Les diverses classes sociales devant l'enseignement. Mise au point générale des résultats - article ; n°2 ; vol.20, pg 205-232

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Population - Année 1965 - Volume 20 - Numéro 2 - Pages 205-232
Assurer l'instruction à l'ensemble des enfants, quelles que soient leurs origines familiales et sociales, répond à la fois au souci de justice sociale et à celui d'utiliser toutes les ressources intellectuelles de la nation. Malgré l'importance des progrès accomplis, l'égalité est encore loin d'être assurée. Pour pousser le plus vite possible les progrès, il est nécessaire de multiplier et de préciser les connaissances sur cette question où le préjugé est si fréquent. Dès sa création, l'I.N.E.D. a entrepris des recherches dans ce domaine, en dépouillant l'enquête nationale de 1944 sur le niveau intellectuel des enfants d'âge scolaire et en publiant les résultats, notamment sur le quotient intellectuel des enfants selon leur origine sociale. En 1953, a été conduite une première enquête sur l'orientation et la sélection des enfants d'âge scolaire. Pour la première fois, le mécanisme de la sélection et de l'orientation a été démonté. Trois articles publiés alors à ce sujet ont montré le phénomène sous un jour bien différent de celui qui prévalait jusqu'alors. La réforme de l'enseignement de 1959 et le temps écoulé ont rendu nécessaire une nouvelle enquête. Basée sur un échantillon de plus de 20.000 élèves, menée en juin et septembre 1962, elle a porté sur les conditions de l'entrée en classe de sixième. L'exposé des méthodes et les résultats détaillés ont fait l'objet de quatre articles. L'échantillon d'élèves observés en 1962 est suivi régulièrement depuis, ce qui permettra à l'I.N.E.D. d'analyser la manière dont s'effectue, pour ces élèves, l'orientation ultérieure. Pour l'accès à la classe de 4e, à la rentrée de 1964, l'exploitation est en cours. Cette étude reçoit l'appui de la Délégation générale à la Recherche scientifique et technique. Une nouvelle grande enquête, comparable à celle de 1944, sur 100.000 enfants d'âge scolaire est en cours en liaison avec l'Institut national d'étude du travail et d'orientation professionnelle. Il a paru utile de rassembler en un document unique, sous une forme aussi claire que possible les principaux enseignements qui se dégagent de l'enquête de 1962 et de faire le point de la situation actuelle, au moyen de quelques autres données. Le lecteur qui voudra se documenter de façon plus détaillée sera renvoyé aux quatre articles de 1963 et 1964, le chiffre romain désignant le numéro inscrit en note et les chiffres arabes aux pages.
28 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : vendredi 1 janvier 1965
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Alfred Sauvy
Alain Girard
Les diverses classes sociales devant l'enseignement. Mise au
point générale des résultats
In: Population, 20e année, n°2, 1965 pp. 205-232.
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Sauvy Alfred, Girard Alain. Les diverses classes sociales devant l'enseignement. Mise au point générale des résultats. In:
Population, 20e année, n°2, 1965 pp. 205-232.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/pop_0032-4663_1965_num_20_2_13655Résumé
Assurer l'instruction à l'ensemble des enfants, quelles que soient leurs origines familiales et sociales,
répond à la fois au souci de justice sociale et à celui d'utiliser toutes les ressources intellectuelles de la
nation. Malgré l'importance des progrès accomplis, l'égalité est encore loin d'être assurée. Pour pousser
le plus vite possible les progrès, il est nécessaire de multiplier et de préciser les connaissances sur
cette question où le préjugé est si fréquent. Dès sa création, l'I.N.E.D. a entrepris des recherches dans
ce domaine, en dépouillant l'enquête nationale de 1944 sur le niveau intellectuel des enfants d'âge
scolaire et en publiant les résultats, notamment sur le quotient intellectuel des enfants selon leur origine
sociale. En 1953, a été conduite une première enquête sur l'orientation et la sélection des enfants d'âge
scolaire. Pour la première fois, le mécanisme de la sélection et de l'orientation a été démonté. Trois
articles publiés alors à ce sujet ont montré le phénomène sous un jour bien différent de celui qui
prévalait jusqu'alors. La réforme de l'enseignement de 1959 et le temps écoulé ont rendu nécessaire
une nouvelle enquête. Basée sur un échantillon de plus de 20.000 élèves, menée en juin et septembre
1962, elle a porté sur les conditions de l'entrée en classe de sixième. L'exposé des méthodes et les
résultats détaillés ont fait l'objet de quatre articles. L'échantillon d'élèves observés en 1962 est suivi
régulièrement depuis, ce qui permettra à l'I.N.E.D. d'analyser la manière dont s'effectue, pour ces
élèves, l'orientation ultérieure. Pour l'accès à la classe de 4e, à la rentrée de 1964, l'exploitation est en
cours. Cette étude reçoit l'appui de la Délégation générale à la Recherche scientifique et technique.
