Les catégories socio-professionnelles à l'épreuve de la réitération : une mesure de la fidélité du classement dans une enquête administrative - article ; n°6 ; vol.45, pg 1037-1064

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Population - Année 1990 - Volume 45 - Numéro 6 - Pages 1037-1064
Merllié Dominique. - Les catégories socio-professionnelles à l'épreuve de la réitération : une mesure de la fidélité du classement dans une enquête administrative. Par sa répétition, l'enquête administrative annuelle sur les inscriptions universitaires permet une étude de la fidélité des catégories socio-professionnelles dans cette enquête. L'analyse du tableau croisant les catégories successivement enregistrées pour les chefs de famille d'une population d'étudiants inscrits en 1975 et réinscrits en 1976 (n > 70 000) fait apparaître des changements dont la mobilité professionnelle ne pourrait expliquer qu'une très faible fraction (on explicite en annexe une question soulevée au sujet des mesures de la mobilité professionnelle sur une année). Affectant diversement les catégories, ces changements ne se distribuent pas de manière aléatoire. L'analyse de leur volume selon les catégories et des relations entre catégories qu'ils manifestent éclaire les principaux mécanismes qui les produisent et les significations variables des catégories pour les agents impliqués dans le classement.
Merllié Dominique. - Socio-occupational groups Tested by Repeat-Surveys Assessing the reliability of a classification used in administrative surveys. The annual administrative survey of student registrations in universities has been used to study the reliability of the standard classification by socio-occupational groups used. A cross-tabulation of groups for the occupations of heads of household of students first enrolled in 1975, and re-registered in 1976 (n > 70,000) showed changes of which only a small fraction could be ascribed to occupational mobility (measures of occupational mobility over a period of a year are discussed in the Appendix). These changes, which affect different groups in different ways are not random. An analysis of the size of these changes in different groups and of the relationships between groups, demonstrates the major mechanisms that underlie these changes, and the meaning that those involved in the classification attach to different groups.
Merllié Dominique. - Las categories socio-profesionales y la verificacion de la reite- racion : una medida de la fidelidad de clasificacion en una encuesta administrativa. Рог su repetición anual, la encuesta administrativa sobre las inscripciones universita- rias, permite efectuar un estudio de la fidelidad de las categorías socio-profesionales, regis- tradas en esta encuesta. El análisis, del cuadro a doble entrada, de las categorías registradas sucesivamente para los padres de familia, de una poblacfon de estudiantes inscritos en 1975 y réinscrites en 1976 (n > 70.000), hace aparecer cambios, que la mobilidad podría expli- carlos sólo en una minima proporci ón (en anexo formulamos el problema provocado a pro- pósito de las medidas de la mobilidad profesionál, en un aňo). Las categorías son afectadas en forma diversa y esos cambios no son aleatorios. El análisis de su amplitud, segun las categorías y su interrelation, que se révéla a través de esos cambios, explica los principales mecanismos que los producen y las variadas significaciones que tienen estas catégories, para los agentes implicados en la clasificacion.
28 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : lundi 1 janvier 1990
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Dominique Merllié
Les catégories socio-professionnelles à l'épreuve de la
réitération : une mesure de la fidélité du classement dans une
enquête administrative
In: Population, 45e année, n°6, 1990 pp. 1037-1064.
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Merllié Dominique. Les catégories socio-professionnelles à l'épreuve de la réitération : une mesure de la fidélité du classement
dans une enquête administrative. In: Population, 45e année, n°6, 1990 pp. 1037-1064.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/pop_0032-4663_1990_num_45_6_3643Résumé
Merllié Dominique. - Les catégories socio-professionnelles à l'épreuve de la réitération : une mesure de
la fidélité du classement dans une enquête administrative. Par sa répétition, l'enquête administrative
annuelle sur les inscriptions universitaires permet une étude de la fidélité des catégories socio-
professionnelles dans cette enquête. L'analyse du tableau croisant les catégories successivement
enregistrées pour les chefs de famille d'une population d'étudiants inscrits en 1975 et réinscrits en 1976
(n > 70 000) fait apparaître des changements dont la mobilité professionnelle ne pourrait expliquer
qu'une très faible fraction (on explicite en annexe une question soulevée au sujet des mesures de la
mobilité professionnelle sur une année). Affectant diversement les catégories, ces changements ne se
distribuent pas de manière aléatoire. L'analyse de leur volume selon les catégories et des relations
entre catégories qu'ils manifestent éclaire les principaux mécanismes qui les produisent et les
significations variables des catégories pour les agents impliqués dans le classement.
