Les dermatoglyphes digitaux et palmaires des principaux groupes ethniques du Mali - article ; n°1 ; vol.8, pg 25-42

De
Bulletins et Mémoires de la Société d'anthropologie de Paris - Année 1981 - Volume 8 - Numéro 1 - Pages 25-42
L'étude des dermatoglyphes digito-palmaires des maninka, bamanan, soninké, foulbé de Birgo et songhoï a montré une caractéristique dermatoglyphique assez nette de chacun d'eux, avec aussi l'existence d'un fonds commun. La comparaison avec six autres groupes de l'Ouest-africain : sousou, kissi, guerzé (Guinée), mossi (Haute- Volta), biwols et banapas (Sénégal Or.) a permis de dégager que les liens génétiques entre les populations maliennes sont plus étroits qu'entre celles-ci et les populations de la Guinée, de la Haute- Volta et du Sénégal. Enfin, il ressort de la comparaison des populations négro- africaines avec les europoïdes qu'il y a plus de triradii accessoires interdigitaux et légèrement plus de t en faveur des premières. Celles-ci ont, par contre, des valeurs de l'indice de Cummins et des dessins sur l'Hy plus basses.
The study of the digital and palmar dermatoglyphics of maninka, bamanan, soninké, foulbé and songhoï resulted in a rather precise dermatoglyphic characterisation of each of these ethnic groups. Nonetheless, there seems to be a common background. The comparison with six other west-african groups (kissi, guerze, sousou, mossi, biwols and banapas) has shown that the genetic links between the studied Malinese populations are narrower than those between the Malinese and the others. Compared to certain european groups, they show more accessory interdigital triradii and also slightly more carpal triradii. The Cummins indice, indicating the number of patterns on the hypothenar area is lower in the africans. No differences seem to exist concerning the PII and the th/I.
18 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : jeudi 1 janvier 1981
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B. N. Keita
Les dermatoglyphes digitaux et palmaires des principaux
groupes ethniques du Mali
In: Bulletins et Mémoires de la Société d'anthropologie de Paris, XIII° Série, tome 8 fascicule 1, 1981. pp. 25-42.
Résumé
L'étude des dermatoglyphes digito-palmaires des maninka, bamanan, soninké, foulbé de Birgo et songhoï a montré une
caractéristique dermatoglyphique assez nette de chacun d'eux, avec aussi l'existence d'un fonds commun. La comparaison avec
six autres groupes de l'Ouest-africain : sousou, kissi, guerzé (Guinée), mossi (Haute- Volta), biwols et banapas (Sénégal Or.) a
permis de dégager que les liens génétiques entre les populations maliennes sont plus étroits qu'entre celles-ci et les populations
de la Guinée, de la Haute- Volta et du Sénégal. Enfin, il ressort de la comparaison des populations négro- africaines avec les
europoïdes qu'il y a plus de triradii accessoires interdigitaux et légèrement plus de t en faveur des premières. Celles-ci ont, par
contre, des valeurs de l'indice de Cummins et des dessins sur l'Hy plus basses.
Abstract
The study of the digital and palmar dermatoglyphics of maninka, bamanan, soninké, foulbé and songhoï resulted in a rather
precise dermatoglyphic characterisation of each of these ethnic groups. Nonetheless, there seems to be a common background.
The comparison with six other west-african groups (kissi, guerze, sousou, mossi, biwols and banapas) has shown that the
genetic links between the studied Malinese populations are narrower than those between the Malinese and the others. Compared
to certain european groups, they show more accessory interdigital triradii and also slightly more carpal triradii. The Cummins
indice, indicating the number of patterns on the hypothenar area is lower in the africans. No differences seem to exist concerning
the PII and the th/I.
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Keita B. N. Les dermatoglyphes digitaux et palmaires des principaux groupes ethniques du Mali. In: Bulletins et Mémoires de la
Société d'anthropologie de Paris, XIII° Série, tome 8 fascicule 1, 1981. pp. 25-42.
doi : 10.3406/bmsap.1981.3808
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bmsap_0037-8984_1981_num_8_1_3808Bull, et Mém. de la Soc. d'Anthrop. de Paris, t. 8, série XIII, 1981, p. 25-42.
