Les Dorhosié et Dorhosié-Finng du cercle do Bobo-Dioulasso (Soudan français). - article ; n°1 ; vol.1, pg 61-86

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Journal de la Société des Africanistes - Année 1931 - Volume 1 - Numéro 1 - Pages 61-86
26 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
Publié le : jeudi 1 janvier 1931
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Louis Tauxier
Les Dorhosié et Dorhosié-Finng du cercle do Bobo-Dioulasso
(Soudan français).
In: Journal de la Société des Africanistes. 1931, tome 1 fascicule 1. pp. 61-86.
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Tauxier Louis. Les Dorhosié et Dorhosié-Finng du cercle do Bobo-Dioulasso (Soudan français). In: Journal de la Société des
Africanistes. 1931, tome 1 fascicule 1. pp. 61-86.
doi : 10.3406/jafr.1931.1504
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/jafr_0037-9166_1931_num_1_1_1504DORHOSIE ET DORHOSIE-FINNG LES
DU CERCLE DE BOBO-DIOULASSO
(SOUDAN FRANÇAIS),
PAR
' ' L. TAUXIER.
Les Dorhosié ou Dokhosié — ou, pour parler plus exactement, les
Dorho ou Dokho, au pluriel Dorhobè ou Dokhobè, comme ils s'appellent
eux-mêmes — sont une petite population nègre du cercle de Bobo-Diou-
lasso. Ils sont situés dans la savane soudanaise entre le 10e et le
11e degré de latitude nord (en réalité un peu au-dessus du 10e) et un
peu à l'est du 7e degré de longitude ouest. Ils sont environnés par les
Dorhosié-Finng et les Komono au sud, les Tiefo au nord, les Gouin et les
Tourouka à l'ouest, les Lorho ou Gan à l'est (à l'est des Lorho il y a le
Lobi). Ce sont les Mandè-Dyoula de Bobo-Dioulasso et de Kong qui les
appellent Dorhošié ou Dokhosié ce qui veut dire simplement : les gens
(sié) du Doro ou du Dokho. — Les Dokhos furent découverts par Binger
lors de son voyage du Niger au golfe de Guinée, lorsqu'il alla de Kong à
Bobo-Dioulasso, marchant du sud au nord. Voici comment il s'exprime
sur leur compte * .
« Dissiné est le dernier village où l'on trouve quelques Dokhosié. Leur
territoire est limité à l'ouest par le territoire des Mbouin(g), des Tou-
rounga et des'Toussia, à l'est par le Lobi, au nord par les Tiéfo et au
sud par les Komono ; au total il peut comprendre 80 à 100 villages ; la
densité de la population ne doit pas dépasser 6Nà 7 habitants par kil
omètre carré. Cette région ne me paraît pas habitée depuis bien longtemps,
la plupart des villages sont de formation récente et placés en pleine
brousse que l'on commence seulement à défricher ; comme villages éta
blis ici de longue dater je n'ai vu que Bougonti, Dablatona, Tavancoro et
Gandoudougou. Cela ne veut pas dire que ce pays n'ait jamais été habité ;
1. Du Niger au golfe de Guinée 1892. Tome I, p. 354. SOCIÉTÉ DES AFRICANISTES . - 62
vu,' dans maints endroits, d'anciennes traces deculture, j'ai, au contraire,
des amas de pierre, des sillons à demi effacés, de vieilles de défr
ichement qui prouveraient qu'il y a longtemps le pays était habité, mais
qu'il a été ensuite en partie abandonné, puis tout récemment réoccupé.