Abstract
Merllié Dominique. - Socio-occupational groups Tested by Repeat-Surveys Assessing the reliability of a
classification used in administrative surveys. The annual administrative survey of student registrations in
universities has been used to study the reliability of the standard classification by socio-occupational
groups used. A cross-tabulation of groups for the occupations of heads of household of students first
enrolled in 1975, and re-registered in 1976 (n > 70,000) showed changes of which only a small fraction
could be ascribed to occupational mobility (measures of occupational mobility over a period of a year
are discussed in the Appendix). These changes, which affect different groups in different ways are not
random. An analysis of the size of these changes in different groups and of the relationships between
groups, demonstrates the major mechanisms that underlie these changes, and the meaning that those
involved in the classification attach to different groups.
Resumen
Merllié Dominique. - Las categories socio-profesionales y la verificacion de la reite- racion : una medida
de la fidelidad de clasificacion en una encuesta administrativa. Рог su repetición anual, la encuesta
administrativa sobre las inscripciones universita- rias, permite efectuar un estudio de la fidelidad de las
categorías socio-profesionales, regis- tradas en esta encuesta. El análisis, del cuadro a doble entrada,
de las categorías registradas sucesivamente para los padres de familia, de una poblacfon de
estudiantes inscritos en 1975 y réinscrites en 1976 (n > 70.000), hace aparecer cambios, que la
mobilidad podría expli- carlos sólo en una minima proporci ón (en anexo formulamos el problema
provocado a pro- pósito de las medidas de la mobilidad profesionál, en un aňo). Las categorías son
afectadas en forma diversa y esos cambios no son aleatorios. El análisis de su amplitud, segun las
categorías y su interrelation, que se révéla a través de esos cambios, explica los principales
mecanismos que los producen y las variadas significaciones que tienen estas catégories, para los
agentes implicados en la clasificacion.о
LES CATEGORIES
SOCIO-PROFESSIONNELLES
À L'ÉPREUVE DE LA RÉITÉRATION :
une mesure de la fidélité du classement dans
une enquête administrative
Michel-Louis Dans une Lévy étude concluait sur la ainsi population sur les difficultés juive en d'identiFrance,
fication des sous-populations : «II est des groupes qui relè
vent à la fois de la sociologie et de la démographie : par
exemple «la communauté juive», la «classe ouvrière», la
«grande bourgeoisie»... Ces groupes ont en commun de pra
tiquer une forte endogamie, d'avoir un noyau très clair consti
tué de personnes dont l'appartenance au groupe ne fait aucun
doute ni pour eux-mêmes ni pour aucun observateur extérieur,
mais aussi d'avoir des «frontières» très floues [...].
Nous proposons d'appeler sociographie l'étude scienti
fique de ces groupes dont la définition et la mesure sont i
nterdépendantes et nous croyons que la nuptialité en est le
phénomène central. Peut-être la théorie des ensembles flous
serait-elle utile pour éviter que le nombre total de catholiques,
protestants, orthodoxes, juifs, musulmans, libres-penseurs,
athées et autres dépasse largement le nombre d'habitants de
la France»*.
Par une étude originale de la population étudiante,
Dominique Merllié** nous propose ici une mesure de ce flou
dans la nomenclature des catégories socio-professionnelles, et
des découpages les plus couramment utilisés dans les études
de démographie différentielle.