LES DERMATOGLYPHES DIGITAUX ET PALMAIRES
DES PRINCIPAUX GROUPES ETHNIQUES DU MALI
par B.N. Keita(*)
Résumé. — L'étude des dermatoglyphes digito-palmaires des maninka, bamanan,
soninké, foulbé de Birgo et songhoï a montré une caractéristique dermatoglyphique assez
nette de chacun d'eux, avec aussi l'existence d'un fonds commun. La comparaison avec six
autres groupes de l'Ouest-africain : sousou, kissi, guerzé (Guinée), mossi (Haute- Volta),
biwols et banapas (Sénégal Or.) a permis de dégager que les liens génétiques entre les popul
ations maliennes sont plus étroits qu'entre celles-ci et les populations de la Guinée, de la
Haute- Volta et du Sénégal. Enfin, il ressort de la comparaison des populations négro-
africaines avec les europoïdes qu'il y a plus de triradii accessoires interdigitaux et légère
ment plus de t en faveur des premières. Celles-ci ont, par contre, des valeurs de l'indice de
Cummins et des dessins sur l'Hy plus basses.
Mots-clés : Dermatoglyphes, Mali.
DIGITAL AND PALMAR DERMATOGLYPHICS
OF THE PRINCIPAL ETHNIC GROUPS FROM MALI
Summary. — The study of the digital and palmar dermatoglyphics of maninka, bamanan,
soninké, foulbé and songhoï resulted in a rather precise dermatoglyphic characterisation of
each of these ethnic groups. Nonetheless, there seems to be a common background. The
comparison with six other west-african groups (kissi, guerze, sousou, mossi, biwols and
banapas) has shown that the genetic links between the studied Malinese populations are
narrower than those between the Malinese and the others. Compared to certain european
groups, they show more accessory interdigital triradii and also slightly more carpal triradii.
The Cummins indice, indicating the number of patterns on the hypothenar area is lower
in the africans. No differences seem to exist concerning the PII and the th/I.
Key-words : Dermatoglyphics, Mali.
I. — INTRODUCTION
Les travaux faisant état des dermatoglyphes de la population actuelle du
Mali ne contiennent, en général, que des données sur la répartition des dessins
digitaux. C'étaient, avant 1960, des travaux généraux sur l'ensemble des popul
ations de ce qu'on appelait le « Soudan Français », et appartenant surtout à la
plume de Leschi (1948, 1950) et de Gessain (1953, 1957). Ils donnent les
premières informations sur la variation des principaux types de dessins digitaux
des populations comme les malinké-bambara, sarakolé (ethnonymes utilisés par
(*) Institut des Sciences humaines. Département d'Anthropologie, B.P. 159, Bamako
(République du Mali). 26 SOCIÉTÉ D'ANTHROPOLOGIE DE PARIS
les auteurs) et les peuls du Sénégal, de la Guinée et du Soudan (« Français »)
réunis ensemble. Dans ces travaux, comme on peut en juger aujourd'hui, existent
de sérieuses insuffisances malgré toute leur importance. Ainsi, par exemple, les
groupes ethniques étaient pris sans tenir compte des phénomènes historiques
réels. En effet, réunir malinké et bambara (maninka et bamanan) ou tous les
peuls (foulbé) des régions du Mali, de la Guinée et du Sénégal, c'est ignorer
des spécificités ethniques ou même raciales bien réelles, donc fausser d'emblée
les résultats de l'analyse populationiste. Deuxièmement, les études faites ne
tiennent compte que des dessins digitaux, certes importants, mais insuffisants
pour une analyse objective de la slructure des dermatoglyphes en général.
Un pas très important a été franchi dans la compilation de matériaux et
l'étude des dermatoglyphes des populations de la région par l'apparition des
travaux des hollandais Huizinga (1965, 1966), Glanville (1966, 1967) et Rigters-
Aris (1975). Premièrement, ces auteurs ont analysé des différenciations ethniques
de la zone. Pour la première fois, étaient connues des données sur les principales
lignes palmaires, l'indice de Cummins (MLI), les dessins sur Ну et th/I, l'angle
atd et le comptage des crêtes digitales de dogons, de foulbé de Shanga et de
Boni (Mali), ainsi que de kurumba de la Haute-Volta, une des plus anciennes
populations de la région.