Les quelques ruines que Ton traverse ne sont pas le résultat de guerres,
c'est par superstition seulement que les Dokhosié évacuent leurs vi
llages; il suftîtpour cela que, dans un espace de temps relativement court,
il meure deux ou trois personnes dans un village pour qu'immédiate
ment on déménage. ,
Le Dokhosié n'a pas, comme le Komono, les traits rudes ; il a moins l'air
d'une brute que son voisin; mais, comme lui, il circule tout nu, n'ayant
qu'un petit sac en coton dans lequel il renferme ce qu'il a à cacher, par
dessus lequel il porte un bila. Les hommes de la classe aisée se couvrent
le matin et le soir d'une méchante couverture en coton dans laquelle ils
se drapent fièrement comme dans un plaid. Ils portent généralement les
cheveux très longs en grosses tresses et se coiffent soit du bonnet dit
bammada, soit d'un petit chapeau en paille aussi plat qu'une assiette
creuse, dont les bords sont ridiculement petits et ornés de grandes
plumes de poules.
Les femmes et les jeunes filles sont à peu près nues ; comme les Komon
o, elles ont toutes la tête rasée.
La pipe fait essentiellement partie de l'équipement des Dokhosié. Elle
est du modèle décrit à Tiong-i1, et fabriquée soit en terre, soit en cuivre
fondu ; elle est armée d'un tuyau en bambou d'environ 1 mètre de long
autour duquel sont enroulés des cordonnets. A ces cordonnets sont sus
pendus des groupes de cauries, des sonnettes, des verroteries, des bagues
en cuivre, etc..
Le tabac est cultivé dans le pays. II est de même qualité que celui qu'on
rencontre depuis Léra, de l'espèce dite sira et peut être employé comme
tabac à priser. Quand la feuille atteint 7 à 8 centimètres, elle est cueillie
et pilée dans un mortier avant qu'elle soit complètement sèche ; on obtient
ainsi une sorte de pâte, qui est façonnée à la main en pains ovales de
.grosseurs diverses et dont le prix varie depuis 5 jusqu'à 40 cauries. Le
prix du kilog est de 2 à 3 fr. Malheureusement, comme tout ce que cul
tivent les noirs, il est récolté en quantité insuffisante et Ton serait embarr
assé d'en trouver une dizaine de kilos dans chaque village.
On trouve dans les villages dokhosié un peu de mil (sanio), rarement
du sorgho (bimbiri), quelques ignames, des poulets et même quelques
bœufs et des chèvres.
La véritable industrie de ce peuple est l'apiculture. Dans tous les
1. Village Sièneré où Dinger était passé auparavant. '
D0RH0S1É ET DOIUIOS1É-FINNG ' 63 LES
villages, les vieux sont occupés à confectionner des ruches. Elles sont de
deux espèces, en forme de nasse en paille,, ou en écorce d'arbres ; ils em
ploient de préférence l'écorce du sanan *.
La ruche terminée est bien enduite intérieurement d'une épaisse couche
- de bouse de vache ; elle est ensuite bouchée et on n'y laisse que deux ou
trois petites ouvertures pour le passade des abeilles. Quand la bouse est
bien sèche, on place la ruche au-dessus d'un petit feu allumé avec des
bois odoriférants pour la parfumer. Les noirs emploient pour cela la
racine d'un arbrisseau à écorce brune et lisse nommé nama 2, ou ses fruits,
grosses gousses plates renfermant un minuscule noyau. Cet arbre et son
fruit dégagent au feu une odeur qui ressemble un peu au sucre brûle ou
au cacao ; elle attire la mouche à miel.
Ces ruches sont disposées sur les arbres de diverses essences, solid
ement amarrées avec des harts et orientées l'ouverEure face au sud. Quand
une ruche est pleine de rayons, les indigènes ouvrent la porte et enlèvent
environ la moitié des laissant l'autre aux insectes afin de les con
server. Le.miel est porté dans les grands villages et vendu sur les mar
chés ; on le mange le matin avec les niomies ; onen fait aussi de l'hydro
mel, qui est bu par presque tous les musulmans.
Bien qu'ils soient nus et qu'ils aient toutes les allures d'un peuple encore
sauvage, les Dokhosié sont en train de se civiliser. Les hommes sont
tous circoncis3 et s'enivrent moins que les Komono. Gomme ces derniers,
ils oublient peu à peu leur langue pour adopter le mandé-dioula qu'ils
connaissent déjà tous. Les villages neufs sont en outre très propres, ce
qui est certainement un progrès.