Il y a trente ans, dans une note de Population où il présentait des
données du Ministère de l'Éducation Nationale sur l'évolution de «l'origine
sociale des étudiants français» de 1939 à 1959, Alfred Sauvy (1960) re-
Démographie * ** M.-L. Université et Lévy destins : de «Réflexions Paris des sous-populations, I et CNRS. sur les évaluations 1983, du pp. nombre 35-44. de Juifs en France», AIDELF,
Population, 6, 1990, 1037-1065. 1 038 FIDÉLITÉ DES CATÉGORIES SOCIO-PROFESSIONNELLES
levait queťques anomalies témoignant des «imperfections» de «cet import
ant travail» statistique. Il notait l'importance et la variabilité du poste des
«professions inconnues»(I) et observait que les critères de classement
avaient certainement varié dans le temps et qu'il y avait lieu, par exemple,
de réunir les deux catégories relatives aux patrons de l'industrie et du
commerce^.
Les données d'origine administrative, dont les statistiques scolaires
et universitaires ne sont ici qu'un exemple, posent ainsi, aux chercheurs
qui en analysent les résultats, des problèmes spécifiques qu'ils ne semblent
pas rencontrer avec les enquêtes dont ils ont pu organiser et contrôler la
réalisation(3). C'est à la fois parce qu'elles répondent à des objectifs dif
férents, qu'il peut être intéressant d'étudier en tant que tels (Briand, Cha-
poulie, Peretz, 1979), et parce que, produits secondaires d'autres activités,
elles peuvent résulter de procédures de collecte et de traitement moins
homogènes, plus susceptibles de varier localement et dans le temps. Mais,
de ces différences réelles, on ne doit pas déduire que les catégories sta
tistiques sont mises en œuvre de manière radicalement différente dans ces
deux types d'enquête. Les anomalies, directement réparables ou non, des
statistiques administratives ne sont que les marques plus apparentes de mé
canismes sociaux qui peuvent jouer dans toutes les données d'enquêtes
statistiques, et dont la mise en évidence a une portée assez générale. C'est
pourquoi ces anomalies n'appellent pas dénonciation, mais attention, c'est-
à-dire analyse.
En effet, le contenu effectif des catégories statistiques ne se laisse
jamais définir par les seuls choix, fondés de manière théorique ou empi
rique, des auteurs de nomenclatures. Les «données», comme produit fini,
sont toujours élaborées de manière à la fois atomisée et collective par une
«chaîne» de production assez complexe pour laisser place à des formes
variables de réinterprétation. L'initiative et le sens social des informateurs,
des enquêteurs et des agents chargés des opérations de codage (qui ne
sont pas toujours distincts) introduisent dans le classement un «jeu», aussi
inévitable que, parfois, nécessaire au fonctionnement du travail statist
ique^. L'étude des modalités effectives des classements comme pratiques
О II variait de 2,2 % à 24,6 % selon les universités.
<2> «II y a eu certainement un déversement du groupe «chefs d'entreprise» vers le
groupe «artisans et petits commerçants». Il est, en effet, très peu vraisemblable que le nombre
des étudiants dont le père est chef d'entreprise ait diminué, en valeur absolue, de 21 400 en
1949 à 10 680 en 1959, comme l'indiquent les chiffres. Il faut donc bloquer les deux caté
gories». A. Sauvy fait des observations comparables à propos d'une série de statistiques sco
laires dont la stabilité surprenait Alain Girard : «La répartition des élèves selon l'origine
sociale, indice d'une portée étendue, est établie suivant une nomenclature trop large, qui
laisse des problèmes en suspens ou peut même conduire à des jugements erronés. (...) Peut-être
aussi la façon de répondre et de classer les réponses a-t-elle été modifiée avec le temps» (en
appendice à Girard, 1962, p. 46).
(3) Ainsi, les défauts relevés par Girard et Sauvy dans les statistiques scolaires sur la
classe de 6e contribuent à justifier la réalisation d'une enquête spécifique par l'INED (ibid.).