Ces travaux sont très importants, tant du point de vue de la morphologie
que de celui de la caractéristique ethnique donc, par extension, de l'ethnogenèse
de ces populations. Cependant, il faut relever certains hiatus qui sont à notre
avis d'ordre méthodologique. C'est au niveau de la fixation de certains caract
ères. Par exemple, les vestiges de dessins sur Ну et th/I sont calculés avec les
vraies configurations. Ils en font cas mais ne donnent pas leurs fréquences
séparément. Les triradii axiaux, t, ť, t", etc.. sont déterminés à l'aide de
l'angle atd, à propos duquel nous reviendrons plus loin. Il est possible que la
dynamique du développement de la science dermatoglyphe confirme ces démarc
hes, mais à l'heure actuelle les avis étant très partagés, il sera malheureusement
extrêmement difficile de procéder à des comparaisons fort utiles du point de
vue de l'évolution de nos connaissances sur la répartition réelle de tels ou tels
caractères anthropologiques.
II. — MATERIEL ET METHODE D'ANALYSE О
L'analyse d'empreintes digitales et palmaires de 632 maliens dont 463 hom
mes et 169 femmes que nous proposons ici est celle de Cummins et de Midlo
(1962). Les empreintes sont réparties entre maninka (120 (51» 47 9), bamanan
(129 tf, 39 9), soninké (57 tf, 22 Ç), foulbé de Birgo (région de Kita : 115 ď,
39 9), songhoï (25 с?, 22 Ç). En outre, elles ont été fixées par l'encre grasse
de tirage. Une légère modification de la méthode générale est faite pour la
(1) Ce matériel a servi de base à un premier essai de synthèse des dermatoglyphes des
groupes ethniques du Mali dans une thèse de doctorat (Ph. D.) soutenue par l'auteur en
Juin 1977 au Département d'Anthropologie Physique de l'Institut d'Ethnographie de
l'Académie des Sciences de l'U.R.S.S., à Moscou. KEITA. — DERMATOGLYPHES DU MALI 27 B.N.
t" selon les recommandations de Sharma (1964) fixation des triradii t, ť,
excluant la prise en compte de l'angle atd. La longue pratique de plusieurs
auteurs a montré que la méthode classique (par mensuration) est pour le moment
la plus objective (de toutes celles proposées jusqu'alors) et morphologiquement
la mieux soutenue. La méthode par l'angle, on le sait, est physiologiquement
liée à des facteurs très instables qui conduisent à des données atarrantes et
difficilement comparables. On en a suffisamment parlé dans la littérature
(Mavalwala, 1963 ; Sharma, 1964).
Dans un but de comparaison, sur les échantillons maliens, nous avons
déterminé t des deux manières précitées. Dans la deuxième (par l'angle), il a
été tenu compte des limites généralement considérées par les auteurs l'utilisant.
Rappelons pour cela que Penrose (cité par Mavalwala, 1963) propose trois
limites correspondant aux trois types de triradii axiaux : t, quand l'angle atd est
inférieur à 45° ; ť , quand atd est compris entre 45° et 56° ; et t", quand il
est supérieur à 56°. Ces limites furent un peu modifiées par Geipel (1964) et
plus précisément les 45° et 56°. Mavalwala aussi en a proposé (1963) de
nouvelles : — 35° et 65°. Nous nous trouvons ainsi devant différentes méthodes
dont chaque auteur défend l'objectivité. Ces limites peuvent être objectives pour
chaque cas précis, étant donné que les facteurs les déterminant sont instables,
c'est-à-dire variant d'un individu à un autre. Il s'agit des triradii « a » et « d ».
Sur un échantillon de 268 individus, nous avons mesuré les angles atd, at'd
et at"d mais déterminés au préalable selon la méthode classique. Les limites
suivantes ont été enregistrées :
— pour t, les valeurs de l'angle varient entre 27° et 48° ;
— pour ť, entre 32° et 52° ;
— pour t", jusqu'à 72°.
Il est clair qu'il est pratiquement impossible d'inclure ces limites dans
n'importe lequel des schémas élaborés et cités plus haut.
