher leurs organes sexuels, ces
femmes veulent peut-être interdire aux mauvais esprits l'entrée d'orifices
naturels.
C'est là, on le sait, une théorie de Reinach sur la pudeur : les parties
sexuelles obturées pour éviter que les effluves nocifs qui s'en dégagent
ne soient dommageables à l'entourage. Mais, sur ce point, on peut voir
que si cette explication est plausible pour les Kirdis de Roum, elle. est
sans valeur pour les Sara-Daï qui ne portent, on l'a vu, qu'une frêle cein
ture de crins, ceinture qui n'obture et ne voile rien. Et ces femmes con
naissent cependant la pudeur.
Mais ce souci de clore les orifices naturels impurs semble bien être
la préoccupation première des Sara-M'Bave-Yamodo (subdivision de
Doba, Moyen-Logone) avec, à mon avis, une différence essentielle. Ici,
ce n'est plus une prévention contre l'issue anale ou vaginale d'effluves
dangereux. Ce serait tout le contraire : « Nos femmes, disent les M'Baye-
Yamodo, veulent fermer à Koï, l'Esprit-du-Mal, les portes de leur
corps » К
Mais vit-on jamais cache-sexe aussi étrange ?
Que fait là cette poignée de canne, le gol ? Qui, voyant en place ce
curieux objet, n'a pas l'idée qu'il y simule un phallus (Fig. $5, 26 et
■ 28) ?
Dr 1. G. Au Muraz. sujet Vocabulaire de Koï, l'âme français-arabe dédoublée tchadien-sara des Sara, voir (Essai (Appendice, de classification page 311) des
tribus Sara; Superstitions locales, coutumes et pratiques de la médecine indigène
dans la race Sara (Ch. Lavauzelle et Cie, éditeurs, 1931). SOCIÉTÉ DES AFRICANISTES 110
C'est assez exact, comme j'ai pu le vérifier. Mais avant d'étudier le
sens de ce baroque appareil, voyons sa structure.
Le gol yamodo^ se compose de deux parties {fig. 29), le gol propre
ment dit et le ffogne, petit filet rouge qui sert de ceinture et applique le
gol sur la vulve et sur l'anus. Le gol a la forme d'une demi-accolade dont
la courbe, près de la petite extrémité, épouse parfaitement la ligne ano-
vulvaire. De l'extrémité anale part assez souvent une ficelle qui va se
fixer a la partie postérieure de la ceinture. Parfois cette extrémité est l'orifice"
légèrement engagée dans anal .' 29 et 24) et la ficelle posté[fig
rieure, devenue inutile, n'existe pas.
Pourquoi ai-je pensé, pense-t-on à une imitation pénienne devant la
forme si caractéristique du gol ? Tout l'indique.
De quoi est-il fait d'abord ? Des fibres d'un arbre, le moteuy réunies les
unes aux autres par de la ficelle très fine, et teintes en rouge. Or, si môteu
est le nom de cet arbre, il signifie aussi pénis en Sara-M'Baye. Sa courbure
est également celle du couteau de jet en bois jaune que les fiancés portent
sur l'épaule lorsqu'ils rendent visite à leur future femme. Et ce couteau de
jet de parade s'appelle aussi gol. Enfin, si certaines femmes n'ont sous
la grosse extrémité du gol que le gogne, le filet qui le soutient, beaucoup
d'autres portent à cette place une grosse grappe de cauris, le houla, qui
simule bien une paire de testicules (fig. 25 et 27). De plus, le souci du
détail anatomique se révèle dans le tissage de la partie priapoïde du
gol qui, c'est évident (fig. 27), représente un gland et son méat.
Le gol est lavé plusieurs fois par jour, au moment des mictions, et
renouvelé tous les six mois environ. Lorsqu'il veut substituer un môteu
de bon aloi au môteu postiche, c'est le mari qui retire lui-même l'étrange
objet. La plupart des femmes Sara-Yamodo portent le gol (fig. 25 et 28).
Cependant quelques-unes, les jeunes filles en particulier, abandonnent
heureusement cette abracadabrante coutume et donnent leur préférence
au kam, le petit tablier de perles, ou au ouara, le si pratique et peu
cher bouquet de feuilles.
Des divers cache-sexe que nous voyons ici reproduits, on peut dire
en concluant que seuls le tablier de perles ou celui de perles de fer
atteignent à peu près leur but. Les autres accusent plutôt aux regards le
pôle sexuel de la femme 'ou de l'homme, surtout lorsque leur bizarrerie
est excessive : tels le gol des femmes Yamodo ou l'étui pénien de paille
blanche sur le fond cutané noir foncé des Kirdis de tloum. Le certain,
c'est que xlans les tribus où la femme vit complètement nue, — on Га vu
chez les Sara-Daï où quelques crins de cheval ne peuvent être pris pour
un vêtement, — l'homme manifeste la plus complète indifférence devant
un pubis féminin glabre ou velu. Le désir qui naît du sens visuel est
réduit par l'habitude à un minimum voisin de zéro. LES CACHE-SEXE DU CENTKE-AFRICAIN .ill
Enfin, pour terminer cette rapide revue des cache-sexe du Centre-
Afrique, je montrerai, chez des fillettes, deux dispositifs ayant un carac
tère ornemental ou amusant.
Dans la race noire, les fillettes sont généralement nues, absolument
nues. Cependant, chez les Sara-Miltou, sur la rive gauche du Chari à la
hauteur du 10° de latitude Nord, elles portent devant le pubis la kalla
(fig. SI), "plaque de fer ou de cuivre, rendue très brillante par le fro
ttement et souvent gravée de dessins aux lignes très simples. .
Quant aux fillettes Arabe-Salamat (Sud-Est du Tchad), elles ont des
gestes et des gambades sonores : au devant et sous l'épaisse ceinture poly
chrome des souk-souk, les lourds rangs de perles, s'agite très fréquem
ment un grelot ou une sonnette [fig. SV2), je me suis laissé dire, sans
trop le croire, que les Arabes tchadiens trouvaient pratique une telle cou
tume pour les raisons que voici. #
Cette sonnette présexuelle, ils la nouent eux-mêmes très fortement,
interdisant à leurs filles de s'en séparer même un court instant. Et c'est
ainsi que cet amusant cache-sexe serait protecteur (?) de la vertu des
fillettes Salamat par la révélation, la nuit, de leurs escapades tintinna
bulantes.

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