Tous les Dokhosié reconnaissent l'autorité des Ouattara, qui les
emploient actuellement à réprimer quelques désordres et châtier quelques
villages rebelles du Tagouara. Leur chef de colonne se momme Sabana
Ouattara ; il est Mandé-Dioula, et réside pour le moment avec les guerr
iers Dokhosié à Dandé (route de Dioulasso à Djenné). Tous les Dokhosié
sont armés de fusils.
Le tatouage des Komono, des Dokhosié et des Tiéfo est analogue à
сЛш des Mandé-Dioula \ : trois grandes cicatrices coupant obliquement
les joues, de l'oreille au coin de la bouche où elles viennent rayonner.
Quelques-uns y ajoutent une petite cicatrice, semblable à un accent aigu,
-, 1., Ou sana (nom Dyoula), beau grand arbre aux fleurs blanches [Daniella thuri-
fera).
2. Ou mieux nia ma (en Mandé). C'est le Bauhinia. reliculala, bien connu dans
toute l'Afrique occidentale.
3. Ceci est inexact, comme nous le verrons plus loin.
4. Nous avons déjà dit plus haut que ce tatouage facial n'appartenait qu'à une part
ie des Dyoula de la Haute-Côte d'Ivoire. ' SOCIÉTÉ DES AFRICAMSTES 64
à hauteur de la narine droite ou gauche ; de plus, le ventre des hommes
et des femmes est agrémenté de douze grandes cicatrices disposées en
rayon autour du nombril, qui est pris comme centre.
Ce sont les Mandé qui ont, à leur arrivée dans le pays, adopté le
tatouage de ces sauvages, comme les Mandé-Dioula du Ouorodougou ont
adopté celui des Siene-ré parmi lesquels ils vivent. Si je n'apportais pas
plus loin une autre preuve de ce que je viens d'avancer, il serait plus
logique de supposer que ce sont, au contraire, ces peuplades qui ont adopté
le tatouage des Dioula parce qu'ils leur ont déjà pris leurs diamou et
leur langue, le mandé-dioula 1 ».
Tels sont les renseignements que Binger nous donne en 1892 sur les
D.orhosié qu'il a vus en 1888.
En 1907 le commandant Barbier [Mo nog rap hie de Bobo-Dioulasso) dit
que les Dorhosié (sur lesquels il n'ajoute pas du reste d'autres détails) sont
des « Sénoufo dérivés, non-purs, orientaux » ce qui contient certainement,
comme nous le verrons, une part de vérité.
Les monographies du même cercle de 1909 et de 1920 se contentent de
reproduire la même opinion sans rien y ajouter.
Eu 1912 Delafosse ' met les « Dorhosié » parmi les tribus « non clas
sées » du cercle de Bobo-Dioulasso — ce qui n'est pas beaucoup s'avan
cer. — En I92i, dans les Langues du Monde de MM. Meillet et Cohen,
Débitasse, qui a rédigé la partie négro-soudanaise, rattache les Dorhosié
au sous-groupe Bobo et non au sous-groupe Lobi, opinion sur laquelle
nous aurons à nous prononcer plus loin.
Les Dorhosié3 sont avant tout des cultivateurs et des éleveurs (bœufs,
abeilles).
1. Ceci doit seulement' s'entendre ainsi : un nombre relativement grand de
Dorhosié, Kjomono, Tiéfo parlent le dyoula en même temps que leur langue matern
elle. De plus, contrairement à l'opinion de Binger, j'aurais tendance à croire que ce
sont « ces peuplades », comme il dit, qui ont emprunté à une première couche de
Dyoula, ou de Proto-Dyoula plutôt, ces trois grandes cicatrices allant sur chaque joue
des oreilles au coin de la bouche, car on ne s'explique pas autrement l'immense dis
persion de ce tatouage depuis Korogho jusqu'à Bobo-Dioulasso. Remarquons que les
Sôninké, les Bambara, etc., ont un tatouage facial. Une première couche de Dyoula
ou de Proto-Dyoula venue ici a pu apporter ce tatouage adopté par les populations.