(4) Pour deux exemples de ces conduites adaptatives, respectivement de la part des
enquêteurs et des enquêtes, cf. Peneff, 1988 (sur les enquêteurs de l'INSEE dans la région
nantaise) et Combessie, 1990. FIDÉLITÉ DES CATÉGORIES SOCIO-PROFESSIONNELLES 1 039
d'adaptation à des situations sociales devrait donc paraître un préalable
nécessaire à l'interprétation des «données» statistiques(5).
Dans un travail précédent, j'ai développé cette idée en l'illustrant
principalement par l'étude des conditions de la mise en œuvre du code
des catégories socio-professionnelles dans le cadre des enquêtes administ
ratives sur l'origine sociale des étudiants (Merllié, 1983). Une partie im
portante des variations, dans le temps ou entre des sous-populations, des
résultats de ces enquêtes, traduit des différences, parfois très mineures,
dans les modalités d'enquête. Et l'observation des procédures de collecte
montre que les catégories socio-professionnelles sont comprises de man
ières très diverses par les agents qui les mettent en œuvre. Contre le
mode traditionnel d'interprétation de ces variations en terme d'«erreur»,
qui implique qu'on puisse toujours, au moins en droit, distinguer classe
ments corrects et erronés, j'ai essayé de faire valoir l'intérêt d'une analyse
positive de ces variations, assumant la pluralité des logiques sous-jacentes
aux classements sociaux, et utilisant de tels matériaux d'enquête pour faire
apparaître ces logiques. Dans une telle étude, les idées de l'auteur d'une
nomenclature sur les modalités correctes de sa mise en œuvre ne bénéfi
cient d'aucun privilège de droit sur celles des autres agents qui contribuent
au classement. Tout au plus peut-on les mobiliser pour faire ressortir par
différence les spécificités d'autres interprétations possibles, dont l'enquête
permet ou suscite une forme d'expression(6).
Mais renoncer à l'idée d'erreur et de mesure de l'erreur n'implique
pas l'abandon de tout projet de mesure au profit du seul inventaire «qual
itatif» des formes d'indétermination du classement. C'est ainsi que le
«flou» des catégories du Code des métiers a pu être mesuré par le ra
pprochement des classements effectués pour les mêmes individus dans le
recensement de 1975 et dans l'enquête contemporaine sur l'emploi, pour
montrer que les variations importantes des taux de stabilité ainsi produits
étaient porteuses d'informations positives sur les catégories qu'elles affec
taient (Thévenot, 1981). C'est le résultat d'une expérience assez compar
able qu'on présente ici.
I. - Objectifs
Dans le travail précédent, qui montrait une forte indétermination du
code des catégories socio-professionnelles mis en œuvre dans les enquêtes
sur les inscriptions universitaires, je relevais qu'il serait possible de spé-
(5) Si cette évidence ne s'impose pas d'elle-même, c'est qu'elle se heurte d'abord à
une représentation intellectualiste du travail intellectuel, mais aussi qu'elle est presque in
évitablement comprise comme dénonciation de la qualité du travail statistique. Il est ainsi
significatif que l'article cité à la note précédente (Peneff, 1988) ait donné Heu à polémique
de la part de sociologues américains manifestement soucieux de dissocier les pratiques, sau
vages à leurs yeux, observables dans le cadre d'une institution statistique européenne, de
celles des instituts d'enquêtes américains (Smith, Carter, 1989).
<6> Cf. les expériences de reconstruction de nomenclature et de recodage décrites dans
Merllié, 1985 et Merllié, Boussard, 1987. 1 040 FIDÉLITÉ DES CATÉGORIES SOCIO-PROFESSIONNELLES
cifier certains aspects de cette indétermination en rapprochant le classement
des mêmes étudiants à l'occasion d'inscriptions successives(7). Les données
des inscriptions de 1975 à 1979, réunies par le service des statistiques du
Ministère de l'Éducation Nationale pour constituer une étude longitudinale
des scolarités universitaires, ont permis la réalisation ultérieure de ce projet(8).