Une nouvelle grande enquête, comparable à celle de 1944, sur 100.000 enfants d'âge scolaire est en
cours en liaison avec l'Institut national d'étude du travail et d'orientation professionnelle. Il a paru utile
de rassembler en un document unique, sous une forme aussi claire que possible les principaux
enseignements qui se dégagent de l'enquête de 1962 et de faire le point de la situation actuelle, au
moyen de quelques autres données. Le lecteur qui voudra se documenter de façon plus détaillée sera
renvoyé aux quatre articles de 1963 et 1964, le chiffre romain désignant le numéro inscrit en note et les
chiffres arabes aux pages.LES DIVERSES CLASSES SOCIALES
DEVANT L'ENSEIGNEMENT
Mise au point générale des résultats
Assurer l'instruction à l'ensemble des enfants, quelles que
soient leurs origines familiales et sociales, répond à la fois au
souci de justice sociale et à celui d'utiliser toutes les ressources
intellectuelles de la nation.
Malgré l'importance des progrès accomplis, l'égalité est encore
loin d'être assurée. Pour pousser le plus vite possible les progrès, il
est nécessaire de multiplier et de préciser les connaissances sur
cette question où le préjugé est si fréquent.
Dès sa création, l'I.N.E.D. a entrepris des recherches dans ce
domaine, en dépouillant l'enquête nationale de 1944 sur le
niveau intellectuel des enfants d'âge scolaire et en publiant
les résultats '1(, notamment sur le quotient intellectuel des
enfants selon leur origine sociale.
En 1953, a été conduite une première enquête sur l'orienta
tion et la sélection des enfants d'âge scolaire. Pour la pre
mière fois, le mécanisme de la sélection et de l'orientation a
été démonté. Trois articles publiés alors à ce sujet ont montré
le phénomène sous un jour bien différent de celui qui prévalait
jusqu'alors (2).
La réforme de l'enseignement de 1959 et le temps écoulé
ont rendu nécessaire une nouvelle enquête. Basée sur un échant
illon de plus de 20.000 élèves, menée en juin et septembre
1962, elle a porté sur les conditions de l'entrée en classe de
sixième. L'exposé des méthodes et les résultats détaillés ont fait
l'objet de quatre articles (3).
t1' Le niveau intellectuel des enfants d'âge scolaire :
I. — Une enquête dans l'enseignement primaire, Cahier n° 13, 1950.
II. — La détermination des aptitudes. L'influence des facteurs constitutionnels, familiaux
et sociaux, Cahier n° 23, 1954.
<2> Population, 1953, n° 4, 1954, n° 4 et 1955, n° 4.
(3) I. — Enquête nationale sur l'entrée en classe de 6e et la démocratisation de l'ense
ignement, 1963, 1, p. 9-48. A. Girard, H. Bastide et G. Pourcher.
II. — La stratification sociale et la démocratisation de l'enseignement, 1963, 3, p. 435-472.
A. Girard et H. Bastide.
III. — La famille et l'orientation scolaire au niveau de la sixième. Enquête de juin 1963
dans l'agglomération parisienne, 1964, 4, p. 627-672, P. Clerc.