D'autres Dyoula, subséquemment, l'auraient adopté de celles-ci. Enfin des Dyoula
plus musulmanisés, venus plus tard, y auraient renoncé comme à une trace de fét
ichisme et d'infériorité raciale.
2. Haut-Sênégal-Niger, tome I, p. 171.
3. Notes recueillies par moi en janvier 1922, auprès de cinq Dorhosié des villages
de Nonokama, Nambita, Gangasé, Sousué et Songobien. LES D0RH0S1É ET DORHOS1É-FINNG 6Г)
En fait de culture ce qu'ils font le plus c'est le millet, ensuite le sor
gho rouge et blanc, puis le maïs et les ignames. Ils cultivent encore les
haricots, les arachides, les pois souterrains, un peu de riz, un peu de
sésame. Ils font aussi l'igname aérienne (danda, en Dyoula; fenndè, en
Dorhosié) en petite quantité, un peu de manioc, quelques patates (ce sont
les adolescents qui les cultivent).
Ils font beaucoup de coton et beaucoup de tabac. Ils en faisaient déjà
avant l'occupation française, mais ont, semble-t-il, intensifié ces cultures
depuis.
L'arboriculture n'est pas leur fait : ils ne plantent pas de rôniers
comme leurs voisins du Tierla. Ils ont seulement quelques papayers der
rière leurs cases.
» Quant à la cueillette, c'est le karité qui pousse le plus dans leur brousse,
puis le néré; ils ont aussi des baobabs, des tamarins, des fînnzans. Leurs
femmes fabriquent le beurre de karité, le nérémougou, le soumbara. Elles
prennent la farine des fruits du baobab et utilisent les jeunes feuilles pour
les sauces. Elles mettent la gomme acidulée du tamarin dans leur to.
On mange aussi les fruits du fînnzan.
Bref la cueillette est assez développée chez les Dorhosié, comme chez
les populations qui les entourent.
Pour l'élevage, il y a peu de temps encore, les Dorhosié avaient surtout
des bœufs, mais la maladie récente du bétail, qui a sévi dans le Soudan,
a frappé cruellement les Dorhosié et leur a enlevé tous leurs bovidés.
Actuellement ce sont les chèvres naines qu'ils ont en plus grand nombre,
puis les moutons. Ajoutez les chiens, qu'ils mangent à l'occasion, des poul
ets et des pintades.
En revanche ils n'ont ni chevaux, ni ânes, ni bœufs porteurs.
Ils font toujours un grand élevage d'abeilles comme au temps de Bin-
ger. Ils ont conservé les procédés décrits par celui-ci et qui sont du reste
ceux qu'on retrouve employés dans toute l'Afrique occidentale en génér
al. Je n'insiste donc pas sur l'apiculture et je renvoie à ce qui a été dit plus
haut par notre voyageur.
En fait de chasse les Dorhosié font de grandes battues par village à
l'époque de la saison sèche, quand on a brûlé les herbes. Les Dorhosié
possédaient aussi naguère quelques chasseurs de métier, mais, depuis le
désarmement récent, ces chasseurs, parmi lesquels il y avait des chasseurs
d'éléphants, ont disparu.
Les Dorhosié pèchent aussi, par village, dans leurs petits marigots, à
la saison des eaux les plus basses. Ils ne possèdent pas de pêcheurs de
métier.
L'industrie est très peu de chose chez eux : les meules dormantes ou
pierres à écraser sont procurées par les hommes. Ils vont les chercher
dans la brousse et mettent le feu sous certaines roches, puis ils donnent
Société des Africanistes. 5 SOCIÉTÉ DES AFRICANISTES 66
' une taille grossière, avec une autre pierre, au morceau de roche
choisi.