A la différence de l'étude précédente, rapprochant les résultats, pour
les mêmes étudiants, de deux enquêtes construites et réalisées différemment
(Merllié, 1982, cf. aussi Peneff, 1984), il s'agit cette fois de rapporter la
même enquête à elle-même, à la faveur de sa répétition dans le temps ;
on peut donc chercher à mesurer ainsi, non une variation extrinsèque de
la nomenclature dans des enquêtes différentes, mais une variabilité intri
nsèque des catégories mobilisées dans une enquête donnée(9). Plus encore
que dans la situation précédente, où il pouvait être tentant de prendre une
des deux enquêtes, jugée meilleure, comme un critérium pour évaluer les
«erreurs» de l'autre, on ne peut ici interpréter les résultats directement en
termes d'erreurs puisque, à défaut de toute information externe à l'enquête
elle-même, on ne saurait tenir pour «corrects» les classements constants,
pas plus que pour corrects dans un cas au moins ceux qui ont varié. La
procédure utilisée permet en revanche une mesure de la fidélité du cla
ssement (c'est-à-dire de l'instrument de mesure formé par les catégories et
l'ensemble des agents qui les mettent en œuvre) : on est dans une situation
assez voisine de celle que les manuels américains appellent «Round Robin»
(codage multiple utilisé à la fois pour tester un code et former les co-
deurs)<10>.
Sans doute la répétition de l'enquête n'est pas identique à celle du
seul codage (sur un matériel constant). Et on ne peut ici, comme dans
l'exemple cité de Laurent Thévenot, distinguer des variations imputables
aux réponses (ou au couple enquêté-enquêteur) et des dues au
classement (pour des réponses constantes)0 °. Mais cela ne tient pas seu
lement au fait que le matériel utilisé est fourni par les seuls chiffrements,
sans retour aux questionnaires, puisque, les enquêtes étant parfois invités
à donner leur réponse directement sous forme codée, la distinction même
des opérations de réponse et de codage n'est pas toujours matériellement
possible02*. D'autre part, avec la répétition de la «même» enquête auprès
<7) «L'analyse des fluctuations de la codification de la profession du père dans les
inscriptions successives serait très utile pour faire apparaître les catégories qui sont, de fait,
les plus interchangeables entre elles» (Merllié, 1983, p. 19, note 59).
(g) Je remercie Pascale Poulet et Frédéric Sénèze de m 'avoir donné accès à ce matériel.
(9) Ce vocabulaire peut paraître contestable dans la mesure où l'enquête administrative
nationale, sommant les résultats d'enquêtes locales réalisées plus ou moins différemment, ne
constitue guère «une» enquête homogène ; mais cette objection s'appliquerait aussi bien à
chacune des enquêtes réalisées localement, selon des modalités en fait également variables.
Et c'est, précisément, l'objet de la procédure présentée ici que de se donner un instrument
pour mesurer certains aspects de cette variabilité interne à l'enquête.
°°> Cf. par exemple Dorwin P. Cartwright (1959) qui cite A manual for coders du
Survey Research Center de l'Université de Michigan, 1952.
°') «Flou d'appellation» et «flou de chiffrement» dans sa terminologie (Thévenot,
1981, pp. 255-256).