La comparaison donne une idée bien nette des différentes fréquences de
t, t', t" avec les deux méthodes parallèlement utilisées. Des écarts de 10 à 20 %
sur un même caractère et chez une même population sont, évidemment, très
considérables. La méthode par l'angle est, à notre avis, par conséquent la moins
indiquée dans l'analyse raciale. Avec cette méthode, par exemple, tous les
groupes ethniques du Mali (étudiés ici) tombent dans les limites de variation
de t caractéristiques surtout aux mongoloïdes, qui en fournissent les plus hautes
fréquences dans le monde (Chit, 1975 ; Plato, 1977). Les raisons essentielles
de la très grande subjectivité de la méthode mise en cause subsistent dans les
composants même : «a», «t» et « d ». Ces triradii sont, morphologiquement,
très instables. « a » et « d » peuvent avoir des positions excessivement ulnaires
ou radiales et t dans la partie radiale ou ulnaire de la paume par rapport au
pli de flexion du pouce. Souvent, les premiers sont purement et simplement
absents. Il est clair que ces différentes positions ont une influence certaine sur
la valeur de l'angle ayant pour points les trois triradii. Ainsi la méthode classique
modifiée par Sharma diminue, à notre avis, la part de tous ces facteurs objectifs
et non stables et correspond à la structure morphologique de la paume. La
seconde méthode doit être, comme l'a d'ailleurs bien indiqué Geipel, ...complé- 28 SOCIÉTÉ D'ANTHROPOLOGIE DE PARIS
mentaire quand, pour une raison ou une autre, il devient impossible d'obtenir t
par mensuration.
Les caractères finalement retenus pour l'analyse sont : l'indice d'intensité
de crêtes digitales (DL™ ou PII), l'indice de Cummins (le ou MLI), t, Ну,
triradii accessoires interdigitaux. Ces caractères ont une structure génique, une
héritabilité démontrée (Volodskoï, 1937a ; Olivier, 1967 ; Chit, 1975) chez les
groupes raciaux mongoloïdes et europoïdes. Nous tenterons, quant à nous, de le
faire dans le présent article pour les négroïdes maliens (voir plus loin). Il a été
ajouté enfin, comme complément d'information, la répartition des dessins sur
th/I, les comptages de crêtes digitales et palmaires entre a-b, b-c et c-d.
III. — ANALYSE DES DERMATOGLYPHES
Avant de passer à celle-ci, nous avons voulu savoir s'il existe des corré
lations physiologiques internes entre les caractères que nous utilisons. Cette
question très importante, tant du point de vue théorique que pratique n'avait été
étudiée jusqu'alors que sur des matériaux d'europoïdes (Olivier, 1967 ; Chit,
1973, 1975 ; Nicolskaya, 1973) et de Mongoloïdes (Gladkova, 1964 ; Chit, 1973).
Les caractères considérés sont les six principaux à savoir PII, MLI, t, Ну,
th/I et le triradius accessoire interdigital. Le travail que nous avons entrepris
(tabl. I) avec 245 hommes et 104 femmes confirme les résultats, auxquels sont
Femmes (n = 104) Hommes (n =245)
Caractères corrélés x2 X2 r r Sr
PII ■ Triradii accessoires interdigitaux 0,020 0,060 0,013 0,1050 0,230 1,619
PII - 1 0,050 0,059 0,083 0.002 0,1050 0,000
PII- Ну 0,081 0,059 1,810 0,088 0,1050 0,104
PII • th/l 0,097 0,060 2,590 0,048 0,1050 0,012
PII -le 0,019 0,060 0,099 0,061 0,1040 0,340
0,264* le ■ Triradii accessoires interdigitaux 0,103 0,590 2,920 0,0970 6,348
0,258# 6,120* le- Ну 0,050 0,060 0,690 0,0980
le- th/l 0,010 0,060 0,280 0,053 0,0105 0,258
Ic-t 0,223 0,059 3,500 ■0,134 0,1030 1,647
-0,325" 9,752* t • Triradii accessoires interdigitaux -0,090 0,059 0,022 0,0940
t-th/l -0,026 0,060 0,071 -0,084 0,1050 0,107
0,080 0,059 1,750 0,132 0,1030 1,603 t-Hy
Ну - th/l 0,011 0,060 0,033 0,066 0,1050 0,496
Triradii accessoires inter-digitaux - Ну ■0,070 0,059 1,350 0,051 0,1050 0,239
Triradii ■ th/l 0,029 0,060 0,232
* : significatif au niveau de 0,05
** : au niveau de 0,01
Tableau I. — Coefficients de corrélation entre les principaux caractères dermatoglyphiques
chez les maliens. KEITA. — DERMATOGLYPHES DU MALI 29 B.N.