IV. — Nouvelles données sur l'orientation scolaire au moment de l'entrée en sixième :
âge, orientation scolaire et sélection, 1964, 5, p. 829-864. A. Girard et P. Clerc. LES DIVERSES CLASSES SOCIALES DEVANT L'ENSEIGNEMENT 206
L'échantillon d'élèves observés en 1962 est suivi régulièrement
depuis, ce qui permettra à VI.N.E.D. d'analyser la manière dont s' pour ces élèves, l'orientation ultérieure. Pour l'accès à la effectue,
classe de 4e, à la rentrée de 1964, l'exploitation est en cours.
Cette étude reçoit l'appui de la Délégation générale à la Recherche
scientifique et technique.
Une nouvelle grande enquête, comparable à celle de 1944,
sur 100.000 enfants d'âge scolaire est en cours en liaison avec
/'Institut national d'étude du travail et d'orientation profes
sionnelle.
Il a paru utile de rassembler en un document unique, sous
une forme aussi claire que possible les principaux enseignements
qui se dégagent de l'enquête de 1962 et de faire le point de la
situation actuelle, au moyen de quelques autres données.
Le lecteur qui voudra se documenter de façon plus détaillée
sera renvoyé aux quatre articles de 1963 et 1964, le chiffre romain
désignant le numéro inscrit en note et les chiffres arabes aux pages.
L'étude de la démocratisation de l'enseignement comporte trois tâches :
1. Une observation statistique du mécanisme sélectif;
2. Une recherche des causes et motivations;
3. Une des moyens propres à assurer une répartition plus con
forme à l'équité et à l'intérêt national.
Seules les deux premières parties sont examinées ici. Mais il est bien évident
que toute action entreprise sans connaissance profonde des mécanismes est
vouée à l'échec. Nous commencerons par un examen de la situation actuelle.
Nous aurons ainsi :
a. Un exposé de la situation actuelle des diverses classes sociales devant
l'enseignement ;
b. Une analyse statistique, permettant de suivre le cheminement des
enfants des diverses classes sociales, de leur première enfance à la puberté;
с Une étude des motivations et des causes matérielles qui dictent ce
cheminement.
I. — LES DIVERSES CLASSES SOCIALES DEVANT L'ENSEIGNEMENT
II est d'usage de comparer l'origine sociale des étudiants d'université ou
d'autres établissements d'enseignement supérieur à la composition de la
population active. Bien que cette méthode ne soit pas sans reproche, nous
allons le voir, nous allons en donner les principaux éléments et les commenter.
Faisons d'abord quelques remarques sur le concept même de classe sociale. LES DIVERSES CLASSES SOCIALES DEVANT L'ENSEIGNEMENT 207
La répartition Si ies groupes ouvriers et ouvriers agricoles sont assez
en catégories sociales, homogènes, ainsi que le groupe « commerçants » qui
contient en grande majorité de petits commerçants,
le groupe « cultivateurs » est déjà plus disparate.
Mais c'est surtout sur les classes supérieures que des observations doivent
être formulées.
La distinction classique entre patron (propriétaire) et salarié est beaucoup
moins nette qu'elle le paraît. Du fait de l'allongement de la vie, nombreux
sont les parents aisés d'élèves de 6e (35 à 40 ans) à exercer un emploi salarié,
la fortune appartenant à la génération supérieure. La multiplication des socié-
tés'anonymes a encore accentué la confusion, les propriétaires d'une entreprise
ou de la majorité des actions ayant des emplois de secrétaire général, directeur
général, etc. En raison de cette interpénétration, les catégories supérieures
sont souvent groupées en un ou deux postes ; une distinction plus poussée ne
présente guère d'intérêt.
Plus significative est la prise en considération du niveau culturel des
parents. On trouvera plus loin un passage essentiel sur l'influence respective
du niveau culturel et du niveau économique.