('2) Comme dans la situation observée dans Merllié, 1982. Un matériel permettant, au
contraire, de comparer les réponses et leur codage est présenté et analysé dans Merllié, 1983,
pp. 32-36 et 43-45. FIDÉLITÉ DES CATÉGORIES SOCIO-PROFESSIONNELLES 1 041
des mêmes individus à une année de distance, il se produit nécessairement
des cas où l'information rapprochée s'est modifiée, soit par un changement
de la situation professionnelle du chef de famille, soit par son
d'identité (décès, divorce...)- Cependant, l'ensemble des modifications
introduites, en l'espace d'une année, par la mobilité professionnelle, les
changements dans la composition des familles et les décès n'est pas consi
dérable pour l'ensemble de la population adulte masculine, qu'on peut en
visager de prendre comme de référence. A fortiori, l'enquête
longitudinale utilisée ayant porté sur les étudiants s'inscrivant pour la pre
mière fois immédiatement après le baccalauréat, il s'agit de sujets assez
homogènes quant à l'âge, dont les chefs de famille doivent se situer majo
ritairement dans une période du cycle de vie relativement peu affectée à
la fois par la mobilité professionnelle (et matrimoniale) (plus importantes
à des âges antérieurs) et par la mortalité (dont les taux ne croissent qu'ul
térieurement). On peut donc considérer que ces facteurs objectifs de va
riation de l'information collectée, indépendants des procédures d'enquête
et de codage, ne pourraient expliquer que des variations très minimes des
classements produits, et ne constituent qu'un facteur de perturbation assez
négligeable de la mesure, si les variations observées sont importantes. Il
est en outre possible de vérifier si les changements sont effectivement plus
marqués dans les directions conformes à ce que ces mécanismes de mobilité
impliqueraient.
Mais la mesure de la variabilité du classement, et celle des différentes
catégories, n'épuise pas ce qu'on peut tirer d'une telle expérience, qui doit
nous renseigner aussi sur la nature des frontières séparant les catégories
entre elles : comme dans l'exemple emprunté ci-dessus à A. Sauvy, un
échange important entre deux catégories témoigne de leur relative indif
férenciation, ou d'une quasi-synonymie, dans cette pratique des classe
ments. Ainsi, les résultats obtenus ne se limitent pas à permettre de
distinguer des catégories plus ou moins fidèles, liées à des procédures de
classement plus ou moins constantes, et donc susceptibles de renvoyer à
un contenu ou homogène, mais peuvent, en outre, favoriser
l'interprétation du contenu de ces catégories. En d'autres termes, on peut
espérer retirer pratiquement d'un tel travail non seulement quelque chose
comme des coefficients d'indétermination applicables aux différentes ca
tégories, mais aussi des informations positives sur les relations qu'elles
entretiennent entre elles et les modes d'interprétation ou de regroupement
qui peuvent en découler.
П. - Le matériel utilisé
Le service statistique du Ministère de l'Éducation Nationale avait
constitué une «enquête longitudinale» en extrayant, des enquêtes annuelles
réalisées à l'occasion des inscriptions dans les universités de 1975 à 1979,
les informations utiles pour permettre l'étude du déroulement des scolarités 1 042 HDÉLITÉ DES CATÉGORIES SOCIO-PROFESSIONNELLES
dans ces établissements d'une cohorte d'étudiants constituée par les ba
cheliers de 1975 ayant pris une première inscription universitaire cette an
née-là (SIGES, 1982)<13>. Les étudiants, inscrits en 1975 et réinscrits en
1976, saisis par cette enquête forment une population suffisamment nom
breuse (n = 73 832) pour permettre une étude statistique assez fine des
fluctuations du classement socio-professionnel selon les catégories (quel
ques-unes étant cependant représentées par des effectifs très faibles) ; la
même opération répétée pour des années ultérieures n'aurait pour effet que
de porter sur des populations numériquement plus réduites (et par ailleurs
scolairement et socialement plus sélectionnées). C'est pourquoi on analyse
ici le résultat obtenu par le croisement des catégories socio-professionnelles
attribuées successivement à ces étudiants en 1975 et 1976.
Les catégories socio-professionnelles qu'utilisaient les universités sur
instruction du Ministère apparaissent comme une variante du code alors
en usage à l'INSEE (jusqu'en 1982), dans laquelle quelques catégories ne
sont pas distinguées* 14) ou proposées(15), d'autres catégories étant au
contraire éclatées, principalement de manière à isoler les enseignants(16).
Au prix de quelques regroupements de part et d'autre, ce code peut donc
se ramener à celui de l'INSEE, à ceci près, cependant, qu'il comporte en
core une dernière catégorie, au contenu indéterminé, intitulée Catégories
non mentionnées ci-dessus (généralement regroupée avec les Autres caté
gories dans les publications). Les catégories ainsi imposées aux universités
ne comportent pas d'autres instructions de codage que quelques précisions
apportées à certaines d'entre elles(17).