Les Dorhosié n'exercent pas le métier de forgeron et n'ont pas nonplus
de forgerons étrangers chez eux. Ils achètent leurs instruments en fer aux
Toussia voisins et aux Dyoula colporteurs.
Les objets en bois sont fabriqués par des Dorhosié cultivateurs, qui les
font surtout pendant la saison sèche, pour la vente.
La poterie est achetée par les Dorhosié à Bobo-Dioulasso.
Pas de maçons spécialisés dans le pays, pas de fossoyeurs : c'est la
famille qui enterre ses morts et qui creuse la tombe.
Les Dorhosié n'exercent pas le métier de peaussiers et fabricants
d'objets en cuir et ils n'ont pas non plus de cordonniers étrangers chez
eux. Ils achètent les objets en cuir dont ils ont besoin à Bobo-Dioulasšo.
Les corbeilles sont faites par les hommes, les nattes achetées aux Tiéfo.
Le coton qu'ils cultivent,' les Dorhosié le donnent à filer à leurs
femmes, mais, ne sachant pas le tisser, ils le pour le tissage aux
Dyoula installés chez eux.
Pas de tailleurs dans le pays, chaque homme coud quand il. en est
besoin.
Enfin les Dorhosié, n'ont pas de griots de caste chez eux quoiqu'ils
aient des instruments de musique.
Le commerce est encore moins développé chez les Dorhosié que l'indust
rie. Nos gens ne font pas de colportage.
Cependant comme ils ont besoin de sel, de quelques kolas (ils en
mangent peu), d'objets en fer et en cuir, de poteries et de nattes (on a vu
qu'ils achetaient ces objets au dehors), de cotonnades aussi, malgré le
coton qu'ils cultivent, d'objets de parure, d'argent ou de billets pour
payer leur impôt, ils sont obligés de vendre le surplus de leurs produits
de culture, d'élevage, de cueillette, etc.
Ils le vendent sur place aux Dyoula ou sur les marchés de chez eux
ou des environs.
Avant l'épidémie bovine ils vendaient surtout des bœufs et vendent
encore des chèvres, du miel. Ils vendent aussi du millet, du sorgho rouge
et blanc, du maïs, de l'igname, des arachides, des haricots, des pois sou
terrains, du piment, du coton brut. Ils vendent encore du beurre de
karité, du soumbara, des graines de néré. Bref ils vendent leur excédent
de produits d'élevage, de culture et de cueillette.
On peut donc définir les Dorhosié des — cultivateurs — éleveurs, s'aidant
surtout de cueillette et subsidiairement de pêche et de chasse. L'indust
rie est presque nulle chez eux et le commerce proprement dit (car il ne
faut pas confondre avec celui-ci le fait pour des paysans de vendre leurs
produits en excédent) inexistant. DORHOSIÉ ET DORHOSIÉ-FINNG 67 LES
Les Dorhosié disent que leurs cases encore actuellement sont des cons
tructions quadrangulaires et à toit plat en terre. Mais il y aurait aussi des
huttes rondes à toit conique en paille.
LSlïîgCr 5 CtCîld aSSCZ iOngUCITíCnt, SUr iC3 CaSeS й€э L/uiUiuaic. li \xíh
d'abord * :
« En quittant Lokhognilé ou se dirige sur une autre montagne gra
nitique moins élevée que celle de Lakhognilé, mais en arrivant à Diara-
krou (deux petits villages d'aspect misérable), on change de direction en
laissant la montagne au nord et quelques kilomètres plus loin on atteint
Sakédougou, petit village habité par des Mandé-Dioula et des Dokhosié
qui portent le nom de Bambadion-Dokhosié.