Résultats bruts à l'Université. Le tableau I donne la répartition des étu
diants français en juin 1963 &\ comparée
à la population active au recensement de 1954 (hommes mariés, veufs ou
divorcés de 45 à 54 ans).
A première vue, la distorsion entre les deux répartitions est frappante.
Les ouvriers par exemple seraient à peu près cinq fois moins représentés à
l'Université que dans la population, alors que les professions libérales et cadres
supérieurs le sont environ six fois plus.
Un enfant d'ouvrier aurait 25 fois moins de chances d'entrer à l'Université
qu'un dont le père exerce une profession libérale ou est cadre supé
rieur; mais les cadres moyens et autres catégories en auraient près de 2 fois
moins, les industriels 4 fois moins, les artisans et commerçants et les employés
5 à 6 fois moins, etc.
Inversement, en prenant pour base les ouvriers, groupe de très loin le
plus nombreux dans la population, les salariés agricoles (ou plutôt leurs en
fants) auraient 2 fois moins de chances qu'eux d'entrer à l'Université, les
agriculteurs près de 2 fois plus, les employés et les artisans'et commerçants
5 fois plus, les industriels 7 fois plus, etc.
(*> Les données pour 1963 n'étant раз encore publiées dans Informations statistiques
du Ministère de l'Éducation nationale, nous ont été obligeamment communiquées par le Service
central des statistiques et de la conjoncture du Ministère. LES DIVERSES CLASSES SOCIALES DEVANT L'ENSEIGNEMENT 208
Tableau I. — Étudiants selon la condition sociale en 1963
En indice Recensement par rapport aux Étudiants Rapport de 1954
français hommes non colonne 2 Professions
célibataires juin 1963 1 libérales
et cadres Ouvriers 45-54 ans supérieurs
1 4 5
5,1 0,6 0,12 47,1 0,5 Salariés agricoles
37,6 Ouvriers 8,7 0,23 24,6 Ifi
Agriculteurs 18,9 7,2 0,38 14,9 1|7
Personnel de service 1,6 0,69 8,2 3,0 M
8,1 1,01 5,6 4,4 Employés 8,2
Artisans et commerçants 13,3 14,8 1,11 5,1 4,8
Industriels 2,4 3,6 1,50 3,8 6,5
Autres catégories (armée, clergé,
2,0 police, artistes) 7,8 3,90 17,0 M
Cadres moyens 5,9 19,2 3,35 1.7 14,1
Professions libérales et cadres su
périeurs 5,1 1,0 28,8 5,65 24,6
100,0 100,0
POPULATION ACTIVE ETUDIANTS D'UNIVERSITE
63,2
59.4
Ouvriers et Employés, Catégories Ouvriers et Employés, Catégories
Agriculteurs Artisans, supérieures Agriculteurs Artisans, supérieures
Commerçants Commerçants
Figure 1. — Population active et étudiants d'université de trois grands groupes sociaux LES DIVERSES CLASSES SOCIALES DEVANT L^ENSEIGNEMENT 209
Si nous groupons les catégories précédentes en trois grands groupes :
I. Ouvriers ou assimilés et agriculteurs;
II. Employés, artisans et commerçants;
III. Classes supérieures (l'ensemble des autres catégories), nous obtenons
la figure 1.
Correctifs et interprétation. Ces comparaisons si expressives ne tra
duisent pas parfaitement la réalité pour
diverses raisons :
a. Au dénominateur de la fraction devraient figurer pour chaque groupe
socio-professionnel, les enfants en âge d'être à l'Université. Or ce nombre
n'est pas connu. En prenant au dénominateur les effectifs des parents sup
posés, on néglige la fécondité différentielle (certaines classes sociales ont plus
d'enfants que d'autres). Si une correction était possible, elle ferait sans doute
apparaître un désavantage plus fort encore pour les cultivateurs;
b. Pour les étudiants, il y a en outre, une double incertitude : la profession
du père étant inconnue pour 3.875 d'entre eux sur 252.550, on les a suppri
més du calcul, ce qui équivaut à considérer qu'ils se répartiraient comme les
autres, ce qui n'est pas certain. Il y a aussi 20.098 enfants de « rentiers et sans
profession ». Faute de connaître leur origine sociale, et supposant qu'il s'agit
le plus souvent de « retraités », on les a répartis proportionnellement.