parvenus les auteurs susmentionnés : l'inexistence ou l'insignifiance de corré
lations entre eux. Nous avons relevé de notre côté une faible relation positive,
dans la série féminine entre l'indice de Cummins et la structure de ГНу
(г = 0,258) ; entre le premier et la fréquence de triradii accessoires interdigi
taux (r = 0,264). Enfin une corrélation négative entre t et les derniers (r =
0,325). Malheureusement, nous n'avons pas trouvé d'explication satisfaisante à
cela. Le fait que de tels phénomènes n'existent pas, non seulement dans les
études mentionnées plus haut mais aussi dans nos séries masculines, oblige à la
prudence quant à leur interprétation.
La variation des caractères a été analysée selon le sexe et le groupe
ethnique (tabl. II).
A) Les séries masculines.
Les dessins digitaux ont des fréquences allant de 4,0 % à 8,2 %, le premier
s'observant chez les soninké. Les bamanan et les songhoï occupent des positions
intermédiaires (6,7 % et 6,4 %). La variation des boucles radiales n'est pas
considérable. Elle va de 1,5 % chez les maninka à 2,3 % chez les soninké.
Les boucles ulnariennes sont plus fréquentes parmi les bamanan (64,4 %) et
relativement rares parmi les songhoï (47,6 %). Quant aux tourbillons, leur
fréquence est basse par rapport à celle des boucles. Ce sont les songhoï qui
en ont le plus avec 44,0 % et les bamanan le moins avec 26,7 %.
Principaux caractères Comptage général crêtes
Groupes Aires interdigitales
Taid* n PII t th/l n digit. MU Ну ethniques
a-b b-c c-d
Foulbé h 12,86 60,4 16,1 42,2 120,2 70,5 115 7,65 11,3 68 47,9 64,7
f 39 11,97 7,28 56,4 21,8 30,8 10,2
Maninka h 120 12,35 7,19 61,7 23,3 42,5 12,9 92 111,0 70,4 39,5 54,0
f 47 12,59 7,14 61,7 18,1 34,0 11,7
Baman. h 128 12,00 7,14 65,2 18,7 34,8 10,9 92 113,1 73,4 50,5 63,0
f 39 11,39 7,57 46,1 16,7 30,8 14,1
Soninké h 57 12,61 125,6 70,4 6,42 73,7 20,2 39,5 12,3 49 48,2 59,7
f 22 12,59 7,48 52,3 34,1 38,6 11,4
Songhoï h 25 13,76 7,34 58,0 26,0 40,0 14,0 17 141,6 68,0 42,0 60,4
f 22 11,49 7,09 79,5 25,0 43,2 4,5
total des h 463 12,53 7,18 63,1 20,2 39,2 12,2 292 118,0 71,2 46,5 60,6
maliens f 12,03 21,6 34,3 72 105,4 71,4 44,5 62,5 169 7,31 58,0 10,9
* Taid = Triradii accessoires interdigitaux.
Tableau IL — Tableau général de la répartition des principaux caractères
des dermatoglyphes chez les maliens. 30 SOCIÉTÉ D'ANTHROPOLOGIE DE PARIS
Les mains gauches ont généralement plus d'arcs et de boucles ulnariennes
(pour celles-ci, les songhoï font exception). Les tourbillons sont plus fréquents
sur les mains droites avec toutefois une légère inversion chez les songhoï.
L'indice d'intensité de crêtes est plus élevé chez les songhoï ( — 13,76) et
moins chez les bamanan (12,00).