Aux cases rondes en terre ou en paillote, à toit en chaume, succèdent
de grandes constructions rectangulaires à véranda. Le toit, qui est incliné,
est formé d'une série de fortes branches sur lesquelles on place de la
paille disposée perpendiculairement aux branches. La couche de paille
est elle-même recouverte de mottes de gazon découpées en forme de rec
tangle et placées sur la paille, le gazon en dessous.
Ces cases sont spacieuses : elles ont quelquefois 10 mètres de long sur
3 mètres de large ; elles sont confortables, et l'on y est absolument à
l'abri du soleil.
Ce village de Dokhosié est entouré de quelques plantations de tabac,
de l'espèce dite taba, et possède un troupeau d'une vingtaine de têtes de
bétail ; les Dokhosié ne savent ou ne veulent pas traire les vaches ».
Plus loin, quand il est arrivé en plein pays Dorhosié, venant du Komo-
nola, Binger ajoute 2 :
« Un petit village de culture sépare Dandougou de Gandoudougou. Ce
dernier village est composé de deux groupes, l'un de formation récente,
l'autre plus ancien : c'est dans ce dernier que je fus installé. Les cons
tructions sont enfouies dans le sol et l'on descend toujours deux ou trois
marches pour entrer dans la chambre principale qui est basse et sombre
et ressemble à un souterrain. Là-dedans pullulent enfants, poules, chèvres,
vieilles femmes préparant les aliments, le tout d'une malpropreté révol
tante. Cette chambre basse est elle-même surmontée d'une case consti
tuant le premier étage ou plutôt un rez-de-chaussée élevé. A cause de sa
malpropreté et de la vermine, cette habitation n'est pour ainsi dire pas
habitable pour un Européen.
Dans les villages de formation récente, les Dokhosié construisent des
1. Ouvrage cité, tome I,p. 281.
2.cité, I, p. 347 in fine. ,
68 SOCIÉTÉ DES AFRICANISTES
ч
proté- cases carrées en terre, recouvertes d'un toit en chaume. La porte,
- gée par une véranda, est fermée par une petite natte en bambou. Cette
construction est assez confortable ».
Binger ajoute :
« Dans ce village il y a plusieurs grands cônes en terre ornés de plumes.
Ces cônes sont destinés à protéger les habitants contre les esprits malfai
sants. A une cinquantaine de mètres du village se trouve au centre une
grande case en terre élevée probablement dans le même but, mais dans
laquelle je n'ai pu pénétrer. Les magasins à mil sont recouverts d'un
toit sphérique en terre surmonté d'une grosse pierre plate, afin d'empêcher
le vent de les décoiffer * ». Ainsi Binger distingue chez les Dorhosié un
style antique comprenant des cases allongées, quadrangulaires, en terre,
à rez-de-chaussée enfoncé dans le sol et à petit étage, et un style récent
comprenant des huttes carrées en terre avec toit en paille. Celles-ci mises
de côté, l'on voit que l'ancien style Dorhosié rappelle beaucoup les cases
anciennes des Pallakha, celles que nous avons signalées chez les Tou-
rouka, certaines cases des Tiéfo, celles que Binger attribue aux Komono,
' etc. 11 semble qu'il y ait là un groupe architectural distinct à la fois des
huttes rondes en terre battue et à toit conique en paille des Sénoufo, et
des citadelles des Bobo, Lobi et Gourounsi. Il semble que ce genre de
cases fasse la transition d'un style à l'autre, moins massif que ce der
nier, plus compliqué pourtant que la hutte ronde en terre battue des
premiers, en somme se rattachant plutôt au groupe des cases massives.
Les Dorhosié forment, pour le travail, de petits groupes familiaux qui
englobent quelques ménages et au-dessus desquels se trouve la famille
totale, groupement justicier et religieux. Voici quelques exemples de ces
petits groupes familiaux2 : 1° celui d'Abou Taraoré, chef du village de
Nonokama. Ce groupe, étant celui d'un chef de village, est plus grand,
plus fort, plus étoffé que les gbènè communes, mais plus loin nous en don
nerons d'autres qui se rapprochent plus de la moyenne réelle.