с De 1954 à 1962, la structure professionnelle de la population s'esL
modifiée au profit des catégories supérieures ^K Or les générations indiquées
sont un peu plus âgées, en moyenne, que les pères des étudiants de 1963.
Ce défaut surestime très légèrement l'inégalité sociale.
d. La population active de 45 à 54 ans comprend les travailleurs étrangers
et se trouve de ce fait un peu déclassée. Il en résulte encore une légère sures
timation de l'inégalité sociale.
Si les corrections pouvaient être faites, elles atténueraient un peu l'iné
galité sociale, tout en la laissant largement subsister.
La tendance suivie. D'année en année, cependant, l'inégalité se réduit.
Nous pouvons en juger à deux indices : Pour 1.000
étudiants, le nombre des enfants d'ouvriers est passé de 16 en 1939 à 23 en
1951, 30 en 1959 et 80 environ actuellement.
A eux seuls, 26 °/o des étudiants français en 1963, soit environ 66.000,
issus de milieux de cadres et professions libérales, représentent plus du
M Paul Clerc : « Changements dans la structure socio-professionnelle de la France entre 1954
et 1962 », Population, 1964, 4, p. 683-706. LES DIVERSES CLASSES SOCIALES DEVANT L ENSEIGNEMENT 210
double du nombre total d'étudiants en 1.900 : 29.377. Quant aux enfants d'ou
vriers et de cultivateurs réunis, ils sont environ 37.000; chiffre nettement
supérieur à ce même nombre total d'étudiants en 1900. La situation de l'Uni
versité traduit d'ailleurs une situation passée. Plus actuelle, en quelque sorte,
est l'orientation des enfants à l'âge où ils peuvent entrer en sixième.
L'entrée en classe de sixième. C'est la première bifurcation, depuis la sup
pression presque complète des petites classes
de l'enseignement secondaire.
En 1962-1963, sur 100 enfants ayant l'âge requis, 55 sont entrés en classe
de sixième, dont 27 dans un lycée classique ou moderne ou un établissement
secondaire privé, et 28 dans un collège d'enseignement général public ou un
cours complémentaire privé.
Ici, la mesure du phénomène est correcte, (aux imprécisions près dans la
classification socio-professionnelle des parents), puisque la totalité des enfants
d'une génération ont été observés, lors de leur séjour obligatoire en classe
de CM 2.
Voici les proportions d'entrée en sixième selon la profession des parents
(I. 31 et 46). Pour fixer les ordres de grandeur relatifs, nous donnons, dans
une colonne supplémentaire, la répartition des enfants selon le groupe pro
fessionnel de leurs parents (I. 35 et IL 437).
Tableau IL — L'entrée en 6e
POUR 100 ENFANTS DE DIVERSES CATÉGORIES SOCIALES
Non Entrés entrés Lycées С. Е. G. Total socioproition en 6e en 6e
fessionnelle
% /0
Salariés agricoles 21 32 100 3,4 68 11
100 Répart40 100 15,2 Cultivateurs exploitants 60 16 24
Ouvriers 55 16 29 45 100 39,6 1001 Artisans et commerçants 34 32 34 66 10,3
Employés 33 33 34 67 100 16,6
Cadres moyens 16 55 84 100 29
57 85 100 Industriels, gros commerçants 15 28 3,2 93 Professions libérales 7 75 18 100
Cadres supérieurs 6 75 19 94 4,7
45 27 28 55 100 100 О Ensemble
('l Y compris 2,9 % sans profession et divers. LES DIVERSES CLASSES SOCIALES DEVANT L'ENSEIGNEMENT 211
L'écart entre les professions est considérable : alors que 94 °/o des enfants
de cadres supérieurs entrent en classe de 6e, cette proportion n'est que de 32 °/o
pour les salariés agricoles. A cette inégalité s'ajoute la répartition entre lycée
et collège.