En ce qui concerne les dermatoglyphes palmaires, la ligne « A » a une
position oblique pour tous les groupes ethniques. Le type 3 est plus caractéris
tique aux soninké (76,3 %). La ligne « D » finit le plus souvent dans les aires
7 et 9 dans toutes les séries. Ces positions confèrent à l'indice de Cummins
une valeur de 7,19 en moyenne chez les maliens. Sa variation est relativement
très faible (St.D. = 0,44). La valeur la plus élevée — 7,65 est observée parmi
la population foulbé. Maninka et bamanan ne diffèrent pas tellement les uns
des autres. Quant aux soninké, ils ont l'indice le plus bas ( — 6,42).
Les directions des lignes « В » et « С » sont, en général, les mêmes chez
tous les groupes. La première a pour issue l'aire 5 et la seconde les aires 7
et 9 (plus de la majorité des cas) avec une fréquence cependant non négligeable
dans l'aire 5. Il est très intéressant enfin de relever la réduction relativement
fréquente de « С » parmi les bamanan (1055 %). L'absence de la ligne est
souvent observée chez les maninka (12,9 %) et les foulbé (10,0 %). Les posi
tions basses de la ligne « A » sont plus fréquentes sur les mains gauches
(78,4 %), que sur les mains droites (59,9 %), qui se caractérisent aussi par une
transversalité plus marquée de la ligne « D ».
Les triradii axiaux t ont une variabilité très élevée. En effet, leurs fréquences
varient de 59,54 % à 80,20 %, le maximum pour les maliens se trouvant chez
les soninké — 73,7 %. Le triradius central ť existe dans une proportion moyenne :
32,9 % et 31,3 % chez les maninka et foulbé. La fréquence du triradius t" se
répartit conformément aux proportions mentionnées tout à l'heure pour ť et t.
La répartition bilatérale de t est en faveur de la main gauche.
Les configurations sur l'hypothénar ont des fréquences relativement peu
variables. Elles vont de 16,1 % chez les foulbé (18,7 % - bamanan) к 23,3 %
chez les maninka. Tous les groupes, à l'exception des maninka, ont l'aire
hypothénarienne plus surchargée sur les mains droites. Cette asymétrie est plus
prononcée chez les soninké et foulbé. Dans la répartition des dessins thénariens
et la première aire palmaire (th/I) interdigitale, toutes les populations étudiées
sont identiques. En effet, il n'y a que 2 % d'écart entre les fréquences extrêmes.
Celles-ci sont partout plus hautes sur les mains gauches que sur les mains droites.
En règle presque générale, les dessins sont plus rares sur l'aire II, règle
qui vaut pour nos populations. Par contre, ils sont très nombreux sur l'aire IV.
Là, les séries analysées sont quasi identiques. Les fréquences vont de 40,0 %
à 51,9 %. On rencontre au Mali, dans la répartition des triradii accessoires inter
digitaux, quelques-unes des fréquences les plus hautes du monde. La moyenne
de ce pays est de 39,8 %, avec un maximum de 42,5 % et 42,2 % parmi,
respectivement, les maninka et les foulbé. Ce sont là des valeurs qui sont parmi
les plus élevées connues jusqu'alors. KEITA. — DERMATOGLYPHES DU MALI 31 B.N.
Le comptage général des crêtes sur les doigts ainsi que sur les aires inter
digitales a-b, b-c et c-d donne des chiffres moyens et inférieurs comparativement
à ceux observés sur le plan mondial. Sur les doigts, nous n'avons que 111
pour les maninka, et 125,6 pour les soninké. Les foulbé se rapprochent des
derniers (120,2) et les bamanan des premiers (113Д). Rappelons que Huizinga
a trouvé 128 crêtes digitales chez les dogon (1965) et Plato 119 chez les négro-
américains (1975). Donc les différentes valeurs se recoupent presque. Quant aux
aires interdigitales, la concentration de crêtes est la plus forte sur la II, suivie
par la IV et la III (respectivement 71, 60 et 46).
B) Les séries féminines.
Elles sont moins étoffées que les séries masculines. Les femmes songhoï
(une dizaine) n'ont pas été prises en compte.