Abou Taraoré a 4 femmes et 10 enfants non mariés, soit 15 personnes
dans son ménage habitant avec lui.
Famann, son frère puîné, qui a trois femmes, 3 enfants, soit 9 ;
Diérnani, autre frère, veuf, qui a 1 enfant, soit 2 personnes ;
1. Binger a joint à sa description des cases des Dorhosié une gravure (op. cit.,
tome I, p. 349) mais je ne sais pas jusqu'à quel point on peut s'appuyer sur ce
dessin pour se représenter les cases des Dorhosié. — D'autre part, je dois ajouter que
mes interlocuteurs Dorhosié m'ont affirmé que Gandoudougou (ou plutôt Bandogo)
était un village Tiéfo et non Dorhosié.
2. Ces groupes s'appellent gbènè (lou'en Dyoula) et leur chef gbendériè (louli-
gui en Dyoula). LES DORHOSIÉ ET DORHOSIÉ-FINNG 69
Daba, autre frère, qui a 1 femme. Il a eu un enfant qui est mort — en
tout 2 personnes.
Demba, autre frère quia 1 femme, pas d'enfants — soit 2 personnes.
Soungaré, autre frère, qui a 1 femme et un jeune enfant, soit 3 per
sonnes.
Laranzani, autre frère, qui est marié, sans enfants, soit 2 personnes ;
Knfîn Tangbé, fils d'Abou Taraoré, qui a 1 femme et 2 enfants, soit
4 personnes. • -
Gela fait pour ce groupe 8 ménages et 39 personnes.
Remarquons, en passant, que le lecteur pourra s'étonner de voir dans
ce groupement familial, ainsi que daus les Suivants que nous allons don
ner, une telle quantité de frères se succédant. En réalité ce sont des frères
à la mode nègre, c'est-à-dire soit des frères proprement dits, soit des cou
sins germains, soit des cousins issus de germains. Les nègres n'ont pas
dans leur langue de mot pour distinguer le frère proprement dit du fils de
frère. Tous ces gens-là sont des frères pour eux... et pour l'interprète qui
traduit les renseignements donnés. Il ne faut donc pas prendre à la
lettre la qualification de frère du chef de groupe qui est donnée à beau
coup de ces gens. Les uns sont vraiment ses frères, mais les autres sont
des cousins germains ou des cousins issus de germains seulement. Bref ce
sont des proches parents parmi lesquels il y a des frères proprement
dits. Ce que je dis là s'applique à tous les groupes que j'énumère.
Voici maintenant la gbènè de Daba Taraoré, notable, se composant de:
Daba Taraoré lui-même, sa femme et ses 3 enfants non mariés, soit
5 personnes ;
Abou, son frère puîné qui a aussi 1 femme et 3 enfants en bas âge, soit
5 ;
Séguéna, fils aîné de Daba, ayant 2 femmes et 3 enfants non mariés,
soit 6 personnes ;
Ségui, autre fils de Daba, ayant 1 femme et 1 fils, soit 3 personnes;
enfin la grande sœur du chef de groupe Daba Taraoré qui, vieille et
veuve, est revenue chez lui, soit 1 personne.
Le groupe compte donc en tout 4 ménages et 20 personnes.
Voici enfin un troisième groupe. Il se compose de :
Asie Taraoré, le chef, qui a 2 femmes et 5 enfants non mariés (3 filles
et 2 fils), soit 8 personnes ;
Ali, frère puîné du précédent, qui a 1 femme et 3 enfants non mariés
(2 fils et 1 fille), soit о personnes ;
Kokoliko, autre frère qui a 1 femme et pas d'enfants, soit 2 personnes ;
Ségo, fils d'Ali, qui a 1 femme et pas d'enfants, soit 2 personnes.
Il y a donc ici 4 ménages et 17 personnes..
Ce sont les deux derniers groupes (20, 17 personnes) qui représente-

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