Sans décrire à nouveau le détail des modalités de collecte et de co
dage mises en œuvre par les universités, on peut rappeler qu'elles comport
ent des variations assez importantes, à la fois entre les établissements et,
pour un même établissement, dans le temps(18). L'organisation des inscrip-
(1?) II ne s'agit pas de l'ensemble des bacheliers poursuivant des études universitaires,
les bacheliers de 1975 qui ne se sont inscrits qu'ultérieurement dans une université (après
une interruption d'études ou passage par une autre forme de scolarisation supérieure, comme
les classes préparatoires aux grandes écoles, les Sections de techniciens supérieurs ou diffé
rentes autres formes d'études hors université stricto sensu) n'étant pas pris en compte. Dans
la pratique, le champ de l'enquête est un peu plus réduit, faute des informations nécessaires
pour trois universités parisiennes d'une part, et sur les étudiants qui, n'ayant pas alors de
numéro d'identification national, en ont reçu un provisoire à leur première inscription d'autre
part (outre ceux pour lesquels il y a eu une erreur de relevé de ce numéro lors de l'une ou
l'autre inscription).
(14> Celles des groupes des Personnels de Service et des Sans profession.
05) Les Apprentis.
(16) Distinction des catégories Professeurs et Professions littéraires et scientifiques et
des trois catégories Instituteurs, Personnel de surveillance des établissements d'enseignement
et Professions intellectuelles diverses ; mais aussi d'une catégorie Professions médicales sa
lariées.
07) Comme les limites du nombre des salariés des catégories de patrons, la précision
que les Cadres administratifs supérieurs incluent les officiers, que les Professions intellec
tuelles diverses et les Professions médicales et sociales sont d'un niveau d'instruction se
condaire, ou encore que certaines catégories s'appliquent à la fois aux secteurs public et privé
(qu'aucune catégorie n'invite d'ailleurs à distinguer). Cf. Merllié, 1983, p. 31.
(18) ijne description détaillée de ces procédures et des exemples de formulations du
questionnement et des pratiques de codage se trouvent dans 1983, pp. 21-28, 32-40. FIDÉLITÉ DES CATÉGORIES SOCIO-PROFESSIONNELLES 1 043
tions peut être prise en charge par un service central ou par les différentes
composantes des universités (dont les procédures peuvent alors varier). Le
dossier d'inscription peut être retourné par correspondance, ou remis dans
l'établissement ; dans le second cas, le codage des informations recueillies
peut être fait a posteriori, donc en l'absence de l'étudiant, ou au cours
des formalités d'inscription elles-mêmes, et alors éventuellement en inter
action directe avec lui. Les personnes chargées des inscriptions (et du co
dage des fiches) peuvent être des membres (relativement stables) du
personnel administratif de l'université, ou (sans doute plus souvent) des
vacataires recrutés pour les quelques mois de cette activité saisonnière. La
pratique de leur travail leur apprend très vite qu'ils n'ont ni aide à attendre,
ni contrôle à craindre en ce qui concerne l'enregistrement de l'information
sur la profession des parents, qui est sans incidence sur la gestion univers
itaire.
La présentation des formulaires est également variable, la question
posée sur la profession du chef de famille comportant des libellés diffé
rents, jusque dans la désignation de la ou des personne(s) concernée(s) ;
la question peut être ouverte ou précodée (l'étudiant est invité à se reporter
au code pour y choisir sa réponse) ; le contexte immédiat de cette question
est aussi variable, certains formulaires demandant des informations complé
mentaires (sur l'activité elle-même, et/ou sur la «branche d'activité» par
exemple). Un effet réparable statistiquement de cette diversité des pratiques
est la forte variation des taux de non-réponse et des réponses indéterminées
(Sans profession, Catégories non mentionnées) selon les établissements,
qu'A. Sauvy relevait déjà pour l'année 1959(19). L'étude de ces modalités,
en 1982, montrait encore que certaines universités ne redemandaient pas
l'information sur la profession du chef de famille lors des réinscriptions ;
une telle pratique a évidemment pour effet une stabilité mécanique des
catégories successivement attribuées aux mêmes étudiants. On peut cepen
dant penser qu'elle affecte peu (dans le sens de la stabilité) le résultat du
croisement des catégories en 1975 et 1976, dans la mesure où elle implique
une gestion informatique des inscriptions qui, minoritaire en 1982, devait
être faiblement ou pas du tout diffusée en 1976.