C'est la préfiguration de ce qui est observé à l'Université.

agricolesOuvriers Cultivateurs Ouvriers CommarçantsArtisans, Employée moyens Cadres d'entreprise Chefs Professions libérales supérieure Cadres
Figure 2. — Proportion d'enfants des diverses classes sociales
entrés au lycée ou au collège en 1962-1963
L'inégalité s'est cependant notablement réduite depuis quelques années.
Pour 100 enfants de cet âge, le nombre de ceux qui sont entrés en classe de 6°,
a, en effet, augmenté comme suit :
1949-1950 28,0
1955-1956 40,1
1956-1957 43,5
1957-1958 44,3
1958-1959 45,2
1959-1960 47,1
1960-1961 49,6
1961-1962 50,3
1962-1963 55,8
Ces chiffres concernent les deux enseignements public et privé. Pour les
établissements secondaires de l'enseignement public, seul, la proportion
a passé de 4,3 % en 1936-1937 à 9,7 % en 1948-49. Le progrès existe de
longue date, mais était très lent. L'accélération date de la guerre. Le nombre
d'enfants des enseignements du 2e degré et technique est passé de 612.200 à
3.089.000 en 1965. L'augmentation de 2.477.000 est due pour 750.000 à l'a
ccroissement démographique et 1.727.000 à la diffusion de l'enseignement. LES DIVERSES CLASSÉS SOCIALES DEVANT l'eNSEIGNEMENT 212
Vue d'ensemble Tous les relevés statistiques confirment les deux
sur la situation de fait. points essentiels.
1° Depuis la guerre, un progrès important a
été accompli dans le sens de la démocratisation ;
2° Malgré ce progrès, l'écart entre les classes sociales reste important.
Au rythme des cinq dernières années, 70 % des enfants pourraient être
scolarisés en 6e, en 1970, ce qui constitue précisément l'objectif du 4e Plan.
Encore ne s'agirait-il, que d'une première étape, fort imparfaite.
II. — LE MÉCANISME SÉLECTIF
Ces grandes divergences sont le résultat de toute une série de mouvements
successifs que l'on peut grouper en quatre phases essentielles :
1° Meilleure réussite scolaire. — Vers 11-12 ans, c'est-à-dire à l'âge où
les enfants entrent dans le second degré (classe de 6e) les enfants de condition
modeste ont, en moyenne, des notes moins bonnes que les de
supérieure;
2° A réussite scolaire égale, les enfants de condition supérieure entrent
en proportion plus forte dans le second degré et particulièrement dans les
lycées ;
3° Une fois parvenus au second degré (classe de 6e) les enfants de con
dition modeste quittent en plus grand nombre cet enseignement, au fil des
années;
4° Une fois l'enseignement du second degré achevé, les enfants de con
dition modeste accèdent moins fréquemment que les autres à l'enseignement
supérieur.
La distinction entre ces phases est essentielle. Ajoutons qu'à chaque phase
joue un facteur supplémentaire, l'âge des élèves, comme nous le verrons.
Meilleure réussite scolaire. Ce phénomène, bien connu et observé en de
nombreux pays, se mesure tant par les notes
données par les instituteurs que par les examens probatoires éventuels ou
par les tests d'enquêtes spéciales.
Par exemple, lors de l'étude sur le niveau intellectuel des enfants de 6
à 12 ans, conduite en France en 1944, les notes moyennes obtenues à un test
psychologique, par les enfants des divers milieux augmentent à tous les âges,
de manière continue, à mesure qu'on s'élève dans l'échelle sociale ^\
(1) Le niveau intellectuel des enfants d'âge scolaire, Paris, P.U.F., 1950, p. 154 (cahier 13
des Travaux et documents de l'I.N.E.D.).

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