Comme chez les hommes, ici aussi les bamanan se distinguent nettement
par une fréquence très basse de tourbillons. Lorsque les hommes se différencient
statistiquement les uns des autres par les pourcentages des arcs et des tourbillons,
les femmes, par contre, montrent une répartition presque égale de tous les types
de dessins à l'exception des tourbillons (x2 = 12,67).
Dans les détails, les dermatoglyphes digitaux varient chez les maliennes
comme suit :
— Les arcs ont en moyenne une fréquence de 10 %.
— Les boucles vont de 52,3 % (soninké) à 68,7 % (bamanan). Les bouc
les radiales, sans variation considérable, sont surtout fréquentes chez les
soninké 3,2 %. Elles sont presque inexistantes parmi les maninka 0,6 %.
— Les tourbillons atteignent le maximum de leur expression chsz les
soninké avec 36,8 %. Cette population enregistre aussi l'indice d'intensité de
crêtes le plus élevé parallèlement avec les maninka 12,59 %.
Généralement, la ligne « A » chez les femmes a un type médian de termi
naison, finissant dans les aires 3 et 4. La ligne « D » se dirige plus fiéquem-
ment vers les aires 7 et 8 chez les maninka et foulbé (respectivement 53,2 %
et 46,1 %) et les aires 9 et 10 chez les deux autres groupes : bamanan 39,8 %
et soninké 45,4 %. Signalons que ces différences n'ont pas été fixées statis
tiquement (x2 = 11,35).
— La ligne « С » est plus distale, surtout chez les soninké. Elle est
fréquemment absente (15,4 %), réduite (10,0 %) chez les foulbé qui, dans ce
dernier cas, cèdent la place aux soninké (11,4 %).
— Dans les séries féminines, les maninka donnent les plus hautes fréquences
de triradii axiaux t (61,7 %). Les bamanan, quant à elles, se caractérisent par
un faible pourcentage, c'est-à-dire 46,1 %. Ces triradii, en général, se situent
plus fréquemment sur les mains droites chez les femmes considérées, à l'exception
des foulbé. Le phénomène contraire, rappelons-le, était observé par les hommes.
Les triradii ť se rencontrent plus fréquemment chez les bamanan avec 43,6 %.
Il faut enfin signaler que des combinaisons comme t + ť atteignent presque
8 % de fréquence, notamment chez les foulbé. SOCIÉTÉ D'ANTHROPOLOGIE DE PARIS 32
L'aire hypothénarienne (Ну) est plus fournie en configurations chez les
soninké (34,1 %) et moins chez les bamanan (16,7 %). La répartition bilatérale
de ces dessins n'est pas identique chez toutes. Les mains droites ont plus
d'intensité parmi les maninka et soninké par opposition aux bamanan et foulbé.
C'est un peu le phénomène contraire qui a été trouvé chez les hommes, excep
tion faite des soninké.
— Le thénar et la première aire interdigitale sont presque identiques dans
les deux sexes. Des autres aires, c'est, comme parmi les hommes, la IV qui
présente le plus de dessins, tandis que la II en est presque démunie.
— Le dimorphisme sexuel dont il a été question au début, s'observe aussi
nettement dans la répartition des triradii accessoires interdigitaux. Leur fr
équence, par rapport aux hommes, est plus faible chez les femmes. Elle varie
de 30,8 % avec les foulbé, jusqu'à 43,2 % avec les soninké.
IV. — DISCUSSION DES RESULTATS
Les données que nous venons d'obtenir permettent d'avoir une caracté
ristique globale plus ou moins précise pour chacun des groupes étudiés. Pour
cela, nous avons retenu seulement cinq caractères sérieusement vérifiés et systé
matisés, depuis déjà quelque temps, dans les analyses raciales. Ce sont,
rappelons-le : P II, MLI, t, Ну, triradii accessoires interdigitaux. Le th/I ne
donne pas de gradient racial bien précis (Chit, 1975). Ensuite, la tâche que
nous nous assignons sera bien conduite si nous utilisons la comparaison sur
l'échelle interpopulationnelle ou à l'aide de polygones dits de combinaison
(Debetz, 1948 ; Hiernaux, 1965). L'échelle de variation interpopulationnelle de
chaque caractère peut être exprimée par la formule :
Mx - Min
X = X 100
Max - Min
où Max et Min sont les limites de cette échelle pour chaque caractère,
Mx, la valeur moyenne du caractère dans chaque cas précis,
X, la valeur du caractère, en %.