Ш. - Hypothèses
L'objectif et les modalités de l'expérience ainsi précisés, il est sou
haitable d'expliciter d'abord les hypothèses plus précises que la connais
sance préalable des mécanismes généraux de cette enquête, et des modes
de mise en œuvre du code des catégories socio-professionnelles qu'elle
comporte, permettait de formuler sur les résultats à attendre. On pourra
ainsi mieux juger de l'intérêt des résultats obtenus.
<19> Pour l'année 1978, cf. Merllié, 1982, tableau 2, pp. 81-82. 1 044 HDÉLITÉ DES CATÉGORIES SOCIO-PROFESSIONNELLES
Sur le solde des Une première hypothèse, méthodologique
mouvements parce qu'impliquée par la logique du
tif expérimental ainsi construit, est que :
al) les procédures d'enquête et de codage restent globalement assez
stables d'une année sur l'autre, malgré leur forte variabilité à la fois entre
les universités et au sein de chacune d'entre elles(20) : elle se vérifierait
par une similitude assez grande de la structure d'ensemble des catégories
aux deux dates, dont on peut en outre espérer que
al) les déformations éventuelles sont conformes aux effets de mob
ilité déjà évoqués, le plus marqué, lié au vieillissement d'un an des «chefs
de famille», pouvant être l'augmentation (par départ à la retraite et décès)
des Sans profession et des non-réponses. Une autre hypothèse annexe pos
sible est que
aS) le rapport des étudiants à la procédure d'inscription se modifie
dans le sens d'un zèle décroissant à remplir avec précision les formulaires,
ce qui contribuerait aussi à une augmentation des non-réponses.
Sur les mouvements Une distribution d'ensemble assez stable est
par catégorie cependant compatible avec des flux d'échange
entre les catégories ; les hypothèses les plus
générales qu'on peut faire sur ces flux portent sur leur importance, leur
symétrie et leur différenciation :
Ы) ils doivent être globalement assez importants, la faible fidélité
des catégories étant une conséquence prévisible de l'indétermination des
procédures d'enquête et de codage précédemment constatée ;
b2) pour la même raison qu'en al, et sous les mêmes réserves qu'en
al et a3, on peut s'attendre à ce qu'ils manifestent une assez grande ré
versibilité, de sorte qu'on doit pouvoir assez indifféremment analyser les
changements de 1975 à 1976 ou de 1976 à 1975, dans un tableau à peu
près symétrique autour de la diagonale ;
ЬЗ) ils doivent varier sensiblement selon les catégories et affecter
plus fortement les plus indéterminées ou susceptibles de fonctionner
comme «attrape-tout». Ce sont d'abord les catégories manifestement indé
terminées que sont les non-réponses, les Catégories non mentionnées et
les Sans profession, mais aussi certaines catégories dont le travail précédent
avait montré l'ambiguïté pour les codeurs, comme celles des Employés et
des Cadres moyens, ou encore celles des Professions intellectuelles di
verses, des Professions littéraires et scientifiques.
b4) A l'inverse, comme on avait constaté que les codeurs tendaient
à prendre appui sur la terminologie des réponses pour chercher à en re
trouver les expressions dans l'intitulé des catégories, on peut s'attendre à
(20) Les étudiants se réinscrivant après une première année d'études le font très géné
ralement dans la même université, de sorte que les variations qu'on peut observer à travers
ce matériel renvoient beaucoup plus à une variabilité interne aux différents établissements
qu'à celle qui peut les distinguer entre eux.

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