Ainsi chaque caractère étudié peut exprimer la position du groupe ethnique
où il est décelé, dans un large spectre de variations. Les polygones obtenus à
partir de là auront les caractéristiques suivantes :
les centres correspondront aux limites minimales des caractères,
les radiants, aux limites de variations interpopulationnelles prises dans
chaque cas précis pour 100 %,
et les angles aux différentes valeurs de X.
Nous aurons alors des figures dont les formes permettront de juger de la
position relative de chaque groupe ethnique sur une échelle bien connue, c'est-à-
dire de donner une caractéristique propre à chacun d'eux. KEITA. — DERMATOGLYPHES DU MALI 33 B.N.
" euroasiatique " élaborée par Chit pour chaque Nous avons choisi l'échelle
sexe (Chit, 1975). Cela, parce que les fréquences trouvées au Mali y cadraient
parfaitement. Bien entendu, avec l'accumulation des données africaines, elle
pourrait être modifiée ou précisée davantage.
Les polygones de la fig. 1 (séries masculines) montrent, par leur forme,
une ressemblance entre foulbé, maninka et bamanan. Les soninké se trouvent
à part ainsi que les songhoï qui pourraient être, néanmoins, réunis avec le pre
mier groupe. Le polygone des maliens réunis ressemble aussi à celui des songhoï.
Par sa superficie, le polygone des bamanan est le plus petit. En effet, il montre
une légère réduction de presque tous les caractères (sauf t).
Le polygone des soninké frappe à la fois par sa forme et par sa superficie.
Cela s'explique par des particularités contradictoires telles que l'indice de
Cummins très bas, et la fréquence du triradius axial t très élevée.
On peut aussi avoir une idée de la place de chaque groupe ethnique par
rapport aux maliens en général, à l'aide de la fig. 2. Mieux, on pourrait même
préciser la caractéristique de chacun d'eux.
Ayant calculé la valeur, égale à la différence de la moyenne des radiants
de chaque polygone de la fig. 1, nous obtenons la « distance moyenne » entre
les différents groupes (Hiernaux, 1965 ; Chit, 1975). Ces valeurs montrent une
« distance » plus faible entre les songhoï et les autres groupes. Elle est encore
moindre avec les bamanan (6,5). Foulbé et soninké sont les plus éloignés les
uns des autres (15,9). En somme, ces derniers ont une « distance » notable avec
presque tous. Mis à part le cas des songhoï, les maninka et les bamanan sont
très rapprochés les uns des autres (8,8).
Les polygones des séries féminines diffèrent un peu de ceux des hommes
aussi bien par leur forme que leur superficie. Chez les femmes bamanan, la
réduction générale des fréquences est encore plus remarquable. Chez les soninké,
les femmes changent par un relèvement de forme et de superficie. En somme, ici
(sauf chez les soninké), tous les caractères semblent être réduits. Une position
particulière des songhoï est à signaler à part : des valeurs « excessivement »
élevées de t et de triradii accessoires interdigitaux (fig. 1).
Les « distances » moyennes entre les femmes sont, comme on pouvait s'y
attendre, plus accentuées qu'entre les hommes. Le plus grand rapprochement est
observé entre les femmes maninka et: les femmes foulbé (7,8). Les soninké
conservent leurs grandes « distances » avec les autres, comme dans les séries
d'hommes. Il y a ici, néanmoins, quelques faits nouveaux. Premièrement, elles
ne sont plus seules dans ce cas, car les songhoï, contrairement aux hommes,
sont très distantes maintenant, plus d'ailleurs, que les soninké. Deuxièmement,
si, chez les hommes, foulbé et soninké étaient les plus éloignés les uns des
autres, chez les femmes, par contre, les deux groupes sont les plus rapprochés
(13,8). Troisièmement, bamanan et maninka sont très « distantes » les unes des
autres, tandis que les dernières se rapprochent davantage des femmes foulbé.
Ces résultats, souvent contradictoires, sont-ils le fait d'échantillons relativement
très réduits ou expriment-ils réellement des phénomènes réels ? Les mouvements

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